‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 283 sur 454 · ANÉMONE — ANGE · texte numérisé non relu

ANÉMONE — ANGE

Ces courriers étaient chargés de porter les lettres et les. édits des rois de Perse, appelés dans les livres de l'Ancien Testament écrits sous la domination perse, ’iggerôt (sin-.

gulier : iggéret ; perse : δ 56), engâré, « écrit. ») Neh.

(IT Esdr.), 11, 7, 8, 9; vi, 5, 17, 19; II Par., xxx, 1, 6 (Vulgate : epistola, epistolæ). L'organisation de la poste perse a été décrite en détail par Hérodote, vit, 98. Les rois. Achéménides, pour faire transmettre plus rapidement leurs messages, avaient créé des relais d'hommes et de chevaux, stationnés de distance en distance. Les courriers, montés sur leurs chevaux, n'étaient arrêtés ni par le mauvais temps ni par l'obscurité, et ils se remettaient de main en main leurs lettres, comme les lampadophores grecs se remettaient le flambeau allumé dans la λαμπαδηφορία ou course aux flambeaux. Afin de ne pas éprouver de retard, ils avaient le droit d'exiger de vive force les hommes, les chevaux et les barques qui leur étaient nécessaires. Ces. courriers sont nommés dans Esther, vin, 10, 14 : μᾶγῶsim rokbé härékés, « des coureurs montant des chevaux rapides » (Vulgate : veredarii celeres). Le mot ἀγγαρεία devint ainsi synonyme de contrainte et de corvée forcée pour le service public.

La domination perse introduisit le nom et la chose en

Palestine. Le nom se trouve sous la forme ’angaryd’ dans. le Talmud. Voir Buxtorf, Lexicon talmudicum, col. 131 ; Lightfoot, Horæ hebracæ, in Matth., v, #1. Entre autres avantages que Démétrius Soter offrit au grand prêtre Jonathas Machabée pour l’attacher à sa cause, il lui proposa d’affranchir les Juifs de l'obligation de fournir (ἀγγαρξύεσθαι) leurs animaux domestiques pour le service public, d’après ce que raconte Josèphe, Ant.jud., XII, 11, 8. Tous ces détails montrent que l’’angaryd' était odieuse aux populations qui avaient à la supporter ; mais l'organisation perse de la poste était si avantageuse aux gouvernements, qu'elle avait été adoptée par les Séleucides après la ruine de l'empire de Darius, et qu'elle le fut plus tard par les Romains, qui latinisérent le mot sous la forme angario (cf. Pline, H. N., x, 14, 121, 122), comme les Hellènes l'avaient grécisé sous la forme ἀγγαρεύω. Cf. Xénophon, Cyrop., vx, 6, 817, 18 ; Athénée, 111, 91, 122 ; Eschyle, Agamemnon, 282; Pers., 217 (édit. Dindorf) ; Plutarque, De Alexandro, p.326.

. Le mot ἀγγαρεύω, angariare, se lit trois fois dans les. Évangiles : une première fois dans le Sermon sur la montagne, Matth., v, 41 : « Si quelqu'un te force (t'angarie comme un courrier) à faire avec lui un mille de chemin (ou mille pas), fais-en deux autres milles. » Les deux autres passages où se retrouve ce mot sont les deux passages parallèles de Matth., xxvr, 32, et Marc, xv, 21, où il est rapporté comment ceux qui conduisirent Jésus au supplice, ayant rencontré sur leur passage Simon le Cyrénéen, 1" Cangarièrent », c’est-à-dire exigèrent de lui comme un service public de porter la croix du Sauveur.

4. ANGE. On donne le nom d’anges d’une manière générale à des esprits que Dieu a créés sans les destiner, comme nos àmes, à être unis à des corps. Leur vertu ayant été mise à l'épreuve, plusieurs de ces esprits se révoltèrent contre Dieu et devinrent ainsi de mauvais anges. En punition, ils furent précipités en enfer. Ce sont les démons. D'autres furent fidèles à Dieu, qui les confirma en gräce et leur donna le bonheur du ciel. Ce sont les bons anges, qui sont appelés d'une façon plus particulière anges tout court, C’est de ces derniers uniquement que nous nous occuperons dans cet article.

I. Noms des anges. — Les anges sont désignés dans la Bible par des noms multiples qui ne leur sont pas exclusivement réservés. Leur nom le plus habituel est celui de messager : en hébreu, mal’äk; en grec, ἄγγελος, que la Vulgate ἃ presque toujours traduit par angelus, mais qu'elle a aussi rendu parfois par nuncius, legatus, « messager, envoyé. » C'est ce nom grec ἄγγελος, qui ἃ fourni

l’étymologie de leur nom latin angelus et de leur nom français ange. Ils sont aussi appelés fils de Dieu, Job, 1, 6; 11, À ; saints, Dan., vint, 13 ; habitants du ciel, Matth., XVIII, 10; armée des cieux, II Esdr., 1x, 6; esprits, Ps. cz, 6; Hebr., 1, 14. L'Écriture nous indique, en outre, les noms de divers chœurs d’anges. Ce sont les Chérubins, Gen., 111, 24; Exod., xxv, 22; Ezech., x, 1-20 ; les Séraphins, Is., vi, 2, 6; les Principautés, les Puissances, les Dominations, Eph., 1, 21; Col., 1, 16; les Vertus, Eph., 1, 21; les Trônes, Col., 1, 6; les Archanges, I Thess., 1V, 15; Judæ, 9.

Les livres inspirés ne nous donnent que trois noms propres d’anges : Gabriel, « Dieu est force, » Dan., vit, 16 ; 1x, 21 ; Luc., 1,19, 26; Michel, « qui est comme Dieu? » Dan., x, 13, 21 ; xux, À ; Judæ, 9; Apoc., x, 7; Raphaël, « Dieu guérit, » Tob., 11, 25. Le quatrième livre d'Esdras met en scène les anges Jérémiel, 1v, 36, et Uriel, v, 20, et les rabbins croient connaitre les noms d’autres anges encore; mais l'Écriture ne nous fournit que les trois noms de Gabriel, de Michel et de Raphaël. Aussi les autres noms ont-ils été rejetés par le pape Zacharie au concile de Rome de 745 et par le xvi° chapitre du concile d’Aix-la-Chapelle de 789. Héfelé, Histoire des conciles, traduction Delarc, Paris, 1870, $ 367, t. 1v, p. 446, et $ 395, tv, p. 87; cf. 8. 93. Il est clair d’ailleurs que les noms par lesquels nous désignons les anges ne sont pas ceux qu'ils se donnent mutuellement, attendu que leur langage n'a rien de vocal et de sensible. On ἃ remarqué aussi que le nom d'aucun ange n'avait été connu des Juifs avant la captivité de Babylone. Cette ignorance contribua sans doute à les empêcher d’adorer les anges, Jud., xnr, 18, comme ils y auraient été portés au temps des Juges et des rois.

