III. RAPPORTS ENTRE L ÉPITRE AUX ÊPIIÉSIENS HT
L' êpitre aux colossiens. — La liste des passages parallèles des deux Epitres a été donnée plus haut, col. 874. 11 y a des ressemblances d’idées et souvent identité d'expressions. De là on a conclu à une dépendance entre ces deux Épitres; les uns ont soutenu que l'Épitre aux Éphésiens était la lettre originale, d'autres ont cru la trouver dans l’Épître aux Colossiens. Holtzmann, Kritik der Epheser und Kolosser-Briefe , p. 26, marchant sur les traces de Honig, établit que dans un certain nombre de passages la priorité est du côté de l’Épitre aux Éphésiens; il suppose donc qu'il a dû exister une lettre primitive de saint Paul aux Colossiens, à l'aide de laquelle un interpolateur a confectionné l’Épître aux Éphésiens; puis cette dernière a fourni des passages à l'Épitre actuelle aux Colossiens. C’est assez compliqué et très subjectif. En fait, les rapports entre ces deux Épitres s'expliquent par les circonstances qui leur ont donné naissance. Les Épitres aux Colossiens et aux Éphésiens ont été écrites à la même époque et peut-être à quelques jours de distance seulement ; elles étaient destinées à combattre les mêmes erreurs et à établir des vérités dogmatiques et morales identiques au fond. Les deux lettres étaient cependant très différentes dans la marche de l’argumentation, parce que l'Épitre aux Colossiens, étant une lettre à une Église en particulier, était plus polémique et attaquait l'erreur plus directement, tandis que l’Epitre aux Éphésiens, étant une circulaire, se plaçait à un point de vue plus général. La première établissait la dignité suréminente de Jésus- Christ au-dessus de tous les êtres créés, et la seconde la grandeur des bienfaits que Dieu a accordés à l’Église en Jésus-Christ. Aussi, quoique dans cette partie dogmatique on rencontre des passages parallèles , il est à remarquer qu'ils ne se trouvent pas dans une même suite d idées; il y a des sections entières, Eph., i, 3-14; i, 15-II, 10, qui n’ont pas de parallèles dans l’Épitre aux Colossiens, sinon de courts passages, qui se retrouvent dans de tout autres développements. Si les passages sont parallèles, Eph., ni, .1-21, et Col., I, 24-29, ils sont exprimés en termes différents. La partie morale des deux Épitres offre beaucoup plus de ressemblances, ainsi qu’on devait s’y attendre; cependant peut-on dire que les conseils aux époux, donnés Eph., v, 22-23, ne sont qu’une amplilication verbeuse de Col., ni, 18, 19? Ces ressemblances de termes et d’idées dans deux exposés assez différents s'expliquent très facilement par ce fait que saint Paul a écrit ces deux lettres à la même époque, alors qu’il était sous l’impression des mêmes circonstances et pénétré des mêmes idées, de sorte qu'il en est résulté qu’il a employé les mêmes expressions. Il n’a pas cherché à exprimer différemment des idées qui dans les deux Épitres étaient les mêmes. Un faussaire aurait mieux déguisé ses emprunts, et en tout cas aurait écrit une lettre qui extérieurement aurait ressemblé davantage aux autres Épitres de l’Apôtre.
On a signalé aussi des ressemblances entre l’Epit-re aux Éphésiens et la première Épitre de saint Pierre : Eph., I, 3, et I Petr., i, 3; Eph., n, 18, 19, 20, 22, et I Petr., n, 4, 5, 6; Eph., i, 20, 21, 22, et I Petr., ni, 22; Eph., ni, 5, 10, et 1 Petr., i, 10, 11, 12. On a relevé encore des termes identiques ou des pensées analogues dans l’Épitre aux Éphésiens et l’Épitre aux Hébreux, l’Apocalypse et l’Evangile selon saint Jean. Voir Abbott, Epistle to the Ephesians , p. xxiv-xxix. La plupart des ressemblances sont fortuites ou s’expliquent par ce fait que les écrivains de ces différents livres puisaient dans le même fonds de tradition chrétienne. Cependant les rapports entre l’Épitre
aux Éphésiens et la première Épitre de saint Pierre sont à diverses reprises si littéraux, la suite des idées si concordantes, Eph., I, 5-15, et I Petr., i, 5-13, que l’on est obligé de conclure à des relations de dépendance littéraire entre ces deux Épitres, et cela d’autant plus qu’il y a aussi des ressemblances entre la première Épitre de saint Pierre et l’Épitre aux Romains. Diverses explications ont été proposées. 11 est possible que saint Pierre ait connu les Épitres de saint Paul; II Petr., ni, 15, le prouve, malgré certains critiques, qui nient l’authenticité de cette Épitre. Lors de son séjour à Rome, saint Pierre a pu connaître les Épitres aux Romains et aux Éphésiens. Enfin , et ceci paraît l’hypothèse la plus probable, si la première Épitre de saint Pierre a été écrite ou peut-être composée par Silvanus, sous l’inspiration de saint Pierre, on comprend très facilement que le fidèle compagnon de saint Paul y ait introduit des idées et même des mots empruntés aux lettres de son maître.
