IV. Unité du livre malgré la diversité des sources
— A la première lecture, le livre d’Esdras, dans son état actuel, parait n'être qu’une compilation qui groupe plus ou moins heureusement des morceaux différents d'origine, de nature et de langue. On y trouve des documents officiels, des lettres de gouverneurs, des firmans royaux, dont quelques-uns sont reproduits dans leur langue originale, le chaldéen. On y remarque deux écrivains qui parlent à la première personne et se donnent comme les témoins oculaires des événements successifs qu’ils racontent. L'un rapporte des faits qui se sont passés au début du règne de Darius, fils d’Hystaspe, en 521, I Esdr., v, 4; l'autre, ce qui est advenu la septième année d’Artaxerxès Longue -Main, en 457. I Esdr., vu, 28. Enfin le style et la rédaction ne sont pas partout uniformes et offrent des disparates. On en a conclu que l’ouvrage entier manquait d'unité et n’était qu’une indigeste compilation.
— La conclusion est certainement exagérée, car l’unité du livre peut se concilier avec la diversité des sources consultées ou des documents employés par l’auteur. Celui-ci a pu introduire dans son récit des pièces officielles qu’il avait sous la main, ou même des narrations étrangères qui répondaient à son but et qu’il agençait dans sa propre composition. L’emploi de documents différents n’est donc pas de soi un indice de.la diversité des auteurs dans le premier livre d’Esdras. Seul l’examen des morceaux détachés peut donner la solution du problème et servir à déterminer exactement la nature de la composition de cet écrit.
Les critiques, qui admettent généralement la multiplicité des documents employés dans le premier livre d’Esdras, ne sont pas parvenus à s'entendre sur leur nombre et leur étendue. Les uns procèdent avec modération et aboutissent à des conclusions qui ne manquent pas de vraisemblance; les autres multiplient à plaisir les morceaux et font de l’ouvrage entier une mosaïque de pièces disparates et mal agencées. De Wette, Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in die kanonischen und apokryphischen Bûcher des Alten Testaments , Berlin, 1817, p. 218-219, distinguait deux documents, insérés dans la première partie du livre. L’un est la liste des Juifs revenus avec Zorobabel, n, 1-7U. L’autre, iv, 8-
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VI, 18, rédigé en chaldéen, n’est pas la simple reproduction de lettres ou décrets, comme vii, 12-26; c’est une narration particulière de la reconstruction du Temple de Jérusalem. De plus, le récit de la célébration solennelle de la Pâque, vi, 19-22, est peut-être ajouté par une autre main, parce qu’au jf. 22 Darius est désigné sous le nom de roi d'Assyrie. La seconde partie du livre, qui rapporte les faits survenus la septième année du règne d’Artaxerxès Longue -Main, quoiqu’elle forme un tout, n’est pas dune seule main. Le morceau, vu, 27 -ix, 15, où Esdras parle à la première personne, est manifestement de lui, et il faut y rattacher le document chaldéen, vu, 12-26. Le chap. x, où il est question d'Esdras à la troisième personne , ressemble certainement aux précédents , et peut être attribué soit à lui-même, soit à l’un de ses compagnons de retour. Les j tf. 1-11 du chap. va ont été plus tard mis en tête de l’écrit d'Esdras par un des admirateurs du célèbre scribe. Tous ces morceaux ont vraisemblablement été réunis à une date postérieure