‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 256 sur 485 · V. Authenticité. — 1° Preuves extrinsèques. — La · texte numérisé non relu

V. Authenticité. — 1° Preuves extrinsèques. — La

tradition chrétienne a unanimement cru que l'Épitre aux Éphésiens avait été écrite par saint Paul. Saint Irénée est le premier qui nomme Paul comme l’auteur de cette lettre, mais elle a été connue par les Pères apostoliques. Quelques passages de saint Clément Romain ont pu être inspirés par l’Épître aux Éphésiens : I Cor., xlvi, 5, 6, 1. 1, col. 308, et Eph., iv, 4-6; 1 Cor., lxiv, t. i, col, 304, et Eph., i, 4; 1 Cor., xxxvi, 2, t. i, col. 281, et Eph., i, 18; I Cor., xxxviii, 1, t. i, col. 284, et Eph., v, 21. Les ressemblances entre ces divers passages sont très vagues, et il serait possible qu’elles viennent du fond commun de la tradition chrétienne; deux seulement ont plus de consistance. Chap. lxiv, t. i, col. 304, saint Clément dit en parlant de Dieu : 'O è-y.).eî;âfievoç xov Kôpiov ’lrjcrouv Xptorbv xa’s ïjgâç ôi’ a-jtoO etç Xaôv uîpicrjciov. Quoique ce texte ait pu avoir son origine première dans le Deutéronome, xiv, 4, la combinaison de l’élection de Jésus -Christ et de celle des chrétiens par le moyen de Jésus-Christ pour être le peuple préféré de Dieu, la seconde élection dépendant de la première, cette combinaison rappelle de très près Eph., i, 4. — Chap. xlvi, 6, t. i, col. 307, saint Clément demande aux Corinthiens: ”H ovr/'i éva 0ebv Ëyop.ev xal êva Xptcnbv -/où. sv 7r/s0p.a —vjç -/âpiTOç t'o èxyoôèv sep’ ’/igaç, xa'i pda xMjarç èv Xpiartô ; paroles qui rappellent Eph., iv, 4-6, et cela d’autant plus que saint Clément ajoute : « Pourquoi disperser les membres du Christ et troubler par des séditions son propre corps, et en venir à une telle folie d’oublier que nous sommes les membres les uns des autres? » Cf. Eph., iv, 25. — La Doctrine des douze Apôtres, iv, 10, 11, et l’Épitre de Barnabé, xix, 7, t. il, col. 777, contiennent des préceptes aux maîtres et aux serviteurs, lesquels ressemblent beaucoup à ceux de l'Épitre aux Éphésiens, vi, 9, 5. — Les critiques ne sont pas d’accord sur le sens de ce passage de saint Ignace d’Antioche, Ad Eph., xii, 2, t. v, col. 656 : « Vous êtes les co-initiés, cjuu.ôttxi, de Paul, b; àv Tiic?) eTïiaro)./] p.vv)p.ove\jei üp.i>v. » Faut-il traduire : Paul, qui, dans toute sa lettre ou dans toute lettre, se souvient de vous? Le premier sens supposerait une allusion de saint Ignace à l’Épitre aux Éphésiens, mais il est peu conforme aux règles grammaticales. On retrouve cependant dans la lettre de saint Ignace aux Éphésiens plusieurs expressions qui ont pu être inspirées par l'Épitre aux Éphésiens. Voir en particulier l’adresse de l’épitre, t. v, col. 644, et Eph., i, 1; Ad Eph., I, 1, t. v, col. 644, ovte; 0eoO, cf. Eph., v, i. Dans

l’épitre à Polyearpe, v, 1, t. v, col. 724, Ignace l’engage à ordonner à ses frères : àya ~àv vaç wç o Képto^

