ÉGYPTIENS (ÉVANGILE DES) — EL
pris dans la géhenne du feu fait penser à une doctrine très contraire à la métempsycose, que nous avons vu reprocher à l’Évangile des Égyptiens. Il se pourra donc que la Secunda Clementis ait cité un évangile apocryphe d'une certaine valeur; mais cet évangile n’est pas l'Évangile des Égyptiens. Quant à ce dernier, il convient d’y voir une compilation apocryphe, sans valeur comme tradition évangélique, fiction égyptienne hérétique des environs de 150, loin d’y trouver, comme M. Harnack, une tradition parallèle aux évangiles synoptiques et dont la rédaction pourrait remonter à la tin du Ier siècle. Pour l’hypothèse de M. Harnack, qui voit dans les Logia du papyrus de Benhésa, découvert par MM. Grentfell et Ilunt, en Égypte (1897), des extraits de l’Évangile des Égyptiens, elle ne paraît pas fondée. A. Harnack, Geschichte der altchristlichen Litteratur, t. i, Leipzig, 1893, p. 12, et t. il, 1897, p. 612; Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, la littérature grecque, 2e édit., Paris, 1898, p. 38; Revue biblique, 1897, p. 501-515.
P. Batiffol.
EICHHORN Jean Gottfried, exégète rationaliste allemand, né à Dorenzimmern le 16 octobre 1752, mort à Gœttingue le 25 juin 1827. D'abord professeur de langues orientales à l’université d’Iéna, en 1775, il passa, en 1788, à celle de Gœttingue. Il imagina l’explication naturelle des miracles et fut l'un des pères du rationalisme allemand. Voir F. Vigouroux, Mélanges bibliques, 2e édit., 1889, p. 144-161; Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4e édit., t. il, p. 438-449. Parmi ses nombreux écrits plusieurs se rapportent à l’Écriture Sainte ; nous citerons: Einleitung in das Alte Testament, 3 in-8°, Leipzig, 1780-1783; Einleitung in die apokryphischen Schriften des Alten Testaments , in-8°, Gœttingue, 1795; Einleitung in das Ncue Testament, 2 in-8°, Gœttingue, 1804-1810; Commentarius in Apoealypsim Joannis,
2 in-8°, Gœttingue, 1791; Die hebrâisehen Propheten,
3 in-8°, Gœttingue, 1816-1820. Il a en outre écrit un
grand nombre d’articles dans les deux recueils suivants : Repertorium fur biblische und morgenlàndische Lite ratur, 18 in- 12, Leipzig, 1777-1786; Allgemeine Bibliothek der biblischen Literatur, 10 in -8°, Leipzig, 1787- 1801. — Voir H. C. A. Eichstaedt, Oratio de J. G. Eichhorn illustri exemplo felicitatis Academicæ, in-4°, Iéna, 1827; Th. C. Tyschen, Memoria J. G. Eichhorn, in-4°, Gœttingue, 1828. B. IIeurtebize.
EL (hébreu : 'Èl; Septante : 0cdç; Vulgate : Deus ; assyrien : ilu), nom générique de Dieu, dans .la langue hébraïque. Élohim a en hébreu la même signification, quoiqu’il en soit distinct. Voir Élohim. Nous n’avons d’ailleurs dans nos versions aucune trace de la distinction existant dans le texte original entre ces deux mots, parce qu’elles ont rendu l’un et l’autre parle même terme, 0eôç, Deus, Dieu.
