ACHAB
échappait à la mort, Achab était atteint d’une flèche lancée comme au hasard par un soldat sans nom. Grièvement blessé, le prince fit sortir son char de la mélée, sans toutefois déserter le champ de bataille, Il eut le courage, pour soutenir l’ardeur de ses soldats, de rester debout, la face tournée vers les Syÿriens, malgré les flots de sang qui inondaient son char. Le soir il expirait, et toute l'armée dut se disperser. On rapporta le corps du roi à Samarie, où il fut enseveli, et quand on lava son chariot dans la piscine de cette même ville, les chiens vinrent lécher son sang. La première prophétie d'Élie, ΠῚ Reg. ΧΧΙ, 19, d'après laquelle les chiens devaient lécher le sang d'Achab au lieu même où ils avaient léché le sang de Naboth, par conséquent à Jezrahel, ne se trouvait donc vérifiée qu’en partie; mais on se rappelle que la pénitence du roi avait fait modifier la sentence du Seigneur, qui en renvoyait le plein accomplissement au temps de son fils, IT Reg., xx1, 29, et l’on verra plus tard, en effet, IV Reg., IX, 25-26, Jéhu, en souvenir de cette prophétie, jeter le cadavre de Joram dans le champ même de Naboth. Le reste des actions d’Achab, les palais, les villes qu'il fit construire, tout cela était consigné au livre des Annales des rois d'Israël, livre qui n’est point parvenu jusqu’à nous.
Ainsi disparut, en attendant la pleine vengeance de Dieu sur sa postérité, un des plus mauvais princes qui ait gouverné le peuple d'Israël. Son manque absolu de solides convictions religieuses, sa faiblesse de caractère et ses passions, qui parfois confinent à la puérilité, ΠῚ Reg., ΧΧΙ, 4, ont fait de lui une sorte de grand enfant gûté, tombé entre les mains d'une femme hardie, insolente, audacieuse, qui sut l’amener à perpétrer tous les crimes, ou les exécuter elle-même avec son assentiment. Sa plus lourde faute fut assurément d'installer dans sa capitale le culte de Baal et d'Astarté, et de se prêter à la persécution des fidèles serviteurs de la loi mosaique. Chez un peuple où toute déviation du culte du vrai Dieu devait amener, non seulement à la longue et par la force des choses, mais encore, au besoin, par l'intervention positive de Dieu, un châtiment terrible, le crime d’idolätrie se doublait nécessairement du crime de lèse-nation. Après trois ans d’une famine que le peuple avait dù supporter en expiation de cette faute, Élie pouvait lui dire en toute assurance : « Ce n’est pas moi, mais toi qui troubles Israël, en abandonnant les commandements du Seigneur. » IITReg., ΧΥΠΙ, 18. Ce qui rend ce prince plus inexcusable encore, c'est que jamais Dieu ne lui ménagea ses avertissements. Les prophètes du Seigneur, dont le ministère surnaturel jouait en Israël un rôle si considérable, ne manquèrent jamais de lui dénoncer ses crimes et les châtiments qui devaient suivre, ΠῚ Reg., χνπι, 1; ΧΧΙ, 21; de le prévenir des dangers que les attaques de l'extérieur, ΠῚ Reg., xx, 22, ou les fautes de sa politique, ΠῚ Reg., xx, 42, faisaient courir à son royaume; enfin de lui fournir des preuves immédiates de la bonté de Dieu à son égard, sitôt qu'il donnait le plus léger signe de repentir. ΠῚ Reg., xvr, 41 ; xx1, 29. Mais toutes ces attentions de Dieu furent en pure perte : Achab aima mieux subir la domination d’une femme exécrable, adorer les faux dieux, écouter ses devins; il périt donc pour l'avoir bien voulu. Après cela, qu'il ait eu un certain goût pour les arts, pour l’'embellissement de ses palais et de ses villes, ΠῚ Reg., xx11, 39; qu’au dernier moment il ait même montré quelque force d'âme en face de l'ennemi, c’est justice de le constater avec l'écrivain sacré, IT Reg., xx11, 35; mais, en vérité, il faudrait autre chose pour racheter ses fautes et ses crimes devant le tribunal de l'histoire. L. MÉCHINEAU.