viiv ’Ey.z'/.ycéav. Cf. Eph.,v, 29. La description de l’armure

que doit revêtir le chrétien, Ad Pol>jc.,\i, 2, t. v, col. 726, a été suggérée par Eph., vi, 11. Saint Polyearpe écrit aux Philippiens, I, 3, t. v, col. 1005 : Eiôdre; ôxi xâpui este <TEff(i)p.Évot oùx Ëpywv à XX à GeVijpati 0eoü Stà ’l-pa-oO XpioroO; cf. Eph., ii, 8, 9. Comparez encore Polyearpe, Ad Philipp., xn, 1, t. v, col. 1014, et Eph., iv, 26; Ilermas, Mand., ni, 1, t. ii, col. 917, et Éph., iv, 25, 29; Mand., x, 2, 5, t. n, col. 940, et Eph., iv, 5. Saint Justin, Contra Tryph., xxxix, 7, t. vi, col. 559, cite le Psaume lxviii, 19, sous la forme que lui donne Eph., iv, 8. Saint Irénée, citant des passages de l’Épitre aux Éphésiens, Eph., v, 30; i,7; n, 11-15, les introduit par ces paroles : KaGàiç o fiootdtp'.oç IlaûXbç ÇYjarv Êv t?) irpos ’Eçeafouç ettictoXy), Adv. hær., v, 2, 3, t. vu, col. 1126, et : Quemadmodum apostolus Ephesiis ait, Adv. hær., v, 14, 3, t. vii, col. 1163. Clément d’Alexandrie attribue aussi nommément l'Épitre aux Éphésiens à saint Paul, Strom., iv, 8, t. vin, col. 1275; Pæd., i, 5, t. viii, col. 270. 11 en est de même d’Origène, De princip., ni, 4, t. i, col. 328. Du témoignage de Tertullien, Adv. Marc., v, 11, 17, t. n, col. 500 et 512, il ressort qu’il a existé une lettre de Paul, que Marcion disait avoir été adressée aux Laodicéens, tandis qu’au témoignage de l’Église elle l’avait été aux Éphésiens. Pour le témoignage que les hérétiques, Naasséniens, Basilides, Valentin et ses disciples Ptolémée et Théodote, rendent à l’authenticité de l’Épître aux Éphésiens, voir les références dans Cornely, Introd. in Novi Test, libros, p. 506-507. — Après avoir discuté les preuves externes d’authenticité, Hort conclut qu’il est à peu près certain que l’Épitre existait vers l’an 95, et absolument certain qu’elle existait quinze ans plus tard. On pourrait faire remarquer que l’existence de l’Épitre aux Éphésiens se trouve attestée par l’usage qui en a été fait dans la première Épitre de Pierre. Cette question sera discutée plus loin.

2° Preuves internes. — Les critiques qui nient, en totalité ou en partie, l’authenticité de l’Épitre aux Éphésiens présentent surtout des arguments tirés de l’examen interne de cette lettre. Usteri , Entwickelung des paulinischen Lehrbegriffs , 1824, émit, sous l’influence de Schleiermacher, des doutes sur l’authenticité de l’Épitre aux Éphésiens. Ainsi qu’on le voit par son E inleitung in das Neue Test., publié en 1845, Schleiermacher rejetait cette Épître, parce qu'elle n’était paulinienne ni par la langue ni par les idées ; de Wette, Einleitung in das Neue Test., 1826, soutint que l’Épitre aux Éphésiens, œuvre d’un disciple de Paul, était une paraphrase verbeuse de l’Épitre aux Colossiens; Ewald, Davidson, Renan, Ritschi, Weizsàcker, ont adopté cette théorie, en la modifiant plus ou moins. Baur et ses disciples, Schwegler, Kôstlin, Hilgenfeld, llausrath, ont cru découvrir dans l’Épitre aux Éphésiens des traces de gnosticisme et de montanisme, et l’ont repoussée jusqu’au milieu du IIe siècle. Pfleiderer la regarde comme l’œuvre d’un judéo-chrétien, paulinien, désireux de réconcilier les partis adverses. Hitzig et Holtzmann supposent qu’il a existé une lettre primitive de saint Paul aux Colossiens, d’après laquelle un disciple de Paul a écrit l’Épitre aux Éphésiens ; de Soden et Klopper ont plus ou moins modifié celte hypothèse, mais ont nié l’authenticité. — Toutes les objections soulevées contre l’authenticité de l’Épitre aux Éphésiens peuvent être classées sous trois chefs : la forme, le fond de l’Épitre et ses rapports avec l’Épitre aux Colossiens.

