‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 139 sur 485 · II · texte numérisé non relu

II

ECGLESIASTE (LE LIVRE DE L’

et aucune ne modifie le texte. Après avoir comparé les versions anciennes, grecques, syriaques, coptes, latines, et plus de trois cents citations tirées des écrits juifs des sept premiers siècles, S. Euringer, en somme, n’enregistre par rapport aux consonnes qu’une trentaine de leçons différentes, qui n'atteignent pas la substance du texte. Der Masorahtext des Koheleth, p. 136. Cf. de Rossi, T 'avise lectiones Vet. Test., Parme, 1786, t. m, p. 247-264.

VI. Versions. — 1° La version des Septante, qui date de l’an 132 au plus tard, est en général trop littérale, quelquefois au détriment du sens. Aussi est-elle inélégante et assez souvent incompréhensible, par exemple,

V , 10 : Koù xi àvopeta tm nap’ aùxriç ; oxt àp'/rj xoO opàv ù90a).p.oî; aùxoù. Le traducteur a rendu l'hébreu en quelque sorte syllabe par syllabe, coupant mal en partie les mots et n'en saisissant pas le vrai sens. Du reste, elle a été corrigée dans la suite, et actuellement il semble impossible de la restituer dans son état originel. Voir G. Gietrnann, In Eccle., p. 54-56. Cf. C. H. Wright, Ecclesiastes, p. 50-52. Avec les signes critiques d’Origène, elle forme l'Eeclésiaste hexaplaire , duquel dérive la version syro-hexaplaire de Paul de ïela. C’est sur les Septante que furent faites Yltala « des premiers temps de la foi » et la version copte, qui fut retouchée. P. Ciasca, Sacrorum Bibliorum fragmenta copto-sahidica Musei Borgiani, Rome, 1885-1889, t. n, p. 47. — 2° La Peschito provient aussi de l'hébreu, mais elle dépend notablement des Septante. — 3° 11 faut en dire autant de la version latine qu’on lit dans le commentaire de saint Jérôme; elle se rapproche des Septante « en ce qui ne j s’écarte pas beaucoup de l’hébreu » ; il s'y rencontre pareillement quelques adaptations aux autres versions grecques. In Eccle., Præf., t. xxm, col. 1011-1012. L’autre version latine est la Vulgate actuelle. Quoique achevée très rapidement, puisque saint Jérôme ne mit j que trois jours, avec son maître d’hébreu, à traduire les écrits de Salomon, elle rend exactement l’original; elle est élégante, recherchée même; elle ajoute, elle supprime, selon que la clarté l’exige, et aussi le génie du latin. Il est vrai qu'elle n’est pas absolument sans défauts; ainsi on lui reproche quelques faux sens et quelques additions discutables; mais au total, de toutes les versions de l’hébreu, c’est encore celle qui est la plus I exacte et la plus apte à reconstituer l’hébreu primitif. G. Gietmann, In Eccle., p. 50-52. Cf. S. Euringer, Der Masorahtext , p. 6-15.

VIL Origine salomonienne. — Toute l’antiquité juive et chrétienne, on peut le dire, regarde Salomon comme . étant l’auteur de Qôhélét. Le Talmud et les talmudistes le font clairement entendre. Voir A. Motais, Ecclésiaste , t. ii, p. 7-8. Cf. C. LI. Wright, Ecclesiastes , Excursus i, p. 451-459. Les Pères et les écrivains ecclésiastiques, qui rapportent le canon hébraïque, le prouvent I également en rangeant l’Eeclésiaste parmi les écrits de Salomon. Que si la Bible massorétique ne le place pas avec les autres écrits de ce roi , c’est pour une raison \ d’ordre liturgique. Les écrivains des quinze premiers j siècles, quels qu’ils soient, l’ont attribué invariablement à Salomon, à partir de la version des Septante transmise par les Apôtres aux Eglises qu’ils fondaient. Voir A. Motais, L’Eeclésiaste, t. n, p. 8-10 (avec les références bibliographiques). La pleine unanimité à cet égard a été brisée par Luther (Pineda, In Eccle., Præf.,\, 1, Paris, 1620) et surtout par II. Grotius (Annotata ad Vet. Test., Paris, 1648, t. I, p. 521). Celui-ci découvrit dans le livre « beaucoup de mots » qui sont d’auteurs venus après l’exil: c'en fut assez pour nier que l’auteur soit Salomon. La négation ne fit que s’accentuer avec le temps. Aujourd’hui tous les non-catholiques, sauf un petit nombre, et même plusieurs catholiques, comme Herbst, Movers, et maintenant, en un sens, MM. G. Bickell et F. Kaulen, révoquent en doute ou rejettent l’origine salomonienne du livre. — Pour combattre le témoignage de la tradition, ils

