‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 21 sur 485 · DAN LA SYLVESTRE (hébreu: Dan-Yaân). Voir Dan-Yaan · texte numérisé non relu

DAN LA SYLVESTRE (hébreu: Dan-Yaân). Voir Dan-Yaan

6. DAN, ville ou région mentionnée dans Ézéchiel, xxvii, 19, avec Javan (Vulgate : Græcia et Mosel ; hébreu : Yâvân de 'Uzzâl), comme fournissant au commerce de Tyr du fer travaillé et des parfums (casse et roseau aromatique). La plupart des manuscrits des Septante omettent Dan dans ce passage. Il est d’ailleurs difficile de déterminer la situation de Dan. Les uns le placent dans l’Arabie méridionale et croient que Dan ne diffère pas de Dadan , Gen., xxv, 3; Ezech., xxvii, 20; voir Dadan 2; d’autres lisent Vedân, au lieu de « et Dan », et l’identifient avec Aden, ville d’Arabie (col. 1239); d’autres enfin supposent que ce nom désigne simplement la tribu de Dan, parce que l’Écriture mentionne des Danites habiles à travailler les métaux, tels que Ooliab, Exod., xxxv, 34, et Iliram le Tyrien, fils d’une femme de la tribu de Dan. II Par., il, 13-14. Cette troisième opinion n’est guère satisfaisante, et les deux premières ne sont que des conjectures. Il y a néanmoins lieu de penser que Dan ou Vedan était situé dans le Yémen, où l’on trouve toutes les productions indiquées dans Ézéchiel , xxvii, 19.

DANÉE — DANIEL LE PROPHÈTE

DANÉE ou DANEAU Lambert, théologien protestant, né à Beaugency vers 1530, mort à Castres le 11 novembre 1595. Né de parents catholiques, il étudia le droit civil à Orléans, sous Anne Dubourg, et après le supplice de ce dernier (décembre 1559) se déclara partisan des nouvelles erreurs. Il alla étudier la théologie à Genève, où il fut un auditeur assidu de Calvin, et Théodore de Bèze l’accueillit avec honneur. En 1562, il était pasteur à Gien, d’ou, dix ans plus tard, il revint à Genève, et il obtint d'y être nommé pasteur et professeur de théologie. En 1582, il avait à remplir les mêmes fonctions à l’université de Leyde; mais il ne put rester dans cette ville, d’où , après un court séjour à Gand , il vint demander asile au roi de Navarre. 11 fut pasteur et professeur de théologie à Orthez, puis à Lescar. Enfin, en 1593, il était à Castres, où il mourut. On a de cet auteur : Commentarius in Joelem , Amos, Michæum, Nahum, Habacuc , Sophoniam , Haggæum , Zachariam et Malachiam, in-8°, Genève, 1578; Commentarius in D. Pauli priorem Epistolam ad Timotheum , in-8°, Genève, 1578; Methodus Sacræ Scripturæ utilité r tractandæ quæ exemplis aliquot et perpetuo in Epistolam Pauli ad Pliilemonem commenlario illustratur , in -8°, Genève, 1581 ; Traclatus de Anti-Christo, in quo anti-christiani locus regni, tempus , forma, ministri, fulcimenta, progressio, exitium et interitus demonstrantur ubi difficiliores Danielis et Apocalgpseos loci explicantur, in-8°, Genève, 1582; Commentarius in très Epistolas D. Joannis et unicarn Judæ, in-8°, Genève, 1585; Commentarius in Joannis Evangelium, in-8°, Genève, 1585; Commentarius in Prophetas minores, in-80, Genève, 1586; Commentarius in Malthæum, in-8°, Genève, 1593; Quæstiones et scholia in Marcum, in -8°, Genève, 1594. Une partie des ouvrages de Danée a été publiée sous le titre: Opuscula théologien omnia, in-f°, Genève, 1554. — Voir Walch, Bibliotheca théologien , t. iv, p. 565, 576, etc.; Haag, La France protestante , t. iv, p. 192.

B. Heijrtebize.

DANIEL. Hébreu: Dâniifël, « Dieu me juge, me protège; » Septante: AavirjX. Nom de quatre Israélites.