encore , et peut-être la compilation est- elle l’œuvre de l’auteur de vi, 19-22. Ces conclusions ont été adoptées avec des modifications plus ou moins grandes par tous les critiques rationalistes. Les voici dans leur dernier état, telles qu’elles sont proposées par Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. iv, Paris, 1893, p. 2, note 3, et p. 97 et 119. Les six premiers chapitres d’Esdras sont composés de deux documents : l'un (A), de vraie valeur historique, s’étend de il, 1 à iv, 5, puis de vi, 14 à vi, 22; l’autre (B), plein de pièces apocryphes, comprend le chap. i, puis iv, 6-vi, 13. Les quatre derniers ont été composés, ainsi que les chap. vm -x de Néhémie, d’après de prétendus Mémoires d'Esdras, où ce scribe était censé parler à la première personne. C’est le chroniste qui les a placés dans l’ordre actuel, en combinant à son point de vue les documents antérieurs. Cf. Kosters, Het Herstel van Israël in het perzische lijdvak, Leyde, 1894, p. 28. Parmi les exégètes catholiques, les uns se sont bornés à reconnaître qu’Esdras reproduisait dans son récit les documents officiels qui s’y rapportaient. J.- B. Glaire, Introduction à l’Écriture Sainte, 2e édit., Paris, 1843, t. ni, p. 238; Lamy, Introductio in Sac. Script., 2e édit., Malines, 1873, t. n, p.81; Fillion, La Sainte Bible, t. iii, Paris, 1891, p. 240. D'autres ont admis en outre qu’Esdras, ayant trouvé le fragment iv, 8-vi, 18, rédigé en chaldéen par un témoin oculaire, l'avait inséré dans son œuvre, parce qu'il entrait dans son plan. Yigouroux, Manuel biblique, 10e édit., Paris, 1898, t. n, p. 160; Clair, Esdras et Néhémias ,
I Paris, 1882, p. v; Trochon et Lesêtre, Introduction à l’étude de l’Écriture Sainte, Paris, 1890, t. n, p. 296. Cf. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive après l’exil de Babylone, Louvain, 1896, p. 18-27. D’autres enfin estiment que ce fragment provenait luimême de deux mains différentes. Le même écrivain, qui raconte comme témoin la construction et la dédicace du Temple, iv, 26-vi, 18, sous Darius Ier, n'a pu vraisemblablement assister aux oppositions que les ennemis des Juifs firent sous Xerxès et Artaxerxès Ier au rétablissement des murailles de la ville. Ce récit, iv, 8-23, n’est pas à sa place; il est l’œuvre d’un autre rédacteur, et il faut le considérer dans le texte actuel comme une parenthèse. Enfin la narration hébraïque de la célébration de la Pâque, vi, 19-22, doit être attribuée à un auteur différent. Kaulen, Einleitung in die heilige Schrift, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 210; Cornely, Introductio in utriusque Testamenti libros, Paris, 1887, t. n, la pars, p. 361-362. Nous pouvons donc conclure que le premier livre d’Esdras n'est pas un écrit que l’auteur a tiré complètement de son fond, mais une sorte de compilation, formée de documents entiers ou d'extraits de documents, qui sont juxtaposés et reliés les uns aux autres par de courtes réllexions. Cette variété des sources n’empêche pas cependant l’unité de la composition. Le compilateur ou le dernier rédacteur qui a mis en œuvre les docu-
ments antérieurs a disposé les pièces et les récits dans leur ordre chronologique, sauf peut-être iv, 8-23, et les a réunis et rattachés à la trame de sa narration. Cette ordonnance et cette disposition des parties donnent à l’ensemble une unité qui répond d’ailleurs parfaitement au but poursuivi.
