ECBATANE
crits par èv ’Aq.aBà èv 7t6).Ei. H. Rawlinson, The History of Herodotus, 2e édit., in-8°, Londres, 1862, t. i, p. 191, pense que la forme chaldéenne ’Almieta' est une corruption du nom aryen, qui est Hagmatana. — 2° Le second livre des Machabées, ix, 3, mentionne également une ville du nom d'Ecbatane. Antiocbus IV Épipbane, fuyant de Perse, entre à Persépolis, puis vient à Ecbat-ane. Il s’agit encore ici de l’Ecbatane du sud.
C’était depuis le temps de Darius Ier, fils d'Hystaspe, la ville principale de la grande Médie, et la résidence d’été des rois de Perse. Strabon, xi, xm, 1; Xénophon, Anab., iii, v, 15; Diodore de Sicile, il, xm, 6, dit qu'elle était célèbre par la magnificence de son palais , construit par Sémiramis. Elle fut occupée par Alexandre aussitôt après
la bataille d’Arbèles, et c’est là qu’il trouva le trésor que Darius III Codoman y avait apporté en s’enfuyant vers Bactres. Arrien, Anab., iii , 19-20. Après la mort d’Alexandre, elle passa sous la domination des Séleucides. Polybe, x, 27, 6, en donne la description. Elle avait sept stades de circonférence. Près du palais était une citadelle; elle ne parait pas avoir eu de remparts (fig. 509). Les géographes anciens placent l’Ecbatane du sud dans une plaine située au pied du mont Oronte, actuellement l’Elvend, un peu à l’est de la ligne du Zagros. Strabon, II, i, 24. Ces renseignements permettent de l’identifier avec la ville actuelle d’Hamadan (fig. 510). G. Rawlinson , The Pipe great monarchies of the ancient eastern World, 4e édit., in-8°, Londres, 1879, t. n. p. 2G2-268. L’Ecbatane du sud fut la capitale de l’empire des Parthes. P. Orose, vi, 4, t. xxxi, col. 1001. Elle fut démantelée à la fin du xive siècle par les Mogols. Aujourd'hui c’est encore une ville de 20000 habitants. Sa position centrale entre la Perse et la vallée de l’Euphrate en fait le point de rencontre de routes commerciales importantes. « Située près de la base de l’Elvend, que blanchissent presque toujours les neiges et où les derviches, même ceux de l’Inde lointaine, viennent pieu-
sement chercher des simples, la ville est traversée par des eaux courantes, et seize cents fontaines y jaillissent, dont l une versant une eau thermale ; des kanat, dont le creusement est attribué aux souverains des époques mythiques, apportent leurs eaux d’une distance de 50 à 60 kilomètres, et la profondeur des puits d’origine n’est pas moindre de 100 mètres. L’altitude du sol, d’environ 1500 mètres, l’exposition des pentes tournées vers les vents polaires et la proximité des neiges rendent le climat hivernal de Hamadan assez pénible pour les Persans, mais la fraîcheur de l’été en fait un des séjours les plus agréables. Les vignobles donnent d’excellents vins... La ville n’a d’importance industrielle que pour la préparation des cuirs, la fabrication des selles et harnais, le tissage et la tein-
ture des tapis, mais elle fait un commerce considérable avec la Mésopotamie. » È. Reclus , Géographie universelle, t. ix, 1884, p. 255-256. Les Juifs du pays y montrent les tombeaux d’Esther et de Mardochée. Ker- Porter, Travels in Georgia , Persia, Londres, in-8°, 1821-1822, t. il, p. 105-110. Il est plus croyable que ces deux personnages moururent à Suse, ou se passent les événements racontés dans le livre d’Esther, I, 2; il, 3, etc., mais comme Suse n’était que la résidence d’hiver des rois de Perse, et qu’ils passaient l’été, depuis Darius Ier, à Ecbatane, cette tradition n’est pas en contradiction avec l’Écriture. — Voir L. Dubeux, La Perse, in -8°, Paris, 1841, p. 26; C. Frd. Chr. Iloeck, Veteris Mediæ et Persiæ monumenta , in -4°, Gœltingue, 1818, p. 144-155; C. Rarbier de Meynurd, Dictionnaire géographique , historique et littéraire de la Perse, in-8°, Paris, 1861, p. 597-608; G. Perrot, Histoire de l'art, t. v, 1890, p, 435-436; J. de Morgan, Mission scientifique en Perse, t. ii, Paris, 1895, p. 121-140. E. Reürlier.
