LEA
Copenhague, 1739. Cf. Schmidt, Precigt zum Andenken des Herrn Probst Adler in Altona, in-8°, 1805. E. LEVESQUE.
ADLI (hébreu : ‘Adläi, abréviation pour ‘Adalyäh, «Jéhovah est juste (?) » ; Septante : *AdX), père de Saphat, qui fut chargé des troupeaux de bœufs du roi David, qui paissaient dans la plaine. 1 Par., xxvir, 29.
ADMATHA (hébreu : Admätd’, terrestre? »), un des sept principaux officiers de la cour d'Assuérus. Esth., 1, 14.
ADMINISTRATION. La manière dont la Palestine a été administrée et gouvernée a été différente aux diverses époques de son histoire. Voir Moïse, JUGES, Ro!ïs, MACHABÉES, HÉRODE.
ADOM (hébreu : ’Âdäm), ville auprès de laquelle les eaux du Jourdain s’arrétèrent, « se dressant comme une montagne, » quand les Hébreux passèrent miraculeusement le fleuve. Jos., 111, 16. Elle n’est citée qu'en ce seul endroit de l'Écriture. Ce mot, dont la Vulgate nous ἃ probablement conservé la vraie prononciation (comparez Adommim), signifie € rouge », suivant certains auteurs (racine âdam, « être rouge; » cf. Gesenius, Thesaurus linguæ heb., p. 24), ou bien emprunte son étymologie à la « terre argileuse », ‘ädämäh, qui se trouvait dans ces parages, entre Soccoth et Sarthan. ΠῚ Reg., vx, 46. Il est ἃ remarquer du reste que les localités de ce nom sont toutes dans la vallée du Jourdain, depuis la Pentapole jusqu'au lac de Tibériade: Adama, Adom, Edéma, Adami.
L'emplacement d'Adom est d'autant plus difficile à déterminer, que la situation des endroits qui, comme Sarthan et Soccoth, pourraient servir de point de repère, est ellemême problématique, et que la traduction du passage où ces villes sont nommées offre dans les différentes versions, comparées avec le texte original, un sens un peu différent. L’hébreu doit, en effet, se traduire ainsi : « Et les eaux qui descendaient s’arrétèrent en un monceau, très loin, auprès d'Adam, ville qui est à côté de Surtan. » Plusieurs auteurs, à la suite de Van de Velde et de Knobel, identifient ce dernier point avec le Djébel Sartabéh, montagne située à une certaine distance au nord de Jéricho, et qui, dominant de 608 mètres la vallée du Jourdain, la rétrécit en projetant ses contreforts du côté du fleuve. Si la supposition est juste, on peut très bien placer Adom à Tell Damiéh, à peu près en face, de l'autre côté du Jourdain, et un peu au-dessous du torrent de Jaboc (Ouadi Zerka). Outre la correspondance assez exacte entre les deux noms, la distance qui sépare ce point de la mer Morte est suffisante pour expliquer le récit biblique. Cependant, il faut l'avouer, la ressemblance onomastique entre Sartan et Sartabéh est peut-être plus apparente que réelle : cf. Clermont- Ganneau, Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 1874, p. 173; et puis la position de Sarthan au Djébel Sartabéh n'est pas conforme à celle que lui donnent d’autres passages de l'Écriture, qui la placent près de Bethsan, au-dessous de Jezraël. III Reg., 1v, 12. Voir SARTHAN.