V. Auteur du livre. — Puisque le premier livre d’Esdras est un , il faut attribuer sa rédaction dernière à un auteur unique, qui s’est servi de documents préexistants. Le rédacteur définitif du livre est le scribe Esdras. La tradition juive a toujours affirmé cette attribution. Le Baba Bathra (voir col. 140) dit explicitement : « Esdras écrivit son livre et continua les généalogies des Paralipomènes jusqu’à son temps. » Ce témoignage ne se rapporte qu’au premier livre d’Esdras; car, au même endroit, les rabbins attribuent assez clairement la fin de l'écrit d'Esdras, c'est-à-dire le second livre qui porte son nom, à Néhémie, fils d’IIeleias. Wogue, Histoire de la Bible et de l’exégèse biblique, Paris, 1881, p. 80-82; Loisy, Histoire du canon de l’Ancien Testament, Paris, 1890, p. 26. Le contenu du livre justifie pleinement la tradition juive. La seconde partie, en effet, est manifestement de la main d’Esdras. Tout le passage, vu, 27- ix, 15, où il parle à la première personne, est son œuvre, et les rationalistes eux- mêmes y reconnaissent un extrait de ses Mémoires. Or le début du chap. vii, 1-26, s’y rattache étroitement et en forme l'introduction historique. Si Esdras y parle de lui-même à la troisième personne, c’est qu'en commençant le récit de sa carrière publique, il devait se faire connaître, dire son nom , tracer sa généalogie et justifier ses titres, en reproduisant le firman royal qui le chargeait officiellement de pourvoir aux affaires civiles et religieuses de son peuple en Palestine. On a objecté les louanges qu’il se donne, vii, 6 et 10; mais Néhémie, dans les passages de ses Mémoires qu’on lui attribue sans conteste, est plus personnel encore. D’ailleurs les mots : « scribe habile dans la loi de Moïse, » sont plutôt un titre qu’un éloge; et les qualifications du f. 10 ne sont pas de celles que la modestie doive absolument s’interdire. Le chap. x, dans lequel l’auteur revient à l’emploi de la troisième personne, après s'être longtemps servi de la première, ne doit pas pour cette seule raison être refusé à Esdras et attribué à un écrivain plus récent, qui aurait complété les Mémoires d’Esdras ou les aurait insérés dans la Chronique. Ce changement de personnes dans les récits était un usage des Juifs, que I on constate dans des œuvres certainement originales. Cf. Is., vu, 3, et vm, 1; Jer., xx, 1-6, et xxviii, 1, 5; Dan., i, 1-vn, 2, et vu, 3-ix, 27; x, 1, et x, 2-xii, 13. Thucydide use du même procédé, Hist., i, 1; i, 20; iv, 104; v, 26. Le lien entre les deux derniers chapitres du livre d’Esdras est tellement étroit, qu’on ne peut les séparer; la suite des faits exige leur liaison et par conséquent leur attribution à un seul auteur, qui est Esdras lui -même. Le commencement du livre, I, 1-iv, 7, peut légitimement être attribué au même écrivain que la seconde partie. La ressemblance du style autorise cette attribution, car on remarque dans ces premiers chapitres des expressions qui sont particulières à Esdras. Ainsi kefôr, « coupe, » ne se lit que I Esdr., i, 10; vm, 27, et I Par., xxviii, 17; nistevân, « lettre, » I Esdr., iv, 7, et vii, 11. Les autres parties sont ou des documents officiels ou des récits antérieurs, qu'Esdras a insérés dans sa propre narration. Il est donc l’auteur de la majeure portion du livre et le rédacteur de l’ensemble. Les critiques rationalistes confirment à leur façon cette conclusion, quand ils rapportent la rédaction définitive des Paralipomènes, d’Esdras et de Néhémie au chroniste de Jérusalem. Les commentateurs catholiques tiennent, en effet, Esdras pour l’auteur des Paralipomènes. La ressemblance des deux écrits prouve la communauté d’origine. Si les rationalistes rabaissent la date de la composition des Paralipomènes et d’Esdras, c’est pour la faire concorder avec leur hypothèse de l’origine tardive du
Pentateuque. Ces livres connaissent le Pentateuque ; ils lui sont donc postérieurs. Les arguments particuliers tirés de la liste des grands prêtres seront réfutés à l'article Paralipomènes. A ceux qui objectent que la chronologie admise par les rabbins fait descendre Esdras à l’époque d'Alexandre le Grand, on peut opposer à bon droit que l’ensemble des docteurs juifs la font remonter au temps de Zorobabel. On peut aussi reconnaître peu de valeur à cette chronologie, qui ne comptait que cent douze ans depuis la destruction de Jérusalem jusqu’au commencement de l’ère des Séleucides. Le livre d’Esdras a vraisemblablement été terminé peu après les événements qu’il raconte. Or il finit brusquement par l’affaire de la rupture des mariages mixtes, qui eut lieu la septième année du règne d'Artaxerxès , c’est-à-dire en 459 avant notre ère. 11 parait certain du moins que l’ouvrage a été composé avant l’arrivée de Néhémie à Jérusalem, la vingtième année du même règne, selon la computation ordinairement reçue; car Esdras n’aurait pu omettre une circonstance si importante, si elle s’était déjà produite lorsqu’il écrivait.
