‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 242 sur 454 · Carte du pays des Amorrhéens · texte numérisé non relu

Carte du pays des Amorrhéens

19 Pays cisjordanien. La première mention qui est faite des Amorrhéens, Gen., χιν, 7, nous les montre occupant, à l’ouest de la mer Morte, le territoire d’Asasonthamar, c'est-à-dire, d'après IT Par., xx, 2, Engaddi, ville célèbre par ses vignes, Cant., 1, 13, ses palmiers et son baume. Josèphe, Ant. jud., IX, 1, 2. Plus haut, dans cette gracieuse vallée qui, entre deux chaînes de vertes collines, parsemées de bouquets d'oliviers, porte la ville d'Hébron, Abraham en rencontrait qui se faisaient ses alliés. Gen., χιν, 13. Au moment de la conquête, l'Écriture parle des cinq rois amorrhéens de Jérusalem, d'Hébron, de Jérimoth (Khirbet-Yarmouk, au nord-est de Beit-Djibrin), de Lachis (Oumin el-Lakis), et d'Églon (Khirbet-Adjlän, située, comme la précédente, à l’ouest de Beit-Djibrin). Jos., x, 5. Une partie de la tribu campait même aux environs d'Accaron (Akir) et de Joppé (Jaffa), puisqu'elle refoula les Danites dans la montagne. Jud., 1, 34. Enfin leur frontière s’étendait, au midi, jusqu’à « la montée du Scorpion » (voir ACRABIM), dud., 1, 36, et allait peut-être, au nord, jusque vers Sichem. Gen., XLVIIT, 22.

Les Amorrhéens occupaient ainsi principalement ce qu'on appelle les montagnes de Judée. Cette contrée, qui comprend le double versant de la Méditerranée et de la mer Morte avec une partie de celui du Jourdain, commence, du côté de l'ouest, par une région basse, formant comme le premier étage du massif orographique, et composée de collines peu élevées, séparées par de grandes

plaines et admirablement disposées pour servir de forteresses. Au-dessus, les sommets les plus élevés, aujourd'hui assez arides et de forme généralement conique, sont séparés par d'étroits ravins, dont quelques-uns sont très profonds, où se précipitent dans la saison des pluies de rapides torrents. Moins fertile naturellement que le reste de la Palestine, ce pays était néanmoins riche en pàturages, en blé, en fruits et surtout en vin.

2° Pays transjordanien. Les Amorrhéens, à l’est du Jourdain, formaient deux royaumes. Au midi, celui de Séhon, compris entre l’Arnon, le Jaboc et le Jourdain, se trouvait comme dans une presqu'île, suivant la juste comparaison de Josèphe, Ant. jud., IV, v, 2. Il avait pour capitale Hésébon (Hesbän). Num., xx1, 24-926; Deut., 11, 26-37; Jos., ΧΗ, 2-8. Celui du nord, capitale Édraï (aujourd’hui Der‘ät), était situé, d'un côté, entre le Jaboc et l’'Hermon; de l’autre, entre le Jourdain et le Djébel Haurân, confinant à la Syrie de Damas. Il portait le nom de royaume de Basan, et était gouverné par Og, « de la race des géants, et qui habitait à Astaroth et à Édraï. » Jos., χα, 4; Num. XXI, 39. Il comprenait ainsi la moitié du pays de Galaad, Jos., ΧΙ, 5 ; la Gaulanitide, le Djaulän actuel, « la région d’Argob (c'est-à-dire le Ledjah actuel, l’ancienne Trachonitide, suivant certains auteurs, ou la plaine du Hauran, En-Nougra, selon d’autres), avec ses soixante villes. » Voir ARGOB. « Toutes les villes étaient munies de murs très hauts, de portes et de traverses, sans compter d'innombrables villes qui n'avaient pas de murs. » Deut., Hi, 4, 5. Selcha ou Salécha (aujourd’hui Sulkhad) était un des forts avancés du côté de l’est. Deut., τη, 10 ; Jos., ΧΠ Ὁ:

