ACHAZ
ton fils; viens me sauver des mains du roi de Syrie et du roi d'Israël, ligués contre moi. » IV Reg., xvr, 7. Pour se le rendre favorable, il vida ses trésors, à l'exemple
de ses prédécesseurs, Asa, ΠῚ Reg., xv, 18, et Joas,
IV Reg., x11, 18, et il dépouilla la maison du Seigneur, IV Reg., xvi, 8, précaution à peine utile, car l’'ambitieux monarque assyrien ne cherchait qu'une occasion d'étendre sa domination. Achaz eut bientôt la Joie de le voir envahir la Syrie, assiéger et ruiner Damas, mettre à mort Rasin et emmener ses sujets captifs, puis se jeter sur Israël et en transférer les habitants en Assyrie. IV Reg., xv, 29-30; xvi, 9. D'après la liste des éponymes, on était en 733 ou 732 lorsque Téglathphalasar commença cette campagne, qu'il ne termina qu'après deux ans.Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., t. 1v, pe l17:
Elle venait de finir, et l’Assyrien victorieux se reposait à Damas, lorsque Achaz se rendit près de lui, selon toute vraisemblance pour figurer dans une sorte de réception générale, à laquelle tous les rois tributaires de Téglathphalasar avaient été convoqués. IV Reg., xvi, 10. D'après Josèphe, c’est alors qu'Achaz dépouilla ses trésors et le temple, pour payer ce qu'il avait seulement promis lors de sa demande de secours aux Assyriens. Ant. jud., IX, ΧΠΙ. C'est ce voyage qui donna lieu à la construction d’un autel de modèle paien dans le temple de Jérusalem. Le texte porte : « l'autel qui était à Damas, » IV Reg., xvi, 10, ce qui signifie un autel syrien, soit qu'il fût propre aux Syriens, soit qu'il fut une imitation des autels assyriens. Cette seconde hypothèse est admissible, car c'était l'habitude des rois d’Assur de faire porter dans leurs expéditions militaires les autels de leurs dieux, et de les établir dans les pays conquis. G. Rawlinson, Ancient Monarchies, t. 11, p. 531. Elle devient même vraisemblable si l'on considère le penchant d’Achaz pour la religion des Assyriens, dont il pratiquait le culte astrologique sur les autels qu'il avait fait construire en l'honneur du soleil sur la terrasse de son palais. IV Reg., xx11r, 19, ; οἵ, Tacite, Annal., x11, 13. Son cadran solaire, plus tard l'occasion d'un grand miracle, Is., ΧΧΧΥΤΙ͂, 8, était peut-être aussi une importation assyro-chaldéenne. Il entrait d’ailleurs dans le caractère d'Achaz de flatter ainsi son libérateur. En tout cas, comme les autels assyriens étaient très étroits et insuffisants pour y offrir des holocaustes, si celui que le roi de Juda fit construire leur ressemblait par la forme, il dut avoir de plus grandes proportions, puisque nous voyons qu'on y consuma des victimes. IV Reg., xvi, 12; Fillion, Atlas archéol., pl. xcvin, fig. 6; pl. exvi, fig. 2. Au ÿ. 15, cet autel est appelé, par rapport à l’ancien autel des holocaustes, « autel plus grand. » Achaz envoya donc par des exprès le dessin de cet autel au grand prêtre Ürie, peutêtre le même que celui qui est appelé de ce nom dans Is., vil, 2; et à son retour de Damas il le trouva construit et établi dans la cour du temple. Il y monta, y offrit des holocaustes et des sacrifices non sanglants (hébreu : minhah), et y répandit le sang des victimes pacifiques. IV Reg., xvr, 12-13. Il est à croire, d'après le ÿ. 15, que ces sacrifices étaient en l'honneur de Jéhovah, ce qui n'empêcha pas Achaz d'en offrir d’autres aux dieux de Damas. IT Par., ΧΧΥΠΙ, 23. D'ailleurs le seul fait de sacrifier au Seigneur sur un autel d'un type païen était une profanation sacrilèce du culte divin, d'autant plus que la forme de l'autel des holocaustes avait été déterminée dans les plus grands détails. Exod., xxv, 40; ΧΧΧΥΠΙ, 1-7.