Il. Erreurs et opinions sur l'existence et la nature des anges. — L'existence des anges ἃ été niée autrefois par les Sadducéens, Act., XXII, 8, qui rejetaient également la spiritualité de l'âme et la résurrection des corps. Tous les chrétiens ont toujours cru à la réalité des esprits angéliques, dont il est si souvent parlé dans le Nouveau Tes-

tament; mais quelques Pères se sont trompés plus ou

moins gravement sur leur nature. Origène, De prine., I, vint, 4; IL, vin, 8, t. x1, col. 180, 292 et passim, entrainé par les théories platoniciennes, et imitant en cela Philon, De confusione linguarum et De gigantibus, Opera, Genève, 1613, p. 270, 222, soutint que la nature des anges ne différait pas de celle de nos âmes. Il pensait, en effet, que celles-ci avaient été unies à un corps en punition d'une faute. Voir AME. L'opinion d'Origène sur la communauté de nature des anges et des âmes ἃ été renouvelée par les spirites de nos jours. Un assez grand nombre de Pères des premiers siècles, trompés par l'autorité qu'ils accordaient au livre d'Hénoch (voir ce mot), pensérent que les anges avaient un corps plus ou moins subtil, voir Klee, Histoire des dogmes, traduct. Mabire, Paris, 1848, 1, 1, p. 343, et Petau, De Angelis, lib. 1, 6. 11, édit. Vivès, 1865, t. 1, p. 607. Plusieurs crurent même que la Genèse parle des anges, quand elle rapporte, vi, 2, que les fils de Dieu épousérent les filles des hommes et en eurent des enfants. Quelques rabbins ont été jusqu'à penser qu'il y ἃ entre les anges différence de sexe et qu'ils se multiplient par la génération. Calmet, Dissertation sur les bons et les mauvais anges, en tête de son Commentaire sur saint Luc. Ce que Notre- Seigneur dit dans l'Évangile, Matth., xx11, 30, des anges de Dieu qui ne se marient point, n'a permis à aucun auteur chrétien d'admettre qu'ils ont un sexe. Cependant M. Reuss conteste que telle ait été la pensée de Notre- Seigneur, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, Strasbourg, 186%, t. 1, p. 46%.

Les exégètes rationalistes ne veulent point reconnaitre l'existence des anges. Ils expliquent donc de diverses manières ce que la Bible rapporte du monde angélique. Les uns prétendent que notre notion des anges n'existait pas

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chez les Juifs avant la captivité; ils la recueillirent parmi ᾿ les Babyloniens, et elle devint chez eux une croyance populaire ; Notre-Seigneur et les évangélistes n’admirent pas cette croyance, bien qu'ils y aient accommodé leur langage. Voir Oswald, Angelologie, % édit., Fribourg-en+ Brisgau, 1889, p. 6. D’autres pensent que les Juifs étaient primitivement polythéistes ; à mesure qu'ils devinrent monothéistes, ils regardérent les anges comme d’une nature inférieure à celle de Jéhovah; ils en firent, en conséquence, ses messagers et les ministres de ses desseins auprès des hommes, et Jésus-Christ et les auteurs du Nouveau Testament adoptérent cette conception. Haag, Théologie biblique, Paris, 1870, $ 96, 108, 121, 132, p. 338, 411, 459, 197. Cette manière de voir est fort en vogue aujourd'hui.

IT, Doctrine catholique sur l'existence et la nature des anges. — La doctrine catholique sur l'existence et la nature des anges ἃ été formulée par le quatrième concile de Latran (1215) et par le concile du Vatican (voir $ v), qui affirment l'existence et la complète spiritualité des anges, et les distinguent non seulement des créatures corporelles, mais encore des hommes composés de corps et d'âme. Les théologiens catholiques admettent que la connaissance des anges s’est accrue depuis Moïse jusqu’à Jésus-Christ par des révélations successives (voir 8 7); mais, à leurs yeux, c'est une erreur de penser que la croyance aux anges est la simple transformation d'un polythéisme primitif, ou qu'elle n’est pas confirmée et démontrée par le Nouveau Testament. — Montrons que le témoignage des plus anciens livres de la Bible, comme celui des plus récents, confirment la doctrine catholique et renversent les théories qui lui sont opposées.

Les anges sont très souvent en scène dans les récits des premiers livres de la Bible, le Pentateuque, Josué, les Juges. Ils y jouent un rôle qui démontre qu'on les regarde comme des êtres absolument personnels et qu'ils le sont réellement. Pour ne rien dire des chérubins, dont il sera question dans un article spécial, un ange apparait à deux reprises, Gen., XVI, 7; ΧΧΙ, 17, à Agar fugitive dans le désert et lui parle; des anges prédisent à Abraham la naissance d'Isaac et vont délivrer Loth de Sodome, XVII, XIX; un ange empêche Abraham d'immoler son fils, xxu, 11-19; Jacob, endormi, voit des anges qui montent au ciel par une échelle et en descendent, XXVIIT, 12; cf. xxx1, 11; xxxIT, À ; XLVINT, 16 ; un ange apparait à Balaam et lui marque ce qu'il devra faire, Num., XXII, un ange, l'épée à la main, promet à Josué de combattre avec lui, Jos., v, 13-16; un ange rappelle au peuple les bienfaits etles volontés de Dieu, Jud., 11, 1-4; un ange donne à Gédéon sa mission, Jud., vi, 11-933 ; un ange annonce la naissance de Samson, Jud., ΧΠῚ. Ces anges sont sans aucun doute des êtres doués d'intellisence et de volonté, et ils se présentent dans les autres livres de la Bible avec les mêmes caractères. Le Nouveau Testament raconte des apparitions semblables à Zacharie, à la sainte Vierge, à saint Joseph, aux bergers de Bethléhem, aux saintes femmes après la résurrection. Notre- Seigneur dit que les anges des petits enfants voient la face de Dieu, Matth., xvur, 10; il parle de ceux qui assisteront au jugement dernier, et sépareront les bons des méchants, de ceux qui sont au ciel et auxquels les élus seront semblables. Matth., xx11, 90; Mare., ΧΙ, 25. 1] serait trop long d’énumérer ici toutes ces apparitions et tous ces témoignages ; ce qui précède montre suffisamment que les auteurs des premiers livres de la Bible et ceux du Nouveau Testament regardaient les anges comme de véritables personnages.

Quant à la nature de ces personnages, reconnaissons qu'elle n'est pas complètement expliquée dans les plus anciens livres de la Bible. Cependant le Pentateuque et les livres suivants nous fournissent bien des traits qui la caractérisent de plus en plus. On ne leur attribue point la nature de l'homme. Sans doute 115 revêtent souvent sa

forme et, pour ce motif, sont parfois appelés des hommes ; mais aussitôt qu’on les reconnait pour des anges, on leur suppose une nature à part. D'ailleurs la manière dont ils paraissent et disparaissent et tout ce qu'ils font prouvent qu'ils n’ont rien d'humain. L'Écriture déclare du reste que l'homme leur est inférieur, Ps. vin, ὁ; Hebr., ut, 7; Il Petr., 11, 11, et si quelques Pères ont affirmé la supériorité de l’homme sur eux, c’est en se plaçant au point de vue surnaturel. Voir Klee, Histoire des dogmes, t 1, p. 347.

Mais la nature angélique est-elle purement spirituelle? les anges n’ont-ils point de corps? C’est aujourd’hui une vérité que les définitions invoquées plus haut rendent certaine; mais nous avons dit que plusieurs Pères en avaient douté. Cependant l’Écriture s'exprime assez clairement à ce sujet. Quoique elle raconte leur apparition aux hommes sous une forme corporelle, jamais elle ne dit qu'il leur soit naturel d’avoir un corps. Pendant qu'elle parle de l'âme ou de l'esprit de l'homme, marquant ainsi que nous sommes composés de deux principes, elle ne parle jamais de l'esprit des anges ; elle les appelle simplement des esprits. Hebr., 1, 14; Apoc., 1, 4; cf. Matth., vit, 16; Luc., x, 20. Job dit qu'ils n'ont point comme nous des corps formés de terre. Job, 1v, 18, 19. D’après d’autres textes, ils sont invisibles, Col., 1, 16; ce n'est qu'en apparence qu'ils prennent la nourriture que les hommes leur offrent, Tob., xt, 19; ils n'ont aucun commerce charnel. Matth., xxn1, 30. Les enfants de Dieu dont la Genèse, vi, 2, nous raconte l'union avec les filles des hommes,.ne sont donc point des anges, mais des descendants du vertueux Seth.

