APOLOGUE — APOTRE
APÔTRE (ἀποστόλος) s'entend dans la langue grecque d'où il dérive d'un envoyé qui a un mandat à remplir. Hérodote, 1, 21; v, 38. Ce mot se lit une fois dans les Septante, IT Reg., x1v, 6; c’est Ahias qui se l’applique en parlant à la femme de Jéroboam. Saint Luc, vi, 13, nous dit que Jésus, ayant choisi douze de ses disciples, leur donna le nom d’Apôtres, ἀποστόλους ὠνόμασεν. Depuis, ce nom s’est étendu à d’autres hommes participant à l'activité des Douze. Ainsi Barnabé est appelé apôtre, comme Paul, Act., χιν, 4, 14; Andronique et Junie sont glorieusement classés parmi les apôtres, Rom., XvI, 7; pareillement Timothée et Silvain. I Thess., 11, 7,18. Enfin d’autres sont dits apôtres, en ce sens qu'ils sont délégués par des Eglises. II Cor., vuir, 25, et Phil., 11, 25. Néanmoins, et d'une manière générale, il faut reconnaitre que, dans le langage biblique, cette désignation est réservée aux Douze privilégiés dont Jésus fit les pierres fondamentales de son Église.
Pourquoi ce choix de douze hommes parmi les disciples, et quelle fut leur mission ? Saint Marc, qui d'ailleurs, comme saint Matthieu, n'emploie qu'une fois le nom d'Apôtres, répond à cette question. Marc., 11,14. Ils devaient être avec Jésus dans des relations plus intimes et plus suivies que le reste des disciples, allant prêcher la Bonne Nouvelle quand ils en recevaient l'ordre, et ayant le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons. Plus tard, quand il s’agit d’élire un successeur au traitre Judas, Pierre précisa une fois de plus, avec le caractère de l’apostolat, le devoir de l’apôtre, qui sera de rendre à Jésus- Christ un témoignage autorisé. Il déclara qu'avant tout, pour être éligible, il fallait avoir été auprès de Jésus pendant tout le cours de sa vie publique, c'est-à-dire depuis son baptême jusqu’à son Ascension, afin de pouvoir affirmer les faits que l’on avait vus, et plus particulièrement le miracle de la Résurrection. Act., 1, 21-22, Les Apôtres ont été établis pour devenir les témoins officiels de l'Évangile. Saint Jean, qui, ni dans ses Épitres ni dans son Évangile (on n'en peut dire autant de l'Apocalypse, xx1, 1#5 11, 2; XVII, 20), ne prononce pas une seule fois le nom d'Apôtre, tout en reconnaissant l'existence d’un corps constitué par Jésus-Christ, qu'il appelle les Douze, contribue particulièrement à nous donner, Joa., XIV, 28; xv, 26-27; xv1, 13, une haute idée des prérogatives spirituelles de ces heureux privilégiés.
Ils étaient Douze, parce que ce nombre correspondait à celui des tribus d'Israël, vers lesquelles Jésus était venu comme vers des brebis sans pasteur. Ils devaient, comme autant de patriarches, juger les tribus dans la vie future. Matth., xIX, 28. Il y ἃ même cette singulière perfection dans ce symbolisme voulu que, comme la tribu de Joseph se transforme en deux demi-tribus, la place du traître Judas, demeurée vide, semble avoir été occupée simultanément par Matthias et par Paul. Communément toutefois on trouve plus rationnel de voir en celui-ci un treizième apôtre et de le mettre hors cadre, comme l’apostolat spéοἷα] dont il fut le promoteur. Voir Le Camus, L'Œuvre des Apôtres, το ας p. 11. Les Douze, étant comme les prémices des douze tribus, représentaient donc la nation sainte, Ils furent pris dans la classe populaire, et même dans ses éléments les plus opposés, puisque nous trouvons parmi eux un péager, Matthieu, et un zélote, Simon, les deux extrèmes en politique, l'un représentant l'acceptation officielle, et l’autre la haine ardente du joug de l'étranger. Tous, à l'exception peut-être de Matthieu le péager, étaient absolument illettrés. Ils avaient passé leur vie dans des travaux grossiers et pénibles. Au moins quatre furent pêcheurs sur le lac de Génézareth. Mais avec leurs natures frustes, tous, sauf Judas, avaient le cœur bon, et c'est sur leurs cœurs que Jésus entendit graver la nouvelle loi du monde.
Le catalogue des Apôtres nous a été conservé par les trois synoptiques et le livre des Actes. En comparant les quatre listes, on constate qu'elles portent absolument les
mêmes noms, excepté pour Jude, frère de Jacques, qui est appelé Lebbée par saint Matthieu, et Thaddée par saint Marc. Mais Thaddée ou Lebbée, dérivés l'un de Sad ou Thad, « poitrine, » l'autre de Leb, « cœur, » signifient, en termes analogues, un homme généreux et énergique. Il est à croire que cet honorable surnom supprima de bonne heure le nom de Jude, trop semblable à celui de l'apôtre prévaricateur.
Les Douze forment régulièrement trois groupes, dont chacun à un chef et des membres qui ne varient pas. Seul l’ordre des membres dans le groupe se trouve parfois interverti, mais sans que jamais un membre passe d'un groupe à l’autre. Il est probable que ce classement, dont voici l'ordre comparatif, répondait à peu près au degré d'intimité qui, dans les relations quotidiennes de la vie, unissaient chaque apôtre à Jésus-Christ.