ἘΣ ABEL — ABELARD
tation, le Seigneur ne l’accorda pas à Cain: Qil ne regarda pas, c'est-à-dire il n'agréa pas Caïn et ses présents. Caïn en fut vivement irrité. » Gen., 1v, 5. La jalousie qu'il éprouva à l'égard d’Abel le lui fit hair, et il laissa cette haine grandir dans son cœur, au mépris d'une paternelle remontrance de Dieu. Gen., 1v, 5-7. Un jour, ayant attiré son frère dans la campagne, il se jeta sur lui et le tua.
C'est ainsi que la mort, entrée dans le monde par le péché d'Adam, Rom., v, 12, y fit sa première apparition dans la personne de l’un de ses fils, Abel, victime du péché de l’autre. Le Seigneur demanda aussitôt au meurtrier compte de ce sang innocent, et il le punit de son crime en le maudissant et en le condamnant à une vie triste et errante, afin de faire comprendre aux hommes qu'ils n’ont aucun droit sur la vie de leurs semblables.
L'Écriture ne nous parle pas de la postérité d’Abel; ce silence ne prouverait pas toutefois qu'il n’ait pas été marié et qu'il soit demeuré vierge, ce qui est affirmé par certains Pères et nié par d’autres; ou que, ayant été marié, il n’ait pas eu d'enfants. Il aurait pu laisser des filles sans qu'il en ait été fait mention, les femmes restant en dehorsdes généalogies bibliques, ou même des fils morts soit avant lui, soit au moins avant la naissance de Seth. Mais il n'avait pas laissé d'enfant mâle qui vécüt encore lorsque Seth vint au monde, car ve n'aurait pas dit en ce moment: « Le Seigneur m'a donné une autre postérité à la place d'Abel, que Caïn a tué, » Gen., 1v, 25, et le verset suivant ne nous montrerait pas le troisième fils d'Adam comme le père d'Énos et le premier anneau de la chaine des patriarches. Gen., 1v, 26; cf. v, 3-9.
Il n'est plus question d'Abel dans tout l'Ancien Testament; mais il lui est fait une place assez large dans le Nouveau, auquel il semble appartenir plus particulièrement par le caractère figuratif et typique de sa vie et de sa mort. Les Pères l'ont toujours regardé comme une figure de Jésus-Christ, S. Augustin, Opus imperf. cont. Julianum, νι, 27, t. xLV, col. 1575; et, en effet, sa vie innocente, sa qualité de pasteur, l'envie fraternelle que sa vertu excite, cf. Matth., xxvI1, 18, son sacrifice agréé de Dieu, sa mort soufferte pour la justice, cf. Joa., x, 32, sont autant de traits de ressemblance avec le Sauveur du monde. C'est sans doute parce que ces traits si frappants constituent une sorte de prophétie en action, et peut-être aussi parce que la foi d’Abel, louée par saint Paul, Hebr., XI, ἄς lui avait révélé en quelque manière la signification mystérieuse de son sacrifice, que Jésus-Christ le met au rang des prophètes, comme on le conclut de Matth., ΧΧΠῚ, 31-35, et de Luc, x1, 49-51. Voir Maldonat, In Matth., XXI, 35. Saint Paul confirme la signification figurative de la mort d’Abel par le contraste qu'il signale entre les effets de cette mort et les effets de celle de Jésus-Christ : Le sang d'Abel crie vers Dieu pour demander vengeance, Gen., ιν, 10; le sang de Jésus crie pour implorer la clémence et le pardon. Hebr., x11, 2%.
Figure de Jésus - Christ, Abel est encore le type de l'Église militante, parce qu'il inaugura le martyre par une mort qui fit de lui les prémices de cette Eglise, et parce qu en Abel persécuté commença la cité de Dieu, de même qu'avec Cain persécuteur commença la cité du mal. Voir S. Augustin, Enarr. in Psal. CXLI1, 3, t. XXXVIL, col. 1846. C'est ce qui ressort du reproche que Jésus-Christ fit un Jour aux Juifs d'avoir versé le sang d'Abel par les mains de Caïn, animé du méme esprit d'envie qui les excitait eux-mêmes contre le Messie : « Remplissez, leur dit-il, la mesure de vos pères..., afin que vienne sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, à commencer par le sang du juste Abel, » Matth., ΧΧΠΙ, 32-535 ; c'est-à-dire : consommez par l'effusion de mon sang l’œuvre d'iniquité commencée par l'effusion de celui d'Abel. Il leur montrait ainsi Abel comme le type des martyrs et la première victime de la lutte incessante entre le bien et le mal. Saint Jean est encore plus explicite : «Voici, dit-il, le signe manifeste des enfants de Dieu et des enfants du
diable. » Joa., ΠΙ, 10. Or ce signe est, d’une part, l'amour de ses frères; de l’autre, la haine dont Caïn a donné l'exemple, car Qil était du malin, et il tua son frère. Et pourquoi l’a-t-il tué? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient bonnes », 11-12. Par conséquent, c'est à cause de sa foi et du bien qu’elle lui faisait accomplir, Hebr., x1, 4, qu'Abel fut mis à mort par Caïn. C’est donc à bon droit que les Pères lui ont donné le titre de martyr. Outre saint Augustin, cité plus haut, voir saint Cyprien, Epist. LVI ad Thibaritanos, 5; De bono patientiæ, 10, t. 1v, col. 353, 629, et saint Chrysostome, Orat. VIII cont. Judæos, 8, t. XLVIN, col. 999,
Abel, dont le nom n'avait jamais été prononcé dans la suite de l'histoire de l'Ancien Testament, ne cesse plus d'être présent à la pensée de l'Église, depuis que Jésus- Christ et les Apôtres ont rappelé le souvenir et révélé le sens de son sacrifice et de sa mort. Les premiers artistes chrétiens représentérent ce sacrifice sur les sarcophages; l'Evangile et les Épitres mettent constamment le nom d'Abel sous les yeux des fidèles; les prêtres le lisent tous les jours au canon de la messe, où le sacrifice d’Abel est mentionné avec ceux d'Abraham et de Melchisédech; enfin, dans les prières des agonisants, le premier protecteur invoqué en faveur de l'âme qui va quitter le monde est celui de « saint Abel ». E. PLIS.
2. ABEL, nom de lieu, est différent, dans le texte original, d'Abel, nom propre. Ce dernier est écrit 527, Æébel, et le premier, au contraire, 52K, ’Abêl, mot qui vient d'une racine signifiant « être humide, verdoyant » , et désigne une «prairie, un endroit couvert de gazon ». Abel désigne donc des localités remarquables par leur verdure et leur fertilité, et il entre dans la composition de plusieurs noms de villes, qui sont distinguées les unes des autres par l'addition d’un ou de plusieurs mots. — La Vulgate appelle Abel, Jud., x1, 33, la localité nommée dans le texte original 'Abél-Keramim; saint Jérôme ἃ rendu le mot keramim par « qui est planté de vignes ». Voir ABEL-KERAMiM.