I en appellent à un témoignage identique, disent-ils, donnant comme de Salomon le livre de la Sagesse et celui de l’Ecclésiastique, qui certainement ne sont pas de lui. Comme si ces deux témoignages étaient réellement identiques et non pas, ce que l’on prouve, inégaux et dissemblables. L’un est constant, universel, l’autre partiel et controversé. Saint Augustin, par exemple, écrit que « les savants, doctiores, ne doutent pas que ces deux sapientiaux sont d’un autre auteur que Salomon ». De Civ. Del, vu, 20, 1, t. xli , col. 554. Rien de pareil lorsqu’il s’agit de l'Eeclésiaste. D'autre part, le livre lui-même, le titre 1, 1, certains mots, les idées exprimées, le style, l’art achevé avec lequel il est composé, sa parenté de mots, de phrases, de facture, notamment avec les Proverbes et le Cantique ( The authorsliip of Ecclesiastes , Londres , 1880 , p. 57-64, 66-82, 99, etc.; R. Schàffer, Neue Unlersuchungen , p. 92-99), sont une preuve confirmative qu'il vient de Salomon. Salomon, en particulier, y est désigné comme auteur i, 1, 12, 16; ii, 4-10; xii , 9, 10; cf. III Reg., m, 12; vu, 1; ix, 28; x, 12, 23; aucun si ce n’est lui, et, en tout cas, aucun comme lui ne réalise la donnée de ces textes. — Fraude pieuse et fiction, dit-on, pur procédé littéraire : l’auteur a pris le nom de Salomon pour concilier à son livre plus d’autorité, moyen du reste usité par l’auteur de la Sagesse, par des psalmistes intitulant leurs Psaumes : « De David, » et par des historiens grecs et latins mettant parfois dans la bouche de leurs héros des discours que ceux-ci n’ont pas prononcés. — Non, d'abord parce que ce genre de fraude ne convient pas à des écrivains inspirés, et ensuite parce que les analogies apportées sont imparfaites et non concluantes. Salomon, il est vrai , parle dans la Sagesse ; mais il ne s’y donne nulle part comme en étant l’auteur. David est nommé dans les titres, mais là seulement et non pas dans le texte des Psaumes; or il faudrait établir que ces titres sont authentiques, ce qui est difficile. — Quant aux discours amplifiés ou inventés par les historiens, disons qu'il s’agit précisément de discours et non pas de livres entiers, et qu’en outre, en admettant qu’il y ait dans les Livres Saints des discours quelque peu développés, non dans les pensées, mais dans les mots et les expressions seulement, il n’est en fait aucun écrit scripturaire qui soit attribué à un auteur totalement étranger à sa composition. Nous affirmons donc que l’Eeclésiaste a eu Salomon pour auteur, et nous le démontrons 1° par le témoignage et 2° par l’examen du livre lui-même. Cf. pour les preuves extrinsèques: B. Schàffer, N eue Untersuchungen, p. 11-21; G. Gietmann, In Eccle., p. 20-23, etc. Pour les preuves intrinsèques: B. Schàffer, p. 24-125.

Objections rationalistes. — Il y en a deux principales (nous écartons celles qui sont faciles à résoudre, cf. R. Cornely, Introductio, ii, 2, p. 170, 171). L’une est tirée de la langue, l’autre des choses dites, toutes deux du livre même; ce sont elles qui, pour les adversaires, établissent la thèse négative. D'après eux, la langue, avec ses aramaïsmes, ses mots nouveaux, son très rare usage des verbes à certains modes , ses particules composées, ses noms de forme abstraite, son style et sa syntaxe, est récente, au moins postérieure à l’exil. Donc le livre n’est pas de Salomon. « S'il était de Salomon il n’y aurait plus d'histoire de la langue hébraïque. » Frz. Delitzsch , Hoheslied und Koheleth , p. 197. — Seconde preuve : « Les allusions aux choses sociales et politiques qu’on y rencontre ne sont pas de celles qui devraient tomber des lèvres de Salomon. Le Salomon historique, ce chef d’un empire grand et prospère, ne saurait avoir ainsi censuré son propi’e gouvernement. » Voir iii, 16; iv, 1; v, 8. « Qôhélét n’a aucun des sentiments d’un roi ou d’un patriote juif. Il vit dans un temps de servitude politique, sans patriotisme, sans enthousiasme. Parle-t-il des rois, il les voit d’en bas, comme quelqu’un de la foule souffrante. Ses pages reflètent un état d’abaissement qui est causé par le despotisme orien-

ECCLESIASTE (LE LITRE DE L’