La paraphrase chaldaïque et la version syriaque suivent l'hébreu, et placent les deux villes dont nous venons de parler l'une auprès de l'autre. Les Septante, omettant le nom d'Adom, offrent une curieuse variante : (Et les eaux s'arrétérent... très, très loin, jusqu’à la région de Cariathiarim, » μακρὰν σφόδρα σφοδρῶς, ἕως μέρους Καριαθιαρίμ. Is ont dû lire alors : me’6d, me’ôd, « beaucoup, beaucoup, » au lieu de mé’ädäm, « à partir d'Adom. » Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, Appendix, p. 524, note 2, retrouve Adom dans sou de Ιζχριαθιαρίμ., avec la permutation si fréquente entre le daleth, 7, et le resch, =. Nous aimons mieux y voir la défiguration du mot Sartan. Cette hypothèse, qui peut s'expliquer avec les caractères phéniciens, semble confirmée par le manuscrit
ADLER — ADOMMIM
alexandrin, qui porte ici Σιαράμ. Cest pour cela que M. Tyrwhitt Drake, Palestine Expl. Fund, Quart. Statement, 1875, p. 81, et les auteurs de la carte anglaise Old and New Testament Map of Palestine, Londres, 1890, feuille 10, placent Sarthan à Tell es-Särem, un peu au-dessous de Beisan, l'ancienne Bethsan. Cet emplacement, plus conforme aux données de la Bible sur la même ville, correspond mieux aussi à la pensée exprimée par les versions grecque et latine, qui supposent nécessairement une certaine distance entre les deux endroits mentionnés dans Josué, ΠΙ, 16. La Vulgate, en eftet, suivant le geri, plus de vingt-cinq manuscrits signalés par Kennicott et de Rossi, et les plus importantes versions, traduit : « Depuis la ville qui est appelée Adom jusqu’au lieu nommé Sarthan. » Nos deux versions ont ainsi lu ‘ad, «jusqu'à, » au lieu de ‘êr, « ville. »
En somme, nous pouvons, jusqu'à meilleure äécouverte, retenir Tell Dämiéh comme emplacement d’Adom. À une assez faible distance de cette colline, au sommet de laquelle on distingue quelques débris de constructions antiques, se trouvent les restes d'un pont, dont une partie a été emportée par le courant, et dont il ne subsiste plus que cinq arches dégradées, sur la rive gauche. À ce point, le Jourdain, qui n'a guère plus de quarante mètres de large, peut, à certaines époques, être traversé à gué.
À. LEGENDRE
ADOMMIM (Montée d’) (hébreu : »na'‘aléh *’Adummîim; Septante : πρόσδασις ᾿Αδαμμίν; Vulgate : ascensio Adommim, Jos., XV, 7; ἀνάθασις Αἰθαμίν, ascensus Adornmin, Jos., XVII, 18), endroit mentionné deux fois seulement dans l'Écriture, comme limite entre la tribu de Juda au sud, et celle de Benjamin au nord. Jos., xv, 7; xvu1, 18. Il se trouvait sur la route qui montait de Galgala ou de la vallée du Jourdain vers Jérusalem, et était situé au sud d'un torrent. Jbid. Ces détails nous permettent de le reconnaître facilement dans le Tal'at ed-Dumm, sur le chemin de la ville sainte à Jéricho. Cette montée, que les Arabes appellent aujourd'hui ‘agabet er-Riha, «montée de Jéricho, » suivait jusqu'à ces dernières années une voie antique, aux pavés disjoints, et qui par intervalle s'élevait en escalier. Elle vient d'être modifiée et remplacée par une route carrossable, qui va de Jérusalem à Jéricho. Elle longe précisément, dans les contours qu'elle décrit de Jéricho à Adommim, les bords méridionaux de l'Oued el-Kelt, qui, à mesure qu'on s'élève, s'enfonce de plus en plus profondément entre deux murailles presque verticales de rochers gigantesques. Voir la carte de la tribu de Benjamin.