ABÉLA. La Vulgate nomme ainsi, II Reg., xx, 14, 15, 18, la ville d'Abel-Beth-Maacha, en faisant, dans les deux premiers passages, deux localités différentes de cette seule ville. La forme Abéla provient de ce que, II Reg. (II Sam.), xx, 14, le nom d’Abel est accompagné, dans le texte original, du hé locatif, äh, qui, en hébreu, marque le mouvement vers un lieu, de sorte qu'il est écrit, en cel endroit, ’Abéläh. Voir ABEL-BETH-MaACHA.
ABÉLARD (Abælardus) Pierre, philosophe et théologien français, né à Pallet (Palatium), en Bretagne, en 4079, mort au monastère de Saint-Marcel, près de Chàlonsur-Saône, en 1142, aussi célébre par ses aventures et ses malheurs que par ses talents et par ses écrits. Ses œuvres exégétiques sont une Expositio in Hexameron, qui va jusqu'à Genèse, 11, 17, composée pour Héloïse et les religieuses du Paraclet; Commentariorum super ὃ. Pauli Epistolum ad Romanos libri quinque; ils expliquent en partie le texte apostolique, mais 115 s'occupent encore davantage de la loi, du péché, de la prédestination et de la rédemption, et le prologue peut être considéré comme une sorte de programme d'une théologie biblique ; Expositio super Psalterium, Exposilio super Epistolas Pauli, compositions très médiocres. L'importance du rôle d'Abélard au point de vue exégétique ne se mesure point d'ailleurs à celle de ses commentaires, qui sont de peu de valeur,
mais à la direction nouvelle qu'il donna à la théologie et à l'interprétation des Écritures. Il est un des pêres du rationalisme moderne; il voulut placer la raison au-dessus
de la foi, et il prépara ainsi efficacement, dans ses écrits théologiques, Dialogus inter philosophum Judæum οἱ Chrislianum, Theologia christiana, etc., l'avènement de ce système, qui rejette aujourd'hui l'inspiration et le surnaturel, et exclut des Livres Saints tout élément divin.
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Voir ses œuvres, dans la Patrologie latine de Migne, t CLXXVIII. Parmi les innombrables publications dont Abélard ἃ été l'objet, on peut signaler en particulier : L. Feuerbach, Abaelard und Heloise oder der Schrifsteller und der Mensch, in-80, Leipzig, 184%; Ed. Bonnier, Abélard et saint Bernard, la philosophie et l'Église au ΧΙ siècle, in-18, Paris, 1862 : H. Hayd, Abülard und seine Lehre in Verhaltniss zur Kirche und ihrem Dogma, in-4#, Ratisbonne, 1863; Prantl, Geschichte der Logik im Abendlande, 2 in-8, Leipzig, 1861, t. 11, p. 160-204; Stôckl, Geschichte der Philosophie des Mittelalters, Mayence, 186%, t. 1, p. 218-272; Hefele, Conciliengeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1863, t. v, p. 321-326, 399-435; H. Reuter, Geschichte der religiüsen Aufklärung im Mittelalter, 2 in-8&, Berlin, 1875, t. 1, p. 183-259; F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, &e édit., Paris, 1890, t. 1, p. 337-354.
ABEL - BETH - MAACHA (hébreu ’Abél bêt Ma‘akäh, « prairie de la maison ou de la famille de Maacha »), ville de la tribu de Nephthali, appelée aussi Abelmaim, où « prairie des eaux », dans le second livre des Paralipomènes, xvI, 4. Par abréviation, elle est nommée simplement Abel, IT Reg., xx, 18 ( Vulgate : Abéla), parce qu'elle avait été désignée sous son nom complet trois versets plus haut. Dans ce dernier passage, II Reg., xx, 15, notre édition latine porte, comme au Ÿ. 14: «In Abela etin Bethmaacha ; » mais il est probable qu'il s’agit d'une seule et unique ville, et que la conjonction et (qui se lit aussi dans le texte hébreu, Ÿ. 14, mais non Ÿ. 15) doitêtre retranchée. Cette ville tirait des eaux qui l'arrosaient son nom d'Abelmaïm, et elle devait celui d’Abel-Beth-Maacha soit à la circonstance qu’elle faisait partie du petit royaume de Maacha ou était située dans son voisinage, soit à ce qu'elle avait appartenu à une famille appelée Maacha, soit peut-être enfin à ce qu'elle était située dans la plaine à l'est du Jourdain, au pied du Liban, ma‘akäh signifiant « dépression ». — Au troisième livre des Rois, xv, 20, saint Jérôme, traduisant le mot beth, qui signifie « maison », appelle Abel-Beth-Maacha « Abeldomum Maacha » ou «Abel-Maison-de-Maacha». 1] fait de même IV Reg., xv, 29; mais, dans ce dernier passage, nos éditions de la Vulgate, plaçant une virgule entre « Abel-Domum » et « Maacha », en font deux villes distinctes au lieu d'une seule ville.
Abel-Beth-Maacha était une cité considérable, puisque l’auteur sacré l'appelle (une mère en Israël». IT Reg., xx, 19. Sa situation à la frontière septentrionale de la Palestine avait dû augmenter l'importance de cette place forte, destinée à servir de défense à tout le pays contre les attaques qui pouvaient venir du nord. Mais elle ἃ été si complètement ruinée, qu'on ne peut affirmer aujourd'hui avec une entière certitude où était son emplacement. Stanley, Sinai and Palestine, in-8°, Londres, 1856, p. 386, suppose qu'il était dans la plaine marécageuse du lac Mérom, à cause du nom d’Abel-Maim, qui lui est aussi donné. Ccpendant la plupart des géographes s'accordent maintenant à adopter l'opinion de Robinson, qui ἃ retrouvé l'antique Abel-Beth-Maacha dans le village actuel d'Abil el-Kamh. Ce village, habité par des chrétiens, s'élève sur un Tell, à l'est du Derdaräh, petit affluent du Jourdain, qui coule de Merdj-Ayoün. Son surnom d'el-Kamh lui vient de l'excellence du blé que produit le voisinage. E. Robinson, Later biblical researches in Palestine, in-8, Londres, 4856, p. 372. Il est à une heure et demie environ au nordouest de Dan, aujourd'hui Tell el-Kadi, sur là route qui se dirige de Banias vers Sidon.