3. ECBATANE, montagne de Médie. Le texte de la Vulgate, Tob., v, 8, porte: « Rages, ville des Mèdes, qui est située dans la montagne d'Ecbatane. » Ragès, aujour-
ECBATANE — ECCLÉSIASTE (LE LIVRE DE L'
d’hui Réï, ville du nord-est de la Médie, n’était pas située à proprement parler dans la montagne d’Ecbatane. On a supposé qu’Ecbatane désignait ici une chaîne de montagnes de Médie qui tirait son nom de la ville d’Ecbatane; mais il est plus probable que le texte latin actuel est altéré ou la traduction défectueuse. Les textes grecs n’ont rien de pareil, non plus que l'ancienne Italique, quoiqu’elle amplifie dans ce passage le texte grec de la manière suivante : « Ragès, ville des Mèdes. Il y a deux jours de marche de Ragès à Ecbatane. Ragès est dans les montagnes et Ecbatane dans la plaine. » Voir Ragès.
F. Vigouroux.
ECCÉTAN (hébreu : Haqqâldn, « le petit; » Septante : ’Axy.a-ocv), père de Johanan, qui revint de la captivité de Babylone au temps d'Esdras. I Esdr., vm, 12.
ECCHELLENSIS ou ECHELLENSiS Abraham, savant maronite, né à Éckel en Syrie, d’ou il tira son nom, mort à Rome en 1664 , dans un âge avancé. Après avoir étudié en cette dernière ville, il se fit recevoir docteur en philosophie et en théologie et y enseigna l’arabe et le syriaque. En 1630, il vint à Paris pour travailler à la Polyglotte de Le Jay, où il publia le livre de Ruth en syriaque et en arabe, et le livre III des Machabées en arabe. Son travail sur Ruth fut vivement attaqué par Valérien de Flavigny et Gabriel Sionite, auxquels il répondit par trois lettres apologétiques : Epislolæ apologeticæ duæ adversus Valerianum de Flavigny pro editione syriaca libelli Ruth, in-8°, Paris, 1647; Epistola apologetica lerlia in qua respondetur libello Gabrielis Sionitæ, in-8°, Paris, 1647. A la suite de ces démêlés, il revint en Italie et fut employé par la congrégation de la Propagande à la traduction de la Bible en arabe. Il avait encore composé une Apologia de editione Bïbliorum polyglottorum Parisiensium, in-8°, Paris, 1647; Linguæ syriacæ sive chaldaicæ perbrevis imtitutio, in-4°, Rome, 1628, et autres nombreux ouvrages. — Voir Lelong, Bibl. sacr., p. 24, 28, 39, 593; Gesenius, dans Ersch et Gruber, AUgemeine Encyklopüdie , sect. i, t. xxx , p. 360; R. Gosche, dans Herzog, Real- Encyklopüdie , 2e édit., t. tv, p. 17. B. IIeurtebize.
1. ECCLÉSIASTE (hébreu : Qôhélét). Titre que prend fauteur du livre de l’Ecclésiaste. Voir Ecclé- SIASTE 2.
2. ECCLÉSIASTE (LE LIVRE DE) (hébreu : Qôhélét; Septante: ’Ey.y.4y|<na<rrr|ç; Vulgate : Eccle&iastes) , un des cinq livres sapientiaux de l’Ancien Testament. 11 est le second de ces livres dans les Septante et dans la Vulgate. Dans la Bible hébraïque, il occupe la septième place parmi les hagiographes ( ketûbim ) et il est le quatrième des cinq megillôt, « rouleaux » que les Juifs lisent dans leurs cinq principales fêtes. L’Ecclésiaste se lit dans les synagogues à la fête des Tabernacles.