I. Le mot El. — On le fait dériver assez communément de biN , 'ûl, racine verbale inusitée, à laquelle on attribue, entre autres sens, celui de,« être fort », de sorte que ’Êl signifierait « le fort ». Cf. Gen., xxxi, 29 (hébreu). Cette étymologie n’est pas acceptée aujourd’hui par plusieurs hébraïsants, qui donnent du mot des explications diverses et toutes sujettes à difficulté. Voir Fr. Buhl, Gesenius , Ilebraisches Handwôrterbuch, 12e édit., 1895, p. 39. Quoi qu’il en soit, ’Êl a régulièrement dans l’Ancien Testament une valeur appellative, de même qu’Élohirn, de sorte qu’il peut s’appliquer aux faux dieux comme au vrai Dieu. Par suite, pour désigner le vrai Dieu d’une manière précise et sans aucune équivoque, dans les écrits en prose on détermine souvent ’Êl, soit par un adjectif: ’Êl haï, « le Dieu vivant, » Ps. xlii (xli), 3; lxxxiv (lxxxiii), 3; ’Êl 'Elyôn, « le Dieu très haut, » Gen., xiv, 18, etc.; soit par un complément : hâ-'Êl ’Ëlôhê ’abikâ, « le Dieu, dieu de ton père, » Gen., xlvi, 3; ’Êl ' ûldm , « le Dieu d’éternité, » Gen., xxi, 33; ’Êl Bêt ’Êl,
« le Dieu de Béthel, » Gen., xxxi, 13; ’Êl ’êlîm, « le Dieu des dieux, » Dan., xi, 36, etc. Dans le style poétique, par abréviation ’El peut s’employer sans aucun déterminatif comme nom propre de Dieu. Job, v, 8; viii, 5; Ps. x, 11; xvi, 1; xvii, 6, etc. Quelquefois, mais plus rarement, il est précédé de l’article hd-’El, pour désigner « le Dieu » par excellence, le seul vrai Dieu. Ps. lviii, 20; Is., xlii, 5. Voir F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit. ,1896, t. iv, p. 465-470.
II. Emploi du nom divin 'El dans la Bible hébraïque. — ’El se lit, au singulier, deux cent vingt -six fois dans les livres protocanoniques de l’Ancien Testament (S. Mendelkern, Concordantiæ hebraicæ, 2 in-4°, Leipzig, 1896, t. i, p. 85-86); le pluriel ’Elîm est employé seulement neuf fois. ’ Elohim est d’un usage beaucoup plus fréquent dans la Bible hébraïque. Voir Élohim. On doit remarquer que ce sont généralement les auteurs les plus anciens qui se sont le plus servis du mot ’Êl. 11 est dix- huit fois dans la Genèse (dont cinq fois avec l’épithète Saddaï, « tout-puissant, » et quatre fois avec l’épithète ’ Elyôn) ; quatre (ois dans l’Exode, vi, 3 (avec Saddaï) ; xv, 2; xx, 5, et xxxiv, 14; dix fois dans les Nombres (huit fois dans les oracles de Balaam [xxm, 8, 19, 22, 23; xxiv, 4, 8, 16, 23] et xii, 13; xvi, 22); treize fois dans le Deutéronome (dont cinq dans les cantiques de Moïse). Il est absent des chapitres xi-xxxi de ce livre, de même que du Lévitique tout entier, où Dieu est toujours appelé Jéhovah et où Élohim luimême ne se lit qu’une seule fois pour qualifier Jéhovah, xix, 2, et une autre fois pour désigner les faux dieux, xix, 4. Josué l’emploie trois fois, Job plus de cinquante fois. II est usité à peu près dans un tiers des Psaumes. Dans les livres de Samuel (I et II Reg.), il ne se rencontre que dans les morceaux poétiques. I Sam., i, 2, 3; Il Sam., xxii (quatre fois); xxm (cinq fois). Isaïe l’emploie trois fois dans sa première partie, v, 16; xiv, 13; xxxi, 3; quatorze fois dans la seconde partie. Jérémie n’en fait usage que deux fois, li, 56, et xxxn, 18; ce dernier passage est un emprunt au Deutéronome, x, 17. Ézéchiel emploie ’Êl Saddaï, x, 5; ’Êl seul, xxvm,2, 9. On le trouve trois fois dans Osée et autant dans Malachie, une fois dans Miellée, dans Nahum et dans Jonas, trois fois dans Daniel. On voit par là que peu à peu l’usage du nom de ’Êl a diminué, et qu'il a été surtout conservé par les poètes, qui ont toujours aimé les formes archaïques, et à qui l’emploi de ce mot monosyllabique était parfois plus commode que celui du nom d'Èlohim. On ne le lit jamais dans le court livre de Ruth, dans le Cantique des cantiques, l'Ecclésiaste, les Proverbes, les (III et IV) livres des Rois, Joël, Amos, Abdias, Habaeuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Esther, (I) Esdras, les Chroniques ( Paralipomènes). Dans Néhémie (II Esdr. ), il ne figure que dans une citation de l'Exode, II Esdr., ix, 31 et Éxod., xxxiv, 6, et dans une double citation du même passage du Deutéronome, II Esdr., i, 5; ix, 32, et Deut., x, 17.
