‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 217 sur 485 · Sites divers attribués à l’Emvnnüs de l'Évangile · texte numérisé non relu

Sites divers attribués à l’Emvnnüs de l'Évangile

salem, dit une description de l’époque, par devers soleil Vespasien établit une colonie de huit cents vétérans, et couchant, avait une fontaine que l’on apelait la fontaine des E marne. Le chastel des Emauz est de lez. On disait qu’à cele fontaine s’assit Nostre-Sire avec ses .ij. disciples, quant ils le connurent à la fraction du pain. » Pèlerinages français des XIIe et xme siècles, in-8°, Genève, 1882, p. 159. Cf. ibid., p. 47, 99, 104, 170, 186; Fretellus, Loca Sancla, t. ccv, col. 1050;Jean de Vurzbourg, Descriptio T. S., ibid., col. 1079; Burkard, Descriptio T. S., 2e édit. Laurent, in-4°, Leipzig, 1872, p. 77-84; Ricoldi, ibid., p. 113. Plusieurs autres donnent les mêmes renseignements. La source d'Abou -Ghosch, renfermée dans la crypte de l'église, est la confirmation authentique et indubitable de la tradition mentionnée par les documents. — 5° Le P. Borelly, dominicain (1668), signale le « chasteau

les ruines de Beit-’Ulma', situées à six kilomètres à l’ouest de Jérusalem et à un kilomètre environ en deçà de Qolouniéh et de Beit-Mizzéh. Ils auront pensé reconnaître dans ce nom celui d’Oulammaüs, donné à Emmaüs par le Codex Bezæ, D. De nombreuses indications peu précises paraissent désigner encore divers autres endroits. — 7° D’après le Fr. Liévin de Ilamme, Guide-indicateur de la Terre Sainte, 4e édit., 3 in- 12, Jérusalem, 1897, t. il, p. 248, l’Emmaüs évangélique de la tradition c’est Qobeibéh ( fig. 558), petit village musulman de trois cents habitants, situé à douze kilomètres et demi (environ 60 stades) au nord-ouest de Jérusalem. Lin grand nombre d’écrivains ont aujourd’hui accepté cette opinion, et Qobeibéh est, à ce titre, généralement visité par les pèlerins. Près du village, à l’ouest, se trouve un couvent des Franciscains, avec un hospice pour les pèlerins et une cha-

EMMAÜS

pelle bâtis sur les ruines d'un ancien monastère. Près du couvent, à lest, se voient les ruines d'une belle église de l’époque des croisades, de trente mètres de longueur sur vingt-deux et demi de largeur. La nef de gauche enclavait les restes d'une construction plus ancienne, de dix-huit mètres vingt-cinq centimètres de longueur sur neuf mètres de largeur. Des bâtiments accessoires dépendant du couvent primitif avoisinaient l'église; ils n’ont pas été relevés. Selon les Pères Buselli et Domenichelli, O. M., le nom de Qobeibéh serait une transformation du nom Nicopolis, donné constamment par les chrétiens anciens à Emmaüs. Les premiers témoins de cette tradition sont sainte Sylvie, citée, d’après le professeur Gamurrini, par

témoignent de la vénération des fidèles pour ce sanctuaire. A cette distance quel pourrait -il être, sinon Emmaüs? et cette maison antique, précieusement conservée dans l’église, quelle serait-elle, sinon, comme l’attestent une multitude de pèlerins, la maison de Cléophas transformée en église dont parlent les anciens?