Mais les anciens Hébreux faisaient-ils une différence entre ces esprits si élevés et la Divinité? Ne faut-il pas considérer la croyance aux anges comme un reste de polythéisme ? Les Livres Saints, particulièrement dans la Genèse, nous rapportent des apparitions où un même personnage est appelé tantôt ange et tantôt dieu. Cette manière de parler soulève la question de savoir si ce personnage était Dieu lui-même ou un ange. Nous reviendrons, au $ ΧΙ, sur cette question. En tout cas, quelque solution qu'on lui donne, il est certain que les Hébreux ont toujours regardé les anges comme des êtres supérieurs à l'homme, mais inférieurs à Dieu. Sans doute ils n’ont pas précisé, comme nos théologiens chrétiens, les différences qui distinguent la nature angélique de la nature divine; mais ils présentent sans cesse les anges comme des ministres de Jéhovah, qui agissent en son nom et exécutent ses ordres, jamais comme des êtres indépendants. Jacob fugitif voit une échelle qui relie le ciel à la terre et sur laquelle les anges montent et descendent ; mais Jéhovah est au haut de l'échelle, c'est sa protection qui est promise à Jacob. Gen., xxvur, 12-13. Au commencement du livre de Job, 1, 6, les anges sont représentés autour de Dieu. Les anges sont multiples ; Dieu est unique, et il n'y ἃ que Dieu à qui l’on puisse rendre le culte d’adoration proprement dite. Aussi est-ce à Dieu que l'ange qui apparait à Manué fait offrir un holocauste. Jud., XII, 16.

Nous ne dirons rien de la connaissance naturelle des anges et de leur lingage. Les théologiens ont longuement étudié ces questions, mais à la lumière de la philosophie plutôt qu’à celle de l'Ecriture Sainte et de la révélation.

IV. Hiérarchie et nombre des anges. — La Bible ne nous ἃ pas seulement fait connaitre les anges en général ; elle nous parle aussi de divers ordres entre lesquels ils se partagent et nous en donne les noms (voir $ 1); mais elle ne s'explique pas sur la nature de chacun de ces ordres ni sur leur rang respectif dans la hiérarchie céleste. Aussi les anciens Pères ne sont-ils pas d'accord sur ce point. Cependant là division adoptée par le livre de Ja Hiérarchie céleste, attribuée à saint Denys l'Aréopagile, est devenue courante depuis longtemps. Elle par-

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tage les anges en trois hiérarchies, qui sont elles-mêmes partagées en trois ordres. La première hiérarchie se compose des Séraphins, des Chérubins et des Trônes; la seconde, des Dominations, des Vertus et des Puissances ; enfin la troisième, des Principautés, des Archanges et des Anges. Saint Thomas et les thomistes soutiennent que dans ces ordres chaque ange est d’une espèce à part et a sa nature distincte; mais leurs raisons sont plutôt empruntées à la philosophie qu'à la révélation. Les anges forment une multitude innombrable. Jacob, Gen., ΧΧΥΤΙ, 12, en voit qui montent au ciel et en descendent; et plus tard il en rencontre une armée. Gen., xxxI1, 2. Daniel, va, 10, dit qu'un million d’anges servaient l’Ancien des jours et que mille millions se tenaient en sa présence. Notre-Seigneur assure à ses apôtres, Matth., XXVI, 53, qu'il pourrait obtenir de son Père plus de douze légions d’anges. L’Epitre aux Hébreux, x11, 22, et l'Apocalypse, v, 11, nous donnent des chiffres qui expriment qu'il y ἃ une quantité incalculable de ces esprits bienheureux. Les Livres Saints s’en tiennent à cette affirmation générale. Plusieurs Pères et écrivains ecclésiastiques ont essayé de déterminer ce chiffre en se fondant sur diverses conjectures. [ls appliquent, par exemple, aux anges et aux hommes la parabole du pasteur qui abandonne quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller à la recherche d'une centième égarée dans le désert. Matth., XVI, 12; Luc., xv, 4. Ils en concluent que le nombre des anges est quatre-vingt-dix-neuf fois plus considérable que celui des hommes.

V. Création des anges. — Les anges ont-ils été créés, c'est-à-dire tirés du néant? Ont-ils été créés dans le temps ou de toute éternité? Ont-ils été créés avant le monde matériel, après lui ou en même temps que lui? — Le premier verset de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, » semble répondre à ces trois questions. Le ciel, en effet, renferme les anges; et ce texte paraît nous dire que les anges ont été créés de Dieu, qu'ils ne l'ont pas été de toute éternité, mais dans le temps et avec la terre. Seulement on peut contester cette interprétation, car les anges ne sont pas mentionnés nominativement dans ce passage. Mais les Livres Saints nous fournissent ailleurs des renseignements sur ces trois questions. Ils nous disent, en effet, que tous les êtres finis ont Dieu pour auteur, Eccli., xvir, 1; Esther, χα, 10; Rom., ΧΙ, 36, et ils rangent expressément les anges parmi les créatures. Ps. CxLVIT, 2 etsuiv.; Dan., 111, 57; I Esdr., x, 6; Col., 1, 10. C’est donc contrairement à l’Écriture que les gnostiques Cérinthe, Carpocrate, Saturnin, et que les manichéens ont prétendu que les anges procédaient de Dieu par émanation. Klee, Histoire des dogmes, ἵ. 1. p. 340. Suivant la doctrine de quelques philosophes, il ne serait pas absolument impossible que les anges aient été créés de toute éternité. Origène semble même avoir admis qu'ils ont été produits de cette manière. Klee, ibid. ; Freppel, Origène, Paris, 1868, lee. 16 et 17. Mais l'Ecriture Sainte est positive sur ce point. Elle nous représente l'éternité comme n’appartenant qu'à Dieu, et elle affirme qu'il vivait avant qu'il existät aucun autre être. Ps. xcix, 3; Prov., vin, 22 ; Eccli., XXIV, 5; Joa., XVII, 5, 24; Eph., 1, 4; Col., 1, 16. Les anges ne sont donc pas éternels.

S'ils n’ont pas toujours été, depuis quel temps existentils? Un assez grand nombre de Pères : saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Jean Damascène, saint Ambroise, saint Hilaire, saint Jérôme, ont pensé que les anges avaient élé créés longtemps ou au moins quelque temps avant la matière. Ils s'appuient sur un texte de Job, ΧΧΧΥΗΙ, 4-7, qui représente les anges assistant dans la joie à l'œuvre de Dieu, qui posait les fondements de la terre. Gennade croyait que la création des anges avait eu lieu après celle de la matière brute, pendant que les ténèbres couvraient la terre, et cela plusieurs siècles avant la production de la lumière. Sa raison,

c’est qu'il fut convenable que Dieu ne restät pas inactif pendant ce temps. Suarez traite son opinion assez sévèrement. Le Juif Philon et saint Eucher ont cru que la création des anges avait suivi celle de l’homme, parce que les anges sont plus parfaits que l’homme, et que l’œuvre de Dieu a été en se perfectionnant. Mais le texte de Job que nous avons rapporté est contraire à ce sentiment.