III. Le mot ’Êl dans les noms propres. — Les Sémites, en général , manifestaient leur religion et leur piété envers leurs dieux en faisant entrer leur nom dans la composition des noms propres de personnes et de lieux, soit comme élément initial, soit comme élément final. Conformément à cet usage, les Hébreux se servirent du nom commun divin El (et plus souvent encore du nom propre de Dieu, Jéhovah, abrégé, voir Jéhovah ; jamais d’Elohim, qui était trop long) pour former leurs noms propres: par exemple, Éléazar, Elchanan, etc., Israël, Ézéchiel, Daniel, Métabéel (nom de femme), etc.; Phanuel, Béthel, etc. Cet usage existait encore du temps de Notre- Seigneur : nous trouvons dans l’Évangile: Nathana-el. Joa., i, 46, etc. Les Sémites polythéistes se servaient souvent, pour former leurs noms propres, du nom personnel de leurs dieux (voir Assurbanipal , Baltassar, etc.); mais on rencontre aussi l’emploi d’El chez plusieurs
EL
ÉLAM
autres peuples sémitiques, tels que les Moabites, Nachliel, Num., xxi, 19; les Ammonites, Pudu-ilu, d'après les inscriptions cunéiformes (voir Schrader, Die Keilinschriften und das alte Testament, 2e édit., 1882, p. 141 ; comparer Phedaël, Num., xxxiv, 28); les Chananéens, Jezrael, I Sam., xxix, 1, etc.; Jephtahel, Jos. , xix, 14, 27; Jéraméel , I Sam., xxvii, 10 (tous les trois, noms de lieux); les Phéniciens, ’EvuXo;, roi de Byblos (Arrien, II, xx, 1), appelé sur ses monnaies bsov,
« l’œil de Dieu, » etc.
IV. ’j El dans quelques locutions particulières. — Dans certaines locutions poétiques, ’Êl, complément d'un substantif, a la valeur d'un superlatif: harerê-’Êl,
« montagnes de Dieu, » signifie « montagnes très hautes », Ps. xxxvi (xxxv), 7; ’arzê-’Êl, « cèdres de Dieu, » veut dire « cèdres très élevés ». Ps. lxxx (lxxix), 11. — Voir E. Nestle, Die israelitischen Eigennamen nach ihrer religionsgeschichtlichen Bedeulung, in-8°, Harlem, 1876, p. 33; D. H. Millier, Ueber bx und nbx im Sabàischen , dans les Actes du sixième Congrès des orientalistes, tenu en 1883, à Legde, part, n, sect. i, p. 465-472; Frd. Baethgen, Beitràge zur semilischen Religionsgeschichte, in-8°, Berlin, 1888, p. 296-310; Th. Noldeke, Elohim, El, dans les Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1882, p. 1175-1192; E. Renan, Des noms théophores apocopés dans les anciennes langues sémitiques, dans la Revue des études juives, 1882, t. v, p. 161; E. G. King, Hebrew Words and Synonyms, Part. i. The Names of God, in -8°, Cambridge, 1884.
F. Vjgouroux.
ÉLA (hébreu : ’Êlâh, et une fois ’Elâ'), nom d'un Iduméen et de cinq Israélites.
1. ÉLA (Septante : TlXâ;), un des alloufs ou chefs de tribu en Idumée. Gen., xxxvi, 41; I Par., i, 52.
2. ÉLA (hébreu : ’Élâ’ ; Septante : TI), ci), père de Séméi, l’intendant de Salomon dans la tribu de Benjamin. III Reg. iv, 18.
3. ÉLA (Septante : ’HXâ), fils et successeur de Baasa, roi d’Israël. III Reg., xvi, 6,8. Il établit sa résidence à Thersa, ÿ. 9, et imita la conduite coupable de ses pères, f. 13. Il fut tué par Zambri, un de ses officiers, pendant qu’il s’enivrait dans la maison de son intendant, Arsa, yÿ. 9-12, la vingt- cinquième année d’Asa, roi de Juda. Son règne dura moins de deux ans, f. 8; toute sa famille périt avec lui , ÿ. 11.