"VL But de l’auteur. — Esdras ne s’est pas proposé d’écrire sa propre biographie, car il donne à peine quelques détails sur sa famille et ses antécédents. 11 ne parle de lui -même qu’à l’occasion du rôle qu’il a joué dans la restauration de la communauté juive à Jérusalem. 11 ne veut pas davantage faire l’histoire générale et politique de son temps, pas même l’histoire complète du judaïsme à cette époque. Il n’en raconte que de simples épisodes , en se plaçant exclusivement au point de vue religieux. Son plan est donc intentionnellement limité à deux ordres de faits , au rétablissement et à la réorganisation du culte mosaïque à Jérusalem après le retour de la captivité. Ce but explique la reproduction intégrale des décrets royaux qui autorisaient cette restauration, le silence de l’auteur sur les événements qui se sont passés pendant près de soixante ans, et l’importance donnée à des faits particuliers et à des questions de détails, qui seraient petits et mesquins dans une histoire générale. Relativement à la réorganisation du culte en conformité avec la loi mosaïque, tout ce qui concerne les prêtres et les lévites , les fêtes et les femmes étrangères , devient intéressant et attire l’attention de l’écrivain. J.-P.-P. Martin, Introduction à la critique générale de l’Ancien Testament. De l'origine du Pentateuque , Paris, 1887-1888, t. ii, p. 23-25.
Le but d’Esdras, en écrivant le livre qui porte son nom, était le même que celui qu’il avait eu en vue en composant les Paralipomènes. Ici, Esdras avait voulu stimuler le zèle de ses contemporains en faveur du Temple à reconstruire et du service divin à rétablir, et il avait rapporté dans ce dessein l’exemple des anciens et le souvenir des promesses et des bénédictions de Dieu relatives à son culte. Là, il rappelle dans quelles circonstances historiques et de quelle manière la religion nationale et l’état social des Juifs ont été restaurés ; il consigne pour la postérité ce qu’ont fait les exilés, de retour dans la patrie, en faveur de cette restauration; il énumère les familles rapatriées et montre comment Dieu reste fidèle à ses engagements. La captivité de Babylone était une juste punition des péchés de Juda ; mais elle n’a pas interrompu le cours régulier des bénédictions de Jéhovah sur son peuple. Dieu, par la bouche de Jérémie, avait prédit qu’elle prendrait fin un jour, et cette consolante prédiction a reçu son entier accomplissement. Dieu n’avait donc pas rejeté Israël; il ne l’avait pas non plus abandonné pour toujours. Si à l’avenir les Juifs restent fidèles à Jéhovah, ils jouiront des promesses faites à leurs ancêtres. Les rois étrangers eux-mêmes concourent à réaliser, quand l’heure est venue, les desseins de Dieu sur son peuple, et les pieux Israélites qui ont travaillé à la réorganisation de leur religion ont heureusement surmonté tous les obstacles qu’on leur opposait, et ils
ont mené à bonne fin la grande entreprise dont la Providence les avait chargés. Jéhovah continue donc à protéger Israël, pourvu que de son côté le peuple soit fidèle à observer la volonté de son Dieu.
VIL Autorité historique du livre. — Le premier livre d'Esdras se composant en grande partie de documents officiels, de firmans des rois de Perse, de rapports de satrapes ou gouverneurs, de généalogies et de listes publiques , a généralement été tenu pour exact et véridique. Les relations qui reproduisent ces documents proviennent de témoins oculaires, dont la véracité n’est pas ordinairement contestée. D’ailleurs il existe entre elles et les renseignements certains que nous possédons sur l’histoire des Perses à cette époque une concordance complète. Voir Cyrus et Darius Ier, t. il, col. 1191-1194 et 1299-1306; Artaxerxès Ier et Artaxerxès II, t. i, col. 1039-1043. Cependant les critiques rationalistes ont contesté récemment le caractère historique de bien des faits racontés dans ce livre.