i. forme de l épitre. — Nous devrions d’abord répéter les réflexions que nous avons déjà faites, col. 872, à propos d’objections analogues dirigées contre l’Épitre aux Colossiens, à savoir qu’un écrivain serait bien monotone, si on trouvait dans ses livres toujours le même nombre restreint de mots; en outre, qu’il est difficile de juger la langue d’un écrivain dont on a quelques lettres seulement, et qu’en tout cas les Pères grecs, bons juges en la matière, ont tous accepté cette Épitre comme étant de saint Paul. Constatons seulement qu’actuellement, même

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chez les critiques rationalistes, on se rend compte combien est peu décisif ce critérium de la langue et du style. Pour en faire un usage légitime il faudrait posséder, pour les mettre en comparaison, des ouvrages du même auteur, écrits à peu près à la même époque et sur un sujet analogue.

1° Langue de l’Épître. — D’après Thayer, il y a quarante-deux mots dans cette Épitre qui ne se retrouvent ni dans saint Paul ni dans les autres écrits du Nouveau Testament; il y en a, d'après Holtzmann, trente-neuf qui se rencontrent dans le Nouveau Testament et non dans les lettres de saint Paul, donc quatre-vingt-un mots inconnus à saint Paul, et dix-neuf qu’on ne trouve que rarement dans les écrits de saint Paul. Enfin de Wette cite une dizaine de mots qui n’ont pas dans l’Epître aux Éphésiens le même sens que dans les autres Épitres. Une observation importante doit être faite tout d’abord. Les phénomènes que nous venons de relever se reproduisent dans les autres Épitres de saint Paul ; chacune d’elles a un certain nombre de mots que l’Apôtre n’a pas employés ailleurs, mais qui ne sont nullement caractéristiques, et elle possède aussi des mots qui sont des ina \ Xeyôgsva. Relativement, l’Épitre aux Éphésiens en a moins que la première Épitre aux Corinthiens. La première a 2400 mots et 42 an. fsy. , la deuxième a 5000 mots et 108 an. ),ey. ; par conséquent, il y a 2 °/0 d’arc. >,sy. dans l’Épître aux Corinthiens, et seulement 3/5 dans l’Épitre aux Éphésiens. Mais il importe surtout d’examiner les mots de l’Épître aux Ephésiens que saint Paul n’a pas employés ailleurs, les Épitres pastorales et l’Épître aux Colossiens exceptées. Il y en a quatre-vingt-un; sur ce nombre il faut d’abord défalquer neuf mots qui ne se trouvent que dans les citations de l’Ancien Testament; quinze se retrouvent dans l’Épître aux Colossiens et sont pauliniens, puisque cette Épitre est actuellement tenue pour authentique en très grande partie, même par les critiques rationalistes. Quelques mots tels que àyvoia, àrcatâco, 8 wpov, piyeQoç , çpôvvpxt;, vi/oç, , sont des mots si communs, qu’on s’étonne que suint Paul ne les ait pas employés dans ses autres Épitres. Comment aussi ne retrouve-t-on pas dans ses lettres awt^ptov et £v<Trc)>ay)(vo;? De plus, ces mots, employés une seule fois dans l’Èpître aux Éphésiens, ne peuvent être regardés comme caractéristiques d’un écrivain. Parmi les mots signalés, il en est qui appartiennent à la description de l’armure du chrétien et par là même sont spéciaux; il y en a six. Aio-ptoç, qu’on retrouve d’ailleurs dans l’Épître à Philémon, i, 9, ne pouvait être employé que par Paul prisonnier. Cependant, lorsque Paul dit qu’il est dans les chaînes, il se sert du terme èv 8î<rp.oïç, voir Phil. , i, 7, 13, 14, 17, tandis qu’ici il emploie: ev âXùcet ; nptoêe-lo) èv àXôcEi, VI, 20 : l’Évangile pour lequel je suis ambassadeur, vêtu d’une chaîne. Cette diversité des mots s’explique, parce qu’ici il s’agit de captivité en général plutôt que de chaînes concrètes. On trouve aussi plusieurs mots composés avec avv; cela s’explique par le sujet traité : unité de l’Église, union du chrétien en Jésus- Christ ; il en est de même pour les mots è/apiTMijev, è-/.X-/;p<f>0ï)p.£v, demandés par l’idée développée. Ées autres mots, tels que xaTapxiap .6ç, rcpoaxapTéprjai;, ôaiàrrjç, àvoi- £tç, ne peuvent être regardés comme étrangers à saint Paul, puisque celui-ci a employé des termes analogues : y.atapTtÇw, xxxdpucnç, rcpoaxapTEpEîv, ôafaiç, avoiyw. Remarquons enfin que l’Épître aux Galates, regardée comme authentique même par Baur et son école, contient quarante-deux mots qui ne sont pas dans les autres Épitres de saint Paul. Ceci montre le peu de valeur de ces calculs de mots. L’observation de de Wette serait plus sérieuse si elle était fondée. Saint Paul, dit-il, exprime autrement certaines idées, et les mots employés ici ont un sens différent dans ses autres Épitres. Mais il n’en est rien. EuXoyta, dans Eph., i, 3, a le même sens que dans Rom., xv, 39; activa , Eph., ii , 2 = Rom., xii, 2; Gai., I, 4; çcoTt'cjai , Eph., iii, 9 = cpumcpov, U Cor., iv, 4, 6; pucmj-