4. ÉLA (’HX<x), père d'Osée, le dernier roi d’Israël. IV Reg., xv, 30; xvn, 1 ; xvm, 1, 9. 11 ne faut pas le confondre avec le précédent, qui vécut deux siècles plus tôt.
5. ÉLA (Septante: ’ASi; Codex Alexandrinus : ’AXâ), fils de Caleb, de la tribu de Juda. I Par. iv, 15.
6. ÉLA (Septante: ’H) .oj 5 Codex Alexandrinus : * I IXoc ) ^ fils d’Ozi, de la tribu de Benjamin. I Par., ix, 8.
ÉLAD (hébreu : 'El'âd, « Dieu a attesté; » Septante : ’EXeâo), descendant d’Éphraïm par la branche de Suthala, selon la Vulgate; plutôt frère de Suthala, selon le texte hébreu. I Par., vu, 21. Il fut tué avec son frère Ezer par les habitants primitifs de Geth, dans une expédition où ils tentèrent de ravir leurs troupeaux.
ÉLAD A (hébreu : ’EVûdâh, « Dieu a orné; » Septante: ’EXaSct), fils de Thahath et père d'un autre Thahath, dans la descendance d’Éphraïm. I Par., vu, 20.
ELAH, nom hébreu, ’Êlâh, de la vallée que la Vulgate appelle « vallée du Térébinthe », parce que c’est la signification du rnot ’Êlâh. Voir Térébinthe (Vallée du).
ÉLAI (Septante : ’EXxîa), ancêtre de Judith, de la tribu de Simeon. Judith, vin, 1. Les noms de cette généalogie présentent bien des divergences entre les Septante et la Vulgate. Les noms donnés dans cette dernière version paraissent assez altérés; on ne voit guère qu’ ’EXxta des Septante qui puisse répondre à Élaï.
ÉLAM (hébreu : ’Êldm), nom d’un descendant de Sem, de six Israélites et du pays habité par la postérité d'Élam, fils de Sem.
1. ÉLAM (Septante : ’EXâp., Gen., x, 22; AîXxu., I Par., i, 17; Vulgate : Ælam), le premier des fils de Sem mentionnés dans les listes généalogiques de l’Écriture. Gen., x, 22; I Par., i, 17. 11 s’agit ici de la branche la plus orientale des peuples sémitiques, et son histoire se confond avec celle du pays même. Voir Élam 8.
A. Legendre.
2. ÉLAM, chef de famille de la tribu de Benjamin, dans la descendance de Sésac. I Par.,vm, 24, 25.
3. ÉLAM, lévite de la branche de Coré, cinquième fils de Mésélémia. Il était portier du Temple du temps de David. I Par., xxvi, 3.
4. Élam (Septante: ’AïXâp., ’HXxu), chef de famille dont les descendants sous Zorobabel revinrent de la captivité de Babylone au nombre de douze cent cinquante quatre. I Esdr., n. 7; II Esdr., vu, 12. Plus tard, soixante et onze autres de ses descendants se joignirent à Esdras à son retour de l’exil. I Esdr., viii, 7. En ce dernier passage, la Vulgate le nomme Alam. Voir t. i, col. 333. Ce fut un de ses descendants, Séchénias, qui encouragea Esdras dans la réforme du peuple. I Esdr., x, 2. Parmi ceux qui renvoyèrent les femmes étrangères qu’ils avaient prises contre la loi se trouvent six membres de la famille d’Élam. I Esdr., x, 26. Dans I Esdr., x, 2, le texte hébreu porte □biy, par allongement du >, yod, en i, vav ; aussi au qeri a-t-on ponctué 'Olâm.
5. ÉLAM, chef de famille dont les descendants revinrent également de Babylone avec Zorobabel. On a soin de le distinguer du précédent, puisqu’on ajoute ’ahôr, « autre, » à son nom : « l’autre Élam. » Mais ce qui est étrange, c’e>t que le nombre de ses descendants revenant de l’exil soit exactement le même, douze cent cinquante-quatre. I Esdr., n, 31; II Esdr., vu, 34. Il a dù se glisser ici quelque faute de copiste.
