DAN (TRIBU ET VILLE
Caath : Ellliéco, Gabathon, Aïalon et Gelhremmon, avec leurs faubourgs. Jos., xxi, 23, 2i. Mais elle ne put jouir en paix de la riche contrée qui lui était échue. Les Amorrhéens, vaincus, mais non exterminés, « tinrent les (ils de Dan resserrés dans la montagne, sans leur permettre de s’étendre en descendant dans la plaine (la Séphéla); et ils habitèrent sur la montagne d'Harès, c'est-à-dire la montagne de l’argile, dans Aïalon et dans Salebim. » Jud., I, 34-, 35. Il fallut le secours de la maison de Joseph pour réduire l'ennemi; mais c'est sans doute en raison de ces difficultés et de l’exiguïté de leur territoire que les Danites allèrent fonder une colonie à l’extrémité de la Palestine; tel est le sens qu'il faut donner à ces paroles du texte sacré : « La tribu de Dan cherchait des terres pour y habiter; car jusqu’alors elle n’avait point reçu sa part du territoire avec les autres tribus. » Jud., xvui, 1. Nous les voyons néanmoins tranquillement occupés de leurs vaisseaux pendant que les tribus du nord combattaient avec Débora et Barac. Jud., v, 17. Ils eurent la gloire de donner à Israël un de ses Juges les plus célèbres, Samson. Jud., xm-xvi. Les Philistins avaient remplacé les Amorrhéens dans la plaine et exerçaient les mêmes ravages. On sait quelles représailles exerça contre eux le lïls de Manué. Voir Samson. C'est pendant cetle même époque des Juges que six cents d'entre eux partirent de Saraa et d'Esthaol pour aller faire la conquête de Lais, qu’ « ils appelèrent Dan, du nom de leur père ». Jud., xvm. Voir Dan 3.
Au temps de David, notre tribu maintenait son rang et son caractère guerrier. Elle fournit, pour l'élection royale, à Hébron, vingt-huit mille six cents hommes bien armés. I Par., xii, 35. Son chef, sous ce prince, était Ezrihel, fils de Jéroham. I Par., xxvii, 22. Un des plus habiles artistes envoyés à Salomon par le roi de Tyr, et appelé lui-même Hirarn ou lliromabi, était fils d une Danite. II Par., il, 13, 14. Dans le partage de la Palestine entre les douze tribus, tel qu’il est décrit par Ézéchiel, Dan est placé au nord du territoire sacré, probablement à cause de la colonie dont nous avons parlé. Ezech., XLViir, 1, 2. Le même prophète, dans sa reconstitution idéale de la cité sainte, indique à l'est une « porte de Dan ». Ezech., xlviii, 32. La Vulgate cite ce nom dans un autre passage de l’auteur sacré, Ezech., xxvii, 19; mais on lit généralement, avec l’hébreu, Vedàn, que quelques auteurs identifient avec la ville d'Aden, en Arabie. Notons en dernier lieu l’omission qui est faite de Dan en deux endroits de la Bible, d’abord dans les listes généalogiques des tribus, I Par., n-x, bien que le patriarche lui -même soit cité parmi les fils d'Israël , et à la même place que lui donne la prophétie de Jacob (Gen., xux, 16), I Par., il, 2; ensuite dans l’énumération de saint Jean, Apoc., vu, 4-8, à propos des élus marqués du sceau de Dieu. On a apporté, principalement pour cette dernière, différentes explications plus ou moins plausibles, qu’on peut voir dans les commentateurs. Cf. Drach, Apocalypse de saint Jean, Paris,
111. Caractère. — Le caractère des Danites se résume dans la ruse et la force, deux éléments de la valeur guerrière, surtout à ces époques reculées de l’histoire. 11 avait été parfaitement dépeint dans les deux prophéties de Jacob et de Moïse. Le patriarche mourant avait dit de son fils, Gen., xi.ix, 16, 17:
Dan juge son peuple,
Comme une des tribus d’Israël.
Dan est un serpent dans le chemin ,
Un céraste dans le sentier,
Qui mord le cheval au talon.
