‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 333 sur 485 · ÉTHIOPIENNE (VER · texte numérisé non relu

ÉTHIOPIENNE (VER

l’Ecclésiastique, qui s’y trouve mentionné deux fois et donc une fois de trop. ( Canones Apostolorum æthiopice, Leipzig, 1871, p. 24. M. Goldschmidt a reproduit le texte éthiopien de ce canon dans sa Bibliotheca æthiopica, y. 8-9.) D’autres documents, au contraire, remplacent les trois livres des Jubilés par trois autres apocryphes dits des Machabées. (Bibl. Nat., n° 50, fol. 19, v°; Zotenberg, Calai., p. 51 ; Ant. d’Abbadie, n° 65, 9. Cf. Ludolf, Historia æthiopica, 1. ni, c. iv; cet auteur ne compte que deux Machabées apocryphes.) Les trente-cinq livres du Nouveau Testament éthiopien comprennent les vingt - sept de notre Vulgate, plus les huit livres des Constitutions apostoliques, nommés encore livres de Clément. Telle est la numération du Codex 50 de la Bibliothèque Nationale (Zotenberg, CataL, p. 51.) D’autres, au lieu des huit livres de Clément, ne comptent que ses deux épîtres, ou même excluent tout apocryphe et s’en tiennent à nos vingt-sept livres canoniques. Voir Fell et Goldschmidt, loc. cit.; Dillmann, dans Ewald’s Jahrbücher, t. v, p. 147 et suiv.

Les Abyssins ont- ils fait une différence entre les livres protocanoniques et les livres deutérocanoniques? Il n’y parait aucunement, soit que l’on considère les listes qui énumèrent les livres sacrés, soit que l’on regarde leur place dans les manuscrits. Le Canon des Apôtres de Fell, par exemple, donne la disposition suivante pour les livres du Nouveau Testament : les quatre Évangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean), les Actes des Apôtres, les deux Épitres de saint Pierre, les trois de saint Jean, Jacques, Jude, les quatorze Épitres de saint Paul, l’Apocalypse, les deux épitres de Clément. Il est évident que les sept deutérocanoniques (Hébr., Jae., II Petr., II et III Joa., Jude et Apoc.) sont mis dans ce canon sur le même pied que les protocanoniques. De même, que Ton consulte nos manuscrits, Abbadie, nos 9, 119, 164; Paris, nos 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, et Ton verra partout nos deutérocanoniques unis et mêlés aux protocanoniques, sans que rien indique une différence entre eux au point de vue de l’autorité divine ou de l'inspiration.

S’agit- il des sept livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament (Tobie, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, Baruch, I et II Machabées)? Nous trouvons toujours les cinq premiers rangés et confondus sans distinction avec les protocanoniques. Le même Canon des Apôtres donne, par exemple, pour l’Ancien Testament l’ordre suivant : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, quatre livres des Rois, deux des Paralipomènes, deux d'Esdras, Job, Esther, Tobie, Ecclésiaste, Psaumes, Proverbes, Ecclésiastique (pour la première fois, sous le titre de Ecclesiæ cœtus) , Cantique, douze petits Prophètes, Isaïe, Jérémie, Daniel, Ézéchiel. Et l’auteur ajoute aussitôt : « Enseignez ces (livres] à vos enfants. » Puis il continue : « Outre ces livres, il y a : la Sagesse, Judith, trois livres des Jubilés, Ecclésiastique»

( pour la seconde fois, sous le titre de Jésus, fils de Sirach). La place occupée dans nos manuscrits par les mêmes livres prouve également que les Abyssins les tiennent pour canoniques au même degré que les autres. Voir, par exemple, pour Tobie, d’Abbadie, nos 35 et 205, et Paris, n° 50; pour Judith, d’Abb., n° 35; pour la Sagesse, d’Abb., nos 16, 30, 35, 55, 149, 202, et Paris, n° 8; pour l’Ecclésiastique, d’Abb., nos 16, 35, et Paris, nos 6 et 8; enfin pour Baruch, d’Abb., nos 35, 55, 195, et Paris, n° 6.

11 ne reste de difficulté que pour les deux livres des Machabées, que l’on ne trouve pas au canon éthiopien.

Il existe bien dans quelques manuscrits, par exemple, d’Abbadie, n° 55 (Catal., p. 67; cf. Dillmann, Lexicon, Proleg., col. xi), trois livres dits des Machabées; mais ce sont trois apocryphes, dont le sujet est complètement différent de celui des nôtres. Ils parlent du martyre de trois Juifs sous un certain roi s [$i rû?âyeddn]

(c’est-à-dire Tyr et Sidon), de l’immortalité de l’àme et de la résurrection des morts, etc. A cette époque, c’est-àdire en 1865, M. Dillmann en concluait que nos livres des

Machabées, ou bien n’avaient jamais été traduits en éthiopien, ou bien s’étaient perdus. En parlant ainsi, le savant professeur allait trop loin, comme il devait s’en convaincre plus tard; car on possède des manuscrits ghe'ez qui nous donnent réellement le texte de nos deux livres des Machabées, par exemple les nos 15, 28, 31 de la collection de Magdala (Brit. Mus.) ou le n° 2 de la bibliothèque de Francfort, signalé dès longtemps par Rüppell, dans Reise in Abyssinien, Francfort -sur- le -Mein, 1838- 1840, t. il, p. 407. Seulement il paraît que ce sont là des traductions récentes, faites dans les deux ou trois derniers siècles, sur le latin de notre Vulgate. Dillmann, Veteris Test, æthiopici, t. v, Præfat.; cf. Wright, Catalogue of ethiopic MSS, p. v. Par conséquent, ces livres n’ont rien à faire avec l’ancienne version éthiopienne dont nous parlons ici. Il n’en est pas moins intéressant de noter l’existence de ces versions nouvelles; car leur acceptation actuelle en Abyssinie , comme aussi bien l’existence d’apocryphes ayant nom Machabées, semblent prouver au moins que jamais, en Éthiopie, on n’a rejeté positivement nos deux livres.

Chose curieuse et qu’il nous faut noter ici, les Juifs d’Abyssinie ou Falacha lisent aussi la Bible ghe'ez pour la partie de l’Ancien Testament. Or leur canon est complet, comme celui des Abyssins. C’est ce qui résulte d’une enquête faite par M. A. d’Abbadie à l’intention de M. Luzzato. Voir A. d’Abbadie, Les Falasha, dans Archives israélites de France, t. xii, 1851, p. 238; Luzzato, Mémoires sur les Juifs d'Abyssinie , dans Archives israél., t. xv, 1854, p. 347-349. Cf. Trumpp, dans Gôttingische gelehrle Anzeigen, janvier 1878, p. 132.