1° L’édit de Cyrus pour la liberté d’Israël et la reconstruction du Temple , ordonnant de restituer les vases sacrés que Nabuchodonosor avait fait enlever, est, dit-on, apocryphe. On l’a inventé d’après Isaïe, xliv, 28, et on a imaginé que le fondateur de la monarchie persane avait donné à Zorobabel la mission de rebâtir le Temple. Kosters, Het Herstel van Israël in het perzische tijdvak , Leyde, 1894, p. 30-32; Renan, Histoire du peuple d’Israël, t. ni, Paris, 1891, p. 518-519. — Les historiens peignaient Cyrus comme un monothéiste rigide, un sectateur sévère du zoroastrisme, un ennemi implacable des idoles. Or, dans les inscriptions de Babylone qui le concernent, Cyrus ne dit pas un mot d’Ahura-Mazda, le dieu suprême des Perses; mais par application d’un principe politique tout à fait opposé à ceux des monarques assyriens qu’il remplaçait, il reconnaît l’autorité et la protection des dieux des peuples vaincus. Si donc Cyrus honorait Bel, Nébo, et rétablissait le sanctuaire de Marduk, il pouvait à plus forte raison honorer Jéhovah, l’unique Dieu des ! Juifs, reconnaître qu’il avait reçu des ordres de lui et concourir au rétablissement de son culte. Il nous apprend aussi qu'il assembla les peuples tributaires et les fit retourner dans leur pays. Cette affirmation confirme suffisamment le récit d'Esdras et rend plus vraisemblable le fait que Cyrus mit fin à la captivité des Juifs et les autorisa à retourner dans leur patrie. Sayce, La lumière nouvelle, trad. franc., Paris, 1888, p. 193-205; Vigouroux,
La Bible et les découvertes modernes , 6e édit., Paris, 1896, t. iv, p. 404-419.
2° M. Kosters, professeur à Leyde, Het Herstel van Israël, p. 19-25, a été plus loin et a prétendu que le retour des Juifs dans leur patrie sous le règne de Cyrus était une pure fiction. Selon lui, Zorobabel et le grand prêtre Josué n’ont jamais été à Babylone, et les Juifs qu’ils commandaient n’étaient pas des captifs rapatriés, mais les descendants des habitants de la Palestine qui n’avaient pas été transportés hors de leur pays par Nabuchodonosor. Le critique néerlandais appuie ses affirmations sur les prophètes Aggée et Zacharie, qui ne considèrent pas Zorobabel et Josué comme les chefs d'une émigration, ni le peuple qui les entoure comme une colonie revenue en Palestine, mais comme un reste du peuple juif, comme la population qui n’avait jamais quitté le pays. Agg., I, 2, 12, 14; n, 2, 14; Zach., vin, 6, 11 et 12. Mais les expressions le peuple, ce peuple, peuvent de soi s’appliquer aussi bien au peuple revenu de l’exil qu’à la population qui était restée dans le pays. De fait, elles désignent, Neh., vm, 3, 5, etc.; x, 35, la communauté des rapatriés, et la caravane d’Esdras est indiquée, Esdr., x, 1, comme une partie du peuple. L’expression le reste du peuple convient aux Juifs, emmenés en captivité.
I Esdr., ix, 13-15; II Esdr., vu, 72; Jer., xxm, 3; xxxi, 7. Quant au peuple de la terre , auquel s’adressent Aggée, n, 4, et Zacharie, vu, 5, ce n’est pas la population païenne
ESDRAS (PREMIER LIVRE D’
ESDRAS (PREMIER LIVRE D’
établie en Palestine, mais ce sont ou bien les Juifs de la province en opposition aux habitants de Jérusalem , ou bien les hommes du peuple, distincts des princes et des prêtres. Du reste, la mission d'Aggée (voir t. i, col. 266- 267) et de Zacharie fut d’encourager les captifs, revenus de Babylone, à relever le Temple de Jérusalem. A. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive, Louvain, 1896, p. 66-91.
