ANATHÈME
dire, de plus hérém. Le Seigneur ne pouvait obtenir le but qu'il se proposait qu’en rendant responsable du hérém le peuple entier, quand il supportait la violation des ordres divins et ne la punissait pas rigoureusement ; c'est pourquoi, Achan s’étant approprié, après la prise de Jéricho, à l'insu de ses frères, des objets qui étaient hérém, Israël tout entier souffre du péché d’Achan, jusqu’à ce qu'il l'ait expié. Jos., vit, 1-26.
2 Personnes et choses qui sont « hérém » dans l’Ancien Testament. — A) Peuples étrangers. — Quelquesuns des peuples idolâtres auxquels Israël eut à faire la guerre furent hérém ou voués à l’anathème et à l’extermination. — a) Dieu lui-même déclara hérém les anciens possesseurs de la Terre Promise et certaines tribus voisines, avec lesquelles il voulait empêcher Israël de faire alliance, pour qu'il ne fût pas entrainé à l'idolätrie par leurs pernicieux exemples. « Quand Jéhovah, ton Dieu, te fera entrer dans la terre dont tu vas prendre possession, dit Moïse à son peuple, et qu'il chassera devant toi des peuples nombreux, l'Héthéen, le Gergéséen, l'Amorrhéen, le Chananéen, le Phérézéen, l'Hévéen et le Jébuséen, sept peuples plus nombreux et plus forts que toi; lorsque Jéhovah te les livrera entre les mains et que tu les frapperas, tu les traileras comme Aérém (hahürém tahärim ; Vulgate : percuties eas usque ad internecionem) ; tu ne feras pas alliance avec eux, tu ne leur feras pas grâce, parce qu'il éloignerait de moi ton fils et lui ferait servir les dieux étrangers. Tu renverseras ses autels, tu briseras ses cippes (idolätriques), tu couperas ses ’äsérim (symboles en bois de Baal), et tu brüleras ses statues (d'idoles), parce que tu es un peuple saint (qädos, consacré) à Jéhovah ton Dieu. » Deut., vir, 1-6. Voir aussi Deut., xx, 16-18. — Nous apprenons par 1 Sam. ([ Reg.), XV, 3, 18; cf. Deut., xxv, 17-19; que les Amalécites étaient aussi hérémm (hahäramtem, 1 Sam., xv, 3; Vulgate : demolire) ; ce fut pour n'avoir pas détruit complétement les ennemis d'Israël et tout ce qui leur appartenait, ainsi que le prescrivait la loi du hérém, et pour avoir épargné le roi amalécite Agag et ce qu'il y avait de méilleur dans les troupeaux, 1 Reg., xv, 9, 15, que Saül fut rejeté de Dieu comme roi. I Reg., xv, 10-93. — TI est aussi question du hérém dans les prophètes, pour divers peuples ennemis d'Israël. Is., XxXXIV, 2; ΧΙΠΠ, 28; Jer., xXV, 9 (texte hébreu) ; Mal., 1v, 6 (1x, 24).
b) Un peuple ou une ville pouvait devenir hérém et être vouée par conséquent à l’extermination par un vœu du peuple, sans que Dieu intervint directement. C'est ainsi qu'Israël, après avoir été battu par le roi chananéen Arad, lors de son séjour dans le désert du Sinaï, fit le vœu suivant à Jéhovah : « Si tu livres ce peuple dans ma main, je détruirai (hahüramti) ses villes. » Num., χχι, 2. Et s'étant emparé de Sephaath, la capitale d’Arad, il la détruisit, en effet, et l’appela Horma (de hérém), « anathème. » Num., xx1, 3; cf. Jud., 1, 47. Voir aussi I Par., 1v, 41 (texte hébreu).
c) Il faut remarquer cependant qu'il y avait des degrés dans l’anathème. — 1° Lorsque le Aérém était tout à fait strict, tout devait être exterminé et détruit, hommes et troupeaux ; les villes devaient être brülées ; l'or, l'argent, les vases de cuivre et de fer, devaient être offerts à Jéhovah ; mais les troupeaux qui avaient été pris ne pouvaient lui être offerts comme victimes. Jos., vi, 17, 19, 21, 24; I Reg., xv, 21-22. La ville anathématisée ne devait pas être rebätie, mais rester en ruines ; Jos., ΠῚ, 28 ; quiconque essayerait de la réédifier n'échapperait pas à la vengeance divine, comme le montre l'exemple de Jéricho. Jos., vr, 17, 26; LI Reg., xvi, 34. — 20 Le hérém pouvait être moins rigoureux et exiger seulement la mort des hommes, Jos., x, 28-40; les troupeaux et les biens étaient conservés et partagés comme butin; quelquefois les villes n'étaient point détruites ou pouvaient être relevées, c’est ce qui eut lieu dans la guerre contre Og et Séhon, à l’est du Jourdain, Deut., τι, 32-35; 11, 3-7, et contre divers
peuples de la terre de Chanaan. Jos., vin, 2, 24, 27; x1, 10-15. — 30 L'obligation de faire périr toutes les créatures humaines était elle-même quelquefois adoucie, et les jeunes files étaient épargnées et partagées entre les vainqueurs.-C'est ainsi que sont conservées les vierges madianites, Num., ΧΧΧΙ, 18, et les vierges de la tribu de Benjamin. Jud., xx1, 11-12.