VI. Texte de l’Épître. — Des vingt manuscrits onciaux qui contiennent les Épitres de saint Paul, dix la possèdent en entier ou en très grande partie; deux autres en ont seulement des fragments. Voir Tischendorf, Novnm Testa ment.um græce, t. in, Prolegomena, auctore C. R. Gregory, p. 418-435, 673-975, 801-1128. Les manuscrits présentent quelques variantes. Deux seulement sont à relever: ehap. n, 14, et v, 30. Voir Tischendorf, Novum Testa mention græce, t. n, p. 363-901, et t. m, p. 1286-1297.
VII. Citations de l'Ancien Testament. — 11 y a vingt citations de l'Ancien Testament dans l’Épitre aux Éphésiens ; neuf livres sont cités : les Psaumes, six fois, i, 20, 22 ; il, 20; iv, 8, 26; v, 6; la Genèse, quatre lois, iv, 24; v, 16, 30, 31; le Deutéronome, deux fois, ii, 26; vi, 9, ainsi qu’Isaïe, n, 13; vi, 14, 17, et les Proverbes, iv, 9,10;
v, 18; l’Exode, une fois, vi, 2, 3, ainsi que les Chroniques,
vi, 9; Daniel, v, 16, et Zacharie, vi, 25. Sept citations sont littéralement ou presque littéralement empruntées au texte grec, ou à l’hébreu, quand celui-ci ressemble au grec, de sorte qu’on doit conclure que la source est plutôt le texte grec, Eph., i, 22; iv, 8, 26; v, 16, 18; vi, 2, 3, 14, 17; les autres n’offrent que des ressemblances de mots ou d’idées. Deux citations, iv, 8, et v, 14, sont introduites par Stb >iyet. La citation v, 14, n’est pas empruntée à l’Ancien Testament ; il est possible que saint Paul Tait empruntée à un écrit extra -canonique ou ait reproduit un ancien hymne chrétien ainsi mesuré :
''Eysipai ô xaÔEÔScov
-/.ai àvàara èx tôt/ vexpiov
xai èmcpa-jo-Ei <roi â Xpiarâç.
Ces deux hypothèses paraissent improbables à Jacobus, Eph., v, 14, dans Theol. Studien, p. 9-29; il croit que le passage dérive de Jouas, I, 6.
VIII. Analyse de l’Épître aux Éphésiens. — Elle •commence par la salutation ordinaire, I, 1-2, et se divise en deux parties : la première dogmatique et la seconde morale. Pour la partie dogmatique, il est difficile d’établir un plan dont les parties s'enchaînent logiquement ; c est plutôt une suite de bénédictions, d’actions de grâces, de prières.