Abel-Beth-Maacha est mentionnée pour la première fois dans l'Écriture à l'occasion de la révolte de Séba, ce
enjamite qui, après la mort d’Absalom, fomenta une nouvelle insurrection contre David. Poursuivi par les troupes de Joab, Séba se réfugia à Abel-Beth-Maacha, et Joab alla Fy assiéger. Les habitants de la ville, sur le conseil d'une femme, coupèrent la tête au chef des ré-
voltés et firent ainsi lever le siège de la place. II Reg., xx, 4-22, — Quatre-vingts ans plus tard, le roi de Damas, Benadad, contemporain d'Asa, roi de Juda, et de Baasa, roi d'Israël, faisant la guerre à ce dernier, d'accord avec le roi de Juda, s'empara de plusieurs villes du nord de la Palestine, en particulier d'Abel-Beth-Maacha (Abeldomum Maacha), HI Reg., xv, 20; II Par., xvr, 4 (Abelmaim). — Deux siècles environ s’écoulèrent depuis cette ἡ époque jusqu’au dernier désastre de la ville. Sous le règne de Phacée, roi d'Israël, Téglathphalasar, roi d'Assyrie, s'empara d’Abel-Beth-Maacha, et il en déporta les habitants dans son royaume. IV Reg., xv, 29 (Abel- Domum, Maacha). Les fragments des Annales de Téglathphalasar, qui ont été retrouvés dans les ruines de son palais, mentionnent la prise de la place forte israélite et la déportation des sujets de Phacée en Assyrie : « Je soumis, dit-il, les villes de Galaad,.. d’Abel-(Beth-Maacha), qui est la frontière de la terre de Bit-1lumri (le royaume d'Israël). Je transportai ses habitants les plus distingués en Assyrie. » Cuneiform inscriptions of Western Asia, t. 111, pl. xx, n° ὦ, Ces événements se passaient en 734 ou 733. À partir de cette époque, il n’est plus question d’Abel-Beth-Maacha. ΟΝ F. VIGOUROUX.
ABÊL - KERÂMÏM (c’est-à-dire « le pré des vignes; » Septante : ’E6exyaputu; Vulgate : Abel, quæ est vineis consita, Jud., x1, 33), localité à l’est du Jourdain, au delà d'Aroer, située, d’après Eusèbe et saint Jérôme, à sept milles romains ou deux heures et demie de marche de Philadelphie où Rabbath-Ammon. Du temps d'Eusèbe, cle était encore renommée pour ses vignobles. Elle n'est mentionnée qu’une fois dans l'Écriture, comme le point extrême où Jephté, juge d'Israël, poursuivit les Ammonites, après les avoir battus. M. Tristram croit avoir découvert le site d’Abel-Kerämim, et il le décrit de la manière suivante : « Vingt minutes après avoir quitté Dhiban, notre route nous conduisit dans une vallée si peu pr ofonde, qu'elle mérite à peine ce nom. On y voit encore des vestiges de murs et de terrasses, devenus aujourd'hui de simples monceaux de terre, couverts de gazon et disposés régulièrement le long de la colline, à une distance d'environ cent mètres. Quand nous demandämes ce que c'était, on ne put nous donner aucune explication; on nous dit seulement que la vallée s'appelait Khurm-Dhiban, c'est-à-dire les vignes de Dibon. Cet enfoncement de terrain est d'une longueur de quatre à cinq kilomètres. Le nom en a été conservé par des hommes qui n'ont probablement jamais vu de vignes de leur vie, et qui n’ont aucune idée de la destination primitive de ces antiques fossés, comme on pourrait les appeler. [C’est l’'Abel-Kerâmim] du livre des Juges... Ici, sur cette route que devait prendre naturellement l’armée des Ammonites battue par Jephté et venant de l’est, après le combat livré à Aroer, le nom antique subsiste, exprimé en une autre langue, mais avec une signification identique. » H. B. Tristram The land of Moab, p. 130. He VIGOUROUX.
ABÊL - LE - GRAND (hébreu : ’Abél haggedôläh). C'est la leçon que portent certains exemplaires hébreux de I Sam. (Reg.), νι, 18; mais d’autres portent avec plus de raison ’ében, «la pierre , » au lieu de ’âbél. Saint Jérome ἃ traduit par Abelmagnum ou Abel-le-Grand, ayant trouvé dans l'exemplaire qu'il traduisait ’âbél au lieu de ’ében. Le contexte montre bien qu'il s’agit de la pierre ou du rocher « sur lequel fut posée l'arche » renvoyée par ies Philistins à Bethsames, rocher qui se trouvait près de cette dernière ville, « dans le champ de Josué le Bethsamite. » 1 Reg., νι, 18. Quelques commentateurs ont pensé que ce rocher avait été appelé Abel-le-Grand, mais cette opinion est peu vraisemblable, et 1l vaut mieux lire avec de nombreux exemplaires hébreux et les Septante : « la grande pierre » (λίθον τοῦ μεγάλου).
ABELMAÏM, nom donné par le second livre des
Paralipomènes, xvi, 4, à la ville frontière du nord de la Palestine, appelée ailleurs Abel-Beth-Maacha. Voir ABEL- BETH-MaacHA.
ABELMAISON - DE - MAACHA. C'est amsi que notre Vulgate appelle Abel-Beth-Maacha, ΠῚ Reg., xv, 20, et IV Reg., xv, 29, en traduisant le mot beth, qu signifie € maison ». Voir ABEL-BETH - MAACHA.
ABELMÉHULA, ABELMÉÜLA (hébreu : ’Abél Mehôläh, « le pré de la danse »), ville de la tribu d'Issachar. Elle est nommée trois fois dans l'Écriture : la première, Jud., vil, 23, comme un des endroits par où s'enfuirent les Madianites vaincus par Gédéon ; la seconde, IT Reg., 1v, 12, comme une des limites du territoire que Salomon avait placé sous l'administration de Bana, fils d'Ahilud; la dernière, II Reg., xix, 16, comme la patrie du prophète Élisée. Dans ce dernier passage, la Vulgate écrit ce mot: Abelmeüla. — Abelméhula était située, d’après les renseignements que nous donnent Eusèbe et saint Jérôme, dans la vallée du Jourdain, à l'ouest du fleuve, à dix milles romains où quatre heures de marche au sud de Bethsan. Sur son emplacement s'élève aujourd'hui le village de Mälih, à l'endroit où l'ouadi de ce nom entre dans la vallée du Jourdain.
ÂBËL - MISRAÏM, nom hébreu de la localité que la Vulgate ἃ appelé: Planctus Ægypti, «deuil de l'Egypte, » en traduisant le sens des mots de l'original. En ponctuant les consonnes radicales 53x , ’ébél (au lieu de ’âbél, comme dans les noms propres précédents), ce mot signifie, en effet, « deuil, lamentation. » Ce nom fut donné par les Chananéens à l'aire d'Atad, à l'ouest du Jourdain, parce que Joseph et ses frères firent en cet endroit, pendant sept ‘ours, le deuil de leur père Jacob. Gen., L,10-11. Voir ATAD.