Et fait tomber à la renverse le cavalier.
Le premier trait est, avec paronomase, une explication du mot Dan, « juger, » appliqué à une circonstance particulière de l’histoire. « Dan juge (hébreu : Dân yâdin) son peuple, » c’est-à-dire, quoique né d’une esclave, ü
ne sera pas inférieur « aux autres tribus d’Israël ». Les Juifs, saint Jérôme et beaucoup d'interprètes voient là une allusion à la judicature de Samson. Le second est une comparaison très frappante, qui peint un esprit parfois cruellement rusé. Le mot nâhâs désigne le serpent en général , symbole de l’astuce ; mais le terme sefifôn indique le « céraste » ou « serpent à cornes », -zlpaç, qui est un reptile extrêmement dangereux. Ayant une couleur de terre, il se cache facilement dans les creux ou les ornières du chemin, sur le passage des caravanes. Ne laissant dépasser que ses cornes ou antennes qui surmontent chacune de ses paupières, et dissimulé dans le sable, il guette les oiseaux ou d’autres proies. Si un homme à cheval s’approche trop près, il se roule tout à coup autour d'un des pieds de l’animal et le mord. Saisi par la douleur, celui-ci se cabre et renverse son cavalier. Voir Céraste, col. 432. La ruse, loin d'être méprisée chez les Orientaux, est, au contraire, estimée à l’égal de la bravoure. Cette finesse est personnifiée dans Samson; mais le caractère du céraste parait surtout dans l’expédition de six cents Danites contre Lais : espions envoyés « pour explorer le pays et l’examiner avec soin », Jud., xvm, 2, promptitude de l'exécution: « point de négligence, point de retard ; allons et possédons-la [cette terre fertile], nous entrerons chez des gens qui se croient en sûreté, » f. 9, 10; surprise de l’attaque et destruction de la ville, f. 27. 11 y a en particulier, dans la façon dont ils dépouillent le sanctuaire de Michas, certains traits pittoresques qui nous montrent le sarcasme se joignant à l’astuce, la menace audacieuse succédant à l’ironie. Pour faire main basse sur les idoles de Michas, ils occupent le prêtre en avant de la porte, et pendant ce temps-là les cinq explorateurs, qui connaissent les lieux, dérobent les objets de leur convoitise, f. 16, 17. Ils savent habilement attirer le jeune lévite, lui exposant les avantages supérieurs qu'il trouvera auprès d'eux, f. 19, 20. Puis, lorsque le propriétaire volé vient réclamer ses dieux, ils lui répondent avec une tranquille assurance : « Que demandez-vous? Pourquoi criez-vous? » y. 23. Enfin, se sentant les plus forts, ils passent d’un faux étonnement à la menace tragique : « Gardez-vous de nous parler davantage, disent- ils, de peur qu'il ne vous arrive des gens qui s'emportent de colère, et que vous ne périssiez avec toute votre maison, » f . 25. Moïse, Deut., xxxm, 22, dépeint aussi par une comparaison la force qui caractérisera la tribu :
Dan est comme un jeune lion;
11 s'élance de Basan.
Dans le pays de Basan, à l’est du Jourdain, et particulièrement sur les pentes boisées du Hauran, les caverneset les fourrés servaient de retraites à des lions qui se ruaient sur les troupeaux et causaient d'affreux ravages. Ainsi les Danites se jetaient sur leurs ennemis. Cette force est encore représentée par Samson. L’Écrilure nous dépeint d’ailleurs les guerriers de cette tribu comme « des hommes très vaillants », Jud., xvm, 17; « bien armés, » f. 16; « ceints d'armes guerrières, » f. 11 ; « préparés au combat. » I Par., xir, 35. Le lion de Dan dominait au nord, comme celui de Juda au sud.
