‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 255 sur 485 · Ruines d’Éphèse · texte numérisé non relu

Ruines d’Éphèse

survinrent, sous la conduite d’Androclus, fils de Codrus, ils chassèrent les Cariens et les Lydiens en masse, et ils s’établirent, dit Strabon, XIV, i, 21, autour de l’Athénéum et de l’Hypéléon, en occupant en même temps une partie des flancs du Coressus. S’il peut y avoir quelque difficulté à identifier chacune de ces collines, il n’en demeure pas moins vrai qu’il faut les chercher toutes dans le voisinage immédiat du temple. Songer à la montagne de l’Acropole serait absolument sortir de la donnée de nos deux géographes grecs. « On habita ainsi sur ces hauteurs, poursuit Strabon, jusqu’au temps de Crésus; après quoi la population en descendit peu à peu et se fixa autour du temple, jusqu’à Alexandre. Lysimaque bâtit une enceinte de murs pour la ville actuelle (la ville gréco -romaine), et, voyant que les habitants étaient longs à se déplacer et à s’installer dans la nouvelle cité, il profita de la première pluie d’orage pour faire fermer toutes les bouches d’égout et laisser la vieille ville dans une immense flaque d’eau, où on ne pouvait plus circuler. Toutefois c’est en vain qu’il voulut donner à la nouvelle cité (celle qui se bâtit au pied du mont de l’Acropole et plus à proximité

logue des remparts de Sardes, Polybe, VII, iv, 15), en sorte que les propriétés qui se trouvent derrière le Prion sont encore désignées comme situées à l’Opistholépré, ou derrière le Leprée. La Trachée, ou la Côte rocailleuse, était la partie qui est aux flancs du Coressus. La ville fut primitivement autour de l’Athénéum, aujourd’hui hors des remparts, au lieu dit de l’IIypélée, et le quartier de Smyrne commençait au gymnase, au delà de la ville actuelle, pour s’étendre entre Trachée et Leprée. »

Ces indications ne sont intelligibles qu’à la condition, de ne pas tenir compte du mont de l’Acropole, qui, vu son éloignement du temple, point central de la ville primitive, n’a pu être ni le Prion ni le Coressus, et n’a eu ni Leprée ni Trachée. Restent donc seules en cause la hauteur à deux sommets dont nous avons parlé et que nous avons appelée Prion, et la colline à deux étages du château d’Ayassoulouk. Or, seule celle-ci semble se prêter à une manœuvre stratégique racontée par Xénophon, Hist. gr., I, il, 7. Thrasyllus, d’après cet historien, vient du nord, de Colophon, et, pour s’emparer d’Éphèse, il divise sa petite armée en deux sections, dirigeant les

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hoplites, par les terres fermes, vers le Coressus, et les cavaliers avec tout ce qui était légèrement armé par les lieux marécageux, vers le reste de la ville, è~i xà exepa tt]ç irdXeo;. Donc le Coressus faisait partie de la ville, et cela en 401 avant J. -C., c’est-à-dire avant Lysimaque, quand Éphèse était encore groupée autour de l'Artémisium. Le double mouvement que concertait Thrasyllus et que Diodore, xm, 04, précise : xxxà Suo xoirou; icpo<r8o- Xà; ino iï)<t:xto, est tout naturel dans mon hypothèse : une partie de l'armée marche sur la ville vers l’ouest, le long des marais Sélinusiens , et l'autre arrive par le nord , cherchant à surprendre les hauteurs du Coressus, château actuel d'Ayassoulouk. Un texte d'Hérodote, v, 100, suppose que le Coressus touchait au port primitif d'Éphèse. C'est là que, en 502 avant J.-C., les Ioniens laissent leurs vaisseaux pour aller assiéger et incendier Sardes : èv Kop^ffo-u) tï|ç ’Eç£<jiï)ç. La mer, d’après ce même auteur, il, 10, arrivait alors au temple de Diane. Cf. riine, n, 87. Enfin , toujours d'après le même historien , la vieille ville, Hérodote, n, 26, du temps de Crésus, était à sept stades du temple, ce qui est exact si on la place sur les hauteurs d’Ayassoulouk.

Cette première difficulté de la topographie générale d’Éphèse étant élucidée, il faut se rappeler que Lysimaque déplaça la ville, ainsi qu'il a été dit plus haut, en la séparant du temple, pour la maintenir au bord de la mer qui fuyait. Dès lors on cherchera l'Éphèse grécoromaine, celle où vécurent saint Paul, saint Jean et les hommes de l’époque apostolique, au versant septentrional des monts de l’Acropole et au versant occidental du Prion. Les ruines y sont assez considérables pour permettre une reconstitution sérieuse de la grande cité , et' les récentes fouilles, dont M. Benndorf et M. Weber nous ont transmis les résultats, donneront un intérêt particulier à ce travail.

Après avoir franchi un petit cours d'eau , probablement l'un des deux bras du Sélinus, qui touchait jadis au péribole du temple, Strabon, VIII, vu, 25, on atteint une chaussée qui contourne la partie orientale du Prion et fut jadis une voie de tombeaux. Parmi les sarcophages qui la bordent des deux côtés, il en est un plus important dont la situation, correspondant assez bien à l’indication de Pausanias, VII , u, 9, fait songer à celui d’Androclus. La base, mesurant cinq mètres sur cinq, et en belles pierres taillées, subsiste seule. Ni le temps ni les hommes n’ont fait grâce soit au monument soit à la statue du guerrier en armes qui en était la décoration principale. Si l’on se dirige au sud, vers la porte dite de Magnésie, on rencontre de grands blocs carrés, ayant servi, à droite et à gauche , de supports à de puissantes colonnes : ce sont les restes du Portique couvert que le rhéteur Damianos avait fait bâtir pour abriter à l’occasion les théories venant de l’Artémisium ou s’y rendant. Quant à la porte de Magnésie, qui par ses dispositions rappelait assez bien le Dipylum d’Athènes, elle avait trois ouvertures, une de chaque côté pour les chars, et celle du milieu pour les piétons. Des tours fortifiées la défendaient. Les deux routes, celle de Magnésie et celle de l’Artémisium, auxquelles elle livrait passage, se séparaient à cinquante mètres des murs de la ville. Franchissons les arasements de cette porte, par où Paul et tant d'autres personnages apostoliques sont passés, et pénétrons dans la ville gréco- romaine, celle qui a pour nous le principal intérêt.

La première ruine qui se dresse à notre droite est un gymnase, celui qu'on appelait de l’Opistholépré , et qui, abrité au nord par le Prion et présentant ses cours et ses terrasses au midi, devait être particulièrement recherché en hiver. On peut constater, en outre, que des calorifères y étaient disposés pour entretenir à l’intérieur une température au gré de ceux qui le fréquentaient. Saint Paul s’est certainement promené et a discouru sous les portiques à moitié ruinés qu'on y voit encore. Ces vieilles

briques et les blocs de pierre qui les supportent ont entendu les appels énergiques qu’il adressait aux âmes au nom de Jésus-Christ. Deux édifices que l’on voit à quelques pas de là, sur la gauche, en prenant la route vers le couchant, entre le Prion et le mont de l’Acropole, ont été peut-être, l’un une basilique païenne transformée plus tard en église, l’autre un héroon de forme circulaire, devenu baptistère de la basilique dans sa partie haute, et crypte funéraire dans sa partie basse. Rien de moins fondé que sa dénomination de tombeau de saint Luc, cet évangéliste étant mort en Achaïe et ayant été enseveli à Fatras. Suivent de près quelques piédestaux de l'époque romaine avec inscriptions, puis le marché aux Laines, au delà duquel un mausolée rappelle par son architecture celui de Cécilia Métella sur la voie Appienne.

