ANATHÈME
IT. DANS LE NOUVEAU TESTAMENT.— 1° Le « hérém» dans le Nouveau Testament. — Le hérem s'atténue après la captivité de Babylone. Du temps d'Esdras, il n’entraîne plus la mort, mais la perte des biens (yähôram kolrekü$ô) et l'excommunication ou exclusion de l’assemblée des tidèles. 1 Esdr., x, 8. La mort spirituelle est ainsi en quelque sorte substituée à la mort corporelle, C'est là le châtiment du hôrém à l'époque de Notre-Seigneur. Il en est plusieurs fois question dans l'Évangile de saint Jean, 1x, 22; ΧΙ, 42; XVI, 2 ; mais celui qui est ainsi excommunié est désigné par un nom nouveau, inventé par les Juifs hellénistes : ἀποσυνάγωγος (Vulgate : extra synagogam, Joa., IX, 22; e synagogu, Joa., ΧΙ, 42; absque synagogis, doa., xvI, 42). Cette expression ne se lit pas dans les autres Évangiles, mais saint Luc, vi, 22, fait aussi allusion à l'exclusion des synagogues et même, d’après plusieurs interprètes, aux divers degrés de l’excommunication juive.
Les rabbins, dans la suite des temps, distinguèrent : 1° l’excommunication temporaire, appelée nidduy, « séparation, » qui durait trente jours. Elle n’était pas accompagnée de malédictions. — 2 Si, au bout du mois, le coupable ne se repentait point, on prononçait ordinairement contre lui la seconde espèce d’excommunication, accompagnée de malédictions, qui était appelée simplement et plus spécialement hérém ; les fidèles devaient se séparer de sa société et s'abstenir de manger et de boire avec lui. Cf. I Cor., v, 11; IT Joa., 10-11. — 3 Enfin, si le pécheur persévérait dans son impénitence, il était condamné à la peine la plus grave, nommée $ammatà’, Cimprécation : » c'était l'exclusion complète de la société des fidèles et l'abandon de l’endurci au jugement de Dieu et à la perte finale. Voir Elias Levita, Sepher Tisbi; Buxtorf, Lexicon talmudicum, col. 1904. — Ces disünctions techniques sont postérieures à l'ère chrétienne. Dans le Talmud, on emploie encore les termes nidduy et Sammatä’ comme synonymes. Cependant déjà du temps de Notre-Seigneur, toutes les excommunications n'étaient pas également sévères, et l’on peut voir des degrés divers et une gradation ascendante dans les paroles de Jésus à ses disciples, rapportées par saint Luc, vi, 22: « Heureux serez-vous quand les hommes vous haïront, quand ils vous excommunieront (vous sépareront de leurs assemblées, ἀφορίσωσιν), quand ils vous injurieront et rejetteront votre nom comme mauvais à cause du Fils de l'homme.» Le Sauveur annonce aux siens, dans ce passage, qu'ils ne seront pas seulement chassés des synagogues, mais qu'ils auront encore davantage à souffrir. Quelques exégètes voient une allusion aux malédictions au hêérém ou second degré de l’excommunication juive dans les mots : « Quand ils vous injurieront (ὀνειδίσωσι) et rejetteront (ἐχόάλωσ!ι) votre nom. » Quoi qu'il en soit de ce point, il est certain qu'il y a des allusions aux degrés des excommunications juives dans Matth., xvir, 15-17. Cf. 1Π Thess., 111, 14.
Dans ses Épitres, saint Paul parle deux fois d’un châtiment qui consiste « à être livré à Satan ». 1 Cor., v, 5; I Tim., 1, 20. On ἃ vu dans ces expressions une allusion à la plus grave des excommunications usitées chez les Juifs. L'allusion est possible, mais l'effet de l'excommunication apostolique est certainement différent, d'après le langage méme de saint Paul. Les Juifs livraient l'excommunié à la perte finale, tandis que l'Apôtre borne sa sentence «à la destruction de la chair », 1 Cor., v, 5, c'est-à-dire de la nature corrompue et dépravée, Cafin que l'esprit puisse être sauvé au jour du Seigneur Jésus, » c'est-à-dire que le coupable se convertisse.