tal, avec sa corruption, ses injustices, ni, 16; iv, 1 ; v, 8; vin, 9; ses caprices, x, 5; ses révolutions, x, 7; son système de délation, x, 20; son horreur des réformes. Il doit avoir vécu lorsque les Juifs, ayant perdu leur indépendance, ne formaient déjà plus qu’une province de l’empire persan. » S. R. Driver, An Introduction , p. 441. — Il s’en faut bien que ces raisons soient convaincantes. Elles sont d'ordre interne, relevant uniquement de la critique. Or « les questions d'histoire, telles que sont l'origine et la conservation des livres, c’est par des témoignages historiques avant tout qu’elles doivent être tranchées...; les raisons internes en général ne sont pas telles qu’on puisse les invoquer, si ce n’est par mode de confirmation... ». Encycl. Providentissimus Deus, § Est primum, t. i, p. xxvii. Et, en effet, examinons ici l’argument tiré de la langue. 11 est si peu décisif, que les rationalistes, dont cependant c’est l’argument capital, se partagent, sur la date et l’auteur de Qôhélét, en plus de vingt-quatre groupes différents; et ces groupes d'opinions, qui se recommandent surtout de la langue, s’échelonnent entre l’an 975 et l’an 4 avant notre ère. La langue et le style ne sont donc pas une preuve péremptoire. (Voir la liste de ces opinions dans G. Gietmann, In Eccle. , p. 22, 23.) A vrai dire, en fait, rien ne s'oppose positivement à ce que la langue et le style soient de Salomon. Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer : 1° que l’araméen est un dialecte très voisin de l’hébreu, qu’il a été parlé en Israël en tout temps, plus ou moins, qu'il a du l'être notamment dans le royaume de Salomon, qui s’étendait jusqu’à Thapsa, III Reg., iv, 24; 2° qu’il y a des raisons de croire que, parlant en général à son peuple, aux Hébreux et aux non Hébreux, aux Araméens, il s’est servi de termes et de tours araméens; 3° qu’il a dù, en ce cas, choisir de préférence non pas l’hébreu classique et savant , mais l'hébreu vulgaire, moins pur nécessairement, dans lequel reviennent des mots et des formes non employés ailleurs. Ajoutons enfin que la critique a singulièrement exagéré lê nombre de ces irrégularités linguistiques araméennes. Plusieurs n’en sont pas et plusieurs se rencontrent dans des écrits antérieurs, par exemple Jud., v; Ps. lxviii. L’argument de la langue et des aramaïsmes n’est donc pas probant. Voir G. Gietmann, In Eccle., p. 23-39. — L’autre est moins concluant encore. Tout ce que Qohélét écrit des injustices sociales, des vexations du pouvoir, de l’esprit de révolte, de la justice mal rendue, de l’incertitude sur l’héritier du , trône, tout cela est général et s'entend de tous les âges. Plusieurs traits conviennent à Salomon. Et pourquoi pas? Ne pouvait- il savoir que son gouvernement était blâmé, difficilement supporté, vers la fin surtout? Et s’il le savait, qu’avait- il à cacher? Le fait est qu’il faut considérer son livre comme une peinture de la vie privée et de la vie sociale ou politique en général, représentant en Orient à peu près tous les pays et tous les temps dans leur universalité. Rien qui exige qu’il soit rapporté à l’époque persane. Conclusion : le témoignage de la tradition établit qu’il a été composé par Salomon, et la critique sagement exercée, loin d’y contredire, le confirme. — Il n’est pas certain qu’il l’ait composé dans sa vieillesse. Plusieurs le pensent. Quelques-uns prétendent, au contraire, que ce fut dans son âge mûr, après les Proverbes, mais avant sa chute. Nous croyons plus probable que c'est une œuvre de son repentir et de ses dernières années. S. Jérôme, In Ecclc., t. xxiii, col. 1021. Cf. R. Cornely, Introductio , n, 2, p. 174-176.

VIII. Inspiration du livre. — Elle ne fait aucune difficulté. Les .Juifs l’ont toujours professée, comme le montrent leurs citations assez nombreuses (Sinai Schiffer, Das Buch Kohelet nach der Auffassung der Weisen des Talmud und Midrasch und der jùdischen Erklarer des Miltelalters , in-8°, Leipzig, 1844, p. 73, 74, 77-104 ; C. 11. Vv'right, Ecclcsiastes , Excursus I, § 5, p. 469), leurs

listes ou catalogues connus, et la lecture officielle qui s’en fait dans les synagogues. Elle fut discutée vivement entre les deux écoles juives du Ier siècle; mais, remarquons-le, ce n’est pas de la réception de Qôhélét dans le canon qu'il s’agissait: il y était admis, mais de son exclusion. Discussion du reste ignorée du vulgaire et tranchée affirmativement en l’an 90, au synode de Jarnnia. Les objections soulevées, rapportées par saint Jérôme, In Eccle., t. xxiii, col. 1110, tombèrent devant la récapitulation de la fin, xn, 13. Il en fut ainsi dans l’Église. Les preuves de sa foi sur ce point sont les citations, les commentaires, la lecture publique et les listes privées ou officielles. Il s’éleva vers le ve siècle des doutes à cet égard et même des négations. De qui provenaient- elles, il est malaisé de le dire, Philastre, Her., xii, t. cxxxiv, col. 1265-1267, qui les mentionne, n’étant pas clair. Théodore de Mopsueste est explicite : il soutint que le livre n’avait pas été écrit avec Y esprit prophétique , mais suivant une prudence humaine. II fut condamné au Ve concile œcuménique, II* de Constantinople. Mansi, Coll, conc., t. ix, p. 223. Et depuis lors l’inspiration de TEcclésiaste demeura inattaquée. — Il en est qui ont objecté contre elle les doctrines qui y semblent professées et quelques contradictions; mais celles-ci n’existent pas, et nous avons montré que celles-là n’ont rien que d’orthodoxe. Il est inutile, pour les justifier, de recourir aux conceptions de ceux pour lesquels le livre est une discussion ou dispute où sont émises des opinions fausses que l’on réfute, ou un dialogue vrai ou fictif entre un jeune et ardent philosophe et un sage, ou encore entre un Juif hellénisant et un Juif attaché aux traditions. La vraie conception de ce livre est tout autre; nous l’avons montré. R. Cornely, Introductio, n, 2, p. 158, 159.

