‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 175 sur 485 · II · texte numérisé non relu

II

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tines, avait fini par se trouver hors d’état de défendre ses frontières et son indépendance. Une invasion, descendant le cours du Khoaspès, couvrit rapidement tout le bassin inférieur du Tigre et de l'Euphrate. Le roi d’Élam traversa la contrée en triomphateur, dévastant les campagnes, n’épargnant ni ville ni temple, emportant comme trophée la statue de la déesse Nanà, qu’il enleva à Uruk et qu’il emprisonna au sanctuaire de Suse. Le souvenir de ce désastre resta gravé profondément au cœur des Chaldéens jusqu’au jour où, longtemps après, ils prirent une éclatante revanche en portant le fer et le feu dans la capitale de leurs ennemis séculaires. C’est le roi Assurbanipal qui, dans le récit d’une glorieuse campagne contre l’Élymaïde, nous raconte comment il trouva et réintégra dans son temple la statue qui « était dans le malheur depuis mille six cent trente-cinq ans ». Mais alors la Chaldée entière, et Babylone elle -même, dut reconnaître la suprématie de l’envahisseur; un empire susien l’absorba dont ses États furent les provinces et ses

idinnam est le nom du roi de Larsa (la tablette vient de Larsa-Senkeréh), qui fut détrôné par Kudur-Mabuk et Itimsin. Il fut sans doute remis au pouvoir par Hammurabi, roi de Babylone, après sa campagne contre le prince d’Émutbal (l’Élam occidental) et Rimsin, campagne qui est mentionnée, en dehors du texte que nous venons de citer, par les inscriptions des contrats de Tell-Sifr et Senkeréh. Cf. Revue biblique, Paris, t. v, 1896, p. 600-601. On avait jusqu’ici identifié Kudur-Lagamar avec Kudur- Mabuk. Les monuments viennent de justifier la Bible en révélant le vrai nom du conquérant dont parle la Genèse dans son premier récit militaire. Gen., xiv. Dans cette campagne , les trois rois d’Élam , de Babylone et de Larsa avaient été alliés; car on reconnaît généralement Éri-Aku dans Arioch et Ilammurabi dans Amraphel. Nous sommes à même de comprendre maintenant comment Chodorlahomor avait pu porter ses armes jusqu a la Méditerranée. « L’ensemble des faits connus jusqu’à présent suggère l’idée d un grand empire élamite, qui

540. — Bataille d’Ulaï. Archers et chars de guerre des Élamites. Eoyoundjik. D’après Layard, Monuments

of A'iueveh, t. il , pl. 45.

dynasties les vassales. Cette soumission résulte du titre d ’Adda Martu, « souverains de l’Occident, » que prennent plusieurs princes élamites. C’est du reste ce qui explique comment ceux-ci purent étendre leur autorité par delà l’Euphrate, comme au temps de Chodorlahomor. La ville de Larsa paraît, d’après les monuments, avoir été la capitale du nouveau royaume. Après le départ de Kudur- Nanhundi, les vaincus s’appliquèrent à réparer le mal qu’il avait fait; leur prospérité même attira à bref délai un second orage sur leur tète. Le roi tributaire voulut-il se soustraire à la suprématie des Élamites? L’un des successeurs du Kudur-Nanhundi, Simti- Sil/tak, avait concédé la seigneurie d’Yamutbal en apanage à Kudur- Mabuk, l’un de ses enfants, qui se vante dans ses inscriptions d’avoir possédé toute la Syrie. Celui-ci détrôna le vassal et confia l’administration du royaume à Éri- Aku, son propre fils, qui, d’abord feudataire, puis associé à la couronne, puis seul maître après la mort de son père, épousa une princesse de sang chaldéen, et, après avoir régné en bon souverain , fut vaincu par Hammurabi , disparut enfin de la scène sans laisser de traces.

Éri-Aku avait demandé secours à son parent et suzerain Kudur-Lagamar, qui avait remplacé Simti-Silhak à Suse. Tous deux furent défaits. C’est ce qui ressort de certains documents et en particulier d’une inscription chaldéenne récemment découverte par le P. Scheil. Elle commence ainsi : « A Sin- idinnam soit dit de Hammurabi : Les déesses du pays d’Emutbalim, je te les ai données comme prix de ta vaillance, au jour de la défaite de Ku-dur-la-ukh-ga-mar (Chodorlahomor). » Sin-

pesa quelque temps sur l’Asie antérieure , le même peut-être que les Grecs ont soupçonné vaguement et dont ils attribuaient la gloire au fabuleux Memnon. » G. Maspero, Histoire, t. n, p. 47. Voir sur ces événements du chapitre xiv de la Genèse, F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , Paris, 6e édit., t. i, p. 481-504.