pcov, Eph., v, 32 = I Cor., xv, 51 ; xm, 2; Rom., xi, 25; à-pOapaia , Eph., vi, 24 = Rom., iii, 7; I Cor., xv, 53,54; oixovop.ia, Eph., ni, 2 = 1 Cor., ix, 17. Les mots rcXr,pow, Eph., iv, 10; uXiripoüaTaL , Eph., i, 23; iii, 19; rc/r,ptopa, Éph., i, 10, 23; iii, 19; iv, 13, mériteraient d’être discutés à part. En fait, ils ne sont que l’extension d’un sens de ces mots, familier à saint Paul. Quant à SiaêoXoç, Eph., iv, 27 ; vi, 11, nous ne voyons pas pourquoi saint Paul l’a employé de préférence à Saravâ;, le mot dont il s’est servi huit fois dans les autres Épitres. Les écrivains du Nouveau Testament emploient indifféremment ScâêoXo; et Savavâ;, il est probable que saint Paul aura fait de même. Il serait trop long de nous arrêter aux autres expressions mises en cause ; on les trouvera discutées dans le commentaire d’Oltramare, et surtout présentées en détail dans Brunet, Authenticité de l’ Épitre aux Éphésiens, preuves philologiques, p. 59-75. Il serait aussi possible de prouver que les formules caractéristiques de cette Épitre se retrouvent dans saint Paul, c’est ce qui a été fait dans Brunet, Authenticité, p. 21-52. Enfin nous avons dans l’Épitre aux Éphésiens vingt-deux mots que saint Paul seul a employés, car on ne les retrouve pas dans le Nouveau Testament : àyaôtocrjvrj, V, 9; àXr,0E'lccv, IV, 15; avaxEipaXaioCcOai , 1,1; àveÇi'/viaaro;, III, 8; ànVoxpz, VI, 5; àppaêiiv, I, 14; Èrcr/opTjyia, iv, 6; Eovoia, vi, 6; EÙcoSia, v, 2; OàXrcsiv, v, 29; xâp.- ■tcteiv, ni, 14; rcepixepaXaia , vi, 17; TiXeovéxT r,ç, v, 5; nocVjp.a, il, 10; rcpsaoEvsiv, VI, 20; rcpoEToipàÇEiv, n, 10; upocrayaiy/î , il, 18; rcpoTiÔEiOai, I, 9; uloflEcna, I, 5; ùrcepëxXXe'.v, I, 9; II, 2; ÔTiepexTEptcro-oO, III, 20; apa ovv, II, 19, très remarquable comme caractéristique du style de saint Paul, qui l’a employé douze fois, tandis que les autres écrivains du Nouveau Testament ne l’emploient jamais.

