Profil du Sinaï au Liban
l'objet d’un problème aussi intéressant que difficile. Voir MER MORTE, VALLÉE DE SibppiM. Lorsque, en 1812, Burckhardt, Travels in Syria and the Holy Land, in-4#, Londres, eut signalé la grande vallée d’Arabah, que nous venons de décrire, une hypothèse, en apparence très plausible, fit supposer qu'elle était l’ancien chenal par où le fleuve célèbre allait autrefois déverser ses eaux dans le golfe Élanitique. M. Léon de Laborde, en 1828, publiant son Voyage de l'Arabie Pétrée, in-f°, Paris, y joignit une
carte sur laquelle il n'hésita pas à appeler l’ouädi Arabah
ancien cours du Jourduin. D'après lui, comme d’après beaucoup d’autres savants, les eaux du fleuve, soudainement interrompues par la catastrophe qui bouleversa la Pentapole, avaient formé le lac Asphaltite. Cependant, dès 1895, des doutes très sérieux furent émis sur cette hypothèse par M. Letronne, Journal des savants, octobre 1835, p. 596, et par un explorateur, le capitaine Callier, Journal des savants, janvier 1836, p. 46 et suiv. Mais ce qui jeta un jour nouveau sur la question, ce fut la découverte faite, en 1837, de la grande dépression de la mer Morte au-dessous de la Méditerranée. Cette dépression, différemment estimée par les voyageurs, Schubert, de Bertou, Russeger, Symonds, Lynch, portée par eux de 435 à 390 mètres, a été fixée en 1864, par M. Vignes, à 392 mètres.
Cette même année 1837 vit s’accomplir une autre découverte non moins importante. M. de Bertou suivit dans toute sa longueur, depuis la mer Morte jusqu'au goife d'Akabah, cette vallée, qu'aucun voyageur moderne n'avait encore parcourue dans son entier. 1] constata au milieu de ce désert l'existence d'un double versant, dont la ligne de faite est évaluée par lui à 160 mètres environ au-dessus de la Méditerranée, Voyage depuis les sources du Jourdain jusqu'à la mer Rouge, extrait du Bulletin de la Société de géographie, p.16 et 55, avec deux cartes. L'exploration, reprise avec un très grand soin, en 1864,
joindre le cours du Ouadi el-Djeib. » Duc de Luynes, Voyage d'exploration à la mer Morte, τ. 11, p. 10-11.
L’énorme dépression de la mer Morte d'un côté, et de l’autre les deux versants anticlinaux de l’Arabah, condamnent donc l'hypothèse de l'ancien écoulement du Jourdain dans la mer Rouge, à moins cependant de recourir encore à une autre hypothese, celle d’affaissements gigantesques. € Mais, dit M. Lartet, ces affaissements n'auraient pu se produire sans déranger fortement l'horizontalité des sédiments du fond de la vallée. C'est ce que l'étude stratigraphique de ces dépôts ne permet pas d'admettre... L'étude attentive de la structure du sol aux environs du partage des eaux de l’Arabah nous fait considérer cette ligne de faite comme un barrage crétacé, séparant d'une façon complète les deux versants anticlinaux de ce désert. À cette altitude, les terrains crélacés ne sont plus recouverts que de leurs propres débris, et n'offrent aucune trace du passage d'un ancien cours d'eau se dirigeant vers la mer Rouge. » Bulletin de la Société géologique de France, 2% série, t. Xx1, p. 431. Cf. V. Guérin, Description de la Palestine, Samarie, 4. 1, p. 79-83; Ed. Hull, Mount Seir, Ὁ. 85.
1Π. Histoire. — La vallée d’'Arabah, prise dans toute son étendue, est, nous l'avons dit, unique au monde au point de vue géologique; elle occupe aussi une place à part dans l'histoire du peuple de Dieu. Nous ne dirons rien des grands événements dont le Jourdain fut le témoin, depuis le jour où ses flots se séparèrent pour livrer passage aux Israélites marchant à la conquête de la Terre Promise, jusqu'à celui où ses eaux furent sanctifiées par le baptème de Notre - Seigneur Jésus - Christ. Voir JourDAIN. Nous devons nous borner à rappeler ici les principaux faits de l'histoire sainte qui se rattachent à l'Arabah méridional.