Achaz introduisit d’autres changements dans de culte. D'après le texte hébreu, plus clair que celui de la Vulgate, l'autel syrien avait été placé par Urie devant la partie antérieure de la maison de Dieu, au milieu de la cour des prêtres, de manière que l'ancien autel des holocaustes se trouvait entre lui et le temple. IV Reg., xvr, 14. Achaz, pour donner sans doute à l'autel de son choix une place plus honorable, et afin qu'il fut seul « devant le Seigneur », fit reculer vers le nord l'autel des holocaustes, 50
réservant d'en disposer plus tard. De plus, il établit que sur l'autel syrien seraient offerts les sacrifices les plus solennels de chaque jour : celui du matin et celui du soir, offerts au nom de tout le peuple, ainsi que certains autres sacrifices, comme les holocaustes (hébreu : ‘oläh) du roi et les oblations (hébreu : ninhäh) du roi. IV Reg., xvi, 15. Là ne s'arrêta pas son amour sacrilège de la nouveauté. Il y avait autour du temple des bassins d’airain, sorte de lavoirs mobiles, supportés par des bases de même métal, et au nombre de dix. III Reg., vi, 27-98, 37-39. Bases et bassins furent enlevés par son ordre. Il n'épargna pas davantage la mer d'airain, qu'il ôta de dessus les douze bœufs de même métal qui la soutenaient, III Reg., ΝΠ, 25-95, et la plaça sans respect sur le pavé de la cour du temple (Septante : « sur un piédestal de pierre, » ἔδωχεν αὐτὴν ἐπὶ βάσιν λιθίνην, IV Res, xvi, 17; hébreu : « sur un pavé de pierre, » ‘al marséfêt ‘äbänim). Ces changements furent faits « à cause » du roi d'Assyrie, IV Reg., XVI, 18, probablement pour rapprocher le culte juif de celui des dieux d'Assur, soit parce qu'Achaz s'était épris d'admiration pour la civilisation et les usages des Assyriens, soit parce que Téglathphalasar obligea le roi de Juda à agir de la sorte. D'autres pensent pourtant que, les trésors du roi et du temple étant épuisés, tbid., ὃ. ὃ, Achaz avait enlevé ces ornements pour en faire de l'argent et solder le lourd tribut dû au monarque assyrien, ibid., ὃ. 18. Il est certain du moins que tous n'avaient pas été aliénés, car Jérémie atteste que les Chaldéens ‘rouvèrent à Jérusalem la mer d’airain, les taureaux et les bases ciselées, qu'ils emportèrent à Babylone. Jer., LI1, 17-20 Le pieux EÉzéchias les avait fait probablement rétablir à leur place. ΠῚ Par., xx1x, 19. Les autres modifications faites par Achaz, IV Reg., xvi, 18, sont fort obscures, à ce point que l’auteur de la Vulgate s’est contenté de transcrire de l'hébreu le mot principal, qu'il ne comprenait pas. Achaz, écrit-il, € changea aussi dans le temple du Seigneur, à cause du roi des Assyriens, le #nusach du sabbat, qu'il avait bäti dans le temple, et l'entrée extérieure du roi. » L'hébreu nuüsak (ainsi porte le keri, au lieu du ketib: méisak), de la racine sdkak, « couvrir, » signifie un lieu couvert quelconque, et n’est employé qu'une fois dans la Bible. 11 désigne probablement un portique situé dans le parvis extérieur, par où le roi entrait au temple, pour se rendre à la place d'où 1] assistait aux cérémonies. Les Septante ont traduit « la base du siège des sabbats », τὴν θεμέλιον τῆς καθέδρας τῶν σάθδχτων, ayant lu müsäd, « fondement, base, » pour müsak. Achaz modifia cette installation, on ne sait de quelle manière. Ces avances ne lui servirent d'ailleurs de rien, car Téglathphalasar trouva bientôt un prétexte pour se jeter sur Juda, ravagea tout le pays, et au lieu d'assurer la liberté à ce peuple dont il s'était posé comme le protecteur, 1] l’asservit. De ce jour, Juda perdit son indépendance. II Par., xxvI1, 20, Dans une inscription cunéiforme trouvée à Nimroud, et actuellement conservée au British Museum, entre beaucoup d'autres princes tributaires de Téglathphalasar, on lit le nom d’«Achaz de Juda », Ya-hu-ha-zi Ya-hu-da-ai. (Le nom d’Achaz est précédé de Ya, contraction de Jéhovah, et nous en avons là la forme complète, Achaz étant une abréviation de Joachaz.) Western Asiatic Tnscriptions, L τις p. 67; Ménant, Annales d'Assyrie, p. 144; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., t. 1V, p. 118-119.