Cet endroit s'appelait encore, au temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, Μαληδομνεί, Maledomim, abréviation évidente des mots hébreux ma‘üléh *Adummim. Onomasticon, Gœættingue, 1870, p. 219, au mot ᾿Αδωμμείμ. Saint Jérôme, développant le passage d'Eusébe, nous donne les détails suivants : « Adommim,.… lieu appelé jusqu'à présent Maledomim; en grec, ᾿Ανάθασις Πύῤῥων; en latin, Ascensus Ruforum sive Rubentium, « montée des « Rouges, » à cause du sang qui y est fréquemment versé par les voleurs... Il y ἃ là un poste militaire destiné à protéger les voyageurs. Ce lieu sanglant est mentionné par le Seigneur dans la parabole de l'homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho. » Liber de situ et nominibus locorum heb.,t. ΧΧΠῚ, col. 870. L'étymologie proposée par le saint docteur semble, suivant M. V. Guérin, confirmée par le nom de Qala‘at ed-Demim, «château du sang, » donné à un petit fort dont on voit les restes sur une colline, à moitié route. Ce fortin, décrit par le savant explorateur, Description de la Palestine, Samarie, τ. τ, p. 156, occupe très probablement l'emplacement du poste militaire, le φρούριον d'Eusèbe, le castellum malilum de saint Jérôme, qui s'élevait dans le village d'Adommim. Cependant plusieurs auteurs expliquent ce nom avec plus de vraisemblance par une raison purement géologique : il viendrait, d'après eux, de quelques roches d'un rouge
assez vif, qui tranche sur le ton jaunâtre ou blanchätre de tout le terrain environnant. De Saulcy, Voyage en Terre Sainte, t. 1, p. 193; Riehm, Handwôürterbuch des Diblischen Altertums, 1884, p. 30. On trouve dans le même endroit un grand caravansérail destiné à héberger les voyageurs, et appelé Khan el-Hatrour ; c’est là qu’une fort ancienne tradition place « l'hôtellerie » où, d’après la parabole de Notre-Seigneur, le bon Samaritain fit soigner un homme dépouillé par des voleurs, et laissé par eux à demi mort. Luc., x, 30-35. A. LEGENDRE.
ADON, localité de la Chaldée d’où venaient quelquesuns des Juifs qui étaient retournés en Judée avec Zorobabel, et qui furent hors d'état de prouver leur origine israélite par les tables généalogiques. I Esdr., 11, 959; II Esdr., vu, 61. Dans le premier passage, le texte massorétique porte ’Addän; dans le second, ’Addôn. Les Septante transcrivent ‘Hèdy et Ἡρών. La Vulgate écrit Addon, IT Esdr., vi, 61. — Le mot Adon ne diffère que par la ponctuation, dans l'original hébreu, du nom d'Éden, qui est celui d'une ville mentionnée par les prophètes. Is., XXXVII, 12 ; Ezech., xxvu, 23; cf. Amos, 1, 5; IV Reg., xIx, 12. Voir ÉDEN 2. — Quelques commentateurs ont pris à tort Adon ou Addon pour un nom d'homme.
ADONAÏ (hébreu : 553, ’Adônäâi), un des noms de Dieu dans la Bible hébraïque. Il signifie « mon Seigneur », mon maitre. D’après la prononciation massorétique, que nous trouvons aussi dans la Vulgate, Exod., vi, 3; Judith, XVI, 16, ce mot ἃ la forme plurielle (le singulier est "’Adôni): c’est un pluriel de majesté, les Hébreux, par respect pour la Divinité, mettant son nom au pluriel, comme ils le faisaient dans ’Elohim, forme plurielle fréquemment employée pour désigner Dieu au singulier. Adonaïi n'est employé qu’au vocatif en s'adressant à Dieu, dans la Genèse, xv, 2,8; ΧΙ, 3, 27, 80, 32; χιχ, 18 : ce qui prouve qu'il ἃ été simplement d’abord un titre donné à Dieu, plutôt qu’un nom propre; mais, dans la suite, on en fit un véritable nom de Dieu, comme nous le voyons dans les prophètes. Is., vr, 