ÉPEAUTRE — ÉPÉE
plus l’épeautre, Triticum spelta, n’est pas une plante des pays chauds; jamais on n’en a trouvé les graines dans les tombeaux de l’Egypte; on ne le voit pas non plus indiqué sur les monuments, et les voyageurs modernes ne l’ont jamais rencontré dans les cultures de la vallée du Nil. Delile, Histoire des plantes cultivées en Egypte, dans Description de l’Egypte, Histoire naturelle, in-4°, 1812, t. n, p. 15; Alph. de Candolle, Origine des plantes cultivées, 3e édit., in-8°, Paris, 1886, p. 291; Ch. Joret, Les plantes dans l’antiquité, p. 30. Mais Schweinfurth, Bulletin de l’Institut égyptien, 1886, n° 7, p. 420, 424, a reconnu des épis et des graines du Triticum dicoccum ou amidonnier au milieu d'offrandes provenant d'une tombe de Gébéleïn, et il regarde cette plante, variété de l’épeautre proprement dit, comme répondant assez bien au boti copte, équivalent de l’hébreu kussémét et du grec oXupa , non seulement dans Exod., IX, 32, mais encore dans Is., xxvm, 25, et Ezech., IV, 9. 11 faut dire cependant que, dans une scala copte (nomenclature de noms coptes expliqués en arabe), le mot boti est rendu par al-dourü, le doura ou sorgho. V. Loret, La fore pharaonique , 2e édit., 1892, p. 23. D’ailleurs la découverte de Schweinfurth est restée isolée, et il est bon de remarquer avec Delile, cité plus haut, qu’aucune espèce d’épeautre ne se retrouve cultivée dans toute l’étendue de l'Égypte.
2° Pour la Palestine, qui a des régions plus froides, la présence de l’épeautre serait à priori plus croyable. Th. Kotschy, Zeitschrift für Ethnologie , 1891, p. 655, aurait trouvé le Triticum dicoccum à l’état sauvage sur les pentes de l’Hermon. Serait- ce là le kussémét que nous voyons dans une comparaison où Isaïe, xxvm, 25, parle de la sagesse du laboureur? « N’est- ce pas après avoir aplani la surface du terrain que le laboureur répand de la nielle et sème du cumin, qu’il met le froment par rangées, l’orge à une place marquée, et le kussémét sur les bords du champ. » Ou bien faut-il plutôt identifier la céréale hébraïque avec le Triticum monococcum, ou engrain? Celui-ci conviendrait mieux que le premier; car, étant plus différent du blé ordinaire, on comprend facilement que dans l’énumération d’Isaïe il ne vienne qu’au troisième rang, séparé du blé par l’orge. Cependant il doit peut-être ce rang, non pas à sa différence plus marquée d’avec le blé , mais à la place du champ où il était semé. Comme cette plante s'accommode des sols les plus mauvais, il est naturel qu'on lui réservât les bords du champ, donnant au blé èt à l’orge de meilleurs terrains. Alph. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 294, ne croit pas néanmoins qu'on puisse reconnaître la culture habituelle de ces divers épeautres chez les Hébreux, et il rejette leur identification avec le kussémét. Le sorgho, au contraire, était et est encore largement cultivé, non seulement en Égypte, mais dans les contrées de l’Asie orientale, et pourrait plus justement s’identifier avec le kussémét : c’est ce qui résulte aussi du troisième texte, relatif à la Babylonie.
3° Ézéchiel, iv, 9, captif en Chaldée, dans une prophétie en action dirigée contre Jérusalem , reçoit l’ordre de prendre du froment, de l’orge, des fèves, des lentilles, du millet et des kussemim, de les mélanger dans un vase et d’en faire du pain. Remarquons, en passant, qu’on trouve des mélanges analogues de céréales et de légumes secs assez souvent employés chez les anciens. Pline, H. N., xviii, 30. Cf. È. Fournier, art. Cibaria, dans Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t. i, 2« partie, 1887, p. 1144. L’épeautre exislait-il en Chaldée? Olivier, Voyage, 1807, t. m, p. 460, prétend l’avoir trouvé à l’état spontané en Mésopotamie, en particulier dans une localité impropre à la culture, au nord d’Anah, sur la rive droite de l’Euphrate. Mais Alph. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 292, en doute, et pour lui la patrie des épeautres ce sont les régions moins chaudes de l'Asie Mineure et de 1 Europe orientale.
Aucun auteur ne constate avec certitude leur culture en Babylonie. D’ailleurs, s’il s’agissait dune espèce quelconque d’épeautre, il serait plus naturel, dans l’énumération d’Ézéchiel, IV, 9, de voir les kussemim placés à côté du blé et de l’orge, avec lesquels l’épeautre a plus d'analogie, qu’après les fèves, les lentilles et le millet. De plus les grains mentionnés ici sont comme associés deux à deux : le froment et l’orge, les fèves et les lentilles, le millet et les kussemim. Ce doit donc être vraisemblablement une plante assez semblable au millet ; ne serait-ce pas le sorgho, comme nous l’avons insinué déjà pour les deux autres textes? Voir Sorgho.