I. No.v du livre. — 11 est difficile d’expliquer avec certitude le sens du nom hébreu du livre, Qôhélét. n7”p vient de brn, qâhal, inusité, dont la notion radicale offre l’idée d’ « appeler, convoquer », et de « parler, prêcher ». Du moins est- ce l’opinion de plusieurs, mnp (participe présent féminin) peut donc se traduire: « celui qui parle dans une réunion, en public ». Cf. S. Jérôme, In Eccle., i, 1, t. xxm, col. 1011 ( concionator ). L’étymologie, l’opinion de graves auteurs, et le ton général de l’écrit, qui est comme un discours véhément sur la vanité des choses humaines, telles sont les raisons qui appuient ce sens. La forme féminine s’explique probablement par l’usage hébreu assez récent de mettre au féminin les noms d’offices ou de dignités. I Esdr., n, 55 , 57; I Par., iv, 8; vu, 8. Cf. J. Olshausen, Lehrbuch der hebr. Sprache, Brunswick, 1861, p. 224. Voir d’autres significations du mot et d’autres explications de sa terminaison féminine dans G. Gietrnann, In Ecclesiasten,
Paris, 1890, p. 58-64. — Le mot grec ’Ey.y.V/]'T'.<*'TTv(ç, « Ecclésiaste, » signifie le prédicateur qui parle et enseigne dans une assemblée (èxx),v|<7ca).
IL Doctrine. — L’Ecclésiaste tend, en somme, à montrer que la félicité ici -bas consiste à craindre Dieu et à observer sa loi, en jouissant modérément de tous les biens que la Providence a départis à l’homme, xii , 13. Ce livre est ainsi une sorte de traité de la béatitude terrestre. L’idée de piété envers Dieu y est exprimée nettement comme condition d’une vie heureuse. L’usage modéré des choses y est cent fois répété. Qôhélét prouve donc, par une série de petits paragraphes: 1° que la félicité ne consiste ni dans la science, i, 18; — 2° ni dans le rire et le plaisir, qui est « une folie », n, 2; — 3° ni dans l’éclat et la magnificence, le luxe et l’abondance des biens : « J’ai reconnu, dit -il, que tout cela est vanité et pâture de vent » (Vulgate: afflictio animi). n, 11. Dieu a fixé un temps pour chaque chose, et ainsi il n’y a de bon pour l’homme que de se réjouir et de mener une vie honnête ici-bas. ni, 12. — Il arrive à la même conclusion par ses observations sur ce qui se passe dans la vie civile. L’injustice et l’impiété le révoltent. L’oppression partout triomphe. Il s’indigne. A quoi bon? Le succès est jalousé. L’envie se ronge. Vanité encore et pâture de vent. Ainsi en est-il de l’homme solitaire et morose. Il rompt avec ses semblables; mais « malheur à l’homrne seul ». Toujours vanité et affliction d’esprit, iv, 16. « Ne vaut- il pas mieux manger, boire et jouir en paix de son travail : ce qui est un don de Dieu? » v, 17-18. — Toutes ces maximes sont reprises dans le reste du livre, et récapitulées et amplifiées, un peu au gré de l’auteur. Dieu a voulu que l'effort de l’homme servit à son honnête jouissance. vii, 7. 11 faut éviter les extrêmes, le rire insensé, la tristesse exagérée, les passions excessives. La vraie sagesse rend fort, plus fort que « dix princes ». vu, 19. Avec elle j’ai cherché la cause de cette infinie misère, et j'ai trouvé que c’était la femme en général, car Dieu a fait la nature humaine droite; ce sont les hommes qui inventent les mensonges sans fin et les maux, vu , 24-30. Cf. Gietrnann, In Eccle., p. 251-257. Il ne faut cependant pas se tromper. L’honnête jouissance des biens de la vie ne doit pas exclure l’assiduité dans l’action , ni la piété et la crainte de Dieu. 11 y a un Dieu , providence suprême réglant le temps et les choses; il faut y être