3. DAN (hébreu: Dân; Septante : Aâv; une fois Aacr£voàv; Codex Vaticanus : AacrsvvSâx, par l'union des deux noms Lésem et Dan; Codex Alexandrinus: Aéuev Aâv, Jos., xix, 47), ville de Palestine, appelée aussi Lais (hébreu : Lais, Jud., xvm, 14, 27,29; Lâijesdh, avec hé local, Jud., xvm, 7 ; Septante : Acmrâ, Jud., xvm, 7, 14, 27; OùXaixâiç; Codex Alexandrinus : ’A),£tç, Jud., xvm, 29) et Lésera (hébreu : Lé'sém, Jos., xix, 47 ; Septante : A a-/iç; Codex Alexandrinus : Aiaey.) , conquise par six cents guerriers de la tribu de Dan , qui lui donnèrent le nom de leur père, Jos., xix, 47; Jud., xvm, 29, et servant, chez les auteurs sacrés, à désigner la frontière septen-
DAN (VILLE
trionale de la Terre Sainte, dans la locution bien connue : « depuis Dan jusqu'à Bersabée. » Josèphe l'appelle Aâva, Ant.jud., V, ni, 1, et Aàvov, Ant. jud., I, x, 1.
I. Situation et description. — L’Écriture et les auteurs anciens nous donnent sur sa situation des détails précis, qui nous permettent de l'identifier avec certitude, bien qu'elle ait complètement disparu (lig.470) Outre la locution que nous venons de mentionner, et qui fixe sa place à l'extrémité nord du pays deChanaan, d'autres passages de la Bible nous la montrent sur le territoire de Nephthali, avec Ahion, dont le nom est rappelé par celui de Merdj 'Ayoun, vallée fertile, située entre le Nahr Hasbàni et le Léontès, et avec Abel-Beth-Maacha, aujour-
Dan , « fleuve de Dan. ») Le voisinage de Panéas a fait confondre par quelques auteurs ces deux villes parfaitement distinctes. Cf. Reland, Palæstina, Utrecht, 1714, t. ii, p. 919. D’après le Talmud de Babylone, Megillah, 6 a, Panéas serait également identique avec la Lésem biblique; mais le Targum de Jérusalem, Gen., xiv, 14, rend le mot Dan par Dan de Qisriôn, « Dan de Césarée,» c’est-à-dire près de Césarée (Banias). Cf. A. Neubauer, La géographie du Talmud , in-8°, Paris, 1868, p. 236. Ajoutons que, dans les Listes de Karnak, Laïs, appelée Louisa (n° 31 ), vient immédiatement avant Azor, Ilouzar ( nn 32), dont elle ne devait pas par là même être très éloignée. Cf. A. Mariette, Les Listes géographiques des
d’hui Abil el-Kamh, village élevé sur une colline, à l’est du Derdarâh, petit affluent du Jourdain, et à une heure et demie environ au nord-ouest de Tell el-Qadi. III Reg., xv, 20; II Par., xvi, 4. Voir la carte de Nephthali. Probablement colonie sidonienne, elle était cependant loin de la métropole, Jud., xviii,7, 28, dans une contrée d'une merveilleuse fertilité, Jud., xvm, 9, 10, « dans la vallée qui était près de Beth-Rohob » (Septante : èv v? j xoiÀâSi toO oiV.ou 'Paië, « dans la vallée de la maison de Raab; » Vulgate : « dans la région de Rohob »), Jud., xvm, 28; malheureusement cette dernière indication est trop obscure pour que nous puissions en tirer parti. Voir Roiiob. Josèphe nous la représente «non loin du Liban et des sources du petit Jourdain, dans la grande plaine et à un jour de marche de Sidon ». Ant.jud., V, ni, 1; I, x, 1; VIII, viii, 4. Enfin Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 114, 249, signalent « le bourg (•/.wij.yi , viculus) de Dan à quatre milles (six kilomètres) de Panéas (Banias), sur le chemin de Tyr, limite septentrionale de la Judée, et d'où sort le Jourdain ». (Saint Jérôme en tire même une fausse étymologie du Jourdain : Ior-
pylônes de Karnak, Leipzig, 1875, p. 23; G. Maspero, Sur les noms géographiques de la Liste de Thoutmos III qu’on peut rapporter à la Galilée, p. 5, extrait du Journal of Transactions of the Victoria Instilute, or philosophical Society of Great Britain, 1887, t. xx, p. 301.