E. Levesque.
ÉPÉE (hébreu : héréb , Deut., xm, 15; Jos., VI, 21; vu, 24; x, 28, etc.; mekèrâh, pluriel mekêrôt, Gen., xlix, 5 ; petihâh, Ps. lv, 22 [ Vulgate, lv, 21] ; grec: gor/afp:*, Gen., xxn, 6, 10; xxxi, 26; Exod., xv, 9; Jud., ni, 16; Matth., xxvi, 47-55; Marc., xiv, 43-48, etc.; pop-pata, Gen., iii, 24; Exod., v, 21; Jos., v, 13; Jud., i, 8; Apoc., n, 16; vi, 8, etc.; Si'çoç, Jos., x, 28; Ezech., xvi, 39; xxiii, 47, etc.; latin : ensis , I Reg., xiii, 22; xxv, 13; II Reg., xxi, 16; I Par., x, 4; Cant., iii, 8; gladius, Gen., ni, 24; xxii, 6; Exod., v, 3, etc.; mucro, Jer., xlvii, 6). La poignée de l’épée se dit en hébreu niçâb, en grec I.aêrj, en lutin capidus, Jud., iii, 22; lahab signifie l’éclat ou la llamme de la lame; les Septante traduisent ce mot pur cpXoÇ , et la Vulgate simplement par ferrum. Jud., ni, 22. On trouve ailleurs le mot beraq pour désigner l'éclair lancé par la lame, Deut., xxxii, 41; les Septante traduisent par àaTpaur), et la Vulgate par fulgur. Ezech., xxi, 15, les Septante traduisent par açàyia , et la Vulgate par gladii limati ad fulgendum. Le fourreau est désigné en hébreu par les mots nàdân, I Par., xxi , 27, nidenéh (chaldéen), Dan., vu, 15, et ta’ar, I Sam. (Reg.), xvii, 15; II Sam. (Reg.), xx, 8; Jer., xlvii, 6; Ezech., xxi, 8, 10, 35, etc.; dans les Septante par le mot y.oX:ov, II Reg., xx, 8; I Par., xxi, 27, etc., et la Vulgate par vagina. Dans Joa., xviii, 11, le texte grec emploie le mot Ôri-xï). Dans I Reg., xvii , 51, les Septante omettent les mots : « tira hors du fourreau. » Dans la traduction des Septante, Ezech., xxi, 9 et 11 (hébreu, 8 et 9), il n’est pas question du fourreau dont parle le texte original. La Vulgate traduit le mot hébreu ta'ar par vagina, Ezech., xxi, 3, 4 (hébreu, 8 et 9). Les Septante, Ezech., xxi, 30 (hébreu, 35), omettent aussi le mot « fourreau », qui est également traduit dans la Vulgate par vagina, Ezech., xxi, 30 (hébreu, 35). Dans Gen., xlix, 5, le texte original porte : « Sirnéon et Lévi , leurs glaives sont des instruments de violence : » kelê hâmas mekrolêham; les Septante traduisent par : (juveTlXsuav Èlaipéa-soç
aôrùiv, et la Vulgate par : vasa iniquitatis bellantia.
I. L’épée de feu des chérubins au paradis terrestre. — La première mention de l’épée dans la Bible se trouve dans le récit de la chute d'Adam. Les chérubins placés par Dieu à la porte du paradis terrestre, pour empêcher l’homme coupable d'y rentrer, étaient armés d'une épée flamboyante. Gen., iii, 24. Les interprètes ont donné les explications les plus variées sur la question de savoir ce qu’était cette épée enflammée ou flamboyante. Il est probable qu'il s’agit ici de la foudre, représentée sur les monuments assyriens sous l’image d'éclairs placés entre les mains du dieu Bel (voir t. i, fig. 474, col. 1559) et appelés « glaive de feu ». F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., in-12, 1896, t. i, p 289. Cf. A. Layard, Monuments of Niniveh, t. n,
pl. VI.
IL L’épée chez les Israélites et les peuples voisins. — 1° Israélites. — L’épée apparaît comme arme de guerre dès l’époque de Jacob. Gen., xxxi, 26 ; xxxiv, 25; xlviii, 22. Les Hébreux en étaient armés au moment de la sortie d’Égypte. Exod., v, 3, 21; xxii, 24; Lev., xxvi, 6, 8; Deut., xm, 15; Jos, v, 13, etc. 11 en est souvent question au temps des Juges. Jud., i, 8; vu, 14, 20; vin, 10, etc.