Comment il se fait qu’avec nos livres canoniques les Abyssins aient mêlé et mêlent encore aujourd’hui, dans leurs listes ou dans leurs manuscrits, un certain nombre d’apocryphes ou livres non inspirés: Hénoch, Ascension d’Isaïe, Pasteur d’Hermas, livre d’Adam, livres des Jubilés, Canons ou Constitutions des Apôtres, etc., et cela sans qu’ils se rendent bien compte de la différence d’autorité de ces écrits, il n’y a pas lieu de trop s’en étonner; l’Église d’Abyssinie, restée toujours à l’écart, n’a pu profiter de la lumière dont les autres s’éclairent mutuellement, ni des secours qu’elles échangent pour compléter leurs traditions particulières.

II. Textes imprimés de la Bible éthiopienne. — Le Nouveau Testament a été publié en entier; l’Ancien, en partie seulement. Voici la liste complète des textes parus jusqu’à ce jour; nous les donnons par ordre de publication; leur nombre n’est pas tel que le lecteur ne puisse facilement distinguer ce qui appartient à chaque partie des deux Testaments ou même à chaque livre de la Bible. — Alphabetum seu potius Syllabarium litterarum chaldæarum, Psalterium chaldæum, Cantica Mosis, Hannæ, etc., Canticum Canticorum Salomonis , opéra Joannis Potken, in-4°, Rome, 1513, 216 pages. Remarquons, à propos de ce titre, que l’éthiopien a reçu autrefois la dénomination fautive de chaldéen. — Psalterium in quatuor linguis hebræa, græca, chaldæa (i. e. æthiopica, ut supra), latina , cura Joannis Potken, in-4°, Cologne, 1518, 288 pages. C’est une réimpression de l’édition de 1513. — Psalterium Æthiopice, cura Joannis Potken, in-f°, Cologne, 1518. — Testamentum Novum cum Epistolo. Pauli ad Ilebræos tantum, cum concordantiis Evangelistarum Eusebii et numeratione omnium verborum eorumdem. Missale cum benedictione incensi, ceræ, etc. Alphabetum in lingua... Gheez , id est libéra qui a nulla alla originem duxit, et vulgo dicitur Chaldæa. Quæ omnia Fr. Petrus (Comos) Ethyops auxilio piorum sedente Puulo III. Pont. Max. et Claudio illius regni imperatore imprimi curavit, in-4°, Rome, 1548, 226 feuillets. — Epistolæ XIII divi Pauli eadem lingua cum versione latina, in-4°, Rome, 1549. C’est la seconde partie du Testamentum Novum de Petrus Ethyops. Dans la première se trouve la quatorzième Épitre de saint

ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE

Paul, l’Épitre aux Hébreux, comme l’indiquait le titre. Ct. Fumagalli, Bibliografia ethiopica, Milan, 1893, n° 1257.

— S. Jacobi Apostoli Æpistolæ Catholicæ versio arabica et æthiopica, latinitate utraque donata. Opéra... Joh. Georg. Nisselii et Theodori Petræi, in-4°, Leyde, 1654, 32 pages. — S. Judæ Apostoli Epistolæ Catholicæ versio arabice et æthiopice in latinitatem translata... a Joh. Georg. Nisselio et Theodoro Petræo, in -4°, Leyde, 1654, 24 pages. — S. Johannis Apostoli et Evangelistæ Epistolæ Catholicæ très, arabice et ethiopice, omnes ad verbum in latinum versæ... Cura... Joh. Georgii Nisellii et Theodori Petræi, in- 4°, Leyde, 1654, 41 pages. — Canticum Cantworum Schelomonis æthiopice. E vetusto codice summa cum cura erutum, a quam mullis mendis purgatum , ac nunc primum latine interpretatum. Cui, in gratiam arabizanlium , apposita est versio arabica cum interpretatione latina, ut et Symbolum S. Athanasii vocalium notis insignitum, a Joh. Georg. Nisselio, in-4°, Leyde, 1656, 7 et 40 pages. — S. S. Biblia Polyglotta complectentia textus originales , etc. Opus totum in sex tomos (fol.) tributum edidit Brianus Waltonus, Londres, 1657. Walton réédite dans cette Polyglotte les textes des Psaumes publiés par Potken, en 1513, et le Nouveau Testament de l’édition de Rome de 1548. — Psalterium æthiopice cum notis Edmundi Castelli variisque, lectionibus , in-f°, Londres, 1657. — Canticum Canticorum æthiopice et latine, cura Edmundi Castelli, in-f°, Londres, 1657. — Novum Testamentum æthiopice, cum versione latina Dudlei Ludolfi ab Edmundo Castello, in-f°, Londres, 1657. Extrait de la Polyglotte de Walton.

— Liber Rutti , æthiopice , e vetusto manuscripto ex Oriente allato erutus, et latinitate fideliter donatus ,... editus a J. G. Nisselio, in-4°, Leyde, 1660, 16 pages. — Prophetia Sophoniæ , summa diligentia ad fidem vetustissimi MS. codicis fideliter in latinum versa..., in litterarii orbis commodum publici juris facta a J. G. Nisselio, in-4°, Leyde, 1660, 8 pages. — Prophetia Jonæ ex Ætliiopico in Latinum ad verbum versa, et notis atque adagiis illuslrata. Cui adjunguntur quatuor Geneseos capita, e vetustissimo Manuscripto Ætliiopico , eruta nunc primum..., publicata a M. Theodoro Petræo, in-4°, Leyde, 1660, 36 pages. — Geneseos capita IV priora, cum versione latina duorurn priorum , studio Theodori Petræi, in-4°, Leyde, 1660. — Prophetia Joël, Æthiopice, interpretatione Latina ad verbum donata, et perbrevi vocum Hebraicarum et Arabicarum harmonia illuslrata, labore et studio M. Theodori Petræi, Cimbri, in-4°, Leyde, 1661, 10 pages. — Vaticinium Malachiæ, prophetarum ultimi, Æthiopice , Latino idiomate ad verbum donatum... Nunc primum publici juris factum a M. Theodoro Petræo, Cimbro, in-4°, Leyde, 1661, 10 pages. — Quatuor prima capita Geneseos Æthiopice et Latine, in usum studiosorum Æthiopicæ linguæ édita a G. Chr. Burklino, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1696, 20 pages.