1, etc. Les Juifs, considérant le nom de Jéhovah comme ineffable, s’abstiennent de le prononcer toutes les fois qu'ils le rencontrent dans le texte hébreu, et lisent à la place Adonaï. De là vient qu'ils ont donné au tétragramme divin n°, IHVH, les voyelles du mot Adonaï (voir JÉHOvAH); de là vient aussi que les Septante et la Vulgate portent Kÿproç et Dominus, « Seigneur, » là où l'original porte Jéhovah, parce qu'ils ont lu Adonaï, selon l'usage juif, et traduit la signification de ce mot en grec et en latin. Dans le passage célebre de l'Exode, VI, 3, saint Jérôme n’a pas employé le mot Dominus, mais il a mis Adonaï, conformément à la coutume des Juifs, quoique le texte original porte Jéhovah : « Nomen meum ADONAI non indicavi eis. » Ce n'est pas le nom d’Adonai, mais celui de Jéhovah, que Dieu n'avait pas expliqué aux patriarches comme il l’expliqua à Moïse dans l'Exode, 111, 14. Le langage de Dieu n’est donc pleinement intelligible dans ce passage qu'en recourant au texte hébreu. Il faut également consulter l'original en plusieurs autres endroits, pour savoir quel est le nom divin dont s'est servi l'auteur inspiré, parce que les traducteurs n’ont pas rendu les appellations bibliques d'une manière qui permette de les distinguer les unes des autres. C’est ainsi qu'on peut savoir seulement par lhébreu si le terme original, rendu par Dominus, «le Seigneur, » est Adonaï ou Jéhovah; la Vulgate, en effet, n’a que le mot Dorninus pour ces deux dénominations divines. Voir Abdias, 1, où Dominus Deus correspond à « Adonaï Jéhovah », et Hahb., it, 19, où Deus Dominus traduit « Jéhovah Adonaiï ». Sur l'importance exégétique et critique des noms de Dieu dans l'Écriture, voir Digu. F. VIGOUROUX.
ADONIAS, hébreu : ’Adôniyäh, Adéniyähü, « Jého-
Vah est mon Seigneur; » Septante : ᾿Αδωνίας.
ADOMMIM — ADONIAS 29%
1. ADORIAS (Septante: ᾿Αδωνίας, Opviu, ᾿Αδώνία), quatrième fils de David par Haggith, naquit à Hébron pendant le séjour qu'y fit David, et qui dura sept ans et demi, I Par., it, 2; IT Reg., 11, 4; de 1055 à 1048, selon la chronologie ordinairement reçue. Adonias avait donc quarante ans environ lors du coup de main qu'il tenta, vers la fin du règne de son père, pour s'emparer du trône. II Reg., 1, 5-53. Il se croyait dans son droit, car l'aîné des fils de David, Amon, et le troisième, Absalom, étaient morts; probablement aussi le second, Chéléab, Il Reg., 11, 3, appelé Daniel, 1 Par., 111, 1, dont il n’est rien dit dans l'histoire des rois. Cependant ses prétentions n'étaient pas incontestables; car, s’il est vrai que chez les Juifs la succession au trône était réglée par l'hérédité, Deut., xvrx, 20, il n'est pas moins certain qu'elle n’était pas toujours déterminée par la primogéniture. Quelquefois le roi, sentant sa fin approcher, choisissait lui-même, parmi ses fils, son successeur, II Par., ΧΙ, 22; et s’il est dit de Josaphat qu’il choisit l’un plutôt que l’autre parce qu'il était l'aîné, II Par., XXI, 3, cette remarque suppose que le roi avait la liberté et le droit de désigner entre tous ses enfants celui qui devait lui succéder. Ce droit, David pouvait en user légitimement, et préférer à Adonias un de ses fils plus jeunes. Du reste, ce n’était pas David qui avait désigné Salomon pour roi, mais Dieu lui-même, véritable roi d'Israël, Il Reg., vi, 12-16, et le prophète Nathan, au nom de Dieu, avait béni sa naissance, en déclarant qu'il était et qu'il s’appellerait Yedideyäh, «aimé de Jéhovah. » II Sam. (IT Reg.), χα, 25.
