Le mont Ararat. D'après une photographie
rable et flétrie. Les pentes de l'Ararat sont, en effet, extrêmement arides, malgré les neiges du sommet. On croit que les eaux s'écoulent, par des fissures, sous les cendres et les laves, dans l'intérieur de la terre. Aussi les voyageurs signalent-ils l'Ararat comme un véritable désert, les indigènes n'y conduisent guère leurs troupeaux ; on n'y rencontre que rarement un animal, le bouquetin tour, la fouine et une espèce de lièvre ; peu ou point d'oiseaux. Depuis l’éruption de 1840, qui détruisit le couvent de Saint-Jacques et le village d'Argouri, la montagne est de moins en moins habitée.
Les Turcs donnent à l'Ararat tantôt le nom d’Agridagh (mont escarpé), tantôt celui d’Arghi-dagh (mont de l'Arche) ; les Persans l’appellent Koh-i Noubh, c’est-à-dire la montagne de Noé. Chez les Arméniens, la seule appellation en usage est celle de Masis ou Massis, qui signifie : « élevé, haut. » Nicolas de Damas, äu témoignage de Josèphe, Ant. jud., 1, 111, 6, désigne l'Ararat par le nom de Baris. On peut consulter pour la géographie physique de l'Ararat les monographies suivantes : K. von Raumer, Der Ararat, der Pison und Jerusalem, dans Hertha, Zeitschrift für Erdkunde, 1899, τ. x1I1, p. 338 et suiv.; Dr Parrot, Authentische Nachrichten von der Besteigung des Ararat, dans Sophronizon, 1830, 1. Χαμ, 4° livr., pe Id., Jieise zum Ararat, Berlin, 1835; Moritz Wagner, l'eise nach dem Ararat, Leipzig, 1845; Monteith, La plaine d'Ararat, dans Annales des voyages, 1850, t. 111, p.159 ; Khodzko, Lesteigung des grossen Ararat in 1850,
Tob., 1, 21, seulement dans le texte grec; Is., xxxvI1; 385 Jer., LI, 27 (Septante, xxvi1, 38). La Genèse et le livre de Tobie parlent des « montagnes » d’Ararat; le livre des Rois et Isaïe de la Cterre »; Jérémie du « royaume » d'Ararat. Voilà pour les textes originaux; dans les diverses versions, les interprètes ont plutôt commenté que traduit. C'est ainsi que la Vulgate porte successivement pour ces divers passages : super montes Armeniæ, in terram Armeniorum, in terram Ararat, regibus Ararat. Les Septante ont ἐπὶ τὰ ὄρη τὰ ᾿Αραράτ, εἰς γῆν ᾿Αραράθ, εἰς τὰ ὄρη ᾽Δραραθ, εἰς ᾿Αρμενίαν (deux fois).
De l’ensemble de ces passages, Franz Delitzsch, Com- | mentar über die Genesis, 1re édit., p. 221, inférait que, dans la langue de la Bible, Ararat est plutôt le nom d'un pays. Si l’on objecte que Gen., vx, 4, et Tob., 1, 21, | parlent clairement de « montagnes », τὰ ὄρη» les critiques. répondent que si l'on tient compte du pluriel häré, « montagnes, » et d'un passage similaire, Jud., χα, 7, le texte de la Genèse et celui de Tobie peuvent se traduire «sur les montagnes [du pays] d'Ararat ». C’est ainsi qu'ont traduit MM. Nôldeke, Untersuchungen zur Kritik des alten Testaments, chap. 1, Der Landungspunkt Noaks, p.146,
et Guidi, Della sede primitiva dei popoli semitici, dans Mémoires de la classe des sciences hist. et phil. de l'Aca-
| démie royale des Lincei, 3e série, t. 111, p. 50. Quel est le pays que la Bible désigne sous le nom d'Ararat? Bochart, Geographia sacra ; Westen, Archæo- | logia, t. XVI, p. 302 ; Saint-Martin, Mémoires historiques
