‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 356 sur 454 · APOCRYPHES · texte numérisé non relu

APOCRYPHES

ne pouvait compter, et tous chantuient les louanges du Seigneur. Et au milieu d'eux il y avait un jeune homme, plus grand que tous, et qui sur la tête de chacun mettait une couronne. Et je demandai à l'ange : Qui sont ceuxlà, Seigneur ? Et il me répondit : Ce sont ceux qui ont échangé la tunique mortelle pour la tunique immortelle, et qui ont confessé le nom de Dieu ; maintenant ils sont couronnés et ils reçoivent des palmes. Et je dis à l'ange : Qui est ce jeune homme qui leur donne les couronnes et qui leur distribue les palmes ? Et il me dit : Celui-là est le Fils de Dieu, qu'ils ont confessé dans les siècles ! » Cf. A. Le Hir, Le quatrième livre d'Esdras, dans ses Etudes bibliques, Paris, 1869, t. 1, p. 139-950, et Kabisch, Das 11 Buch Esra auf seine Quellen untersucht, Gôttingen, 1889.

& Apocalypse de Baruch, ou, si l’on veut, Apocalypse de l'an 117. — On n'en possédait jusqu'à ces dernières années qu'un fragment (ch. LXXVIII-LXXXVI), à savoir : la Lettre de Baruch aux dix tribus, publiée en syriaque dans la Polyglotte de Paris et dans la Polyglotte de Londres. Ceriani a retrouvé et publié le texte syriaque complet, Monumenta sacra et profana, t. 1, fase. 2, Milan, 1866, p. 73-98. Fritzsche ἃ publié, d'après Ceriani, la traduction en latin dudit texte syriaque, dans ses Libri apocryphi Veteris Testamenti, Leipzig, 1871, p. 654-699. — La scène est dite se passer la vingt-cinquième année du règne de Jéchonias : Baruch y prophétise la ruine de Jérusalem de l’an 70, et la revanche messianique du peuple de Dieu, revanche déjà toute spirituelle, sans cependant aucun soupçon de millénarisme. Un court passage donnera une idée du ton brillant et mélancolique de tout le livre : « Et voici, une forêt d'arbres (il s’agit de l'empire romain) se dressait dans la plaine, et des montagnes sublimes, et des rochers inaccessibles l’entouraient, Et voici, en face une vigne grandit, et des racines de cette vigne s’échappait une source tranquille. L'onde s'épanchait et gagnait la forêt : ses flots grossirent, et ses flots inondérent la forêt, et ils en déracinèrent les arbres, et ils couvrirent les monts à l’entour. Les faites des arbres furent humiliés, et les sommets des monts furent humiliés, et le flot devint si puissant, qu'il ne resta plus de toute la forêt qu’un cèdre, un grand cèdre, et celui-là même fut renversé. Plus rien... La place même n'était plus reconnaissable... Et la vigne s’avancait, portée sur les eaux paisiblement, paisiblement, et elle approcha des ruines du grand cèdre. Et voici, elle parla. Est-ce toi, disait-elle, à cèdre resté seul de la forêt de malice, dans la main de qui la malice durait, et grandissait chaque année, et la bonté jamais Ὁ qui t'enorgueillissais de ce qui n'était pas tien, et ne t'apitoyais pas sur ce qui était tien Ὁ... et qui exaltais ton front toujours plus haut, comme si tu ne pouvais être Jamais déraciné? Le temps s’est précipité. Ton heure est venue. Va-t-en maintenant, ὁ cèdre, va-t-en rejoindre la forêt qui n’est déjà plus. Deviens poussière avec elle, et que vos poussières se confondent,. Reposez-vous ensemble dans votre châtiment, en attendant le dernier jour, où tu reviendras pour des châtiments plus cruels encore. Et voici, je vis le cèdre qui flambait. Et cependant la vigne croissait, tout autour d'elle croissait, et la campagne se couvrait de fleurs immortelles, » ch. XXXVI-xxxvII. L'auteur dit encore : « Malheur à nous, qui avons vu les tribulations de Sion et les mauvais jours de Jérusalem ! Laboureurs, ne semez plus, et tci, ὁ terre, pourquoi donner encore des fruits ? Cieux, retenez votre rosée et n'ouvrez plus les trésors de la pluie! soleil, garde le feu de tes rayons, et toi, ὁ lune, éteins le faisceau de ta lumiere : pourquoi y a-t-il encore de la lumière, quand la splendeur de Sion est obscurcie ?.. Et vous, à prêtres, prenez les clefs du sanctuaire, Jetez-les vers le ciel, rendez-les au Seigneur et dites-lui : Garde ta maison, Car voici, nous avons été des intendants infidèles, » ch. x. — Le calcul des semaines, suggéré par le chapitre XXVHI, fait placer par M. Dillmann notre