ABELSATIM (hébreu : *Abél hassillim, (le pré des acacias »), Num., ΧΧΧΠΙ, 49; appelé aussi simplement, par abréviation : Sittim, Num., xxv, 1 (Vulgate : Settim), Jos., 11,1 ; 11, 1; Mich., vi, 5 (Vulgate : Setim), localité du pays de Moab. Josèphe la nomme ᾿Αθίλη, Ant. jud., IV, vi; V,1, 1; il nous apprend qu'elle était à soixante stades (environ trois heures) du Jourdain, et qu'il y avait beaucoup de palmiers. Les palmiers ont aujourd'hui disparu ; mais les acacias, auxquels elle devait son nom, voir ACACIA, poussent encore en grand nombre dans la région où devait se trouver Abelsatim. Il était situé dans les plaines de Moab, vis-à-vis de Jéricho, peut-être à l'endroit où l'ouadi Eschtah, au nord d'Hésébon, entre dans la vallée du Jourdain ; mais le site n'est pas sûrement identifié. Voir Ritter, Palästina,t. 11, p. 481 et suiv. M. Conder le place à Ghôr es-Seischban, Palestine, 1889, p. 252.
Abelsatim ou Settim est nommé cinq fois dans l'Écriture.— 1° Le peuple campait à Settim, sous la conduite de Moise, lorsqu'il s’'adonna au culte impur de Béelphégor, séduit par les filles de Moab et de Madian. Num., xxv, 1-18. Voir BÉELPHÉGOR. — % Les Hébreux campeérent dans les plaines de Moab, avant de franchir le Jourdain pour s'emparer de la Terre Promise, depuis Bethsimoth Jusqu'à Abelsatim, et c'est là que s'accomplirent les derniers événements de l'exode, Num., XXXIV-XXXVI; que Moïse prononca les discours contenus dans le Deutéronome ; qu'il mit Josué à la tête du peuple, et qu'il se sépara des siens pour aller mourir sur le mont Nébo. — 3° C'est aussi de Settim que Josué envoya les espions à Jéricho. Jos., 11, 1; — 4° et qu'il partit avec tous les enfants d'Israël pour aller camper sur les bords du Jourdain et traverser ensuite ce fleuve, au moment de prendre possession de la Palestine. Jos., 111, 1. — 5° Michée, vi, 5, rappelle les événements racontés dans le livre des Nombres, et, selon l'interprétation la plus probable, fait allusion au crime d'idolätrie et de fornication commis par Israël à Settim.
F. VIGOUROUX
ABELMAÏM — ABENESRA
ABEN-BOHEN (hébreu : 'Ében Bôhan ben Re’übén, c'est-à-dire « pierre de Bohan, fils de Ruben »}), localité mentionnée dans Josué, χν, 6, et χνπι, 18, comme étant sur la frontière septentrionale de Juda et à la limite méridionale de Benjamin. L'origine probable de ce nom est que, le Rubénite Bohan ayant sans doute accompli en cet endroit quelque action d'éclat, une pierre fut érigée en son honneur, ou bien son nom fut donné à un rocher qui se trouvait là, et qui servit plus tard de limite entre les tribus. Il n’est pas rare de rencontrer en Palestine de ces roches isolées, portant des noms particuliers, et regardées comme des monuments commémoratifs : Pierre du Secours (hébreu : ’Eben hä‘azer), 1 Reg., vir, 12; Pierre de Zohéleth, 11 Reg., 1, 9. Non loin de la pointe septentrionale de la mer Morte, au pied des montagnes de l'occident, on remarque un de ces rocs, qui se nomme aujourd'hui Hadjr el-Asbah (Hadjr-Lasbah dans M. de Sauley et sur la carte de Van de Velde). M. Clermont-Ganneau en donne une description détaillée, ainsi que de la contrée où il se trouve, dans Palestine Exploration Fund, Quart. Slat., 1874, p.80. « Peut-être, à la rigueur, dit M. de Saulcy, pourrait-on être tenté de voir dans Hadjr-Lasbah la pierre de Bohan, qui devait évidemment se trouver dans la même région; mais comme ces deux dénominations n'ont absolument aucune ressemblance, je suis tout disposé à me prononcer contre cette identification. » Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1853, t. 11, p. 169. Cette identilication ἃ cependant été proposée par M. Clermont-Ganneau, dans la Revue archéologique, août 1870, p. 110-129, et dans Pal. Expl. Fund, Quart. St., 1871, p. 105, et 1872, p. 116; mais elle ἃ été combattue par M. Tyrwhitt Drake, dans cette dernière Revue, 1874, p. 69 et 190. Inutile de chercher une analogie dans la signification des mots Bôhan (en hébreu, pouce) et Asbah; car le nom de la pierre, au dire des Arabes, n’est pas asba‘ (avec ain final, doigt), mais asbah (avec hé, c'est-à-dire blanchätre). Cette dénomination est du reste assez fréquemment employée par les indigènes, qui l’appliquent à plus d’un objet marqué de blanc. Enfin la position de Hadjr-el-Asbah reculerait bien trop vers le sud la frontière de Benjamin.
Nous croyons donc qu'il faut placer un peu plus haut Aben-Bohen. Mentionné entre Beth-Hagla et Beth-Araba à l'est, et la montée d’Adommim à l'ouest, cet endroit était plus élevé que les deux premières localités, d'où lon y «montait », Jos., XV, 6; mais plus bas que la seconde, d'où l’on y « descendait », Jos., xvI1, 18. Sa position probable est donc au pied des montagnes qui, au-dessous de Jéricho, s'élèvent de la plaine du Jourdain vers l'occident, Voir la carte de la tribu de Benjamin.