IX. Commentaires. — 1° Période patrislique. — Il ne reste des premiers siècles de l’Église que le commentaire « très court et inachevé » de Denys d’Alexandrie, t. x, col. 1578-1588; la Metacppâm; « courte, mais très utile », de saint Grégoire Thaumaturge, t. x, col. 987-1018; huit homélies pratiques de saint Grégoire de Nysse sur les trois premiers chapitres, t. xliv, col. 615-754, et le commentaire complet d'Olympiodore, t. xciii, col. 478-628. Ajoutons la Chaîne des Tères grecs, dont l’auteur est Œcumenius (Vérone, 1532). Le meilleur à tous égards des commentaires latins est celui de saint Jérôme , t. xxiii, col. 1010-1116. Il a été souvent abrégé ou reproduit, dans la suite : Salonius, t. lui, col. 993-1012; Alcuin, t. c, col. 665-720; Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, t. cxm, col. 1115-1126. Plus personnel est le petit commentaire de saint Grégoire pape, Dial., iv, 4, t. lxxvii, col. 321-328. — 2° Période scolastique. — Il existe dixneuf homélies de Hugues de Saint- Victor sur Eccle., i, l-iv,5,t. clxxv, col. 114-256. Hugues de Saint-Cher a un commentaire sur le livre tout entier, ainsi que saint Bonaventure, qui l’explique selon la méthode scholastique. Mais le plus savant et le plus complet commentaire de cette époque est incontestablement celui de J. de Pineda, Commentarii in Eccle., Séville, 1619; Paris, 1620.

— 3° Beaucoup d’autres ont paru avant ou après , il serait trep long d'en citer les auteurs et les titres. Nommons seulement J. Férus, Sermones in Eccle. juxta litteram, Mayence, 1550; Corn. Junsénius de Gand, Commentarii, Anvers, 1589; J. Lorin, Commentarii, Lyon, 1606; Salazar, Expositio in Eccle., Lyon, 1651; Bossuet, Notas in quinque lib. Sap., dans ses Œuvres, Paris, 1867, t. i, p. 529-508.

— 4° Période moderne. — 11 s’y rencontre peu de grands travaux catholiques. Indiquons L. van Essen , Der Prcdirjer Salomo’s, Schaffhouse, 1856; B. Schâlfer, N eue TJntcrsuchungen über das Buch Koheleth, Fribourg-en-Brisgau, 1870; Vegni, Il Ecclesiaste secondo il teslo ebraico, Florence, 1871; A. Motais, Salomon et l'Ecclésiaste , Paris, 1876 (épuise la matière); L’Ecclésiaste, Paris, 1877; Rambouillet, L’Ecclésiaste, Paris, 1879; G. Bickell,

1543 ECCLÉSIASTE (LE LIVRE DE L’)

Der Pvediger über den Werth des Daseins, Inspruck, 1885; G. Gietmann, Commentarius in Ecclesiasten, Paris, 1890, p. 1 - 336 (commentaire critique et exégétique très approfondi). — Du côté des protestants et des rationalistes, les travaux sont très nombreux, mais d’inégale valeur. "Voici les principaux: H. G. Bernstein, (Juæstiones nonmdlæ Kohelelhanæ , Breslau, 1854; Bohl, De Aramaismis libri Koheleth , Erlangen, 1860; Bullock, Commentai' and critical notes on Ecclesiastes , dans Spcaker’s Commenta)']), Londres, 1878; O. Zôclder, Das Hohelied und der Prediger, Bielefeld et Leipzig, 1868; édition américaine avec annotations et dissertations par Taylor Lewis, Édimbourg, 1872; Frz. Delitzsch, dans Iioheslied und Koheleth, Leipzig, 1875, p. 191-462; A. IL Mac Neile, An introduction to Ecclesiastes, in-8°, Cambridge, 1904. — On peut voir une histoire de l’interprétation de ce livre dans C. D.Ginsburg, Colielet, Londres, 1861, p. 27-243, 495, histoire mise au courant par C. IL H. Wright, The Bookof Koheleth commonly called Ecclesiastes, in-8, Londres, 1883, p. xiv-xvn. Cf. B. Schaffer, Neue Untersuchengen, p. 7. K. Philippe.