1. PARTIE DOGMATIQUE , I, 3 - III , 21. — 1° Actions de grâces pour les bienfaits reçus de Dieu en Jésus- Christ, i, 3-14; — 1. pour les bénédictions spirituelles de Dieu, qui nous a bénis, nous a élus et prédestinés pour la justification et l’adoption en Jésus-Christ, 3-6; — 2. en qui nous avons la rédemption, et pour la connaissance du mystère de sa volonté de réunir toutes choses dans le Christ, 7-12 ; — 3. les Éphésiens, appelés à la foi, ont été scellés du Saint-Esprit, arrhes de l’héritage futur, 14. — 2° Actions de grâces et prière pour les Éphésiens, dont Paul a appris la foi et la charité, I, 15, 16; il demande à Dieu pour eux la connaissance de leur vocation, de la gloire de leur héritage et de la grandeur de la puissance
ÉPHÉSIENS
divine, 17-19, qui s’est montrée — 1. en Jésus-Christ dans sa résurrection et son élévation au-dessus de toutes les créatures et dans son établissement comme chef de l’Église, 20-23; — 2. dans le salut de tous les croyants, il, 1-10; en eux, païens, qui, de même que les Juifs, étaient morts par leurs péchés, 1-3, et que Dieu a ressuscités et exaltés avec Jésus-Christ, pour manifester les richesses de sa grâce, 4-7 ; car c’est par la grâce, par la foi, qu'ils sont sauvés, pour opérer de bonnes œuvres, 8-10; — 3. dans le changement opéré en eux, n, 11-22; ils étaient païens dans la chair, sans Christ, séparés du peuple de la promesse, sans espérance et sans Dieu, 11, 12; maintenant ils sont rapprochés par le sang du Christ, notre paix, qui a aboli les ordonnances légales, détruit le mur de séparation entre Juifs et païens, et a donné la paix à tous et accès auprès du Père dans un même Esprit, 13-18; ils ne sont donc plus des étrangers, mais ils font partie de l’Église, dont Jésus -Christ est la pierre angulaire, et où Dieu habite, 19-22. — 3° Apostolat de Paul pour la révélation de ce mystère, le salut de tous, ni, 1-13, et reprise de la prière pour les Éphésiens, m, 14-21. — 1. Ce mystère du salut des païens, participants à la promesse en Jésus -Christ, a été communiqué à saint Paul par une révélation spéciale, III , 1-6, et il a reçu la mission de proclamer les richesses du Christ et de faire connaître à tous les hommes et aux anges ce mystère, caché en Dieu, 7-13. — 2. Pénétré de ce mystère, saint Paul demande au Père de fortifier les Éphésiens dans la foi , dans l’amour, pour qu’ils comprennent l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, ni, 14-19; gloire à Dieu dans l’Église en Jésus-Christ, 20-21.
il. partie morale, iv, 1 - vi , 9. — 1° Conséquences pratiques des enseignements dogmatiques, IV, 1-16. — 1° Exhortation de Paul à répondre à leur vocation et à conserver l’unité de l’Esprit, non seulement extérieure, mais surtout intérieure, iv, 1-3; car ils forment un seul corps, relié par la même foi et le même Dieu, 4-6, et celte unité se montre : — 1. en ce que le Christ, distributeur de la grâce, la donne à chacun selon sa mesure, 7-10; — 2. donnant des charges diverses, mais destinées à promouvoir l'unité de la foi et de la connaissance, la réalisation du corps mystique du Christ par la foi et la charité, 11-16. — 2“ Exhortations pratiques générales, iv, 17 -v, 20. — Ils ne doivent plus vivre comme les païens, iv, 17-19; car ils connaissent' le Christ, de qui ils ont appris à se dépouiller du vieil homme pour revêtir l'homme nouveau, 20-24; qu’ils s’abstiennent donc du mensonge, du péché par la colère, du vol, des paroles mauvaises, pour ne pas attrister l’Esprit de Dieu, 25-31; qu'ils exercent la charité fraternelle, qu’ils soient les imitateurs de Dieu, et qu’ils marchent dans la charité, imitant Jésus -Christ, qui s’est oftert pour nous à Dieu,
iv, 31 -v, 2; qu’ils s’abstiennent de tous les vices du paganisme-, 3-5, qu’ils prennent garde aux séducteurs, 6-7, et puisqu’ils sont passés des ténèbres à la lumière, ils doivent marcher dans la lumière et s’abstenir des œuvres de ténèbres, 8-14; ils doivent se conduire comme des sages, racheter le temps, ne pas s’enivrer de vin, être remplis du Saint-Esprit dans des actions de grâces et des prières continuelles, 15-20. — 3° Précepte pour la vie de famille, v, 21-vi, 9; selon le précepte de la soumission mutuelle, 21, Paul établit : — 1. Les devoirs des époux,
v, 22-33; les femmes doivent être soumises à leurs maris, car l’homme est la tète ou le chef de la femme, comme le Christ est la tète de l’Église, 21-24; les maris doivent aimer leur femme, comme le Christ aime l’Église, qu’il a comblée de bienfaits, 25-27; et cette union est une imitation de l'union du Christ avec l’Église, 28-33. — 2. Devoirs des parents et des enfants, vi, 1-4; les enfants doivent obéissance à leurs parents, 1-3; les parents ne doivent pas irriter leurs enfants par leur sévérité , 4. — 3. Devoirs des serviteurs et des maîtres, vi, 5-8; les esclaves doivent obéir à leurs maîtres comme au