‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 268 sur 454 · Ancre jetée de l’aplustre · texte numérisé non relu

Ancre jetée de l’aplustre

D'après un bas-relief du musée du Capitole, à Rome.

propre, Act., xxvir, 29, 30, 40, et dans l’autre, au figuré, Hebr., vi, 19.

1. Le passage des Actes nous reporte au moment le plus critique du naufrage de saint Paul dans son voyage de Césarée à Rome ; on est à la quatorzième nuit depuis que le navire, perdu dans la tempête, va à la dérive dans l'Adria, sans que l’on puisse se reconnaitre. Tout à coup, sans doute avertis par le bruit de quelques brisants, qu'une oreille exercée sait distinguer du mugissement ordinaire de la tempête, «les matelots, vers le milieu de la nuit, crurent (ὑπενόουν) qu'ils approchaient de quelque terre. Ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses, et un peu plus loin quinze. Alors craignant de donner contre quelque écueil, ils jetèrent de la poupe quatre ancres, et ils souhaitaient que le jour se fit. » Act., xxvir, 27-29. Les ancres jetées de la poupe, sans autre explication, voilà un des nombreux traits qui dans ce récit décélent le témoin oculaire. Un auteur qui aurait écrit d'imagination s’en serait tenu à la donnée ordinaire : anchora de prord jacitur, Virgile, Æn., HI, 277 ; il ne s'en écarterait pas au moins sans en indiquer la raison. La situation seule justifie cette manœuvre. La sonde avait montré que le fond se relevait brusquement ; en jetant les ancres de l'arrière, on empêchait aussitôt le vaisseau d'aller plus avant. En outre, « mouiller au moyen des ancres de l'avant, dit un homme habitué à la mer, c'eut été forcer le navire à venir présenter l'avant au vent, et ce mouvement tournant qu'on

appelle en marine évitage n’eût pas été sans danger, car ‘dans son évolution le navire fut resté un temps plus ou moins long de travers à la lame. » Trèves, Une traversée de Césarée de Palestine à Puthéoles au temps de saint Paul, 1887, p. 36. Enfin, on pensa dés lors peut-être au plan qu’on exécuta le lendemain : ancré par l'arrière, le vaisseau se trouvait dans une position plus favorable pour saisir, dès que le jour le permettrait, l’occasion d'aller atterrir.

Du reste, quoique l'ancre fût généralement suspendue à l'avant ou sur le flanc du bâtiment, comme on le voit dans les bas-reliefs de la colonne Trajane et dans celui de Narbonne, l’ancrage par l'arrière devait être connu et pratiqué en certains cas par les anciens ; sur un bas-relief du musée du Capitole, l'ancre est jetée de l’aplustre, ornement de la poupe (fig. 137). Il en est de même pour

138. — Vaisseau à l'ancre, D’après une peinture d'Herculanum.

un vaisseau d’une peinture d'Herculanum, qui ἃ de plus l'avantage de nous expliquer une autre manœuvre de notre récit; le lendemain, quand on leva les ancres placées tout autour de la poupe (τὰς ἀγχύρας περιελόντες), on détacha les gouvernails (ἅμα ἀνέντες τὰς ζευχτηρίας τῶν πηδαλίων), Act., xx VII, 40; la figure d’Herculanum (fig. 138) montre, en effet, la nécessité de les attacher pour les empêcher de s'engager dans les cordages des ancres.

Quant au nombre des ancres, il variait suivant l'importance des vaisseaux, cf. Athénée, v, 49 ; de là la locution « lever les ancres », αἰρεῖν τὰς ἀγχύρας, Polybe, ΧΧΧΙ, 22, dans le sens de s’en aller. Dans le De Bello civ., 1, 25, César parle de deux vaisseaux que l’on tient réunis pour former une plate-forme immobile : has quaternis anchoris ex quatuor angulis dishinebat ne fluctibus moveretur. « Tant que l’art de forger n’a pu fournir au navigateur des ancres d'un grand poids, on y ἃ suppléé par le nombre. Cet état de choses ἃ duré fort longtemps ; deux nefs construites pour saint Louis à Gênes, aux dimensions de vingt et un mètres de quille et de huit mètres de largeur, devaient suivant les conditions de marche être pourvues chacune de vingt-six ancres. » Trèves, ouvr. cite, p.37. Le vaisseau qui portait saint Paul n’était pas moins bien muni. Les matelots, craignant qu'il ne püt tenir jusqu'au lendemain, conçurent l'indigne projet de s'enfuir dans la chaloupe

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