ALLEMANDE (EXÉGÈSE RATIONALISTE
cident ; mais en tenant compte, comme on le doit, de cette circonstance essentielle, il n’en reste pas moins vrai que leurs récits contiennent des événements surnaturels et véritablement miraculeux.
Cependant, malgré tout ce qu’il avait de forcé et d’inacceptable, le système d’Eichhorn reçut d’abord bon accueil en Allemagne. Si l’on n’admit pas toutes les explications qu’il donna lui-même des miracles de l'Ancien Testament, on crut pouvoir néanmoins tirer profit de ses règles de critique, en les modifiant dans l'application. Henri Eberhard Gottlob Paulus (1761-1851) se fit une grande réputation par son explication naturelle des miracles de l'Évangile; beaucoup d’autres rationalistes marchèrent sur ses traces, et plus d’un critique incrédule explique encore aujourd’hui d’une manière naturelle certains faits évangéliques. ,
Π|. L'interprétation mythique de l'Ecriture. — L'explication naturelle des miracles péchait, on peut le dire, contre l'évidence même : elle voulait réduire à des proportions ordinaires des faits qui, dans la pensée de leurs auteurs et de leurs historiens, étaient non seulement extraordinaires, mais véritablement miraculeux. On ne put s'empêcher de le reconnaitre, et l'on chercha un autre moyen de rejeter les miracles. Les rationalistes avaient accepté jusqu'alors l'authenticité des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament : on leur fit remarquer que, s'ils étaient authentiques, on ne pouvait rejeter leur témoignage, et qu'il fallait admettre les faits surnaturels qu'ils rapportent. Dans cette seconde période de la critique négative, on rejeta donc l'authenticité des écrits sacrés, et les miracles ne furent plus considérés comme des faits naturels mal compris, mais comme des « mythes ». Le mythe, comme l’a défini Strauss, est « l'exposition d’un fait ou d'une pensée sous une forme historique, il est vrai, mais sous une forme que déterminaient le génie et le langage symbolique et plein d'imagination de l'antiquité ». Vie de Jésus, trad. Littré, 3e édit., t. 1, p. 41.
En 1806, Wilhelm Martin Leberecht de Wette (1780-1849) publia une Introduction à l'Ancien Testament, dans laquelle il abandonnait les données traditionnelles sur l'origine des écrits de l'Ancien Testament ; il prétendait que nous n'avons aucun moyen extérieur de contrôler l'exactitude historique des faits qu'ils rapportent et que, puisque toutes les sources extrinsèques nous font défaut, nous ne pouvons en apprécier la valeur qu'à l’aide de la « critique interne », c'est-à-dire par l'examen du contenu de ces livres eux-mêmes. Poser un tel principe, c'était donner libre carrière à l'arbitraire, et substituer les impressions subjectives du lecteur à l'autorité historique. L'étude intrinsèque d'un écrit peut, sans doute, fournir quelques lumières ; mais elle ne peut suffire, et si elle ne s'appuie point sur des témoignages extérieurs, elle ne mérite point confiance, car elle n’est le plus souvent qu'un jeu d'imagination. La date de la composition d’un livre, le nom de son auteur, etc., sont des faits historiques que nous ne pouvons par conséquent connaître que par l'histoire. La règle posée par de Wette n’en est pas moins devenue « la charte constitutive de la critique négative » ; de là tous les excès dans lesquels elle est tombée.
À l’aide du principe commode de la critique interne, de Wette nia l'origine mosaique du Pentateuque; il Le considéra comme l'épopée nationale des Hébreux, il le décomposa en divers fragments, qui, d’après lui, n'avaient été réunis ensemble que longtemps après Moïse, et il ne vit que des mythes dans les faits merveilleux qui y sont racontés. Tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ont été traités par lui ou par ses imitateurs d'une manière analogue. David-Frédéric Strauss (1808-1874) s’est rendu célèbre entre tous les ennemis de la révélation par son application du système mythique aux Évangiles dans sa Leben Jesu ou Vie de Jésus, publiée à Tubingue, 2 in-80, 1835-1836.