C'est peut-être à cette époque qu'Achaz, tombant dans un noir désespoir, s'abandonna avec fureur à son penchant pour l'idolätrie; qu'il fit briser les vases sacrés, fermer les portes du temple, abolir le culte du vrai Dieu et ériger des autels aux idoles dans tous les carrefours de Jérusalem, IE Par., ΧΧνΠΙ, 24: époque lugubre, en souvenir de laquelle les Juifs célèbrent encore chaque année une solennité expiatoire. Telle fut Ja fin d'Achaz, qui mourut à Jérusalem après seize ans de règne, et y fut enseveli, sans partager néanmoins la sépulture des rois
ACHAZ — ACHAZIB
de Juda (dans le texte : Israël pour Juda, IL Par., xXvIIT, 27). La perversité de ce roi, sa faiblesse inqualifiable, sa pusillanimité à l'heure du danger, enfin sa maladresse en politique et son impiété envers Dieu, firent de lui un des plus méchants rois de Juda, et sa mémoire est demeurée justement en exécration parmi les Juifs. P. RENARD.
ACHAZIB, hébreu : Akzib; grec : ’Ayati, Ket'6, ᾽᾿Αχζέδ, ᾿Εχοζόδ; latin: Achzib (Jos., XV, 44), Achazib et Achziba.
1. ACHAZIB, ville maritime de la Palestine, située entre Saint-Jean-d'Acre et Tyr (fig. 21). Elle est mentionnée dans Josué, χιχ, 29, comme appartenant à la tribu d’Aser; mais les anciens habitants, Chananéens d’origine, n’en purent être chassés. Jud., 1, 31. Le changement du zain sémitique en d a amené Akdip, comme Gaza est devenu Cadytis, et M'gozan, Mygdon; de là les Grecs et les Latins ont fait Εχδίππα, Ecdippa. Ptolémée, V, xv; Pline, V, xvir. Josèphe l'appelle ’Exôtnnwv et ᾿Ιὐχδίπους, et la signale comme une place maritime. Bell. Jud., 1, χα, 4. Ailleurs il la nomme Arcê, "Apxn. Ant. Jud., V, 1, 22. On la trouve dans les tablettes cunéiformes avec le nom d'Ak-zi-bi. Eb. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 2 édit., Giessen, 1883, p. 170. Dans le Talmud, sous le nom de Kezib ou Guezib, elle est citée comme formant, depuis le retour de la captivité, la limite septentrionale de la Galilée vers le nord-ouest, sur la route d’Accho à Tyr. Tosiftha, Demoï, ch. 1. Ville forte comme Accho, Talm. de Bab., Eroubin, 6% δ, elle possédait une synagogue. Cf. Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 233.
Eusèhe et saint Jérôme la placent à neuf milles de Ptolémaide ou Saint-Jean-d’Acre, Onomasticon, au mot Α χζίφ, et on l'identifie généralement avec le village actuel d’Ez- Zib. Situé non loin d'une petite baie qui ἃ dù servir autrefois de port à la ville, il est assis plus au nord sur une colline qui constituait l'acropole de la cité basse. « Ce monticule était jadis entouré d'un mur d'enceinte, dont on distingue encore des traces du côté de l’est. La plupart des maisons actuelles ont été bâties avec des matériaux antiques. Les jardins qui entourent ce village sont bordés soit de cactus, soit de vieux tamaris, et renferment beaucoup d'arbres fruitiers, au-dessus desquels de jolis palmiers dressent çà et là leur tige élancée et leur tête verdoyante. » V. Guérin, Descript. de la Pal., Galilée, t. 11, p. 16%.
Sennachérib, dans sa campagne contre Ezéchias, roi de Juda, s'empara de cette ville, et la mentionne entre U-su-u (Hosah, Kh. Ezziyah) et Ak-ku-u (Accho). Prisme de Taylor ou Cylindre C. de Sennachérih ; Cuneiform inscriptions of Western Asia, t. 1, pl. 38-39; Schrader, ouvr. cit., p. 288.
2. ACHAZIB, ACHZIB, ville de la tribu de Juda, citée entre Céïla et Marésa. Jos., χν, 44. Le texte hébreu la mentionne également dans Michée, 1, 14; car « cette maison de mensonge », qui d'après la Vulgate sera € pour la déception des rois d'Israël », n'est autre dans l'original que la ville d'Achzib, qui, en tombant plus tard aux mains de l'ennemi, « trompera » la confiance purement humaine de la puissance royale. Par un de ces jeux de mots familiers aux Orientaux, et assez fréquents dans les Livres Saints, le prophète trouve dans le nom même (racine kdzab, «mentir ») un présage des chàâtiments qu'il annonce. Dix villes sont mentionnées de la même façon dans cette prophétie; or, parmi les cinq dernières, dont la situation au sud-ouest de la Palestine est bien connue, comme Lachis (Oumm-el-Lakis), Marésa (ἢ. Mérach) et Odollam (Aïd-el-Ma), on remarque également Achzib. Sa position est donc naturellement indiquée, et le nom semble s'être | conservé dans celui d’Ain el-Kezbéh, près de Beit-Nettif. Cette identification est confirmée par le témoignage d'Eu sébe etde saint Jérôme, qui nous disent que, de leur temps, «Chazbi (Achzib) était un endroit désert, près d'Odollam, ἢ