Apocalypse sous le règne de Trajan (+ 117). D'après M. Renan, « tout se réunit pour la rapporter à la dernière année du règne de Trajan, à ce moment où les revers du grand capitaine en Orient firent croire aux Juifs que la fin de l'empire, tant de fois attendue, allait enfin venir. » Il est probable que le texte original était grec ; l’auteur pourtant appartenait au judaïsme orthodoxe de Palestine. Voir Renan, L’apocalypse de Baruch, dans le Journal des savants, 1877, p. 222-931; Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, t.11, p. 638-645 ; Hilgenfeld, Die Apokalypse des Baruch, dans la Zeitschrift für wissenschaftlische Theologie, 1888, p. 257-278; Kabisch, Die Quellen der Apokalypse Baruchs, dans les Jahrbücher fur protestantische Theologie, 1891, p. 66-107.

5° Paralipomènes de Baruch, ou, si l'on veut, Apocalypse de l’an 136. — Le texte grec, qui est ici comme pour l'Apocalypse de Baruch le texte original, ἃ été retrouvé et publié par Ceriani, Monumenta sacra et profana, t. v, fase. 1, Milan, 1868, p. 9-18 ; et à nouveau par Rendel Harris, The rest of the words of Baruch, Londres, 1889. Une version éthiopienne du même texte avait été publiée par M. Dillmann dans sa Chrestomathia æthiopica, Leipzig, 1866. Le sujet est celui-ci : Jérémie, Baruch et leur ami Abimélech ont survéeu à la prise de Jérusalem par les Chaldéens ; Jérémie a suivi le peuple captif à Babylone ; Baruch, caché dans un tombeau près de la ville sainte, attend des jours meilleurs ; Abimélech, sorti de Jérusalem le matin qui a précédé la prise de la ville, s’est endormi sous un arbre et ἃ dormi soixante-dix ans. Les soixante - dix ans révolus, il s’est réveillé et ἃ appris le sort de Jérusalem. Aussitôt il se met à la recherche de Baruch; ensemble ils écrivent à Jérémie, au nom du Seigneur, que la captivité est le châtiment des iniquités d'Israël, mais que, si Israël consent à entendre la parole du Seigneur, le Seigneur fera cesser la captivité. Ordre est donné à Jérémie d'éprouver le peuple dans l’eau du Jourdain. Mais le peuple, conjuré par Jérémie d'abandonner les œuvres de Babylone, hésite : il n°y a qu'une moitié du peuple qui passe le Jourdain. Cette portion fidèle rentre seule à Jérusalem, où, avec Baruch et Abimélech, Jérémie monte au temple pour offrir un sacrifice. Jérémie meurt ce faisant, mais trois jours après il ressuscite et prophétise : «Glorifiez Dieu, dit-il, et le fils de Dieu, Jésus-Christ. » M. Rendel Harris ἃ vu dans cette Apocalypse une œuvre chrétienne, le «dernier adieu de l'Église à la synagogue ». C'est plus sûrement une œuvre juive interpolée. Écrite peu avant l'année 140 de notre ère, elle est destinée à préparer la restauration de Jérusalem par la conversion des Juifs toujours prévaricateurs. Voyez Schürer, Theologische Literaturzeitung, 1890, p. 81-83; Bulletin critique, 1890, p. 261-263.