— Novum Testamentum , Londres, 1698. Le même que celui de 1657 (supra). — Specimen Psalteri i Æthiopici... At in versione latina distinctiones textus Hebraici ad geminum ejus intellectum necessariæ adhibitæ fuerunt, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1699. — Psalterium Davidis ethiopice et latine, cum cluobus impressis et tribus MSSlis Codicibus diligenter collalum et emendatum, neenon variis Lectionibus et Notis philologicis illustratum. Accédant /Ethiopice tantum Hymni et Oraliones aliquot Veteris et Novi Testamenti, item Canticum Canticorum , cum variis Lectionibus et Notis, cura Jobi Ludolf, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1701, 4 et 428 pages. C’est le texte de Potken, 1513, revu sur trois manuscrits. — Palæstra linguarum orientalium, hoc est : quatuor primorum capitum Geneseos, textus originalis et chaldaicus, syriacus, samaritanus, arabicas, æthiopicus, persicus, omnia cum latina versione, cura G. Olhonis, in -4°, Francfort-sur-le-Main, 1702, de h» page 107 à la page 120. — Jonas Vates, æthiopice et

latine, cum glossario ætliiopico - harmonico in eumdem et IV Geneseos capita priora, editus a Benedicto Andrea Staudachero, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1706, 32 pages.

— Quatuor prima capita Geneseos Æthiopice et Latine, studio Benedioti Andreæ Staudacheri, in -4°, Francfortsur-le-Main, 1707. — Jonas propheta, idiomate ghez. Edidit G. Marcel, Paris, 1802. — Psalterium Davidis Æthiopice , in-4°, Londres, 1815, 171 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Esræ (primi) libri, qui apud Vidgatam appellatur quarlus, versio æthiopica, nunc primum in medium prolata, et latine angliceque reddita a Riccardo Laurence, in -8°, Oxford, 1820. — Evangelia sancta Æthiopice. Ad codicum manuscriptorum fidem edidit Th. Pell Plat, in-4°, Londres, 1826.

— Le saint Évangile de N. -S. J.-C. (en ghe'ez), in-4°, Londres, Société biblique, 1827, 127 feuillets, sans pagination. Signé A-SS. — Novum Testamentum Domini nostri et servatoris Je.su Christi æthiopice. Ad codicum manuscriptorum fidem edidit Th. Pell Platt, in -4°, Londres, 1830 , 732 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Veteris Testamenti æthiopici tomus primus

■ssire Octateucüus Æthiopicus. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann, in -4°, Leipzig, 1853. [Pars prior quæ continet textum, 486 pages.] Pars posterior quæ continet apparatum criticum, 220 pages. — The book of J on ah in four oriental versions, namely Chaldee, Syriac, Æthiopic , and Arabie, ivitli glossaries. Edited by W. Wright. Londres et Leipzig, 1859. — Veteris Testamenti Æthiopici tomus secundus, sive libri Regum, Paralipomenon, Esdræ, Esther. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann. [Fasciculus primus, quo continenlur libri Regum I et II], in-4°, Leipzig, 1861, 96 et 59 pages. Fasciculus secundus, quo continentur libri Regum III et IV, in-4°, Leipzig, 1871, 98 et 78 pages. Esdras et Esther n’ont pas paru , faute de ressources. Cf. t. i> part, posterior., p. 220, Postscriptum , et t. v', Præfut. — Psalterium Davidis Æthiopice et Amharice, in -8°, Bàle, 1872. Édition de la Société biblique anglaise. — Evangelia sacra Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi. Æthiopice et Amharice, in -8°, Bàle, 1874, 445 et 445 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Epistolæ Apostolorum Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi. Æthiopice et Amharice , in-f°, Bàle, 1878, 312 et 312 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Der àlhiopische Text des Joël, herausgegeben von August Dillmann. Adjoint au travail de Merx, Die Prophétie des Joël, in-8°, Halle, 1879, de la page 449 à 458. — Genesis capita i-iv, Psalmus i et cxxxvi. Dans la Chrestomalhie qui accompagne la grammaire éthiopienne de Prætorius, in-12, Leipzig, 1886. — Dodekapropheton Æthiopum oder die zwôlf kleinen Propheten der àthiopischen Bibelübersetzung nach handschriflichen Quellen herausgegeben und mit textkritischen Anmerkungen verselien von Johannes Bachmann. Heft i, Der Prophet Obadia, in-8°, Halle, 1892, 52 pages; — Heft n, Der Prophet Maleaciii, in-8°, Halle, 1893, 51 pages. — Die Klagelieder Jeremije (Lamentations) in der àthiopischen Bibelübersetzung . Auf Grand handschritlicher Quellen mit textkritischen Anmerkungen herausgegeben von Johannes Bachmann, in-8°, Halle, 1893, 54 pages. — Der Prophet Iesaia nach der àthiopischen Bibelübersetzung . Auf Grand handscrif tlicher Quellen herausgegeben von Johannes Bachmann. i Teil : Der àthiopische Text. Mil einen photographischen Specimen des Cod. Aetli. Berol. Peterm. n Nachtr. 42, in -4°, Berlin, 1893, 108 pages. — Veteris Testamenti æthiopici tomus quintus, quo continentur libri apocryphi, Barucb, Epistola Jeremiæ, Tobith , Judith, EcClesiasticus, Sapientia , EsdræApocalypsis, Esdræ Græcus. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann, in-4°,

ETHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE

Berlin, 1894, 2 et 221 pages. Quelques jours après l’achèvement de ce tome v, M. Dillmann mourait. Les tomes in et iv n'ont pas paru. Dans ce tome v, les livres qualifiés d’apocryphes par M. Dillmann appartiennent à nos deutérocanoniques, sauf l’Apocalypse d’Esdras, qui est franchement apocryphe, et 1 ’Esdras Græcus, qui correspond dans nos éditions de la Vulgate latine au troisième livre d’Esdras. On sait que le troisième livre d’Esdras, dont l'Eglise ne reçoit pas la rédaction , n’est dans la plus grande partie de sa teneur qu'une seconde version, un peu libre, du premier.

En récapitulant cette liste de publications, on voit qu’il reste encore une portion considérable de l’Ancien Testament qui n’a jamais été publiée, à savoir: I et II des Paralipomènes, I et II d’Esdras, Esther, Job, Proverbes, Ecclésiaste, Jérémie (les Lamentations ont paru, ainsi que Baruch, d’ordinaire joint à Jérémie), Ézéchiel, Daniel, Osée, Amos, Michée, Nahum, Habacue, Aggée, Zacharie, I et II des Machabées (dont le texte parait manquer à l’ancienne version, comme on l’a dit), et enfin l’apocryphe adjoint à nos Bibles sous le titre de IVe livre d’Esdras. — On devra remarquer aussi que les manuscrits de la Bible éthiopienne étant demeurés très rares jusque vers le milieu de ce siècle, toutes les éditions antérieures à cette époque étaient nécessairement faites sur un tout petit nombre de copies, parfois même sur une seule. Le texte demanderait donc à être revu sur les copies meilleures peut-être, en tout cas plus nombreuses, qui ont enrichi depuis quarante ou cinquante ans nos grands dépôts d’Europe.