2. ACHAB, fils de Colias, faux prophète, sorti des rangs des Hébreux déportés à Babylone par Nabuchodonosor. II n'est fait mention de lui que dans Jérémie, qui, au nom de Dieu, le menace ainsi que ses sectateurs, et lui prédit que s’il continue à prècher le mensonge et à vivre, comme
il le faisait, dans l’adultére, le roi de Babylone le fera périr, et par un supplice si cruel, qu'il fournira aux survivants cette formule de malédiction : « Que Jéhovah te traite comme le roi de Babylone ἃ traité Achab. » Jer., ΧΧΙΧ, 21-22, Ce supplice est celui du feu, inusité en Palestine, mais en usage chez les Babyloniens. Daniel en fait expressément mention, ΠῚ, 6. Cf. Smith, History of Assurbanipal, p. 137, 138, 157; Transactions of the Society of biblical archæology, t. 11, p. 360 et suiv.; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 3° édit., t. τν, p. 439-442. Nous ne saurions dire s’il y a, dans le mot employé pour désigner le supplice d'Achab (qäläm), une allusion au père de ce faux prophète (Qôläyäh). L'identité de l’époque à laquelle vivait Achab et l'autre faux prophète menacé par Jérémie, χχιχ, 21-22, d'une part, et les deux juges calomniateurs de la chaste Susanne, Dan., ΧΠΙ, Ὁ, d'autre part; la similitude de leurs fonctions et celle de leur fin tragique; enfin et surtout le désir de justifier par une référence l'expression : «ceux dont ἃ parlé le Seigneur, » Dan., ΧΠῚ, 5, avaient porté plusieurs Juifs dont parle saint Jérôme, ]n Da-
ACHAB, —"ACHANE
l'Orient, t. 1v, p. 77-79. Plus tard, Achad perdit son rang de capitale; mais les plus anciens souverains de Babylone tinrent à honneur de joindre à leur titre celui de roi de la région d'Akkad, Sar mat Akkad; et le nom d'Akkadien, Akkadu, paraît être demeuré l'appellation ethnographique pour la portion septentrionale de la Babylonie, tandis que celui de Sumir semble avoir été réservé à la partie méridionale. Malgré le déplacement de la royauté, Achad continua à jouer un rôle important jusque sous la domination des Perses. Cette ville est mentionnée dansles inscriptions égyptiennes d’Amenhotep IT (xvir® dynastie), qui s'en empara, ainsi que de Ninive. Jusqu'à présent son histoire ne parait pas, comme celle d’Arach, liée intimement avec les aventures d'Isdoubar, le Nemrod chaldéen. Anounitou, l'Istar ou la Vénus du matin, était la déesse protectrice d’Achad.
Pendant longtemps les assyriologues ont donné du nom de cette ville la lecture erronée Agané ; cette méprise, due à la polyphonie du dernier signe cunéiforme, qu'on peut lire né ou dé, a contribué à prolonger l'ignorance des exégètes relativement à la situation véritable de la ville nemrodienne.
Les anciens
nielem, in hoc loc., à voir dans les deux vieillards de lhistoire de Susanne les deux faux prophètes Achab et Sédécias. Mais, outre que le supplice
avaient cru Ja retrouver dans Nisibe : c'était l'opinion des Targums, de saint Éphrem, desaint Jérôme, d'Aboulfaradje ; mais cette ville est beaucoup
est fort différent, ici la lapidation, Dan.,
trop éloignée du Sennaar., Plusieurs parmi les
ΠΟ; (δ Deut., χιχ, 18- 195 Ezech:, xvI, 40, là le supplice du feu, Jer., ΧΧΙΧ, 21-22, il y ἃ une différence entre ceux qui prononcent le châtiment : contre les vieillards, c'est le peuple ; contre les faux prophètes, c'est le roi de Babylone. Ces divergences ont fait abandonner universellement l'assimilation. P. RENARD.
ACHAD (hébreu : ’Akkad, quelquefois incorrectement: Akkar, à cause de la ressemblance du daleth, 7, et du resch, =, hébreux; Septante : ᾿Αρχάδ ; textes cunéiformes : Agadé, Akkadu), ville située sur la rive gauche et assez près de l'Euphrate, à environ cinquante kilomètres nord-ouest de Babylone, à l'endroit où l'Euphrate et le Tigre, n'étant plus séparés que par une distance de trente kilomètres, étaient autrefois réunis par un canal nommé canal d'Akkad. Cette ville était située sur le quai méridional du canal, tandis que sur l’autre quai s'élevait la ville de Sippar, la Sépharvaïm de la Bible, dont Achad semblait n'être qu'un faubourg.
La Genèse, x, 10, mentionne cette ville comme faisant partie de la tétrapole du Sennaar, gouvernée par Nemrod. Les fouilles ont prouvé qu'elle remonte, en effet, à la plus haute antiquité. Les scribes babyloniens plaçaient vers l'an 3800 av. J.-C. le règne de Sargon d'Akkad ; cette indication est confirmée par les monuments qui portent le nom de ce prince, dont les inscriptions sont tracées en style fort archaïque : le clou ou coin, élément constitutif de l'écriture cunéiforme, n'y apparaît pas encore; on n'y rencontre que la ligne droite ou brisée, figurant d'une façon plus ou moins grossière l'objet dont on veut peindre le nom. (Fig. 18.) À cette époque, Achad était déjà un centre d'études littéraires, astronomiques et surtout astrologiques. Nous possédons encore, sinon en originaux, du moins en Copies, une portion de la bibliothèque rassemblée par Sargon et Naram-Sin, son fils. Voir Records of the past , ® série,
1, p. 37; Lenormant-Babelon, Histoire ancienne de
18. — Cylindre de Sargon l'Ancien, Collection de M. de Clercq.
modernes ont proposé Akkerkouf et Niffar, l'ancienne Nipour; mais si la situation géographique est plus satisfaisante, les noms eux-mêmes protestent contre cette hypothèse gratuite. Voir Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p.209; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5e édit., t. 1, p. 307-308, E. PANNIER.
ACHAÏE {᾿Αγαΐα). Ce terme géographique ἃ désigné, dans l'antiquité et dans les temps modernes, une étendue de pays très diverse. Pour Homère, Achéen et Grec étaient