1. DANIEL (Septante : Aap.vtŸj), ; Codex Alexandrinus : AaXouta), second fils de David, qu'il eut d’Abigaïl à Hébron. I Par., ni, 1. Dans le passage parallèle, Il Reg., ni, 3, il est appelé Chiléab. Voir Ciiiléab.

2. DANIEL, prêtre de la branche d'ithamar. Il revint de la captivité de Babylone avec Esdras. I Esdr., vm, 2.

3. DANIEL, prêtre qui signa l’alliance solennelle avec Dieu à l’exemple de Néhémie. Esdr., x, vi. Rien ne s’oppose à ce que ce soit le même personnage que Daniel 2.

A. DANIEL LE prophète (hébreu: Dânîyê'l , Dan., i, 6, 7, 8, ou simplement Dâni'êl, Ezech., xiv, 14, 20, xxvm, 3 ; Septante : AavirjX), le dernier des quatre grands prophètes. — Etymologiquement, ce nom signifie : « Mon juge (défenseur) est Dieu. » Voir J. Knabenbauer, ln Danielem prophetam , Paris, 1891, p. 3. Cf. A. Hebbelynck, De auctorit. histor. libri Danielis, Louvain, 1887, p. 2, not. 2.

I. Origine et éducation de Daniel. — On ne connaît de certain sur sa vie que ce que nous en apprend son livre. D’après le Pseudo-Épiphane, De proph., x, t. xliii, col. 403, il serait né à Bethabara, non loin de Jérusalem, mais ce n’est pas certain. Il n’est pas certain non plus qu’il fût de race royale, comme le prétend Josèphe, Ant. jud., X, x, 1. Cf. S. Jérôme, In Dan., i, 3, t. xxv, col. 518. Mais ce que l’on peut affirmer, c’est qu'il sortait de la tribu de Juda, Dan., i, 6, et, sinon de race royale, au moins d’un sang noble, f. 3 (Vulgate : de semine tyrannorum [parfemîm = pi'incipum]. Cf. Pusey, Daniel t/te prophet, Oxford, 1876, p. 574). — 11 lut déporté

a Babylone en 605 ou 604, la troisième année du roi Joakim, par ordre de Nabuchodonosor; il avait, selon toute apparence, quatorze ans. On le confia, lui et d’autres jeunes gens de son âge et de son pays, à Asphenez, le rab-saris (= chef des eunuques) du palais. Il devait y être élevé pendant trois ans, mangeant des mets et buvant du vin du roi, apprenant la science des Kasdim. Son nom hébreu fut changé en celui de Baltassar (hébreu : Bêltesa sar ; assyrien : balâtsu-usur, pour Bel-balâtsuusur = Bel, vitam ejus protégé. Dan., i, 7. Cf. Dan., iv, 5. Glossæ Frid. Delitzschii babylonicæ, dans S. Baer, Libri Danielis, Ezræ et Nehemiæ, Leipzig, 1882, p. ix). Il pria l’échanson (hébreu : hammêlsar, nom d’origine douteuse, peut-être babylonienne : amil-usur ; voir Fr. Lenormant, La divination chez les Chaldéens, Paris, 1875, p. 196) à qui Asphenez l’avait spécialement confié, de le laisser manger et vivre selon la loi. Dan., i, 11-13. Après une épreuve, on le lui permit. Il devint très habile dans tout ce qu’on lui enseigna. 11 apprit ainsi l’écriture (hébreu : sêfér; Vulgate : litteras) dite cunéiforme et la langue des Kasdim, c’est-à-dire la langue assyro-babylonienne, avec les sciences qui s’y rattachent. Il eut, de plus que ses trois compagnons, le don et l’intelligence des visions et des songes, don si estimé en Babylonie. Dan., i, 17. Lorsque leur éducation fut terminée, ils furent présentés à Nabuchodonosor, qui les interrogea lui -même (hébreu : biqqês ); et, les trouvant dix fois plus sages et plus savants que les mages et les devins, les admit à sa cour pour le servir, Dan., i, 20 : c'était en 602 ou 601.