IIe Période. Démêlés avec la Chaldée et V Assyrie. — A l’époque de NabuchodonosorIer, les Élamites arrachèrent à la Chaldée le Namar, dont les chevaux leur étaient précieux, et ce succès leur avait ouvert toutes les provinces situées sur la rive gauche du Tigre. Ils avaient même franchi le fleuve, pillé Babylone, emporté chez eux la statue de Bel et celle de la déesse Éria. Sous le coup des impitoyables exigences du vainqueur, le Namar se révolta. Plusieurs nobles se réfugièrent chez Nabuehodonosor, d’autres entamèrent avec lui des négociations secrètes et s’engagèrent à l’appuyer s’il s’armait pour les délivrer. Celui-ci envahit le Namar en plein été, dans une saison où les Élamites ne pensaient pas qu’il put entrer en campagne. Il atteignit bientôt l’Ulaï. Le souverain d’Élam, pris au dépourvu, attendit le choc sur les bords de la rivière, en avant de Suse. Les Chaldéens finirent par avoir le dessus; les Élamites renoncèrent à leurs prétentions sur la province envahie et restituèrent les statues divines.

Ummanigas ou Humbanigas régna de 733 à 716 avant J.-C. Il fit alliance avec Mérodach-Baladan, roi de Babylone, contre Sargon , roi d’Assyrie. Mais celui-ci eut bientôt raison du roi d’Élam, dont il raconte la dé-

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provoquer la colère du monarque ninivite. Tl eut luimême une fin violente, et son frère Urtaku lui succéda, en G82. Une épouvantable famine s’étant abattue sur l'Élymaïde, Assurbanipal, qui tenait à ménager le peuple soumis, puisa spontanément dans les magasins de Ninive et fit transporter à Suse des convois de blé avec des troupeaux de bestiaux; on recueillit sur le territoire même d'Assur tous les malheureux que la faim chassait de leurs foyers. Tant de bienfaits ne furent payés que par l'ingratitude. Urtaku envahit le pays d'Accad, alors sous la domination assyrienne. Il croyait sans doute son terrible antagoniste occupé à quelque lointaine expédition, et il espérait s’emparer de Babylone avant son retour. Apprenant que l’ennemi avançait, il leva le camp et rentra dans ses Étals, où il mourut assassiné, probablement à l’instigation de son troisième frère, Te-umman, qui lui succéda. Celuici, que les Assyriens regardaient comme la personnification du mal, résolut, pour se débarrasser de tout compétiteur, d’envelopper dans un même massacre les héri-

541. — Le général assyrien présente aux Élamites vaincus leur nouveau roi Ummctn-igaS. Koyoundjik. D’après Layard, Monuments of Kinevch, t. n, pl. 4S.

faite devant Duril en même temps que la prise de Samarie. Cf. Oppert, Fastes de Sargon, 1. ‘23-25; Records of the past , 1877, t. ix, p. 5; H. Winckler, Keilinschriftliches Textbuch, p. 24-25; Keilschrifltexte Sargon’s, p. 100-101; F. Vigoureux, La Bible et les découvertes modernes, t. nr, p. 559. Ilumbanigas après cela resta tranquille pendant trois ans et eut, en mourant, pour successeur Sulruk -Nahhunta , qui régna dix-huit ans. Celui-ci fut détrôné par son frère Hallusû, qui, révolté contre lui, l’enferma prisonnier dans son palais.