A. LEGENDRE
ABENDANA Jacob, savant juif d'origine espagnole, né vers 1630, mort en 1696, rabbin à Amsterdam, puis chef de la synagogue de Londres. On ἃ de lui un ouvrage sur le Pentateuque, intitulé Léget Sekéhäh, c'est-à-dire Spicilège des choses omises dans le commentaire de Salomon-ben-Mélek, connu sous le nom de Miklal yôfi, La perfection en beauté, in-fv, Amsterdam, 1685. Ce n'est guère qu'un recueil de scolies simples, judicieuses, empruntées aux meilleures interprétations littérales des rabbins, surtout à celles de Kimchi. Il à traduit aussi en espagnol la Mischna, avec les commentaires de Maimonide et de Bartenora. Cette traduction fut mise à profit par Surenhusius pour sa traduction latine de la Mischna. Voir SURENHUSIUS. Après la mort d'Abendana, on publia une traduction de traités choisis, extraits de ses œuvres, Discourses of the Ecclesiastical and Civil Polity of the Jews, in-12, Londres, 1706; 2° édit., 1709,
ABENESRA (Abraham-ben-Méir-Ibn-'Ezra), appelé communément Aben-[Ezra ou Abenesra, etc., connu par les théologiens du moyen âge sous le nom d'Ébénare, et surnommé par ses compatriotes Le Sage par excellence,
85 ABENESRA le grand, l’adimirabie docteur, fut un des plus fameux rabbins du ΧΙ siècle. Né à Tolède en 1092, il se distingua dans toutes les sciences, en philosophie, en astronomie, en médecine, en poésie, dans la connaissance des langues et de la grammaire, en exégèse sacrée. Les mathématiques et l'astronomie surtout lui doivent quelques progrès importants. Les vexations exercées contre les Juifs l'ayant forcé à quitter sa patrie, il s'établit à Cordoue. Bientôt il se mit à voyager pour étendre ses connaissances. On 16 voit à Narbonne (1139), à Rome (1140), à Salerne, à Mantoue et à Lucques (1145), à Vérone (1146-1147), à Béziers (1155-1156), à Rodez (et non pas Rhodes) (1157), à Londres (1158-1159), à Narbonne (1160), à Rodez ou à Rome (1166-1167). Il visita l'Égypte et les contrées environnantes, an la Palestine, soit de 1140 à 1145, soit plutôt de 1147 à 1155. I partit de Rodez ou de Rome en 1166 ou 1167, pour revoir sa patrie; mais il mourut en route avant d'avoir pu satisfaire son désir. Ce fut le lundi 1er jour d'adar, 1er de l'année 4927, qui correspond au 23 janvier 1167 de notre ère. Il était âgé de soixante-quinze ans.
Son œuvre la plus remarquable est son commentaire à peu près complet sur les Livres Saints, composé par parties, aux différentes étapes de ses voyages. Seuls les deux livres des Chroniques manquent; mais en revanche, pressé par le besoin, il donna plusieurs recensions de son commentaire sur le Pentateuque. En même temps, dans un genre tout différent, Abenesra composa à la manière des cabalistes : Le livre des secrets de la Loi, pour expliquer les mysières du Pentateuque; Le mystère de la forme des lettres, où il est traité des lettres de l'alphabet; L'énigme concernant les lettres quiescentes, et Le livre du nom, Séfer hassém, traité sur le tétragramme divin, c'est-à-dire sur le nom de Jéhovah. Parmi ses opuscules grammaticaux, citons : Le livre des balances de la langue sainte, Séfer mo’znê leson hagqüdes; Le livre de la pureté (du langage), Séfer sähôt ; le Säfäh-ber ur, Lèvre pure, Soph., 11, 9, ou essais de grammaire hébraique, imprimés déjà plusieurs fois; le Séfer hayyesôd ou Yesôd-dikduk, traité de grammaire longtemps inconnu et retrouvé depuis quelques années; enfin le Sefat yéter, Langage de noblesse, Prov.,xvu,7, opuscule sur les mots rares et difficiles de la Bible.
Ce fut pendant ses incessantes pérégrinations qu'Abenesra publia ses nombreux ouvrages ; ils portent aussi le reflet de sa vie instable. Tour à tour exégète rationnel et cabaliste, libre penseur et croyant rigide, il montre la plus extrême mobilité. Son étonnante fécondité ἃ peu d'originalité; elle est due surtout à une mémoire prodigieuse, qui lui permit de répandre et de vulgariser en pays latin et saxon les travaux de ses compatriotes andalous les plus célèbres des x° et xI° siècles. Son esprit facile ἃ su se les assimiler et les exposer clairement. Aussi est-il sans contredit un des plus habiles et des plus savants commentateurs juifs, et peut-être un des premiers interprètes du moyen
àge. Dans son commentaire de la Bible, il s'attache au sens grammatical des mots, et explique le texte très littéralement; on n'y trouve pas les allégories si familières aux rabbins, el les futilités de la cabale, qu'il développe avec plaisir dans d'autres ouvrages spéciaux cités plus haut. ἢ s'appuie avec discerne ment sur l'autorité des anciens ; cependant sa fidélité à la tradition rabbinique n'exclut pas chez lui une certaine indépendance de critique, qui va parfois jusqu'au rationalisme. Ainsi le premier il soutint que les Hébreux n'avaient pas traversé miraculeusement la mer Rouge, mais qu'ils profitérent de là marée basse pour passer à l'extrémité du golfe. En exposant de telles hardiesses et ces nouveautés erronées, il sentait le besoin de voiler sa pensée ; aussi la cache-t-il sous des réticences et des expressions embarrassées, D'ailleurs il vise d'ordinuire à la concision, si bien que parfois la phrase devient obscure et énigmatique. C’est pourquoi il ἃ fallu d'autres commentaires pour expliquer les siens. Toutefois son style
— ABERLE 36 est habituellement correct, clair, souple et élégant. Richard Simon va Jusqu'à dire que « sa diction approche assez de celle de Salluste ».
Le commentaire sur les Livres Saints ἃ été publié par Bomberg, à Venise, en 1526, et dans la Bible hébraïque de Buxtorf. Les différentes parties en ont été imprimées séparément, et plusieurs avec traduction latine, dans un grand nombre d'endroits et à plusieurs reprises. Voir Fürst, Bibliotheca judaica, art. Ibn-Esra. Ses autres ouvrages ont été souvent publiés; la Bibliothèque nationale possède plusieurs manuscrits des œuvres de ce fameux rabbin. Voir sur Aben-Esra et ses ouvrages : Basnage, Histoire des Juifs, t. v; Notice détaillée sur la vie d’ Aben- Esra, dans Ersch et Gruber, Allg. Encyklopädie, τ. τ; Steinschneider, A braham Ibn-Esra, 1880, dans la Zeitschrift für Mathematik und Physik, p. 59 et suiv.; Wilhelm Bacher, Abraham Ibn-Ezra als Grammatiker, Budapest, 1881 ; 4. Derenbourg, Revue des études juives, juillet-septembre 1882, p. 137; Friedländer, Essays on the writings of A. Tbn- Ezra , Londres, 1877. E. LEVESQUE.
ABERLE (Moritz von), théologien catholique allemand, né le 25 avril 1819 à Rottum, près de Biberach, en Souabe, mort le 3 novembre 1875 à Tubingue. Il avait été nommé professeur, en 1845, à l'Obergymnasium de Chingen; en 1848, il devint directeur du Wilhelmstift, et, en 1850, professeur ordinaire à l'université de Tubingue, où il ἃ enseigné jusqu'à sa mort, et où il s'occupa surtout du Nouveau Testament. À partir de 1851, il fut un des principaux rédacteurs de la Theologische Quartalschrift, organe de la faculté catholique de l’université de Tubingue. Parmi les articles qu'il a publiés, on peut noter : Ueber den Zweck der Apostelgeschichte, 1854, 1855; Zweck des Matthäusevangeliums, 1859 ; Zweck des Johannesevangeliums, 1861; Ueber den Tag des letzen Abendmahls ; Epochen der neutestamentlichen Geschichtsschreibung ; Prolog des Lukasevangeliums ; Abfassungszeit des 1 Timotheusbriefe, 1863; Beiträge zur neutestamentlichen Eïinleitung, 186%; Ueber den Statthalter Quirinius, 1865; Exegetische Studien, 1868; Die Begebenheiten beim letzten Abendmahl, 1869; Die Berichte der Evangelien über die Auferstehung Jesu, 1870 ; Ueber Gefangennehmung und Verurtheilung Jesu, 1871; Letzte Reise Jesu nach Jerusalem ; Die bekannte Zahl in der Apokalypse, 1872. Les idées principales développées dans ces articles sont résumées dans une œuvre posthume : Einleitung in das Neue Testament, von Dr M. von Aberle, herausgegeben von Dr Paul Schanz, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1877.