IL Sagesse de Daniel. — Elle parut avec éclat très peu de temps après. On peut rapporter, en effet, à cette date l’épisode de Susanne, Dan., xm, 4-64, qu’il sauva de la mort en confondant les infâmes vieillards qui calomniaient son innocence. Voir Susanne. — L’interprétation d’un songe lui valut aussi devant les Babyloniens un grand renom. Cet événement arriva peu de temps après, Dan., n, 4, la deuxième année du règne de Nabuchodonosor (c’était la troisième depuis son association au trône par son père [J. Knabenbauer, In Daniel., p. 77; cf. J. M. Fuller, dans The Holy Bible, Londres, 1882, t. vi, p. 239], à moins qu’il ne faille en reculer la date à la douzième année, par la correction du texte 3 = 2 en 3> = 42, ce qui peut être). Le roi Nabuchodonosor avait eu un songe, qui l’avait effrayé et dont il ne lui restait qu’un vague souvenir. Il fit appeler tous les sages de Babylone ( hakkimê Bâbél, nom générique comprenant les quatre ordres, Dan., n, 2, 48, 27), pour obtenir d'eux et le songe et le sens du songe; mais ils furent impuissants à lui répondre, et il ordonna qu’on les fit mourir. Daniel , qui l’apprit par Arioch (voir t. I, col. 963), le chef des exécuteurs ( rab-tabbâhayyâ ’), obtint du roi un délai, et par ses prières auprès de Dieu et celles de ses compagnons, il arriva à connaître le songe et ce qu'il signifiait. 11 parut devant le roi et ayant confessé que le Dieu du ciel peut seul, à l'exclusion des sages, révéler un tel mystère, il lui rappela son songe : Nabuchodonosor avait vu une statue, selém, ayant forme d’homme, d’une taille extraordinaire, d’un éclat effrayant, variée de couleurs, diverse de matériaux, de qualité inférieure à mesure que l’on descendait de la tête aux pieds : la tête , — la poitrine avec les bras , — le ventre avec les cuisses, — les jambes avec les pieds, qui étaient de fer mêlé d’argile, statue combinée de manière à offrir tout le contraire de la solidité. J. M. Fuller, ouvr. cité, p. 259. Une pierre, ’ébén, se détacha soudain, frappa ia statue par ses pieds, et tout se broya en une fine poussière, que le vent dissipa. Puis cette pierre devint une haute montagne, tûr rab, qui remplit toute la terre. Daniel donna alors au roi l’interprétation du songe. Quatre grands empires correspondent aux métaux divers de la statue : les Babyloniens à l’or, les Perses à l’argent, les Grecs à l’airain, les Romains au fer; ils seront détruits et brisés parun royaume, l’Église, qui viendra du

DANIEL LE PROPHÈTE

Dieu du ciel et qui durera éternellement. Luc., i, 32-33. Quand le songe eut été expliqué, Nabuchodonosor se prosterna devant Daniel en confessant que son Dieu est le Dieu des dieux et le maître des rois , et il conféra au prophète les honneurs promis avec des dons magnifiques. Il le mit à la tête de la Babylonie, le plaça comme prince (rab signin) sur tous les sages de Babel, et lui donna en qualité d'auxiliaires ses trois compagnons. C'est ainsi que Daniel se fit un grand nom parmi « les enfants de la captivité » et. dans cetle monarchie chaldéenne, vers laquelle il fut envoyé de Dieu comme son prophète et son représentant.