Ge Le livre d’'Eldad et de Modad. — Sous le nom de ces deux personnages bibliques, Num., x1, 26-29, à circulé une Apocalypse juive citée par le Pasteur d'Hermas, Vis., 11, 3, édit. Gebhardt-Harnack-Zahn, p. 23, et peutêtre par saint Clément, ibid. Le catalogue stichométrique de Nicéphore attribue quatre cents stiques au Livre d'Eldad et de Modad. Voyez Schürer, ouvr cité, p. 673.

Te Apocalypse d'Élie. — Cette Apocalypse est mentionnée par Origène, par saint Jérôme, par saint Épiphane. C'est à cette Apocalypse apocryphe juive que saint Paul aurait emprunté, s'il faut en croire Origène, le texte célèbre, I Cor., 11, 9: « Comme il est écrit : ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu ; » et, s'il faut en croire saint Épiphane, le texte Eph., v, 54: « Cest pourquoi il dit : Lève-toi, toi qui dors. » On n'en ἃ aucune autre trace, sinon dans le catalogue stichométrique de Nicéphore, qui la mentionne comme un livre de trois cent seize stiques. Voyez Schürer, ouvr. cité, p. 673-676.

3 Apocalypse de Sophonie. — [116 est citée par Clément d'Alexandrie seul : « Et l'esprit me saisit et me transporta dans le cinquième ciel; et là Je vis les

anges dominateurs. Ils avaient le diadème de lEsprit-

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Saint. Leur trône à chacun d'eux était plus splendide sept lois que la lumière du soleil à son lever. Ils habitaient le naos du salut. Ils louaient le Dieu ineffable, très haut. » Stromat., ν, 11,t. 1x, col. 116. Le catalogue stichométrique de Nicéphore attribue six cents stiques à l’'Apocalypse de Sophonie. Voyez Schürer, ouvr. cité, p. 676.

9% Ascension d’Isaie ou Vision d’Isaie. — De ce petit livre nous possédons actuellement : 1° une version éthiopienne publiée par Laurence (1819), et dont M. Dillmann a donné depuis une édition critique, Ascensio Isaiæ æthiopice et latine, Leipzig, 1877; 2% trois fragments d’une ancienne version latine, retrouvés, deux par le cardinal Mai (1828), le troisième par M. Gieseler (1832), et que M. Dillmann a réédités, ouvr. cité, p. 76-85; 3° enfin un remaniement grec découvert par M. von Gebhardt,- et publié par lui dans la Zeitschrift für wissenschaftliche Theologie, 1878,t. xx1, p. 330-353. L'Ascension d’Isaiïe est, d'après M. Dillmann, une œuvre composite dont il explique ainsi la formation : 1° Un récit du martyre d'Isaïe scié en deux avec une scie de bois, récit d’origine Juive, qui daterait de la fin du rer siècle de notre ère, et qui est connu de saint Justin, de Tertullien, d'Origène et de saint Ambroise. 2 L’Ascension d'Isaïe proprement dite. La septième année du règne d'Ézéchias, Isaïe est ravi au ciel par un ange, il traverse successivement les six ciels et arrive de vision en vision jusqu'au septième, où la sainte Trinité se découvre à lui, et le Fils qui un jour s’incarnera. Ce serait une œuvre judéo-chrétienne et gnosticisante de la première moitié du second siécle, et celle-là même que, sous le nom d’Anabaticon ou Ascension d’Isaïe,nous voyons très en faveur chez les gnostiques valentiniens et archontiques, chez les Hiéracites, chez les Ariens même, plus tard encore chez les Priscillianistes, les Bogomiles et les Cathares. 3° Le récit juif et la vision chrétienne auraient été réunis en un seul opuscule par une main chrétienne, d'époque indéterminée, laquelle aurait ajouté le prologue et l’épilogue. 4 Une quatrième main chrétiegne, seconde moitié du second siècle, aurait interpolé le tout et inséré les chapitres 111, 13-V, 1; x1, 2-22, et quelques autres moindres morceaux entachés de docétisme. Voir Dillmann, ouvr. cité, et, du même, l'article Pseudepigraphen, dans la Realencyclopädie für protestantische Theologie, 2e édit., t. χα, p. 309-300. Voir aussi Schürer, ouvr. cué, p. 683-687.