Aberle était doué d'une mémoire tenace, il avait un esprit ingénieux et une grande érudition; mas il s'était fait sur l'origine des écrits du Nouveau Testament des opinions personnelles. qui n'ont pas été généralement acceptées. D'après lui, l'Évangile de saint Matthieu a été composé pour réfuter un écrit calomnieux publié par le sanhédrin, et répandu dans toute la Palestine pour discréditer le christianisme. Cf. S. Justin, Dial. cum Tryph., 108, t. νι, col. 725. C'est d'une manière analogue qu'il soutient que l'Évangile de saint Marc ἃ été écrit pour les néophytes de Rome, qui, ayant été d'abord prosélytes juifs, étaient poursuivis après leur baptème par les Juifs, qui s’efforcaient de les ramener à eux. Il voit dans l'Évangile et les Actes des Apôtres de saint Luc un écrit apologétique destiné à défendre le christianisme au moment où l'appel de saint Paul au tribunal de César force l'empire romain à prendre un parti au sujet de cette religion, en la tolérant comme une espèce de Judaisme, ou en la persécutant comme une religion nouvelle, Saint Jean, d'après lui, a écrit contre le sanhédrin de Jabné, qui, après la ruine de Jérusalem, ne négligea rien pour imfuser une vie nouvelle au judaisme et ruiner le christianisme par les armes spivituelles. Ainsi les quatre Évanziles ont été écrits dans un but apologétique. Ce sont là des hypothèses qui ne sauraient être établies et qui ne concordent pas avec les
faits. Cf. Himpel, ÆEiniges über die wissenschaftliche Bedetung und theologisch-kirehliche Stellung des sel. Prof. Dr Aberle, dans la Theologische Quartalschrift, 1876, p. 177-228 ; K. Werner, Geschichte der neuzeitlichen christlich-kirchlichen Apologetik, in-8°, Schaffouse, 1867, p. 401, 404. F. VIGOUROUX.
ABÈS (hébreu: ‘Ébés, à la pause Abés ; Septante : Ῥεδές). ville de la tribu d'Issachar, mentionnée une seule fois, Jos., xix, 20, entre Césion et Rameth. Le mot ’absa signifiant en chaldéen « étain », Gesenius, Thes. ling. heb., p. 18, et plusieurs auteurs après lui, ont supposé qu'on y devait trouver ce métal en abondance; mais l'étymologie seule ne suffit pas pour établir cette opinion. Certains auteurs modernes, entre autres C. R. Conder, s'appuyant plutôt sur la signification primitive de absa, « blane, » placent Abès à Khirbet el-Beidha (en arabe, la blanche), à la limite septentrionale de la plaine d'Esdrelon. Conder, Handbook to the Bible, Londres, 1887, p. 401. Khirbet el-Beidha est une petite colline oblongue et isolée, située entre le torrent de Cison à l’ouest, et Nazareth à l’est. M. V. Guérin la décrit ainsi sous le nom de Tell-Beidar : « Les flancs inférieurs en sont soutenus par d’assez gros blocs formant terrasse ; elle est elle-même couronnée par une enceinte arabe, en partie debout et bätie avec des pierres de moyenne dimension, qui avait autrefois renfermé une vingtaine de petites habitations, actuellement renversées. Au milieu des débris de l'une d’entre elles, s'élève un troncon de colonne qui mesure 58 centimètres de diamètre, et qui provient peut-être d'Oumm-el-"Amed. » On remarque, dans les environs de cette dernière localité, des rochers calcaires d’une grande blancheur, qui ont été jadis, sur beaucoup de points, exploités comme carrière. Description de la Palestine, Galilée, τ. 1, p. 394.
A. LEGENDRE
ABÉSALOM (’A&esoadwuoe, dans le texte gree original; probablement, en hébreu, ’Abisälôm, « mon pére est pacifique »), ambassadeur de Judas Machabée, envoyé vers Lysias, général d’Antiochus Eupator. IT Mach., x1, 17.
ABESAN !(hébreu : ’Jbesan, signification inconnue ; Septante : ’ABacoav), juge d'Israël, Jud., x11, 8-10, Il était originaire de l’une des deux villes appelées Bethléhem, et plus probablement de Bethléhem en Zabulon; en effet, Abesan n'a pas dü gouverner tout Israël, mais seulement la partie la plus septentrionale de la Terre S Sainte, tandis que les tribus les plus voisines des Philistins subissaient le joug de ce peuple idolätre. La judicature d'Abesan dura sept ans et ne fut signalée par aucun événement remarquable. Après sa mort, il fut transporté et inhumé à Bethléhem, sa ville natale. Il avait eu trente fils et trente filles, et avait pourvu à leur établissement. Le nombre de ses enfants s'explique par la polygamie, alors tolérée chez les Hébreux. Abdon, qui fut peu après lui juge d'Israël, eut également un nombre de fils considérable. Jud., χα, 14.
E. DUPLESSY.
’Abisälôm, « mon pére est pacifique; » Septante : ᾿Αδεσσαλώμ), père de Maacha ou Michaïa, mère d'Abia, roi de Juda, II Reg., xv, 2, 10. Il est appelé Absalom (simple variante du même nom) IT Par., x1, 20-21. Ce pourrait bien être le fils de David: Thamar, fille d'Absalom, aurait épousé Uriel de Gabaa, IT Par., Xi, 2, et aurait eu Maacha de ce mariage. Voir URIEL 2. Absalom serait alors le grand-père de Maacha. Cependant Abessalom peut être un personnage différent du fils de David, et le même qu'Uriel de Gabaa.