III. Manuscrits ghe'ez existant en Europe. — Les matériaux pour préparer des éditions critiques de la Bible ne nous manquent plus. Nous avons fait le relevé de toutes nos richesses en manuscrits bibliques éthiopiens; or voici quel est le résultat général de notre examen. La plus riche collection de manuscrits ghe'ez en tout genre , la collection du British Muséum , possède à elle seule des exemplaires de tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et pour chaque livre trois, quatre, cinq, dix, quinze, vingt et quelquefois jusqu’à trente exemplaires. En seconde ligne vient la bibliothèque de M. Antoine d’Abbadie, qui a légué en mourant à l’Académie des inscriptions et belles -lettres son château et sa propriété d’Abbadia , où il avait fuit transporter sa belle collection de manuscrits. On y trouve un ou plusieurs exemplaires de tous les livres bibliques, sauf le second livre canonique d’Esdras et les deux Machabées authentiques. La Bodléienne d’Oxford possède aussi toute la Bible, moins Tobie, Judith, Baruch et les deux livres des Machabées. Il ne manque à notre Bibliothèque Nationale que les livres suivants de l’Ancien Testament : Judith, Esther, les deux livres canoniques d’Esdras, Isaïe, Ézéchiel, les petits Prophètes et les deux livres des Machabées. Enfin on trouve encore un certain nombre de manuscrits bibliques à Francfort, au Vatican, à Vienne et à Pétersbourg.

IV. Textes sur lesquels a été faite la version éthiopienne. — Un théologien d’Éthiopie, qui appartient aux vingt ou trente premières années du xve siècle, abba Georges, auteur du Maçehafa Mesetlr, « Livre du Mystère, » a écrit sur ce sujet une page curieuse; elle résume sans doute l’opinion communément suivie au pays d’Éthiopie dans la question qui nous occupe. En voici la traduction : « Tous les livres de l’Ancien Testament avaient été traduits de l'hébreu en ghe'ez au temps de la reine du Midi, qui visita Salomon. (Inutile de faire remarquer au lecteur qu’à cette époque la plus grande partie de l'Ancien Testament n’existait pas encore.) Aussi la version éthiopienne des livres des Prophètes était pure; les Éthiopiens, en effet, suivirent la Ici des Juifs avant la naissance du Christ. Mais dans la traduction qui fut faite après la naissance du Christ, ceux qui l’avaient crucifié changèrent le texte véritable en un témoignage menson-

| ger. Quant à la manière dont les livres des Prophètes | ont été traduits de l’hébreu en ghe'ez, on en trouve des exemples au livre des Rois , où de l’hébreu on a traduit en ghe'ez, par exemple: ’Êlôhô par ’Amelâk (Dieu), ’Adônâi par ’EghezV (Seigneur), Sabâ'ôt par Ilaxjelât (armée). Pour le Nouveau Testament que nous avons en Éthiopie, il a été traduit tout entier du grec en ghe'ez, avant que la doctrine de Nestorius eût apparu, avant que la confession de Léon fût formée, avant qu’on eût réuni le concile des chiens, à savoir des évêques de Chalcédoine. Aussi toute la version éthiopienne de l’Écriture, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, est pure comme l’or, éprouvée comme l’argent, immaculée comme un lait sans mélange. » Bibl. Nat., fonds ghe'ez, n° 113, fol. 63-64.

Ainsi, d’après abba Georges, le Nouveau Testament a été traduit du grec; sur ce point, nous verrons qu’il a complètement raison. L’Ancien Testament, toujours d’après notre auteur, aurait été traduit directement de l’hébreu. C’est là une prétention qui ne tient pas devant une comparaison même superficielle de la version éthiopienne avec le texte. Quelques livres, il est vrai, portent l’empreinte d’une révision faite sur l’hébreu , par exemple Job et Daniel, n0 7 de la Bibliothèque Nationale (voir Zotenberg, Catalogue des mss. éthiop., n° 7; cf. Dillmann, Veteris Test, æth., t. il, fasc. n, apparatus criticus , p. 5); mais le fond de nos versions ghe'ez de l’Ancien Testament n’a certainement pas été pris directement sur le texte primitif, comme on le verra bientôt.

Quelques missionnaires jésuites des débuts du xvne siècle, comme Ludolf en témoigne (Comment, ad 1. ni, c. iv, n. 26), ont pensé que la Bible éthiopienne avait été traduite de l’arabe. Ludolf lui -même suivit quelque temps cette opinion , comme on le voit par une note écrite de sa main dans le n° I de la Bibliothèque Nationale (fonds éthiopien); mais dans son Commentaire, paru en 1691, Ludolf ne pense plus que la version ait été faite de l’arabe : « Le Pentateuque manuscrit, dit-il, le Psautier et tous les livres imprimés de la Bible prouvent pleinement le contraire.» L’Ancien Testament n’a pas été, en effet, traduit d’une version arabe; il ne l’a pas été au temps de saint Frurnentius, comme l’avait d’abord cru aussi Ludolf, car alors la version arabe de la Bible n’existait pas; il ne l’a pas été davantage dans la suite. De notre temps, un critique pourtant célèbre, Paul de Lagarde, a réédité cette ancienne opinion des premiers missionnaires ; il a cru pouvoir soutenir que la Bible ghe'ez avait été faite ou de l’arabe ou du copte, et cela au xivc siècle. P. de Lagarde, Ankïindigung einer neuen Ausgabe der griechischen Ueberselzung des alten Testaments , 1882, p. 28; d’après Hackspill, Zeitschrift für Assyriologie, t. xi, 1897, p. 123. Mais Paul de Lagarde est resté seul de son avis dans le monde savant contemporain; son erreur manifeste repose sur une simple confusion entre une version et une recension. 11 y a eu, en effet, comme on le verra plus loin, une recension sur des textes coptes ou arabes; mais de là à conclure qu’il n’existait pas avpnt ce travail une version éthiopienne, faite sur des textes qui n’étaient ni arabes ni coptes, il y a belle différence. — La vérité est, sur cette question, que la version ghe'ez fondamentale, antérieure à toute recension, repose tout entière sur un texte grec. L’Ancien Testament d’abord a été traduit du grec des Septante. C’est ce qu’a très bien démontré Ludolf, une fois revenu de son erreur, en établissant que la version éthiopienne porte les leçons, les omissions et jusqu’aux transcriptions du grec. Comment., loc. cit. Cf. Ludolf! Epist. ad Holtingerum , dans la Bibliotheca sacra de Le Long, pars la, cap. 2, sectio 6a, où il donne les mêmes arguments, plus le suivant pour les Psaumes: « Dans les Psaumes (éthiopiens), les inscriptions (des Grecs) sont conservées. » Ibid.; cf. Ludolf, Hist. Æth., 1. m, c. IV, n. 2-6. On ne peut donc que souscrire à la conclusion de Ludolf. Les études de Dillmann conduisent

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au même résultat. Personne ne l’a mieux prouvé que le savant éthiopisant , dans les Apparatus critici joints au texte de son édition de l’Ancien Testament ghe'ez.