Vers 692, Sennachérib avait placé son fils Assur-nadinsum sur le trône de Babylone. Mérodach-Baladan , retiré dans le pays d'Élam et mis en possession d'un district de la côte, était parvenu à déterminer les habitants du Bit- Yakin et les plus ardents patriotes de la Chaldée et de la Babylonie à y émigrer en masse, moins pour fuir la domination assyrienne que pour former une nouvelle armée derrière la frontière et se jeter sur la Chaldée au moment propice. Sennachérib prit les devants et, descendant jus-

qu’au golfe Persique, vint occuper la ville de Nagitu et le district de Hilrnu et balaya tous ses ennemis. Mais en même temps éclatait dans Babylone une insurrection soutenue par les Élamites, et le vice-roi, Assur-nadin-sum, était chassé et remplacé par un Babylonien , Nergal- Usêzib. Ifallusu, étant mort, eut pour successeur Kudur- Nahhunta. Celui-ci n’était pas plus tôt sur le trône, que le roi d'Assyrie envahit l'Élam et ravagea une partie de la contrée; mais la mauvaise saison l'empêcha de la soumettre entièrement. Peu de temps après mourait Kudur- Nahhunta; il n’avait régné que dix mois. Le jour même de sa mort, suivant la coutume du royaume, Ummanmênanu, son frère, s’assit sur le trône. A la demande de Suzub, que le peuple de Babylone, chassant la garnison assyrienne, venait de proclamer roi, il passa la frontière à la tête d’une nombreuse armée, et vint rejoindre les troupes babyloniennes. Sennachérib attendit le choc près de la ville de Halulê, sur les bords du Tigre, et, après deux batailles où la victoire fut chaudement disputée, remporta un triomphe définitif. Quatre ans plus tard, par un de ces revirements si fréquents dans la politique ancienne, Umman-mênanu envahissait le territoire de ses anciens alliés, et, s’emparant du roi de Babylone, l’envoyait en Assyrie. Il mourait trois mois plus tard, après un règne de quatre ans. — Pendant ces événements, Isaïe voyait dans Élam un des instruments dont Dieu se servirait pour châtier Babylone et Jérusalem. Is., xxr, 2; xxii, 6.

Ummanaldas (ou HumbahaldaS) monta sur le trône d'Élam en 687. Un fils de Mérodach-Baladan, Nahù-zernapisti-ésir, poursuivi par Assarhaddon , étant venu lui demander asile, il le mit lâchement à mort, pour ne pas

| tiers de ses deux frères. Les princes cherchèrent protection j à la cour d’Assyrie. Le roi d’Élam envoya ambassadeurs | et présents pour demander là remise des fugitifs. Pour j toute réponse, Assurbanipal envahit la Susiane. Te-umman,

] fait prisonnier sur les bords du fleuve Ulaï (fig. 540), eut la tète tranchée, et un de ses neveux, TJmman-igas , fils d'Urtaku, fut placé sur le trône (fig. 541). Un bas-relief de Koyoundjik ( au British Muséum ) reproduit certains détails de cette terrible bataille (voir, 1. 1, fig. 292, col. 1081. On voit dans le haut, à gauche, le roi Te-umman agenouillé et percé de lances par les Assyriens.)

Au moment de la révolte de Samas-Ëum-ukin, roi de Babylone, contre son frère, le roi d’Assyrie, Ummaq-igas, qui devait la vie et le trône à Assurbanipal, se tourna contre lui pour soutenir l’insurrection. Mais bientôt son propre fils, Tammaritu, se révoltait à son tour et le mettait à mort pour prendre sa place. Tombant lui-même sous les coups d'un officier nommé Indabigas, chef d'une troupe de mécontents, il s’enfuit en Assyrie, où il fut reçu généreusement. Le pays d'Élam n’était pas au bout de ses révolutions et de ses maux ; il ne devait en voir la fin, comme Babylone, que dans un immense désastre. Le nouvel usurpateur fut assassiné par Ummanaldas, qui ceignit la couronne royale et s'attira dès le début l’inimitié du monarque assyrien. Assurbanipal envahit l’Élyrnaïde, accompagné d'un réfugié susien, Tammaritu, qui espérait faire valoir ses droits au trône. Ummanaldas, abandonnant sa capitale de Mataktu, s’enfuit dans les montagnes, et Tammaritu devint roi de la Susiane, mais pour trahir bientôt son bienfaiteur. Enfin le roi d’Assyrie réduisit complètement tout le pays. Il raconte dans une I longue inscription cette campagne, au cours de laquelle

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il délivra et remporta la statue de la déesse Nanâ. A côté du texte cunéiforme, de vastes tableaux, analogues à ceux qui se déploient sur les pylônes des temples de l'Égypte, nous font assister à toutes les péripéties de cette guerre d’Élam, la plus terrible de toutes celles qu’ait entreprises Assurbanipal.