Adonias n'avait donc rien à prétendre ; il devait bien plutôt respecter comme un ordre de Dieu l'élection de son frère, de même que David pouvait, sans blesser la Justice , jurer à Bethsabée que Salomon et non un autre serait son successeur. III Reg., 1, 17. Adonias avait sans doute conscience du droit de son frère, car nous le voyons plus tard invoquer, non pas sa primogéniture, mais la faveur du peuple. II Reg., 11, 15. Malheureusement l’ambition fit taire en lui le sentiment du devoir, et dès lors, regardant Salomon comme un rival, il mit tout en œuvre pour le supplanter. Profitant de laffaiblissement où ül voyait son vieux père, il affichait des allures et un train de vie qui disaient assez ses prétentions au trône : il avait des chars, et cinquante coureurs le précédaient quand il sortait. Il imitait en cela son frère Absalom, Il Reg. xv, 1, dont le sévère châtiment aurait dù, au contraire, le maintenir dans le rang qui lui convenait. Comme Absalom, il se créa aussi un parti; car pour arriver au trône il lui fallait un acte public, une acclamation du peuple, et des partisans prêts à le soutenir par la force. Il recruta les principaux éléments de ce parti dans le petit groupe de mécontents qui s'était formé parmi les courtisans du vieux roi: Joab, neveu de David, autrefois généralissime des troupes royales, puis disgracié et destitué à cause de ses dispositions hostiles, ef. IL Reg., 11, 13-22; 111, 22-39; Abiathar, le grand prêtre, naguère si fidèle à son roi, qu'une basse jalousie à l'égard de Sadoc jetait dans le parti de la révolte, cf. 1 Reg., xx, 20-93; II Reg., xv, 24, et avec eux ses frères et plusieurs officiers royaux, qui voyaient sans doute leur intérêt dans l'avènement d'Adonias. ΠῚ Reg., 1, 9. Pour arriver à leurs fins, les partisans du prétendant préparèrent avec lui un plan qui était bien conçu, et qui n'échoua que grâce à la sagesse du prophète Nathan. Ils résolurent de s'appuyer, non pas sur un mouvement populaire directement provoqué contre Salomon, mais sur cet instinct aveugle qui porte les multitudes à acclamer quiconque ἃ eu l'audace de se poser en roi. Les chefs du mouvement furent secrètement convoqués dans un lieu appelé Zohéleth, et là 115 formèrent une assemblée ayant l'apparence d'une représentation nationale: le grand prêtre représentant l'élément religieux, les frères d’Adonias l'élément politique, Joab et les officiers l'élément militaire ; enfin un sacrifice de béliers, de veaux et d’autres victimes, donna à la manifestation un caractère sacré, qui ne pouvait
manquer d’'impressionner le peuple. (On pourrait cependant douter que ce fut un vrai sacrifice, et n'y voir qu'un banquet, si le sens naturel de l’hébreu vayyizebah, « sacrifier, » n’était pas clairement déterminé.)
Malheureusement pour Adonias, cette réunion n'avait pu se préparer sans que le bruit en vint jusqu'aux partisans du vieux roi. Le prophète Nathan observait tout. Ferme autant qu'il était habile, il laissa sans mot dire les conjurés se rendre au lieu désigné. Alors il parla, non pas à David, dont la volonté était trop affaiblie par l'âge, mais à une femme intéressée dans cette affaire, Bethsabée, mère de Salomon. Bethsabée, sur le conseil de Nathan, alla trouver David, lui raconta ce qui se passait, lui rappela son serment en faveur de Salomon; puis, comme elle achevait, et avant que le roi eüt pu répondre, le prophète lui-même entra en scène, fit le même récit, plaida la même cause, lança l'interrogation décisive : € Tout cela se ferait-il par ordre royal? Α cette apostrophe, David comprit toute la gravité de la situation, et prit aussitôt les mesures qui devaient déjouer l'intrigue sans verser une goutte de sang. Le festin s'achevait, après le sacrifice, à l'assemblée de Zohéleth; les convives excités allaient en venir à l'acte suprême, la proclamation d’Adonias comme roi d'Israël, quand un bruit confus de voix et d'instruments se fit entendre. Au milieu de ce tumulte, le vieux Joab reconnut