10° Apocalypse de Daniel. — Ce curieux petit livre ἃ été étudié par M. Munk, par M. Zotenberg, plus récemment par M. James Darmesteter dans les Mélanges Renier, Paris, 1887, p. 405-490. C’est une histoire d'Israël, prophétisée par Daniel et qui s'étend du temps de Daniel à la venue du Messie. Daniel se lamente de voir le peuple dispersé ou captif, et Dieu le console en lui révélant l'avenir de ce peuple, la suite des rois futurs jusqu’à l'avènement des temps messianiques, l'arrivée de Gog et de Magog, le règne du roi impie Armilos, l'apparition du premier Messie, fils de Joseph, et sa mort ineflicace, enfin l'apparition du Messie, fils de David et libérateur d'Israël, son règne terrestre, la résurrection des morts et le triomphe de la justice définitive. Ce livre, une sorte de targum, est en persan écrit en caractères hébreux : il a été composé par un Juif de Perse dans les premières années du ΧΙ siècle, étrange témoin de la persistance des idées messianiques et de l’apocalyptisme chez les Juifs du moyen âge.

II. APOCALYPSES CHRÉTIENNES. — 1° Apocalypse de Moïse. — Ce petit livre a été publié en grec pour la première fois par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, Leipzig, 1866, p. 1-23, et par Ceriani, Monumenta sacra et profan«, t.v, fasc. 1, Milan, 1868, p. 19-24. Le titre que Tischendorf lui a donné est fort impropre. Le titre dans les manuscrits est : « Récit de la vie d'Adam et d'Eve nos premiers parents, révélé par Dieu à Moïse son serviteur lorsqu'il lui remit les tables de la loi, révélé par l'archange Michel. » Et ce titre lui-même ne correspond

point à la teneur du livre, où 11 nest question ni de Moïse ni de révélations. Ce récit, imité, semble-t-il, du Testament des douze patriarches, est le récit, en partie fait par ἕνα au lit de mort d'Adam, et sur son ordre, de la chute du premier couple, et, à la suite, celui de la mort d'Adam et de sa sépulture par les soins de Seth et des -anges. Tischendorf y voyait une œuvre juive du 1er siècle. C’est plutôt un roman de source juive, comme la Prière d’'Aseneth, et, comme elle, des environs du v® siècle. Voir Le Hir, Études bibliques, t. 11, p. 111-120, et Schürer, ouvr. cité, p. 636.

20 Apocalypse d'Esdras. — Esdras est ravi en présence de Dieu et l'interroge sur les fins dernières de l'homme. Le texte grec de ce petit écrit a été publié par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. 24-53. On n'en connait point de traduction latine, mais une version syriaque publiée par F. Baethgen, dans la Zeitschrift für die altestamentliche Wissenschaft, 1886, p. 199-210; et une version arabe, par H. Gottheil, dans les Hebraica, Chicago, 1887, fascicule d'octobre, p. 14-17. C'est une œuvre chrétienne très médiocre, inspirée du Quatrième livre d'Esdras, et dont on ne saurait préciser la date, en toute hypothèse très tardive, ve-virre siècle. Voyez Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, Hambourg, 1719, p. 951-952, et Le Hir, ouvr. cité, p. 120-122.