IIIe Période. Perte de l’indépendance. — Grâce aux monuments chaldéens et assyriens, nous avons pu jusqu’ici suivre exactement l'histoire d’Elam et la série de ses rois, qui souvent ensanglantèrent le trône et préparèrent la fin réservée à tout royaume divisé contre luimême. Après la chute de Ninive, la contrée recouvrat-elle son indépendance? Ce n’est pas sur, bien que la Bible en parle toujours comme d’une nation distincte. Elle dut recevoir quelques enfants des Hébreux pendant la captivité. Is. , xi, 11. Les prophètes annonçaient que tous ses malheurs n’étaient pas finis. Elle devait, comme les autres peuples, boire la coupe de la colère divine. Jer., xxv, 25. Au commencement du règne de Sédécias, roi de Juda, Jérémie s’écriait: « Ainsi parle le Seigneur des armées : Voici, je vais briser l'arc d'Élam et leur principale force. Et je ferai venir contre Élam quatre vents des quatre coins du ciel, et je les disperserai à tous ces vents, et il n’y aura pas une nation où n'arrivent les fugitifs d’Élam. Je ferai trembler Élam devant ses ennemis... Et j’établirai mon trône dans Élam, et j’en détruirai les rois et les princes. Mais dans les derniers jours je ferai revenir les captifs d’Élam, dit le Seigneur. » Jer., xlix, 34-39. Ézéchiel, xxxn, 24, la met au nombre des morts que l’Égypte ira rejoindre. Après avoir été une des provinces du dernier empire chaldéen, Dan., vin, 2, elle forma plus tard une importante satrapie du royaume des Perses, dont Suse devint la capitale et la résidence favorite des rois. Esth., i, 2. Voir St'SE. — Pour les sources de cette histoire, voir la bibliographie des articles Assyrie, Badyi.onie, Chaldée ; J. Menant, Annales des rois d’Assyrie, Paris, 1874; Lenormant-Babelon , Histoire ancienne de l’Orient, t. iv, p. 286-290 , 348-353 , 358-364.

IV. Langue et civilisation. — On a retrouvé un certain nombre d’inscriptions susiennes, mais elles n’ont pas encore permis d’éclaircir complètement le mystère de la langue qu’elles expriment. Les caractères sont une modification du cunéiforme babylonien archaïque. Les textes ont été réunis en grande partie par F. Lenormant, Choix de textes cunéiformes inédits, p. 115-141. D’après lui, parmi les mots, en petit nombre, dont on peut déterminer le sens avec certitude, une portion notable se rattache étroitement au suméro-accadien. Exemples : an, « dieu; » accadien, an; meli, « homme; » accadien , mulu, etc. D’autres, qui n’ont pas de correspondant en accadien, possèdent leurs parallèles non moins évidents en proto-médique. Exemples: aak, « et, aussi; » protomédique, aak; sak, « fils; » proto-médique, sakri. Enfin quelques-uns demeurent encore sui juris et ne se prêtent jusqu’à présent à aucune comparaison. Exemples: burna, « loi; » kudhur, « adoration, service. » Gf. F. Lenormant, La magie chez les Chaldéens, in-8°, Paris, 1874, p. 322, 323; Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 46-47, 274 et suiv., et Die sumero-akkadische Sprache, dans la Zeitschrift fur Keilf ’orschung , t. I, p. 330 - 340, la rattache au géorgien, et l’introduit dans une grande famille linguistique qui comprendrait l’héthéen, le cappadocien, l’arménien des inscriptions de Van, le cosséen. G. Maspero, Histoire ancienne, t. n, p. 35, note 3. M Oppert a pensé retrouver sur une tablette du British Muséum une liste de mots appartenant à l’un des idiomes probablement sémitiques de la Susiane, différents à la fois du suso-médique et de l’assyrien. Trois exemples nous suffiront ici :

Sumérien. Êlamite. Suso-médique. Assyrien.

ciel arma, ilulu, dagigi, (an) lcilc, samu.

dieu. ... dingir, dimmer, basl/u, an nap, ilu.

homme., lu, mcli, veli, ruh, avelu.