197 ACHAZIB sur les confins d'Éleuthéropolis. » Lib. de situ et nom. loc. heb., t. XXI, p. 889.
Ce témoignage nous permet aussi de croire que l'Achzib de Juda est identique à Chezib (Xao8:, Chazbi) dont parle le texte hébreu dans la Genèse, xxxvir, 5. Là, en effet, où la Vulgate traduit : « Lorsqu'il fut né (Sela, son troisième fils), elle (la fille de Sué, épouse de Juda) cessa d’enfanter; » l'original porte : « Et il (Juda) était à Kezib lorsqu'elle l’enfanta (Sela); » remarque faite par l'historien afin que la famille issue de Sela connüt son origine. Comme les autres endroits mentionnés dans ce chapitre sont tous dans la plaine de Juda, nous pouvons
— ACHIA
quer les Philistins en compagnie de son seul écuyer : l'événement donna raison à son audace, et les Philistins s'enfuirent, frappés d'une terreur surnaturelle. 1 Reg, xIV, 15. À cette nouvelle, Saül appelle Achias et lui dit : « Consultez l'arche du Seigneur ; » car, ajoute la Vulgate, « l'arche de Dieu était ce jour-là avec les enfants d'Israël, » Ÿ. 18. L’arche résidait alors à Cariathiarim, 1 Reg., vir, 1; mais on sait qu'elle accompagnait parfois les Hébreux dans leurs expéditions militaires. Toutefois ce n’était généralement pas à l'aide de l'arche d'alliance que le grand prêtre consultait le Seigneur; il le faisait au moyen de l'éphod, et c’est sans doute la raison qui ἃ porté les Sep-
21, — Vue d'Achazib d'Aser. D’après une photographie,
à bon droit, avec les interprètes anciens et modernes, identifier Chezib avec Achazib 2.
Enfin, quelques auteurs assimilent Achazib 2 avec Cozéba, dont fait mention le texte hébreu dans 1 Par., 1V, 22. Ceux, en effet, que la Vulgate appelle « les hommes de mensonge » sont les « hommes de Cozéba », rangés parmi les descendants de Sela, fils de Juda, par allusion sans doute à leur lieu d'origine. Cependant Conder distingue Achzib de Chozéba, qu'il place plus à l'est, à Koueiziba, dans Palestine Exploration Fund, Quart. St., 1875, p. 13, et Handbook to the Bible, Londres, 1887, p. 408.
A. LEGENDRE
ACHIA, ACHIAS, hébreu : ’Ahiyäh, « mon frére, c'est-à-dire ami est Jéhovah; » Septante : ᾿Αχιά. La Vulgate, dans plusieurs endroits, ἃ traduit la forme hébraïique ’Akiyäh par Ahia. Voir Anra.
1. ACHIAS, fils d'Achitob, portait l'éphod à l’époque de Saül, 1 Reg., x1v, 3, c'est-à-dire qu'il était grand prêtre des Israélites. Il était l'arrière-petit-fils d'Héli par son père Achitob et son aïeul Phinées. Il ne paraît en scène qu'une seule fois dans l’histoire de Saül. C'était pendant une expédition contre les Philistins; le roi d'Israël, avec six cents hommes, campait à Gabaa de Benjamin, lorsque son fils Jonathas eut l'idée, inspirée peut-être par Dieu, d'atta-
tante à traduire ainsi le passage qui nous occupe : « Apporte l’éphod (ear il portait l'éphod en ce jour en présence d'Israël).» Quoi qu'il en soit, δ ἢ] voulait consulter l’oracle divin, pour savoir ce qu'il devait faire dans cette circonstance imprévue, où Dieu se manifestait visiblement en faveur de l'armée israélite. Mais, comme il parlait encore au prêtre, un tumulte plus fort et toujours croissant se fit entendre dans le comp des Philistins. « Abaisse ta main, » dit Saül à Achias, qui se mettait en devoir de consulter l'oracle. La conduite à tenir devenait, en effet, évidente : il fallait profiter du désordre extrême où se trouvaient les ennemis pour fondre sur eux et changer leur déroute en désastre. C'est ce que firent Saül et les siens. [ Reg., x1v, 19-93. Achias n'est plus nommé après cet épisode ; d'ailleurs il dut mourir peu après, puisque, quelques années plus tard, c'est Achimélech, autre fils d'Achitob, et par conséquent frère d’Achias, θα, xxI1, 9, qui est revêtu du souverain pontificat et donne à manger à David les pains de proposition. I Reg., xx1, 1-6. Quelques interprètes pensent cependant qu'Achimélech n'est pas différent d'Achias, et que ces deux noms, qui ont peut-être la même signification (Achias — frère ou ami est Jéhovah; Achimélech — frère ou ami est le roi [d'Israël, Jéhovah]), désignent un seul et même fils d'Achitob. Voir ACHIMÉLECH 1. E. DUPLESSY.