attentif. Parmi les injustices dont ce bas monde est rempli, attendons. Encore une fois il n’y a rien de bon pour l’homme que de manger, de boire, de se réjouir pendant les jours que Dieu lui a donnés sur terre, vm, 15. Même la science, modères-en l’ardeur: l’homme ne sait rien de rien. Affranchis-toi des vains désirs. Jouis de la vie honnêtement gagnée. Une fois dans le scheol, on ne peut plus agir. Applique-toi à la vraie sagesse. Surtout prends garde à l’indignation qu’éveille la vue des iniquités sociales, x, 4-15. Il vaut mieux se donner au silence, à la paix. Du reste travaille matin et soir, quoique les affaires de ce triste monde se règlent non sur le mérite, mais par le hasard. Pratique enfin la piété et la religion dès tes jeunes années jusqu’à ce qu’arrivent ces jours dont tu diras : Rien ne m’y plaît. Voilà donc le résumé de tout : se garder de l’excès dans le savoir, le plaisir, les richesses; user modérément, avec joie, des biens de la vie, et craindre Dieu en obéissant à sa loi; car, en dehors de cela, vanité des vanités et tout est vanité. — Telle est la doctrine du livre. Qôhélét regarde la vie par ses côtés douloureux, et c’est dans les constatations de l’infinie misère des choses humaines qu’il cherche ses raisons et ses arguments. Tout est vanité, tel est le résultat vingt fois exprimé de toutes ses expériences. Ce qui ajoute à l’impression d'âcre tristesse causée par ce livre, c’est la vigueur et la profondeur du sentiment exprimé. Toutes ces misères, qu'il décrit par aphorismes, l’une après l'autre, il en a senti lui -même personnellement, à une profondeur incroyable, l’amer-
ECCLÉSIASTE (LE LIVRE DE L’
tume II les a vécues. On le voit de reste, on l’éprouve rien qu’à remarquer le ton véhément, tragique, dont il ne se départit guère. Il exagère, il parle en orateur, en poète parfois; mais avec quel mouvement, quel heurt de pensées! A part Job peut-être, nul n’est descendu si avant dans cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine. Voir ni, 18-21; iv, 2-16; ix, 11, 12; xii. C'est par là, en parlant avec exagération des côtés sombres de la vie, que sa doctrine a donné prise aux objections.
Objections doctrinales. — On accuse l’Ecelésiaste d’épicurisme, de fatalisme, de pessimisme. On trouve qu’il nie la valeur de la raison, et qu'il ne reconnaît pas l’immortalité de l’àme. Reprenons ces affirmations. — 1° Qohélét admet l’immortalité de l’âme. Il n’en donne pas la notion complète, qui était réservée aux temps nouveaux, mais il en exprime la notion essentielle, telle qu’il convenait qu’elle fût alors. Il ne peut pas ne pas l’avoir, car les Hébreux dès le temps de Moïse l’avaient très certainement. J. Knabenbauer, Das Zeugniss des Menschengeschlechtes fur die Unsterblichkeit der Seele, vies Ergànzungsheft des Stimmen aus Maria-Laach , Fribourg-en- Brisgau, 1878, p. 9. Et il l’a en effet. Quoi de plus clair que xii , 7 : « La poussière fera retour à la terre, comme ce qu’elle était, et l’esprit reviendra vers Dieu, qui l'a donné. » Du reste , sa théorie favorite du jugement futur dans l’autre vie exige qu'il croie à l'immortalité. Cf. iii, 17; vin, 1-8, 11; xi, 9; xii, 14. Pas de justice ici-bas, et cependant il faut une justice ; c’est Dieu qui la rendra après la mort. Tel est son raisonnement. Un seul passage : (Quis novit si spiritus filiorum Adam ascendat sursum, et si spiritus jumentorum descendat deorsum?) iii, 21, semble contredire. Il n'en est rien. Ou bien il affirme, en effet, l'idée de