‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 10 sur 485 · II · texte numérisé non relu

II

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israélites qui s’étaient abrités dans sa demeure, adossée au rempart. Jos., n, 15. En face de cette porte, quelques noyers ombragent une petite coupole désignée comme le tombeau de saint Georges, le soldat qui, chargé de garder la tour, aurait favorisé l'évasion de saint Paul et aurait été martyrisé pour cela. Un peu plus loin, près des vestiges d’une voie romaine et d'un cimetière chrétien, un rocher de forme allongée marquerait le site de la conversion de saint Paul. Act., ix, 3. C'est une tradition relativement assez récente, et l’on place plus généralement le théâtre de ce grand événement près du village de Kaoûkab, à douze kilomètres au sud-ouest de Damas. En remontant de ce point pour longer, dans la direction de

mais il a été remanié à plusieurs reprises. Le fossé qui l’environne peut recevoir l'eau du Barada. Cette rivière borde l’enceinte au côté septentrional , et sur ses rives ombragées s’étendent de frais jardins. Pour terminer cette excursion autour de la ville, citons les portes qui la ferment au nord; ce sont, en allant de l’ouest à l’est. Bob el-Faradj, Bàb el- Faradis, Bdb es-Sélam et Bàb Tourna, « porte de Thomas, » un guerrier chrétien qui, en 634, sut relever le courage abattu de la ville assiégée. De ce côté encore les fondations sont anciennes.

4. Maisons et rues. — Si nous pénétrons maintenant dans l’intérieur de la grande cité, nous y rencontrerons ! un dédale de rues généralement étroites, mal bâties, plus

l’ouest , la face méridionale de l’enceinte , on entre dans l'immense faubourg du Méidàn, où la muraille ne s’aperçoit plus que par intervalles au milieu des maisons. On atteint ainsi la porte Bdb es-Saghir, près de laquelle on remarque le double mur qui entourait autrefois la ville. Après un détour vers le nord , on arrive à la porte occidentale appelée Bàb el-Djabyah, du nom d’un village qui l’avoisinait anciennement. Elle fait le pendant de Bâb esch-Scharqi, qui se trouve à l’autre extrémité de la rue Droite, et se composait comme elle de trois arcades, dont celle du sud, seule visible aujourd’hui, a été réparée par Nour-ed-Dîn, suivant une inscription gravée sur le linteau.

Vers l’angle nord-ouest de la cité se trouvent, près de lu porte Bâb el-Hadicl, « la porte de fer, » d’un côté le Serai ou palais du gouverneur, avec de vastes casernes; de l’autre le château, Fl-Qasr. Ce dernier forme un quadrilatère irrégulier, de 280 mètres de long sur 200 de large. Flanqué de grosses tours carrées, il est bâti en pierres de taille dont beaucoup sont relevées en bossage. Les fondations semblent remonter à la période romaine ,

! mal entretenues, s’enchevêtrant souvent d'une façon déconcertante pour l'étranger. Couvertes pour la plupart de nattes ou de toits en planches, pour intercepter la chaleur, elles sont bordées de maisons bâties avec de la boue et de la paille hachée ou de larges briques cuites seulement au soleil. Cependant , derrière ces murs à l'aspect délabré , se cachent plusieurs habitations splendides, où s’étale un luxe inouï. Dans une vaste cour plantée de rosiers, de lauriers, d’orangers et de jasmins, de gracieuses vasques en marbre blanc laissent jaillir une eau limpide. On entre ensuite dans de magniliques salles d’une richesse d'ornementation impossible à décrire : murs en marbres de plusieurs couleurs, incrustés de mille entrelacs creusés dans la pierre; plafonds à caissons en bois découpé, où s’entrecroisent de légères et capricieuses arabesques; vitraux enchâssés dans l’albâtre; bassin supporté par un faisceau de piliers multicolores avec un mince jet d’eau pour rafraîchir l’atmosphère; meubles précieux : en un mot, toutes les délicatesses d’un art dont nous avons peine à nous faire une idée.