1. ECCLÉSIASTIQUE, un des livres sapientiaux de l'Ancien Testament.

L Titres du livre. — Le livre de l'Ecclésiastique a porté des noms divers. Son litre hébreu n’est pas connu d’une manière certaine. D’après un passage de saint Jérôme, Præf. in lib. Salomonis, t. xxvm, col. 1242, il se serait appelé en hébreu d'un mot qu'il traduit par « Proverbes », et qui aurait été par conséquent Mislê Yêsû'a ben Sirach. Le titre grec : Socpia ’lrrroù vloû Eïipoi-/, suppose cependant un autre titre hébreu : Hokmat Ycsû’a ben Sirach. Il est possible que l’Ecclésiastique ait été désigné, dans la langue originale, tantôt sous le nom de Mislê, tantôt sous celui de Hokniâh. En grec, le titre du livre est quelquefois abrégé en croçt'a Estpcr/, ou même simplement vj aopia. Ce livre partage aussi en grec, avec les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques et la Sagesse, le nom générique de r\ i:avâ pe-ro; dopia (G. Cédrénus, Ilist. comp., t. cxxi, col. 377), d’où le nom latin de Panæretus Jesu /ilii Sirach liber, qu’on lit dans saint Jérôme, Præf. in lib. Salom., t. xxviii, col. 1242. — Chez les rabbins, il est cité sous le nom de Ben Sirach, et beaucoup plus communément sous celui de Ben Sirà (Sirà étant, d’après certains critiques, la forme primitive, et Sirach une forme corrompue). — En syriaque, il est appelé « La Sagesse du fils d’Asiro (le lié, le captif) », et plus complètement : « Livre de Jésus le fils de Simon Asiro. » — Dans l’Église latine, on trouve parfois le titre de Liber Jesu filii Sirach; mais le titre communément admis est celui d'Ecclesiasticus, que le concile de Trente a employé dans sa définition du canon des Écritures. Ce nom d’Ecclésiastique a été diversement expliqué. — « Le tilre d’Ecclésiastique, que les Latins donnent à cet ouvrage, dit dom Calrnet, marque ou l’usage que l’on en a fait en le lisant dans les assemblées de religieux et dans l’Église, ou il sert seulement à le distinguer de celui de Salomon, qui est intitulé l’Ecclésiaste ou le Prédicateur, l’un et l’autre contenant des exhortations à la sagesse et des instructions sur les devoirs communs de la vie. » Ecclésiastique, 1730, Préface, p. 1. "Voir d’autres explications dans Rufin, In Symb. Apost., 36, t. xxi, col. 374; Rhaban Maur, Comment, in Eccli., t. cix, col. 764. L’explication d’après laquelle le nom d’Ecclésiastique équivaut à celui de Livre de lecture à l’usage de l’Église parait être la vraie. — Des critiques, tels que Westcott, pensent que le mot Ecclesiasticus , appliqué au livre de Ben Sirach, est d’origine africaine, qu’il fut admis d’abord par la Vêtus latina, et devint commun en Occident après que saint Jérôme eut adopté cette traduction pour le livre qui nous occupe. — Quant au titre grec de navapeTo;, il doit avoir été employé pour insinuer que le groupe de livres ainsi nommé contient

ECCLÉSIASTIQUE (LE LIVRE DE L’) 1544

la règle de toutes les vertus. — Le tilre syriaque de « Sagesse de Jésus, fils de Simon le prisonnier », est du à l’interprétation fautive du mot Asiro, qui représente en le défigurant le nom propre Sirach de l’hébreu. En faisant d’Asiro un qualificatif, « le captif, » on a éprouvé le besoin de préciser le nom propre que l’on regardait comme sous-entendu, et l’on a supposé au hasard le nom de Simon, peut-être en l’identifiant avec le nom de l’un des grands prêtres qui ont jeté le plus d’éclat.

II. Auteur. — En certain nombre d’écrivains anciens ont attribué l’Ecclésiastique à Salomon; mais « les plus doctes », dit saint Augustin, De Civ. Dei, xvn, 20, t. xu, col. 554, n’ont pas voulu dire que le livre était de Salomon ; ils voulaient seulement laisser entendre que par son caractère littéraire ce livre se rattachait au genre gnomique, dont la paternité était attribuée au grand roi d’Israël. Cf. S. Isidore de Séville, In libros Vet. et Nov. Test. Proœmia, 8, t. i.xxxiii, col. 158. L’Ecclésiastique nous fait connaître lui-même son auteur. On lit L, 29, en un passage qui est comme la conclusion de tout le livre avant le cantique final : Ilaioetav avvéïrs ooç y.ai èp.tar rj[i.ï); E'/âpala èv Ttîi |3i êXiw toutm Tr,çj-o\jç vib; Sstpà^ Tepocro- X’jpaTïiç. « Jésus, fils de Sirach, de Jérusalem, a écrit la doctrine de sagesse et de science dans ce livre. » Ce texte désigne donc comme auteur du livre un certain Jésus fils de Sirach. Ce renseignement, parfaitement en rapport avec les titres mentionnés plus haut, est confirmé par le prologue du traducteur, qui désigne ainsi l’auteur du livre : ô TtaTtTto; |zou ’lriao'jç, « mon aïeul Jésus ». Le premier texte nous fournit en outre un second détail sur la personne de l’auteur : il était de Jérusalem.

Ces renseignements sont précis , mais peu abondants. Diverses traditions ont tenté de les compléter. C’est ainsi que saint Isidore de Séville, De officiis, I, 12, t. lxxxiii, col. 749, croyait savoir que Ben Sirach était petit-fils du grand prêtre Jésus, dont parle Zacharie, iii, L Le grand prêtre dont il est ici question ne saurait être que Josué ou Jason, fils de Josédec (536 avant J.-C.). Nous verrons que cette date est de trois siècles antérieure à celle qu’il faut attribuer à notre livre. — Georges le Syneelle, Chronog., édit, de Bonn, 1829, t. i, p. 525, identifiait à son tour Ben Sirach avec le grand prêtre Jésus, successeur d’Onias 111 (175-172). Ainsi Jésus ben Sirach aurait été grand prêtre pendant six ans et le treizième pontife après la captivité de Babylone. Il aurait été le fils de Simon II et le frère et successeur d’Onias III. Toutes ces données sont basées sur de fallacieuses assimilations de noms. On ne saurait confondre l’auteur d'un livre aussi religieux et aussi patriotique que celui qui nous occupe, avec le grand prêtre Jason qui mit tout en œuvre pour introduire les coutumes grecques chez les Juifs, au dépens de l’esprit national. — C’est par des conclusions tout à fait hasardées que l’on a voulu déduire de son livre que Ben Sirach était prêtre. Les passages sur lesquels on s’appuie (vu, 31-35) prouvent simplement qu'il était un pieux Israélite. C’est également sans raison qu’en s’appuyant sur l'éloge qu’il fait de la médecine (xxxvm, 1-15), on a conclu que Ben Sirach était médecin.