-et géographiques sur l'Arménie, enseignent que la grande majorité des anciens interprètes grecs et latins ont admis l'identité de l’Ararat et de l'Arménie. Nous avons déjà cité les Septante et la Vulgate traduisant deux fois Ararat par ᾿Αρμενία ; la version arménienne de la Bible fait de même, et dans le texte persan de l'inscription de Béhisἴοι, Armaniya, Armina correspond à l'assyrien Urartu, Arartu. Spiegel, Die altpersischen Keilinschriften, p. 12, 17. Parmi les Pères, on peut citer Théodoret, In Jerem., Li, 27, t. LXxxI, col. 751 ; Eustathe d’Antioche, In Hexameron, t. XVI, col. 753; S. Jean Chrysostome, In orat. de perf. carit., édit. Gaume, t. vi, p. 350; Eusèbe, Præp. evang., 1x, 12, t. xx1, col. 699 ; 5. Jérôme, Comm. in Is. proph., x1, 27, t. xxIV, col. 389; Liber de situ et nom. loc. hebr.,t. xx11, col. 859. Ces interprétations trouvent surtout leur appui dans Jérémie, 11, 27, où le royaume d’Ararat est énuméré avec ceux de Minni et d’Ascenez. Or ces données désignent clairement l'Arménie. Cf. Nicolas de Damas dans Josèphe, Ant. jud., 1,111, 6; Patkanof, Muséon, t. 1, p. 545; Sayce, Journal of the Royal Asiatic Society,t. XIV, part. 111, p. 377-496; Delattre, Le peuple et l'empire des Mèdes, p. 71; Lenormant, Les origines de l’histoire, t. 11, Ὁ. 388-395 ; H. Rawlinson, dans Herodotus, t. 1V, p. 246; ἃ. Smith, History of Assurbanipal, p. 93. Les documents anciens confirment le sentiment des interprètes. Dans les Annales de Sargon et d'Assurbanipal, l'Ararat revient souvent sous la forme d'Urartu où Arartu pour désigner le nord-est de l'Arménie. Moïse de Khorène nous dit que les écrivains arméniens appliquent à la même contrée l’appellation d'Ararad, Ayrarad.
Il ya pourtant une tradition divergente dans l'Église orientale, qui semble plutôt identifier le pays d’Ararat avec le Kurdistan, au nord de la Mésopotamie et de l'Assyrie. Ainsi pensent Bérose, dans Josèphe, Ant. jud., I, u1, 6, la Paraphrase chaldaïque d'Onkélos, les Targums du Pentateuque et des prophètes, dont il reste un vestige dans le texte corrompu de saint Ambroise, De Noe et Arca, cap. 17 : Sedit arca.… super montem Quadrati, t. xIV, col. 390. La Peschito traduit Ararat par Qardu. Cf. saint Éphrem, dans Assemani, Bibl. orient., t. 1, p.113 ; t. πι, 2 part., p. 734, et S. Epiphane, Adw. hæres.,21, 18, te XLI, COL. 259,
D'autres légendes font des assimilations plus étranges encore. Josèphe place l'Ararat dans le Caucase, les Samaritains à Ceylan, les livres Sibyllins sur le mont Célène en Phrygie, les Persans sur l'Elvend, près d'Ecbatane. En ces derniers temps, Fr. Lenormant ἃ rajeuni l'opinion de Raleigh et Schukfort, Histoire universelle des Anglais, t.1, p. 19%, de l'abbé Mignot, Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. xxXVI, p. 27, et d'Obry, Du berceau de l'espèce humaine selon les Indiens, les Perses et les Hébreux, Paris, 1858. Pour Fr. Lenormant, Les origines de l’histoire, t. 11, p. 1-45, il faut renoncer à l’assimilation traditionnelle de l’Ararat de Moise avec les régions arméniennes, et retrouver dans le massif montueux de l’'Hindou-Kousch le lieu où aborderent Noé et ses fils. On trouvera une étude complète et une réfutation détaillée de cette opinion dans la Revue des questions scientifiques de Bruxelles, 1883. En voici le résumé. L'hypothèse de Fr. Lenormant repose sur les arguments suivants : 40 l'incertitude des données traditionnelles et le peu de fixité des indications qui assignent l'Arménie comme second berceau de l'humanité ; 2° les inductions contraires qu’on peut tirer du chapitre x1 de la Genèse et que confirment les plus anciens souvenirs historiques de la race aryenne ; 3° enfin les découvertes récentes de l'anthropologie et de l'archéologie préhistorique.
On peut répondre : 19 La divergence des traditions ne prouve rien, car la Bible disant : harë ’Arärät, « les montagnes de l'Ararat, » laisse toute liberté pour désigner diverses cimes dans les limites du pays d'Ararat, — 20 La plus forte de ces inductions contradictoires est l'im-