3° On a attaqué l’exactitude de la liste des exilés revenus à Jérusalem avec Zorobabel. I Esdr., n, 1-67. Si on la compare avec la reproduction qui en est faite II Esdr., vii, 6-69, et III Esdr., v, 7-43, on trouve de nombreuses divergences de détail. — On a eu recours à diverses hypothèses pour expliquer ces divergences. Plu- i sieurs interprètes, avec dom Calmet, Commentaire littéral de la Bible, 2e édit., Paris, 1724, t. ni, p. 286, ont pensé que la première liste avait été dressée à Babylone, avant le départ, et que la seconde comprenait en outre ceux qui étaient revenus plus tard avec Néhémie. Mais comme la somme totale est dans les trois listes de 42360, le dénombrement doit être le même. Les différences portent donc sur les chiffres partiels, qui, additionnés , donnent des résultats inégaux et inférieurs au total commun aux trois livres. La solution la plus simple consiste à attribuer ces divergences partiellement aux auteurs, qui n’auraient pas indiqué nommément toutes les familles qu'ils comprennent dans le total général, et partiellement aux copistes, qui ont fait des omissions ou mal transcrit des chiffres. — Il faut résoudre de la même manière l’objection tirée de la différence des deux listes de dons faits au Temple. I Esdr., n, 68 et 69; II Esdr., vu, 70-72. L’erreur de copie est facile dans la transcription des chiffres. A. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive, p. 38-40.
4° On a relevé une contradiction entre I Esdr., iii et v au sujet de la construction du Temple. Elle a commencé, prétend -on, la seconde année de Darius. I Esdr., v, 2. Par suite, le chap. iii, d’après lequel les fondements auraient été posés sous Cyrus, n’a aucune autorité historique. Kosters, Het Herstel van Israël, p. 5-15. — Le récit d'Esdras se développe cependant suivant une marche bien régulière. Il nous apprend que les travaux, commencés sous le règne de Cyrus, furent interrompus par ordre d’Artaxerxès , et repris sans autorisation royale, la seconde année du règne de Darius. Pour constater une contradiction dans ce récit, il faut confondre la fondation du Temple avec le commencement de la construction des murs extérieurs au-dessus du sol. S’il est dit, I Esdr., v, 2, qu’on commença à bâtir le Temple de Dieu, ce commencement ne doit pas s’entendre de la pose des fondements, mais du début de la construction des murs.
A cette reprise des travaux, on commença, en un sens très juste et très rigoureux, à bâtir la maison de Dieu.
A. van Hoonacker, Nouvelles études, p. 19-23. — Mais le même critique néerlandais prétend que les prophètes Aggée, n, 15-19, et Zacharie, vin , 9, attestent clairement que les travaux du Temple ne furent inaugurés qu’en la seconde année du règne de Darius Ier. La prétention n’est pas fondée. Il est certain, en effet, qu’Aggée, il, 15-18, invite le peuple à considérer attentivement ses misères passées. Par conséquent, quand il parle du jour où le Temple fut fondé, il l’entend d’un jour antérieur à la date , de sa prophétie, d’un terme fixé à distance dans le passé, j pour servir de point de départ à ses considérations des J épreuves endurées depuis lors. Quant à Zacharie, vm, 9, il établit une antithèse entre les jours de la restauration du royaume et l’époque des pères, entre les bénédictions j de l’époque actuelle, qu’il fait commencer à la pose des fondements du Temple, et les châtiments de la période de l’exil; mais il ne fixe pas la date de la fondation du Temple à l’époque même où il parlait. Le récit d'Esdras ’ relativement à cette date n'est donc pas en opposition avec le témoignage du prophète Zacharie. A. van Hoo- !
nacker, Zorobabel et le second Temple, Gand, 1892, p. 58-103, et Nouvelles études sur la restauration juive, Louvain, 1896, p. 104-138.
5° Le caractère historique du récit chaldéen, inséré par Esdras, iv, 6-23, est suffisamment garanti par ce qui a été dit aux articles Asénapiiar, t. i, col. 1080-1082; Assuérus, col. 1141-1142; Apharsachéens et Apharsataciiéens, col. 722-724; Erchuéens, col. 1906.