les accents de la trompette guerrière qui autrefois sonnait ses victoires. Tous furent saisis d’étonnement et d’inquiétude; cependant personne ne se rendait encore exactement compte de ce qui se passait, lorsque Jonathas, lui aussi traître au roi après tant de bons services, IL Reg., XV, 96; xvI1, 17, entra, le visage bouleversé. Il raconta que David venait d'envoyer Sadoc, Nathan, Banaïas, avec la garde royale, composée de Céréthiens et de Phélétiens, à la fontaine de Gihon, ef. II Par., xxx11, 80; xxxu1, 14, voir GIHON ; qu'ils emmenaient avec eux Salomon monté sur la mule du roi, marque du plus grand honneur, cf. Gen., xLI, 43; IV Reg, x, 16; Esth., vi, 8; qu'enfin, arrivés au lieu désigné, Sadoc et Nathan avaient sacré le rival d’Adonias comme roi d'Israël, et qu'à cette vue tout le peuple, qui avait suivi le cortège depuis Sion, avait acclamé l'oint du Seigneur en criant : «Vive le roi Salomon ! » Au moment où il parlait, la cité, ajoutait-il, éclatait en transports, tandis que le cortège conduisait Salomon prendre possession du trône de son père. À ces paroles, une frayeur mortelle s'empara des conjurés : ils s’enfuirent. Pour Adonias, il mit tout son espoir dans la sauvegarde qu'assurait aux criminels le sanctuaire de Jéhovah, et, courant à Sion, il pénétra jusqu’à l'autel des holocaustes, et saisit un des quatre coins ou cornes en bois revêtues de bronze, qu'on teignait du sang des victimes dans les sacrifices. Exod., xxvi1, 2; xxIX, 12. Digne de mort par son crime de lèse-majesté, Adonias dut la vie à la grandeur d'âme du nouveau roi, qui le laissa vivre en paix, lui promettant une sécurité parfaite, s'il se conduisait sagement. IT Reg., 1, 52.
Adonias promit tout, mais il ne tint pas ses promesses. Le vaincu emportait dans son cœur une insatiable ambition; elle le conduisit à tramer contre Salomon de nouveaux complots. Il forma cette fois le dessein d'obtenir par ruse ce qu'il n'avait pu conquérir par force. En Orient, prendre les femmes du roi défunt, c'était affirmer son droit au trône. Cf. II Reg., χα, 8; xvi, 20-93. C’est ainsi que nous voyons en Perse le faux Smerdis prendre les femmes de Cambyse, dont il prétendait étre le frère et le successeur, et de même Darius prendre celles du faux Smerdis, après l'avoir vaincu. Hérodote, 111, 68, 88. Dans ce dessein, Adonias, après la mort de David, son pére, jeta les yeux sur Abisag la Sunamite, qui avait rang d'épouse parmi les femmes du vieux roi. Voir APISAG. Insidieusement il obtint de Bethsabée qu'elle parlât en sa faveur à Salomon, et demandät pour lui la Sunamite. Si celui-ci eùt été moins clairvoyant, c'en était peut-être fait de sa couronne; mais, plus prudent que sa mére, il vit le
ADONIAS — ADONIBÉZECH
piège, et jura par deux fois que celui qui avait abusé à ce point de sa clémence subirait la mort. Sur l'heure, il envoya le chef de sa garde, Banaïas, exécuter la sentence, et ainsi périt misérablement Adonias.
Les rationalistes ont blämé la conduite de Salomon, en disant que le châtiment était excessif et injuste. Il ne l'était point, si on le juge d’après le milieu et le temps dans lesquels il s’accomplit; la raison d'État et l'intérêt publie exigeaient celte sévérité. Adonias ne succomba pas uniquement à cause de sa naissance, comme tant d’autres frères de rois massacrés en Orient, au commencement d'un nouveau règne, sans qu'on ait aucune faute à leur reprocher ; il était coupable d’un double crime qui méritait la mort. Salomon, en ordonnant son exécution, ne fit que défendre sa couronne et même sa vie; personne ne peut raisonnablement lui en faire un reproche. On ne peut davantage s'arrêter à l’objection qu'a faite M. Reuss, prétendant qu'Adonias ἃ été excusé et justifié par l’auteur du troisième livre des Rois, 1, 6 : € Son père [ David] ne le reprit jamais [de son faste]. » Il est manifeste que l'intention de l’auteur n’est point de donner le silence de David pour une approbation, mais plutôt pour un signe de sénilité.