2. ACHIA, fils d'Ahod, descendant de Benjamin par Balé. 1 Par., vin, 7.
3. ACHIA. D'après les uns, cinquième fils de Jéraméel, fils d'Hesron, de la tribu de Juda. Cependant, comme l'hébreu n’a pas la conjonction et avant ‘Ahiyah, ce pourrait bien être plutôt le nom de la première femme de Jéraméel, 1 Par., 1, 25. Le contexte favorise cette interprétation, ÿ. 26.
4. ACHIA, lévite, chargé de garder les trésors du temple sous David, 1 Par., xxvr, 20. Au lieu de lire ’Ahiyah, les Septante ont lu A héhem, et traduisent par ἀδελφοὶ αὐτῶν, «les lévites leurs frères. »
5. ACHIA, fils de Phinées dans la généalogie d'Esdras. IV Esdr., 1, 2. Omis dans la généalogie, 1 Esdr., vir, 2.
ACHIACHARUS (Septante : ᾿Αχιάχαρος, ᾿Αχείχαρος; le nom hébreu devait être ’Ahki’aharôn, « frère posthume »). Tobie (Septante), 1, 21, 22; 11, 10; χιν, 10. Fils d'Anaël et neveu de Tobie, à la cour de Sacherdon ou Asarhaddon, roi de Ninive, où il était échanson, garde du sceau, intendant et inspecteur des comptes. Il secourut Tobie dans son malheur. Voir NABATH.
ACHIM (Nouveau Testament : ’Ayeiu), de la tribu de Juda et de la famille de David, fils de Sadoc et père d'Éliud, Matth., 1, 14, dans la généalogie de Notre-Seigneur Jésus- Christ. (En hébreu, son nom devait être Yakin, «Jéhovah l'affermit; » les Septante rendent Yakin par ’Ayiu, I Par., XXIV, 17, et par ’Ayetv, Gen., xLvI, 10.)
ACHIMAAS, hébreu : ’À hima‘as, «mon frère est en courroux ; » Septante : ᾿Αχιμάας.
1. ACHIMAAS, père d'Achinoam, épouse de Saül. Ï Reg., x1v, 50.
2. ACHIMAAS (hébreu: ’Ahima'as ; Septante:’Ayux), fils du grand prêtre Sadoc, II Reg., xv, 36; I Par., vi, 8, 53, demeura à Jérusalem avec son père, tandis que David, sous le coup de la révolte d’Absalom, s’éloignait de la ville sainte. IT Reg., xv, 35-36. Chargé d'apporter au roi fugitif les nouvelles de ce qui se tramait contre lui, il observa avec attention les projets et les démarches d'Absalom et de son conseiller Achitophel; mais bientôt l'attitude de son père et les sentiments de fidélité manifestés par lui à l'égard de David, II Reg., xv, 24-99, rendirent la position d'Achimaas difficile à Jérusalem. Pour écarter les soupçons qui n'auraient pas manqué de planer sur sa conduite, si on l'avait vu sortir souvent de la ville, il prit le parti de s'établir avec son compagnon Jonathas, fils d'Abiathar, Il Reg., xvir, 17, hors des murs, et d'attendre les événements auprès de la fontaine de Rogel. Voir ROGEL. C’est là que vint les trouver l'inoffensive servante envoyée par les deux grands prêtres, et chargée de communiquer à Achimaas et à son compagnon, pour qu'ils les transmissent à David, les projets de poursuite immédiate proposés par Achitophel, et les instances des pontifes pressant le roi de passer le Jourdain. Achimaas partit aussitôt avec Jonathas; mais 115. comptaient sans les espions répandus par Absalom dans la campagne, et sans doute chargés spécialement de les surveiller. On les aperçut, et la nouvelle de leur marche vers l’est fut portée immédiatement aux révoltés; heureusement les deux messagers, en pressant le pas, purent gagner Bahurim avant d'avoir été atteints. Là ils trouvèrent un homme charitable qui, prenant leur sort en pitié, les fit descendre dans une citerne à sec qui se trouvait dans la cour intérieure (hébreu : behäsérô, dérivé de häsar, « entourer, » que saint Jérôme traduit : in vestibulo suo), tandis que sa fenme étendait sur l'ouverture un voile (hébreu: mäsäk, « une couverture »), sur lequel elle répandait, comme