A l'issue du petit col formé par les deux montagnes et avant d'entrer dans la vallée qui s’ouvre sur la mer, on trouve vers la droite et adossé au Prion un Odéon ou petit théâtre, rappelant celui d’Hérode Atticus à Athènes. Il était de marbre blanc, avec une colonnade de granit rouge dans sa partie haute. Vis-à-vis, sur la gauche, élevé sur un soubassement de neuf couches de grandes pierres taillées, un temple dominait l’agora et semblait vouloir rivaliser avec un autre monument suspendu à la pente du mont de l’Acropole et communément appelé le Temple de Claude. Les quatre colonnes monolithes et cannelées ornant la façade de celui-ci mesuraient quinze mètres trente de hauteur. La frise et le fronton étaient du meilleur travail.

Mais revenons à l’agora, qui, au premier aspect, ne présente qu’un amas informe de ruines envahies par les ronces et les orties gigantesques. Là fut le centre de la vie politique et sociale d'Éphèse. Il faut savoir gré au comité autrichien d’avoir porté sur ce point l’effort récent de ses recherches. Les découvertes déjà faites dictent des modifications importantes à la topographie d Éphèse gréco - romaine adoptée jusqu’à ce jour. (Cf. Les Pays bibliques, t. m , p. 138 et suiv., et Les sept Églises de l’ Apocalypse , p. 127 et suiv.) C’est par une rampe rapide, où dut être jadis un escalier, qu’on descend à l’ancienne agora, visiblement délimitée par une série de portiques détruits. A première vue, cette place publique rectangulaire, avec son puits au milieu, semble d’assez mesquines proportions. Il est vrai qu’une avenue se dirigeant vers le port romain lui servait de prolongement. Sous les colonnades, entre les boutiques des marchands et enchâssées dans le mur, des plaques de marbre apprenaient aux promeneurs les lois de l’Ionie. C’est probablement sur cette place publique qu’après l’incident des fils de Scéva, battus parles démons, Act., xix, 19, on brûla les livres de magie et de sortilèges qui, depuis longtemps, servaient à tromper la crédulité des Éphésiens. C’est de là que dut partir l’agitation, se transformant bientôt en émeute populaire, des ouvriers excités par l’orfèvre Démétrius, qui voyait son commerce de statuettes représentant soit le temple, soit Diane elle-même, et d’amulettes diverses péricliter sérieusement depuis que Paul battait en brèche le culte des faux dieux. Voir Diane, col. 1405. De l’agora au théâtre il y avait environ deux cents mètres. Les émeutiers s’y rendirent en tumulte, entraînant avec eux deux Macédoniens, Gaïus et Aristarque, compagnons de saint Paul. Ils entendaient probablement déterminer le peuple à en faire une exécution sommaire. Paul, apprenant le danger que couraient ses amis, voulut aller seul affronter l’orage et parler au peuple. Ses disciples le retinrent de vive force. Quelques Asiurques même, de ses amis, se sentant incapables de le protéger, le supplièrent de ne pas paraître au théâtre, où la foule, comme il arrive souvent, furieuse sans savoir exactement pourquoi, passa deux heures à crier obstinément: « Diane, la grande déesse des Éphésiens ! »

La cavea du fameux théâtre (fig:585) se dessine toujours grandiose et profonde au liane occidental du Prion ; mais

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les gradins ont achevé de disparaître depuis notre première visite, en 1888. Une des ouvertures latérales, donnant accès aux précinctions, la seule qui soit encore debout, commence à s’ébranler et tombera bientôt, comme tout le reste, d'une irrémédiable ruine. Le portique s’est abattu sur la scène qu’il protégeait, et l'a couverte entièrement d’un amalgame confus de colonnes, de frises, de statues, d’inscriptions morcelées , s’élevant jusqu’à cinq mètres au-dessus de l'orchestre. C’est sur cette scène que le grammateus ou greffier public se présenta pour haranguer l’émeute. On sait par quel discours il parvint à ramener la foule à des idées plus sages et à la congédier. Act., xix, 35-40. Le théâtre d’Éphèse pouvait contenir vingt-cinq

Caystre. Envahissant aussitôt l’espace devenu libre parla suppression du port hellénique, la ville s’étendit vers le nord , entre le port romain et le Prion. C’était sur des terres rapportées qu'il fallait établir les nouvelles constructions ; mais on s'y résigna en recourant à des travaux souterrains, à des terrasses superficielles, telles que celle du Grand Gymnase. Cet édifice, qui par ses proportions gigantesques rappelle ce que les Romains ont érigé de plus grandiose, mesurait cent cinquantecinq mètres du nord au sud. Sa salle centrale, dite l'Éphébéion, avait trente-sept mètres de long sur vingt de large, avec voûtes d’arête reposant sur huit colonnes | de granit rouge, dont quatre ont été utilisées pour cons-

585. — Ruines du théâtre d'Éphcse avant les fouilles autrichiennes. D’après une photographie de M. Henri Cambournac, en 1893.

mille spectateurs. Des gradins, même les moins élevés, on dominait toute la ville basse, et, par delà les édifices publics, la vue s'étendait jusqu’à la mer.

Au reste, du moins à l’époque grecque, où fut construit le théâtre, celle-ci était très rapprochée, et on a retrouvé le port du temps de Lysimaque à deux cents mètres seulement, en arrière d’une grande construction désignée pâlies uns comme le Prytanée, et par d’autres comme un gymnase (lig. 586), mais que la découverte de quelque inscription permettra seule d’identifier sûrement. Deux énormes piliers de briques sont encore debout, conservant les arrachements des voûtes. Le jour où on soulèvera les ruines amoncelées qui couvrent le sol , une reconstitution de l’édifice deviendra facile. En moins d’un siècle, le port de Lysimaque se trouva à peu près ensablé. 11 était d’ailleurs de proportions très réduites, n’ayant pas à recevoir les grands navires, qui stationnaient dans le grand port (Panormos). A l’époque romaine, on se détermina à le combler pour en établir un autre plus grand, toujours rattaché par un long canal au Panormos, qui, lui aussi, était obligé de s'en aller peu à peu vers la mer, sous les ensablements du

truire la grande mosquée d’Ayassoulouh. C’est peut-être dans l’une des dépendances de ce gymnase que le rhéteur Tyrannus avait la salle où il donnait ses leçons, et que Paul emprunta pour y prêcher l’Évangile. Act. , xtx, 9.