2° Style de l’Epître. — 1. Le style de l’Épitre, a-t-on dit, est lourd, embarrassé, diffus; les particules logiques ouv, apa, apa oov, 6ib, Sioti, yàp, y sont rares; 1 auteur abuse de Voratio penclens. Les phrases sont d’une longueur démesurée ; elles sont reliées par des clauses qui insèrent mal les propositions l’une dans l’aulre, ou elles sont coupées de parenthèses ou brisées par des constructions grammaticales irrégulières. Il y a répétition des mêmes mots, accumulation de génitifs. Ilaupt, Ber Brief an die Epheser , p. 56, relève quatre-vingt-treize génitifs. 11 signale les liaisons prépositionnelles, étrangères à saint Paul : àya- 08; rcpô; ti, IV, 29; àyànr\ gEtà rciaTEiaç, VI, 23; 8éï)<rt<; uepî, vi, 18; xavà tt)v eùSoxiav, I, 5, 9; les unions de mots autres que dans saint Paul : àyarcàv rr|V ’Ey.xXï)atav, v, 25; ôtôovai xivà ri, i, 22; îcjte ytviôaxovTEî , v, 5; "va, avec l’optatif, i, 17 ; iii, 16; rcXï)poüir0ai eîç ti, ii, 19. Les mêmes observations pourraient être faites au sujet d’autres Épitres. Toutes les fois que l’Apôtre ne combat pas directement des adversaires et qu’il expose une doctrine, son style devient traînant. Voir Colossiens (Épître aux), col. 873. Les particules logiques, étant donné que l’Apôtre raisonne peu ici, sont cependant suffisamment représentées : o ôv, quatre fois; àpa ovv, une fois; 6i’o, cinq fois; yàp, onze fois. C’est à peu près les mêmes proportions que dans l’Épître aux Galates. Les longues phrases, basées sur Voratio pendens, se retrouvent dans les Épitres incontestées de Paul, quand il fait, comme dans les passages incriminés de l’Épitre aux Éphésiens, i, 3-14, 15-23; il, 1-10, 11-18; iii, 1-12, 14-19; iv, 11-16, des souhaits aux fidèles, Rom., i, 1-8; Gai., i, 1-6, ou des actions de grâces à Dieu pour eux, I Cor., i, 4-9; Phil., i, 3-8, ou bien dans les expositions doctrinales ou historiques. Rorn., il, 13-16 ; iv, 16-22; v, 12-21; Gai., n, 1-11; Phil., i, 26-30. Il est inexact que la phrase de l’Épitre soit verbeuse; elle est plutôt condensée, pleine de pensées et marchant d’une allure très grave. Von Soden, comparant l’Epitre aux Éphésiens aux autres lettres de Paul, dit que les deux écrivains de ces Épitres avaient des caractères différents; l’un était llegmatique et l’autre colérique. Le calme qui se montre dans notre Épitre est peut-être dù aux cir-

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constances et au caractère de la lettre, qui était circulaire, générale, d’exposition positive, plutôt que polémique, particulière ou de discussion. Le seul point de comparaison est avec Rom., i, 6, ou vin, 25-39. C’est avec raison que Haupt caractérise les différences de style entre l’Épître aux Ephésiens et les autres Epîtres de Paul en remarquant que celles-ci sont dramatiques et celle-là est lyrique. C’est bien, en effet, l’impression que donne la partie dogmatique des trois premiers chapitres, qui est une suite de bénédictions, d'actions de grâces et de prières. Pourquoi ne serait -ce pas un de ces hymnes dont Paul nous parle dans l’Épitre aux Corinthiens et dont nous retrouvons des exemples ailleurs, I Cor., xm, ou bien un •/xptap.a 7tve-j(xaTiv.bv, un don spirituel, comme l’Apôtre dit aux Romains, I, 11, qu’il veut leur en communiquer un, afin qu’ils soient affermis? Quant aux autres reproches, on pourrait faire remarquer que les phénomènes visés sont plutôt caractéristiques de la langue de saint Paul. Voir Lasonder, Disquisitio de linguæ paulinæ idiomate, il, p. 110 et p. 15.