Ces deux royaumes, dans leur ensemble, s’étendaient ainsi depuis l’Arnon jusqu'au grand Hermon. Deut., 111, 8; Jos., ΧΗ, 1. Tout ce pays est un immense plateau, de 750 à 900 mètres d'altitude au-dessus de la Méditerranée, n'ayant l'apparence de montagne que par sa berge occidentale, qui descend en gradins vers le lac de Tibériade et le Jourdain, et tombe à pic dans la mer Morte. Il est coupé, dans toute son épaisseur, par trois grands torrents : le Yarmouk (Chéri'at el-Mandhoür), le Jaboc (Nahr Zerqa) et l’'Arnon (Ouadi el-Modjib), qui divisent les hautes terres en fragments inégaux. En outre, des ouadis secondaires ravinent profondément les massifs rocheux et les sculptent en promontoires des formes les plus variées, mais dont le sommet, çà et là revêtu de laves basaltiques, semble de loin se confondre en une table uniforme, à peine dépassée par quelques pointes pyramidales. Cf. E. Reclus, Asie antérieure, p. 708. La contrée septentrionale, le Djaulän, n’a que des tells, buttes ou monts isolés, alignés du nord au sud, et échelonnés du côté du Jourdain. Un large fossé, le Varmouk, dont les branches s'étendent au nord jusqu'au versant oriental de l'Hermon, et à l’est jusqu’au Djébel Hauran, la sépare d'un pays plus montueux, l’Adjloun, bien arrosé par les affluents directs du Jourdain, et parsemé de prairies comme la Galilée n’en eut jamais dans ses plus beaux temps. Le Jaboc vient ensuite couper en deux les anciens monts de Galaad, décrivant dans sa course une demi-ellipse d'environ 110 kilomètres. Enfin du Jaboc à l’Arnon s'étend le Belka avec ses magnifiques pâturages, ses collines boisées, ses villes nombreuses, ses monuments mégalithiques. Voir AMMON, MOAB, GALAAD, BASAN.

La région dont nous venons de décrire la physionomie générale se termine au nord-est par l'Auranitide ou le Hauran, pays remarquable autant par sa nature géologique que par le nombre infini et l'aspect tout particulier des sites ruinés qu'il renferme. Il se divise en trois parties distinctes. C'est d'abord un massif de montagnes volca-

ques, le Djébel Hauran, semblable à la chaine des Puys l'Auvergne, Plusieurs cônes, rouges comme les blocs calcinés sortis des fours, « s'alignent sur une longueur de dix kilomètres en une batterie de volcans ; c’est de là que sont sorties les énormes coulées qui forment une mer de

AMORRHÉENS

laves, l’Argob des Hébreux, s’allongeant vers le nord-ouest, dans la direction de Damas. » E. Reclus, ouv. cité, p. 699. Cette seconde partie, ou Ledjah, n’est ainsi qu’une vaste nappe de matières fondues, qui s’est craquelée dans tous les sens en se refroidissant, coupée par des crevasses profondes et un labyrinthe de défilés. Enfin « la pente du Hauran », En-Nougrat el-Haurän, forme, à l’ouest, une plaine fertile, ondulée et parfois bien cultivée, couverte de villes.

Au dire des voyageurs qui ont exploré cet étrange pays, c’est bien celui d'un peuple de géants, la contrée des Rephaïm; et les nombreux monuments que le temps y a conservés sont les perpétuels témoins de la véracité du récit biblique. Parmi les anciennes habitations qu’il renferme, on peut en distinguer quatre sortes : 19 Les demeures des troglodytes, c'est-à-dire des grottes artificielles de 9 à 10 mètres de long sur 6 mètres de large et 3 mètres de haut, précédées d'une petite cour où l’on avait accès par une porte de pierre. 2 Des villages souterrains, dans lesquels on pénétrait par une tranchée profonde, qui se continuait par des passages ou rues de 5 à 7 mètres de large, flanquées d'habitations souterraines. On en trouve précisément un semblable à Der‘at (ÉEdrai), une des résidences d'Og, roi de Basan. Cf. G. Schumacher, Across the Jordan, Londres, 1886, p. 135-148, plan, p. 136. 3 Des chambres creusées dans la surface du plateau rocheux et couvertes d’une solide voüte en pierre. 4 Enfin des maisons de pierre construites en blocs de basalte parfaitement taillés. Cf. 4. G. Wetzstein, Reisebericht über Hauran und die Trachonen, Berlin, 1860, p. #4 et suiv.