Aussi plusieurs Pères, parmi lesquels saint Epiphane, saint Augustin, et à peu près tous les théologiens du moyen àge et des derniers siècles ont-ils admis que les anges ont été créés en même temps que le monde terrestre et avant l'homme. Le texte de Job cité en faveur de la première opinion ne suppose pas, en effet, que les anges ont été créés avant la terre, mais seulement qu'ils assistaient à l’œuvre des six jours. D’autre part le livre

des Proverbes, var, 22, laisse entendre qu'avant la pro-

duction de la terre il n'existait aucune créature, mais seulement la Sagesse éternelle. La simultanéité de la création des habitants du ciel et de la terre est en outre affirmée dans ces paroles de l’'Exode, xx, 11: « Le Seigneur ἃ fait en six jours le ciel, la terre et la mer et tout ce qu'ils renferment, » et dans ces paroles plus succinctes de l'Ecclésiastique, ΧΥΠῚ, À : « Dieu a créé toutes les choses ensemble, creovit omnia simul. » Mais ce dernier texte a reçu un grand nombre d’interprétations. Cornelius a Lapide en énumère jusqu’à dix. On peut les ramener à deux classes principales. Les unes entendent simul d'une simultanéité de temps, et y voient l'expression du sentiment que les anges ont été créés en même temps que le ciel et la terre. Les autres donnent à ce mot un des sens du terme grec χοινῆ, qu'il traduit. Ici, selon eux, simul voudrait dire en commun, soit qu'il exprime que Dieu ἃ fait également toutes choses, soit qu'il signifie qu'il ἃ fait toutes choses suivant un plan d'ensemble qui les embrasse toutes. '

Cette dernière interprétation avait autrefois assez peu de partisans, mais elle est plus communément adoptée aujourd'hui. C’est que la simultanéité temporelle de la production des anges, du monde et de l’homme n'offrait aucune difficulté au temps où l’on pensait que Dieu avait produit toutes les créatures en six jours de vingt-quatre heures ; car six de ces jours tont un espace de temps si court, que les parties d’une œuvre considérable accomplie en ce temps seraient appelées simultanées dans notre langage courant. Mais il n’en est plus de même dans la théorie des jours-périodes suivie aujourd'hui par tant d'exégètes; car, d’après cette théorie, il s’est écoulé de longs siècles entre l'apparition de la première créature et celle de l'homme ; et, cela posé, il paraît peu exact de dire que Dieu a fait toutes choses au même temps.

La création des anges a été l’objet de déclarations dogmatiques de l'Église. A la fin du ΧΙ siècle et au commencement du ΧΙΠ5’, les Albigeois prétendaient que ce n’était pas Dieu, mais le démon, qui avait créé la matière ; au sujet du démon, ils disaient tantôt, avec les manichéens, qu'il n'avait pas Dieu pour auteur, tantôt qu'il avait été créé bon par Dieu, puis qu'il s'était perverti. Hétélé, Histoire des conciles, $ 645, t. vu, p. 62. Le quatrième concile de Latran, tenu en 1215, condamna leur erreur. Nous avons déjà, $ 11, col. 578, parlé de son décret. « Dieu, dit-il, par sa vertu toute-puissante ἃ produit du néant ensemble, au commencement du temps, les deux classes de créatures spirituelles et corporelles, c’est-à-dire les anges et le monde; puis ensuite les créatures humaines comme réunissant dans leur constitution l'esprit et le corps. » Cap. Firnuter; Denzinger, Enchiridion, n° 355. Le concile du Vatican a reproduit textuellement ce passage du concile de Latran dans le premier chapitre de la constitution Dei Filius. I a en outre défini, au quatrième canon de ce chapitre, que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ne sont pas des émanalions de la substance divine, et, au cinquième, que le monde et toutes les choses qu'il renferme, tant les spirituelles que les matérielles,

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ont été produites de rien par Dieu dans la totalité de leur substance. Il est donc de foi, en ce qui concerne les anges, qu'ils ont été tirés du néant par Dieu, ou, autrement dit, créés dans la totalité de leur substance; par conséquent, qu'ils ont eu un commencement et ne sont point éternels.

Mais ces déclarations ont-elles tranché la question de savoir à quel moment les anges ont été créés? Sur ce point les théologiens sont loin de s’accorder. Remarquons d’abord que les assertions des anciens théologiens au sujet du concile de Latran s'appliquent au concile du Vatican, qui le reproduit textuellement. Or, d’après saint Thomas (Opusc. XIX où ΧΑ͂ΠΙ, suivant les éditions, In Decretalem, 1, cap. n), l'erreur que le concile de Latran ἃ voulu frapper serait celle des origénistes, qui regardaient la création de la matière comme n’entrant point dans le plan que Dieu avait en vue en créant les esprits. Suivant le même docteur, Sun. theol., 1, q. 61, art. 3, il n’est pas certain, mais seulement plus probable, que les anges ont été créés au même moment que la matière. Cajetan, Sixte de Sienne, Vasquez et Petau disent avec saint Thomas que le décret de Latran n'a point transformé en erreur le sentiment des Pères qui plaçaient la création des anges avant celle de la matière. Sylvestre de Ferrare, In 2 cont. Gent., e. 83 (D. Thomæ Opera, Anvers, 1612, t. 1x, p. 206), pense, au contraire, que le concile ἃ voulu définir et qu'il a défini la simultanéité de ces deux créations. Suarez, De Angelis, lib. 1, 6. 11, n° 13-15, Paris, 1850, t. 11, p. 11, estime que le concile ne s’est point proposé de trancher ce point, attendu qu'il s’est contenté d'y toucher en passant. 1] ajoute que la pensée du décret de Latran est que les deux créations ont été simultanées ; il conclut qu'à cause de ce décret, il serait téméraire de nier cette simultanéité. Il reconnait cependant qu'on peut admettre que le corps de l’homme n'est pas le seul qui ait été formé après la création des anges ; car, si le concile ne parle que de l'homme, cela peut venir de limpossibilité où il était de nommer toutes les créatures, Le sentiment de Suarez était et est resté Jusqu'à ces derniers temps l'opinion commune des théologiens. Nous le retrouvons sans aucun correctif dans Mazzella, De Deo creatore, % édit., Rome, 1880, nos 208 et 259, p. 173, qui l'appelle certain. Mais d’autres auteurs, comme Hurter, Theol. dogm., 6° édit., Inspruck, 1886, t. 11, n° 495 et 420, p. 231 ; Jungmann, De Deo creatore, 4° édit., Ratisbonne, 1883, n° 77, p. 63, admettent qu'on peut entendre le mot simul employé par les conciles de Latran et du Vatican dans le sens, non d’une simultanéité de temps, mais d’un plan unique ou d’une communauté d'origine. Ils font observer cependant qu’en plaçant au commencement du temps, ab initio temporis, la création des anges et de la matière, le texte laisse entendre que les anges n’ont pas été créés longtemps avant les corps. À notre avis, le concile de Latran visait surtout l'erreur des Albigeois, voir Héfélé, Hist. des conciles, trad. Delare, Paris, 1872, t. vu, 8 645, qui plaçaient la création de la matière après la chute des anges et en dehors du plan primitif de Dieu. Cela ressort de la suite du décret, qui justifie la déclaration qui nous occupe par cette autre : (En effet, le diable et les autres démons ont été créés tous par Dieu ; mais, par leur propre fait, ils sont devenus mauvais. Pour l’homme, il a péché à Ja suggestion du diable. » Bien que saint Thomas dise que cette condamnation ἃ été portée contre les origénistes et non contre les Albigeois, il nous semble donc l'avoir mieux comprise que personne.

Cependant le concile de Latran et celui du Vatican ont aussi marqué le temps des diverses créations. Ils affirment nettement que la création de l’homme ἃ eu lieu aprés celle des anges et du monde corporel. Le sentiment de Philon et de saint Eucher est donc rejeté par l'Église. Nos conciles affirment encore que les anges et les corps ont été tirés du néant au commencement du monde, Ce qui suppose, comme le remarque Hurter, ibid.»

que ces deux créations n’ont point été séparées par un très long intervalle, ou, en d’autres termes, qu’elles ont été moralement simultanées. Il importe donc assez peu qu'on entende le mot simul dans le sens que lui attribue saint Thomas, ou dans celui que leur donnent Suarez et Mazzella. I est d’ailleurs indubitable que les Pères du Vatican ne regardaient point leur déclaration comme inconciliable avec la théorie des jours-périodes ; car la plupart d'entre eux admettaient cette théorie, et tous la considéraient au moins comme soutenable.