Les fouilleurs autrichiens, sans aborder encore le Grand Gymnase, ont commencé de planter la pioche dans les monceaux de débris qui l’avoisinent au levant. Us ont supposé, à bon droit, que lu ville romaine s'étendait de là au Prion, et ils l’ont, en effet, retrouvée un peu partout, couchée sous les ruines de constructions byzantines, et gardant les traces de l’incendie qui l’avait détruite lors de l’invasion des Goths, en 262. Une rue entière , longue de cent trente mètres, a été complètement déblayée, à cent vingt pas environ à l’est du Grand Gymnase. Sa direction est du sud au nord. De chaque côté, elle est bordée de maisons et de magasins. Les débris utilisés pour ces constructions témoignent qu’elles furent élevées au lendemain d’une grande catastrophe. Très certainement celte rue exhumée par les fouilleurs a vu passer, en 431, les Pères du concile général d'Éphèse, et a retenti de leurs

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acclamations en l'honneur de la Vierge Marie mère de Dieu ou Théotocos.

C'est entre cette rue et le Grand Gymnase qu’ont été mis à jour, en 1896-1897, plusieurs grands monuments de l’époque romaine. Voici ce que nous écrit M. Weber à ce sujet : « On a d’abord trouvé un grand portique en forme de propylées, formé par deux rangs de cinq colonnes en marbre corallin. Devant ces colonnes , des piédestaux portaient des statues de marbre et de bronze, renversées et enlevées ou brisées par les barbares. Ce portique conduisait à une place carrée, entourée d'une colonnade. A cette place se rattache, du côté du midi, une vaste salle longue de trente-deux mètres

une énorme construction en bois dont on voit encore les restes carbonisés et qui n’avait pas de supports intérieurs, puisque le parquet, merveilleusement conservé, n’a pas gardé trace de colonnes. » Rien de précis n’est venu encore indiquer la destination et l’origine de ce superbe édifice. D’une inscription en lettres colossales ornant l’architrave extérieure , il ne reste que trois fragments, ELU nPYTANEQil KAYTOY TOY APIYTI LI- NOS , indiquant peut-être une restauration de l’édifice à l’époque d’Adrien , mais très probablement ne visant pas la date réelle de sa construction, qu'il faut, vu la magnificence et le goût parfait de l’ornementation intérieure, faire remonter au temps des premiers Césars.

E86. — Ruines du Prytanée ou d'un gymnase. D’après une photographie de M. Henri Cambournac.

et large de seize , d'une richesse incomparable. Fermée sur trois côtés, elle communiquait avec la colonnade, à travers une grille dont on voit la trace, par huit ouvertures, formées de sept pilastres hauts de huit mètres, flanqués de demi -colonnes d’ordre corinthien et reposant sur d’immenses piédestaux. Le parquet de la salle est formé d'un placage de marbre aux dessins et couleurs les plus variés. On y compte jusqu’à treize espèces de marbres différents , parmi lesquels le vert antique a une belle place. Le revêtement des parois, également en marbre, rivalisait d’élégance avec le parquet. Ces parois étaient décorées de deux rangées de colonnes superposées, portant sur un socle continu encore en place et revêtu de plaques de marbre polychrome. Des niches rentrantes, des tabernacles saillants, la décoration variée de statues et statuettes, les tableaux en relief, les frises admirablement traitées, tout rappelle, par les formes et les couleurs, le genre d’architecture particulièrement riche qui a servi de modèle aux peintures murales scénographiques de Pompci. La salle entière était couverte par

Devant les sept pilastres formant l’entrée de la salle, du côté de la grille, au nord, se dressaient des statues dont il ne reste que les piédestaux et quelques inscriptions insignifiantes, datées d’après la série des gymnasiarques. Trois statues brisées, véritables œuvres d’art, ont été retrouvées sous les restes de la charpente brûlée. L’une, de bronze, représente probablement un jeune athlète qui se frotte d’huile avant la lutte. Le profil très pur rappelle le Dionysos de Praxitèle. Un fragment d’inscription, mentionnant L. Claudius Fuugianus, porte à croire, d’après la forme des lettres, qu’elle fut érigée à l’époque d'Auguste. L’autre, joli groupe de marbre blanc, représente, plus grand que nature, un jeune garçon assis, pressant du bras gauche un canard contre terre, et lançant le bras droit en l’air comme pour se défendre. Ce sujet, que l’on trouve reproduit en petits modèles aux musées du Vatican et de Florence, est d’une exécution remarquable. Le petit garçon charmant, qui ouvre la bouche et semble crier, rappelle l’Enfant à l’oie de Boétos. Enfin un groupe en basalte noir, soigneusement travaillé,

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représente un sphinx à corps de lionne et aux ailes déployées, qui s’est abattu sur un jeune homme nu, renversé sur une roche, et le déchire de ses griffes; peut-être un symbole de la volupté tuant la vigueur et l’avenir de la jeunesse, comme sur le tombeau de la courtisane Laïs, à Corinthe. Paul, Timothée, Jean et tous les hommes de l’époque apostolique ont certainement vu ces œuvres remarquables. Des fragments de marbre épars autorisent à croire qu’il y eut aussi dans cette enceinte la statue colossale de quelque empereur. Un peu au sud-est, et plus près du port romain, a été mise à jour une double colonnade, que M. Benndorf appelle une bourse, et enfin, vers Pâques, à l’ouest de la belle salle romaine décrite tout à l'heure, on a exhumé les restes d’une basilique chrétienne à trois nefs, formées par deux rangées de colonnes à chapiteaux corinthiens. Quels souvenirs faut-il rattacher à ce sanctuaire? on l'ignore. En tout cas, le quai du port, avec nombreuses salles pour conserver le blé et mesures sur stylobates, a vu débarquer les Apôtres, Priscille, Aquila, Jean, et peut-être Marie Madeleine ou même, d'après quelques-uns, la mère de Jésus (voir Jean, Marie); il a vu partir Paul, Apollo et les autres prédicateurs de l’Evangile se dirigeant vers l’Europe.

A peu de distance, vers le nord-est, signalons les ruines d’un édifice peut-être très important dans l’histoire de nos origines chrétiennes, et qu’on désigne sous le nom de la Double-Église. Il se compose, en effet, de deux églises faisant suite l’une à l'autre et circonscrites par un même mur extérieur. De forme rectangulaire, le monument mesurait dans son ensemble quatre-vingt-huit mètres de long sur trente-trois de large. Dans la première de ces deux églises, celle qui est vers le couchant, on voit les restes des quatre pilastres qui supportèrent une coupole centrale. L’abside, formée par un arc de cercle inscrit dans l’espacement de ces colonnes, laissait libres deux passages latéraux par lesquels on pénétrait dans la seconde église. Celle-ci fut une petite basilique partagée en trois nefs par une double rangée de colonnes. Elle avait, comme l’autre, une abside avec ses dépendances. Il est assez probable que la Double -Église fut la cathédrale où se réunit, le 22 juin 431, le Concile œcuménique d’Éphèse. Le principal des deux sanctuaires aurait été consacré à Marie, mère de Dieu, et l'autre à saint Jean, et ainsi s’expliquerait le passage assez embarrassant puisque le verbe y est supprimé, où, dans leur lettre au clergé et au peuple de Constantinople, les Pères du Concile disent : « ’Ev0a o 0soXdyoç Taiâvvïjç xai r) ©eoxoxoç 7iap0évoç r\ àyia Mapia. » Ils se Irouvent réunis dans l’église où Jean et Marie sont honorés. Voir Les sept églises de l’Apocalypse , p. 132.