6° Enfin, au jugement de Renan, Histoire du peuple d’Israël, t. iv, Paris, 1893, p. 96-106, la seconde partie du livre d'Esdras, qui raconte le rôle de ce fameux scribe dans la restauration de juda, n’est qu’une légende, inventée de toute pièce, d’après de prétendus Mémoires d’Esdras, par la réaction sacerdotale et lévitique qui se produisit après la mort de Néhémie. On trouva dangereux qu’un laïque ait eu une pareille influence, et on voulut qu’un scribe de famille sacerdotale ait contribué pour une part au moins égale à la grande œuvre de la restauration juive. On créa le rôle d’Esdras, parallèle à celui de Néhémie, et les Mémoires de Néhémie servirent de modèle. Renan ne donne pas d’autre raison positive de son hypothèse que le silence de Sirach, Eccli., xlix, 13-15, qui ne connaît que Zorobabel, Josué et Néhémie. L’omission d’Esdras dans ce catalogue des personnages qui ont illustré l’histoire d’Israël est certainement étonnante. On ne peut guère supposer qu’Esdras ait pu être ignoré d’un écrivain qui connaissait Néhémie. M. Loisy, Histoire du canon de l’Ancien Testament, Paris, 1890, p. 44, répond « que le rôle historique d’Esdras n’avait pas jusqu’alors été exagéré par la légende, et que la figure de Néhémie dominait encore celle du fameux scribe dans le souvenir traditionnel ». Quant à la réaction sacerdotale contre l’élément laïque qui aurait opéré la restauration de Juda, elle n’a existé que dans l’imagination de Renan, et rien dans l’histoire juive ne la justifie.
VIII. Autorité divine du livre. — Le premier livre d’Esdras a été reconnu comme sacré sans aucune contestation par les Juifs et les chrétiens. Les autres écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament ne le mentionnent pas explicitement. De l’avis de quelques critiques, il serait désigné, II Mach., il, 13, par ces mots : xa'c i7n<7TO- ).à; (5a<7iXé(jov itep'i àva0eu.ott(ov. Mais « les épitres des rois touchant les offrandes » sont plutôt une collection de lettres émanées des rois de Perse, collection d’un caractère purement profane, dans laquelle Esdras a pu prendre les documents épistolaires qu’il a insérés dans son livre. Loisy, Histoire du canon de l’Ancien Testament , p. 45; Gillet, Les Machabées , Paris, 1884, p. 215; Trochon, Introduction générale, t. I, Paris, 1886, p. 108. C’est donc uniquement la tradition juive et chrétienne qui établit la canonicité de ce livre. Or la tradition n’a jamais émis le moindre doute à ce sujet, et aucun canon important de l’Ancien Testament n’a omis volontairement ce livre. L’omission du canon de Mommsen (voir col. 152) est certainement due à une distraction du scribe.
IX. Langue et texte de ce livre. — 1° La majeure partie du texte original a été écrite en hébreu, I, 1-iv, 7; vi, 19-22; vii, 1-11 ; vu, 27-x, 44. L’hébreu d’Esdras ressemble à la langue des écrits de la captivité; il est cependant plus pur que celui d’Ézéchiel, et il présente moins d’anomalies grammaticales. II contient des aramaïsmes, provenant du mélange des deux langues hébraïque et chaldaïque. Une partie du livre est du reste rédigée en chaldéen. Ce sont des documents officiels, iv, 8-22; v, 6-17; vi, 6-12; vu, 12-26, et le récit de la construction du Temple, IV, 23-vi, 18. D’après Renan, Histoire du peuple d’Israël , t. iv, Paris, 1893, p. 3, note, le passage de l'hébreu à l’aramécn et le retour à l’hébreu n'ont pas de signification critique. Comme pour le verset araméen de Jérémie et pour la partie araméenne de Daniel, c’est là un simple accident de copiste, qui a pris le targum au lieu de l’original. Le livre aurait donc été écrit tout entier en hébreu, et les parties chaldéennes actuelles