VI. Elévation surnaturelle des anges. — Les anges furent-ils créés dans l’état de pure nature, c’est-à-dire avec les seuls dons auxquels leur nature leur donnait droit, ou bien furent-ils élevés dès le premier moment de leur existence à l’état surnaturel, c’est-à-dire à la participation de la vie divine, à laquelle ils n'avaient aucun droit? Hugues et Richard de Saint- Victor, Pierre Lombard, saint Bonaventure et beaucoup de leurs contemporains, ont pensé que l'élévation des anges à l'état surnaturel ne s'était produite qu'après qu'ils eurent été laissés quelque temps à leurs seules ressources naturelles. Saint Thomas a soutenu, au contraire, qu’elle avait eu lieu au moment même de leur création, et cette opinion a été adoptée par la grande majorité des théologiens. Les jansénistes l’outrèrent en prétendant que les anges non plus que l’homme n'auraient pu vivre dans l’état de pure nature. Les théologiens ont réfuté cette erreur ; car qui dit état de nature, dit un état dans lequel une créature possède tout ce à quoi elle ἃ droit, et par conséquent un état possible. Mais quoi qu'il en soit de l’état dans lequel furent créés les anges, il est certain qu'au moment de leur épreuve ils avaient été élevés à l’état surnaturel. L'Écriture les appelle, en effet, anges de lumière, IT Cor., x1, 14; fils de Dieu, Job, xxxvui, 7; saints, Dan., vi, 13; Marc., vint, 98. Ces noms indiquent que les anges participent à la vue de Dieu, à sa vie et à la sainteté surnaturelle. Ils jouissent aujourd’hui au ciel de la vision intuitive de Dieu. Matth., ΧΥΠΙ, 10. Ils possèdent par conséquent un bonheur surnaturel, qui est une récompense pour eux, comme l'enfer est un châtiment pour les démons. Or une récompense surnaturelle suppose des actes de vertu surnaturelle, et par conséquent une élévation surnaturelle dans ceux qui ont accompli ces actes. Parmi les théologiens, les scotistes pensent que la grâce fut donnée aux anges en vue des mérites futurs de Jésus-Christ ; mais les thomistes combattent ce sentiment.

ΜΠ. Epreuve des anges. — L'épreuve des anges n’est pas racontée expressément dans lEcriture ; mais son existence n’est point douteuse, car la tradition l’affirme unanimement. Il est en outre certain que les démons ont été créés bons, et qu'ils étaient primitivement comme les anges. Or saint Pierre nous dit que les démons ont été précipités en enfer à cause de leur péché, I Petr., 11, 4; cf. Matth., xxv, 41; Judæ, 6, d’où il résulte que les bons anges auraient pu pécher comme eux, et qu'ils ont été soumis à une épreuve.

En quoi consiste cette épreuve ? Nous pouvons le conclure encore de la nature du premier péché des démons, qui, suivant l'opinion commune, fut une faute d’orgueil. Eccli., x, 15; Tob., 1v, 14 ;1 Tim, 11, 6. 1] semble probable que cette épreuve ne fut pas de longue durée, car l'Écriture ne laisse pas entendre qu'aucun des bons anges ait péché ; elle suppose, au contraire, que les démons furent précipités en enfer dès leur première faute. II Petr., 11, 4.

Quel fut le nombre des anges qui tombèrent et celui des anges qui persévérèrent ? Nous l’ignorons. Plusieurs auleurs ont cru que les démons sont deux fois moins nombreux que les anges, parce que l'Apocalypse, ΧΗ, #, nous représente le dragon entrainant avec sa queue le tiers des éloiles du ciel et les précipitant sur la terre ; mais, outre que ces étoiles du ciel paraissent être les saints perséculés, on ne doit pas regarder le chiffre donné ici comme ayant une précision mathématique.

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VIII. État actuel des bons anges. — Les bons anges depuis leur épreuve jouissent du bonheur du ciel. L’Écriture les appelle non seulement, comme nous l’aävons vu, anges de lumière, fils de Dieu, saints, mais encore anges élus, II Mach., χι, 6; xv, 23; anges du ciel, Matth., xx1, 30. Elle dit qu'ils sont en la présence de Dieu, Tob., ΧΙ, 15; Dan., vi, 10; qu'ils habitent le ciel, Marc., x, 25; qu'ils sont citoyens de la Jérusalem céleste, Hebr., χα, 22; qu'ils ont le sort qui sera donné aux élus, Luc., xx, 86; que ceux même qui nous gardent sur la terre voient sans cesse au ciel la face de Dieu. Matth., xvin, 10. Puisque les anges du ciel ont le sort que Dieu réserve aux saints ses élus, ils ne perdront jamais le bonheur dont ils jouissent. Du reste Notre-Seigneur dit expressément qu'ils voient toujours et pour toujours (διὰ παντός) la face de Dieu.

La gloire des anges n’est pas égale. Nous avons déjà parlé de leur hiérarchie. L’EÉcriture nous apprend en outre qu'il y en ἃ sept d’entre eux qui se tiennent devant le trône de Dieu. Tob., ΧΙ, 15. Tout ce qui est vrai du bonheur des saints dans le ciel, de leur connaissance de Dieu, de la manière dont ils l’aiment et le louent, de leur impeccabilité, de leur connaissance surnaturelle du monde, est également vrai des anges. Aussi n’en parlerons-nous point ici. Mais nous devons nous occuper des fonctions qu'ils exercent vis-à-vis des hommes et qui leur ont fait donner le nom d’anges ou députés.

IX. Fonctions des anges. Les anges gardiens. — Dieu se sert de ses créatures pour accomplir ses desseins. Ce n'est point qu'il ait besoin d'elles ; mais, dans sa bonté, 1] veut leur donner une part à ses œuvres. C'est pour cela qu’il a accordé à tous les êtres une certaine puissance naturelle. C’est aussi pour ce motif qu'il se sert du ministère des hommes pour nous instruire des vérités révélées et pour nous communiquer la grâce des sacrements. Il n’y a donc rien d'étonnant qu'il emploie le ministère des anges pour exécuter les plans de sa providence, soit dans l'ordre naturel, soit surtout dans l'ordre surnaturel. Il a chargé ces esprits bienheureux de protéger le juste, Ps. χα, 11-13; Hebr., 1, 14; d'écarter de lui les dangers, ibid., et Judith, xu1, 20 ; de le défendre contre les embüches du démon, Tob., virr, 3; de présenter ses prières à Dieu, Tob., ΧΙ, 12; de conduire son âme en l’autre vie, Luc., xvI1, 22; il leur réserve aussi le soin de séparer les bons des méchants au jour du jugement général. Matth., xt, 49. Un ange est même député auprès de chacun de nous pour nous aider. On l'appelle pour ce motif ange gardien. C'est une doctrine certaine et qu'il serait téméraire de contredire en ce qui regarde les fidèles prédestinés ; elle est communément admise dans l'Église pour les autres hommes. Elle était déjà crue par les premiers chrétiens ; car lorsque saint Pierre, tiré miraculeusement de la prison, frappait à la porte de Marie, mère de Jean, les chrétiens stupéfaits se disaient les uns aux autres que c'était son ange. Act., x, 15. Notre-Seigneur avait, du reste, confirmé cette croyance en disant, Matth., χνπι, 10, que les anges des petits enfants voient sans cesse la face de Dieu; et elle s’appuyait sur les paroles du patriarche Jacob, Gen., xLvIIT, 16, et de Judith, Judith, χα, 20, qui affirment que l'ange de Dieu les avait gardés.