Si nous continuons notre marche vers le levant, nous trouvons le stade appuyé au midi sur le Priori et au nord sur des constructions solidement voûtées. Un portique de l’époque romaine, qu'il est aisé de reconstituer dans son ensemble, puisque les bases des colonnes sont encore en place, donne l’idée des constructions monumentales servant régulièrement d'avant-corps à de tels édifices. On retrouve dans les soubassements quelquesunes des fosses où étaient tenues en réserve les bêtes pour les jeux publics. On sait que les Romains se plaisaient à établir dans les centres importants des provinces conquises, ce qui faisait le charme principal, la grande attraction des fêtes publiques à Rome, les combats de bêtes et de gladiateurs. Il y en eut à Éphèse, et peutêtre Paul , qui avait entrevu ces sanguinaires amusements, pensait- il aux malheureuses victimes qu'on y vouait régulièrement à la mort pour clore le spectacle, àV/axo; ÈTuOavâxiot , quand, du voisinage même de ce stade, il écrivait aux Corinthiens: « Je crois que Dieu nous traite, nous Apôtres, comme les infortunés qui sont destines à mourir les derniers dans l'amphithéâtre, nous donnant en spectacle au monde, aux anges et aux hommes? » I Cor., iv, 9. En tout cas, ces luttes hor-

ribles avaient fortement frappé son imagination, et, voulant caractériser ses propres efforts contre les adversaires de l’Évangile, il disait qu’il avait combattu contre les bêtes, èôy-, p i o [xci -/ cra . I Cor., xv, 32. Évidemment c’est au sens figuré qu'il faut prendre ces paroles. Cf. Appien, B. C., où Pompée s’écrie : ocoiç 0Y)piotî payogeOa; S. Ignace ad Rom., v : 0riptotxayù> Stà yîR x. t. t. v, col. 809, et la légende consignée dans les Acta Pauli (voir Nicéphore, H. E., il, 25, t. cxlv, col. 821), d'après laquelle l'Apôtre aurait été exposé à un lion et à d’autres bêtes féroces, est absolument apocryphe.

Aussi peu fondée nous semble la tradition qui montre sur un monticule, vers l’occident, au delà du port romain, la prison de saint Paul, dans une tour carrée qui se rattache aux fortifications élevées par Lysimaque. Deux murs, se croisant au dedans, y forment quatre petits appartements. On l’aborde par une porte tournée au levant, vers l'intérieur de la ville. Une inscription que les explorateurs autrichiens viennent d’y découvrir donne le nom de cette tour et de la colline sur laquelle elle était bâtie : Ttôpyoç xoù AoruAyou irayou, ainsi que de la montagne à laquelle elle se rattache, et qui s’appelait l’Hermaion et non le Coressus. — Près du mur méridional du stade, mais sans en faire partie, une porte cintrée (fig. 587), construite avec des débris où figurent des sculptures et des inscriptions aussi incomplètes que disparates, s’est mieux conservée que le reste des monuments avoisinants. On n’en connaît pas la destination. Peut-être marquait- elle l’entrée d’une voie conduisant au Prion?

Sur cette montagne courent encore en zigzag et descendent en forme de scie, — de là son nom de Ilpttov, — pour remonter et redescendre encore, les arasements des vieux remparts. Sur la pointe méridionale, à cent cinquante mètres de hauteur, cinq blocs de pierre marquent la place d’un temple probablement consacré à Jupiter Pluvius et que l’on trouve figuré sur une très intéressante médaille d’Éphèse, conservée au Rritish Muséum. A la jonction des deux collines, les Arméniens vénèrent annuellement le souvenir de saint Jean. Est -ce le lieu où il aurait habité? En tout cas, il ne faut pas chercher là son tombeau, qui se trouvait, comme nous le dirons tout à l’heure, sur la colline d’Ayassoulouk. On sait que la tradition de l’Église orientale, remontant au moins à saint Modeste, patriarche de Jérusalem, en 632 (voir dans Photius la première des homélies de ce saint, Cod. cclxxv, t. civ, col. 243), tradition confirmée par Grégoire de Tours, De gloria martyr., 30, t. lxxi, col. 731; par le moine Cédrénus, édit, de Bonn, t. u, p. 260, et par les Menées, suppose que Marie Madeleine mourut et fut ensevelie à Éphèse. L’itinéraire de Willibald, dans Itinera Hieros., Genève, 1880, fasc. n, p. 288, dit que le pieux pèlerin, passant à Éphèse, alla admirer, en l’arrosant de ses larmes, la poussière en forme de manne qui sortait du tombeau de saint Jean, et se recommanda à Marie Madeleine, ensevelie en cette ville. Sa sépulture se trouvait dans une église portant son nom et située sur une montagne nommée Quiléon. Le sarcophage était tout ouvert. C’est là que l’empereur Léon le Philosophe fit prendre ses restes pour les transporter à Constantinople. Voir Bollandistes, Acta sanct. , 22 julii. Un montre encore aujourd’hui sur les hauteurs septentrionales du Prion, à l’aquilon de la ville byzantine, près de la grotte des Sept- Dormants, un tombeau qui aurait été celui de Madeleine; mais on n’y voit pas trace d’église. Plus près du théâtre et sur l’autre colline aurait été, dit- on encore, celui de Timothée. En réalité, tout cela semble surtout très fantaisiste, et le fuit que saint Jean fut enseveli sur le mont d’Ayassoulouk rend peu probable l’authenticité des sépultures de la même époque sur le Prion.

Au nord du stade, d’importantes ruines dont les substruclions voûtées subsistent encore et servent d’abri aux troupeaux, furent, d’après les uns, un gymnase; d’après les autres, le Prétoire de l'époque romaine. D'un côté il

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touchait au mur de la ville, que l’on franchissait ici par la porte de Colophon, et de l'autre il n'était séparé du stade que par une grande rue à colonnades, aboutissant à la porte qui, d’après mes hypothèses topographiques, aurait été celle du Coressus. Elle regardait, en effet, cette colline, aujourd'hui dite d'Ayassoulouk, et s'ouvrait sur la voie conduisant au Coressus, en touchant au temple île Diane.