90 Le mot « anathématiser » dans le Nouveau Testament. — Dans tous ces passages, on voit que l’idée du hérém est restée, mais que le mot ἃ disparu. Dans aucun de ces cas, l'expression « anathème » n’est employée. Elle se rencontre cependant plusieurs fois dans le Nouveau Testament, de même que le verbe ἀναθεματίζω, «anaithéma-
tiser, » qui est de création biblique, et ne se rencontre jamais chez les écrivains profanes. Le verbe ἀναθεματίζω se lit déjà dans les Septante, où il traduit le verbe héhèrm. Deut., xur, 15 (hébreu , 16) ; xx, 17 ; Jos., vi, 21, etc.; cf. 1 Mach., v, 5. En saint Mare, χιν, 71, il signifie « affirmer avec imprécation qu'on dit la vérité », et dans les Actes, xx111, 12, 14, 21, « s’obliger sous des peines graves à faire quelque chose. » Dans la Vulgate latine, anathematizare n’est employé que 1 Mach., v, 5, et Mare, χιν, 71; au livre des Actes, (ἀναθέματι) ἀναθεματίζειν, ΧΧΠΙ, 12, 1%,21, esttraduit par se devovere. Saint Matthieu, xXvI, 74, dans le passage parallèle à celui de saint Mare, χιν, 71, porte dans le feætus receptus : xatavabsuart£w, ayant le même sens que ἀναθεματίζω ; les éditions critiques de Griesbach, Lachmann, Tischendorf, lisent : χαταθεματίζω, qui en est simplement une contraction. La Vulgate traduit : delestari.
3° Le mot « anathème » dans le Nouveau Testament. — Quant au mot « anathème », nous avons déjà vu que saint Luc, Xx1, 5, l'a employé dans son sens véritablement grec de « don offert à Dicu et consacré dans le temple ». Cest la seule fois que nous le lisons dans les Évangiles. Il se retrouve une autre fois dans les Actes, ΧΧΠΙ, 14, joint au verbe « anathématiser », pour en augmenter la force : ᾿Αναθέματι ἀναθεματίσαμιεν, & nous nous sommes engagés sous peine d’anathème. » En dehors de ces deux passages, le terme d'anathème ne se rencontre que dans les Épitres de saint Paul. — 49 L'Apôtre déclare « anathème », c'est-à-dire exécré et exécruble et voué aux plus sévères chätiments, et peut-être excommunié de l’assemblée des fidèles, celui qui précherait un autre Évangile que le sien. Gal., 1, 8, 9. — 20 Dans la première Épitre aux Corinthiens, xI1, 3, saint Paul écrit : « Personne, parlant dans l'Esprit de Dieu, ne dit anathème à Jésus, » c'est-à-dire ne le maudit. Ce n’est pas une allusion à une sentence judiciaire prononcée par les autorités juives contre le Sauveur, mais à l'usage oriental, attesté par les écrits rabbiniques, d'accompagner, dans la conversation, de termes d'imprécation et de malédiction, le nom d'un personnage odieux, de même que, lorsqu'on prononçait un nom vénéré, on le couvrait de bénédictions : « Le Christ, béni (εὐλογετός) dans tous les siècles. Amen. » Rom., 1x, 5, etc. — 89 A la fin de la même Épitre, saint Paul dit : « Si quelqu'un n'aime pas Notre- Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème, maran atha. » ᾿Ανάθεμα μαρὰν ἀθά. 1 Cor., xvr, 22. Les mots maran et atha sont araméens et signifient : « Notre-Seigneur vient. » D'après quelques commentateurs, cette locution serait équivalente à la forme d’excommunication la