III. Second songe et folie de Nabuchodonosor. — La haute situation qu'il avait conquise si jeune et si rapidement, Daniel l'occupa avec éclat jusqu'à la fin. Dan., I, 21. Son livre n’entre pas d'ailleurs dans les détails, parce qu'il n'est pas une biographie du prophète; il rapporte seulement trois ou quatre épisodes plus caractéristiques, et donne quelques indications historiques qui forment le cadre des visions. — Il n’est pas question de Daniel (en voir quelques raisons dans J. lvnabenbauer, In Daniel., p. 109) lorsque Dan., ni, 1-19, Nabuchodonosor fit jeter dans la fournaise les trois jeunes Hébreux, ses compagnons, Sidrach, Misacli et Abdénago, qui refusaient d’adorer la colossale statue d'or du roi. Mais le prophète intervient avec éclat dans l’épisode de la folie du monarque. Le fait, selon plusieurs indices, dut arriver probablement dans la seconde moitié de son long règne. Lui -même le raconte dans un manifeste aux peuples de sa domination. Dan., ni, 98-iv, 34 (hébreu, ni, 31-iv, 34). Il vivait en paix et glorieux ( ra'ândn — virens , iv, 1) dans son palais, quand il eut un songe, que tous les sages de Babel ne surent lui expliquer. Il appela Daniel, « en qui était l'esprit des dieux saints, » et lui lit connaître le songe. C’était un arbre haut comme les cieux, large comme les extrémités de la terre, séjour et abri des bêtes de la création. Un ange descendit du ciel , et il cria de couper l’arbre et d’en lier, avec du fer et de l’airain, la racine restée dans l'herbe et la rosée. « Qu’on lui change son cœur d’homme et qu’on lui donne un cœur de bête, et sept temps passeront ainsi sur lui. » Daniel troublé se recueille, et, tremblant, il explique le songe. L’arbre, c’est Nabuchodonosor. On le chassera d'entre les hommes et il habitera avec les bêtes , et comme le bœuf il mangera de l'herbe, mouillé par la rosée du ciel, pendant sept temps, jusqu’à ce qu’il confesse que le Très-Haut ('illây’a) domine sur les royaumes et qu'il les donne à qui il veut. Le prophète lui conseille de racheter ses péchés par la pratique de la justice et par des œuvres de miséricorde ; ainsi son royaume lui sera conservé. Un an s’écoula et la prédiction s'accomplit. Dans un moment de suprême orgueil , le glorieux roi fut frappé de folie subite, du genre de celles que les savants appellent lycanthropie. 11 errait dans les bois autour de son palais, vivant avec les bêtes, ayant tout l'aspect de celles-ci. Il demeura ainsi sept temps, trois ans et demi, croyons-nous. (Voir à ce sujet les différentes opinions rapportées par G. Brunengo, L’Impero di Babiloni e di Ninive, Prato, 1885, t. n, p. 237; E. B. Pusey, Daniel the prophet, Oxford, 1870, p. 428.) L’empire, dans cette crise, fut gouverné sans révolution, on ignore par qui. Après quoi il leva les yeux au ciel, se reconnut, et l’esprit ainsi que la gloire du visage lui fut rendu avec l'empire. Alors il bénit et glorifia le Très -Haut, qui vit éternellement, devant qui les hommes sont comme le néant, et à qui personne ne peut résister et dire: Pourquoi as-tu fait cela? Voir Nabuchodonosor.

IV. Vision des quatre animaux. — Nabuchodonosor mourut en 561. Daniel ne perdit, semble-t-il, ni ses charges ni son crédit sous ses successeurs, Évilmérodach, Nériglissor, Laborosoarchod , Nabonide et son fils Baltassar, qui lui fut associé comme roi trois ans avant la chute de Babyfone et en fut le dernier souverain. Il n’est

pas douteux qu’il ne soit le Baltassar de Daniel. Voir t. i, col. 1370 et 1420. Le prophète resta sans doute étranger à toutes les révolutions politiques qui précédèrent l’avènement de Nabonide.