survivance, si l’on entend ascendat sursum de l'immortalité bienheureuse, et descendat deorsum de l'immortalité malheureuse (voir G. Gietmann, In Eccle. , p. 185), ou bien il ne touche pas même à la question, si l'on traduit ruâh , spiritum , par souffle, et non pas par « esprit » : il s’agirait simplement alors du dernier souffle de l'homme et de la bête exhalé identiquement, mais dont le lieu de retour serait différent, l'un porté en haut, l'autre tombant en bas. Voir trois autres sens au mot Ame, t. i , col. 468. Qôhélét ne nie donc pas l’immortalité. — Il ne méconnaît pas davantage la valeur de la raison. Quand même il dirait que « l’homme ne peut se rendre compte de rien », i, 8; que même en se privant de sommeil pour étudier, il «ne saurait jamais arriver à la compréhension de ce qui se fait sous le soleil », viii, 16, 17 ; que lui, Qôhélét , ayant appliqué toute son âme à la sagesse et à la science, il a vu enfin que « cela aussi n’est que vanité et pâture de vent », i, 12-18, il ne dit rien que de très orthodoxe : ce n’est pas la capacité de la raison et sa valeur intime qu'il met en doute, il ne traite pas cela; mais c’est sa limite dans la compréhension qu’il affirme. La raison ne peut comprendre tout : est -ce dire quelle ne sait rien avec certitude? Non, certes. Il en exalte ailleurs la force, ix, 14-18; la lumière, la gloire, viii, 1; la divine origine, vu, 29. — 2° Passons à l'accusation de pessimisme. L'Eeclésiaste serait, dit-on, un désenchanté, un ennuyé incurable, parce qu’il sent et exprime avec passion le néant des choses qui occupent le cœur de l’homme. Mais ne nous trompons pas. Autre est cette doctrine, et autre le pessimisme d’un Schopenhauer ou d'un von Hartmann. C. H. Wright, Ecclesiastes , Londres, 1883, c. vi et vu, p. 141-214. La raison et la foi répudient les opinions de ces philosophes; elles admettent au contraire l’appréciation de l’Ecelésiaste sur la vie et ses misères, parce qu’elle est vraie au fond, quoique très noire. Voici comment il faut comprendre sa pensée. Qohélét cherche à établir l'homme dans l’usage modéré des choses. Pour y atteindre, il s’efforce d’assombrir la vie et d'en exagérer le vide et le néant. Il sait que, lié comme il l’est aux sens, l’homme ne se déprendra pas si totalement de ses illusions qu’il ne lui paraisse toujours
bon et joyeux de vivre : ce sera alors l'aurea mediocritas , son rêve. Qôhélét, en effet, est si peu pessimiste dans le sens moderne du mot, que çà et là il interrompt sa lamentation pour exciter à la vie et à la joie. Il n'y a qu'une chose de bonne : jouir de la vie et de son travail, manger son pain en liesse , boire son vin en bonne humeur, iii, 22 (Vulgate, 21); viii, 15; ix, 7; xi, 9. S'il était pessimiste, il ne pourrait pousser au travail assidu comme il le fait avec tant d'éloquence. Sème le matin, et le soir ne laisse pas reposer ta main, xi, 1, 2, 6. Il croit à la Providence qui régit tout, sans que l’homme puisse pénétrer le secret de ses lois, xi, Tl, 12, et il exhorte celui-ci , malgré cette douloureuse ignorance, à la piété et à la crainte de Dieu. Certes ce n’est pas là la doctrine d’un pessimiste. — 3° Il n’est pas plus fataliste qu'il n'est pessimiste. 