Tous ces détails nous conduisent sûrement à l’emplacement de Dan, c'est-à-dire à Tell el-Qadi, dont le nom même, « colline du juge, » reproduit la signification du mot hébreu. Situé au sud-est de Sidon, dont il est séparé par la base méridionale du Liban, cet endroit se trouve au-dessous et à l'ouest de Banias, l'ancienne Césarée de Philippe, et est un des plus pittoresques de la Palestine. Le tell ou monticule s’élève, pour ainsi dire, au pied de l'Hermon, à deux ou trois kilomètres de l’angle sud-ouest. De forme quadrangulaire, avec coins arrondis, il peut avoir treize cents mètres de pourtour, sa plus grande longueur s'étendant de l'est à l'ouest (voir lig. 471). Il repose sur deux étages inégaux de la plaine, ce qui donne à sa face nord une simple élévation de dix à douze mètres, tandis que celle du sud domine d’une hauteur de plus de vingt mètres. Son sommet, qui se relève un peu vers l est,
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est à une altitude de 216 mètres au-dessus de la mer. Le plateau culminant de cette colline, que plusieurs regardent comme un cône d’éruption, est occupé par un fourré impénétrable de chênes, de figuiers sauvages, de térébinthes, de platanes, etc., mêlés à des ronces et à des rosiers superbes. La partie centrale ressemble à un vaste bassin, comparable à l’arène d’un immense amphithéâtre. Le bord supérieur avait été jadis environné d'un mur d’enceinte, dont la trace est encore visible sur plusieurs points. Les ruines les plus apparentes sont du côté sud; ce sont des monceaux de pierres taillées, la plupart de nature volcanique; d’autres sont des blocs calcaires de grandes dimensions. Là avait été bâti un village musulman , actuellement renversé de fond en comble.
A l’ouest du monticule, au milieu d’épais buissons de lauriers-roses, s’échappe, entre les roches basaltiques,
une source qui a dix mètres de large sur soixante- cinq centimètres de profondeur ; l’eau est d’une fraîcheur glaciale et d’une extrême limpidité. Elle forme un ruisseau qui se précipite avec rapidité à travers un épais fourré de platanes, de vignes grimpantes, de roseaux gigantesques, de ronces et de hautes herbes. Ce torrent perce au sudouest les flancs de la colline, en s’y ouvrant un passage, à l’entrée duquel s’élèvent les deux plus beaux arbres qu’on puisse voir. C’est d’abord un vieux chêne ( Quercus Ithaburensis) , qui ombrage le tombeau d’un scheikh musulman, puis un magnifique térébinthe (Pistacia Palestina), dont le tronc mesure sept mètres de développement. A l'ouest de la source, on observe plusieurs tas de blocs basaltiques assez régulièrement taillés et qui proviennent probablement d’un édifice antique. Une autre source aussi considérable jaillit au pied du tell, vers l’angle nordouest : les eaux froides et transparentes se répandent dans un grand bassin où viennent se baigner les buffles et qui est entouré de buissons d’agnus castus et de plantes herbacées de toute hauteur. Le ruisseau qu’elle forme va rejoindre le premier vers le sud , et tous deux réunis prennent le nom de Nahr Leddân; c’est cette branche du fleuve que Josèphe appelle « le petit Jourdain ». Le mot Leddàn semble n’ètre qu’une corruption de ed-Dân ou Dan. Cf. Robinson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, t. m, p. 392. Les Arabes de la contrée regardent ce nahr ou torrent comme la véritable source du Jourdain, puisqu’il fournit trois fois plus d’eau que le Nahr Hasbàni, et deux fois plus que les sources de Banias, avec lesquelles ils se réunissent à un kilomètre plus loin. — Tel est ce ravissant petit coin de la Terre Sainte, qui en constituait la limite naturelle, même au point de vue géologique; c’est là que finit le calcaire de Palestine et que commence le terrain volcanique de Syrie. En le visitant, au mois de mars 1893, je ne pouvais détacher mes regards du splendide panorama qu’il dé-
