EAU — EAU DE JALOUSIE
coloration rouge analogue à celle du sang. Le miracle a consisté en ce que le phénomène s'est produit en février, par conséquent à une époque insolite; ce serait un miracle du même ordre si, dans nos climats, l'eau des fleuves et des lacs gelait en plein été au commandement d'un homme. Rosenmüller, InExodum, Leipzig, 1795, p. 432. Quelques auteurs catholiques admettent cette explication. Glaire, Livres Saints vengés , Paris, 1874, t. il, p. 9-10. — Mais, pour s’accorder avec le texte sacré, on ne peut pas se contenter de faire consister le miracle dans une apparition du « Nil rouge » à une époque anormale. Il faut bien admettre de plus que les eaux ont été rendues malfaisantes, et que par conséquent il y a eu quelque chose de changé dans leur nature. Exod.,vn, 21. On est donc amené à conclure que les eaux du Nil, semblables au sang par la couleur, sont devenues mortelles pour les poissons et si répugnantes pour les Egyptiens, que ceux-ci ne pouvaient en boire. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, Paris, 1896, t. ii, p. 314-322. — 2° Au passage de la mer Rouge, Exod., xiv, 21, 22, et plus tard au passage du Jourdain, Jos., ni, 15, 16, les eaux furent divisées et formèrent comme une muraille solide de chaque côté des Israélites. — 3° A trois jours de marche de la mer Rouge, les Israélites parvinrent à un endroit où l'eau était tellement amère, qu’on ne pouvait la boire. Le Seigneur indiqua alors à Moïse un certain bois qui, plongé dans les eaux, les rendit immédiatement potables. Exod., xv, 23-25. Niebuhr, Beschreibung von Arabien, Copenhague, 1772, p. 403, rapporte l’assertion du naturaliste Forskal, d'après lequel il existerait un arbuste appelé par les Arabes gharkad, et par les botanistes Peganum retusum, qui aurait la vertu d'adoucir les eaux salées. Niebuhr ajoute que cet arbuste est inconnu aujourd'hui des Arabes de la péninsule Sinaïtique. Rosenmüller, In Exodum, p. 497, affirme de son côté qu’il se trouve plusieurs espèces de bois capables de rendre douces les eaux amères, et il remarque que le Seigneur n’aurait pas montré à Moïse un bois particulier, si ce bois n’avait pas eu une vertu propre. En réalité, les baies du gharkad n'ont sur l’eau aucune influence adoucissante, et personne, ni parmi les Arabes, ni parmi les explorateurs de la presqu’île, ne connaît ou n’a découvert de plante possédant cette propriété. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , 6e édit , t. ii, p. 452-455. L’adoucissement des eaux de Mara est donc dù à un miracle, et le miracle est d’autant plus manifeste, qu’il porta sur la grande quantité d’eau nécessaire à tout un peuple et produisit instantanément l'effet attendu. — 4° A Raphidim, puis plus tard auprès de Cadès, Moïse fit jaillir l’eau du rocher en le frappant de sa verge. Exod., xvn, 6; Num., xx, 6-13. Voir Eau de contradiction. — 5° A Cana, Notre -Seigneur changea l’eau en vin, Joa., n, 7-9, par un miracle qui porta à la fois sur la substance et sur les accidents de l’eau primitive.
III. Locutions proverbiales ou symboliques. — 1° Être réduit à « acheter l'eau » est un signe de détresse. Lam., v, 4. — 2° L’ « eau d’angoisse », III Reg. , xxn, 27, est la quantité d’eau strictement nécessaire pour vivre. Isaïe, xxx, 20, parle dans le même sens de 1’ « eau courte ». Dans un pays chaud comme la Palestine, il est fort pénible de ne pas avoir l'eau suffisante pour étancher sa soif. Une terre ou un jardin sans eau sont le symbole de l’abandon dans lequel la justice de Dieu semble laisser les hommes coupables. Ps. cxlii, 6; Is., x, 30. — 3° L’ « eau de fiel », Jer., vin, 14; ix, 15, désigne l'épreuve amère à laquelle Dieu soumet quelqu'un. Comme les eaux des torrents submergent et entraînent tout sur leur passage au moment de leurs crues subites, le malheur est comparé à des eaux qui inondent. Job, III, 24; xxn, 11; Ps. lxviii, 2, 15, 16; cxxm, 4, 5; Larn., m, 54. — 4° L’« eau furlive » est le symbole du plaisir défendu. Prov., îx, 17; cf. v, 15, —
5° La fluidité de l’eau donne lieu à plusieurs comparaisons. « Doire l’iniquité comme l'eau, » qui s’absorbe facilement et à longs traits, Job, xv, 16; xxxiv, 7, c’est commettre le mal avec fréquence et persévérance. « Répandre comme l’eau, » c’est encore le signe d'une chose qui s'accomplit avec une aisance excessive. Deut., xii, 16, 24; xv, 23; Job, iii, 24; Ps. xxi, 15, etc. « S’en aller comme l'eau » marque l'énervement, la dissolution des forces. Jos., vu, 5; II Reg., xiv, 14. — 6° Enfin l’« eau vive», Cant., iv, 15, est le gracieux symbole des grâces divines, Zach., xiv, 8, et de la vie surnaturelle communiquée aux âmes par Jésus -Christ. Joa., iv, 13; vir, 38; Apoc., xxi, 6; xxii, 1, 17. H. Lesètp.e.