Quant à la version du Nouveau Testament, elle a été faite également sur le grec, qui est ici le texte original. La critique aussi bien que l’histoire en tombent d’accord. Voir Michaelis, § x Præfationis EvanyeUi secundum Matth. ex versione æthiopici interpretis a Bode. editi, Ilalle, 1749. Tout récemment M. Hackspill l’a spécialement démontré pour les dix premiers chapitres de saint Matthieu, en prenant pour base de son travail le manuscrit ghe'ez 32 de la Bibliothèque Nationale. L. Hackspill, Die alhiopische Evangelienübersetzung (Matth,, i-ix), dans la Zeitschrift fur Assyriologie , t. xi, 1897, p. 127-131. Ce que le jeune savant nous dit de quelques chapitres de saint Matthieu, on peut l’étendre au Nouveau Testament tout entier. C’est du reste aujourd’hui la conclusion admise par tous les critiques, à l’exception de Paul de Lagarde. La controverse ne peut plus porter désormais que sur la question de savoir quel est au juste le texte grec que suivirent les traducteurs. Le problème devient alors plus ardu, plus délicat, et il demanderait pour être tranché des études qui ne nous paraissent pas encore faites.

V. La version éthiopienne est l’œuvre de plusieurs auteurs. — C’est l’opinion la plus généralement suivie et la plus probable. Ludolf, qui l’a soutenue, appuie son sentiment sur cette raison, que les mots rares et difficiles, comme sont les noms de pierres précieuses, sont rendus de différentes manières dans les divers livres, et il en fournit des exemples. La topaze, dans Ps. cxvm, 127, est rendue par le mot grec pazjon, le t h étant rejeté

comme article; dans Job, xxvm, 19, par ’p’itlC s tancar; dans Apoc., xxi, 20, par s waraurè. Lu-

dolf, Hist. Ælhiop., 1. ni, c. iv, n. 6. Dillmann, le meilleur juge de notre temps dans ces questions, ne croit pas, il est vrai, malgré quantité de variantes de ce genre par lui observées , qu’il faille conclure à des traducteurs différents en ce qui concerne la Genèse, l’Exode, les Nombres, le Lévitique, Josué, les Juges et Ruth, dont il nous a donné le texte dans son premier volume de l’Ancien Testament ghe'ez. 11 pense que l’inconstance d’un traducteur primaire et unique suffit à expliquer ces variations. Octateuchus æthiopicus. Pars posterior, p. 22, 58, 101, 139, 189, 195, 216. Le docte critique cependant (loc. cit., p. 58-61) fait une exception pour les chap. xiv et suivants de l’Exode, qu’il attribue à un second traducteur; et, s’il s’agit de l’ensemble de la Bible, c’est l’avis de Ludolf qu’il nous recommande. (Loc. cit., p. 58.) Telle est, croyons-nous aussi, la seule opinion vraiment solide. On verra du reste plus loin, abstraction faite des raisons intrinsèques tirées de l’examen des textes, que, selon les données très vraisemblables des écrivains d’Éthiopie, plusieurs auteurs ont concouru à la traduction des Livres Saints.

VI. Existe-t-il en éthiopien plusieurs versions pour les mêmes livres de l’Écriture ? — Nous parlons ici de versions proprement dites et non pas de simples recensions d’une même version. Plusieurs éthiopisants, en effet, et des plus considérables, tels que Ludolf et Dillmann, n’ont peut-être pas toujours sur ce point suffisamment précisé leur langage, et, — si nous les entendons bien, — ils se servent parfois, au grand détriment de la clarté, du mot « version » dans le sens de « recension ». Voir Ludolf, Comment., 1. iii, c. iv, n. xxvm; Dillmann, Vet. l'est, æthiopici, t. ii, pars poster., p. 3-5, et Lexicon, Præfatio, col. v-vi. Cette remarque faite, nous répondons que la thèse de la pluralité des versions éthiopiennes pourrait trouver en sa faveur quelques arguments plausibles. Les variantes sont sans nombre dans les exemplaires manuscrits d’un même livre. Additions, omissions, expressions différentes, gloses, rien ne manque des variantes accoutumées. Qu’il me suffise de renvoyer

aux exemples innombrables que nous en donne Dillmann dans ses notes critiques aux livres de l’Ancien Testament. Toutefois ces variantes ne prouvent pas nécessairement la multiplicité des versions. Les mêmes divergences se rencontrent partout, dès qu’on possède un certain nombre de manuscrits d’un même ouvrage, et surtout d’un ouvrage fort répandu dans l’usage et le commerce des hommes. Du reste, quand on sait l’étonnante facilité avec laquelle les copistes éthiopiens ont cru pouvoir rendre par des mots plus clairs ce qui leur semblait obscur, glisser certaines gloses destinées à compléter le sens, ou supprimer ce qui leur paraissait redondant (voir Dillmann, Vet. Test., t. i, pars poster., p. 13-16, 64, 99, 119, 141-143, 172-173, 192-193,215-216; t. ii, fasc. i, pars poster., p. 6-7, 36-39; fasc. il, pars poster., p. 3-4, 47-49), sans parler des révisions qui ont été faites au cours des temps, et dont nous parlerons tout à l’heure, on comprend sans peine qu’il ne suffit pas de variantes même nombreuses pour conclure à la pluralité des versions. Il faudrait, à notre avis, pour admettre cette conclusion, des divergences plus profondes que celles qu’on connaît jusqu’ici. S’agitil des livres du Nouveau Testament, nous n’oserions plus, avec Michaelis, formuler le même jugement. Michaelis, § il Præfationis ad Evangelium secundum Matthæum ex versione æthiopici interpretis , editum a Bode, Halle, 1749. Car il se pourrait faire que le progrès des études ghe'ez imposât quelque jour une solution différente pour quelques-uns de ces livres, pour les Évangiles, par exemple. Cf. Ludolf, loc. cit.; Dillmann, Lexicon, loc. cit. ; Aethiopische Bibelàbersetzung , dans Herzog’s Real Encyklopadie.