Il eut vers cetle époque deux révélations. L'une, Dan., vu, est datée de l’association de Baltassar au trône de son père, 542. Il voyait quatre grands animaux « qui montaient l'un après l'autre de la mer immense » : le lion ailé, l’ours ayant sa proie dans la gueule, le léopard avec quatre têtes et quatre ailes, et un quatrième plus terrible que les autres, portant dix cornes , d’où sort une corne plus petite, qui en détruit trois des autres. L’Ancien des jours vient ensuite en grand cortège, pour exercer le jugement. La quatrième bête est livrée au feu; les autres sont aussi abattues, et le Fils de l’homme reçoit du Juge « le royaume des saints du Très-Haut ». Daniel tremblant interroge un des anges sur le sens de la vision. On le lui donne : elle a le même objet que le songe expliqué Dan., il Il en est très impressionné. Deux ans plus tard il en a le complément. Dan., vin, P1. Le prophète était (ou en réalité ou en vision, on ne sait, J. M. Fuller, dans The Holy Bible, t. vi, p. 340; J. Knabenbauer, ln Daniel., p. 208), — à Suse, en Élam. 11 vit d’abord un bélier donnant des cornes à l'ouest, au nord et au sud, et nul ne pouvait lui résister. Puis un bouc accourut de l’ouest par bonds prodigieux, sans presque toucher terre, et il se jeta sur le bélier et l’abattit et le piétina. La corne qu’il avait entre les yeux se rompit, et il en sortit quatre autres, et, peu après, de cellesci il en surgit une petite, qui fil à Dieu et au peuple des saints une guerre terrible: elle dura 2300 jours. L’intelligence de cette vision lui fut donnée, sur sa prière, par l’ange Gabriel : elle marquait le développement historique de l’empire médo -perse (le bélier) et de l’empire grec (le bouc), avec une prédiction sur le règne d’Antiochus IV Epiphane. L’esprit de Daniel demeura troublé de cette vision, et il lui fallut plusieurs jours pour se remettre. Dan., vin, 27.

V. Festin de Baltassar. — Cependant les armées médo- perses se concentraient autour de Babylone. Nabonide venait d’être battu à Rulu, et, après avoir essayé de tenir dans Borsippa, il s’était rendu à Cyrus. Baltassar s’était jeté avec le gros de ses troupes et les principaux Babyloniens dans la ville, qu’ils croyaient imprenable et d’où ils défiaient les ennemis. G. Brunengo, L’impero, t. ii, p. 423, 430; J. Knabenbauer, In Daniel., p. 157. Il donna, dans une nuit de fête, un grand festin. Ivre déjà, il fit apporter du trésor du temple de Bel, Dan., v, 2; cf. I, 2, les vases d’or et d’argent ravis au temple de Jéhovah par son aïeul, et il les profana, lui, ses officiers, ses femmes et ses concubines. Mais voici que des doigts comme d’une main d’homme parurent sur la paroi blanche d’en face, écrivant quelques mots. Nul des sages appelés ne put même les lire, loin de pouvoir en donner le sens. On fit venir Daniel. Le prophète, dans cette salle, parla en termes magnifiques de Nabuchodonosor, le père du roi, qui après une épreuve terrible avait reconnu que « le Très -Haut domine sur les royaumes humains », tandis que son successeur venait de s’élever contre « le Maître du ciel », en buvant dans ses coupes sacrées et en louant des dieux qui ne vivent pas. Puis il lut l’écriture : Mené ’ mené' teqêl ûfarsin, et l’interpréta de l’empire babylonien dont le temps est décidément achevé, compté, mené' (numeratum) , le poids trop faible, teqel ( ap pensum ), et qui est divisé, pharsin ( dividentes — divisum, v, 28) et transporté aux Médo-Perses. Voir t. i, col. 1422. Daniel reçut alors les honneurs royaux qui lui avaient été promis, la robe de pourpre, le collier d'or et le troisième rang ; et sa prédiction s'accomplit quelques heures à peine après. Baltassar fut tué, la hache symbolique à la main, dans le tumulte causé par l'irruption subite des Perses dans la salle royale : c'était le 3 de marchesvan 538. Tablette des Annales de Nu bull. — 40

DANIEL LE PROPHÈTE

nide, verso, col. 1, lig. 18, 19; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , 6e édit., 1896, t. iv, p. 369.

