III. TRADUCTIONS 'LITTÉRALES LATINES DE LA BIBLE
D'après les textes orwinaux. — Le développement de la philologie et de la critique textuelle, plus la position prise par la Réforme à l’égard de l’Ecriture, motivèrent les grands travaux de traductions scientifiques entrepris par les Dominicains dès le commencement du xvie siècle. Lu première et la plus célèbre des traductions littérales est celle de Santé Pagnino , de Lucques , sorti des écoles de Saint -Marc de Florence, érigées par Savonarole. 11 avait travaillé vingt- cinq ans à cette œuvre. Léon X s’était engagé à faire les frais de la publication. Un commencement de publication avait même eu lieu, quand le pape mourut (1521). Pagnino publia son œuvre avec le concours pécuniaire de généreux particuliers, ses parents et compatriotes , à Lyon , en 1527 ( ancien style ) : Veteris et Novi Testamenti nova translatio. Elle est dédiée à Clément VIL Rééditée à Cologne, 1541, et à Paris, 1557, cette traduction fut revue par Arias Montanus, qui maintint en marge les leçons primitives de Pagnino et la publia dans sa célèbre polyglotte, Anvers, 1572. Elle a ainsi paru dans les nombreuses éditions de cette œuvre. Voir t. I, col. 954-955.
L’utilité de l'œuvre de Pagnino fut si manifeste, que les protestants l’adoptèrent et en donnèrent diverses éditions. Michel Servet la publia à Lyon, en 1542, avec une préface et un appareil de sa façon. Les Génevois l’éditèrent en 1568 et 1586; les protestants de Zurich en 1579 (Échard, t. n, p. 117); B. Bertram l'introduisit dans la petite polyglotte de Heidelberg, 1586. H. Vuilleumier, Les hébraïsants vaudois au xvu siècle, Lausanne, 1892, p. 78. Il y a une édition de Francfort-sur-le-Main, 1600. R. Simon, Hist. crit. du V. T., p. 504, mentionne une édition de Hambourg. La faculté de théologie de Leipzig joignait aussi la traduction Pagnino -Montanus à sa Bible hébréogrecque de 1657, et l'on publiait encore à Bàle, en 1675, le Psautier hébraïque avec la version de Santé Pagnino.
Au moment où Pagnino achevait son œuvre, le cardinal Cajetan se livrait à une entreprise similaire. Dépourvu d'une connaissance personnelle des langues anciennes, il dirigea le travail de plusieurs spécialistes pour constituer une traduction littérale de toute l’Écriture. La tentative de Cajetan est fort remarquable, parce qu'à raison
même des difficultés qu'il avait à la réaliser, elle témoigne combien l’ancien général des Dominicains, mêlé aux grandes alTaires publiques de son temps, se rendait compte du rôle qu'allait jouer l’Écriture et des exigences qu’allait imposer la nouvelle critique. Voir col. 47-50. — Augustin Giustiniani, qui a inséré dans son Psautier polyglotte une traduction latine de l'hébreu et de la paraphrase chaldaïque, avait aussi traduit la plus grande partie de l’Écriture, sinon la totalité, dans son œuvre restée manuscrite. Il a publié une traduction littérale de Job, jointe à la Vulgate : Liber Job nuper hebraice veritali restituas ciun duplici versione latina, Paris, 1510. Échard, t. il, p. 98. — Au xvne siècle, Thomas Malvenda entreprit une nouvelle traduction littérale de l’Écriture, qu'il commença en 1621. Il la conduisit jusqu’au chapitre xvi d’Ézéchiel. Elle a été imprimée à Lyon, 1650, 5 in-f°. La préoccupation de maintenir rigoureusement la littéralité du texte original a donné un caractère obscur et bizarre à la version. Échard, t. n, p. 456.