6. ÉLAM, un des chefs du peuple qui, à la prière de Néhémie, signèrent le renouvellement de l’alliance théocratique. Il Èsdr., x, 14.
7. ÉLAM, un des prêtres qui accompagnèrent Néhémie, quand il fit la dédicace des nouveaux remparts de Jérusalem. II Esdr., xii, 41 (hébreu, 42). E. Levesqle.
8. ÉLAM (hébreu : 'Elâm, « pays haut; » Septante : ’AiXâp., Jer., xxv, 25; xlix, 34, 35, 36, 37, 38, 39; Ezech., xxxii, 24; Dan., vm, 2; Codex Vaticanus , AlXagsRai, Is. , xi, 11; ’E).apeîtai ; Is. , xxi, 2; xxn, 6; Codex Sinaiticus, ’EXauî-at , Is., xxi, 2; xxii, 6; Vulgate : Elam, Jer., xxv, 25; Ælam, Is., xi, Tl; xxi, 2; xxii, 6; Jer., xlix, 34-39; Ezech., xxxii, 24; Dan., vm, 2), nom du pays habité par les descendants d’Élam (voir Élam 1) et situé au nord du golfe Persique, avec Suse pour capitale. C’est aussi le nom du peuple lui -même. Is., xi, 1 1 ; xxi, 2; xxii, 6, Jer., xxv, 25; xlix, 34-39; Ezech., xxxii, 24; Dan., vm, 2.
I. Nom. — Élam est souvent mentionné dans les inscriptions assyriennes avec la forme féminine, Ilamtu , mât liant -ti, tandis que l’« élamite » est appelé Ilamû. Le sens géographique de ce mot s’explique et se pré-
ÉLAM
cise encore davantage par l’inscription de Béhistoun, dans laquelle au babylonien I-lam-mat répond le persan Uvaja, c’est-à-dire « la Susiane ». 1 Êlâm , qui signifie « pays haut », est le nom donné par les Babyloniens sémites au pays montagneux qui commence au nord et à l'est de Suse. Le terme accadien employé pour désigner la même contrée, Numma-ki, avait la même valeur; c’est ce qu’avaient déjà reconnu les premiers assyriologues. Le nom particulier, indigène) d'après les monuments eux-mêmes, était Susinak (cf. Süsankâyê', I Esdr., iv, 9), de Susdn ou Susin, Suse, la ville principale. Si la région élevée s’appelait Numma, Ilamma, la plaine était nommée Anzân , AnMn , et par assimilation de la nasale à la chuintante, Assân, nom qui se trouve mentionné dans les inscriptions des rois et des patesi de Lagas, dans le Livre des présages des vieux astronomes chaldéens, et dans le protocole royal de Cyrus et de ses ancêtres (cf. Rawlinson, Cun. Insc. W. A., t. v, pi. 35, 1. 12, 21), et qui a donné lieu à d’ardentes polémiques. 'Elâm est devenu en grec ’EXûpiai, ’EXog.aïç, l'Élymaïde des auteurs classiques. Cf. Frd. Delitzsch, Wo lag das Paradies? Leipzig, 1881, p. 320; E. Schrader, Die Keilinschriften und das Aile Testament , Giessen, 1883, p. 111; G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, t. n, 1897, p. 33.