Sur le point de quitter Cadès, Moïse, ne pouvant attaquer le pays de Chanaan par le sud, obligé en consé-
quence de prendre la route de l’est, envoya des messagers au roi d'Édom pour obtenir soit bénévolement, soit à prix d'argent, la permission de traverser son territoire. En effet, plusieurs des grandes vallées qui coupent les monts de Séir offraient une voie naturelle pour passer dans le pays de Moab. Comptant sans doute sur une réponse favorable à leur requête, faite au nom de l'amitié fraternelle, les chefs de l'armée israélite traversèrent la plaine d’Arabah et vinrent camper en face du mont Hor. C’est alors qu'Aaron fut, par ordre de Dieu, conduit sur ce sommet désormais célèbre, pour y subir le trépas mystérieux qui devait bientôt couronner aussi sur le mont Nébo la vie de Moïse luimême, Seulement le grand prêtre, plus coupable que son frère, n'eut pas comme lui la consolation de contempler même de loin la Terre Promise : ses regards mourants n'eurent pour horizon que le désert sans fin, la longue et stérile vallée de l’Arabah et les montagnes d'Edom. Num., xx, 14-17, 22-30.
Cependant le roi des Iduméens ne voulut pas écouter la prière des enfants de Jacob. Α l'annonce de leur approche, il réunit toutes ses troupes pour leur barrer le passage. Num., xx, 18-21. Force fut donc à ceux-ci de descendre vers le sud, afin de contourner les montagnes dont l’entrée leur était interdite, et de remonter ensuite par le nord-est jusqu’au pays de Moab. Mais ce nouveau et difficile voyage fit éclater une révolte. Le peuple, fatigué, murmura contre Dieu et Moïse : « Pourquoi, disait-il, nous avoir fait sortir de l'Égypte, pour que nous trouvions la mort dans un désert où nous manquons de pain et d’eau? » Num., ΧΧΙ, 4-5. Le tableau que nous avons tracé explique ces plaintes des Hébreux. Dieu, pour les punir, les livra à la morsure brülante de serpents et reptiles venimeux, qui abondent dans la presqu'ile du Sinaï et la plaine d’Arabah. Cf. Dr G. H. von Schubert, Reise in das Morgenltand, Erlangen, 1840, t. 11, p. 406. C'est dans ce désert que Moise éleva le serpent d’airain. Num., ΧΧΙ, 6-9. La plupart des critiques supposent que les enfants d'Isταῦ], arrivés vers le sud, prirent, pour effectuer leur passage vers la frontière orientale, l'Ouadi el-Ithin, qui contourne entièrement le massif de l'Idumée, en reliant l'Arabah à la route qui monte vers le pays des Moabites. M. le duc de Luynes fait des réserves à cette hypothèse, Voyage d'exploration à la mer Morte, t. 1, p. 269.
Après la conquête de l'Idumée par David, IT Reg., vin, 43-14; I Par., xvur, 12-13, la grande vallée d'Arabah dut servir de route commerciale entre la Palestine et le golfe Élanitique, vers Asiongaber, dont Salomon fit une ville maritime du premier ordre. C’est dans cette ville que fut préparée la flotte du grand roi, et de là qu'elle partit pour Ophir, II Reg., 1x, 20; là aussi que Josaphat équipa ses navires pour la même destination. TI Reg., XXII, 49.
Il y eut donc un temps où le commerce entretenait au milieu de ces solitudes le mouvement et la vie. Rome, maitresse de ces contrées, y porta son génie grandiose et pratique: des postes militaires étaient échelonnés sur la route de l’Arabah, près de l'Ouadi Tlah, qui, au nord, commande une bifurcation importante vers le pays d’Édom et la mer Rouge, près de l'Ouadi Haseb, à V'Aïn Melihéh, à l'Ouadi Gharundel, à lOuadi Tourban. Cf. duc de Luynes, ouvr. cité, p. 252, 25%, 256, 259.
IV. Bibliographie. — L. Burckhardt, Travels in Syria and the Holy Land, in-4°, Londres, 1822, p. 900 - 412; L. de Laborde et Linant, Voyage de l'Arabie Pétrée, in-f0, Paris, 1830, p. 50 et suiv., nombreuses planches et cartes ; J. de Bertou, Voyage depuis les sources du Jourdain jusqu'à la mer Rouge, extrait du Bulletin de la Société de géographie, 2 série, t. XII, avec deux cartes ; E. Robinson, Biblical Researches in Palestine, 3 in-8, Londres, 1856, t. 11, p. 183-187; W. H. Bartlett, lorty days in the desert, in-80, Londres, 1862, p. 106 et suiv.; Stanley, Sinai and Palestine, in-8°, Londres, 1806, p. 84 et suiv.; JE, H, Palmer, The desert of the Exodus, 2 in-8,