30 Apocalypse de Pierre. — Ce serait là un document d'une très haute importance, à mettre sur le même rang que l’épitre de Barnabé ou que le Pasteur d'Hermas, et qui remonterait à la première moitié du second siècle. Le célèbre Canon de Muratori cite l'Apocalypse de saint Pierre à côté de celle de saint Jean : « Nous recevons seulement les Apocalypses de Jean et de Pierre que quelques-uns des nôtres ne veulent pas qu’on lise dans les églises. Très récemment le Pasteur, » etc., mettant ainsi les deux Apocalypses parmi les antilegomena apostoliques. Eusèbe de Césarée, au 1γὸ siècle, cite lui aussi l'Apocalypse de saint Pierre et la place parmi les spuria, avec les Acta Pauli, le Pasteur d'Hermas, la Didaché des Apôtres et l'Epitre de saint Barnabé, H. E., 111, 25, t. xx, col. 269. Sozomène, au commencement du siècle suivant, assure que l'Apocalypse de saint Pierre, « tenue pour apocryphe par les anciens, n'en était pas moins lue publiquement, une fois l'an, dans certaines Églises de Palestine, c'est à savoir le Vendredi saint. » ἢ. E., ὙΠ, 19, t. LxvII, col. 1477. Le catalogue stichométrique de Nicéphore et celui du Codex claromontanus mentionnent encore l'Apocalypse de saint Pierre, et lui attribuent un nombre de stiques qui en font environ le quart de l'Apocalypse de saint Jean. Malheureusement nous n'en possédons plus que quelques fragments. Ils ont élé réunis par Hilgenteld, Novum Testamentum extra canonem receptum, 188%, τν, 71-74. Macarius Magnés, qui écrivait à la fin du 1ve siècle, cite de l'Apocalypse de Pierre un court passage concernant le jugement dernier. Clément d'Alexandrie en cite un autre plus explicite, où il est question du sort des enfants morts sans baptème, et où l’auteur enseigne qu'ils sont confiés dans l'autre monde à un ange nourrice, ἀγγέλῳ tauehoÿy#», Chargé de les élever et de les amener à l’âge parfait, où ils bénéficieront d'une sorte de baptème posthume. C'est là une conception singulière et un conte de vieille femme, repris au commencement du 1v* siècle par Méthodius, mais qui ne parait pas avoir eu d'autre source que l’Apocalypse de saint Pierre. On trouvera ces divers textes dans Hilgenfeld, ouvr. cité. Le fait d’avoir été si longtemps en circulation dans les églises orthodoxes prouve que l'Apocalypse de saint Pierre n'était pas une œuvre d'origine gnostique, mais catholique. Voir G. Salmon, À historical introduction to the study of the books of the New Testament, Londres, 1889, p. 560-564.

40 Apocalypse où Ascension de Paul. — Saint Épiphane cite ce livre, ᾿Αναθατιχὸν Παύλον, comme propre aux gnostiques-caïnites, Hær., xxxVIN, 2, t. XLI, col. 656,

APOCALYPSES APOCRYPHES

Cette Apocalypse gnostique serait le développement du passage, IT Cor., ΧΗ, 4, où saint Paul mentionne son ravissement au troisième ciel. Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, t. 1, p. 943-955.

50 Seconde Apocalypse de Paul. — Elle est distincte de l’Ascension de Paul dont on vient de parler, et mentionnée par saint Augustin, Tract. in Jou., 8, τ. χχχινxxx v, col. 1885, et par l'historien Sozomène, H. E., ναι, 19, t. LxVII, col. 1479, et condamnée par le catalogue gélasien. Le texte grec de cette Apocalypse ἃ été retrouvé et publié par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. 34-69. On en signale une version syriaque encore inédite. Cette seconde Apocalypse de saint Paul est, comme la première, le récit de ce que vit FApôtre quand il fut ravi au troisième ciel, une Divine comédie de peu d'intérêt. Elle est postérieure à l'empereur Théodose (379-395), sous le règne de qui, dit la préface, le livre aurait été trouvé dans la propre maison de saint Paul à Tarse; elle ne saurait être postérieure aux dernières années du 1v° siècle. A s’en rapporter à Sozomène, ce serait une œuvre palestinienne. H. E., vu, 19, t. Lxvn, col. 1477. Voyez Tischendorf, loc. cit.; Le Hir, ouvr. cité, p. 122-199; Wright, Syriac literature, dans l'Encyclopædia Britannica, t. XXII, p. 826.