roulait devant moi. Du sommet de la colline, je voyais à mes pieds une large vallée couverte d'une luxuriante végétation et fermée par une double muraille : à l'ouest, les monts de Galilée avec leurs déchirures plus ou moins profondes; à l’est, la ligne plus unie des montagnes du Djôlan. Le lac Houléh étendait sa nappe triangulaire au milieu des marécages et derrière une bordure de gigantesques papyrus. Plus loin, tout à fait au fond de l’immense bassin formé par les deux chaînes parallèles, se dessinait l’étroite fente par laquelle le fleuve se jette dans le lac de Tibériade. Vers le nord-est, presque audessus de ma tête, se dressait le rocher pointu que couvre le vieux château de Banias. Enfin, au nord, le grand Ilermon dominait majestueusement toute cette scène avec son sommet couronné de neige. Je comprenais le tranquille bonheur au sein duquel l'Écriture nous représente les habitants de Laïs, vivant « sans aucune crainte, à la manière des Sidoniens, en paix et en assurance, personne ne les troublant, avec de grandes richesses, loin de Sidon, et séparés de tous les autres hommes ». Jud., xviii, 7. Mais ce furent précisément cette richesse et cet isolement qui causèrent leur perte : la première attira les Danites, le second priva de tout secours les trop confiants possesseurs de cette terre privilégiée. — Pour la description, on peut voir Robinson, Biblical Researches, t. ni, p. 390-393; Surveij of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1831, t. i, p. 139-142; V. Guérin, Galilée, t. n, p. 338-339; Lorlet, La Syrie d’aujourd’hui , dans Le Tour du inonde, t. xliv, p. 346-347; J. Macgregor, The Rob Roy on the Jordan, in-8°, Londres, 1869, p. 213-219.
II. Histoire. — Dan parait dès les premières pages de l'histoire sacrée, à propos de la victoire d’Abraharn sur Chodorlahomor et ses alliés. Gen., xiv, 14. Mais s’agit-il bien ici de la cité biblique que nous venons de décrire? Quelques-uns, comme lveil, Genesis, Leipzig, 1878, p. 175, le nient, parce qu’elle n’est sur aucune des deux routes qui, de la vallée de Siddim ou du Jourdain, conduisaient à Damas, l’une passant par Fik et Naoua, l’autre par le Pont de Jacob. Et puis, ajoutent-ils, si les ennemis, au lieu de s’en retourner directement par Damas et Palmyre vers l’Euphrate, étaient remontés par le pays de Chanaan jusqu'aux sources du Jourdain, ils se seraient évidemment, une fois surpris et battus, plutôt enfuis vers Érnath par la plaine de Cœlésyrie. Il y a encore, suivant d’autres, la difficulté d’expliquer, dans ce cas, la poursuite des fuyards jusqu’à Damas et Ilobah. Le lieu où le patriarche atteignit les rois vainqueurs doit donc être cherché à l’est , du côté de Galaad , et n’est autre sans doute que Dan-Ya'an (Vulgate : Dansilvestria), mentionné II Reg., xxiv, 6. Voir Dan-Yaan. Cette opinion serait plausible si elle n’avait contre elle le témoignage formel de Josèphe, Ant. jud., I, x, 1, et de saint Jérôme, Hebr. Quæst. in Genesim, xiv, 14, t. xxm, col. 961, qui placent la défaite de Chodorlahomor aux sources du Jourdain. Qui nous dit du reste que les Élamites, au lieu de reprendre le chemin direct de leur pays, ne cherchaient pas, en retournant de leur expédition, à faire des razzias comme en venant? La fertile contrée de Lais devait les attirer, et leur déroute s’explique très bien. « Surpris par Abraham, [ils] songent à échapper au carnage, non à se défendre. Dans la précipitation de leur fuite, ils se noient au milieu des marécages qui abondent dans ces