APOLOGUE
3 Apologues en action. — Sur l'ordre du Seigneur, les prophètes font parfois ou racontent qu'ils ont fait certaines actions symboliques, qui ne sont que des apologues en acte, destinés ensuite à devenir des récits instructifs. Ainsi, pour marquer qu'Israël s’est mis à adorer des dieux étrangers, Osée, π|, 1, épouse une femme adultére; Ézéchiel représentera de même, sous l’allégorie de deux courtisanes, Oolla et Ooliba, Samarie et Jérusalem, infidèles au Séleneur: XXII, 2- 49. — Jérémie accomplit un certain nombre de ces actions symboliques. Doit-il montrer comment l'orgueil de Juda sera rab.issé et se changera en pourriture pendant la captivité ? Il prend une ceinture, la met autour de ses reins, va ensuite la cacher dans les pierres, au bord de l'Euphrate, et 1 ingtemps. après la retrouve toute pourrie. ΧΠῚ, 1-7. Le travail du potier lui fournit matière à deux apologues en action : « Je descendis dans la maison du potier, et voila qu'il travaillait sur sa roue; mais le vase d'argile qu'il faisait avec ses mains fut manqué. Il reprit son ouvrage et fit ce vase d’une autre manière, à sa convenance. » XVIII, 3, 4. Ainsi le Seigneur fera ce qu'il voudra de la maison d'Israël, Un autre jour, le prophète prend une jarre de terre, œuvre d’un potier, et se fait accompagner par les anciens du peuple et du sacerdoce jusqu'à la vallée de Ben-Hinnom, près de la porte du Potier. Là il leur annonce que les Juifs seront brisés par les Chaldéens, et à leurs yeux il brise la jarre de terre. x1Ix, 1-10. Deux paniers de figues, les unes bonnes, les autres mauvaises, représentent les deux portions du peuple, l’une déjà en captivité, l’autre encore à Jérusalem. xxIV, 1-8. Faut-il engager les rois voisins à se rendre au roi Nabuchodonosor ? Jérémie se met une chaîne au cou et en envoie une pareille à ces rois. XXVII, 2-6. Faut-il faire honte à Juda, qui foule aux pieds les préceptes de son Dieu? Le prophète va trouver les Réchabites et leur offre des coupes de vin. Ceux-ci les refusent, pour ne pas contrevenir aux traditions de leur ancêtre. Quel contraste entre la conduite des uns et celle des autres! — Ézéchiel raconte aussi plusieurs actions symboliques, qui deviennent parfois de vraies paraboles, comme celle du bois de la vigne, qui n'est bon qu'à brüler, XV, 2-5; celle des aigles, du cèdre et de la vigne. xvir, 3-10. La conduite du prophète qui fait emporter tous ses meubles, comme pour émigrer, qui perce la muraille de sa maison et se fait emporter de nuit par Ja brèche, ΧΙ, 4-7, est un apologue vivant, pour annoncer la captivité. C’en est un autre, très pittoresque, que le tableau de cette marmite où tout cuit à grand feu, mais qui ne peut elle-même se débarrasser de sa rouille. xx1V, 3-12. Il faut signaler aussi la peinture d'Assur sous l’allégorie d’un magnifique cèdre du Liban, xx, 3-9, et la description du ruisseau qui sort du seuil du temple, et fait croître des arbres nombreux sur ses bords. xLvI1, 1-7. Ces apologues en action sont comme des tableaux vivants. Ce qui les caractérise, c’est que parfois ils se rapportent à un avenir inconnu, et sont par là même moins clairs que les précédents; c'est qu’ensuite les événements qu'ils représentent sont grandioses et dépassent de beaucoup le cadre ordinaire de l’apologue.