Damas est coupée dans sa plus grande longueur, de

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l'est à l'ouest, par une rue connue des musulmans sous le nom de Es- Soultâni, « la Royale, » et qui va du Bàb esch-Scharqi au Bàb el-Djabyah. Elle s'appelle aussi en arabe Devb ou Tarïq el-Mouslaqîm, « la rue Droite, » et occupe, en effet, l’emplacement de la Via Recta des Romains. C'est donc le Viens Reclus, pu;xr| sùQsta, où saint Paul aveugle alla loger chez un certain Jude. Act., ix, 11. Jadis large de trente mètres, elle était ornée de deux rangées de colonnes corinthiennes qui constituaient trois magnifiques avenues répondant à chacune des trois baies que nous avons signalées aux portes. Cette colonnade, qui se prolongeait sur une longueur de seize cents mètres, comme à Palmyre, Djerasch et ailleurs, a depuis

de moulures fines et délicates représentant des espèces de stalactites d’un gracieux aspect. Leurs colonnes, en marbre, en pierre du pays, parfois même en porphyre, ont été d’ordinaire empruntées à des édifices plus anciens, et leurs fûts, presque tous monolithes, sont surmontés de chapiteaux divers, antiques, byzantins ou arabes. Nous n'en pouvons citer qu’une, la plus grande et la plus remarquable, une des plus belles même de l’Orient, la Djâmi ' el-Kebir, « la grande mosquée, » ou Djàmï el-Oumaoui, « la mosquée des Omrniades. » Nous la décrivons telle que nous l’avons vue en mars 1893; car, le 14 octobre de la même année, un incendie qui dura douze heures l'a détruite en partie, avec quantité

longtemps disparu. En creusant des ondations, on en trouve çà et là des débris épars et même des bases encore en place. Les nombreux remaniements qu’a subis cette rue l’ont rendue tortueuse et très resserrée en beaucoup d’endroits. Elle sépare les trois principaux quartiers de la ville : au sud, le quartier des juifs, au nord-est celui des chrétiens, et au nord-ouest celui des musulmans. Vers l’extrémité occidentale, une petite mosquée occupe le site traditionnel de la maison de Jude, où saint Paul reçut l'hospitalité. En la remontant vers l’est et en tournant au nord, on arrive à un sanctuaire bâti, dit- on, sur l’emplacement de la maison d’Ananie. Act., ix, 10-18. C’est une petite et pauvre chapelle, une crypte à laquelle on aborde par un escalier, débouchant en face d’un arceau en ciment et pierre basaltique qui ne semble pas très ancien.

5. Monuments. — Les principaux monuments de Damas sont les mosquées, très nombreuses, mais la plupart très dégradées. Avec leurs sveltes minarets et leurs belles coupoles, elles produisent un effet pittoresque au-dessus des maisons de la ville. Leurs portes sont souvent ornées

d’objets d’art et de manuscrits précieux qu’elle contenait. Située au centre de la ville et enfermée dans les bazars, elle forme un rectangle long de 160 mètres de l’est à l’ouest sur 105 de large du sud au nord, clos d’un mur en belle maçonnerie. Le côté septentrional est occupé par une grande cour, de trois côtés environnée de cloitres dont les arcades reposent sur de magnifiques colonnes corinthiennes en granit. Jadis pavée de marbre précieux, elle possède au centre une fontaine, ornée de huit colonnettes et surmontée d’une coupole octogone, et de chaque côté, à l’est et à l’ouest, deux autres petites coupoles. La mosquée proprement dite, à la partie méridionale, mesure 140 mètres de long sur 40 de large. Elle est divisée en trois nefs, parallèles au grand axe de l’édifice, par une double colonnade d’ordre corinthien. Ces nefs sont ellesmêmes coupées vers le milieu par un transept à fronton triangulaire que supportent intérieurement quatre immenses piliers et couronné à son centre par un dôme assez élevé. Près du transept, un gracieux monument entouré d'une grille, appelé « Tombeau de saint Jean », Maqâm Nébi Yayha, passe aux yeux des musulmans

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pour renfermer la tête du saint Précurseur. Trois hauts minarets dominent la mosquée : celui de « la Fiancée » au nord, celui de « Jésus » à l'est, et celui qui est appelé « de l'ouest ». Ce monument occupe évidemment l'emplacement d’un ancien temple païen, primitivement peutêtre dédié à Rimmon, la principale divinité de Damas (IV Reg., v, 18), et plus tard, à l'époque gréco - romaine, à Jupiter. Ce temple était, comme celui de Palmyre, entouré de magnifiques colonnades, dont une partie se voit dans la cour actuelle de la mosquée, et dont l’autre, incrustée dans les constructions modernes, se retrouve dans le bazar des cordonniers et celui des orfèvres. A l’est et à l'ouest s'élevaient deux entrées triomphales. Celle de l’ouest forme une des plus belles ruines de Damas (voir fig. 467). Quatre énormes colonnes, dont les fûts seuls sont visibles, sont ornées de ravissants chapiteaux corinthiens. Elles supportaient un arc magnifique, dont il reste encore une portion considérable. La frise et la corniche sont finement sculptées. Ce monument avait environ 25 mètres de large sur 20 de hauteur : il se rattachait au temple par une double colonnade d’environ 60 mètres de longueur. Le sanctuaire païen fut transformé en église chrétienne, sous le vocable de saint Jean - Baptiste : une inscription grecque, découverte près de la porte orientale de la grande cour, nous apprend que « l’église du bienheureux saint Jean-Baptiste fut restaurée par Arcadius, tils de Théodose » (395-408). Lors de la prise de la ville par les Sarrasins, elle fut partagée entre les chrétiens et les musulmans; mais ceux-ci l'occupèrent totalement en 705. Cependant, sur ces murailles profanées par l’islamisme, le nom du Christ vainqueur est toujours resté gravé dans une belle inscription grecque, qui porte : « Ta royauté, ô Christ, est une royauté qui embrasse tous les siècles, et ta domination s’étend de génération en génération. »

