II. DEUXIÈME PÉRIODE. GUERRES DE DAMAS A VEC ISRAËL
et l'assyrie. — Voici, pour l'intelligence de cette époque, la liste des rois de Damas, tels qu'ils nous sont connus par la Rible et par l'épigraphie assyrienne, d’après G. Smith, The Assyrian Eponym Canon, p. 191 :
Noms. Dates. Contemporains de
Bazon ( Rasin Ier). 990-970 Salomon; 111 Reg., xi, 23-25;
appelé Hézion 111 Reg., xv, 18.
Tabrémon 970-950 Jéroboam Ier; III Reg., xv, 18.
Bénadad Ier. . . . 950-930 Baasa; III Reg., xv, 18-20.
Roi dont le nom
est inconnu. . . 930-910 Amri; III Reg., xx, 34.
Bénadad II 910-886 Achab; III Reg., xx.
Hazaël Ier 886-857 Jéhu ; IV Reg., vm, 9.
Bénadad III. . . . 857-844 Joachaz ; IV Reg., xm, 3;
Inscription de Salmanasar.
(Hazaël II 844-830) Joachaz et Joas ; IV Reg.,
xii, 17; xm, 22.
(Bénadad IV. . . . 830-800) Joas et Jéroboam II ; IV Reg., xm, 24.
Mariha 800-770 Jéroboam II; Inscription de
Rammannirar III.
Hadara (?) 770-750 Manahem ; Inscription de
Théglathphalasar III (Extract xvi, 11).
Rasin II 750-732 Phacée; IV Reg., xv, 37;
Inscriptions de Théglathphalasar III.
M. Smith fait suivre, non sans raison, ce tableau en partie hypothétique des réflexions suivantes : « Les deux rois les plus douteux dans cette liste sont Hazaël II et Bénadad IV ; il est possible qu’ils ne soient que des dédoublements de Hazaël Ier et de Bénadad III. » La date des premiers rois n’est pas non plus exacte. Cf. F. Vigouroux, La Rible et les découvertes modernes, t. iii, p. 457-458.
Sous les descendants de Razon, la puissance de Damas s'accrut au point que les deux royaumes d’Israël et de Juda, dont elle était pourtant l’ennemie naturelle, se disputèrent son amitié. C'est ainsi qu’«Asa, prenant tout
l'argent et l’or qui étaient restés dans les trésors de la maison du Seigneur et dans les trésors du palais du roi, les mit entre les mains de ses serviteurs, et les envoya à Bénadad, fils de Tabrémon, fils d’Hézion, roi de Syrie, qui demeurait à Damas, et lui fit dire : 11 y a alliance entre vous et moi, comme entre mon père et le vôtre. C’est pourquoi je vous ai envoyé des présents, de l'argent et de l’or; et je vous prie de venir et de rompre l'alliance que vous avez avec Baasa, roi d’Israël, afin qu’il se retire de dessus mes terres. Bénadad, s’étant rendu à la prière du roi Asa, envoya les généraux de son armée contre les villes d’Israël, et ils prirent Ahion, Dan, Abel-Beth- Maacha, et toute la contrée de Cennéroth, c’est-à-dire toutes les terres de Nephthali ». III Reg., xv, 18-20;
II Par., xvi, 2-4. Cette puissante diversion sur la frontière nord d'Israël força Baasa d’abandonner ses conquêtes temporaires dans la partie septentrionale de Juda. Mais une telle alliance, conclue avec un roi païen, déplut à Dieu, qui par la bouche d’un prophète adressa de graves reproches à Asa. II Par., xvi, 7-9.