ACHIA — ACHIMÉLECH
pour le faire sécher, de l'orge mondé (hébreu: hdrifôt, « grains d'orge ou de froment pilés; » mot qu'on ne trouve qu'ici, II Sam., xvir, 19, et Prov., xxvir, 22). Quand vinrent les émissaires d'Absalom, la ménagère, sans quitter son ouvrage, répondit qu'ils avaient fui plus loin, après avoir pris un peu d’eau (hébreu: «et ils ont passé le petit ruisseau »). IT Reg., xvir, 20. Ils furent sauvés, et bientôt, sortant de leur retraite, ils poursuivirent leur route jusqu'au lieu où était David, qu'ils déterminèrent à passer sur l'heure le Jourdain.
Après cela, Achimaas ne pouvait plus rentrer à Jérusalem, ni même reprendre son poste d'observation près de la fontaine de Rogel. Il se joignit à l'armée de David et assista à la bataille décisive de la forêt d'Éphraïm, Il Reg., xvr, 6, dans laquelle Absalom fut tué. Toujours dévoué, et content cette fois d'être le messager d’une heureuse nouvelle, comme il était bon coureur, il s’offrit à Joab pour aller annoncer à David l’éclatante victoire. Joab résistait ; enfin, sur ses instances réitérées, il consentit, et si rapide fut Achimaas, qu'il arriva près du ΤῸ] avant Chusi, qui avait pourtant une notable avance sur lui. Il Reg., xvir, 19-93. Il avait pris le chemin le plus court, d’après la Vulgate (via compendii). D'après l'hébreu, il prit le chemin de la Kikkär. Voir KikkaR. Poussé par son affection pour David jusqu'à transgresser la loi de Dieu, Achimaas mentit pour ménager la sensibilité paternelle, et lui dissimula la mort d'Absalom : réticence qu'il eùt sûrement corrigée, si Chusi, moins circonspect, n’eùt dès son arrivée et tout d’un coup déclaré la réalité. La fidélité et le dévouement d'Achimaas ne se démentirent jamais. Plusieurs interprètes pensent que ses mérites lui valurent sous Salomon l’une des douze places de nisäbim, ou officiers chargés de percevoir l'impôt, ΠῚ Reg., 1V, 7, 15, et que cet Achimaas est identique à celui du second livre des Rois. Si cette opinion est fondée, Achimaas était ainsi arrivé à l’une des principales charges de l'Etat, cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. 11, p. 275 et suiv.; bien plus, et ce fut peut-être une des causes de son élévation, il aurait épousé l’une des filles de Salomon, Basémath. Ce mariage ne put avoir lieu, en tout cas, que vers le milieu ou la fin du règne de Salomon, car nous savons qu'à cause de sa jeunesse ce prince ne pouvait avoir, lors de son avènement au trône, des filles en âge d'être mariées.
Le caractère d’Achimaas a été apprécié par celui qui était le mieux en position pour le faire exactement, David, des lèvres duquel nous recueillons ce témoignage : « C’est un homme bon. » II Reg., xvir1, 27. Sa bonté était si grande, que son roi estimait qu’un tel homme ne pouvait apporter que de bonnes nouvelles, ibid. Quant à son dévouement, il était devenu comme proverbial, si bien qu'à son allure empressée, comme à un signe certain, le guetteur le reconnaissait. Il méritait donc à tous égards la confiance de son prince, et Salomon, en le comblant de faveurs, ne fit que lui rendre une justice qui honore à la fois Achimaas et son bienfaiteur. P. RENARD.
3. ACHIMAAS, intendant de Salomon dans la tribu de Nephtali, un des douze officiers chargés de pourvoir à la table du roi. Il épousa Basémath, fille de Salomon. III Reg., iv, 15. Il est peut-être identique avec le précédent. Voir ACHIMAAS 2.