VI. Daniel sous Darius le Mède. — Babylone prise, Darius le Mède eu fut établi roi par le vainqueur ou du moins gouverna la ville avec un titre équivalent. Voir Darius le Mède. Il tint Daniel, quoique celui-ci eût servi la dynastie vaincue, en très haute estime. C'est peut-être à ce moment que le prophète eut sa fameuse vision des soixante -dix semaines; c’était, en effet, la première année de Darius. Dan., ix, 1. Il méditait de toute son âme sur les soixante- dix ans prédits par Jérémie, f. 2, qu'il voyait sur le point de finir, et il adressait à Dieu, dans la pénitence et le jeûne, une prière humble, touchante, très fortement motivée. Le même ange Gabriel, qui déjà lui avait parlé, ch. vm, lui annonça alors, dans un avenir lointain, les soixante -dix semaines d’années, qui commencent à la publication de l’édit ( dâbâr ) pour rebâtir Jérusalem, « les places (portes) et les murs » de la ville, et se terminent à la mort violente du Messie par une alliance remplaçant l’ancienne désormais abolie, ch. ix. Il était encore tout rempli de cette vision, lorsqu'il fut placé par Darius, avec deux autres, à la tête des cent vingt gouverneurs ( ’ âhasdarpenayyâ’ ; Vulgate : salrapæ) que ce roi venait d'instituer. Il leur était supérieur à tous, « parce que l'esprit de Dieu était plus vaste en lui » qu’en eux. Cf. v, 12; vi, 2. Darius songeait même à l’établir sur tout le royaume, lorsque la jalousie des grands de Babylone l’en empêcha. Ils lui firent porter un édit qui interdisait d’adorer pendant trente jours tout autre que le roi. Daniel, qui n’en tint aucun compte, fut surpris, dénoncé et, malgré les efforts et la douleur du roi, jeté dans la fosse aux lions. Cf. Ezech., xix, 6-9. Étant venu de grand matin, Darius fut joyeux de trouver le prophète sain et sauf; il livra ses accusateurs et leurs familles aux lions, qui les dévorèrent sur-le-champ, et il promulgua un décret ordonnant « de révérer et de craindre le Dieu de Daniel, Dieu vivant et éternel, Dieu libérateur et sauveur, dont le royaume ne sera pas détruit ». Or Daniel fut en faveur ( haslal.i = prospéré egit, vi, 29; Vulgate, 28) auprès de Darius et auprès de Cyrus le Perse.

VIL Dernières années de Daniel. — Il était survenu à cette date dans la vie d’Israël un changement qui dut émouvoir profondément Pâme du prophète. Cyrus, inaugurant au lendemain de sa conquête une politique nouvelle vis-à-vis des peuples vaincus, leur permit de rentrer en paix dans leur patrie (voir I Esdr., i, 1) : c’était la première année de son règne, l’année de la chute de Babylone; car Cyrus prit immédiatement le titre de roi de Babylone ( sar Babilu) simultanément avec Darius, qu’il établit avec lui gouverneur de cette ville. J. Knabenbauer, In Daniel., p. 345. Il fit rendre à la première caravane les vases saints emportés jadis de Jérusalem par Nabuchodonosor, et voulut qu’on vint à son aide de toute manière.

Pourquoi Daniel ne retourna-t-il pas en Judée avec ses frères? On ne le sait pas sûrement, mais c’est sans doute parce qu’il était chargé d’années (plus qu’octogénaire); qu’il pouvait être très utile, nécessaire même à ceux qui restaient pour les protéger, et à ceux qui partaient pour des aider à la cour dans la restauration de Jérusalem, qui allait se heurter à tant d’obstacles. Il demeura donc et fut le conseiller plus que jamais écouté du roi persan.

11 en était l’hôte ordinaire (Septante: a\jy.6iun-r\ç ) et le convive. Un jour le roi de Babylone (Cyrus) lui reprocha de ne pus adorer Bel, voir t. i, col. 1556, ce dieu qu’il révérait lui-mème par politique, qui vivait, puisqu'il mangeait et buvait. Daniel répondit en souriant, et par un stratagème très simple, il convainquit devant le roi de supercherie et de mensonge les soixante- dix prêtres qui desservaient le temple. Le sanctuaire (eiôwXeïov), partie du temple (B7j),cov) ou peut-être le temple lui-même (rien ne s’y oppose historiquement), fut ensuite dé- I Luit. — Une autre fois, c’est le serpent adoré par les |