60 Apocalypse de Thomas, — mentionnée par le catalogue gélasien comme apocryphe, probablement gnostiquè. Elle est perdue. ᾿

70 Apocalypse d'Étienne, — n'est connue que par la mention qu'en fait le catalogue gélasien comme d'un apocryphe, probablement aussi gnostique. Perdue.

8° Apocalypse apocryphe de Jean,— est citée par le scoliaste du -grammairien grec Denys le Thrace (1x° siècle), et n'est mentionnée par aucun auteur antérieur à cette date tardive. Le texte grec de cefte Apocalypse, publié par A. Birch, en 180%, ἃ été réédité par Tischendorf dans une forme plus satisfaisante, Apocalypses apocryphæ, p. 70-9%. Il en existe une version arabe signalée par Assemani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1719, t. 111, p. 10 p. 282, et qui n'a pas élé étudiée. Le sujet de cette Apocalypse est une vision de là fin du monde, du jugement des hommes et de l'état des bienheureux dans le ciel, C'est une œuvre monotone et sans couleur, très pâle imitation de l'Apocalypse canonique de saint Jean. Il y est question de la croix et des icones : on ne saurait y voir qu'une œuvre de basse époque, vi®- vie siècle.

9 Seconde Apocalypse de Pierre. — Elle n'existe qu'en arabe et n'est probablement que d'origine arabe. Le texte arabe est inédit. Assemani, ubi supra, et Nicoll, Catal. codd, mss. orient. bibl. Bodteian, Oxford, 1821, τι, 1, 49. C. Tischendorf en ἃ donné l'argument, Apocalypses apocryphæ&, p. XX-xXxIV : c'est un pot-pourri de légendes et d’extravagances dans le goùt arabe sur Adam, sur Noé, sur Abraham, sur Jésus, sur saint Pierre, sur les sept péchés capitaux, sur l'Antéchrist, ete. Celte pièce, d'un intérêt trés médiocre, est sûrement antérieure au x siècle, car Jacques de ‘Vitry en parle, à la date de 1218, M. Gutschmid, cité par M. Lipsius, y reconnait des allusions à l'empereur Constantin Copronyme ( 775), et à l'avènement d'Aboul-Abbas, le premier des califes Abbassides (750). Ce serait ainsi une œuvre syrienne du vite siècle. Voyez Lipsius, art. Apocalypses, dans le Diclionary of christian Biography, Londres, 1877, t. 1, p. 131.

10° Apocalypse de Barthélemy, — n'existe qu'en copte et est encore inédite. M. Dulaurier, en 1835, en ἃ publié et traduit un fragment assez brillant, d'après un manuscrit sahidique de la Bibliothèque nationale : sa traduction est reproduite par C. Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. XxIV-XxvII. Ce ne saurait être qu'une œuvre de basse époque; mais, actuellement, il n’est pas possible d'en déterminer la date ni l'origine,

119 Apocalypse de Marie, — existe en grec et n'a pas encore été publiée, On en trouve quelques extraits dans C. Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. XXVII-XXX.

L'archange Michel, archistratège de Dieu, révèle à Marie le lieu où sont punis les pécheurs et quelles peines ils subissent : Marie intercède en leur faveur auprès de Dieu. Ici encore nous avons affaire à une œuvre catholique de basse époque, mais dont on ne peut actuellement déterminer la date ni l'origine.