VIL Existence de plusieurs recensions de la version éthiopienne primitive. — 1° Ancien Testament. — Il dut être révisé sur l’une ou l’autre des trois recensions des Septante , qui furent faites dans l’Église grecque au 111e siècle, à savoir : par Origènc, à Césarée; par saint Lucien, à Antioche, et par Hésychius, en Égypte. Voir, dans les Études religieuses , La critique biblique au me siècle, 4891, octobre; 1892, mars et octobre. Dillmann, en effet ( Vet. Test, ælhiop., t. Il, fasc. i, pars poster., p. 3-5), a nettement distingué de la version ancienne ou primitive un texte ghe'ez remanié à une date et par des auteurs inconnus , d’après un texte grec qui avait été lui -même révisé. Quelle était cette recension grecque, qui servit ainsi de base à la recension éthiopienne? Probablement celle d’Égypte, la recension d’Hésychius. L’Église d’Éthiopie, dès ses origines, a été en continuelle dépendance de l’Église d’Alexandrie. Il est donc très vraisemblable qu’elle aura pris encore en Égypte les textes qui servirent de base à sa révision ; malheureusement le texte hésychien est jusqu’à présent peu connu. Mais, en attendant qu’on l’ait sûrement retrouvé, on sera fondé à croire que la recension éthiopienne en dépend. Espérons que M. Bachmann résoudra ce problème, qu’il nous a promis d’aborder. Dodekapropheton Æthiopum, Hefl i, Der Prophet Obadia, Halle, 1892, p. 9. Cf. Études, mars 1892, p. 451-453. Quoi qu’il en soit, nous voici déjà en présence de deux textes de l’Ancien Testament : celui que Dillmann, dans ses notes critiques sur les livres des Rois (ibid.) et dans Aethiopische Bibelübersetzung (Herzog’s Real Encyklopadie) , a nommé « la version ancienne ou primitive », et qui ne porte pas trace de révision ( = Francofurtensis 604 paginas continens et 57 Abbadianus); puis le second, qui fut révisé et qu’il nomme « la versionVulgate ou seconde » ( = Oxon. 3; Abbad. 137 et 197; Brit. Mus., Dillmann, Catal., p. 1; Francof. 382 paginas complectens). Ce dernier texte est de beaucoup le plus répandu en Éthiopie. Pour quelques livres au moins de la Bible, nous devons également reconnaître une seconde recension , faite cette fois sur le texte hébreu. M. Zotenberg, dans son Catalogue des mss. éthiopiens de la Bibl. Nationale , n° 7, a reconnu un texte de ce genre pour les livres de Job et de Daniel,

ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE

qui furent collationnés avec le texte hébreu et une version arabe par un savant indigène nommé Mercurius. Dillmann, de son côté, admet pour les livres des Rois ( = Abbad. 35) et peut-être pour tout l’Octateuque un texte revu sur l’hébreu et qu’il appelle « version troisième ». Vet. Test, æthiop., t. n, fasc. i, pars post., p. 5, avec la notel. Le texte éthiopien qui aurait servi de base à cette recension serait, d’après le savant critique, non pas la Vulgate, mais la version ancienne ou primitive. Enfin M. Bachmann, op.'cit., p. 8-9, semble vouloir étendre les mêmes conclusions aux livres des Prophètes.

2° Nouveau Testament. — Les textes éthiopiens offrent des traces de plusieurs recensions. En 1865, dans la préface de son Lexique, col. v et VI, Dillmann reconnaissait deux recensions, sinon deux versions proprement dites, dans ce qu’il appelait « version ancienne » et « version plus récente ». L’ancienne serait représentée par l’édition du Nouveau Testament de Rome, 1548; la moderne, par l’édition de Pell Platt, Londres, 1830. De qui seraient ces différentes recensions, à quelle époque ces textes auraientils été établis dans la teneur que nous leur voyons? Il serait difficile de le déterminer. Notons toutefois au passage la thèse de M. Guidi, qui place au xive siècle une quasi -recension ou correction des Évangiles. D'après le savant orientaliste, on doit reconnaître à côté d’une version primitive (= Parisiensis 32) un texte de cette même version (= Parisiensis 33), qui aurait été revu ou corrigé peu à peu à différentes époques, à partir du xive siècle, sur une version arabe du xme, que M. Guidi nomme « recension alexandrine Vulgate ». Guidi, Le tràduzioni degli Evangelii in arabo e in etiopico, Rome, 1888, p. 35-37.

M. Conti Rossini a cru pouvoir préciser davantage et nous indiquer l’auteur même de la recension. Voici la thèse qu’il expose dans la Zeitschrift fur Assyriologie , t. x, 1895, p. 236-241. Nous trouvons parmi les métropolitains que l’Égypte a toujours fournis à l’Éthiopie depuis saint Frumentius (ive siècle) un abba Salâmâ, distinct du premier abba Salâmâ ou Frumentius. Voir Catalogue Zotenberg, n. 160, p. 263, col. a. Ce moderne Salâmâ est appelé «traducteur de l’Écriture Sainte» ( ibid .) ; c’est le même dont on célèbre la fête, non pas le 26 de hamelê, comme saint Frumentius, mais le 20 de nahasê. Dans sa légende, on lit encore qu’il est « celui qui a traduit de l’arabe en ghe'ez l'Écriture Sainte ». Catalogue Zotenberg, n. 128, p. 194, col. a. Or précisément ce Salâmâ vivait à la fin du xme et au commencement du xive siècle, et il est connu comme un lettré de valeur. Il est donc tout naturel de penser que, voyant les divergences du texte ghe'ez d’avec la version arabe d’Égypte, il en entreprit et exécuta la révision , et c’est sans doute ce travail de recension des Évangiles ghe'ez sur un texte arabe qui lui valut le nom de traducteur de l’Écriture Sainte.

Jusqu’ici la thèse de M. Conti Rossini parait bien appuyée. Volontiers même nous croirions que c’est ce travail de recension sur l’arabe par le moderne abba Salâmâ dont on avait gardé le souvenir en Éthiopie, qui trompa les premiers missionnaires portugais et Ludolf lui -même pendant quelque temps, en leur faisant croire que la version ghe'ez avait été faite de l’arabe par abba Salâmâ, saint Frumentius. Mais conclure de là, avec M. Conti Rossini, que saint Frumentius n’a en aucune façon concouru à traduire la Bible, c’est peut-être aller trop loin, comme nous le dirons tout à l’heure. Cf. Hackspill, Die âthiopische Evangelienübersetzung , dans la Zeitschrisl fur Assyriologie , 1897, t. xi, p. 194-195.