IL Géographie. — 1° Situation et description. — Plusieurs auteurs anciens ont confondu Élam avec la Perse. C’est une erreur au triple point de vue ethnographique, philologique et historique. N’eussions -nous que lu Bible pour guide, nous pourrions encore assez exactement déterminer le territoire et le peuple désignés sous ce nom. Elle range les Élamites parmi les descendants de Sem, Gen., x, 22; I Par., i, 17, tandis que les Perses sont des Aryas, c’est-à-dire de race indo- germanique. Elle leur donne pour voisins Sennaar ou la Babylonie, Gen., xiv, 1; I Esdr., iv, 9, le Guti (hébreu : Gôim ; Vulgate : Gentium) , au nord de ce dernier royaume, Gen., xiv, 1, les Mèdes, Is. , xxi, 2, et pour ville principale Suse, sur le Heure Ulai, l’ancien Eulæus, EàXaîo:. Dan., vin, 2. Toutes ces données nous conduisent à la Susiane, entre la Babylonie et la Perse, en sorte que le pays d’Élam touchait au sud au golfe Persique, à l'ouest a la Chaldée, au nord à l’Assyrie et à la Médie, et du côté de l’est à la Perse. Les traducteurs arabes de la Bible l’avaient bien compris : Saadia rend le nom par Khouzistân, Gen., x, 22; xiv, 1; Is., xi, 11; l'auteur de la version des Prophètes dans la polyglotte de Londres, 1s. , xi, 11 , xxi, 2; xxii, 6; Jer., xux,34; Ezech , xxxii, 24, le traduit par Ahouaz, ville encore existante de la contrée. Cf. À. Knobel, Die Vôlkertafel der Genesis, Giessen, 1850, p. 139. (Voir la carte, tig. 537.)
L’Élam correspond donc en grande partie au Khouzistân ou Arabistan actuel, dont la configuration est nettement accusée. Il comprend deux régions distinctes, celle de la plaine et celle des montagnes. Les plaines basses, que le golfe Persique borde au sud et le Schatt el-Arab à l'ouest, ont un aspect nu et inculte; brûlées en été par une chaleur presque tropicale, elles sont partiellement inondées en hiver par les pluies et le débordement des rivières , qui les transforment en lacs ou en marais. Mais, à mesure qu'on s’élève vers l’intérieur, des collines à pente douce conduisent à un premier palier d'élévation moyenne, où se sont développées de tout temps les villes les plus importantes du pays, comme Suse anciennement et Chouster aujourd'hui. A partir de ce premier gradin commence la montagne proprement dite, qui se compose de chaînons parallèles, dont la direction générale est du nord-ouest au sud-est. La chaîne est principalement formée de roches calcaires et crétacées, tandis que les avant- monts rapprochés du Tigre ont pour la plupart des nummulites et des grès plus récents. En venant de la plaine, il faut monter par une succession de degrés et de cluse en cluse : les montagnes s’étagent l’une derrière l'autre et s’alignent
parallèlement sur six ou sept rangs, comme autant de remparts, entre le plateau de l’Iran et les campagnes du Tigre. Cette zone est entrecoupée de vallées nombreuses, latérales ou transversales, que parcourent d’innombrables cours d’eau alimentés par les sources ou par les neiges. Le sol ici est très riche; on y récolte du blé et de l’orge; mais la plus grande partie des vallées est couverte d’immenses pâturages où paissent des troupeaux de moutons et de gros bétail. Les étés y sont tempérés et les hivers très froids: aussi la végétation y est- elle bien différente de celle qui couvre les plaines inférieures.
Le Khouzistân est situé tout entier sur le talus du pla-
teau incliné vers le bassin de l’Euphrate. C'est dans cette direction que s’écoulent toutes les eaux. Les rivières y sont nombreuses, et plusieurs sont considérables. Citons principalement la Kerklia , YUknû des Assyriens, le Khoaspès des Grecs, et le Kourân ou Karoûn, qui représente dans une partie de son cours Y Ulai de Daniel, vm, 2, 16, 1 e'nâr U -la -a des inscriptions assyriennes, YEulæos des classiques, appelé aussi Pasitigris. Le bras du Karoûn qui passe à Dizfoul est aujourd’hui reconnu pour être l’ancien Ididi, nâr Id-id-ê. Cf. Frd. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 193, 329. Ces rivières se réunissent par des canaux en quittant les hauteurs et se déplacent perpétuellement à travers le sol meuble de la plaine susienne; elles égalent bientôt la largeur de l’Euphrate, puis elles se perdent à moitié au milieu des vases, et elles vont rejoindre le Schatt el-Arab. Elles se jetaient autrefois dans la partie du golfe Persique qui pénétrait jusqu'à Ivornah, et la mer servait de frontière au versant méridional du pays. La côte a quelques baies, et les cours d'eau qui se jettent dans le golfe y forment de petits estuaires.