ἄο Apoloques en vision. — Dans certaines visions, Dieu lui-même déroule devant les yeux de l'homme des tableaux plus ou moins mouvementés, qui sont des révélations de l'avenir. Ce sont de vrais apologues, que Dieu raconte à sa manière, et dans lesquels se mêlent trois éléments chers aux Orientaux : le drame, l'énigme et la prophétie. Parmi ces apologues en vision, il faut ranger les songes de Joseph, qui voit les gerbes de ses frères s'incliner devant la sienne, et le soleil, la lune avec onze étoiles l'adorer lui-même, Gen., xxvI, 7-9; les songes significatifs des eunuques du pharaon, xL, 5-22, et celui du pharaon lui-même, sous les yeux de qui sept vaches grasses et sept épis pleins sont dévorés par sept vaches maigres et sept épis vides. xLI, 1-24. Un soldat madianite raconte qu'il ἃ vu en songe un ΕἼΣ d'orge, cuit sous la
cendre, rouler et descendre sur le camp de Madian, puis frapper et renverser sa tente. Jud., vir, 13. Ce pain d'orge, c'était Gédéon, qui vint tout renverser la nuit suivante. Ces sortes de visions ne se retrouvent plus ensuite qu’à l'époque de la captivité. On a dans Amos, vit, 1-9; vu, 1, 2, les apologues des sauterelles, du feu, de la truelle du maçon et du panier à fruits. Daniel explique à Nabuchodonosor les deux grandes visions si dramatiques de la statue dont les matériaux figurent les empires, 11, 31-35, et du grand arbre coupé tout entier, sauf une seule racine, pour représenter la déchéance temporaire du roi. IV, 2-13. Le prophète lui-même décrit ensuite les destinées des empires sous l’allégorie des quatre grands animaux, puis du bélier et du bouc. vi, 3-7; vint, 3-26. Mardochée voit en songe, sous forme de drame allégorique, ses destinées et celles de son peuple. Esth., x1, 2-11. Enfin Zacharie ἃ de nombreuses visions, qui sont encore des apologues vivants, mais beaucoup plus obscurs et parfois moins dramatiques que les précédents, à raison des objets quils figurent. Il faut citer le cavalier au milieu des myrtes, 1, 8; les quatre cornes, 1, 18 ; l'homme au cordeau, mesurant la surface de Jérusalem, 11, 2; le chandelier d’or et les deux oliviers, ιν, 2, 3; l'écrit volant, V, 1; l’amphore avec une femme assise au milieu, v, 6, 7; les quatre chars, vi, 1-8; les brebis de boucherie et les deux houlettes, x1, 4-10. Ce sont là plutôt des éléments d'apologues, qui auraient pu facilement être mis en œuvre, si le prophète l'avait jugé à propos.
H. LESÈTRE.
APONTE (Laurent de), commentateur italien, de l'ordre des Clercs réguliers mineurs, né en 1575, au royaume de Naples, mort le 26 octobre 1639. II ἃ laissé sur la Sainte Ecriture les ouvrages suivants : Commentarii in Sapientiam Salomonis, cum homiliis, digressionibus scholasticis et paraphrasi, in-f°, Paris, 1629 ; 1640; Commentarii litterales et morales in Matthæum, 2in-fv, Lyon, 1641. L'auteur s’était proposé de publier son commentaire en quatre volumes ; la mort l'empécha de terminer son travail, qui n’a du reste qu'un mérite très relatif. Voir G. Walch, Biblioth. theol., t. αν, p. G#l; Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques, p. 1793, 2911; Hurter, Nomenclator litterarius, t. 1, p. 618.
M. FÉROTIN.
APOSTASIE. Ce mot vient du grec ἀποστασία, qui signifie « révolte, défection ». Il s'entend d’une révolte politique ou de la défection religieuse. Il ἃ communément le premier sens dans les auteurs profanes (dans quelques passages de la version des Septante, Gen., x1v, 4; II Par., x, 6, et Act., v, 37, le verbe ἀφίστημι, d'où dérive le substantif « apostasie », ἃ une signification analogue). Le sens de défection religieuse ( Vulgate : discessio) est d'origine biblique : c’est celui que lui attribue le Nouveau Testament ; Act., xx1, 21; 11 Thess., 11, 3 (d’après les Septante, Der 11, 195 xxIx, 92; 1 Mach., 11, 15;"cf. 1 Tim., 1v, 1; Heb., 111, 12). Les auteurs ecclésiastiques et nos langues modernes, à la suite de saint Luc et de samt Paul, ont également entendu par « apostasie » la renonciation à la religion chrétienne. Voir APOSTAT.
APOSTAT, dans notre langue, signifie celui qui est tombé dans le crime d'apostasie. Ce mot, dans la Vulgate, sous sa forme latine apostata, ἃ un sens différent; il veut dire « méchant, homme de rien, » et traduit le mot hébreu beliya'al. Job, xxxiv, 18; Prov., vi, 12. Voir BéLrar. L'adjectif apostatrix a, dans la traduction d'Ézéchiel, 1, 3, une signification qui se rapproche de celle du mot « apostasie »; gentes apostatrices désigne en effet les nations qui se sont révoltées contre Dieu. L'Ecclésiastique emploie deux fois le verbe apostatare : la première, x, 1%, dans l’acception de « s'éloigner » de Dieu (grec: ἀφισταμένον, Eccli., x, 12); la seconde, x1x, 2, dans celle de « détourner de son devoir »
(grec: ἀποστήσουσι).