Avant de terminer cette question, je veux signaler aux critiques une dernière recension , qui parait encore peu connue. Elle est due aux missionnaires jésuites portugais du XVIIe siècle. Voir Histoire de ce qui s’est passé au royaume d’Éthiopie es années 1624, 1625 et 1626. Tiré des lettres écrites et adressées au R. P. Mulio Vitelesclii par le P. Gaspar Paez, S. J. Traduit d.e l’italien en françois

par P. -J. -B. de Machault, S. .T., Paris. 1629, p. 225 et suiv. Il semble bien résulter de cette lettre du P. Paez que les missionnaires des débuts du XVIIe siècle ont non seulement traduit un certain nombre de nos Livres Saints en amharique ou corrigé le texte amharique antérieur de ces livres, mais encore qu’ils ont revu les Évangiles ghe'ez et les ont conformés à notre Vulgate. Nos bi bliothèques peut-être ou celles d’Élhiopie recèlent des exemplaires de cette recension. Ne serait-ce pas aux mêmes travailleurs qu’il faudrait attribuer cette traduction des deux livres des Machabées, faite du latin en ghe'ez, il y a deux ou trois siècles, on ne sait par qui?

VIII. Date de la version éthiopienne primitive. — Selon Cayet ( Pierre - Victor Palma, 1525-1610), nous devrions faire remonter notre version jusqu’aux temps apostoliques. (Paradigmatd de quatuor linguis orientalibus præcipuis, arabica, armena, syra, æthiopica, Paris, 1596, p. 160.) Mais il n’en donne aucune preuve solide. Voir Le Long, Bibliotheca sacra, pars 1», cap. 2, sectio 6*. Brian Walton, dans les Prolegomena de sa Polyglotte, cap. xv, De lingua æthiopica et Scripturæ versione æthiopica, a soutenu également que la version ghe'ez remontait à l’époque des Apôtres. Son opinion repose tout entière sur les deux points d’histoire suivants, que l’on suppose démontrés : la reine Candace du chap. vin des Actes est une reine des Abyssins, et l’eunuque baptisé par le diacre Philippe convertit les Abyssins à la foi chrétienne. Malheureusement ni l’un ni l’autre de ces faits ne peut se soutenir. Voir Candace.

Si quelques écrivains ont trop vieilli la Bible ghe'ez, d’autres, par contre, l’ont trop rajeunie. Personne dans cette voie nouvelle n’est allé si loin que Paul de Lagarde. D’après lui, — nous avons déjà eu l’occasion de le dire, — la version éthiopienne aurait été traduite de l’arabe ou du copte après le xive siècle. Lagarde, Ankündigung einer neuen Ausgabe der griechischen Uebersetzung des alten Testaments , 1882, p. 28. C’est, là une grossière aberration, bien étonnante dans un savant de cette valeur. Au xive siècle, nous avons rencontré un travail de recension ; mais cette recension ne peut être confondue avec la version primitive. Gildemeister, dans une lettre à M. Gregory, datée du 20 avril 1882 (Prolegomena ad Novum Testamentum græce, editio 8a, Tischendorf, t. ni, p. 895), exprimait l’avis que notre version serait due à des Syriens monophysites du VIe ou du vne siècle. Sur quoi se fonde cette opinion? Principalement sur les deux arguments suivants. Et d’abord les chrétiens ne commencèrent guère à être nombreux en Abyssinie avant le vie ou le vne siècle; et donc le besoin d’une Bible ghe'ez ne dut pas se faire sentir avant cette époque. En second lieu , certains mots de la version éthiopienne paraissent avoir une origine syriaque ou aramaïque, ce qui fait supposer que les traducteurs étaient des Syriens, et sans doute des Syriens monophysites. Dans cette argumentation , on regrettera que la conséquence ne sorte aucunement des prémisses. On ne voit pas bien, en effet, pourquoi la Bible n’aurait dû être traduite qu’après une conversion en masse du peuple d’Abyssinie; et quant aux mots d’origine syriaque, même en admettant qu’ils soient bien d’origine syriaque plutôt que d’origine ghe'ez, qui nous prouve qu’ils sont entrés dans la langue ghe'ez précisément par les traducteurs de la Bible, et surtout quelle nécessité y a-t-il de supposer que ces traducteurs prétendus araméens étaient des monophysites du vie et du vne siècle?

La grande majorité des auteurs , depuis Ludolf jusqu’à nos jours, s’accordent à dire que la version éthiopienne ne peut pas descendre plus bas que la fin du ve siècle, et, ainsi formulée, cette thèse paraît bien assurée. Ce n’est pas certes que les témoignages historiques abondent pour la démontrer. Car nul auteur, soit grec, soit latin, ne | peut nous renseigner sur ce sujet. On a bien cité quelquefois le passage où saint Jean Chrysostome nous dit que 1 « les Syriens, les Égyptiens, les Indiens, les Perses, les

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Éthiopiens et cent autres peuples ont traduit dans leur langue propre les dogmes » contenus dans l’Évangile de saint Jean. In Joa. homil. xxu, t. lix, col. 32. Mais qui prouvera jamais que par ce mot d’« Éthiopiens », toujours si vague chez les anciens, Chrysostome entendait parler de nos Abyssins? Le premier argument sérieux qu'apportent les auteurs est le suivant. Il est certain qu’à la fin du Ve siècle l'Église d’Abyssinie était fondée et que déjà elle était grande et prospère. Or une Église ne peut rester longtemps sans une traduction des Écritures. 11 la faut à l’apôtre qui doit narrer au peuple l’histoire de la révélation et particulièrement l’histoire de Jésus -Christ et de ses premiers disciples. Il la faut encore pour le service de la prière et surtout pour les offices liturgiques, qui ne tardaient jamais alors à se faire dans la langue familière au peuple que l'on évangélisait. Nul doute par conséquent qu’il ait existé, à la fin du ve siècle, une version ghe'ez en Abyssinie. — Un second argument est tiré du témoignage des écrivains d'Éthiopie. Nous avons entendu plus haut abba Georges nous dire que l’Ancien Testament avait été traduit de l’hébreu en ghe'ez dès le temps de la reine de Saba. Évidemment ni la Bible ghe'ez n’a pour source immédiate l’hébreu , ni surtout elle n’a pu se faire à l’époque de Salomon. Mais quand il dit que le Nouveau Testament a été traduit par les neuf saints de Rome, si célèbres en Éthiopie, nous avons tout lieu de croire qu’il y a là une tradition fort respectable et que réellement les neuf saints ont concouru au travail de traduction des Écritures, et sans doute aussi bien de l’Ancien que du Nouveau Testament. Ces moines illustres étaient certainement qualifiés pour traduire du grec tous nos Livres Saints, ür à quelle époque vivaient les neuf saints de Rome? Précisément à la lin du ve siècle, c’est-à-dire juste à cette époque où l’on convient que la version ghe'ez était indispensable au bon fonctionnement de l’Église éthiopienne.