2° Population. — A la division physique du pays correspond la division de la population. Deux races différentes, les Loûrs et les Arabes, occupent chacune exclusivement une des deux grandes régions. Les premiers, qui appartiennent à la famille iranienne ou persane, possèdent seuls le haut pays. Les seconds, beaucoup moins nombreux, sont répandus dans les plaines inférieures jusqu’au Tigre et à l’Euphrate. La classe pastorale forme la très grande majorité des habitants. Aussi le Khouzistân I n’a guère d’autres produits que ceux de ses troupeaux; | on y cultive cependant le tabac, le coton, l'indigo, le
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maïs. La contrée d’alluvions qui s’étale derrière les marais est aussi féconde et aussi riche que les alentours de Bubylone. Le froment et l’orge y rendaient autrefois cent et même deux cents pour un. Strabon, xv, p. 731. Les palmiers entouraient les villes d'une ceinture épaisse; les sculptures assyriennes nous les montrent nombreux au temps d'Assurbanipal comme ils le sont encore aujourd'hui. L’amandier, le figuier, l’acacia, le peuplier, le saule, se serraient en bandes étroites au bord des rivières. Cf. E. Reclus, L’Asie antérieure, Paris, 1884 , p. 167, 290 - 298 ; Maspero, Histoire ancienne, t. il, p. 30-32; Jane Dieulafoy, La Perse, la Chaldée, la Susiane , dans le Tour du monde, t. li, p. 65-112; A Suse, dans la même revue, t. liv, p. 1-96; t. lv, p. 1-80; Layard, Description of the province of Khûzistân , dans le Journal of the Society of Geography de Londres, t. xvi, 1816, p. 1-105.
Dans le pays que nous venons de décrire vivaient de toute antiquité trois peuples dont les descendants persistent de nos jours, amoindris et mêlés à des éléments d’origine plus récente. Les sculptures assyriennes représentant des scènes de guerre dans la contrée d’Élam, montrent qu’un type négroïde très caractérisé prédominait dans cette population de sang mélangé. C’étaient des hommes trapus, robustes, bien pris dans leur petite taille, avec peau brune, œil et cheveux noirs (fig. 538). Ils se | tenaient principalement sur les plages basses et dans le creux des vallées, où le climat humide et chaud favorisait leur développement; mais ils étaient répandus aussi j par la montagne jusqu’aux premiers plans du plateau j iranien. Ils y entraient en contact avec une autre race de stature moyenne, à la peau blanche, probablement apparentée aux nations de l’Asie centrale et septentrionale. Cette seconde population est rattachée par quelques auteurs à la race dite sumérienne, que l’on trouve établie j en Chaldée. Il y avait enfin des Sémites. « Les sculptures assyriennes... justifient l’écrivain biblique en attribuant à la plupart des chefs de tribus et des hauts fonction- j naires de la cour des rois de Suse un type de race tout J à fait différent de celui des hommes du peuple, des traits qui sont, sans aucun doute possible, ceux des nations s yro- arabes (fig. 539). 11 y avait donc eu dans le pays dElam, à une époque qu'il nous est impossible de déterminer, introduction d’une aristocratie se rattachant à la 1 rtee de Sem, aristocratie qui avait rapidement adopté le CICT. DE LA BIBLE.
langage du peuple auquel elle s'était superposée, mais qui, ne se mélangeant pas avec les indigènes des classes inférieures, avait conservé fort intact son type ethnique particulier. C’est là ce que le document sacré désigne sous le nom d'Élam, fils de Sem. » F. Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, Paris, 1881, t. i, p. 281. L’existence d'une population sémite en Élarn est encore prouvée par les noms des villes anciennes que nous citons plus bas, et dans lesquels les préfixes appartiennent bien aux langues sémitiques : Bit, « maison; » TU, «colline; » Bàb, « porte. »
L’Elam constituait une sorte d’empire féodal, divisé entre nombre de tribus : les Habardîp , qui sont les anciens Mardes ou Amardiens, les Khapirti- Apirti des textes susiens et akhéménides, et habitaient le pays au nord-est de Suse; les Hussi ou Ouxiens; les gens d Yatbûr et d ’Yamûtbal, dans la plaine, entre les marais du Tigre et la montagne; YUmlias, entre l’Uknù et le Tigre. Ces