Chaque peuple ἃ aussi un ange spécialement chargé de lui, suivant un sentiment admis par les saints Pères et par les théologiens catholiques. Le livre de Daniel, x, 13, 21, fait en effet mention de l'ange des Grecs et de celui des Perses. En outre, la traduction des Septante, Deut., ΧΧΧΙΙ, 8, porte que Dieu ἃ partagé la terre aux nations suivant le nombre de ses anges. Et plusieurs auteurs en ont corïelu que chaque nation ἃ son ange gardien. L'ange du peuple juif était Michel, Dan., x, 19, 21; χη, 1 ; Judæ, 9, qui est maintenant le protecteur spécial de l'Église universelle ,- Apoc., xt, 7, pour laquelle 1] combat. Il était assez naturel de penser que les Églises particulières ont aussi leur ange gardien. C'est donc un sentiment fort

répandu. Il est même des interprètes qui pensent que saint Jean s'adresse aux anges des sept Églises d'Asie au début de l’'Apocalypse ; mais ceux qu'il appelle anges en cet endroit sont les évêques de ces Églises, comme le prouvent les reproches qu'il leur fait. La croyance aux anges gardiens n'est point particulière aux Juifs et aux chrétiens ; elle existait chez les Perses, chez les Grecs et chez d’autres peuples ; mais ce n’est pas une raison pour la rejeter.

Saint Étienne, Act., vit, 53, et saint Paul, Hebr., τι, 2; Gal., 11, 19, déclarent que la loi et la révélation mosaiques avaient été données aux Juifs par le ministère des anges. Saint Paul en prend occasion de montrer la supériorité de la révélation chrétienne qui a été apportée au monde par le Fils de Dieu en personne. Hebr., 1.

Si la participation des anges aux ouvrages de Dieu ἃ été considérable, il est cependant des œuvres que Dieu s’est réservées à lui seul, savoir : la création et la rédemption du monde.

Cependant Simon le Magicien et après lui Ménandre, Saturnin et en général les gnostiques, attribuaient la création du monde aux anges (Voir Schwane, Histoire des dogmes, trad. Belet, t. 1, 8 31 et 32, p. 251-255). Marcion et les manichéens attribuaient celle des corps au démon. Ces opinions furent toujours rejetées par l’Église, qui, dans ses symboles et ses conciles, proclama Dieu le créateur de toutes choses. Les théologiens se demandérent même si Dieu pouvait communiquer, dans une certaine mesure, sa puissance créatrice à des êtres finis. Quelques-uns crurent cette communication possible ; mais la plupart admettent avec saint Thomas, 1, q. 45, a. 5, qu'aucune créature ne peut recevoir le pouvoir de créer.

Basilides et les autres gnostiques faisaient de Jésus- Christ un éon. Ils attribuaient, en conséquence, notre rédemption aux anges. Muis la doctrine de saint Paul, Hebr., 1 etir, des Pères et des théologiens, voir Klee, Hist. des dogmes, t. 11, p. 4, c'est que l'homme n'aurait pu être sauvé par un ange et qu'il l'a été par le Fils même de Dieu, On trouvera traitées dans les théologiens les questions relatives à la manière dont les anges agissent sur les corps, se transportent d’un lieu dans un autre (voir en particulier Schmid, Quæstiones selectæ ex theologia dogmaticu, Paderborn, 1891, q. 11, p. 128-145), et nous suggèrent des pensées. L'Écriture affirme ces faits sans les expliquer. L'Écriture ne nous fait pas non plus connaître si Dieu confie des missions sur la terre à tous ses anges ou s’il n’en donne qu'aux cinq derniers ordres. Un gr and nombre de Pères, saint Athanase, saint Chrysostome, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Bernard, après eux Scot, et plus près de nous Petau, Knoll et d’autres auteurs ont pensé que tous les anges remplissent des ministères auprès des hommes. L'Épitre aux Hébreux,

14, dit en effet que tous les anges sont les ministres que Dieu emploie pour le salut des élus. Dieu plaça des chérubins à l'entrée du paradis pour en défendre laccès, et les anges Michel, Gabriel et Raphaël, qui accomplirent plusieurs missions, sont du nombre des anges qui se tiennent devant le trône de Dieu. Néanmoins, à la suite de l’auteur de la Hiérarchie céleste, connue sous le nom de saint Denys l'Aréopagite, et de saint Grégoire le Grand, les principaux théologiens du moyen àâge, saint Bonaventure, saint Thomas et l’école thomiste ont soutenu que les quatre premiers ordres d’anges n'étaient occupés qu'à louer et à adorer Dieu. Suivant cette opinion, lorsque ces anges supérieurs remplissent un ministère parmi les hommes, c’est par l'intermédiaire des anges des ce derniers ordres. D'après saint Thomas, 1, 4. 112, ἃ. 2, quand l'Écriture nous p: τε d'un ministère rempli sur la terre par les séraphins, Is., v1, 2-6, ou les chérubins, Gen., 111, 24, il faut regarder eu termes comme une dénomination générale qui ne désigne pas un ordre particulier de Ja hiérarchie céleste, mais qui s'applique à tous les anges, ou qu'explique la forme revêtue par les envoyés de Dieu.

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X. Culle des anges. — Il était naturel que ceux qui attribuaient aux anges la création et la rédemption leur rendissent le culte qui n’est dù qu'à l'Étre suprême. Saint Paul met les Colossiens, Col., 17, 18; cf. Matth., v, 34, en garde contre ce qu'il appelle la religion des anges. C'est sans doute à cause de ce culte que l’ange devant qui saint Jean voulait se prosterner, dans l’Apocalypse, lui défendit de le faire, et lui dit de réserver ses adorations pour Dieu. Apoc., xx11, 9. Cependant l'Écriture ne condamne point les honneurs rendus aux anges en tant que ministres de Dieu, ni les prières qu’on leur adresse pour qu'ils les portent au pied de son trône. Moïse, Exod., nr, 5, et Josué, v, 13, 14, ôtent leur chaussure par respect pour le lieu où l'ange du Seigneur leur apparait. Daniel se PEOIeseS devant un ange ΠῚ se présente à lui sur le Tigre, x, 5, 6. Cf. Gen., xvur, 2; χχχπ, 80; xLvur, 16 ; Exod., XXII, 20 ; Ose., xIr, 4. S: int Jean, Apoc., v, 8, nous montre ces esprits bienheure eux occupés à présenter à Dieu les prières des saints. Aussi l'Eglise catholique rend-elle un culte aux anges; mais le culte qu'elle leur rend n’est point celui de latrie, qui est réservé à Dieu, c’est le culte de dulie.