ABESSALOM (hébreu :
ABGAR, nom ou titre de plusieurs rois de l'Osrhoëne. C'est en particulier celui d'un roi contemporain de Notre- Seigneur, devenu célébre par la correspondance avec Jésus- Christ qu'on lui a longtemps attribuée. Ce nom a été fréquemment défiguré par les écrivains grecs et orientaux. I] est certain, par les monnaies de quelques-uns de ces rois
ABERLE — ABGAR
qui sont parvenues jusqu’à nous, que la véritable orthographe est Abgar (fig. 4). Pendant environ trois siècles, c’està-dire depuis l'an 99 avant l'ère chrétienne jusqu'à l'an 217 de notre ère, d’après la Chronique de Denys (patriarche Jacobite de Telmahar, qui vivait au 1x° siècle), l'Osrhoëne fut gouvernée par des toparques ou petits rois. Assemani, Bibliotheca orientalis, t. 1, p. A7 et δεῖν. L'Osrhoëne était bornée à l'est par le Chaboras, au nord par le Taurus. Elle avait pour capitale l'antique ville d'Édesse, dont les traditions locales ont prétendu faire remonter l'origine jusqu'à Nemrod. Sous les premiers Séleucides, elle avait porté le nom grec de Callirrhoé à cause d'une source consacrée à la déesse Atergatis; à partir d'Antiochus VII,
elle avait pris le nom d'Antiochia. Édesse, sous le gouvernement de ses toparques, devint le premier centre chrétien des régions de l'Euphrate, et mérita ainsi les surnoms d'Édesse la Sainte, d'Édesse la Bénie, que lui donnent
4, — Abgar, roi d’'Osrhoëne, contemporain de l'empereur Gordien III (238-244).
Busta de l'empereur Gordien, tourné à droite, Tête imberbe, radiée, [FIJOPAIANOC CEB(aotn Ὁ Ni le roi ee portant la tiare, à cheval. ABLAPOC BACIAEYC
les écrivains orientaux. D'illustres martyrs y scellérent leur foi de leur sang. On y compta dans la suite plus de trois cents monastères. Prise par les Arabes en 639, elle redevint en 1097, du temps des croisades, une principauté chrétienne; mais elle retomba, en 1146, sous le joug des musulmans, auxquels elle est encore soumise. Elle est aujourd'hui connue sous le nom d'Orfa.
Un grand nombre de toparques de l'Osrhoëne se sont appelés Abgar. Denys deTelmahar en énumère vingt-neuf, Celui qui régnait à Edesse du temps de Notre-Seigneur est le cinquième. Il reçut le surnom d'Uchama ou Ucomo, c'est-à-dire le Noir. D'après la chronologie du patriarche Denys, rectifiée par Gutschmid, Die Künigsnamen in den apokryph. Apostelgeschichten, dans le Rheinisches Museum , nouv. série, t. xIX, p. 171, Abgar V gouverna l'Osrhoëne de l'an 13 à l'an 50 de notre ère. D'après Moïse de Khorène, il descendait du roi parthe Arsace. Voir Bayer, Historia Osrhoena, p. 97. Procope, dans sa Guerre de Perse, 11, 2, raconte qu'ayant fait un voyage à Rome, ce prince inspira à Auguste une telle affection, qu'il eut grand'peine à quitter la capitale de l'empire pour retourner en Orient. Tacite, au contraire, représente Abgar sous un jour défavorable, s'il est vrai que, l'an 49, le roi d'Edesse abandonna lächement sur le champ de batalle le jeune roi parthe Méherdate. Quoi qu'il en soit de ce trait, Abgar Uchama doit sa célébrité à la lettre qu'il écrivit à Jésus-Christ, d'après Eusébe, et à la réponse supposée qu'il en reçut.
L'évêque de Césarée, après avoir raconté dans son Histoire ecclésiastique, 1, 13, t. XX, 121, que Thaddée, l'un des soixante-douze disciples, était allé précher la foi à Édesse, ajoute que la preuve de ce fait lui est fournie par les archives de cette ville, d'où il a tiré une lettre d'Abgar à Jésus, lettre qu'il rapporte, ainsi que la réponse du Sauveur, en traduisant les deux documents de l'original araméen en grec. Abgar écrit à Jésus qu'ayant appris les guérisons miraculenses que le Sauveur opère en Judée, ille prie de venir à Édesse pour le guérir d’une maladie dont il est atteint. On croit que cette maladie était la
col.
90 ABGAR 40
lèpre. Notre-Seigneur lui répond qu’il doit demeurer en Judée pour y être élevé, c'est-à-dire crucifié ; mais qu'après sa mort il lui enverra un de ses disciples, qui le guérira et lui donnera la vie, à lui et à tous ceux qui sont avec lui. Thaddée, le disciple, alla en effet plus tard à Édesse, où il guérit et convertit le roi Abgar.
Le célèbre historien d'Arménie, Moïse de Khorène, rapporte les mêmes faits qu'Eusèbe avec quelques divergences, et aussi avec cette addition importante que l’envoyé d’'Abgar lui aurait rapporté de Jérusalem un portrait du Sauveur. Ce portrait se trouvait encore de son temps, c’est-à-dire au ve siècle, à Édesse. Il fut depuis transporté, dit-on, à Constantinople, et de là à Rome, dans l'église Saint-Svlvestre, où bien à Gênes.
Plusieurs historiens grecs ont reproduit la correspondance d'Abgar avec Jésus-Christ; la plupart y ont joint, en l'embellissant de plus en plus, l'histoire du portrait; tous se sont inspirés d'Eusèbe et des traditions courantes en Orient. Depuis ces dernières années, nous possédons sur ce sujet quelques documents auparavant inconnus en Europe. Il existe à la Bibliothèque nationale de Paris, ancien fonds arménien, n° δ. une traduction arménienne de la Doctrine d'Addaï, contenant l'histoire du disciple (Thaddée) envoyé à Édesse, et tout ce qui s'y rattache. On en ἃ publié une double traduction française. L'une, faite par Jean-Raphaël Émine, ἃ été insérée par Victor Langlois dans le tome 1°" de sa Collection des historiens anciens d'Arménie, p.315-531; elle a pour titre Léroubnu d’Edesse : histoire d’'Abgar et de la prédication de Thauddée, traduite pour la première fois sur le manuscrit unique et inédit de la Bibliothèque impériale de Paris (1867). La seconde, œuvre du D' Alishan, est plus complète : Lettre d'Abgar, ou Histoire de la conversion des Edesséens, par Laboubnia, écrivain contemporain des Apôtres, traduite sur la version arménienne dur ve siècle, in-80. Elle ἃ été publiée en 1868, à Venise, par les Pères mékhitaristes de Saint-Lazare.
Cette version arménienne ἃ été faite sur le syriaque. L'original ἃ été retrouvé et publié. Le Musée Britannique, à Londres, en possède un manuscrit incomplet, qui a été édité par Cureton, dans ses Ancient Syriac Documents relative to the earliest establishment of Christianity in Edessa and the neighbouring countries, in-4°, Londres, 186%; mis il ne contient pas les pièces reproduites par Eusébe, parce que c'est le commencement qui manque. Cette lacune ἃ pu être heureusement comblée par un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, écrit en beaux caractères estranghelo, au vit siècle. Il ἃ été publié par George Philipps, The Doctrine of Addai, the Apostle, in the original Syriac, with an English translation and notes, in-8°, Londres, 1876.