11 a des textes qui semblent tout assujettir à l’aveugle hasard, ix, 11, 12. L’homme, d'après d’autres passages, ne saurait agir librement : sa vie, son sort, sa condition ne sont pas dans sa main. Il, 15, 16, 26. Tout ce que Dieu a fait restera éternellement ce qu’il l’a fait. Rien n'y peut être changé ni retranché. iii, 14, 15. Il est possible, à ne prendre que les mots, d’entendre les textes dans ce sens. Mais, «en fait, ce n’est très certainement pas celui qu'il faut leur donner. Les interpréter de la sorte, ce serait nier l’action divine dans le monde et dans l’homme la liberté. Or il est incontestable que ces deux dogmes sont acceptés par l’auteur de l’Ecelésiaste. Il reconnaît une loi générale immuable, devant laquelle tout finit par plier; mais en même temps les misères de la vie, dont il parle sur un ton si amer, il les dit expressément causées par la volonté de Dieu, iii, 11, 14; vi, 2, 10; vu, 14, 15; viii, 3, 8; x, 5. Il les rapporte aussi à la volonté de l’homme, vu, 30. Partout il parle de la liberté humaine. Il invite à la piété, il exhorte à la modération, il veut que l'on cultive la sagesse, i, 13-18; viii, 16-17 ; il oppose la vraie prudence à la prudence mondaine, vi, 5, 12, 20; vu, 1, 5; ix, 13; x, 12; xii, 10. Est-ce le fait d’un sage qui nie la liberté? De plus, la cause de tous ces maux, dont il se plaint, c’est l’abus qu’a fait le premier homme de sa liberté, le péché originel, vu, 30. La doctrine de TEcclésiaste n'est donc nullement le fatalisme. — 4° On Ta accusé d’épicurisme. Personne ne songe à nier qu’il y a dans son livre des mots et des textes qui d’apparence justifient l’accusation. — 1. Les mots ou expressions qu'on relève sont: y’ôkal vesâtâh (comedere et bibere) , il, 24, cf. v, 18 (hébreu, 17); viii, 15; râ’âh tôb (videre bonum), iii, 13; èâmah (lætari), iii, 12, 22. Écartons 'âsâh tôb (facere bene), ni, 12, qui n’a pas le sens de « se réjouir », qu’on lui donne. — 2. Les textes sont : n, 10 ; iii, 12, 22, 23, 24; v, 17; viii, 15; ix, 7, 8, 9; xi, 9. Dans tous ces passages, TEcclésiaste invite à jouir de la vie, mais une sage exégèse les explique sans difficulté. — 1. Par eux -mêmes d’abord, les mots n’énoncent pas nécessairement l'épicurisme, c'est évident. Ils sont peut-être littérairement peu délicats; mais qui ne sait que l’hébreu ne doit pas se juger comme nos langues occidentales? Ils ne signifient pas autre chose que : jouir de la vie et des biens qu’elle nous offre. Or cela même, réglé par la droite raison, n'est pas l’épicurisme, mais la simple et honnête morale convenant à ces temps- là. — 2. Les textes n’ont pas un autre sens, il faut les interpréter selon les deux grandes pensées du livre. La première pensée est exprimée dans ces passages d’une indicible mélancolie où se sent le vide des émotions humaines épuisées jusqu’au dégoût. Voilà un excès, un désordre qui n’est pas selon la raison. Pour le redresser et placer l'homme dans le vrai, l'auteur ramène celui-ci à l’usage réglé de la vie, dont la condition est l'aurea mediocritas du poète : c’est la seconde pensée générale. Qu’il faille le comprendre ainsi, c'est ce qu’il montre lui -même clairement, quand il dit cent fois que cette joie de vivre est un « don » de Dieu, qu'elle doit être jointe au « travail », à cc la crainte de Dieu », à
ECCLESIASTE (LE LIVRE DE L’
« la sagesse », à '< l’ordre » et à la « paix domestique ». H. 26; ix, 9; cf. xi, 8-xii, 1; n, 24; ni, 13, 22; v, 11, 17. Qui oserait affirmer que cette morale est l’épicurisme païen? Morale élémentaire, soit; mais morale irréprochable, convenant à des lecteurs de Salomon vivant sous un régime de rémunérations terrestres. A. Motais, L’Ecclésiaste, Paris, 1877, p. 66-118; Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4e édit., t. v, p. 69-79.