XI. L'ange de Jéhovah. Les apparitions des anges. — C’est ici le lieu de nous poser une question qui ἃ été l’objet de nombreuses discussions. Les anges ont apparu très souvent aux hommes. Parmi les apparitions rapportées dans l'Ancien Testament, il en est un grand nombre où celui qui apparaît est nommé l’ange de Jéhovah. Gen., ΧΥ WP00E De XXII, ns 15; χχιν, 40 : χχχι, 11; Num. XX, A7: xx11, 22 ; Jud., 11, 1, 4; vi, 11, xt, 3; I Reg. XXIV, 16: ΠῚ Reg., en Bee IV Reg., 1, 15; xIX, 80; I Par., xx1, 15; Ps. xxxu1, 8; Isai., xXxXvI, 86, etc. 1] arrive aussi assez souvent que le même personnage qui vient d'être appelé ange est ensuite nommé Dieu. Ainsi par exemple, Gen., ΧΥΠῚ, 19, lorsque le Seigneur apparait à Abraham, celui-ci voit trois personnages ; or, dans la suite du récit, tantôt ces personnages sont supposés plusieurs, tantôt ils sont supposés un Seul : deux d’entre eux vont à Sodome secourir Loth, et sont appelés anges ; lun reste avec Abraham et est appelé le Seigneur. De même LS Dieu, ou l'ange de Dieu suivant l'hébreu, Exod., ΠΙ, 2, apparut à Moïse dans le buisson ardent, et saint re rappelant cet événement, nomme celui qui apparut à Moïse tantôt un ange, tantôt Dieu. Act., vit, 31-35. Or on s’est demandé si l'ange de ces apparitions n'était point Dieu lui-même, avec lequel il semble se confondre, ou le Fils de Dieu, qui est nommé ailleurs l'Ange du Testament, Malac., ΠΙ, 1.

On peut ramener à trois classes les opinions diverses qui ont été émises à ce sujet. La plupart des Pères ont pensé que dans toutes ces apparitions ce n'était point un ange, mais Dieu lui-même qui se montrait. Leur raison, c'est que ce personnage est appelé Dieu et agit comme Dieu, et aussi que ces apparitions étaient des préliminaires de lncarnation. Plusieurs ont vu la Trinité dans quelques-unes de ces apparitions, en particulier dans les trois anges qui visitèrent Abraham ; d'autres ont vu une manifestation du Dieu unique dans cette apparition, qui montre l'unité de nature des trois personnes divines, et dans celle où Dieu déclare qu'il se nomme Jéhovah, qu'il est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; mais ordinairement on à cru, aux quatre premiers siècles de l’Église, que c'était le Fils de Dieu qui se manifestait sous la forme des anges, et préparait ainsi son incarnation. Cette opinion a été formulée par saint [rénée, saint Justin, Origène, Tertullien, saint Cyrille d'Alexandrie, Eusébe de Césarée, saint Cyprien, saint Cyrille de Jérusalem, saint Chrysostome, saint Hilaire, saint Épiphane, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise. Elle ἃ gardé d'ailleurs jusqu'à nos jours des représentants très attofi IS6S, Citons Bossuet, Elévations sur les mystères , 10e semaine, Ge élévation, qui s'exprime en ces termes : « Croyons que toutes ces apparitions, ou du Fils de Dieu ou du Père méme,

étaient aux hommes un gage certain que Dieu ne regardait pas la nature humaine comme étrangère à la sienne, depuis qu'il avait été résolu que le Fils de Dieu égal à son Père se ferait homme comme nous. Toutes ces apparitions préparaient et commençaient l'incarnation du Fils de Dieu, l’incarnation n'étant autre chose qu'une apparition de Dieu, I Tim., 11, 16, au milieu des hommes plus réelle et plus authentique que toutes les autres : pour accomplir ce qu'avait vu le saint prophète Baruch, 11, 37,38, que Dieu même, après avoir enseigné la sagesse à Jacob et à ses enfants, avait été vu sur la terre et avait conversé parmi les hommes. » Cf. Vandenbræck, qui s'applique à établir cette opinion dans sa Dissertatio theologica de theophaniis sub Veteri Testamento, Louvain, 1851, p. 58-113.

Cependant saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire pape s'étaient montrés favorables à un sentiment diflérent, celui qui attribue ces apparitions à des anges. Ce sentiment fut suivi par la plupart des théologiens et des exégètes scolastiques. Citons saint Bonaventure, saint Thomas, les théologiens de Salamanque, Sylvius, Estius, Suarez, Billuart, Perrone, Tostat, Cornelius a Lapide, Bonfrère, Calmet, Menochius. Suivant ces auteurs, ce sont des anges qui ont apparu aux hommes non seulement dans les cas où celui qui apparait est appelé tantôt Dieu, tantôt ange, mais encore dans les apparitions où il n’est point parlé des anges, et où Dieu seul semble intervenir. Ils s'appuient principalement sur divers passages de l'Écriture où il est affirmé tantôt que personne n'a jamais vu Dieu, Joa., 1, 18 ; Joa., 1V, 12, tantôt que dans l'Ancien Testament Dieu s’est toujours servi du ministère des anges. Heb., 1, 1; 11, 2; Gal., nr, 19; Act., vu, 58. Voir en particulier saint Thomas, Quæst. disp. de Potenti, q. 6, art. 8, ad. 3; Suarez, De Angelis, VI, xx, édit. Vivès, 1856, t. 11, p.765 ; Cornelius ἃ Lapide, In Exodum, cap. ΠΙ, édit. Vivès, 1868, t. 1, p. 451.

Une troisième manière d'expliquer les apparitions qui nous occupent consiste à dire que ce sont des anges qui ont apparu, mais que c’est Dieu qui parlait en eux. Elle à été admise par le franciscain Frassen. M. Vandenbræck, De theophaniis sub Veteri Testamento, p. 59, lattribue aussi à Wouters et aux Bénédictins qui ont édité saint Hilaire. Cette troisième opinion mérite à peine d'être signalée ; car elle est peu en harmonie avec les textes de l'Écriture, qui dit que les paroles sont prononcées par le personnage qui se montre dans les apparitions.

M. Vandenbræck distingue une quatrième opinion, qu'il attribue à Witasse, et suivant laquelle Dieu aurait apparu médiatement et les anges immédiatement, Mais ce sentiment est celui de tous les scolastiques, qui attribuent ces apparitions aux anges ; car ils font tous observer que ces anges remplissaient une mission de Dieu et parlaient en son nom. C’est pourquoi, suivant eux, l'Écriture affirme tantôt que c’est un ange, tantôt que c’est Dieu qui parle et se manifeste,

Les anges ont apparu sous des formes diverses : sous forme de chérubins à corps d'animaux, à Ézéchiel et probablement à Adam, sous forme de nuée dans le désert, sous forme de voyageurs, de guerriers, de prêtres en habit de lin, parfois avec et le plus souvent sans ailes. On peut se demander s'ils ont pris pour ces apparitions des corps véritables. L'opinion commune est qu'ils se sont formés, où que Dieu leur à formé des corps véritables pour les apparitions que la Bible présente comme réelles. Il en est autrement dans le cas où les anges apparaissent en songe, comme cela eut lieu pour la vision de Jacob, Gen., xxvin, 12, 18, et pour celles de saint Joseph, Matth., F 20-0119,

ΧΙ. Développement de la doctrine des anges. — On peut considérer ce développement soit dans la Bible, soit dans la théologie catholique. L’angélologie de l'EÉcriture

Sainte s’est précisée peu à peu; mais on en trouve tous les éléments en germe dès les premiers récits bibliques.