Après une liste d’une quarantaine de mots, le savant ajoute : « En voilà assez d’exemples pour démontrer l’existence de ces quatre langues dans le bassin de l’Euphrate, et pour faire voir que la langue élamite offre une grande diversité qui la sépare des autres idiomes sumérien, suso-médique et assyrien. Mais en même temps les lacunes considérables de notre savoir ne sauraient nous autoriser à prétendre et à affirmer que cette langue n’était pas une langue sémitique. » J. Oppert, La langue des Élamites, dans la Revue d’assyriologie, t. i, Paris, 1885, p. 45-49. — Les inscriptions susiennes ont été étudiées par Oppert, Les inscriptions en langue susienne, Essai d’interprétation, dans les Mémoires du congrès international des orientalistes de Paris, 1873, t. il, p. 72-216; Sayce, The languages of the cuneiform Inscriptions of Elam, dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. m, 1874, p. 465-485, et The Inscriptions of Mal-Amir dans les Actes du sixième congrès international des orientalistes, tenu en 1883, à Leyde, t. n, p. 637-756; A. Quentin, Textes susiens, dans le Journal asiatique, Pjris,1891, t. xvii, p. 150 sq.; V. Scheil, Textes élamites sémitiques, in-4°, Paris, 1900.

Les mœurs et la civilisation ne devaient pas différer beaucoup de celles de la Chaldée. Pour avoir une idée de la richesse et des arts chez les Élamites, il nous suffit de rappeler les trésors que leur enleva Assurbanipal : « Par la volonté d’Assur et d’Istar, j’entrai dans le palais d’Ummanaldas, et je m’y installai en grande pompe; je fouillai la maison du trésor, où l’or, l’argent et toutes les richesses se trouvaient entassées, que les rois élamites les plus anciens jusqu’aux rois de ce temps -ci avaient ramassées... C’étaient des vêtements royaux d’apparat, des armes de guerre et toutes choses servant à combattre, des arcs, des ustensiles et des fournitures de toute espèce; les divans sur lesquels ils s’asseyaient et dormaient, les vases dans lesquels ils mangeaient et buvaient...; des chars de guerre, des chars de parade dont le timon était orné de pierres précieuses; des chevaux, de grandes mules dont les harnais étaient recouverts de lamelles d’or et d’argent. Je détruisis la pyramide de Suse, dont la masse était en marbre et en albâtre ; j’en abattis les deux pointes, dont le sommet était en cuivre étincelant. » Le même monarque parle de trente-deux statues de rois, en argent, en or, en bronze et en albâtre, qu’il enleva aux villes de Suse, de Mataktu, de Huradi, de lions et de taureaux à face humaine qui faisaient l’ornement des temples, des colosses qui gardaient les portes des sanctuaires. Cf. Lenormant-Babelon, Histoire ancienne, t. iv, p. 361. Tous ces détails supposent chez les Élamites de l’habileté et du goût pour les arts. Il n’est pas question ici des monuments de l’époque persane. « iji dès le temps de Cyrus et peut-être même avant son avènement, cette contrée (la Susiane) a été réunie à la Perse et en a depuis lors partagé les destinées, le peuple qui l’habitait, avant de perdre son existence distincte, avait eu tout un long passé de vie autonome et brillante; on s'est quelquefois demandé si sa civilisation n’est pas antérieure à celle même de la Chaldée. Quoi que l’on arrive à penser des affinités ethniques de la race susienne, ce qui est certain, c’est que l’histoire monumentale de l’Élam ne commence pas avec les princes achéménides. Lorsque ceux-ci choisirent Suse pour une de leurs résidences favorites, il y avait de longs siècles qu’avait surgi au-dessus de la plaine cette forteresse royale que l’on voit déjà figurée dans les tableaux de bataille des conquérants assyriens. Ce sont les couches superficielles des tumulus qui ont livré à Loftus et à M. Dieulafoy les restes des monuments de Darius et d’Artaxerxès ; mais l’énorme tertre renferme, profondément cachés dans ses lianes, les débris des constructions antérieures et des bas-reliefs en terre cuite qui les décoraient; le plus récent explorateur croit même avoir mis au jour, dans quelques-unes de ses tranchées, des parties de murailles et des émaux qui appar-

ÉLAM - ÉLATER

tiendraient à la période des anciennes dynasties nationales... L’on a signalé, sur d’autres points de la Susiane, des bas-reliefs rupestres qui remontent sans doute à ces temps lointains. Tels sont ceux qui se trouvent sur le plateau de Malamir, non loin de cette ville, dans le site sauvage connu sous le nom de Kald- Pharan ou forteresse de Pharaon. Il y a là un ensemble de sculptures qu’accompagnent de longues inscriptions. » G. Perrot et Cb. Chipiez, Histoire de l'art dans l’antiquité , Paris, 1890, t. v, p. 773-774.