Ce que l’on peut déduire plus sûrement de son livre, c’est que Ben Sirach était très versé dans la littérature religieuse des anciens. Il imite le style des écrivains antérieurs, il en reproduit les expressions et parfois des phrases entières. Il connaît tous les livres protocanoniques existant à son époque. 11 les mentionne ou s’en inspire dans les fameux chapitres xliv-xlix, consacrés à l’éloge des ancêtres. Il est facile d’établir des rapports entre ces chapitres et les livres suivants : Pentateuque (Eccli., xliv-xlv); Josué (Eccli., xlvi, 1-12); Juges (Eccli., xlvi, 13-15); Samuel (Eccli., xlvi, 16-xlvii, 13); les Psaumes de David (Eccli., xlvii, 9-12); Rois (Eccli., xlvii, 14-xlix, 9); Proverbes, Cantique, Ecclésiaste (Eccli., xlvii, 18; douteux en ce qui regarde l'Ecclésiasle); Isaïe (Eccli., xlviii, 23-28, où l’on voit des allu-

1545 ECCLÉSIASTIQUE (LE LIVRE DE L’) 154G

sions à la seconde partie d'Isaïe aussi bien qu’à la première); Jérémie (Eecli., xlix, 'J; le ÿ. 8 semble viser les Lamentations); Ézéchiel (Eccli., xlix, 9-11); les douze petits prophètes (Eccli., xlix, 12); enfin les mémoires de Néhémie (Eccli., xlix, 13-15). De ce dernier témoignage on peut même inférer que Ben Sirach connaissait également Esdras. 11 connaissait aussi le livre de Job, comme on peut le voir par Eccli., xlix, 9, dont le sens est définitivement fixé par le fragment du texte hébreu découvert en 1896 : « Ezéchiel... fit aussi mention de Job. » Les seuls livres protocanoniques qui ne figurent pas dans ces chapitres sont Daniel et Esther. Ces renseignements, qui nous donnent une si haute idée de la culture intellectuelle et religieuse de Ben Sirach, sont très précieux au point de vue de l'histoire du canon de l’Ancien Testament.

Très versé dans la littérature religieuse d'Israël, Ben Sirach s’est personnellement adonné à la « Sagesse » ; il en a étudié l’origine en Dieu et la communication dans les hommes; il a décrit la place que doit avoir la pratique de la sagesse dans la vie humaine. 11 appartenait à la catégorie des sages, des Ilakatnim. Peut-être aussi était -il un scribe, comme on l’a conclu de xxxvm, 24. En tout cas, il est tout à fait étranger à l’esprit pharisaïque, qui devait être plus tard un élément si important dans le judaïsme. — Notons enfin que, de certains passages (xxxiv, 12-13; li, 3-13), on peut inférer que Ben Sirach n'était pas toujours demeuré à Jérusalem, mais qu’il avait beaucoup voyagé et couru de grands dangers.

III. Date de composition. — Nous avons sur ce point deux données principales à recueillir. La première de ces données nous est fournie par Ben Sirach lui -même. Dans son livre, en effet, l’éloge des ancêtres d’Israël se termine par le panégyrique du grand prêtre Simon, fils d'Onias, L, 1-23; et ce dernier panégyrique dépasse par son étendue et par la magnificence du langage tout ce que notre auteur a dit précédemment à la gloire des plus illustres ancêtres de son peuple. Ce n’est pas témérité de conclure de là que Ben Sirach, en parlant de Simon fils d'Onias, parle de quelqu’un qu'il a vu, admiré et vénéré | en union avec tout le peuple. D’ailleurs les paroles : 3; iv aÙToù ÙTtÉpsal/ev ol/.ov, « qui a pendant sa vie soutenu la maison (le Temple), » lesquelles sont au début du panégyrique, supposent que le grand prêtre n’était plus en vie au moment où Ben Sirach écrivait. Celte première donnée tendrait donc à faire regarder notre livre comme composé quelques années seulement après le pontificat de Simon fils d’Onias, à une époque où le souvenir du grand prêtre était vivant dans toutes les mémoires.

