ACHAZ
pagnes particulières de Rasin et de Phacée ont dû précéder le siège de Jérusalem. On pourrait à la rigueur soutenir qu'Achaz n'eut pas à se défendre contre une double armée, mais contre une seule, composée des Israélites et des Syriens, dont l’unique opération aurait été rapportée d'une manière fragmentaire en deux épisodes : l'un IV Reg., xvi, 6, cf. IT Par., xxvu, 5; l’autre II Par., XxXVII, 5-6. 11 semble plus conforme au texte de dire que les deux rois, ayant formé dès l'origine le projet de ruiner Juda, Is., vit, 6, chacun d’eux se mit séparément à l'œuvre.
Achaz vit d'abord Rasin porter un coup désastreux à son commerce, si prospère depuis qu'Ozias avait conquis l’importante ville maritime d'Élath ou Aïla, au fond du golfe Élanitique. IV Reg., x1v, 22; II Par., xxvi, 2; cf. III Reg., IX, 26. Le texte ne dit point quelle route suivirent les Syriens pour y arriver; il est probable qu'ils traversèrent les régions à l’est du Jourdain, et que c’est là qu’Achaz essuya sa première défaite, dans laquelle il laissa aux mains de l'ennemi un immense butin. IL Par., ΧΧΥΠΙ, 5. Si Rasin était venu par la Samarie et Juda, on ne comprendrait pas qu'il eùt passé si près de Jérusalem sans l’attaquer. Presque au même temps, Achaz subit un autre échec; car « Dieu le livra aux mains du roi d'Israël, et il fut frappé d'une grande plaie ». II Par., xxvrir, 5-6. Cette plaie, ce fut la perte en un seul jour de cent vingt mille de ses plus vaillants soldats; ce fut encore de voir enlever de leurs foyers deux cent mille Juifs, « tant femmes que Jeunes gens et jeunes filles, » pour être transportés en Samarie, ÿ.8. Il ne lui restait plus qu'à assister à la ruine de sa ville royale, Jérusalem, et à vrai dire il faisait tout pour s’attirer ce suprême châtiment; car, aveuglé jusqu’à croire que les dieux syriens étaient les auteurs de 565 maux, il se disait en voyant les Israélites victorieux : « Ce sont les dieux des rois de Syrie qui les aident ; je les apaiserai par mes sacrifices, et ils m'’assisteront. » II Par., ΧΧΥΠΙ, 23. Mais Jéhovah avait promis que Juda ne périrait pas totalement, Is., 1, 9, et il voulut encore épargner Jérusalem.
Rasin, remontant vers le nord, avait franchi le Jourdain et fait sa jonction avec Phacée (Septante : συνεφώνησεν, Is., VII, 2); tous deux étaient venus assiéger Jérusalem, projetanten même temps de remplacer Achaz par un personnage appelé dans Isaïie, vi, 6, «le fils de Tabéel, » un Syrien probablement, comme l'indique le nom de son père, et sans doute vassal de Rasin. Voir TABÉEL. C’est dans cette extrémité qu'Achaz, aflolé de terreur et tremblant avec toute la maison royale « comme les feuilles des forêts sous le souffle du vent », Is., vIr, 2, reçut le message divin qu'Isaïie fut chargé de lui transmettre, et dans lequel Jéhovah lui faisait dire de ne pas craindre, parce que, à cause de David et des promesses messianiques, Juda, le royaume théocratique si souvent protégé, ne périrait pas si Achaz mettait sa confiance en lui. Is., vir, 4-9. Achaz était en ce moment hors des murs de Jérusalem, à l'extrémité du canal de la Piscine supérieure, sur le chemin du champ du Foulon, à l’ouest de la ville. Is., vit, 9. Voir CHAMP DU FouLox. Peut-être Achaz, en prévision d'un siège, prenaitil des dispositions pour dériver ces eaux dans Jérusalem et en priver les assiégeants. Cf. Is., xx11, 9-12, où l’on voit des mesures analogues. C’est à cet endroit qu'Isaïe aborda le roi de Juda, Isaïe, grand prophète et grand patriote, déjà bien connu sous Ozias, ΠῚ Par., xxvI, 22, et ayant déjà eu une grande part dans les affaires publiques. IL venait accompagné de son fils, dont le nom prophétique, Seér yäasüb, «16 reste reviendra, » préludait devant le roi désespéré au message de consolation. C'est là qu’Achaz entendit avec étonnement le prophète appeler ses deux puissants ennemis « deux débris de tisons fumants », Is., VIT, 4, qui seraient bientôt éteints, et notamment Ephraim, c'est-à-dire Israël, qui avant soixante-cinq ans ne serait plus un peuple. Is., vir, 8. Des expédients humains, le roi en avait trop employé: conformément à la constitution théocratique de Juda, il devait tenir Jéhovah pour son