Le péribole de ce temple ayant été retrouvé, avec une inscription qui rapportait à Auguste, vers l’an Gavant J. -C., sa reconstruction, M. Wood poursuivit énergiquement ses sondages, sur d’arriver à un heureux résultat. Il atteignit, en effet, à six mètres sous le limon, le parvis du

avait déjà été reconstiuit plusieurs fois à la même place, avant que Chersiphon donnât le plan de celui qui, après deux cent vingt ans de travaux et grâce aux dons volontaires des villes d’Asie, était devenu une des merveilles de l’antiquité. Erostrate, pour s’immortaliser, l’incendia en 356 avant J.-C., le jour même de la naissance d'Alexandre. Mais les adorateurs de Diane décrétèrent qu’on en relèverait un septième encore plus beau que le sixième, et, en effet, Dinocrate, utilisant tous les perfectionnements successifs de l’art architectural, réussit à faire une œuvre plus admirable, semble-t-il, que celle qui avait péri. Les plus grands artistes, Praxitèle, Parrhasius, Apelle et bien d’autres, y apportèrent un large contingent

587. — Ruines de laporle dite de Lysimaque. D’après une photographie do M. Henri Cambournac.

fameux Artémisium, tout encombré de débris de colonnes, de frises et de chapiteaux. Le mur de la cella fut retrouvé, et l’ensemble de la reconstitution allait devenir facile. Malheureusement, comme nous le disait le regretté M. Humann, les fouilles de M. Wood eurent pour but plutôt la recherche de beaux morceaux antiques qu’une exploration des ruines, en sorte que le chercheur anglais se tint pour satisfait quand il put rapporter à Londres quelques superbes fragments, la base sculptée et trois tambours d une des colonnes du temple, avec une tête de lion de la corniche. Cessant tout à coup de déblayer le terrain, il renonça à faire une œuvre archéologique sérieuse. Avec quelques mois de plus de travail, on aurait pu constater ^exactitude des indications architectoniques données par Pline, H. N., xxxvi, 21. Depuis vingt-cinq ans, les terres ont en partie envahi la fosse informe où coassent d’innombrables grenouilles, et où poussent les saules pleureurs; mais les archéologues autrichiens reprendront et mèneront à bon terme ce travail important.

On sait que le fameux temple de Diane ou Artémisium

| de leur génie. On a parlé ailleurs (voir col. 1404) de la célèbre statue de Diane d’Éphèse, vénérée dans ce | temple dont les dépendances étaient très considérables. Il fut pillé et détruit par les Goths, en 262. Une partie de ses marbres alla à Constantinople orner les palais, les cirques, les monuments impériaux et les églises. Ce qu'on laissa en place servit plus tard à ériger une belle mosquée au pied de la colline d’Ayassoulouk.

Cette mosquée, qui tombe elle -même en ruines, n’a, quoi qu’on en ait dit, rien de commun avec les traditions chrétiennes. Ce n’est ni l’église ancienne de saint Jean, ni celle de la sainte Aherge; mais elle a été bâtie de toutes pièces par les musulmans, qui voulurent avoir ici une belle maison de prière. S’il y avait eu des hésitations dans I l'esprit de quelques-uns, en raison même de l’obstination que les rares chrétiens d’Éphèse mettaient à y supposer j un vieux sanctuaire chrétien, elles doivent cesser après les constatations qui viennent d’avoir lieu. Sur le grand portail occidental se trouve une inscription en relief, qui, grâce à un estampage, a été récemment déchiffrée par le

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professeur Joseph Karabacek, de Vienne. Il s’ensuit que la mosquée fut bâtie, ainsi que l’avait déjà supposé M. Weber, sur les ordres du sultan Isa Ier d’Aïdin. L’inscription est datée du 13 janvier 1375.

Quant à l’église de saint Jean, qu’on appelait YApostolicon, elle fut là où était son tombeau, non pas au bas de la colline d’Ayassoulouk , mais sur la première terrasse, qu’on appelait en ce temps-là le Libate.Voir Procope, De ædif., v, 1, édit, de Bonn, t. m, p. 310. On y arrive en franchissant le mur d'enceinte de la citadelle par une porte flanquée de tours carrées, et bâtie avec les débris des sièges soit du théâtre, soit du stade. Ces débris sont couverts d’inscriptions et de sculptures. Trois

588. — Plan des ruines de l’église de Saint-Jean, relevé par M. G. Weber.

de celles-ci représentent des sujets homériques: Hector pleuré par les siens, la mort de Patrocle, des enfants se roulant sur des outres de vin. Le peuple y vit des scènes de martyre, et l’arceau byzantin fut appelé la porte de la Persécution.

A soixante mètres de là environ, on trouve, en montant vers le nord , un amas de ruines qui proviennent d’immenses voûtes écroulées. Les bases de quatre énormes pilastres y sont encore en place. Ces pilastres soutenaient sans doute au levant, du côté de l’abside, un dôme ou sorte de confession. Parmi les énormes débris de maçonnerie en briques qui jonchent le sol, des chapiteaux marqués d’une croix grecque ont été retrouvés. Ce sont là les restes de la grande basilique élevée par Justinien, au milieu du VIe siècle, et qui demeura jusque vers la fin du moyen âge un des pèlerinages célèbres de l’Orient. On serait naturellement porté à croire qu’elle abritait le tombeau de saint Jean. Cependant M. Weber est persuadé qu’il faut chercher celui-ci un peu en dehors, au sud, dans la petite église que j’avais trouvée, en 1888, détruite par un incendie, et qu’on a restaurée assez grossièrement depuis mon dernier voyage, en 1893. Ce professeur a eu l’occasion de constater que cette chapelle était bâtie sur une église antique, et, en 1870, il y a vu une excavation profonde, où l’on avait recueilli divers débris intéressants, colonnes ouvragées, trône d’évêque, chapiteaux admirablement ciselés. Les habitants de Kirkindjé, qui sont les vrais descendants des anciens Éphésiens et demeurent attachés à la religion

chrétienne, se hâtèrent de tout enfouir, quand ils virent comment M. Wood pillait l'Artémisium. Depuis, tout est resté sous terre, là où M. Weber l’avait vu. En explorant cette cachette trouverait-on le tombeau de l’Apôtre? C’est possible. Dans ce cas, je serais porté à croire que le petit sanctuaire lui-même était rattaché à la basilique. Pourquoi des fouilles ne sont -elles pas entreprises par un comité chrétien sur cette hauteur? Retrouver la fameuse sépulture du disciple bien-aimé, ne serait-ce pas une des meilleures fortunes de l’archéologie?

L’authenticité du site est certifiée par les ruines mêmes de la basilique construite par Justinien. Procope, De ædific., v, 1, édit, de Bonn, 1838, t. m, p. 310, dit de cet empereur : « Sur la colline rocailleuse et inculte, en face de la ville, il édifia à la place de l’ancienne, qui tombait en ruine, une nouvelle église, si grande et si belle, qu’elle peut être comparée à celle qu’il avait bâtie à Constantinople en l'honneur des saints Apôtres. » Évidemment on éleva le superbe monument là même où la tradition montrait le tombeau. Or cette tradition était demeurée toujours vivante. Eusèbe ne dit pas seulement, H. E., v, 24, t. xx, col. 496, que Jean mourut à Ephèse , mais il atteste, H. E., ni, 39, t. xx, col. 297, qu’il y avait dans cette ville deux tombeaux d’hommes vénérables ayant porté le nom de Jean, l'un de Jean l’Apôtre et l’autre de Jean le Presbytre. 11 fait répéter par Denys d'Alexandrie, H. E., vii, 25, col. 701, la même affirmation, et à Polycrate, évêque d’Éphèse, il attribue cette parole, H. E., m, 31, t. xx, col. 280 : oOto; èv ’Eçécnp xexo!p.ï)-rai. Le pape Célestin, dans Mansi, t. iv, p. 1286, écrit aux Pères du concile d’Éphèse : « Selon la voix de Jean l'Apôtre, dont vous vénérez les reliques présentes. » Enfin dans la collection du même auteur, t. iv, p. 1276, nous voyons les évêques de Syrie se plaindre « qu’étant venus de très loin, il ne leur soit pas permis de vénérer les tombeaux, Xocpvaxaç, des saints et glorieux martyrs, surtout, oô-/ rpus ta, celui du trois fois heureux Jean le théologien et évangéliste, qui avait vécu si familièrement avec le Seigneur ».