Ainsi raisonnent la grande majorité des critiques et des exégètes : Ludolf, Ihst. æth., Francfort, 1681, 1. m, c. iv; Comment, ad liist., Francfort, 1691, ad lib. ni, cap. iv, n. xxvi ; Jean Mill, Novum Test, græcum, Rotterdam, 1710, Prolegomena, p. 121; Michaelis, § ix Præfationis ad Evangelium secundum Matth. ex versione ætlüopici interpretis, editum a Bode, Halle, 1749; Bode, Præfatio ad Novi Testamenti versionis æthiopici interpretis latinam translationem, Helmstadt, 1755; Dillmann, Aethiopische Bibelüberselzung (dans Ilerzog’s Real- Encyklopadie) ; Westcott et Ilort, The New Testament in the original Greek , Cambridge et Londres, 1881, Introduction, p. 86; Gregory, Nov. Test, græce, recensait Tischenclorf, editio 8a major, t. ni, Prolegomena , p. 894; Édouard Kônig, Einleitung in das alte Testament, Bonn, 1893, p. 113; Goldsehmidt, Bibliotheca æthiopica, Leipzig, 1893, p. 7; Cornill, Einleitung in das alte Test., Fribourg, 1896, p. 338; Scrivener, A plain Introd. to the criticism of the Neiv Test., Cambridge, 1883, p. 409; Jülicher, Einleitung in das Neue Test., Fribourg, 1894, p. 388; chez les catholiques de notre temps : Vigouroux, Manuel biblique, t. i, n. 150; Kaulen, Bibelübersetzung [ alhiopische ], dans Wetzer et Welte’s Kirchenlexicon , t. n, 1883; Cornely, Cursus Scripluræ Sacræ, Introd., t. i, 1885, n. 142; Guidi, Le traduzioni degli Evangelii in arabo e in etiopico, Rome, 1888, p. 33 et suiv.; Hackspill, Die alhiopische Evangelienübersetzung , dans la Zeitschrift für Assyriologie , t. xi, 1897, p. 150 et suiv. Bien plus , avec ces mêmes auteurs , sauf pourtant MM. Guidi et Hackspill, dont nous nous séparons ici, nous pensons que la version ghe'ez fut commencée avant l’arrivée des neuf saints et qu’il faut la faire remonter en partie à la seconde moitié du IVe siècle, parce que la traduction des principaux passages des Écritures et notamment des Évangiles s’impose dans la fondation d’une nouvelle Église.

Faut-il conclure de là que saint Frumence lui-même,

le premier apôtre qui évangélisa l’Ethiopie, peu après 326, employa son zèle à traduire ou à faire traduire partie des Écritures? Ludolf et d’autres après lui font pensé. Et cela n’est pas déraisonnable. Sans doute rien dans les traditions de l’Abyssinie ne confirme sûrement cette opinion ; le Salàmâ que l’on appelle, en Éthiopie, traducteur des Écritures est bien plutôt le patriarche du même nom, qui révisa les Livres Saints au début du xive siècle, que le Salàmâ du ive, autrement dit Frumentius. Mais les arguments tirés de la nécessité d’une version ghe'ez pour l’évangélisation de l’Abyssinie gardant toute leur force, à notre avis, aussi bien pour la fin du IVe siècle que pour la fin du Ve, pourquoi ne penserait-on pas que l'apôtre Frumentius commença lui -même ce beau travail ou en prit du moins la haute direction?

Il est enfin un dernier point sur lequel nous nous séparons de plusieurs de ceux qui, comme nous, pensent que la version ghe'ez a été faite, en partie du moins, par les neuf saints de Rome. On a affirmé, et c’est, pensonsnous, M. Dillmann qui Ta dit le premier, que les traducteurs de la Bible éthiopienne, c’est-à-dire les neuf saints de Rome, étaient des monophysites; d’autres ont précisé davantage et ont dit, comme M. Gildemeister, que les traducteurs étaient des monophysites syriens (dans Gregory, Prolegomena , loc. cit.); enfin M. Guidi, Traduzioni, p. 34, et M. Hackspill, Æthiop. Evang., p. 153, ajoutent qu’ils ont dû venir d’Arabie. En réalité, les neuf saints venaient d’Egypte et non d’Arabie , et de plus ils n’étaient pas monophysites. La Chronique des rois d’Abyssinie nous le fait entendre, en les appelant Saints de Rome et d’Égypte (R. Basset, Études sur l’histoire d’Éthiopie, Paris, 1882, p. 97). Ce titre de Saints de Rome donné à des moines égyptiens n’a rien qui nous doive surprendre. En Abyssinie, comme dans tout l’Orient, les Romains et les Grecs de l’empire byzantin sont appelés Roumis ; le grec même y est parfois nommé langue romaine , et l’empereur de Constantinople roi de Rome. (Voir Bibl. Nat., fonds ghez, n. 113, fol. 63-G4, et d’Abbadie, Catalogue, n. 34.) Le fait que le nom de moines romains ait été donné et si religieusement conservé à ces saints personnages, par une Église qui s’est séparée des Grecs ou Roumis Melchites pour suivre les Jacobites d’Alexandrie, nous persuade non seulement qu’à cette époque l’Église d’Abyssinie était toujours fidèle à la vraie foi, mais que de plus ces moines eux-mêmes n’étaient pas des monophysites, comme l’a pensé M. Dillmann (Zur Geschichte des axumit. Reichs , Berlin, 1880, p. 26). Le passage des Chroniques, où il est dit que les saints de Rome « réformèrent la foi », selon la traduction de M. Dillmann, n’est pas de nature à infirmer notre opinion, car il faut tout lire. Le texte du n. 141 de la Bibliothèque nationale dit en effet : ÏOhh-tt T (h : Y £"7? î* S ï

: ua’asetarate'u hâyemânôta uasere'âta menekitesenâ , ce qui peut se traduire par : « Ils réglèrent ce qui concerne la foi et l’observance monastique. » Ce sens, à supposer qu’il faille tant tenir compte d’une appréciation venue après coup à l’esprit d’un rédacteur monophysite, est d’autant plus admissible que, par rapport à l’observance monastique, les saints de Rome n’eurent pas à réformer, mais à établir. Jusque-là, le monachisme n’avait pas pénétré en Abyssinie, et c’est avec les neuf Saints que nous voyons apparaître les ordres religieux. Aussi tous les monastères d’Abyssinie se réclament-ils d’abba ’Aragâui, l’un des neuf Saints, comme de leur premier fondateur. Nous avons d’ailleurs une autre preuve qui nous paraît décisive dans la question. L’un des neuf Saints , abba Panetalêuôn , fut regardé comme un homme de Dieu et consulté dans les cas les plus graves par le roi Kaleb, autrement dit Élesban. Or, l’orthodoxie d’Élesban, honoré comme saint chez les Latins aussi bien que chez les Grecs, ne saurait être mise en suspicion. H n’est donc pas probable qu’abba Panetalêuôn, l’ami et le conseiller du saint roi, ait été un mo-

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