Les rigueurs du hérém dans la guerre sont expressément justifiées dans l'Écriture, comme nous l’avons vu, par la nécessité de soustraire le peuple de Dieu à la contagion de l'idolâtrie. Deut., xx, 16-18. Il faut, de plus, observer que telle était la loi de la guerre chez les Sémites. Mésa, roi de Moab, dit dans la stèle de Dibon (lignes 11 et 12) : « J’assiégeai la ville (de Cariathaïm), je la pris et je fis périr tout le peuple qui était dans la ville, spectacle (agréable) à Chamos, dieu de Moab. » Voir MÉsa. Le
* second livre des Paralipomènes, xx, 23, nous dit expressément que les Moabites et les Ammonites traitèrent les habitants du mont Séir comme hérém (lehahärim). Les rois d’Assyrie faisaient de même à l'égard de leurs ennemis (lehahärimäm, 11 (IV) Reg., xix, 11 ; Is., xxxvut, 11; héhèrimü, IL Par., xxx11, 14); leurs inscriptions nous apprennent comment ils faisaient périr ceux qui tombaient entre leurs mains, et entreprenaient toutes leurs guerres en l'honneur de leurs dieux. Tacite raconte, Ann., ΧΠΙ, 57, qu'un usage analogue existait chez les Germains. Voir aussi ce que dit César des Gaulois. Bell. gall., vi, 17. Des coutumes plus ou moins semblables subsistent tou- Jours chez les peuples dont les mœurs n’ont pas été adoucies par le christianisme, par exemple en Afrique. Voir le P. Marcot, Les missionnaires et l'esclavage au Soudan français, dans le Correspondant, 10 décembre 1891, p. 893.
B) Israëlites. — Ce n'étaient pas seulement les personnes étrangères au peuple de Dieu qui pouvaient être Qanathèmes »; l’Israélite pouvait, lui aussi, être hérém. — 1° Les particuliers, les habitants d'une ville d'Israël et la ville elle-même devenaient « anathèmes », comme nous l'avons vu plus haut, s'ils s’abandonnaient au crime de l'idolätrie, et ils devaient subir les conséquences de leur faute dans toute leur rigueur. Exod., xx11, 19 (ydhüräm ; Vulgate : occidetur). Deut., χα, 12-17. — 20 Celui qui s’appropriait un objet frappé d’anathème encourait lui-même le hérem, et devait être exterminé, comme le fut Achan. Jos., νι, 1, 13, 25. Cf. Deut., vir, 25-26 ; II Mach., x11, 40.
C) Animaux et objets inanimés. — Les animaux et les objets inanimés pouvaient devenir « anathèmes » par la volonté d'un Israélite. Voici ce que nous apprend la loi à ce sujet : « Tout hérém qu'un homme consacre (yahàrim) à Jéhovah (Vulgate : Omne quod Domino consecratur), de ce qui lui appartient, soit homme, soit animal, soit champ, qui est en sa possession, ne sera ni vendu ni racheté ; tout hérém est sanctifié et appartient à Jéhovah ; tout hérém qu'un homme consacre (yähüram) ne sera pas racheté, mais mourra. » Lev., XxvIr, 28-29. Le hérém provenant d'un Israélite n'était donc pas de même nature que le hérém divin. Le champ ainsi anathématisé appartenait aux prêtres, Lev., xxvI1, 21, de même que d’autres objets qui étaient devenus hérém. Num., xvint, 14: « Tout hérém (Nulgate : Omine quod ex voto reddiderint) en Israël est à toi, » dit Dieu à Aaron, Voir aussi Ézéchiel, XLIV, 29, qui reproduit mot à mot les paroles du texte original de Num., XVII, 14.
Dans Ezéchiel, XLIV, 29, la Vulgate traduit, comme aussi ailleurs, hérém par € vœu », quoique le vœu soit une chose fort différente. Voir Vœu. Aüïlleurs elle rend hérém par « consécration, consacré ». Lev., xxvir, 28, 29. Elle ne se sert donc pas toujours du mot « anathème » pour rendre le mot hébreu, suivant en cela l'exemple des Septante. C'est que l'hébreu hérém est intraduisible d’une manière exacte dans les langues occidentales, comme nous l'avons remarqué; de là la nécessité de l'exprimer tantôt d'une maniere et tantôt d’une autre, selon les cas et les circonstances,