u. doctrine de L'Éi’iTRE. — L’effort de la critique rationaliste a porté principalement sur la doctrine de l’Épitre; on a soutenu: 1° que les doctrines caractéristiques de saint Paul étaient absentes de l’Epitre aux Éphésiens, et 2° que celles qu’on y trouve étaient étrangères à saint Paul. — 1° Absence de doctrines spécifiquement pauliniennes. — Puisque nous avons à répondre à des critiques qui refusent de tenir pour pauliniennes les Epîtres pastorales et l’Epitre aux Hébreux, nous puiserons nos arguments dans les autres Epîtres de saint Paul, et, afin de tenir compte de l’hypothèse qui voit dans l’Épître aux Ephésiens une compilation formée à l'aide d’une lettre primitive aux Colossiens, nous laisserons même de côté cette Épître aux Colossiens. On ne trouve plus, dit-on, dans la lettre aux Ephésiens la polémique contre les judaïsants, ni la doctrine de la justification par la foi, sur laquelle saint Paul revient avec tant d'insistance dans ses Epîtres incontestées. Cette doctrine ne se retrouve plus, en effet, ici dans les mêmes termes que dans les lettres où saint Paul avait à combattre les Juifs ou les chrétiens judaïsants, parce que l’Apôtre n’avait plus à convaincre des hommes pour qui la pratique de la loi aurait été la base nécessaire de la justification. Il parlait à des païens « morts par leurs offenses et par leurs péchés », Eph., il, 1, et il leur déclare que c’est par la grâce qu’ils sont sauvés, il, 6, par la foi, n , 8, que cela ne vient pas d'eux, que c’est le don de Dieu : « ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » n , 8, 9. Et il résume toute sa doctrine, telle qu’elle ressortait de l’Épître aux Romains, dans ces paroles adressées aux Ephésiens : « Car nous sommes son ouvrage (de Dieu), ayant été créés en Jésus -Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance pour que nous y marchions. » n, 10. Saint Paul insiste dans cette lettre sur le principe du salut, qui est la grâce de Dieu; mais il n’oublie pas le moyen de salut, qui est la foi, n, 8; in, 17; vi, 23, productrice des bonnes œuvres, a, 10. C’est bien la vraie doctrine de saint Paul. Rom., vi, 4, 14; m, 20, 27; iv, 2; vin, 3, 4; ix, 11; I Cor., i, 29; Phil. , a, 12, 13. 11 en est de même pour la conception de la chair, coip?, siège des désirs et du péché. Eph., a, 3, et Rom., vin, 3; Gai., v, 13, 16, 19. Il serait possible en outre de montrer que les doctrines enseignées dans l’Épitre aux Ephésiens se retrouvent dans les autres Epîtres de saint Paul. Le projet de Dieu pour le salut des hommes, Eph., i, 4-11 = Roin., via, 28-30; ix, 8-24; xvi, 25, 26; I Cor., a, 7; Gai., iv, 4, 5; la réunion de tous les êtres en Jésus-Christ, Eph., I, 10, est esquissée dans ses parties constitutives dans Rom., via, 34; ai, 22, 29-30; îv, 9, 16; v, 9-11; xi, 23-32; 1 Cor., xa, 27 ; Phil., a, 9. Comparez encore Eph., i, 16, et Rom., i, 9; Eph., i, 20, et I Cor., xv, 25; Eph., i, 22, et I Cor., xv, 27; Eph., I, 22, 23, et Rom., xii, 5; I Cor., xa, 6; Eph., a, 5, et Rom., v, 6; Eph., ai, 4, et Rom.,

[ v, 1, etc. — 2° Présence de doctrines non pauliniennes.