Un article spécial sera consacré au TESTAMENT DES DOUZE PATRIARCHES, au livre des JUBILÉS, aux livres SIBYLLINS, que les critiques classent quelquefois dans la catégorie des Apocalypses apocryphes. Voir à l’article MÉLITON deux apocryphes qui lui sont attribués, le Transitus Mariæ et la Dormitio Mariæ. P. BATIFFOL.

APOCRYPHES (LIVRES). Ce nom est donné par les protestants aux livres que nous appelons deutérocanoniques. Les catholiques, d'accord avec la façon de s'exprimer de l’ancienne Eglise, réservent ce nom aux livres qui ont figuré à tort dans le canon scripturaire de quelques Églises orthodoxes ou hérétiques de l'antiquité. Dans ce sens, les livres apocryphes sont les livres pseudocanoniques. On peut cependant élargir encore cette définition, et dire que les livres apocryphes sont ceux qui, par leur titre ou leur teneur, se donnent comme l'œuvre d'auteurs inspirés, sans pouvoir justifier de cette prétention. Dans ce sens, Origène les définit justement des livres qui «sont mis sous le nom des saints », entendant par saints les personnages bibliques, et qui « sont en dehors des Écritures canoniques ». Voyez le développement de cette définition dans saint Augustin, De Civitate Dei, xvin, 28, t. xLI, col. 598.

La mise en circulation et le crédit de telles compositions pseudépigraphes s'explique par la croyance, fort ancienne dans la société chrétienne, que les Juifs possédaient une littérature secrète à côté de la Bible qui était publique. Cette croyance fut étendue plus tard aux sectes hérétiques. Le mot ἀπόχρυφος veut simplement dire (caché »; 1] est opposé à χοινός, qui veut dire « public, courant, commun. » Origène, citant l'Apocalypse apocryphe qui ἃ pour titre Ascension d’Isaie, écrivait : CI est rapporté dans les écritures non publiques, in scripluris non manifestis, qu'Isaie ἃ été scié. » Origène, prévenant une objection qu'on pourrait lui faire, expose immédiatement sa règle de doctrine touchant ces sortes de livres : (Nous n'ignorons pas, dit-il, que beaucoup de ces écritures secrètes ont été composées par des impies, de ceux qui font le plus haut sonner leur iniquité, et que les hérétiques font grand usage de ces fictions : tels les disciples de Basilide. Nous n'ignorons pas davantage que d’autres de ces apocryphes, secreta, mis sous le nom des saints, quæ feruntur in nomine sanclorum, ont été composés par les Juifs, peut-être pour détruire la vérité de nos Écritures et pour établir de faux dogmes. Mais, en règle générale, nous ne devons pas rejeter en bloc ce dont nous pouvons tirer quelque utilité pour l'éclaircissement de nos Écritures. C’est la marque d'un esprit sage de comprendre et d'appliquer le précepte divin : Eprouvez tout, retenez ce qui est bon.» Origène, In Matth. comm. ser., XXVIN, t. x, col. 1637.

Cette vue si juste et si profonde d'Origène, la théologie se l'est de nos Jours appropriée. Elle ἃ compris que, si cette littérature extracanonique n'ajoute pas un iota à la somme des Écritures inspirées, elle peut en mainte occasion, ainsi que l’exprimait Origène, éclaircir tel ou tel point obscur de tel ou tel livre canonique. L'histoire, à son tour, y ἃ vu des documents. L'histoire, qui ne connait point seulement des faits historiques, mais encore des états de conscience, et qui même cherche l'explication de tant de faits dans l'analyse de ces états ; l'histoire ἃ demandé à ces apocryphes, où tout est fiction et vision, les éléments nécessaires pour reconstituer la pensée, les souffrances, l'attente, le rêve d'époques et de milieux qu'il nous importe particuliérement de connaître, et dont l'histoire serait, sans ces apocryphes, obscure et muetle, C'est ainsi

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