B). Un grand nombre de palestinologues, dont les études seront indiquées plus loin, contestent que les traditions locales authentiques, onomastique et historique, aient jamais connu et indiqué d’autre Emmaüs que ‘Amo’às. Toutes les indications précédentes sont, suivant eux, des identifications forcées, pour justifier la leçon « soixante stades » admise à priori. — 1° Les conjectures faites pour

Pierre Diacre, dans son Liber de Locis SancLis, édit. Gamurrini, in-4°, Rome, 1887, à la suite de S. Hilarii tractatus de rmjsterïis, p. 129, où Emmaüs est indiquée à soixante stades de Jérusalem. Le Vén. Béde, In Lucam Expositio, 1. vi, c. 24, t. xcii, col. 625, indiqne Emmaüs- Nicopolis à la même distance ; saint Jérôme, dans la Vulgate, et la plupart des Pères l’indiquent à la même distance, ainsi que la plupart des historiens postérieurs et les pèlerins. Le P. Francesco Soriano, O. M., en 1562, cité par le P. Domenichelli (voir plus loin), atteste que les indigènes appellent l’Emmaüs de la tradition Kubébè. Depuis ce temps d’innombrables relations relatent le même fait. Les RR. PP. Franciscains, institués par le saint-siège gardiens des Lieux Saints, n’ont cessé de conduire les pèlerins vénérer le site d’Emma’ùs à Qobeibéh. Leur mission et leur fidélité à la remplir ne permettent pas de croire qu’ils se sont trompés. Une source abondante jaillit à un kilomètre de l’église. Son nom, * Aïn-'el-' Agéb’, « la fontaine merveilleuse, » rappelle la fontaine miraculeuse dont parlent Sozomène, saint Willibald et plusieurs historiens. L’église et le monastère

rattacher à ürtâs un nom ayant quelque rapport avec Emmaüs sont antihistoriques et sans fondement étymologique. La vallée d’Ortâs et les ruines peu importantes d’un bain annexé à quelque maison de plaisance ont jadis porté le nom de la ville de 'Etâm, dont les ruines sont voisines (voir Étam). Cf. Josèphe, Ant. jud., VIII, vu, 3. 11 n’y a jamais eu d'eaux thermales dans l’endroit. Voir Emmaüs 1. — 2° Khamséh est le nom de nombre arabe « cinq », et saint Luc n’a pu indiquer à soixante stades un endroit qui est à plus de quatre-vingt-dix. — 3° Beit-Mizzéh = Môsa' ou Ha-Mosâh en est à moins de quarante, comme Qastal. — 4° Qolouniéh, à trente et quelques stades seulement, et 5° Beit -’Oulma’, à moins encore. Le nom de Ha-Mosâh n'a guère qu’une ressemblance lointaine avec i Emmaüs. Si c’est lui, comme plusieurs le croient, que Josèphe a transcrit par Emmaüs, c’est une transcription personnelle; il est peu vraisemblable que saint Luc, qui a paru avant l'historien, ait précisément adopté cette transcription si peu régulière. Cet évangéliste conserve ordinairement aux noms de localités leur forme hébraïque : ’Ajjufxja était la forme régulière, et elle existait déjà dans