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seraient dues, non pas à des citations de documents, mais à des causes accidentelles en vertu desquelles, pour certains passages, le targum nous est parvenu au lieu de l'original. Cette hypothèse est d'autant plus invraisemblable, qu'il ne nous reste pas de targum d'Esdras et de Daniel. L’emploi des deux langues dans l'original s'explique facilement. A une époque où l’hébreu et le chaldéen étaient connus des Israélites, Esdras a pu se servir indifféremment de l’un et de l’autre. Il était naturel qu’il rapportât les documents officiels qu’il citait dans leur propre idiome, c’est-à-dire en chaldéen, usité par la chancellerie perse dans ses rapports avec ses sujets de l’Asie occidentale. Une citation en cette langue l’a porté à l’employer dans son propre récit, eomme Daniel, qui, après avoir reproduit en chaldéen l’entretien des mages avec le roi, n, 4, cesse de parler hébreu et continue lui -même dans la langue des mages, m-vii. Ou bien Esdras a inséré dans sa relation des récits préexistants, qu'il trouvait en chaldéen, comme, par exemple, le fragment iv, 23 -vi, 18. L’araméen d’Esdras ressemble à celui de Daniel. Voir col. 1272. Il présente les mêmes particularités grammaticales, Trochon, Daniel, Paris, 1882, p. 35-36, et tous deux se distinguent, par de nombreux hébraïsmes, des plus anciens Targums. On a relevé aussi dans le premier livre d’Esdras quelques expressions d’origine persane, telles que atliersatha , I Esdr., il, 63 (voir t. I, col. 1221); nistevân, I Esdr., iv, 8; pitgdmd,
1 Esdr., iv, 17; ’ ahasdarpenim , I Esdr., viii, 36. Leur emploi résulte des rapports politiques que les Juifs avaient alors avec les Perses, sous la suzeraineté desquels ils vivaient.
2° Le texte d'Esdras nous est parvenu en assez mauvais état. On y constate de nombreuses altérations dans les noms propres et dans les nombres. S. Baer, Libri Danielis , Esdræ et Nehemiæ , Leipzig, 1882, a recueilli les variantes. Quelques fautes de transcription ont été signalées par Kaulen, Einleitung in die heilige Schrift,
2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 213-214.
X. Commentateurs. — Aucun des anciens Pères grecs €t latins n’a commenté le premier livre d’Esdras. Le plus ancien commentaire est celui du vénérable Bède, In Esdram et Nelierniam prophetas allegorica expositin, t. xci, col. 807-924. A partir du xvie siècle, on compte quelques commentaires spéciaux : Sanchez , Commentarius in libros Ruth, Esdræ, Nehemiæ, Lyon, 1628;
A. Crommius, In Job..., Esdram, Nehemiam, Louvain, 1632; N. Lombard, In Nehemiam et Esdram commentarius litteralis , moralis , allegoricus , Paris, 1643;
L. Mauschberger, In libros Paralipomenorum , Esdræ, Tobiæ, Olrnutz, 1758. Au xixe siècle, nous citerons : parmi les catholiques, B. Neteler, Die Bâcher Esdras, Nehemias und Esther ans dcm Urtext ubersetzt und erklârt, Munster, 1877; Clair, Esdras et Nehemias, Paris, 1882; parmi les protestants, E. Bertheau, Die Bûcher Ezra, Nehemia und Esther, Leipzig, 1862; F. C. Keil, Biblischer Commenta)' über die nachexilischen Geschichtsbücher : Chronik, Esra, Nehemia und Esther, Leipzig, 1870; G. Rawlinson, Ezra, Nehemiah , Londres, 1873;
F. W. Schultz, Die Bûcher Esra, Nehemia und Esther, Bielefeld, 1876; Oettli et Meinhold, Chronik, Esra und Nehemia, Ruth und Esther und Daniel, Munich, 1889; W. Adeney, Ezra, Nehemiah and Esther, in-8", Londres, 1893; Ryle, Ezra (dans Cambridge Bible for schools).
E. Mangenot.
6. ESDRAS (SECOND LIVRE D’). Le livre de Néhémie est ainsi intitulé dans la Vulgate. Voir Néhémie (Livre de).
7. ESDRAS (TROISIÈME LIVRE D’). Le livre apocryphe que nous appelons Troisième livre d Esdras porte dans la Bible des Septante le titre de Premier livre d'Esdras, tandis que notre Esdras canonique y est qualifié de Second livre d’Esdras, et que notre Néhémie canonique ne fait