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Certaines couleurs de ces récits ont changé, certaines parties des croyances se sont développées, mais le fond est resté le même. La plupart des représentants de l’exégèse rationaliste se sont cependant persuadé que la croyance aux anges avait été notablement modifiée depuis Moïse jusqu’à Jésus-Christ. Voici quelle serait, suivant plusieurs d’entre eux, les étapes de ce développement, A l’origine les Hébreux auraient été polythéistes et auraient adoré les astres. Le monothéisme, qui prit racine en Israël, aurait rabaissé les anciens dieux à un rang secondaire et les aurait transformés en ces anges, serviteurs de Jéhovah, qui forment la milice céleste. Ce serait pour ce motif que le même personnage nous est présenté dans les premiers récits de la Bible, tantôt comme un envoyé de Dieu, tantôt comme Dieu lui-même. Les anges auraient gardé le carac= tère des dieux de l’Olympe dans Job, où ils forment le conseil de Dieu, Job, 1, 6, et dans les passages nombreux où ils paraissent en guerriers. Gen., XxxX1H, 1-2; Jos., v, 14; I Reg., xx, 19; II Reg., vi, 17, etc. Ensuite ils auraient pris de plus en plus le caractère de simples messagers. Leur spiritualité n’aurait pas été admise dans les premiers temps, mais seulement plus tard. Ainsi s’expliquerait qu'ils aient bu et mangé avec Abraham, Gen., ΧΥΠΙ, 8, tandis qu'ils refusèrent de s'asseoir à la table de Manué, père de Samson, Jud., xur, 16, et qu'ils déclarèrent à Tobie, Tob., ΧΙ, 19, que ce n’était qu’en apparence qu'ils prenaient la nourriture des hommes. Les Juifs auraient adopté pendant la captivité de Ninive et de Babylone diverses croyances des Chaldéens et des Perses, en particulier la distinction entre les bons et les mauvais anges, qui fait le fond du zoroastrisme. C’est aussi à cette source qu'ils auraient emprunté la division hiérarchique des anges, la notion des sept anges qui se tiennent devant le trône de Dieu et les noms de quelques-uns d’entre eux. Plusieurs autres conceptions contraires aux croyances primitives de l’hébraïsme se seraient introduites à partir de ce moment. € Dans l’âge patriarcal, dit M. Haag, Théologie biblique, Paris, 1870, p. #14, Dieu habitait au milieu des tentes de son peuple et protégeait directement la famille du patriarche. Pendant la période de l’hébraisme (avant l'exil), la Bible nous montre le Dieu national des Israélites trônant entre les chérubins dans la tente-sanctuaire (le tabernacle) et intervenant encore quelquefois dans les affaires de la nation. Depuis l'exil, retiré dans le ciel comme les rois d'Orient dans leur palais, d'où ils ne sortent que rarement pour se montrer à leurs sujets, nous le voyons continuant à gouverner le monde, non pas encore, il est vrai, par des lois physiques et morales établies de toute éternité et immuables comme lui (qu'était donc le Décalogue ?), mais par des ministres de sa volonté, par des anges, et à cet égard les Juifs vont si loin dès la fin de cette période, que déjà les Septante traduisent ‘é$ dät, Deut., ΧΧΧΠΙ, 2, qui signifie feu de la loi, par ἄγγελοι, les anges, première trace d’une croyance que l’on trouve enseignée dans le Nouveau Testament, comme dans le Talmud. » (Notre Vulgate traduit ’é$ dât par lex ignea ; mais comment M. Haag n’a-t-il point remarqué que, dans le même verset et le suivant, le texte original parle de qôdés, de (saints » qui accompagnent Dieu par milliers, et dans lesquels les rabbins voient les Docteurs qui ont composé le Talmud, pendant que les exégètes catholiques y voient les anges ?) « Cette croyance qui fait intervenir directement les anges dans la promulgation de la loi sur le Sinaï est aussi étrangère à l'hébraïsme que la doctrine des anges protecteurs, qui commence seulement à se produire dans les apocryphes de l'Ancien Testament, » Notre- Seigneur et ses Apôtres auraient accepté les idées courantes parmi les Juifs de leur temps. Voir Haag, Théologie biblique, 8 96, 108, 121 et132, p. 338-347, 411-415, 459-460 et 497-502.

Ces vues sont absolument exagérées, et par conséquent fausses. Sans doute la connaissance des anges, de leur caractère personnel et de leur nature s'est précisée de plus en plus. Il en est résulté que la part des anges

dans l'œuvre de Dieu à paru davantage ; mais il n'y ἃ eu là qu'un éclaircissement des données les plus anciennes de la Bible. Au temps des patriarches, les anges ne se distinguent point les uns des autres par des noms particuliers. On ne prend presque point garde à eux, mais seulement au Dieu dont ils sont les députés. C'est pourquoi on les appelle tantôt anges de Dieu, tantôt Dieu. Il faut remarquer cependant que la même confusion apparente qui fait donner au même personnage le nom d’ange et de Dieu se retrouve jusque dans les derniers livres du Nouveau Testament. Qu'on lise pour s’en convaincre le discours de saint Étienne, Act., να, 30, 33, et la fin de l'Apocalypse, xx11, 9, 13. Π est certain pourtant que les auteurs de ces derniers livres distinguaient parfaitement Dieu des anges, et que leur croyance sur ces derniers n'avait rien de polythéiste. Dieu, sur lequel toute l’atténtion se porte dans les premières pages de la Bible, semble par suite remplir en personne les ministères qui seront plus tard attribués aux anges qu'il envoie. Cependant, dès les temps les plus reculés, les anges s’acquittent, à la sortie du paradis terrestre, près d'Abraham, d'Agar, de Loth, de Jacob, de Moise, de ministères de la même nature que ceux dont ils seront chargés auprès de Tobie, de Daniel, de Marie et de Joseph. Du reste, le nom de messager donné aux anges de toute antiquité montre bien qu'on leur ἃ toujours attribué le mème ministère que dans les derniers temps de l'Ancien Testament.

Les anges n'étant pas distingués individuellement les uns des autres à l'époque des patriarches, on ne pouvait arriver à la conception d'un ange gardien spécial, chargé de protéger les individus et les peuples pendant toute leur existence. Cependant Agar est sans cesse protégée par un ange ; Jacob mourant invoque l'ange qui l’a délivré de tous les dangers, Gen., XLvHI, 16, et un ange accompagne ct guide le peuple d'Israël dans le désert, avec la même vigilance que Raphaël mit à accompagner Tobie. Sans être formulée théoriquement, la notion des anges gardiens des individus et des peuples ἃ donc toujours fait partie des croyances hébraïques. Quant à la pensée que les anges concoururent à la promulgation de la loi qui fut entourée de tant de prodiges, on voit qu'elle était conforme aux idées reçues du temps de Moïse. Du reste, ce n’est pas seulement d'après la version des Septante, mais encore d'après le texte hébreu aussi bien que d’après la Vulgate, que le cantique de Moïse rapporté au Deutéronome, ΧΧΧΠΙ, 2, parle de la part que les anges ont eue à la promulgation de la loi.

Les démons sont mieux connus et se distinguent mieux des anges après Ja captivité, mais de la même manière que les bons anges sont mieux connus et se distinguent mieux les uns des autres. L'attention était moins appelée à l'origine sur la différence de ces êtres supérieurs à l'homme, mais qui n'agissent que par l'ordre ou la permission de Dieu. Cependant la notion de l'esprit mauvais et méchant est dans les plus anciens livres de la Bible. Le serpent qui tente Ëve ἃ une personnalité aussi nettement dessinée qu'aucun des bons anges qui interviennent dans la Genèse ; or son rôle est celui du démon. Il en est de même du rôle de Satan vis-à-vis de Job, Job, 11, et de celui de l'esprit malin qui agite le roi Sauül. 1 Reg, XVI, 14. Sans doule ces esprits mauvais nous sont présentés, au moins dans ces deux derniers cas, comme agissant par la permission, et d'une certaine manière par la volonté de Jéhovah, tandis que dans les livres postérieurs de la Bible le démon semble avoir plus d'initiative ; mais nous avons déjà fait une remarque analogue pour les bons anges. Du reste, il ne faut pas oublier qu'alors même que la Bible représente le démon laissé à lui-même, elle sousentend toujours cette permission de Jéhovah sur laquelle les anciens récits portent notre attention. Il y a en effet toujours eu une différence radicale entre le dualisme des doctrines zoroastriennes, qui égalent le principe du mal eu principe du bien, et les doctrines de la Bible, qui sont

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