unique et suffisant défenseur; il n’avait à craindre qu’une chose, l’infidélité envers Dieu ; car, « si vous n'êtes pas fidèles, lui dit Isaïe, vous périrez » (l'hébreu, avec allitération : im 16’ ta’äminu ki 16’ té äménu). Is., vir, 9. Mais Achaz est trop endurci dans son impiété ; ne croyant plus aux promesses divines, il ἃ formé un autre projet qui lui paraît plus sûr : demander secours aux Assyriens. En vain le Seigneur insiste : puisque sa divine parole ne rassure point le roi, qu'il fasse l'expérience de sa puissance, qu'il demande un signe manifeste de la protection d'en haut, qu'il le choisisse où il voudra, dans le ciel ou dans le ὅθ᾽ Οἱ. Is., vx, 11. Achaz dissimule son embarras sous une excuse frivole : il ne demandera pas un signe, dit-il, pour ne pas paraitre tenter le Seigneur. Cette réponse, si elle est loyale, suppose que le roi croyait à la possibilité du miracle et admettait la mission divine d'Isaïie. Autrement il aurait dù demander un signe qui, dans sa pensée, aurait tourné par son insuccès à la confusion du prophète. En disant qu'il ne voulait pas tenter Dieu, Is., ὙΠ, 12, le roi de Juda n’était pas sincère. En réalité, il refusait le secours divin pour n'être pas obligé de changer de conduite et d'abandonner l'idolätrie. Il préférait se tirer d'embarras par des moyens humains : flagrant mépris de la théocratie, fondement de son royaume; péché d'orgueil et d'hypocrisie. Achaz n'ignorait pas qu'en disant : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu, » Deut., vi, 16, Jéhovah avait seulement défendu à l'homme de le mettre en demeure de manifester sa puissance sans motif suffisant. Il méritait donc, et tout son peuple en sa personne, la véhémente
.apostrophe du prophète : « Vous lassez mon Dieu. » Is.,
vit, 13. Pourtant ce n’est pas sa résistance qui entravera les desseins de la miséricorde divine; au contraire, « à cause de cela même, » Ÿ. 14, à la place du signe que le roi refuse de demander, Dieu en produira lui-même un plus merveilleux : ce sera la naissance du fils de la Vierge (hébreu : ‘alnäh), dont le nom sera Emmanuel. Is., ὙΠ, 14. Or, ce signe, Achaz ne le verra pas : d'abord parce que cette ‘abnäh n'est point son épouse, et l'Emmanuel n'est point son fils Ézéchias, comme l'ont prétendu plusieurs rationalistes modernes, reproduisant un subterfuge déjà connu à l'époque de saint Justin, Dial. cum Tryph., 99, 67, 77, t. vi, col. 567-570 ; cf. S. Jérôme, Zn Is. vi, 14, t. xxIV, col. 109. Pour une autre raison encore, Achaz ne verra pas ce signe, car il ne s’accomplira que longtemps après lui; mais la « maison de David » en sera témoin dans l'avenir au Jour de la naissance du Messie, qui délivrera Israël d'ennemis plus redoutables que Rasin et Phacée. Le signe cependant touche aux événements contemporains par ce lien : avant le temps qui sera nécessaire à cet enfant miraculeux pour arriver au discernement du bien et du mal, ou, ce qui revient au même, pour étre capable de supporter la nourriture du beurre et du miel, Achaz aura vu la ruine de ses ennemis. Is., vir, 15-16. Mais parce qu'il a résisté à Dieu, le roi impie attirera sur lui et sur son peuple la malédiction annoncée. Is., vir, 9. Elle sera exécutée par l'Assyrien que Jéhovah « amènera », Is., vis, 17, et sous ses coups l'état de Juda sera si misérable, qu'on n'aura pas vu « de jours semblables depuis la séparation d'Éphraim », tbid., c'est-à-dire depuis le schisme d'Israël. Achaz a l'humiliation d'entendre même l'annonce de plus grands maux : l'oppression de Juda et sa ruine sous les piqûres des «moucherons d'Égypte » et des «abeilles d'Assur ». Is., vir, 18,
Le roi ne fut pas témoin de la réalisation de cette dernière prédiction, mais la première fut exécutée sous ses yeux; car, se voyant attaqué de tous côtés, au nord par Rasin et Phacée, au midi par les Iduméens, qui venaient de lui prendre un immense butin, I Par., xxvir, 17, à l'ouest par les Philistins, aux mains desquels étaient tombées les villes de Bethsamès, Aïalon, Gadéroth, Socho, Thamna et Gamnzo, II Par., xxvir, 48, Achaz s’'abaissa jusqu'a mendier le secours d'un roi païen, celui d'Assyrie, Téglathphalasar, lui disant : « Je suis ton serviteur et