régions, ou bien ils sont déchirés par les fourrés épineux du Baniasy. Ceux qui parviennent à se sauver traversent la vallée du Yafoury, et, descendant dans la grande plaine par Beit Djenn , ils ne s’arrêtent dans leur course qu’à Hobah, à main gauche de Damas. » F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. i, p. 500. — Mais comment se fait-il que la ville soit appelée Dan par l’auteur de la Genèse, alors que ce nom lui fut seulement imposé au moment de la conquête des Danites? Jud., xvm, 29. On répond à cela que l’antique nom de Laïs ou Lésem a pu être plus tara remplacé dans
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le texte sacré par celui de Dan plus usité. Ou apporte aussi une autre solution, d'après laquelle Dan aurait été la dénomination primitive de la vieille cité biblique, et que les conquérants la lui auraient restituée, en lui donnant une origine et une signification différentes. 11 y avait, en effet, près de Lais ou Lésem, un temple fameux consacré au dieu Pan, que les Phéniciens appelaient Baal Yaan ou Dan-Yaan (le maître ou le juge joueur de iliite ) ; d'où la ville aurait été appelée Dan-Yaan. Rien donc d’étonnant à ce que les Danites aient ressuscité ce nom, mais en y rattachant le souvenir de leur père. Telle est l’opinion adoptée par R. Cornely, Cursus Scripturæ Sacræ, Introductio, Paris, 1887, t. ii, part, i, p. 91, d’après Smith, The Pentateuch, p. 446-454, et d’autres. Voir Dan Yaan. La difficulté est la même et les réponses doivent être identiques pour Deut., xxxiv, 1, où Dieu montre à Moïse, du sommet du Nébo, « toute la terre de Galaad jusqu’à Dan. » Au lieu de chercher ici une localité inconnue, ne serait-il pas plus naturel d'y reconnaître la ville frontière dont le nom devait, pour ainsi dire, passer en proverbe ?
La conquête de Lais, résumée dans Josué, xix, 47, est racontée tout au long au chapitre xviii du livre des Juges. Les fils de Dan , se trouvant à l’étroit dans la portion de leur héritage, et d’ailleurs refoulés dans la montagne par les Amorrhéens (voir Dan 2), choisirent parmi les vaillants de la tribu cinq hommes de Saraa et d’Esthaol , et les envoyèrent explorer le pays. Arrivés à la montagne d’Éphraïm, ceux-ci rencontrèrent dans la maison de Michas un jeune lévite qui, après avoir, à leur demande, consulté le Seigneur, les encouragea dans leur entreprise : la consultation d’ailleurs était peu orthodoxe, et la réponse assez vague, puisque l'auteur la tirait de son propre fonds. Les explorateurs vinrent donc à Laïs, et y virent un peuple vivant « sans aucune crainte , à la manière des Sidoniens », f. 7, c’est-à-dire pacifiques, préférant le commerce à la guerre, comme les habitants de Sidon , dont ils étaient une colonie. Émerveillés de la richesse de la contrée et frappés du peu de résistance qu’offrait la ville elle -même, isolée au pied des montagnes, ils revinrent, et, dans un compte rendu enthousiaste, pressèrent leurs frères de hâter l’expédition. Six cents hommes bien armés partirent alors de Saraa et d’Esthaol, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux. Le rassemblement eut lieu à l’ouest de Cariathiarim ( Qariet el-'Enab), et l’endroit porta depuis le nom de « Camp de Dan » (hébreu : Mahânêh Dân). Ils passèrent de là dans la montagne d’Éphraïm, suivant à petites journées le chemin du nord. L’heureux présage reçu naguère dans la maison de Michas leur donna l’idée d’assurer le succès de l’expédition en s’appropriant les objets sacrés qui servaient au lévite, « un éphod, des théraphims, une image taillée et une autre coulée en fonte, » ÿ. 14. Avec une ruse dénuée de scrupule, ils firent main basse sur le trésor de Michas, et réussirent