plus sévère en usage chez les Juifs, au fammatd’, parce qu'ils supposent que l’'araméen πα) γι, ’ütà est l'équivalent de δ) ’ätä’, «le nom (de Jéhovah) vient. » Mais c’est là une pure conjecture qui ne repose sur rien de solide : il est fort douteux que l'excommunication appelée $ammatà’ fut déjà usitée du temps de saint Paul ; le mot Sanmatà n'a jamais été expliqué de cette manière par les écrivains juifs (voir Buxtorf, Lexicon talmudicum, col. 2466) et la phrase maran atha ne se trouve dans aucun écrivain rabbinique. Cf. Lightfoot, Horæ hebraicæ et lalinudicæ, in { Cor., xv1, 22. Voir MARAN ATHA. Quoi qu'il en soit, du reste, de la raison pour laquelle l'Apôtre ἃ employé ces mots araméens dans son Épitre, le mot « anathème » désigne ici, d'après les uns, l'excommunication ou l'exclusion de l'Église chrétienne, et d'après les autres, avec plus de vraisemblance, il est simplement l'expression de l'horreur qu'on doit éprouver pour celui qui n'aime pas le Sauveur. Nous devons d'ailleurs observer que, quoique la signification expresse d'excommunication, attachée au mot « anathème », ne soit pas rigoureusement établie dans la langue du Nouveau Testament, ce sens lui fut donné dans la primitive Église, comme nous le voyons dans les Canons apostoliques, dans saint Jean Chrysostome, dans Théodoret et dans d'autres Pères grecs, ainsi
ANATHÈME — ANATHOTII
que dans les canons des conciles : le concile d’Elvire, en 303, can. 52; le concile de Laodicée, en 307, can. 29, se servit de cette expression ; le concile de Nicée, en 3%, déclare les ariens « anathèmes », etc. — Voir Suicer, Thesaurus ecclesiasticus, aux mots ᾿Ανάθεμα et ᾽Αφορισυός. — 4° Reste un dernier passage dans lequel saint Paul, écrivant aux Romains, ΙΧ, 3, dit : «Je désirais moimême être anathème pour mes frères, qui sont mes proches selon la chair, » La plupart des Pères ont entendu ici le mot anathème dans le sens de l'excommunication, selon Pusage juif. Saint Jean Chrysostome et d'autres pensent qu'il s’agit d'une mort violente ou même de la séparation finale, non pas de l'amour, mais de la présence du Sauveur. Quelques-uns supposent que cette phrase est une parenthèse, dans laquelle l'Apôtre rappelle la haine qu'il a éprouvée d’abord contre le Christ. Tregelles, Account of the Greek text of the New Testament, p.219. Cf. Polus, Synopsis, in Rom., 1x, 3. I est plus naturel d'expliquer ainsi ce passage : « J'avais une telle affection pour mes frères les Juifs, que j'aurais consenti pour les sauver, si c’eut été possible, à souffrir moi-même les plus grands maux et la séparation même du Christ. »
Saint Jean, dans l'Apocalypse, xxI1, 3, emploie un composé α᾽ ἀνάθεμα, le mot xatavdbeux, inconnu aux auteurs profanes. Plusieurs éditions critiques du Nouveau Testament, comme celles de Griesbach, Lachmann, Tischendorf, lisent par contraction χατάθεμια. Le sens est le même que celui d’anathème. Dans la Jérusalem céleste, Ciln°y aura plus d’anathème, » de malédiction, de hérém.
" F. VIGOUROUX
ANATHOTH, hébreu : ‘Andtot, «prières exaucées ; » Septante : ᾿Αναθώθ.