Le prophète Elie reçut un jour du Seigneur l’ordre d’aller à Damas et de sacrer Hazaël roi de Syrie. III Reg.,. xix , 15. Cette mission ne fut remplie que plus tard , et par Elisée, IV Reg., vm, 7-15; mais le prince syrien n’en fut pas moins dès lors désigné comme le futur instrument des vengeances divines, III Reg., xix, 17, et son glaive devait, en effet, être terrible pour le royaume d’Israël. Cf. IV Reg., viii, 28-29; x, 32-33; xm, 3. Cependant Samarie, à peine fondée par Amri, avait vu un de ses quartiers occupé par les Syriens, sous le successeur de Bénadad Ier, dont le nom est inconnu. III Reg., xx, 34. Bénadad II vint l’assiéger, sous Achab, avec trente-deux dynastes, ses vassaux, et une nombreuse armée. Vaincu, il recommença la guerre un an après; mais, battu de nouveau et fait prisonnier à Aphec, il sut fléchir son vainqueur et en obtenir une paix honorable. Entre autres conditions, il proposa de lui rendre certaines villes enlevées précédemment, et lui permit « de se faire des places publiques dans Damas », c’est-à-dire probablement d’y occuper, pour le commerce, certains emplacements ou des rues qui appartiendraient en propre aux Israélites. Achab accepta ses propositions avec une étonnante légèreté, sans consulter celui qui lui avait donné la victoire.
III Reg., xx. Peut-être cependant le roi d’Israël, alors inquiet des progrès menaçants de la puissance assyrienne,, et en particulier des excursions d’Assurnasirabal sur le littoral de la Méditerranée, était -il bien aise de ménager le roi de Damas, qui devait servir de rempart à son royaume contre les attaques de ces nouveaux ennemis. Si le texte sacré ne nous dit pas que l’alliance fut faite dans ce but, cela résulte des documents assyriens. Bénadad Il régnait quand Salmanasar II monta sur le trône d’Assyrie. C’était le plus puissant prince à l’ouest de l’Euphrate; la ligue dont il était le chef comprenait douze rois, parmi lesquels Irkulini de Hamath et Achab d’Israël. Cette confédération entreprit d’arrêter le monarque de Ninive dans sa marche triomphante vers l’occident. Celui-ci nous raconte, dans une inscription, la victoire qu’il remporta sur elle. Voici ce qu’il dit sur Damas et Israël :
« 90. ...Il réunit à son secours 1 200 chars, 1200 cavaliers et 20000 hommes de Benhadar
« 91. de Damas (du pays d’imerisu), 700 chars, 700 cavaliers et 10000 hommes d’Irkulini de Hamat, 2000 chars et 10 000 hommes d’Aehab
« 92. d’Israël ( Sirlaai ), etc.
« 95. ...Ces douze rois ensemble se liguèrent...
« 97. ...De Karkar à Gilzau j’achevai leur défaite : 14000 hommes
« 98. de leurs troupes je tuai. »
Cf. CuneiForm Inscriptions of Western Asia, t. iii, pl. 8; Kurlih Monolilh, Reverse, 1. 78-102; E. Schrader, Die
DAMAS
Keilinscliriften und das Altc Testament , p. 193-198; A. Amiaud et Y. Scheil, Les inscriptions de Salmanasar II, p. 40-41 ; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. ni, p. 458-461. Achab profita sans doute de cet échec pour rompre son alliance avec Bénadad. Après trois années de paix entre la Syrie et Israël, III Reg., xxii, 1, la guerre recommença à propos de Ramoth- Galaad, et c’est sur ce champ de bataille que mourut Achab'. III Reg., xxii, 1-37. Son fils et successeur, Ochozias, fut probablement obligé par Bénadad, comme condition de paix, de fournir son contingent à la ligue formée par les puissances de l'Asie occidentale contre le redoutable empire de Ninive. Il dut donc être l’un des douze princes alliés contre l’Assyrie dont parlent les inscriptions de Salmanasar. Il en fut de même pour Joram, son frère, qui lui succéda au bout de deux ans, et qui dut être au nombre des rois vaincus, avec Damas, par le monarque assyrien, la dixième, la onzième et la quatorzième année de son règne. Cf. E. Schrader, Die Keilinschriften und das A. T., p. 202; Amiaud et Scheil, Les inscriptions de Salmanasar II, p. 52-57; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. ni, p. 475-477. Il avait cependant été d'abord en bons termes avec Bénadad, comme le prouve la lettre de recommandation que lui écrivit ce dernier en faveur de Naaman, le chef de son armée, bien que la façon dont la reçut le roi d'Israël nous