Quoique abandonnées et désertes depuis des siècles, les villes et bourgades de ce pays se sont bien conservées. Leur nombre et leurs ruines répondent à la description qu'en fait la Sainte Écriture. « Quelque mystérieux et incroyable que cela paraisse, dit 4. L. Porter, j’ai vu de mes propres yeux que cela est littéralement vrai. Les cités sont encore là aujourd'hui. Quelques -unes portent encore les anciens noms mentionnés dans la Bible. » The Giant cities of Bashan, Londres, 1872, p.13. Qu'il nous suffise de citer Salkhad, Bosra, Ποὺ αἴ, El-Qanaouât (Canath), Chaqqa, El-Mousmiyéh. Cette multitude de villes et de villages, debout au milieu de ces tristes solitudes, a quelque chose de fantastique et de désolé, qui fait sur l’âme dn voyageur une impression indéfinissable. La conservation de ces cités primitives s'explique par la nature de leur construction. Les maisons sont faites en blocs épais de pierres basaltiques, et les portes elles-mêmes sont formées d’une seule dalle de six pieds de haut et d’un pied d'épaisseur, roulant sur deux forts pivots taillés dans la dalle même et insérés dans l'épaisseur des parois.

M. Maspero, d'après Brugsch, dit qu'une des tribus amorrhéennes « avait poussé jusque dans la vallée de l'Oronte, et s’appuyait sur la célèbre Qodshou (Cadès) ». Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4e édit., Paris, 1886, p. 185. Ne pouvant décrire ici que dans ses grandes lignes le territoire des Amorrhéens à l’est du Jourdain, nous renvoyons pour les détails aux ouvrages suivants : C. R. Conder, Heth and Mob, Londres, 1889, p. 106-156, 178-196 ; H. B. Tristram, The Land of Moab, Londres, 1874; G. Schumacher, Across the Jordan, Londres, 1886 ; J. L. Porter, The Giant cities of Bashan, Londres, 1872 ; p. 9-97; 4. G. Wetzstein, ouv. cité; G. Schumacher, The Jaulän, Londres, 1888, ou dans la Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, Leipzig, t. 1x, 1886. Outre la carte ci-jJointe, voir celles des tribus de RUBEN, de Gab et de MANASSÉ oriental.

III. Histoire. — Les renseignements qui nous restent sur les Amorrhéens cisjordaniens avant l’arrivée des Israélites sont peu nombreux. Ceux qui habitaient Asasonthamar ou Engaddi furent battus par Chodorlahomor et ses alliés. Gen., χιν, 7. Déjà Abraham avait trouvé des amis parmi ceux d'Hébron. Gen., xiv, 13. Unis aux Amalécites,

ils repoussérent la première invasion que, du désert, les Hébreux tentérent dans le pays de Chanaan malgré l’ordre formel de Dieu : (Ils poursuivirent ceux-ci comme les abeilles ont coutume de poursuivre. » Deut., 1, ἀ8 - 44, Aitirés par les riches contrées qui s'étendent à l’est de la mer Morte et du Jourdain, ils y fondèrent les deux royaumes dont nous avons parlé. Num., xx1, 26.

Les Israélites, arrivés au torrent d’Arnon, qui séparait les Moabites des Amorrhéens, se virent obligés de traverser du sud au nord le territoire de Séhon. Ils lui envoyèrent donc des messagers pour lui demander la permission de passer, promettant « de ne pas se détourner dans les champs et dans les vignes, de ne pas boire l’eau des puits, mais de l'acheter à prix d'argent, comme tous les aliments dont ils auraient besoin, enfin de marcher par la route royale (le Derb es-Soultän, expression encore employée en Orient) jusqu'à ce qu'ils eussent franchi les frontières ». Num., xx1, 22 ; Deut., 11, 26-29 ; Jud., xt, 19. Sourd à des propositions si raisonnables, le roi leur refusa le passage, et, rassemblant son armée, marcha contre eux dans le désert. La bataille eut lieu à Jasa, Num., xx1, 23; Deut., H, 32. Dieu, qui avait défendu à son peuple d'entrer en lutte avec les Iduméens, les Moabites et les Ammonites, Deut., 11, 9, 9, 19, parce qu'ils lui étaient unis par les liens du sang, lui ordonna d’attaquer les Amorrhéens et de s’emparer de leur pays. Deut., 11, 24. Les tribus chananéennes étaient, en effet, vouées à l’extermination à cause de leurs iniquités. Gen., xv, 16. La défaite de Séhon fut complète. Frappé sans quartier avec tout son peuple, il vit tomber entre les mains des Israélites le territoire qu’il avait luimême enlevé aux enfants de Moab et d’Ammon. Num., xx1, 24-26 ; Deut., 11, 33-37. Josèphe donne de la bataille un récit plus détaillé, Ant. jud., IV, v, 2. Cette première conquête des Hébreux et surtout la prise d'Hésébon, capitale du royaume, donnèrent lieu à un chant dont quelques strophes nous ont été conservées. Num., xx1, 27-30. Séhon eut peut-être pour alliés les Madianites avec leurs cinq chefs, appelés ses vassaux. Jos., ΧΠῚ, 21; Num., ΧΧΧΙ, 8. L'occupation de Jazer, ville importante, située au nord d'Hésébon et à l’ouest de Rabbath-Ammon, vint com-