Babyloniens, un dieu vivant, disait le roi, que Daniel fait mourir, selon sa promesse, « sans épée et sans bâton, avec un gâteau de poix, de graisse et de poils, » et dont l’étouffement porte au comble la fureur des Babyloniens contre le roi, « devenu juif, » disent-ils. Ils s’ameutent et exigent la mort du prophète. Le roi cède. Daniel est jeté dans une fosse où il y avait sept lions, dont on irritait intentionnellement la faim. 11 y reste six jours, nourri miraculeusement. Au septième, Cyrus vient à la fosse, où il le voit vivant, « assis au milieu des lions. » Jetant un cri , il l'en fait retirer, et, comme ses prédécesseurs, Nabuchodonosor, Baltassar et Darius, il proclame la grandeur de Dieu par toute la terre, ch. xiv. — Une dernière révélation, datée du 24 nisan 536, achève d’éclairer Daniel sur l’avenir de son peuple au milieu des puissances de ce monde, et clôt la vie du prophète; Dan., x, 1, 4. Il était sur le Tigre lorsqu'un ange de forme humaine et rayonnant lui apparut et l’instruisit « de ce qui devait arriver au peuple de Dieu dans les derniers jours ». Après la monarchie médo-perse viendra un roi vaillant, l'auteur de la monarchie grécomacédonienne. Il y aura entre les rois des deux royaumes du nord (Syrie) et du sud (Égypte), qui en sortiront, des luttes sanglantes et opiniâtres et pleines de vicissitudes. Un de ces premiers nommément (Antiochus IV Épiphane) fera une guerre terrible et causera des maux inouïs « au pays de gloire », enjeu de toutes ces rivalités. A la fin il périra, et le peuple sera sauvé par le secours de l’ange Michel. Le temps de l’épreuve est ensuite fixé dans une vision complémentaire à 1 290 et à

I 335 jours. Après quoi Daniel fut laissé par l’ange pour toujours. — Il n’est plus question nulle part du prophète. Une foule de légendes ont couru sur sa mort et sa sépulture. Babylone, Ecbatane, Suse, passent pour avoir son tombeau (fig. 472). Voir Acta sanctorum , julii t. v, p. 117-131. Cf. Fabre d’Envieu , Le livre du prophète Daniel , Paris, 1888, t. i, p. 20-22. Il pouvait être nonagénaire lorsqu’il mourut. Pour la vie de Daniel, voir notamment : Payne Smith, Daniel, Londres, 1886 ; H. Deane, Daniel, his life and times, Londres, 1888. Cf. Fabre d’Envieu, Daniel, t. i, p. 1 et suiv.; R. Cornely, Introduclio specialis, t. ii, 2, p. 466. Voir le beau portrait de Daniel, tracé par E. B. Pusey, Daniel, p. 15-20.

VIII. Mission de Daniel. — On peut voir ce qu’elle fut par tout ce qui précède. On peut dire qu’il eut une triple mission et qu’il la remplit avec éclat. 1° Vis-à-vis des captifs, ses frères, il fut un docteur de justice et de piété, et, par sa haute influence auprès des rois qui se succédèrent en Babylonie, un très puissant protecteur. Transportés dans le monde chaldéen, si semblable à eux pour les habitudes religieuses, la forme cultuelle, les formules même de prières (Lenormant, Etudes accadiennes, t. m, p. 161), ils étaient très exposés au péril d'apostasie.

II est certain qu’ils passaient par une crise où leur foi et leur religion, espérance de l’avenir, pouvaient périr. Dieu leur envoya des prophètes qui les secoururent, Ézéchiel (voir Ézéciiiel ) et Daniel. Daniel, par sa rigide fidélité à la loi , par sa piété intrépide et par ses visions mystérieuses, affermit la foi des captifs et les préserva de l’idolâtrie ou de l’apostasie ; c’est pour cela que la Providence l’envoya à Babylone dès le commencement, dans la première des quatre grandes transmigrations chaldéennes. Il fut ainsi le protecteur et le défenseur de ses frères. Vivant au milieu de leurs vainqueurs, leur condition était misérable. On sait en général, par les tablettes et les représentations venues jusqu’à nous, à quels travaux d’esclaves et à quelle vie très dure ils: étaient assujettis. Ps. cxxxvi. Certainement Daniel, que Dieu avait fait si grand et si puissant à Babylone, mêlé activement à toutes les affaires, sut adoucir leur sort et leur assurer la bienveillance des rois. Cf. IV Reg. , xxv, 27-30. On en trouve la preuve dans son livre. — 2° 11 eut aussi une mission pour les Babyloniens eux-