Ce tombeau avait une réputation universelle dans l’Église, et saint Augustin, Tract, cxxiv, 2, In Joa., t. xxxv, col. 1970, mentionne la tradition répandue de son temps, d’après laquelle la terre semblait y bouillonner sous le souffle de celui qui y était couché. Éphrem , patriarche d’Antioche, en 530, dans Photius, Cod. 229, édit. Bekker, p. 252-254, parle d’un parfum qu’on allait y recueillir comme à une source, et Grégoire de Tours, De glor. mart., 30, t. lxxi, col. 730, appelle cette poussière miraculeuse qui sortait du tombeau « une sorte de manne, semblable à de la farine, qui, transportée au loin dans les communautés chrétiennes, y faisait de nombreux miracles ». Le Ménologe de Basile Porphyrogénète, m, 8 mai, t. cxvii, col. 441, raconte le même prodige. Cf. Simon Métaphraste, Patr. gr., t. cxvi, col. 704-705. Rien de plus naturel que de voir les pèlerins venir en grand nombre au célèbre tombeau. Cette affluence avait fini par être l’occasion de transactions considérables, dans une foire célèbre, qui produisait jusqu’à cent livres d’or, soit quatre cent cinquante mille francs de droits de douane pour les marchandises importées ou exportées, ce qui était d'un gros revenu pour l’Église d’Éphèse. L’empereur Constantin VI réduisit considérablement ces droits, et ce fut une première cause de déchéance pour la basilique et les autres monuments de la cité. La seconde fut l’invasion turque, au xne siècle. Nous avons dans les lettres inédites de Georges le Tornique, métropolitain d’Éphèse ( voir Parnassos, 1878, cité par M. Weber, Guide à Éphèse, p. 39), une indication sur l’état lamentable de l’église Saint -Jean à la fin de ce XIIe siècle : « Les terrasses, dit- il, sont transformées en marais, parce que l’eau y séjourne; la chaux tombe de tous côtés; les images en mosaïque sont détruites; les serpents et les sirènes s’y réfugient, mais les pasteurs ne peuvent y habiter. » Ce

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cri douloureux ne fut entendu de personne, et la basilique s’effondra sur le glorieux tombeau. Chose digne de remarque, la seule population qui habite encore Éphèse, huit ou dix familles, s'est, après bien des péripéties, instinctivement groupée aux lianes de la colline même où l’Éphèse primitive des Lélèges avait jadis été fondée.

VoirGuhl, Ephesiaca, Berlin, 1843; Falkener, Ephesus and the temple of Diana, Londres, 1862; Wood, Discoveries in Ephesus, Londres, 1877 ; E. Le Camus, Voyage aux pays bibliques, Paris, 1890, t. ni, p. 132 et suiv.; Les sept Églises de l’Apocalypse , Paris, 1896, p. 120 et suiv. : on y trouvera la reproduction phototypique des principaux sites d'Éphèse; F. V. J. Arundell, Discoveries in Asia Minor, 2 in-8°, Londres, 1834, t. n, p. 247-272; E. Curtius, Ephesos, Berlin, 1874, et surtout G. Weber, Le guide du voyageur à Éphèse, Smyrne, 1891.

E. Le Camus.

ÉPHÉSIEN (’Eçl crcoç, Ephesius), originaire d’Éphèse, comme Trophime, Act. xxi, 29, ou habitant de cette ville. Act. xix, 28, 34, 35. Dans le texte grec ordinaire, Apoc., Il, 4, l’église d’Éphèse est appelée ’Eçeffîvr) ÈxxXriffi'a.

ÉPHÉSIENS (ÉPÎTRE AUX). Les plus anciens manuscrits ont en tête de cette Épître : upoç E-peatouç ; les autres manuscrits et les versions ont le même titre, mais plus développé. Pour le détail de l’appareil critique, voir Tischendorf, Novum Testamentum græce, editio octava major, t. n, p. 663. Seul Marcion et des hérétiques, au dire de Tertullien, Adv. Marcionem, v, 11, 17, t. ii, col. 500, 502, lisaient en tête de cette Épître : ad Laodicenos. Le reproche que Tertullien fait à Marcion d’avoir interpolé le titre : ad Ephesios , prouve l’unanimité de la tradition en faveur de ce titre.

I. Destinataires de l’Épître. — La lettre a-t-elle été écrite aux Éphésiens, et, si elle ne l’a pas été aux Éphésiens seuls, à qui était-elle adressée? Cette question a reçu des réponses très diverses. Établissons d’abord les faits. — 1° Examen externe. — Chap. i, f. 1, nous lisons : Paul, apôtre de Jésus -Christ par la volonté de Dieu, toi; àyioi; toïç ouaiv [èv ’Epéuw] y. xi Trtarotç êv Xpiarw TpuoO. La lettre primitive contenait-elle ces deux mots : êv ’Eiécm? Si l’on excepte le Sinailicus, le Vaticanus et le Codex 67, tous les manuscrits grecs ont èv ’Epso-w. A remarquer en outre que ces mots ont été ajoutés dans le Vaticanus et le Sinaiticus par une seconde main , et que dans le Codex 67 ils avaient été écrits par le copiste, puis effacés par le correcteur. Le canon de Muratori (voir Canon, col. 170), toutes les anciennes versions, ainsi que les Pères de l’Église, lisent aussi êv ’Ecpécrw. Cependant l'argumentation d’Origène , Commentaire perdu sur l’ Épître aux Éphésiens , dans la Catena de Cramer, p. 102, suppose qu’il n’avait pas êv ’Etpéero) dans son texte. Saint Jérôme fait allusion probablement à ce passage d’Origène lorsqu'il dit : Alïi vero simplicité)' non « ad eos qui sint », sed « ad eos qui Ephesi sancti et fidcles sint s. In Ephes., t. xxvi, col. 443. Tertullien, pas plus que Marcion, n’avait dans son exemplaire êv ’E?I<ki>; autrement Tertullien, t. ii, col. 500, aurait accusé Marcion d’avoir interpolé non seulement la suscription de l’Épitre, mais aussi le texte. Saint Basile le Grand, Contra Eunom., n, 19, t. xxix, col. 612, cite l’adresse de l’Épitre sans y intercaler èv ’E çéffw, et déclare que ses prédécesseurs ont ainsi transmis le texte et qu’il l’a trouvé lui -même en cet état dans les anciens manuscrits. Cf. Épiphane, Her., xlii, 9, t. xli, col. 708, et t. xlvii, col. 721. — 2° Examen interne. — Saint Paul avait fondé l’Église d'Éphèse, et, sauf une absence de quelques mois, il passa dans cette ville trois ans, de l’été de 54 à la Pentecôte de l’année 57, ne cessant pendant ces trois ans, comme il le dit aux anciens d’Éphèse, de les exhorter avec larmes, jour et nuit. Act., xx, 31. Le récit des Actes des Apôtres , xvm , 19, et xix, 1-xx,