6. Population et commerce. — Damas n'a point, comme le Caire ou Constantinople, de grandes places ni de larges promenades ; mais elle a pour nous un attrait que ne présentent pas, du moins au même degré, ces deux villes, c’est qu'elle a gardé presque sans mélange le caractère complètement oriental. Il y a dans sa physionomie quelque chose de la grandeur sauvage et mystérieuse des déserts qui l’entourent. Sa population, loin d'offrir, comme beaucoup d'autres cités de la Syrie, la variété des types et le mélange des races, a conservé dans la beauté et la fierté de ses traits la pureté du sang arabe. Elle passe cependant pour avoir assez mauvais caractère, s’il faut en croire le proverbe arabe : Schâmi schoûmi, « Damasquin, coquin. » Son fanatisme cruel ne s'est que trop révélé dans les massacres de 1860. Si elle laisse maintenant plus de liberté aux étrangers, ceux-ci n’en doivent pas moins montrer une très grande prudence.

Damas, avec ses 120000 habitants (d'après la statistique officielle de 1888; mais ce chiffre n’a qu'une valeur approximative), fait un commerce considérable et n'est qu'un vaste entrepôt pour les produits de l’Orient. Admirablement située au carrefour des grandes routes qui mènent de l’Euphrate à la Palestine, du Hauran à la grande plaine de Cœlésyrie et aux côtes méditerranéennes, elle est le rendez-vous de toutes les caravanes qui sillonnent ces chemins. Les Bédouins des contrées les plus éloignées y apportent leurs marchandises et s’y approvisionnent de tout ce qui leur est nécessaire. Aussi une des principales curiosités de la ville , ce sont ses bazars, qui forment tout un immense quartier. Le long de ces rues couvertes, entrecoupées de cours bien éclairées, s’ouvrent de petites échoppes assez étroites; mais dans tous ces quartiers distincts sont entassés les objets les plus variés, depuis les vieilles armes, les porcelaines précieuses, les pièces d’orfèvrerie, jusqu'aux manteaux, sandales ou matières de première nécessité. Rien de plus pittoresque que de voir la foule bigarrée qui se presse, crie, gesticule dans ce dédale de ruelles, au milieu des-

quelles passent chameaux et ânes chargés. Damas fabrique beaucoup de soieries et d’étoffes pour abayéh (sorte de manteau), pour kouf/iéh (voile dont les Arabes se couvrent la tête pour la protéger contre les ardeurs du soleil). Elle est maintenant reliée aux riches plaines du Hauran par un tramway; une route carrossable et un chemin de fer la mettent en communication avec Beyrout. De nombreuses caravanes établissent ses rapports avec Bagdad, Alep, Tripoli et Saint- Jean-d’Acre.

III. Histoire. — L’admirable site qu’occupe Damas est, on le voit, un de ceux qui semblent avoir été de tout temps destinés à l’emplacement d'une grande ville. Aussi celle qu’on a appelée « la perle » ou « l’œil de l'Orient » peut -elle être rangée parmi les plus antiques cités du monde. Son origine et sa puissance n’égalent point celles des grandes capitales des bords du Nil et de l'Euphrate ; mais elle a sur elles l'avantage d'avoir, presque sans éclipse, gardé sa splendeur jusqu’à nos jours. Bubylone et Ninive, longtemps même ignorées, ne sont plus que des collines pleines de débris; Memphis est devenue un champ de palmiers, et Thèbes n’est plus qu'un splendide amas de ruines : Damas est toujours là vivante et gracieuse, dominant en reine, au moins par ses richesses et son commerce, les pays qui l’asservirent autrefois. C’est un exemple assez rare dans les annales de l'humanité.