montre aussi ses sentiments de défiance à l’égard de son puissant et exigeant voisin. IV Reg., v, 5-7. On sait comment l’officier lépreux, d’abord irrité et humilié qu'Élisée préférât les eaux du Jourdain à celles des « lleuves de Damas, l’Abana et le Pharphar », trouva la guérison dans le fleuve sacré, en s’y lavant sept fois. IV Reg., v, 10-14. Voir Abana. Plus tard, le prince syrien forma un plan d'invasion du royaume d’Israël. Anéanti une première fois, le projet fut repris, et le roi de Damas vint assiéger Samarie, qui fut réduite aux horreurs de la famine; mais une panique miraculeuse mit son armée en déroute. IV Reg., vi, 8-33; vu, 1-16. Bénadad, malade, touchant à sa fin, envoya un de ses principaux officiers, llazaël, consulter sur sa guérison Élisée, qui se trouvait alors à Damas. 11 lit présenter au prophète, sur quarante chameaux, de riches présents, « tous les biens de Damas, » c’est-à-dire ses plus beaux produits et les objets les plus précieux que renfermaient ses entrepôts. L’homme de Dieu prédit la mort du roi, la prochaine élévation d’Hazaël au trône, et les cruels traitements que celui-ci infligerait aux enfants d'Israël. Bientôt, en effet, l’officier assassinait son prince et régnait à sa place. IV Reg.,vm, 7-15.
Joram semble avoir mis à profit ce qui se passait à Damas pour fortifier sa frontière orientale et reprendre Ramoth-Galaad. llazaël se vengea de la perte de cette ville en battant les Israélites dans les environs de Ramoth et blessant le roi dans le combat. IV Reg., vin, 28. Jéhu, qui succéda à Joram, chercha dès le commencement à :e prémunir contre les attaques des Syriens, et, inaugurant la politique fatale que devait suivre plus tard Aehaz, roi de Juda, il implora contre Hazaël la protection de Salmanasar II, et s’assura son appui en lui payant tribut. C’est ce que nous permettent de croire les inscriptions cunéiformes, qui nous racontent la campagne du roi de Ninive contre llazaël, peu de temps après l’avènement de ce dernier au trône. Cf. Bull Inscription, Cuneiform Inscript, of West. Asia, t. ni, pl. 5, n° 6; E. Schrader, Die Keilinscliriften und das A. T., p. 209-210; Amiaud et Scheil, Les inscript. deSalm., p. 58-61; F. Vigouroux, La Bible et les découv. mocl., p. 482. L’obélisque de Nimroud mentionne brièvement une dernière campagne de Salmanasar contre llazaël, la vingt et unième année de son règne. Cf. Black Obelisk, Layard, Inscriptions, pl. 92, 1. 102-104; Schrader, p. 207; Amiaud et Scheil, p. 60-61; F. Vigouroux, p. 484. Le roi de Damas fut, suivant la prédiction d'Élisée, le constant ennemi d’Israël et lui
causa les plus grands maux, principalement sur les frontières orientales, qui étaient en contact avec la Syrie, « depuis le Jourdain, vers l’orient, [il ruina] tout le pays de Galaad, de Gad , de Ruben et de Manassé, depuis Aroër qui est le long du torrent d’Arnon, et Galaad et Basan. » IV Reg., x, 33. C’est ainsi que Damas se vengeait des défaites essuyées et punissait Jéhu de s’être reconnu vassal du grand roi. Elle fit également une expédition contre le royaume de Juda, et Joas obtint la paix à prix d’argent. IV Reg., xn, 17, 18; II Par., xxiv, 23, 24.
Cependant, à mesure que la puissance ninivite se développait, le pouvoir de Damas s’affaiblissait. Il déclina surtout sous Bénadad III, fils et successeur d’Hazaël, prince faible, qui n’avait ni la valeur ni l’habileté de son père. Du reste les crimes de ce dernier, qui « affligea Israël pendant tous les jours de Joachaz », fils de Jéhu, IV Reg., xiii, 22, criaient vengeance, et le berger de Thécué, Amos, i, 3-5, lui prédit le châtiment qui l’attendait. L’Assyrie, par les armes de Rammanirar III, accomplit en partie cette prédiction , en dévastant la ville. Cf. Cuneiform Inscriptions of West. Asia, t. i, pi. 35, 1. 1-21; E. Schrader, Die Keilinscliriften , p. 212-216; F. Vigouroux, La Bible et les découv. inod., t. m, p. 488. En attendant que Théglathphalasar 111 en achevât l’exécution, Jéroboam II, roi d’Israël, sut mettre à profit l’affaiblissement de la puissance syrienne, pour reconquérir l’est du Jourdain et pour faire cette pointe contre Damas dont il est question IV Reg., xiv, 28.