On loue avec raison le talent littéraire de l'auteur sacré, qui ἃ décrit d'une manière très dramatique les deux scènes de l'assemblée de Zohéleth et de la démarche de Bethsabée. Quant au héros de cet épisode, il demeure comme un type d’orgueil insolent dans le succès, de bassesse et de lâcheté dans le danger, d'hypocrisie et de mensonge dans toutes ses démarches. Israël put bénir son Dieu de lui avoir épargné l'épreuve d’un tel règne en préférant Salomon à Adonias. P. RENARD.
2. ADONIAS, lévite, député par le roi Josaphat pour instruire le peuple et le retirer de l'idolâtrie, IL Par., XVII, 8.
3. ADONIAS, un des chefs du peuple qui, au temps de Néhémie, signèrent le renouvellement de l'alliance avec le Seigneur. II Esdr., x, 16.
ADONIBÉZECH (hébreu : ’Adôni-bézég, « maitre de Bézec; » Septante : "Adww£et£x), roi chananéen dont l'autorité s’étendait sur la ville de Bézec, située à l'ouest du Jourdain et, selon plusieurs, différente de la ville du même nom où Saül fit le dénombrement de ses forces. I Reg., x1, 8. Voir BÉzEc. Le nom d'Adonibézech est peut-être un simple titre commun à tous les souverains de cette localité. Au moment où les Hébreux pénétrèrent dans le pays de Chanaan, Adonibézech était à l'apogée de sa puissance. Vainqueur de tous les chefs de tribus du voisinage, il avait abusé de ses succès au point de leur faire couper les extrémités (hébreu : behônôt, «les pouces ; » Septante : τὰ ἄχρα) des mains et des pieds : châtiment plus humiliant que la mort pour des guerriers dont la vie était de manier le glaive et de marcher à l'ennemi. De ces princes ainsi mulilés, Adonibézech faisait des esclaves, auxquels il n'épargnait aucun mauvais traitement, jusqu'à les obliger à venir prendre leur nourriture sous sa table, où il leur Jetait ses restes. Jud., 1, 7; cf. Matth., xv, 27. Sa puissance toutefois ne fut pas capable de résister à l'attaque des deux tribus réunies de Juda et de Siméon, Jud., 1, 3, qui le mirent en fuite, l'assiégérent dans sa capitale, le firent captif et lui infligèrent le même châtiment qu'il avait fait subir aux rois naguère vaincus par lui, Jud., 1, 6, Ainsi mutilé, il assista à la prise de Jérusalem, puis fut amené à la suite du vainqueur dans la ville prise, où il mourut en confessant avec humilité que son châtiment était une juste vengeance de Dieu, Jud., 1, 7, sans qu'il soit démontré par là, comme le soutient Serarius, qu'il eut la connaissance du vrai Dieu. On pourrait penser que le chiffre de soixante-dix, qui désigne le nombre de rois vaincus par Adonibézech, Jud., 1, 7, est un chiffre rond
pour signifier un grand nombre; car, en additionnant les rois que Josué combattit en Chanaan, on ne peut guère en trouver plus de trente ; mais ce nombre pourtant devient acceptable, si l’on fait rentrer dans ces meläkim les chefs des tribus nomades, très nombreuses dans le pays de Chanaan et à l’est du Jourdain. P. RENARD.
SA
ADONICAM {hébreu : ’Adôniqgäm, « le Seigneur assiste, » ou « le maitre de l'ennemi; » Septante : *AGwvan), chef de famille dont les enfants revinrent de la captivité avec Zorobabel, au nombre de six cent soixantesix, 1 Esdr., 11, 13, ou six cent soixante-sept. II Esdr., ve, 18; cf. 1 Esdr., vint, 18.
ADONIRAM (hébreu : ’Adôniräm, « mon seigneur est élevé; » Septante : ’Aîwwpay), intendant des tributs