La comparaison du document syriaque, qui renferme la lettre d'Abgar, avec le texte d'Eusèébe, montre que l'historien de Césarée ἃ reproduit fidèlement en grec, sauf quelques variantes insignifiantes qu'il est facile d'expliquer dans une traduction, l'original araméen qui circulait ἃ Ldesse. Mais, quant à la réponse de Notre-Seigneur, il existe entre Eusébe et les sources orientales une divergence importante. D'après ces dernières, le Sauveur fit au roi d'Edesse, non pas une réponse écrite, comine le dit l'auteur de l'Histoire ecclésiastique, mais seulement une réponse orale, dont le sens est d'ailleurs le même : « Quand Jésus eut reçu la lettre, lisons-nous dans la Doctrine d'Addaï, 11 dit à Hannan, le conservateur des archives : « Va el dis à ton maître qui t'a envoyé vers moi : Bien- « heureux, etc. » La traduction arménienne du texte syriaque répèle exactement la même chose. Il résulte de la que Notre-Seigneur n'avait pas écrit à Abgar, et qu'Eusébe, qui ἃ reproduit fidélement la réponse verbale attribuée au Sauveur, telle qu'elle était conservée dans les archives d'Édesse, s'est trompé en la prenant pour une réponse écrite, Quand les Édesséens nous disent que la réponse de Jésus ne fut qu'orale, on peut les en croire.
S'ils avaient cru posséder une lettre de Jésus-Christ luimême, ils n'auraient pas manqué de s'en vanter.
Relativement à la lettre d’Abgar, qui est la même chez Eusèbe et chez les Orientaux, son authenticité ἃ été admise jusqu’à ces derniers temps par un grand nombre non seulement de catholiques, Baronius, Tiilemont, Oudin, les Bollandistes, Welte; mais aussi de protestants, les centuriateurs de Magdebourg, Cave, Grabe, Rinck. Voir Welte, Ueber Kônig Abgar und die Einführung des Christenthums in Armenien, dans la Theologische Quartalschrift de Tubingue, 1842, p. 335-365; W. F. Rinck, Von dem Briefe des Künigs Abgar an Jesum Christum und der Antwort Christi an Abgar, dans la Zeitschrift für die historische Theologie d'Illgen, 1843, p. 3-26. Voir aussi Assemani, Bibliotheca orient., t. 1, p. 318-490. Tillemont, dans ses Mémoires, 1701, t. 1, p. 617, s'exprime sur ce sujet de la manière suivante : « Nous ne prétendons pas qu'elles (les lettres) soient certainement vraies, car tout homme peut se tromper; mais nous espérons que les personnes habiles qui, la plupart, sont portées aujourd'hui à les croire fausses, nous pardonneront aisément, si nous ne voulons point abandonner notre règle, de ne point rejeter tout ce qui est suffisamment autorisé dans l'antiquité, à moins que nous n'y soyons contraints par des raisons tout à fait fortes. » — Ces raisons tout à fait fortes existent-elles maintenant? Oui, nous l'avons vu pour la lettre attribuée à Notre-Scigneur par Eusèbe. Quant à la lettre d'Abgar, presque tous les critiques répondent aussi aujourd'hui affirmativement, en s'appuyant surtout sur les divers détails contenus dans la Doctrine d'Addaï, et qui démontrent que cet écrit ne remonte pas au temps d'Abgar Uchama. Il y est question, en effet, des Actes des Apôtres et des Épitres de saint Paul, de l'invention de la vraie croix par la princesse Protoniké ou Pakoniké, et même du Diatessaron de Tatien, qui n'a vécu qu'au second siècle. Aussi le Dr Lipsius, Die Edessenische Abqar- Sage kritisch untersucht, in-8, Brunswick, 1880, p. 11, dit-il: « Les souvenirs historiques de l'Église d'Édesse dignes de foi ne remontent pas au delà du temps d’Abσὰν VIII (176-213). L'histoire de la conversion d'Abgar V et de sa correspondance avec le Christ sont du domaine de la légende. » Le Dr Alishan et M. Philipps n’en adoptent pas moins l'authenticité du fond de la Doctrine d’Addaï, tout en reconnaissant qu'elle été remaniée et qu'il s'y est glissé un certain nombre d'interpolations. Il est, en tout cas, fort invraisemblable que le christianisme se soit établi à Édesse aussi tardivement que le suppose le Dr Lipsius. Remarquons d'ailleurs que la primitive Église n’a pas admis la correspondance d’Abgar : « Epistola {658 ad Abgarum apocrypha; Epistola Abgari ad Jesum apocrypha. » Decretum Gelasiü de libris recipiendis, Migne, Pat. lat., t. LIX, col. 164.
Quant au portrait de Jésus, que les écrivains grecs racontent avoir été empreint miraculeusement sur un linge dont le Sauveur s'était servi pour s’essuyer la face, Évagre, H. E., 1v, 27, τ Lxxxvi, col. 2748-2749, nous avons vu qu'Eusèbe n'en parle point dans son récit. La Doctrine d'Addaï le mentionne, mais elle ne lui attribue pas une origine miraculeuse; elle en fait l'œuvre de Hannan, qui était peintre, et qui avait apporté à Jésus en Palestine la lettre d'Abgar. L'existence d’une image du Sauveur très vénérée à Édesse depuis une haute antiquité est donc incontestable ; quant à son histoire, elle est légendaire.
Voir, outre les ouvrages déjà cités : W. Grimm, Die Sage vom Ursprung der Christusbilder, Berlin, 1843; K. C. Δ. Matthes, Die Edessenische Abyarsage auf ihre Fortbildung untersucht, in-8, Leipzig, 1882; E. Renan, Deux monuments épigraphiques d'Edesse, dans le Journal asiatique, février-mars 1883, p. 246-951; Th. Zahn, Tatian's Diatessaron, in-89, Erlangen, 1881, p. 350-382; R. A. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, t. 11, part. 11, 1883, p. 154-200; L.-J.
HA ABGAR
Tixeront, Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'Abgar, in-80, Paris, 1888. F. VIGOUROUX.
ABGATHA (hébreu : ’Abagta’, « donné par Dieu; » Septante : Ζαθολθά ), un des sept eunuques de la cour d'Assuérus, Esth., 1, 10.
ABI (hébreu: ’Abi, forme abrégée de ’Abiyäh ; Septante : ’A&rov), mère du roi Ézéchias. IV Reg., ΧΥΠΙ, 2. Voir ABIA 4.
ABIA, hébreu : ’Abiyäh, ‘Abiyähou, « Jéhovah est mon père; » Septante: ᾿Αδιά ; nom d'homme et de femme.