Une seconde donnée nous est fournie par le prologue du traducteur, petit-fils de l'auteur. 11 nous apprend qu'il est venu en Egypte à une date très précise , et qu’après y être demeuré un certain temps il a entrepris de traduire l’œuvre de son grand-père. Malheureusement il est assez difficile d’identifier la date précise dont il est question en ce passage : ’Ev tw ôyS dtp y.où Tpiaxocroj ëtei èti'i toO EvipyÉTou pa<7t)io >ç. « La trente -huitième année au temps du roi (Ptolémée) Evergète. » Le traducteur veut-il nous dire qu'il était âgé de trente-huit ans quand il vint en Egypte, sous le règne du roi Évergète? ou bien veut-il nous dire qu’il vint en Égypte la trente -huilième année du règne d’Évergète? La première opinion est soutenue par Cornélius a Lapide et autres commentateurs; la seconde a encore plus de partisans. Elle traduit èni toü Eàepyl-o'j par « sous le règne d’Évergète », donnant à la préposition grecque le sens qu’elle a dans I Mach. , xm, 42;

h U h, 1; Zach., i, 7; vu, 2 (Septante). De là il résulte que le traducteur est allé en Égypte la trentehuitième année du roi Évergète. Comme d’ailleurs le traducteur était le petit-fils de l’auteur, il est assez facile de remonter de deux générations jusqu’à la date de Ben Sirach lui -même. En combinant ces deux données, on arrive à un renseignement en apparence très précis, que

Ton peut ainsi formuler : Ben Sirach vivait et composait son livre cinquante ans environ avant que son petit-fils le traduisit, une quinzaine d’années avant le règne d’Évergète, très peu de temps après la mort du grand prêtre Simon fils d'Onias.

Mais une difficulté très sérieuse surgit de ce fait qu’il y a eu deux grands prêtres du nom de Simon : Simon Ior, fils d’Onias, grand prêtre de 310 à 291, et Simon II, fils d’un autre Onias (219-199). De même il y a eu deux Ptolémées qui ont porté le surnom d’Évergète : Ptolémée III, fils et successeur de Ptolémée Philadelphe, qui régna de 247 à 222, et Ptolémée VII, plus connu sous le surnom de Physcon, qui gouverna de 170 à 117. Il ne faut donc pas trop s'étonner qu'il n'y ait pas moins de quatre opinions sur la date à assigner à notre livre de l’Ecclésiastique. — 1° Les uns, tels que Horowitz, Bas Buch Jésus Sirach, dans la Monatsschrift des Judenthums , Breslau, 1865, admettent que le traducteur parle de la trente- huitième année du règne d’Évergète et que cet Évergète est Ptolémée VII; ils croient en outre que le grand prêtre Simon dont Ben Sirach fait l’éloge est Simon Ier, dit le Juste. Mais quand le traducteur désigne l’auteur du livre par cette épithète : 6 nxnno; pou Tr)<joOç, il emploierait le mot luxnnri', non dans le sens strict de grand-père, mais dans le sens plus général d’ancêtre. Ce qui explique comment Ben Sirach a pu écrire vers 280, date de Simon 1er, et le traducteur vers 130, date qui correspond à la trente -huitième année de Ptolémée VII. — 2° Westcott, dans le Biclionary of the Bible de Smith, admet, avec Winer et de Wette, qu’il est question de Simon Ier le Juste; mais que Ben Sirach pouvait bien encore quelques années avant le règne de Ptolémée VII faire en termes pompeux l’éloge d'un grand prêtre aussi populaire que le fut Simon 1er. Par conséquent Westcott admet que le traducteur a écrit sous le règne de Ptolémée VII, et que le mot iràir noç est à prendre au sens strict. — 3° Les partisans de la troisième opinion (Cornélius a Lapide, Welte, Danko, llug, Keil, Haneberg, etc.) prétendent que Ben Sirach parle de Simon Ier le Juste. Ils déclarent en outre, comme d’ailleurs Westcott lui-même le faisait, que la locution év yàp -râi oySocp y.al Tpiay.ooTÛ £tsi èni voO E'jcpyévou désigne, dans la pensée du traducteur, la trente -huitième année de son âge et non la trente -huitième année du règne d’Évergète. Ils préfèrent enfin voir dans TÉvergète dont il est question le roi Ptolémée III. Dès lors le traducteur a vécu sous le règne de ce prince (247-222); la date de l’auteur peut se placer vers 280, peu d’années après la mort de Simon Ier. — 4° Enfin, d'après la quatrième opinion, le traducteur est venu en Égypte la trente -huitième année du règne de Ptolémée VII; l’auteur est son grand-père; il avait écrit environ cinquante ans auparavant, peu de temps après la mort du grand prêtre Simon II, et c’est de ce pontife qu’il nous fait l’éloge. — Cette dernière opinion, qui est celle de Bossuet, Præf. in Eccli., vu, édit, de Versailles, t. ii, p 367, de Frz. Delitzsch, de Fritzsche, Die Weisheit Jésus- Sirach’ s, p. xiu-xvn, etc., nous paraît la mieux fondée.

IV. Mode de composition. — Il existe deux opinions principales sur le mode de composition de l'Ecclésiastique. — 1° D’après les uns, Ben Sirach est le véritable auteur des maximes et des discours contenus dans ce livre et de leur arrangement, quoiqu’il ait dù écrire à diverses époques et emprunter à d’autres livres plus anciens de même qu’aux adages populaires (cf. Eccli., vm, 9-12; xxx, 15 [ texte grec] ; xxxm, 16; L, 29). — 2° D'aprcs les autres, Ben Sirach, à part quelques parties qu'il faudrait lui attribuer, se serait borné à réunir des collections de proverbes antérieurement existantes. Ils croient retrouver la trace de ces collections diverses dans la structure même du livre, dans la manière dont les séries de sentences se succèdent sans lien apparent, dans des répétitions de plusieurs maximes, reproduites çà et là,

ECCLÉSIASTIQUE (LE LIVRE DE L’

xx, 29, 30; xli, 14, 15, etc , sans qu'on puisse s’expliquer ces répétitions autrement que par la multiplicité des collections, dans certains jugements en apparence contradictoires, etc. Cette opinion remonte pour le fond jusqu’au Pseudo-Athanase, l'auteur de la Synopse de la Sainte Écriture, t. xxvm, col. 1377. Elle peut être soutenue comme la première.