EMMAUS

la Bible des Septante. — 6° Si les auteurs sacrés eussent connu deux Etnmaüs voisins l'un de l'autre dans une même province, ils les eussent distingués. L'étymologie de Qobeibéh et de Naqùba’, outre son peu de probabilité, est contredite par l'histoire, qui place certainement Nicopolis ailleurs. Les Pères et les historiens anciens connaissent un seul Emmaüs. Les pèlerins se fussent ralliés autour d’un nom, à soixante stades, ayant quelque ressemblance avec Emmaüs, s’il y en eut eu un. Gamurrini a attribué à sainte Sylvie une citation de Pierre Diacre, empruntée aux exemplaires de la Vulgate en cours au XIIe siècle. Bède et tous les commentateurs que l’on peut nommer ont fait de même; nul d'entre eux ne cite la tradition locale, que la plupart ne connaissent pas. Le seul nom en Terre Sainte incontestablement identique à Emmaüs, c’est ‘Amo’às. La localité qu’il désigne est la seule que les anciens et les indigènes aient indiquée pour l'Emmaüs de saint Luc, depuis le IVe siècle jusqu'au xue. Les documents sont clairs, formels et unanimes. Voir Emmaüs 1. Au xne siècle, les chrétiens de la Palestine ne connaissaient pas encore d’autre Emmaüs, leurs évangéliaires en font foi. Plus tard, lorsque les pèlerins sont seuls avec les guides du pays, ils trouvent toujours Emmaüs à l'extrémité de la plaine de Ramléh, près de Latrùn ; mais ils le trouvent dans les montagnes, quand ils sont avec des guides occidentaux. Comparer le Voyage (anonyme) de la saincte cité de Hierusalem fait l’an 1480, édit. Schefer, in-8°, Paris, 1882, p. 68 et 98; Christ. Fürrer von Ilaimendorf (1565- 1567), Itinerarium Ægypti , Arabise, Palestinæ , Syriæ, in-4°, Nuremberg, 1621, p. 50 et 88. Au xvip siècle encore, le P. Michel Nau, S. J., venant de Ramléh à ‘Amu’às et visitant son église, constate que les « chrétiens du pays croient que c’est là Ema'O.s, et que cette église est le lieu où les deux disciples reçurent le Sauveur le jour de la résurrection » ; puis il cherche à persuader que c’est une erreur provenant de ce que Emmaüs est traduit dans l’Évangile arabe par Amoas, nom de ce village, et que la distance de soixante stades, indiquée dans ce même Évangile, devrait les désabuser, s'ils savaient ce que c’est qu’un stade. Le voyage nouveau de la Terre Sainte, in- 12, Paris, 1679, p. 45-46. Le raisonnement du P. Nau a dù être celui des croisés. En arrivant, ils acceptèrent simplement la tradition des chrétiens du pays; les récits d’Albert d’Aix et de Guillaume de Tyr l’insinuent. Les relations de l'higoumène russe (1106) et de Phocas (1185) montrent que la tradition n’avait point changé. Après quelque temps, les clercs, ceux que l’abbé de Nogent Guibert, dans Bongars, p. 532, appelle scientiores curiosioresque locorum, et qui identifient Ramléh avec Ramoth de Galaad, lisant « soixante stades » dans les exemplaires de leur évangile et voyant 'Amo’as à une distance beaucoup plus grande, rejetèrent celui-ci et voulurent trouver un Emmaüs à la distance correspondant à la seule leçon connue d’eux. Ne trouvant point de tradition ni de nom omophone, guidés seulement par le souvenir de la fontaine miraculeuse et des eaux d'Emmaüs, ils firent choix de Qariat , qui a une source abondante et dont la distance n'est pas bien éloignée de soixante stades. Les croisés partis, le souvenir de leur Emmaüs disparut avec eux. Ceux qui vinrent ensuite durent chercher de nouveau. Les Occidentaux ne faisant que passer et se renouvelant sans cesse, chaque nouveau venu avait à recommencer. De là toutes les variations constatées dans les relations. Qobeibéh fut choisi aussi, comme aurait pu l’être toute localité répondant à peu près à la distance voulue. Son église et toutes les ruines qui l’entourent sont l’œuvre des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean; les signes des tâcherons que portent les pierres et la double croix dont est marquée une pierre sépulcrale le déclarent. La construction enclavée dans l’église est une chapelle de forme grecque , où se reconnaissent le sanctuaire, la place de l’autel et celle de l’iconostase. Cet oratoire rappelait-il quelque souvenir? Les DICT. DE LA BIBLE.