prouve que la prédication de saint Paul fut écoutée avec faveur, et que beaucoup de Juifs et de païens devinrent chrétiens. Le discours, Act., xx, 18-35, que suint Paul adresse aux anciens de l’Église d’Éphèse, qu’il avait appelés auprès de lui, montre bien l’alfeclion réciproque qui unissait Paul et cette Église. Au moment du départ tous fondirent en larmes, et, se jetant au cou de Paul, ils l'embrassèrent. Act., xx, 37. On voit d’ailleurs, dans le discours de l’Apôtre, nettement exprimées des inquiétudes au sujet des erreurs qui pourraient se glisser dans cette Église. Act., xx, 29, 30. Si nous considérons les rapports familiers qui existaient entre Paul et les Ephésiens, les liens d’affection qui les unissaient, les périls et les dangers de toute nature qu’ils ont courus ensemble, comment expliquer le ton grave, froid, didactique, de cette lettre, où l’on ne retrouve aucun souvenir personnel, aucune allusion au séjour de Paul à Éphèse, aucune des effusions que l’Apôtre prodiguait d’ordinaire dans ses Épitres à ses fils dans la foi? L’Épitre aux Colossiens, écrite en même temps que celle aux Éphésiens, et adressée à une Église que l’Apôtre n’avait pas fondée et qu’il ne connaissait pas, est beaucoup plus alfectueuse. Col., i, 8, 9, 24; ii, 1, etc. Il envoie ses salutations aux fidèles de Colosses et à ceux de Laodicée, qu’il n’avait jamais vus, Col., iv, 15, 18, et pour les Éphésiens, qu’il avait évangélisés pendant trois ans, il n’a au commencement de la lettre, i, 1-2, que des bénédictions générales à leur adresser, et à la fin, VI, 23-24, que des souhaits qui pouvaient être faits à tous les chrétiens. Il ne parle pas de ces pasteurs d’Éphèse à qui il avait fait récemment de si touchants adieux; il n’envoie aucune salutation de la part de ceux qui l’entourent. Timothée, bien connu des Éphésiens, et qui est auprès de lui, n’est pas associé à l’Apôtre pour l’envoi de la lettre, tandis qu’il l’est pour les lettres à Philémon et aux Colossiens. Èn outre, certains passages s’expliquent difficilement, s’ils s'appliquent uniquement aux Éphésiens, 1 , 15 : « C’est pourquoi , moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus..., je ne cesse de rendre grâces pour vous. » Et plus loin, ni, 1, 2, saint Paul rappelle qu’il est, par vocation spéciale, l’Apôtre des Gentils, et il ajoute, m, 1 : « Si du moins vous avez entendu parler, eiys ïixoéa-aTc, de la dispensation de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée pour vous. » Enfin, après avoir décrit les désordres des païens, Paul dit à ses lecteurs, iv, 21 : « Pour vous, ce n’est point ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins vous l’avez entendu, e”ys aû-rov ryzoécare, et si vous avez été instruits en lui... » Quoique la conjonction etye ait plutôt un sens emphatique qu’un sens négatif, et qu’elle ne suppose chez l’écrivain aucun doute au sujet de l'idée qu’il exprime (Hort, Prolegomena to the Ephesians , p. 95), il n’en reste pas moins difficile à comprendre que saint Paul ait pu adresser de semblables paroles à une Église qui lui devait toute la connaissance qu’elle avait de Jésus- Christ et de son Évangile. Quelques critiques ont conclu de ces observations que cette Épître n’était pas de saint Paul. Faisons remarquer que, au contraire, si elle était d’un faussaire, celui-ci aurait eu soin, pour lui donner un cachet d’authenticité, d’y intercaler des détails rappelant les rapports de Paul avec l’Eglise d'Éphèse, et qu’il aurait évité tout ce qui pouvait faire mettre en doute que saint Paul fût l'auteur de l'écrit. — 1. Un grand nombre de critiques, Usher le premier, et à sa suite, parmi les catholiques, Garnier, Dupin, Vallarsi, Hug, Glaire, Reithmayr, Valroger, Lamy, Bisping, Duchesne, Fouard, et parmi les non -catholiques, Bengel, Olshausen, Reuss, Oltramare, Ellicott, Lightfoot, Ilort, Weiss, Haupt, Abbott, Zahn, etc., expliquent les faits en supposant que l’Épitre aux Éphésiens est une lettre encyclique. Elle était adressée aux Églises d’Asie Mineure, et Tychique, porteur aussi des lettres à Philémon et aux Colossiens, écrites à la même époque, devait la remettre aux destinataires. En avait-on fait plusieurs copies, ou bien Tychique avait-il une seule

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lettre, qui était lue à chaque communauté chrétienne, et dont celle-ci prenait copie en y insérant son nom au premier verset: IlaOXoç..., toï; ây io;ç roU ovaiv èv...? C’est ce qu’on ne peut préciser, quoique la seconde hypothèse paraisse plus probable. Celte lettre est celle que les Colossiens devaient recevoir de Laodicée, Col., iv, 16; car la lettre de Laodicée n’était pas une lettre spécialement adressée aux Laodicéens, autrement saint Paul n’aurait pas chargé les Colossiens, Col., iv, 15, de ses salutations pour les frères de Laodicée ; il les leur aurait envoyées dans la lettre dont il parle, iv, 16. Toute la tradition la tenait unanimement pour adressée aux Éphésiens, parce que probablement la copie qui a subsisté et qui a fait foi était celle de l'Église d’Èphèse, métropole de l’Asie. Que des copies avec une autre adresse aient existé, le fait est prouvé par Marcion. Si cette Épitre est une lettre-circulaire, on comprend très bien que Paul, s'adressant aux Églises ethnico - chrétiennes d’Asie et de Phrygie, que pour la plupart il n’avait pas évangélisées, l’ait écrite en son seul nom, sans y joindre celui de Timothée; qu’il fasse ressortir sa vocation d’Apôtre des Gentils, ainsi que la révélation par laquelle il a connu le plan de Dieu pour la rédemption du genre humain, ni, 2-12; qu’il n’y ait introduit rien de spécial à qui que ce soit, aucune salutation particulière, et que d’ailleurs Tychique ait été chargé do transmettre à chacun ce qui lui était particulier et les détails sur les actes de l’Apôtre. Eph., vi, 21. — 2. D'autres critiques, Goldhagen, Danko, Drach, Bacuez, Cornely, maintiennent que la lettre a été écrite aux seuls Ephésiens. On fait remarquer que les preuves externes sont pour la destination exclusivement éphésienne, ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit plus haut. Les arguments internes , qui paraissent s’y opposer, peuvent être expliqués. Les paroles de saint Paul, i, 15; ni, 2; îv, 20, n’ont pas le sens qu’on leur attribue. Voir Cornely, Introd. in Novi Testamenti libros, p. 497. Les Épitres aux Thessaloniciens et la seconde aux Corinthiens sont privées aussi de salutations, ainsi que l’Épitre aux Galates; il est vrai que celle-ci était circulaire. Le P. Cornely ne peut expliquer pourquoi Paul s’est abstenu dans cette lettre des allusions personnelles, si fréquentes dans les autres; mais cette difficulté ne lui parait pas suffisante pour abandonner la tradition, qui unanimement l’a crue adressée aux Ephésiens. Elle n’a en outre aucun des caractères d’une lettre -circulaire, comme celle qu’écrivit l’Apôtre aux Églises de Galatie ou celle à l’Église de Corinthe, qui devait être communiquée aux fidèles de l’Achaïe. 11 est ridicule enfin de supposer que Paul avait laissé dans l’adresse de sa lettre un espace en blanc qui devait être rempli par le nom de ceux à qui Tychique remettait l’Épître. L’occasion et le but de cette Épitre peuvent s’expliquer de la même manière , quelle que soit l’opinion que l’on adopte au sujet des destinataires.