/. première période. — 1° Origines. — Nous ne savons rien de précis sur l'origine de cette ville. D’après Josèphe, Ant. jud., I, vi, 4, elle aurait été fondée par Us, Ovo-o;, fils d’Aram et petit-fils de Sein. Elle apparaît pour la première fois dans la Bible avec Abraham. Gen., xiv, 15; xv, 2. Placée sur la route de Mésopotamie en Palestine, elle vit passer la caravane du grand patriarche descendant de Iiarun sur les rives du Jourdain. Suivant une tradition locale, rapportée par Nicolas de Damas dans Josèphe, Ant. jud., 1, vii, 2, Abraham y aurait même fait séjour et en aurait été roi. Des souvenirs plus ou moins authentiques désignaient encore, au temps de l'historien juif, Ant. jud., I, vu, 2, près de Damas, l'emplacement de son habitation. Le texte sacré n'a pas expressément mentionné cette station de l'élu de Dieu , mais en nous montrant la ville comme la patrie d'Éliézer, son serviteur de confiance, Gen., xv, 2, il indique bien que, si celui-ci n’est pas le trophée d'une victoire sur les habitants, il est au moins la preuve d'un séjour au milieu d'eux. Cf. Yigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. i, p. 452. Plus tard, le saint patriarche poursuivit avec sa petite troupe, jusqu’au nord de Damas, Chodorlahomor et ses alliés vaincus, qui suivaient en sens inverse la route de Mésopotamie, par lui parcourue pour venir en Palestine. — D’Abraham à David, l'Écriture ne nous dit absolument rien, et les monuments anciens très peu de chose, sur Damas. « Si le nom que les inscriptions cunéiformes donnent à Damas et au pays de Damas, Gar - lrnirlsu , Imirîsu, Imiris , signifie réellement la forteresse des Amorrhéens (Sayce, dans The Academy, 1881, p. 161; Hommel, Die Semitischen Vôlker und Sprachen, p. 178; F. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. n, p. 288, 338), on y trouverait la preuve que ce peuple possédait réellement la Syrie Damaseène : elle leur aurait été enlevée par les Hittites, d’après llommel vers le xxe siècle avant notre ère, selon Lenormant tout à la fin de la XVIIIe dynastie. Si, d'autre part, le nom a été lu réellement par les Assyriens Saimiri-su, de manière à signifier la ville de ses ânes (Haupt, Der keilschriftliche Name des Reiches von Damaskus, dans la Zeitschrift fur Assyriologie , t. il, p. 321-322), ce serait par un jeu de mots purement assyrien, qui ne préjugerait rien sur la valeur primitive du nom. » G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1897, t. n, p. 140, note 3. Soumise par Thoutmès III, elle reconnut la suzeraineté de l’Égypte, et son nom, comme nous l'avons dit plus haut,

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est inscrit sur les pylônes de Karnak dans la liste des villes de la Syrie que signale le bulletin de victoire.

2° Du temps de David et de Salomon. — A l'époque de David, la Syrie était morcelée en divers royaumes, ceux de Damas (hébreu: ’Aram Damméséq, Vulgate : Syria Damasci) , de Soba ('Aram Sôbci’ ; Syrus Soba), de Rohob ( ’Aram bêt-Rehôb ; Syrus Rohob) et de Maacha (’Aram Ma'âkâh; Syria Maacha). Le prince qui régnait alors sur Soba, Adarézer, fils de Rohob , s’apprêtait à les englober tous et rêvait même de porter ses armes jusqu'à l'Euphrate, profitant de l’abaissement de la puissance assyrienne, quand David, déjà vainqueur des Philistins et des Moabites, fondit sur lui et remporta une victoire signalée. Alarmés de cette défaite, les voisins du roi vaincu, principalement ceux de Damas, envoyèrent des troupes à son secours. Mais David leur tua vingtdeux mille hommes, plaça une garnison dans la Syrie Damascéne, qui lui fut assujettie et paya un lourd tribut. II Reg., vin, 5-6; I Par., xvm, 5-6. Le roi de cette contrée, selon Nicolas de Damas, cité par Josèphe, Ant. jud., VII, v, 2, s’appelait alors Iladad, et sa postérité aurait occupé le trône de Syrie pendant dix générations. Si ce dernier détail est exact, il faut cependant dire que ce ne fut pas sans interruption; car un des principaux adversaires de Salomon fut Razon, fils d'Éliada, qui, après avoir quitté Adarézer, son maître, assembla des gens contre lui, se fit chef d'une bande de voleurs, qui vinrent habiter Damas et l'y établirent roi. « Et il fut ennemi d’Israël pendant tout le règne de Salomon,... et il régna en Syrie. » III Reg., xi, 23-25.

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