- pléter pour Israël la conquête du premier royaume amorrhéen, en lui préparant la voie pour s'emparer du royaume septentrional. '

S'avançant au delà du Jaboc, dans le pays de Galaad, les vainqueurs entrèrent sur les domaines d’Og, roi de Basan. Celui-ci vint à leur rencontre avec tout son peuple, et leur présenta la bataille à Édraï. Battu comme Séhon, il laissa aux conquérants les riches contrées que nous avons décrites. Num., xx1, 33-90 ; Deut., 111, 1-7. Moïse distribua les terres des deux rois amorrhéens aux tribus äe Ruben, de Gad, et à la demi-tribu de Manassé. Num., XXXII, 99 ; JOs., XIII, 8-18.

Quand les Hébreux eurent franchi le Jourdain, pris la ville de Jéricho, dont la chute entraina celle de Haï, de Béthel, de Sichem même, au cœur du pays, les Chananéens qui habitaient le sud furent remplis d'effroi en présence de ces succès et au bruit des prodiges que Dieu avait opérés en faveur de son peuple. Jos., v, 1. Pour arrêter les progrès des envahisseurs, les rois le plus immédiatement menacés se coalisérent. Le plus puissant d’entre eux, Adonisédec, roi de Jérusalem, se mettant à leur tête, appela Oham, roi d'Hébron; Pharam, roi de Jérimoth; Japhia, roi de Lachis, et Dabir, roi d'Églon, non pas pour attaquer Josué lui-même, mais bien les Gabaonites, qui s'étaient volontairement soumis à ce dernier. Ils vinrent camper autour de la ville de Gabaon et l'assiégèrent. Prévenu du danger que couraient ses alliés, Josué, encore à Galgala, forçant la marche de ses troupes, arriva dans une seule nuit, et tomba à l'improviste sur les Amorrhéens confédérés. Au lever du soleil, les Israélites étaient au pied des montagnes de Gabaon. Pleins d'ardeur et forts de la protection divine, ils mirent les ennernis en fuite et en firent un grand carnage. Ceux-ci

AMORRHÉENS

avaient pris la direction de l’ouest pour gagner, après un certamm détour, la plaine de Saron. La débandade, commencée sur la longue montée qui va de Gabaon à Béthoron-le-Haut (Beit-‘Our el-F6qa), s’acheva sur la descente qui conduit à Béthoron-le-Bas (Beit-Our et-Tahta). Une grêle de pierres, lancée par le ciel, fit plus de victimes que l'épée des Israélites. Arrivé au sommet du défilé où se trouve Béthoron-le-Haut, Josué vit au-dessous de lui l’armée amorrhéenne fuyant en toute hâte et dans la plus grande confusion. Cest à ce moment solennel qu’il prononça ces paroles mémorables : « Soleil, arrête-toi sur Gabaon ; et toi, lune, dans la vallée d’Aïalon. » Et le soleil fut immobile et la lune s'arrêta, jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis. Les cinq rois confédérés s'étaient enfuis et cachés dans une caverne de Macéda, probablement sur les dernières pentes des montagnes, au bord de la Sephéla. Josué les fit saisir et mettre à mort; puis, après avoir exposé jusqu'au soir leurs cadavres suspendus à cinq poteaux, il les jeta dans la

al

Page 1