IL Occasion et but de l’Épître aux Éphésiens. — Il est impossible de dire avec certitude à quelle occasion et dans quel but saint Paul écrivit l’Épître aux Éphésiens. Cette lettre semble être simplement une exposition dogmatique et morale du christianisme. Aussi plusieurs critiques soutiennent- ils que saint Paul n’a pas eu en l’écrivant de but déterminé, mais qu’il voulait communiquer aux chrétiens d’Asie un don spirituel, •/dpi<7|j.x Tiveop-aTixov, comme il fit autrefois pour les Romains. Rom., i, 11. Cependant, étant donné les relations entre cette lettre et l’Épitre aux Colossiens, il est possible de faire sur les intentions de l’Apôtre quelques conjectures plausibles. Saint Paul, prisonnier à Rome, avait appris d’Épaphras, son disciple, quelle était la situation religieuse et morale de l’Église de Colosses et probablement aussi celle des autres Églises d’Asie. Il écrivit donc à Colosses, pour prémunir les chrétiens de celte ville contre les erreurs qui se faisaient jour spécialement chez eux, et en même temps il écrivit une seconde lettre, où il traitait la question à un point de vue plus général. Ce fut la lettre

aux Éphésiens. Il y enseigne l’unité de l’Église en Jésus- Christ; mais il semble ressortir de divers passages que cet enseignement général a pour but de prémunir ses lecteurs contre certaines erreurs, qui tendaient à se répandre dans les Églises d’Asie. L’Apôtre ne combat pas directement les erreurs, mais il les détruit en enseignant les vérités chrétiennes qui leur sont opposées.

1° En effet, le christianisme avait fait de rapides progrès dans les villes de l’Asie; les nouveaux convertis étaient des Juifs, fort nombreux dans ce pays, et des Gentils adonnés aux désordres moraux, ainsi qu’aux superstitions et aux spéculations transcendantes, originaires de l’Orient. Probablement les Juifs méprisaient les païens, qui n’avaient pas eu part à l’ancienne alliance; de là nécessité pour l’Apôtre de leur enseigner à tous le mystère qui lui avait été révélé, l’Évangile, pour lequel il avait été appelé à l’apostolat. 11 fallait donc établir la position des païens dans l’Église en face des Juifs, et montrer que les païens n’étaient plus des étrangers, mais des concitoyens des saints, Eph., il, 19, qu’ils faisaient partie d’un même corps et qu'ils étaient participants à la même promesse en Jésus-Christ par l’Évangile, ni, 6, et qu’ainsi le mur de séparation étant abattu, n, 14, tous, païens et Juifs, devaient, ainsi qu’il les exhorte, avoir « un seul corps et un seul Esprit (comme aussi vous avez été appelés dans une seule espérance de votre vocation), un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous ». iv, 4-6.

2° Ces païens, et peut-être aussi les Juifs, étaient imbus des spéculations orientales, qui s’étaient fait jour à Colosses. Saint Paul y fait allusion quand il dit que les Apôtres ont été établis pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu..., « afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés çà et là par tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les artifices de l’égarement. » Eph., iv, 12-14. Pour mettre ses lecteurs en garde contre ces erreurs, l’Apôtre leur rappelle que la grâce a été répandue sur eux avec toute sorte de sagesse et de jugement, i,8; que l’Évangile du salut est parole de vérité, i, 13, et enfin lorsqu'il établit dans tout ce paragraphe, I, 3-14, la dignité suréminente de Jésus-Christ. Plus loin, 15-23, en opposition aux théories des faux docteurs sur les anges, il affirme la souveraineté du Christ sur tous les êtres créés, célestes et terrestres; et pour combattre le faux ascétisme, il montre comment -les bonnes œuvres sont le fruit de la foi. a, 9, 10. Ce point de vue ressort bien davantage dans la deuxième partie de l'Épitre, où saint Paul a voulu établir que la famille était d’institution divine, que l’union des époux devait être sainte; c’est un avertissement de ne pas écouter ceux qui, sous prétexte d’atteindre à une sainteté supérieure, prétendaient que le mariage est une souillure.

3° Enfin ces païens, ainsi que le leur dit saint Paul, étaient morts par leurs offenses et leurs péchés, dans lesquels ils ont marché autrefois, et tous, les Juifs aussi bien , vivant dans les convoitises de la chair, faisant les volontés de la chair et de leurs pensées, n, 1-3, devaient être instruits de leurs devoirs moraux, pour être purs et sans tache en présence de Dieu, i, 4. — Le but de saint Paul, en écrivant sa lettre aux Éphésiens, a donc été de dévoiler le plan éternel de Dieu pour le salut de l'humanité par la rédemption de Jésus- Christ, et d’établir que Juifs et païens formaient un seul corps, l’Église chrétienne, et ensuite d’édicter les préceptes moraux de la vie chrétienne, suite nécessaire du salut en Jésus-Christ.

III. Lieu de composition et date de l’ÉpItre. — Elle a été écrite par saint Paul, prisonnier, Eph., iii, 1; iv, 1, et a été portée à sa destination par Tychique, en même temps que l’Épitre aux Colossiens. Eph., vi, 21; Col., iv, 7, 8. Elle a donc été composée probablement à Rome, vers la fin de l’an 61 ou au commencement de l’an 62,

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ou, suivant Cornely, à la fin de l'an 63. Voir les preuves, Colossiens (Épître aux), t. ii, col. 867-869. Harnack, Die Chronologie der altchr. Literatur, t i, p. 717, place les Épitres de la captivité, aux Colossiens, à Philémon, aux Éphésiens, aux Philippiens, en l’an 57-59 (56-58). Il est difficile de dire laquelle, de l’Épître aux Colossiens ou de celle aux Éphésiens, a été écrite la première. Elles présentent des ressemblances si frappantes d’idées et de termes, qu’elles ont dû être composées à la même époque, peut-être à quelques jours de distance seulement. La lettre aux Colossiens étant plus particulière, visant des erreurs plus définies, et celle aux Éphésiens étant plus générale, on en a conclu ordinairement à la priorité de l’Épitre aux Colossiens; cette fixation repose sur des données toutes subjectives.

IV. Canonicité. — La canonieité de l’Épitre aux Éphésiens ressort de ce fait que , ainsi que nous allons le démontrer, elle a été employée par les Pères de l’Église des premiers siècles comme Écriture divine, et qu’elle est cataloguée dans la plus ancienne liste d’écrits canoniques, le canon de Muratori, et dans les autres canons. Elle est dans les vieilles versions latines et syriaques , dans les plus anciens manuscrits, Vaticanus elSinaiticus, avec ce titre : ad Ephesios.

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