ACHIMAM , nom, dans Num., xt, 29, d'un géant de la race d'Énac, qui est appelé Ahiman dans Josué et dans les Juges. Voir AHIMAN.
ACHIMÉLECH ou AHIMÉLECH, hébreu : À kimélek, «mon frère est roi; » Septante : Αδιμέλεχ, ᾿Αχιμέλεχ.
1. ACHIMÉLECH, fils d’Achitob, 1 Reg., xx11, 9, grand prêtre à l'époque de la première persécution de Saül contre David. I Reg., xx1, 1. Le peu de temps qui s’écoula entre les événements rapportés au chap. xIv, le grand
prêtre étant Achias, et ceux du chap. ΧΧῚ, alors que le pontificat était exercé par Achimélech, ἃ amené plusieurs exégètes àidentifier ces deux personnages, d'autant plus que leurs noms ont entre eux une notable analogie (*Ahiyäh, «mon frère ou ami est Jéhovah ; »'Ahi-mélék, «mon frère est roi»), et que tous deux ont pour père Achitob. I Reg., xxu, 9, 41-19; χιν, 9. Voir AcHIAS 1. Malgré ces raisons, on pense communément qu'Achimélech était frère d’Achias, et que, celui-ci étant mort'sans enfants mâles qui lui succédassent, Achimélech avait été appelé au souverain pontificat, peu de temps avant l’époque où pour la première fois la Bible fait mention de lui. Il résidait à Nobé ou Nob, où était l’arche sainte depuis son retour du pays des Philistins et son séjour transitoire à Bethsamès et à Cariathiarim. Peut-être Saül avait-il installé le tabernacle en ce lieu pour posséder dans sa tribu le centre religieux d'Israël. Voir Nogé. C’est là qu’Achimélech vit un jour venir à lui David abattu, sans armes, sans escorte, ce qui lui causa une profonde surprise. David lui dit qu'il avait été chargé d’une mission par le roi, et lui demanda à manger, parce qu'il avait faim, ainsi que ceux de sa suite. L’'embarras d'Achimélech fut grand, car il n'avait à sa disposition que les douze pains de proposition déposés dans le Saint pendant une semaine et tout récemment retirés pour être remplacés, selon la loi, par des pains nouveaux. De là vient qu'en ce jour Achimélech n'avait pas eu besoin de faire de provisions de pain ordinaire, car les douze pains de proposition retirés chaque sabbat de la table recouverte d'or, sur laquelle ils étaient offerts au Seigneur, devaient être mangés, dans le sanctuaire même, par les prêtres. Lev., xx1v, 6-9. Donner de ces pains au fugitif semblait illicite, à cause de la disposition spéciale de la loi, qui ne permettait qu'aux enfants d'Aaron de s’en nourrir. Mais valait-il mieux observer rigoureusement la lettre de la loi, en violant le précepte plus grave encore de la charité, surtout dans une si extrême nécessité? Marc., 11, 25. Achimélech, après s'être assuré que David et les siens n'avaient point d'impureté légale, leur donna les pains de proposition. Notre-Seigneur l’a justifié en prenant sa conduite pour base de sa propre jusurtication, en face de ceux qui lui reprochaient de violer le sabbat. Matth., ΧΙ, 3-4; Marc., 11, 26; Luc., vi, 3-4.
Il est vrai qu'en déclarant ainsi son innocence, Jésus soulève une nouvelle difficulté à son sujet, car en saint Marc il l'appelle par son nom, et ce nom est Abiathar au lieu d'Achimélech. Marc., 11, 26. Les hypothèses qu'on ἃ faites pour concilier ce passage avec 1 Reg., xx1, 1, sont aussi variées qu'ingénieuses : faute de copiste en saint Marc ; double nom du même personnage; et double personnage dont le second, c'est-à-dire Abiathar, fils d’Achimélech, employé alors au service du temple, aurait pour la circonstance tenu la place de son père absent ou malade, et agi en son nom : voilà ce que les exégètes ont imaginé sans faire complétement la lumière. Nous ne parlons pas de l'hypothèse rationaliste qui suppose une erreur de mémoire de la part de l’évangéliste. Plusieurs manuscrits suppriment la difficulté en omettant le ÿ. 26 de saint Marc.
Pour revenir à la conduite d'Achimélech donnant à David les pains sacrés, il faut remarquer qu'il n’en privait pas le sanctuaire, puisque ces pains étaient ceux qu’on venait d'enlever. Il n'y avait de transgression que sur le précepte relatif à la manducation par les prêtres ; or il existait dans l'espèce une raison plus que suffisante pour se dispenser de la loi.