III. Division et analyse. — Il y a dissentiment parmi les auteurs sur la division du livre. Il en est qui le partagent en deux parties, d'autres en trois. Plusieurs en font quatre parties. Quelques-uns même vont jusqu’à sept et treize parties. Les divisions en deux ou trois parties sont les plus communément admises. B. Schaffer, Neue Untersuchungen ü ber das Buch Koheleth, Fribourg-en-Brisgau, 1870, p. 172. Nous allons donner dans l’analyse la division en trois parties, parce que c’est celle qui répond le mieux, selon nous, à l'allure libre et quelque peu irrégulière de l’ouvrage. — L’Ecclésiasle comprend un prologue , trois parties et un épilogue. — Prologue, i, 1-11. — Vanité des choses en général. Toutes choses sont vaines : l’homme passe, tandis que tout autour de lui demeure, I, 1-7; il ne sait que peu de chose de ce qui est toujours. I, 8-11. — Première partie. I, 12 -ni, 15. — Vanité des choses dans la vie privée. Vaine est la science, i, 12-18. Vain le plaisir, il, 1, 2. Vaines les grandes choses faites avec une prudence achevée : les maisons, les vignes, les jardins, les vergers, les réservoirs, n, 3-11. Comparaison de cette prudence avec la fausse sagesse, n, 12-17. Et cela aussi est vain; car le fruit de son labeur, c’est à un autre, à un inconnu qu’on le laisse, n, 18 23. Mieux vaut jouir de ce que l’on a fait, de ce qui vient de Dieu, n, 21-26. — Appendice : Toutes choses ont un temps fixé, et l'homme ne peut rien y changer, ni, 1-15. — Deuxième partie, m, 16- VI, 6. — Vanité dans la vie civile. Vaine est la douleur de ceux qui s'indignent en voyant d’iniques jugements, iii, 16-22, d’iniques oppressions, iv, 1, 2. Vaine est la jalousie, vain l'effort pour surpasser son semblable. iv, 1-6. Vain est l'homme solitaire (l’avare), que le dédain des conseils isole de la société, iv, 7-16. — Récapitulation. — Indignation contre l’injustice, iv, 17-
v, 7. Cf. G. Gietmann, In Eccl., p. 198. Censure de l'avarice, v, 8-19. Folie du roi qui méprise les conseils.
vi, 1-6; cf. IV, 13-16. — Amplification. Répétition : 1. Soumission à la volonté arrêtée de Dieu, vi, 7-vii, 1 (Vulgate); cf. m. — 2. Excès dans la légèreté et la joie, vu, 2-7; cf. n. — 3. Excès dans la tristesse et l’indignation, vu, 8-15; cf. m, 16. — 4. Louange de la médiocrité, qui se tient entre ces extrêmes, vu, 16-23. — 5. Cause profonde de l’universelle vanité : la femme « dont le cœur est un lacs, et les mains des chaînes », vu, 24-29, et le premier péché, vu, 30. — Troisième partie: Préceptes de sagesse pratique. (Ils ont des affinités avec ce qui précède.) viii, 1-xn, 8. — 1° Observe le temps du roi (Dieu), et ne cherche pas à t’y soustraire, vm, 1-8. — 2° Reste calme et froid devant les injustices de ce monde, vm, 9-15. Réjouis-toi modérément. — 3° Réprime le désir de connaître tout ce qui se passe sous le soleil, vm, 16-
ix, 1; cf. i, 13-18. — 4° Affranchis-toi de tout vain désir. Jouis de la vie, qui est meilleure que la mort, et attends en paix l'heure de la destinée, qui t’est inconnue, ix, 3-12;
f cf. n, 1-11 ; iv, 1-16. — 5° Cherche la vraie sagesse, ix, 13-
x, 3. — 6‘ Surtout garde-toi de l'indignation, x, 4-15; cf. iii, 16, iv, 1. — 7° Du reste travaille hardiment et assidûment, x, 16-xi, 6; cf. x, 10. — 8° Enfin jouis de la vie, selon Dieu. Souviens-toi de ton Créateur jusqu'à la vieillesse. (Belle et saisissante description de la vieillesse. xii, 2-8.) xi, 7-xii, 8. — Épilogue. L'Ecclésiaste y loue les « dires des sages », et y proclame que craindre Dieu et observer ses commandements , c'est là tout l'homme ; car le jugement attend chacune de ses actions. Tel est le résumé du livre, xii, 9-16.