1. ANATHOTH, fils de Béchor, Benjamite. I Par., ΝΠ, 8. Peut-être le fondateur de la ville d'Anathoth.
2. ANATHOTH, un des chefs du peuple qui signèrent avec Néhémie le renouvellement de l'alliance. IL Esdr., x, 19.
3. ANATHOTH, ville de la tribu de Benjamin, attribuée, avec ses faubourgs, aux prêtres, Jos., ΧΧΙ, 18 ; 1 Par, VI, 60 ; ΠῚ Reg., 11, 26 : elle est omise dans la liste de Jos., XVIII, 12-98. C'est probablement l'‘Anath du Talmud de Babÿlone, Yoma, 10 a, (bâtie par le géant Ahiman. » C£. A. Neubauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 14. Elle se trouvait non loin de la grande route qui, du nord , se dirigeait vers Jérusalem, au-dessous de Machmas (Moukhmas), et de Rama (£r-Rain).1s., x, 28-30. Josèphe évalue à vingt stades (3 kilom. 699 mètres) la distance qui la séparait de la Ville Sainte. Ant. jud., X, νι, 8. Eusebe est plus près de la vérité en donnant le chiffre de trois milles (4 kilom. 445 mètres), c’est-à-dire vinotquatre stades. Onomasticon, Gœltingue, 1870, p. 222. Saint Jérôme, dans son Cominentaire sur Jérémie, τ. XXIV, col. 682, précise encore la position de cette ville en lindiquant « au nord de Jérusalem ».
Tous ces détails confirment l'opmion commune qui identifie Anathoth avec ‘Anata, localité située à une heure de marche au nord-nord-est de Jérusalem. Voir la carte de la tribu de BENJAMIN. C'est actuellement « un petit village de deux cents habitants, placé sur une colline élevée (fig. 135). Une dizaine de maisons ont été récemment construites ; d'autres, très délabrées, ont été bâties en partie avec des matériaux antiques, trouvés certainement sur place. Des citernes, des caveaux creusés dans le roc et quelques tronçons de colonnes proviennent également de l'ancienne cité à laquelle Anata ἃ succédé, et dont le nom survit dénomination actuelle, »
V. Guérin, Descriplion de la Palestine, Judée, 1.111, p.76. Anata semble avoir été autrefois une ville fortifiée, dont
dans Ja
il reste encore quelques pans de murailles bâtis avec de larges pierres taillées. Des champs cultivés, des figuiers
et des oliviers épars çà et là couvrent le sommet et les flancs de la colline. De ce point, la vue s'étend sur tout le versant oriental du district montagneux de Benjamin, jusqu'à la vallée du Jourdain et la pointe septentrionale de la mer Morte. C’est toute la région mentionnée par Isaie, x, 28-32, quand il décrit la marche des Assyriens vers Jérusalem, c'est-à-dire une suite de profondes vallées courant, vers l'est, entre les larges sommets de plateaux inégaux. Cf. E. Robinson, Biblical researches in Palesline, Londres, 1856, t. 1, p. 437-438.
Anathoth doit surtout sa célébrité au nom de Jérémie, dont elle fut le berceau. Jer., 1, 1. Avant lui, elle avait vu naître Abiézer, l'un des trente héros (gibbôrim) de David, Il Reg., ΧΧΠῚ, 27, I Par., ΧΙ, 28, et Jéhu, l’un des vaillants hommes qui s’attachèrent à ce prince fuyant devant Saül, et qui contribuërent à ses succès militaires. I Par., ΧΗ, 3.
ANATHOTH — ANCESSI
ville fut repeuplée par «les hommes d'Anathoth, au nombre de cent vingt-huit ». 1 Esdr., 11, 29; IL Esdr., vir, 27. À. LEGENDRE.
ANATHOTHIA (hébreu : ‘Antotiyäh, «prières exaucées de Jéhovah; » Septante : ᾿Αναθώθ καὶ Ἰαθίν); Benjamite, fils de Sésac. I Par., vi, 2%,
ANATHOTHITE (hébreu : Hä‘antoti; Septante :
ὁ ᾿Αναθωθί, ὁ ἐξ ᾿Ανχθώθ), habitant d’Anathoth. 1 Par.,
XI, 28; χα, 8; XXVII, 12; Jer., ΧΧΙΧ, 27.
ANCESSH Victor Antoine, orientaliste français, né à Saint-Affrique (Aveyron), le 16 août 184%, mort dans cette ville, le 12 décembre 1878. Issu d’une famille très chrétienne, après avoir fait ses études au collège des jésuites, dans sa ville natale, il résolut de suivre l'exemple de trois