Le dernier roi cité dans notre liste, Rasin II, tributaire de Théglathphalasar III , mais toujours prêt à se révolter contre l’Assyrie, se ligua avec Phacée, roi d’Israël, et tous deux cherchèrent à s’emparer de la Judée, pour se la partager, et peut-être faciliter ainsi l’attaque du pharaon, leur allié, contre le monarque ninivite. Ils avaient commencé à inquiéter Juda vers la fin du règne de Joatham, fils d’Ozias. IV Reg., xv, 37. Aehaz, son fils et successeur, jeune encore, faible et sans caractère, se voyant assailli de tous côtés, se laissa aller au découragement malgré les assurances dTsaïe, vu, 1-9, qui annonçait que bientôt « la force de Damas » serait enlevée, et montrait déjà l’invasion assyrienne, vin, 4. Cependant les deux confédérés avaient infligé à Juda des pertes sanglantes. II Par., xxviii, 5, 6. Ils étaient allés mettre le siège devant Jérusalem, qui avait résisté à leurs efforts. IV Reg., xvi, 5; Is., vu, 1. Isaïe disait, en effet, au roi de ne pas craindre « devant ces deux bouts de tisons fumants », que « Damas, capitale de la Syrie », ne remplacerait point Jérusalem pour le royaume de Juda. Is., vu, 4, 8. Mais Aehaz , effrayé de la puissance de ses ennemis et ne comptant que sur les ressources de la politique humaine, implora le secours de Théglathphalasar III, en lui envoyant l’argent et l’or qu’il put trouver dans le Temple et dans ses propres trésors. IV Reg., xvi, 7; Il Par., xxviii, 16. Cette requête servait à merveille les desseins du monarque assyrien, qui rêvait précisément de soumettre à son pouvoir toute l’Asie occidentale. Il partit, en 734, à la tète d’une armée considérable, et tailla en pièces les troupes alliées. Dans une inscription, il raconte comment les chars du roi de Damas furent détruits, et les divers corps de son armée, cavaliers, archers, lanciers, faits prisonniers. Le prince lui -même, « pour sauver sa vie, s'enfuit seul, et, semblable à une gazelle, dans la porte de sa ville il entra. » Ses généraux, pris et empalés, furent exposés en spectacle à leur pays. Damas fut assiégée, et le roi enfermé « comme un oiseau dans sa cage ». Les plantations d'arbres et de roseaux furent saccagées, et « seize districts de Damas comme une inondation furent balayés ». Cf. A. Layard, Inscriptions in tlie cuneiform character, plate 72; E. Schrader, Die Keilinscliriften und das A. T., p. 261-263; F. Ahgouroux, La Bible et les découv. mod., t. iii, p. 521. Cependant le vainqueur ne put se rendre tout de suite maître de la ville. Laissant autour d'elle une partie de ses troupes, il alla châtier les
DAMAS
alliés de Rasin. Il revint ensuite consommer la ruine de celui-ci, chef de la confédération, désormais isolé. Il lui fallut deux ans pour réduire complètement Damas. Après un long siège, elle succomba; Rasin fut tué, et les habitants furent transportés à Kir. IV Reg. , xvi , 9. Alors Achaz alla rendre hommage à son suzerain dans la ville conquise, et, ayant vu un autel païen, peut-être un de ceux que les rois d’Assyrie emportaient avec eux dans leurs expéditions pour y offrir leurs sacrifices, il en fit faire un semblable, qu’il établit dans la cour du Temple, à Jérusalem. IV Reg., xvi, 10-12.