V. Langue originale et histoire du texte. — L'auteur du Prologue de l’Ecclésiastique déclare que son grand-père avait écrit son livre en hébreu ; Eëpaïem. Son témoignage est pleinement confirmé par la découverte fuite, en 1890, de plusieurs chapitres du texte original. Au Ve siècle, saint Jérôme, Præf. in lib. Salom., t. xxvm, col. 1242, avait eu entre les mains le texte hébreu de l’Ecclésiastique. Ce même texte avait été cité aux ve et VIe siècles par divers rabbins; au vne et au VIIIe par les Midraschim ; au IXe par R. Nathan; au Xe par un gaon de Bagdad, R. Saadyah (-j- 949). A partir du Xe siècle, on n’en trouvait plus de trace. Dans un voyage en Palestine fait en 1896, Mme Agnès Smith Lewis et Mme Gibson, sa sœur, firent l’acquisition d'un certain nombre de manuscrits hébreux, la plupart fragmentaires. Au mois de juin 1890, elles les remirent à M. Schechter, professeur d'hébreu rabbinique à l’université de Cambridge, qui y découvrit deux pages du texte original de l'Ecclésiastique correspondant à Eecli., xxxix, 15-xl, 6. — Presque en même temps un nouveau fragment plus considérable du même manuscrit était arrivé d’une synagogue juive du Caire à Oxford par l'intermédiaire du professeur Sayce. Il correspond à Eccli., xl, 9-xlix, 11. (Voir, fig. 511, le fac-similé des folios 1, recto, et 9, verso, du Bodleian Ms. du texte hébreu de l’Ecclésiastique, reproduits avec autorisation.) M. Schechter a retrouvé en 1897 dans la même synagogue du Caire une autre partie notable du texte hébreu. D’après M. Neubauer, sous- bibliothécaire de la Bibliothèque Bodléicnne, à Oxford, le manuscrit remonte au plus tôt à la fin du XIe siècle : il a été probablement composé à Bagdad ou en Perse. Cette dernière conclusion s’appuie sur l’existence de quelques indications qu'on lit dans le manuscrit et qui sont rédigées en persan. On y remarque aussi un certain nombre de notes marginales qui ont dù être empruntées à des copies différentes. Les variantes proviennent en général d'une série de manuscrits assez bien conservés et présentant souvent la meilleure leçon. Quant au texte (et à quelques rares variantes), il appartient à une famille de manuscrits beaucoup plus altérés. Le manuscrit qui a fourni le texte peut provenir des communautés juives de Babylonie ; les manuscrits auxquels sont empruntées les variantes peuvent être palestiniens d’origine.

Ben Sirach a écrit en hébreu classique. Sa syntaxe ne renferme aucune trace des constructions particulières au néo -hébreu. Toutefois on rencontre çà et là des expressions et des mots récents ou aruméens. Le style, souvent aisé et coulant, est meilleur que celui des Chroniques ou Paralipomènes, etc. Le lexique renferme aussi des particularités : mots anciens employés en des sens nouveaux, verbes à des formes inconnues, expressions que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans la Bible.

VI. Version grecque. — Elle a été faite par le petitfils de l’auteur; son nom est inconnu; une tradition ancienne, mais de peu de valeur, lui donne le nom de Jésus fils de Sirach, comme à son grand-père. — La version grecque de l’Ecclésiastique, pas plus que le texte hébreu, n'a été exempte des altérations auxquelles donnent lieu les transcriptions fréquentes des copistes. La comparaison des manuscrits nous fournit de nombreux exemples de ces corruptions : changement de cas, substitutions de noms ou d’adjectifs, suppressions de mots, parfois de vers entiers, interversion dans l’ordre des mots, déplacement de phrases et de distiques. Voici , d’après Westcott, toute une série de passages qui figurent dans le Codex Alexandrinus , le Codex Vaticanus et l'édition de Cain-

plute, et qui manquent dans les meilleurs manuscrits ; I, 5, 7, 18b, 21; iii, 25; iv, 23b; vii, 26b; x, 21 ; xii, 6e; xm, 25b ; xvi, 15, 16, 22'; xvn, 5, 9, 16, 17a, 18, 21, 23e, 26b ; xviii, 2\ 3, 27e, 33e ; xix, 5b, 6a, 13b, 14a, 18, 19, 21, 25e; xx, 3, 14b, 17b, 32; xxn, 9, 10, 23e ; xxm, 3e, 4e, 5b, 28; xxiv, 18, 24; xxv, 12, 16e; xxvi, 19-27; l, 29b. Parfois les désordres sont allés plus loin encore, et des chapitres entiers ont été bouleversés. Le tableau suivant, emprunté aussi à Westcott, donne une idée de ces changements :

Edit. Compl. lat.sjr. E. V.

xxx, 25

Page 1