— 11 est certain que chaque lettre de saint Paul renferme une certaine portion de doctrine nouvelle par rapport aux autres lettres. Serait- il possible qu’un esprit aussi puissant que celui de l’Apôtre, favorisé qu'il était d’ailleurs par l’abondance des dons du Saint-Esprit, restât cantonné dans une unique doctrine, toujours exprimée de la même manière? Si nous trouvons dans notre Épître des doctrines qui ne sont pas ailleurs, nous devons néanmoins les tenir pour pauliniennes, pourvu qu’elles ne soient pas contradictoires avec les précédentes et qu’elles puissent être considérées comme le développement naturel de doctrines antérieures. Or tel est l’enseignement de l’Ëpitre aux Ephésiens. Il est inutile de répondre aux accusations de gnosticisme ou de montanisme dirigées contre l’Epitre aux Ephésiens, puisque actuellement les critiques n’en tiennent plus compte. Comment d’ailleurs cette Épître aurait-elle pu être imprégnée du gnosticisme et du montanisme du IIe siècle, puisqu'il est prouvé par les textes qu’elle existait à la fin du Ier siècle? - — 1. Jésus-Christ occupe ici, dit-on, une place prédominante, qu’il n’a pas dans les autres Epîtres; il est le médiateur de la création, le centre de la foi, de l’espérance et de la vie chrétienne, la source de toutes les grâces. Il est vrai que l’attention du lecteur est portée d’une manière spéciale sur Jésus- C.hrist; mais toutes les attributions du Christ, mises au premier plan dans cette Épître, se retrouvent ailleurs. « Pour nous, dit saint Paul aux Corinthiens, I Cor., vm, 6, il n’y a qu’un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. » Cf. I Cor., xv, 45-49; Rom., vm, 18-23. Voir aussi plus haut les textes sur la réunion en Jésus -Christ de tous les êtres. — 2. L’Église, ’ExxXr)iTÎa , est ici regardée comme un tout organique, formé de l’ensemble des Églises locales, tandis qu’ailleurs saint Paul ne parle que des Églises particulières. Cette idée de l’unité de l’Église est, affirme-t-on, étrangère à saint Paul. Il n’en est rien; saint Paul a employé au sens collectif le mot ’E-/.KÀrlcna dans ses autres Epîtres, I Cor., xv, 9; Gai., i, 13; Phil., ni, 6, ou bien au sens abstrait, comme dans notre Épître. I Cor., x, 32; xii, 28. — 3. La relation du Christ avec l’Église n’est plus la même, dit-on, dans l’Épitre aux Ephésiens que dans [es autres Épitres. Ici le Christ est la tète, I, 23; iv, 15, tandis qu’ailleurs Jésus-Christ était le principe vital, qui animait le corps tout entier. I Cor., vi, 17; xii, 12. Il nous semble que ces deux métaphores, loin de s’exclure, aboutissent à exprimer la même idée, qui d’ailleurs élait préparée dans les autres lettres, à savoir que l'Église est un corps, dont les chrétiens sont les membres et Jésus- Christ la tête. Il y est, en effet, parlé des chrétiens, formant un seul corps dans le Christ, Rom., xii, 4, 5, étant le corps du Christ, I Cor., xii, 27, ou le Christ est déclaré la tête de l’homme. I Cor., xi, 3. Cette idée, en outre, ne pouvait être étrangère à saint Paul, bien qu’il ne l’ait pas exprimée en termes précis dans ses autres lettres, puisqu’elle ressort de l’enseignement même de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Matth., xxi, 42; Marc., xii, 10, 11; Luc., xv, 17. — 4. Saint Paul parle ici des Apôtres et des prophètes autrement qu’il ne le fait ailleurs. Ceci encore n’est pas exact. Cf. I Cor., xii, 28 , 29; xv, 9, 11; iv, 9. L’épithète de « saints », qu’il donne aux Apôtres et aux prophètes, m, 5, s’explique par le contexte; il l’a employée ailleurs. Rom., i, 2; I Cor., xvi, 1; II Cor., vm, 4; ix, 1.

— 5. L’universalisme de cette Épître n’est pas celui des grandes Epîtres. Ici les païens sont incorporés au peuple juif, tandis qu’ailleurs il n’y a plus ni Juif ni païen, mais une humanité nouvelle en Jésus-Christ. C’est bien encore de cette façon que dans l’Épitre aux Éphésiens saint Paul conçoit le nouvel ordre de choses, « la réconciliation se fait en un seul corps avec Dieu. » n, 16. — 6. Dans l’Epitre aux Éphésiens seulement saint Paul parle de la descente de Jésus- Christ aux enfers, iv, 9. Si l’Apôtre n’en parle pas ailleurs, il y fait au moins allusion. Rom.,

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