même, par de brillantes promesses , à emmener le lévite avec eux , pour leur « tenir lieu de père et de prêtre ». jf. 19. Aux justes réclamations du propriétaire ainsi dépouillé ils ne répondirent que par l’ironie et la menace. Enfin, continuant leur route, ils arrivèrent à Lais, qui, sans défiance et sans secours, fut facilement prise. Vouée à l’anathème, elle fut livrée aux flammes, et les habitants furent passés au fil de l’épée. Les Danites la rebâtirent et l’habitèrent, en changeant son nom de Laïs en celui de Dan , « du nom de leur père, qui était fils d’Israël. » f. 29. Elle fut dès l’origine le centre d'un culte idolâtrique, mais d’une idolâtrie restreinte, puisqu'on y honorait Jéhovah, tout en violant par les images un des premiers préceptes du Décalogue. « Ils se dressèrent l’irnage taillée, et ils établirent Jonathan, fils de Gersam, qui était fils de Moïse, et ses fils, en qualité de prêtres dans la tribu de Dan, jusqu'au jour de leur captivité, » ÿ. 30, c’est-à-dire, suivant plusieurs auteurs, non pas la captivité des dix tribus |
d’Israël, mais l’état d’oppression auquel les Philistins réduisirent les Hébreux jusqu’au règne de David. I Reg., IV, 11, 22. Cf. Fillion, La Sainte Bible, Paris, 1889, t. n, p. 172. Cette interprétation semble confirmée par le détail ajouté au dernier verset, 31 : « Et l'idole de Michas demeura parmi eux pendant tout le temps que la maison de Dieu fut à Silo. » Sur la difficulté que présentent ces deux versets, on peut voir F. de Hummelauer, Comment, in libros Judicum et Ruth, Paris, 1888, p. 310-312; R. Cornely, Cursus Scripturæ Sacræ, Introductio, t. n, part, i , p. 221.
Dan devint alors si connue, qu'elle servit à désigner, avec Bersabée, toute l’étendue de la Terre Sainte. Jud., xx, 1; I Reg., ni, 20; II Reg., m, 10; xvn, 11; xxiv, 2, 15; III Reg., iv, 25; I Par., xxi, 2; II Par., xxx, 5 (dans ces deux derniers passages, on lit : « de Bersabée jusqu’à Dan »). C’est aussi à sa situation de ville frontière qu’elle dut d’être choisie par Jéroboam pour recevoir l’un des veaux d'or destinés à éloigner de Jérusalem les Israélites du royaume schismatique. III Reg., xn, 29, 30; IV Reg., x, 29. « Vive ton dieu, Dan! » tel est le serment qu’Amos, vm, 14, met dans la bouche de ceux qui couraient après ces fausses divinités. A la prière d’Asa, qui était en guerre avec Baasa, roi d'Israël, Benadad, de Syrie, « envoya les généraux de son armée contre les villes d’Israël , et ils prirent Ahion , Dan , Abel - Beth- Maacha, et toute la contrée de Cénéroth, c’est-à-dire toute la terre de Nephthali. » III Reg., xv, 20; II Par., xvi, 4. Par sa position même, la brillante cité devait être la première exposée aux coups d’un ennemi venant du nord. Voilà pourquoi Jérémie, montrant déjà l’invasion chaldéenne, s’écriait : « Une voix de Dan l’annonce, » iv, 15 , et plus loin : « Depuis Dan on entend le frémissement de ses coursiers; tout le pays est ébranlé par les hennissements de ses chevaux de guerre. » vin, 16. A partir de ce moment, il n’en est plus question dans la Bible.
A. Legendre.
4. DAN (camp DE). La Vulgate appelle Castra Dan, « camp de Dan , » une localité située près de Cariathiarim, Jud., xviii, 12, traduisant ainsi l’hébreu Mahândh- Ddn. Lorsque les Danites qui habitaient à Saraa et à Esthaol partirent de ces deux villes pour aller conquérir Laïs, dans le nord de la Palestine, ils campèrent près de Cariathiarim , « derrière » la ville, dans la tribu de Juda, ce qui fit donner à cet endroit le nom de Mahânêh-Dân. Jud., xviii, 11-12. Le Camp de Dan est aussi nommé Jud., xin, 25, où il est dit que l’esprit de Dieu commença à animer Samson « à Ma/.iânêh-Dûn , entre Saraa et Esthaol ».