V. Religion. — Le peu que nous savons de la religion nous transporte dans un monde mystérieux , plein de noms étranges. Parmi les dieux que nous font connaître les inscriptions indigènes ou les récits des guerres d'Assurbanipal, nous rencontrons d'abord, au sommet de la hiérarchie divine, Susinak, « le Susien ; » le nom réel du dieu était probablement tenu secret ou ne se prononçait que rarement. On peut se demander s'il n’était pas ce Rumba, Umma, Ummàn, qui revient si souvent dans les noms d'hommes ou de localités, et qui ne s’est pas rencontré jusqu'à présent, comme dieu isolé, dans une formule de prière ou de dédicace. II s’appelait encore Agbag, Asgêa. Sa statue se cachait dans un sanctuaire inaccessible aux profanes, d'où Assurbanipal l’arracha au viie siècle. On trouve ensuite la déesse Nalihunte , dont le nom entre également dans la composition de certains noms royaux. Au - dessous de ces deux personnages viennent six dieux, que le monarque assyrien signale comme de premier ordre, et qui paraissent avoir été groupés en deux triades, correspondant peut-être aux deux triades supérieures de la religion chaldéo- babylonienne; ce sont : Sumudu, Lagamar (second élément de Kudur-Lagamar, Chodorlahomor), Partikira, Amman- Kasimas, Uduru et Sapak. Enfin les annales du même roi de Ninive mentionnent douze dieux et déesses de moindre importance, dont les images furent également enlevées dans le sac de Suse. Cf. F. Lenormant, La magie chez les Chaldéens , p. 321, note 1. Ces divinités résidaient dans des bois sacrés où les prêtres seuls et les souverains avaient accès; leurs statues en sortaient à jour fixe, pour recevoir quelque hommage solennel. Voir fig. 454, t. i, col. 1481-1482. On leur apportait après chaque guerre heureuse la dîme du butin, vases précieux, lingots d'or et d’argent, meubles, étoffes, images des dieux ennemis. Parmi les bas-reliefs de Malamir signalés plus haut, il y en a qui paraissent représenter un dieu recevant les hommages des lidèles. Sur l’un d’eux en particulier, on croit reconnaître tous les détails d’un sacrifice. Cf. Perrot, Histoire de l’art , t. v, p. 774-778, fig. 463, 464. A. Legendre.

ÉLAMITES (hébreu : ’Êlâm, Gen., xiv, 1,9; ’Ëlmâyé’ , pluriel du chaldéen 'Êlmai, I Esdr., iv, 9; Septante : ’EXâg, Gen., xiv, 1, 9; ’EXogaîoi, Judith, 1, 6; ’EXaputroa, Act., n, 9; Vulgate : Elamitæ, Gen., xiv, 1, 9; Ælamitæ, I Esdr., iv, 9; Act., il, 9; Elici, Judith, i, 6), habitants du pays d'Élam, Gen., xiv, 1, 9; I Esdr., iv, 9; Judith, i, 6; Act., n, 9, les Elarnû, Elamâa des inscriptions assyriennes, les ’EXup.aïoi de Strabon, xi, p. 524; xv, p. 732. Les Septante ont souvent traduit par 'Exagérai le nom même du pays. Voir Ela.m 2. Ils ont omis ce mot, I Esdr., îv, 9, probablement comme superllu après celui de 2o,jo-ava-/aïoi (hébreu : Sûsankdyê ; Vulgate : Susanechæi), qui désigne les habitants de Suse, capitale d'Élam. Le grec ’ EXuu.aïoi de Judith, i, 6, est préférable au latin Elici. Les Élamites, d’après Gen., x, 22; I Par., i, 17, étaient de race sémitique. La langue de leurs inscriptions semblerait démentir cette assertion; mais nous savons, d'un côté, que le langage n’est pas un témoin nécessaire de l’origine ethnique; de l’autre, qu'un certain nombre de mots élamites se rapprochent des idiomes sémitiques; enfin que, d'après les monuments eux- mêmes, une partie de la population avait bien le |