DANIEL LE PROPHÈTE -

mêmes. Leur orgueil était extrême; ils voyaient la terre entière ( moins l'Égypte , et encore combien alïaiblie ! ) « faire silence devant eux, » et ils en rapportaient la gloire à leurs dieux. C’était pour eux un dogme que la victoire d’un peuple était la victoire de son dieu sur le dieu des vaincus. Israël et Juda avaient succombé. Donc Jéhovah, leur Dieu, était censé vaincu par Bel-Mardouk, ou Nébo; il n’était plus qu’un dieu local, secondaire, abaissé et diminué. Telle était leur conviction, qui risquait d’être partagée par les Juifs, hésitants et troublés. Daniel fut suscité pour écarter ce scandale, et relever aux yeux des Chaldéens la gloire humiliée du Dieu unique et souverain. C’est pourquoi, à cinq ou six reprises, des faits d'un surnaturel extraordinaire se produi-

DANIEL (LE LIVRE DE

p. 24-36; C. Keil, Der Prophet Daniel, Leipzig, 1869, p. 4, 5-10. E. Philippe.

5. DANIEL (LE LIVRE DE). — I. CARACTÈRE DE CE livre. — lia pour objet général de montrer le souverain pouvoir de Dieu sur les peuples et dans le gouvernement de l’univers. 11 est visible, à la simple lecture, que telle est la conclusion des récits historiques et des prophéties proprement dites qui le composent. Les récits où Daniel intervient, — récits choisis et comme détachés, — tombent uniformément sur celte finale, que Dieu est le Dieu des dieux, le maître des rois; qu’il donne et qu’il enlève l’empire à qui il lui plaît. Dan., n, 47 ; m, 96, 99, 100; IV, 34; vi, 26 , 27. Les prophéties le révèlent encore mieux en

sirent, qui exaltaient par-dessus tous les dieux le Dieu de Daniel, « dont le pouvoir est éternel. » Dan., n, 47; ni, 95 , 96 , 99, 100; iv, 31, 32, 34; vi, 26, 27; xiv, 42 : c’est manifestement le sens final de ces chapitres. — 3° Une autre mission de Daniel fut de conserver et de développer au sein du monde païen les idées et les espérances messianiques. La forme dans laquelle on les voit présentées , c’est la vision du royaume qui aura une origine invisible, qui succédera aux grands empires et aux royaumes issus d'eux, et qui, formé du «peuple des saints du Très-Haut », avec le Messie pour prince, s’établira à travers mille vicissitudes et des luttes constantes, et ne sera jamais détruit. C’est pour faire paraître ces vérités que Dieu suscita Daniel. C’est lui qui les publia et qui contribua puissamment par sa parole et son action prédominante à créer dans tout l’Orient ce courant d’opinion qui remplit plus tard l’Occident comme « une vieille et constante tradition : que des hommes partis de Judée prendraient enfin le gouvernement du monde ». Daniel fut le prophète des nations comme saint Paul devait en être l’apôtre. R. Cornelv, lntrocluctio in libros sacros, t. n, p. 472, 4; Fabre d'Envieu, Daniel, t. i,

exposant dans une synthèse saisissante, répétée quatre fois, la succession des empires de ce monde, qui doivent disparaître devant le Messie et être remplacés par son impérissable empire.

IL Division du livre. — Il est formé de deux parties et de deux appendices. Les deux appendices rentrent dans la première partie, où ils trouvent place, par ordre de temps: l’un, le chap. xm, 1-64, avant le chap. n, et l’autre, le chap. xm, 65-xiv, 42, après le chap. vi. La première partie est historique, la seconde prophétique. Très communément, on fait commencer la seconde au chap. vii ; la partie historique comprend seulement les six premiers chapitres, le premier excepté. Telle est, en effet, la division admise par les anciens et par beaucoup de modernes, même rationalistes. J. Knabenbauer, In Daniel., p. 16. Mais il en est d’autres qui joignent le chap. vu à la première partie, parce qu’il reprend, dans une autre forme, le chap. n, et qu’il est, comme celuici, écrit en araméen. Ces raisons ne sont pas convaincantes. Cf. Auberlen, dans Trochon, Daniel, Paris,

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