Après avoir mangé, David demanda des armes au grand prêtre. Achimélech sortit de l'enveloppe qui la renfermait (hébreu : bassimläh, « dans le manteau ») l'épée de Go- Bath, qui était placée dans le sanctuaire à côté de l'éphod, et 1] la donna à David, qui d’ailleurs avait bien sur elle
ACHIMÉLECH
quelque droit, l'ayant lui-même consacrée à Jéhovah. | I Reg., xvi1, 54. Achimélech consulta aussi le Seigneur | en faveur de David, I Reg., xxn, 10, et le fugitif se sauva |
auprès d'Achis, roi de Geth. |
Achimélech devait payer chèrement le service qu'il venait de rendre à David, Tandis qu'il le secourait si charitablement, un traitre, Doëg l'Iduméen, observait tout sans mot dire, et il s’empressa d'aller rapporter à Saül ce qui venait de se passer. Le roi, qui était alors à Gabaa, manda près de lui Achimélech avec tous les prêtres de service à Nobé, et leur fit de sanglants reproches, auxquels le grand prêtre répondit avec une élévation et une loyauté qui eussent désarmé Saül, si sa haine contre David ne l’eùt rendu sourd à toute raison. Il ne dissimule rien et ne s'excuse de rien: ce qu'il ἃ fait, il le ferait encore; car David est entre les serviteurs du roi le plus dévoué et le plus fidèle. 1 Reg., xx, 14. D'ailleurs pourquoi lui reproche-t-on d’avoir pris part à la révolte du fugitif? Sans ignorer complètement ses difficultés avec Saül, il ne savait pas, quand David vint à Nobé, quels étaient les rapports de ce dernier avec le roi; dans leur entrevue, il n'en a pas été question, et s’il a consulté le Seigneur pour lui, c'est ce qu'il avait fait maintes fois sans être accusé par personne, 1 Reg., xx11, 15. Ces explications étaient tout à fait satisfaisantes, cependant elles ne purent lui sauver la vie. Il tomba sous le fer des satellites, en présence et par l’ordre du roi jaloux, et avec lui tous ses prêtres. Nobé, sa ville sacerdotale, fut détruite, et ses habitants mis à mort. Seul, Abiathar, l'un des fils d'Achimélech, échappa. I Reg, xx11, 16-921. C’est en apprenant cette odieuse vengeance que David composa le psaume LI, où sa visite à Achimélech est expressément indiquée. Il est à noter que, se basant sur le titre du psaume ΧΧΧΠῚ, dans la Vulgate : De David, quand il changea de visage devant Achimélech qui le renvoyait, plusieurs Pères ont appliqué tout ce psaume à l’entrevue de David avec le grand prêtre à Nobé. Cette application était difficile, ear Achimélech ne renvoya pas David. Aussi les commentateurs modernes y ont renoncé : les uns s’en rapportent à l'hébreu, où on lit Abimélech au lieu d'Achimélech; ils croient avec saint Basile que ce nom est un titre commun à tous les rois philistins, et désigne Achis, roi de Geth, devant lequel, en effet, David contrefit l'insensé, 1 Reg., xx1, 13-15; d’autres conservent la leçon de la Vulgate, et croient qu'Achimélech est là pour Achis mélek, «le roi Achis. »
Achimélech fut le dernier descendant d'Héli qui mourut dans la dignité de grand prêtre, car son fils Abiathar, qui lui succéda, fut déposé par Salomon, et le pontificat transmis à la famille d'Éléazar. Voir ABlaTHAR. Cette privation du pontificat et la mort d'Achimélech et des prêtres de Nobé, dont un bon nombre étaient de la famille d'Hél, contribuèrent à réaliser loracle divin prononcé naguëre par un voyant devant Héli lui-même. I! Reg., 11, 33. Quant aux victimes du massacre, plusieurs les mettent au rang des martyrs, en considération de l'acte de miséricorde qui fut la cause de leur mort. Bachiarius, Epist. ad Januar., Patr. lat., t. xx, col. 1042; Bède, In Samuel. proph. allegor. exæposit., 111, 10, t. XCI, col. 662.
A l’exemple de Jésus-Christ, les Pères et les théologiens tirent de la conduite d'Achimélech cette conclusion morale, qu'en cas de conflit entre deux préceptes, l’un de l'ordre positif, l’autre de l'ordre naturel, le premier doit céder. P. RENARD.
2. ACHIMÉLECH, Héthéen, un des compagnons de David pendant qu'il était persécuté par Saül. 1 Reg., XXVI, 6.