IV. Forme, langue. — L'Ecclésiaste est sous le rapport du style et de la langue unique en son genre. Ne considérons ici son hébreu qu’en lui-même. On sait qu’à côté de la langue des livres, classique et savante, il y a la langue parlée, nécessairement moins polie et moins pure, avec des mots et des tournures de provenance étrangère. L’hébreu de Qohélét se rapproche plutôt de celle-ci que de celle-là. Son vocabulaire, ses particularités grammaticales, ses périodes qui sentent l’artifice et la recherche, les sens singuliers attribués à des mots, en font comme un hébreu à part dans les écrits salomoniens. — i. Vocabulaire : 1° Mots aryens : 1. pardesim, horti (paradis), m, 5; — 2. pitgam, senlentia, vm, 11. — 2° Mots araméens : 1. békén, tune, vm, 10; — 2. bâtai (forme hébr. ), otiosus fuit, xii, 3; — 3. zemân, tempus, m, 1;
— 4. kisrôn, sollicitudo, iii, 21; iv, 4 (industria) ; — 5. ’aniàn, ratio, i, 13 (peut être hébreu); — 6. pésar, explicatio, vm, 1; — 7. re'ût, paslio , i, 11, etc.; — 8. kebar, I, 10; — 9. bc'sal , propter quod, vm, 17; — 10. taqan, rectus fuit, I, 15; — IL nekàshn, v, 18;
— 12. zita', commotus est, xii, 3; — 13. 'illû, etiamsi, vi, 6; — 14. kdnas, congregavit, ir , 8, 26; — 15. miskén, pauper, iv, 13; — 16. medïnâh , provincia , ii, 8. B. Schülfer, Neue Untersuchungen, p. 151-155; Bohl, De aramaismis libri Koheleth, Erlangen, 1861. La liste des àna5 ),£Ydp.sva et des mots qu'on dit volontiers chaldéens ou usités seulement dans les écrits postérieurs à la captivité de Babylone et particulièrement dans la Mischna, les Targums et les livres rabbiniques, a été dressée avec soin par Frz. Delitzsch, Ilolieslied uncl Koheleth, Leipzig, 1875, p. 197-206 : c’est cette liste, trop abondante, que l’on reproduit encore aujourd'hui. V. C. IL Wright, Ecclesiastes , Excursus iv, p. 488-500. — n. Particularités grammaticales. Les verbes dits lamed-alepli se conjuguent comme les verbes lamed-hé : hôte' pour hôte’, viii, 12; yô$à' pour yôse'âh, x, 5. Quelques-uns nient que ce soit une particularité de Qohélét. G. Gietmann, In Eccl., p. 24. Certains modes sont relativement très peu usités : l’optatif, vu, 23; le subjonctif, vu, 16, 18; x, 4. Une autre singularité est la rareté du vav conversif, I, 17; îv, 1, 7. Une particularité facile à remarquer est le verbe suivi du pronom personnel qui en est le sujet, i, 10; n, 1, 11, 12, 13, 15, 18, 20, etc. Les participes et les adjectifs verbaux sont aussi très souvent suivis de leur pronom. Le relatif vr, s, composé ou non avec les particules, se lit dans le livre soixante-huit fois ; c’est certainement un de ses traits les plus caractéristiques. Voir C. H. Wright, Ecclesiastes , p. 199. — m. La syntaxe des phrases est assez fréquemment irrégulière. — Tel est l’hébreu de Qohélét, un hébreu original, comme l’exigeaient le sujet du livre et le cercle des lecteurs, hébreux et non hébreux, pour lesquels Salomon l’écrivait. Oratoire en général, poétique par endroits, le style de la dernière partie ressemble beaucoup au style de la poésie proverbiale.
V. Texte original. — Le texte original actuel est l’hébreu massorétique. Nul doute qu’il ne représente dogmatiquement et, en un sens, diplomatiquement même l’hébreu primitif. M. G. Bickell, il est vrai, ne le pense pas : il a imaginé deux reconstitutions du texte qui font honneur à la finesse de sa critique, mais que nous ne pouvons admettre parce qu’elles sont difficilement conciliables avec la notion d’intégrité substantielle et d’inspiration. Voir G. Bickell , Der Prediger über den Werth des Daseins, Inspruck, 1881, p. 53, 54, 57-1 10. Cf. Theologisclie Zeitschrift, 1886, p. 556 et suiv.; 1887, p. 203 et suiv.; S. Euringer, Der Masorahtext des Koheleth, Leipzig, 1890, p. 19-29; R. Cornely, Introduclio , p. 159-160. Il faut donc s’en tenir au texte actuel. 11 ne parait pas avoir souffert, du moins en ce qui concerne les mots et les consonnes. Les manuscrits présentent sans doute des variantes ; mais de ces variantes très peu portent sur les lettres mêmes, un grand nombre ont trait aux voyelles,