croisés paraissent l’avoir cru ; mais aucun document connu ne le dit, ni n’indique lequel parmi les nombreux souvenirs de la Terre Sainte il pouvait être. En tout cela on constate la préoccupation d’accommoder l’histoire à la leçon connue. — Il n'existe aucun motif de soupçonner la tradition d”Amo’âs d'avoir été au principe une identification fondée sur la similitude du nom, après la disparition du véritable Emmaüs. Aucune tradition n’est affirmée plus catégoriquement comme telle. Lorsque saint Jérôme parle d'Emmaüs dans sa Lettre à Eustochium, c'est comme un lieu suint qu'il a vénéré avec sainte Paule et avec tous les chrétiens du pays. Peut-être tous se sontils laissé induire en erreur par Eusèbe, qui n’avait proposé d’abord qu'une conjecture. Ce n’est pas Eusèbe qui a désigné les lieux saints aux fidèles, lui les a pris d’eux. Lorsque, dans son Onomasticon, il les désigne comme tels, c’est que déjà le peuple y va prier. 11 l’atteste lorsqu’il indique le lieu de l’agonie du Sauveur à Gethsémani, celui de son baptême à Béthabara, de la résidence de Job à Astaroth-Carnaïm, du puits de Jacob à Sichem. 11 ne le dit pas positivement au mot Emmaüs; Sozomène s’en chargera dans son Histoire ecclésiastique , loc. cit. Peut-être a-t-il confondu à ce sujet, et le peuple avec lui, deux faits bien différents : le passage du Seigneur avec ses disciples à une des fontaines d’Emmaüs, et le fait de l'apparition à Cléophas le jour de la résurrection? Les détails de la tradition, l’église construite devant et à distance de la ville, près du trivium, dans un endroit peu favorable, au milieu de tombeaux très probablement judaïques, où l’on montrait une maison que l’on disait celle de Cléophas, où il avait été mis à mort par les Juifs en haine du Christ, disent qu’il y avait là plus qu'un vague souvenir d'un passage du Sauveur. Ces détails sont attestés d’une manière un peu mystérieuse par saint Jérôme, par Virgilius, par Théodosius, par saint Adon et la plupart des martyrologes. L’église d’ ‘Amo’às a des caractères tout particuliers d’antiquité. Les hommes les plus compétents la tiennent pour antérieure aux constructions constantiniennes, et l’on ne voit pas qui aurait pu l’élever, sinon Jules Africain, lorsqu’il construisit Nicopolis. 11 fallait donc que lui -même, pour la bâtir dans la situation où elle est, fût persuadé que là fut réellement le lieu où vint le Seigneur. 11 ne pouvait y avoir alors d’autre Emmaüs connu pour celui de l’Évangile. S’il n'y en avait pas alors, au commencement du 111e siècle, il n’y en avait jamais eu. Le passage de Jésus à Emmaüs, le jour de la résurrection, était assurément un fait mémorable entre tous; la place que saint Luc lui fait dans son Évangile prouve qu’il était bien considéré comme tel. Gardé par Cléophas, un des principaux d’entre les disciples, par Sirnéon son fils, lui-même peut-être un des deux témoins et l’auteur du récit (le silence sur le nom du second disciple et la couleur hébraïque de la narration permettent de le conjecturer), comment le souvenir du lieu témoin de cet événement aurait -il pu être effacé si vite, tandis que d’autres bien moins grands et bien plus loin du centre de l’Église primitive se sont conservés à travers les temps? Parmi toutes les traditions de Terre Sainte, déjà elles -mêmes d'une nature à part entre toutes les traditions historiques locales pour la sécurité, la tradition d’Emmaüs a encore pour elle des gages particuliers de véracité et d'authenticité. Si cette tradition est authentique , elle est le témoignage des disciples témoins du fait et acteurs; saint Luc n'a pu puiser son récit à une autre source ni le donner différent : il n’a pu désigner qu’ 'Amo’às, et, s’il l’a eu en vue, il a écrit cent soixante stades et non soixante. Manuscrits, récits évangéliques et histoire s’accordent pour le proclamer.

IV. Bibliographie. — A. Mrs. Finn, Emmaüs identified, dans Palestine Exploration Fund , Quarterly Slatement, 1883, p. 53-61; Henderson, On the Site of Emmaüs, ibid., 1879, p. 105-107; Arch. Henderson et R. F. Hutehinson, Emmaüs, ibid., 1884, p. 243 - 248;

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