type des enfants de Sem. Voir Élam 8, col. 1633. Nous avons, au même article, fait l’histoire de ce peuple et décrit sa civilisation; il ne nous reste que peu de chose à ajouter. C’était une nation guerrière, comme le prouvent l'étendue de son empire au temps de Chodorlahomor, Gen., xiv, 1, 9, ses démêlés constants avec Babylone et Ninivê, les difficultés qu’éprouvèrent à l'asservir les rois d’Assyrie. Elle était plutôt d’humeur turbulente. Ses soldats étaient d'habiles archers. Cf. Is., xxn, 6; Jer., xlix , 35. Assurbanipal nous parle des chefs des archers, capitaines, conducteurs de chars, écuyers, lanciers. Dans la bataille où périt Te-umman, un de ses officiers, Itunl, brisa de désespoir son arc, « la défense de son corps. » Les Élamites cultivaient les arts et avaient d’habiles ouvriers en différents genres. Ils avaient les mêmes instruments de musique que les Assyriens, cymbales, lyres et harpes, comme on le voit sur un des bas-reliefs de Malamir. Ils fournirent leur contingent au peuple transplanté en Samarie, au moment de la captivité. I Esdr., iv, 9. En perdant leur indépendance comme peuple, ils ne perdirent ni leur langage ni leur caractère national ; ils avaient encore les deux au jour de la Pentecôte. Act., n, 9. C’est probablement en cette circonstance solennelle que s’accomplit la prophétie de Jérémie, xlix, 39 : « Dans les derniers jours, dit le Seigneur, je ferai revenir les captifs d’Élam, » en leur donnant les prémices de l’Évangile. Si ce peuple ne tient pas une grande place dans l’Écriture, nous le trouvons cependant des origines de l'histoire sainte aux origines du christianisme.

A. Legendre.

ÉLASA. Hébreu: ’El'âèâh, « Dieu a fait. » Nom de quatre Israélites.

1. ÉLASA (Septante: ’EXsao-â), fils de Relies et père de Sisamoï, de la tribu de Juda, dans la descendance d'Hesron. I Par., n, 39, 40.

2. ÉLASA (Septante: ’EXao-oi; Codex Alexandrinus : ’EXeaffâ), fils de Rapha ou Raphaïa et père d’Asel. II était de la tribu de Benjamin et de la descendance de Saül par Jonathas. I Par., vin , 37; ix, 43.

3. ÉLASA (Septante: ’UXaaci), prêtre, descendant de Pheshur, qui, ayant épousé une femme étrangère pendant la captivité, la renvoya au retour de l’exil pour se conformer à la loi. I Esdr., x, 22.

4. ÉLASA (Septante: ’EXeaaâv; Codex Alexandrinus : ’EXconxà? ), fils de Saphan, un des deux envoyés du roi Sédécias près de Nabuchodonosor, à Babylone. Jérémie se servit de leur entremise pour faire parvenir une lettre aux captifs. Jer., xxix, 3. Élasa était probablement frère d’Ahicam, l’ami de Jérémie. Jer., xxvi, 24.

ÉLATER, insecte coléoptère de la famille des sternoxes, tribu des élatérides, connu vulgairement sous le nom de taupin. 11 est facilement reconnaissable avec son corps ovale et elliptique, sa tête enfoncée dans le corselet et son sternum terminé par une pointe qui, pénétrant dans une cavité antérieure, permet à cet insecte, couché sur le dos, de se contracter et de se heurter avec force contre le sol, de façon à sauter en l’air jusqu’à dix à douze fois la hauteur de son corps et à retomber sur ses pieds. L’espèce elater segetis (fig. 542), « taupin des moissons, » de couleur brune, à élytres striées, cause de grands préjudices aux céréales, non pas lorsque l'insecte est parvenu à l'état parfait, mais pendant qu'il n’est encore qu'à l'état de larve. C’est un petit ver filiforme, de vingt à vingt-cinq millimètres de long, au corps blanc jaunâtre, formé de douze segments et muni de six pattes courtes, à la peau luisante, écailleuse, à la tête brune. R vit aux dépens de la racine ou de la partie souterraine des tiges du blé, du seigle, etc., qui ne tardent pas à

ÉLATER — ÉLATH

mourir ou à se casser. Cet insecte existe en Palestine ; mais est -il désigné, comme l’ont cru certains auteurs, par le çelâçal qui, selon Deut., xxvm, 42, dévorera les arbres et les fruits du sol? Ce n’est pas probable : le selâçal est plutôt une espèce de sauterelle au bruit strident. Voir Sauterelle. Du reste, comme le taupin des

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