2. EAU DE JALOUSIE (hébreu : mê hammârîm; Septante: to uSwp toù èXeyp.oO; Vulgate : aquæ amarissimæ), eau dont on faisait usage dans le sacrifice de jalousie, minhat qenâ'ôt, Ouo-ta Çï))-°TU7uaç, sacrificium zelotypiæ. Num., v, 11-31. — Quand une femme était convaincue d’adultère, elle encourait la peine de mort. I.ev., xx, 10; Deut., xxii, 22; Joa., vin, 5. Quand elle était seulement soupçonnée de ce crime, voici comment on devait procéder. Le mari citait sa femme devant le prêtre, qui offrait un sacrifice spécial à ce cas particulier, le « sacrifice de jalousie ». Au cours de cette cérémonie, le prêtre prenait de 1’ « eau sainte », c’est-à-dire puisée dans les vases du sanctuaire, et y mêlait « un peu de poussière du sol du Tabernacle ». Cette poussière servait probablement à symboliser la pénitence et l’humiliation. Voir Cendre, col. 407, 2°. L’eau et la poussière étaient recueillies dans le Tabernacle, pour indiquer l’intervention du Seigneur dans la révélation et le châtiment du crime. L’adultère, en effet, intéressait d'autant plus la justice divine qu’il était le symbole de l’idolâtrie, de même que le mariage était celui de l'union de Jéhovah avec la nation d’Israël. Le prêtre prononçait ensuite une malédiction qui appelait le châtiment sur la femme coupable : « Que le Seigneur fasse de toi un objet de malédiction et un exemple pour tout son peuple; qu’il fasse que ta hanche tombe, et que ton ventre se gonfle; que les eaux maudites entrent dans ton ventre, que ton sein se gonfle et que ta hanche tombe.» Num., îv, 21-22 La maladie ainsi appelée sur la femme coupable était une sorte d’hydropisie, qui la rendait radicalement incapable de remplir désormais les devoirs qu’elle avait trahis. L’eau maudite semblait ainsi s’arrêter dans le corps pour le défigurer, et le châtiment se trouvait être en rapport avec le crime. La femme répondait par deux fois: Amen! comme pour se vouer elle -même à la justice divine si elle était coupable. Alors le prêtre écrivait la formule de malédiction sur un morceau de papyrus ou d’autre matière appropriée, délayait cette écriture dans l’eau de jalousie, et faisait boire celte eau à la femme soumise à l’épreuve. Saint Paul fait probablement allusion à cet usage quand il dit que le communiant indigne « mange et boit son jugement ». I Cor., xi, 29. Le texte de la loi mosaïque ajoute enfin que, si la femme est coupable, l’effet annoncé se produira sur elle. Num.,v, 12-31. — Ce rite avait pour but de calmer les doutes du mari et d’assurer la paix a la femme, au cas où celle-ci n’avait rien à se reprocher. Mais, si l’adultère existait réellement, les menaces formulées par la Loi se réalisaientelles toujours? Certains auteurs ne veulent reconnaître dans ce rite qu’une menace, ou tout au plus un appel solennel à la justice divine, destiné à effrayer la coupable et à lui faire avouer son crime. Munk, Palestine, Paris, 1881 , p. 205. Moïse n’aurait prescrit alors qu’une sorte d’ordalie ou jugement de Dieu, analogue aux épreuves tentées pour la recherche de l'adultère chez les anciens peuples, Rosenmfdler, Das alte und neue Morgenland, Leipzig, 1818, t. il , p. 226; Winer, Biblisches Bealwôrterbucli, Leipzig, 1833, t. i, p. 356, et souvent encore chez des peuples postérieurs au christianisme, llergen-