ni. troisième période, décadence. — Combien de temps Damas resta-t-elle sous le coup de cette humiliation? nous ne savons. Mais, une fois relevée, elle devait encore subir des jours mauvais. Elle reçut, comme les autres tributaires de l'Asie occidendale, les sommations de Nabuchodonosor (Assurbanipal), Judith, I, 7, et un jour Holopherne « descendit dans la plaine de Damas, aux jours de la moisson du froment , et il mit le feu à tous les champs, et il enleva les brebis et les bœufs, et il pilla leurs villes, il ravagea leurs campagnes, et il fit passer tous les jeunes gens au fil de l’épée ». Judith, Ji, 27 (texte grec). La Vulgale, il, 17, ajoute qu’ « il fit couper tous leurs arbres et leurs vignes ». Et d’autres épreuves l’attendaient dans la suite. De même qu’Isaïc avait autrefois annoncé qu’elle cesserait d’être une ville, qu’elle serait comme un monceau de pierres en ruines, perdant la royauté, comme Ephraïm perdrait tout appui, Is., xvii, 1, 3, ainsi Jérémie la contemplait plus tard en proie à une indicible douleur, xlix, 23-27. Quand et comment s’accomplirent ces prédictions? Aucun monument ne l’indique. On peut croire cependant que les Chaldéens furent pour elle ce qu’avaient été les Assyriens. Ézéchiel néanmoins nous la montre, xxvii, 18, faisant avec Tyr un important commerce de « vin d'Helbon » {d’après l'hébreu; voir Helbon) et de « laines d’une couleur exquise ». Le même prophète la cite plusieurs fois dans sa description des nouvelles limites de la Terre Sainte, xlvii, 16, 17, 18; xlviii, 1. Enfin une parole de Zacharie, ix, 1, nous fait voir que la colère divine n’était pas encore apaisée à cette époque et pesait toujours sur la ville.
Damas va maintenant suivre les vicissitudes des différents empires qui se succéderont en Asie. Après une éclipse momentanée, elle reprit une place brillante, et Strabon, xvi, p. 756, trad. franc., Paris, 1805-1819, t. v, p. 219, nous dit qu’elle était une des villes les plus remarquables de la Syrie au temps de la domination des Perses. Avant la bataille d’issus, Darius y envoya, pour plus de sécurité, une bonne partie du trésor royal. Après cette bataille (333 avant J . - G . ) , la Syrie tomba tout entière au pouvoir d’Alexandre, et Damas fut livrée à Parménion. A l’époque des Séleucides, Antioche seule lui disputa le premier rang. C’est pendant les démêlés qui agitaient le trône de Syrie que Jonathas put pousser ses expéditions jusqu’à la Damascène. I Mach., xi, 62; xii, 32. Vers l’an 112 avant J.-C., la grande cité devint la capitale du roi Antiochus IX Cyzizène, dont les possessions comprenaient la Phénicie et la Cœlésyrie. Voir Cœlésyrie, col. 820. Ensuite Démétrius Eucœrus, le quatrième fils de Gryphus, avec l’aide de l’Égypte se fit reconnaître roi de Damas, et, l'an 88, appelé par les Juifs, il envahit la Palestine et défit Alexandre Jannée à Sichem. Josèphe, Ant. jud., XIII, xm, 4; xiv, 1. Renversé à son tour par son frère Philippe, allié des Parthes, il mourut en captivité. Josèphe, Ant. jud., XIII, xiv, 3. Son autre frère, Antiochus XII Dionysus, régna en Syrie pendant trois ans; mais il périt dans une bataille contre Arétas III Philhelléne, roi des Arabes (851, qui devint roi de Damas. Josèphe, Ant. jud., XIII, xv, 1, 2. Plus tard, la ville tomba aux mains de Tigrane, roi d’Arménie, et fut ensuite conquise par le général romain Métellus. Josèphe, Ant. jud., XIV, ii, 3. Pompée y reçut, l'an G 4 , les am-
bassadeurs et les présents des princes voisins, et, en 63, la Syrie fut réduite en province romaine. Josèphe, Ant. jud., XIV, iii, 1. C’est là que le jeune Ilérode rendit visite au proconsul Sextus César et obtint de lui le territoire de la Béqâ'a, entre le Liban et l’Anti- Liban. Bien que Damas ne fit point partie de son royaume, il y fit néanmoins construire un théâtre et un gymnase. Josèphe, Bell, jud., I, xxi ,11.
Damas subit naturellement l’influence de la civilisation gréco- romaine, qui dut y jeter des racines plus profondes que chez les Juifs, opposés à toute innovation païenne. Ceux-ci y formaient toutefois une importante colonie, comme le montre l’histoire de saint Paul. Si, en elfet, la brillante cité est célèbre dans l’Ancien Testament, elle l’est aussi dans le Nouveau par la conversion et la première prédication du grand Apôtre. Elle était à ce moment gouvernée par Arétas IV Philodème, roi des Arabes, qui y avait établi un ethnarque pour l’administrer. Les Nabatëens avaient étendu jusque-là leur royaume. Voir Arétas 2, t. i, col. 943. La communauté juive y avait alors une grande puissance. D’après Josèphe, Bell, jud., II, xx, 2, on comptait parmi les Israélites qui l’habitaient dix mille hommes en état de porter les armes, ce qui suppose une population totale de cinquante mille Juifs environ. Leur influence était telle, qu’ils avaient attiré presque toutes les femmes au culte de Jéhovah. Josèphe, Ant. jud., XVIII, v, 1, 3. C’est donc dans des vues politiques, pour gagner le corps le plus considérable de la cité, qu’ Arétas lui avait. octroyé les libertés dont jouissait Israël dans tout l’empire romain, lui attribuant une véritable autonomie, des tribunaux qui décidaient des questions religieuses et possédaient la puissance coercitive, tout en relevant de Jérusalem. C’est ce que nous montrent les instructions dont se munit saint Paul pour les synagogues de Damas, Act., ix, 2; xxii, 5; il savait aussi qu’au besoin les officiers d’Arétas lui prêteraient main -forte : il devait lui -même en faire plus tard l’expérience au péril de sa vie. On sait comment le lion fut changé en agneau , « comme il approchait de Damas. » Act., ix, 3; xxii, 6; xxvi, 42. Pour le lieu probable de cette conversion, cf. V. Guérin, La Terre Sainte, t. i, p. 409. Introduit dans la ville, et logé chez Jude, dans la rue Droite, Act., ix, 11; xxii, 10, 11, il y reçut le baptême des mains d’Ananie, puis se mit à prêcher Jésus- Christ, confondant les Juifs par la force et l’éclat de sa parole. Act., ix, 8-22; xxvi, 20. Exposé à leur haine et à de pressants dangers, appelé d’ailleurs à la solitude par la voix du divin Maître, il quitta Damas et se retira en Arabie. Mais il revint ensuite, Gai., I, 17, et parut de nouveau dans les synagogues , pour y annoncer la doctrine du Sauveur. Aux arguments irréfutables de leur ancien coreligionnaire, les Juifs répondirent par la violence, et cherchèrent par toute sorte d’embûches à mettre à mort le vaincu de Jésus, qui devenait leur vainqueur. Pour s’en emparer sûrement, ils firent garder nuit et jour les portes de la ville, Act., ix, 24, aidés dans leurs poursuites par l’ethnarque d’Arétas. II Cor., xi, 32. C’est alors que les disciples de l’Apôtre « le prirent et, durant la nuit, le descendirent dans une corbeille, par une fenêtre, le long de la muraille ». Act., ix, 25. Malgré cela, le christianisme ne tarda pas à faire des progrès à Damas, qui fut plus tard le siège d'un évêché, le second du | patriarcat d'Antioche. Mais là s’arrête pour nous l’histoire de la ville.
Nous avons vu, en parcourant Damas, les souvenirs qui restent de l'époque gréco - romaine , les plus anciens constatés jusqu’ici ; car l’étude archéologique de la ville est encore à faire. Les traditions relatives à saint Paul s’y sont maintenues, malheureusement avec un caractère d’authenticité que nous aimerions à voir mieux affermi, en ce qui concerne la détermination des lieux historiques. Nous avons un assez grand nombre de monnaies de Damas, autonomes ou non, avec ou sans date. 11 y en a