DE LA BIBLE — ÉTIENNE
ceux de Cilicie et d’Asie. Ces Juifs furent impuissants à lutter contre un homme également versé dans l’Écriture et la tradition judaïque, animé d’une conviction ardente, orné du don des miracles. Ils le dénoncèrent. Étienne fut conduit devant le sanhédrin, qui siégeait probablement alors dans la salle Gazith, située, d’après la Mischna, dans les grands édifices qui entouraient le Temple proprement dit, actuellement au sud-ouest de la mosquée d’Omar.
IL Son discours. — On a proposé les opinions les plus contradictoires au sujet du discours d’Étienne, chacun s’efforçant d’y trouver un sens unique, un thème qui en expliquât toutes les variations. Mais il est naturel de penser qu’Etienne a dû s’occuper des deux chefs d’accusation dirigés contre lui, savoir qu’il avait proféré des blasphèmes contre la Loi et contre le Temple, Act., vi, 11, 13-14, d’autant que c’étaient, d’après les témoins, les deux motifs ordinaires de sa prédication; et on devait attendre de son tempérament, ardent à la lutte, qu’il ne se tiendrait pas sur la défensive, mais profiterait de celte circonstance solennelle pour faire une profession de foi en Jésus. Les Juifs croyaient le Temple indispensable au culte de Dieu, parce qu’on ne pouvait l’adorer que là, de telle sorte que l’action de Dieu y était, pour ainsi dire, liée. Étienne reprend toute l’histoire sainte depuis Abraham pour montrer comment Dieu a exercé ses miséricordes les plus choisies en tous lieux, en Chaldée, en Égypte, dans le pays de Madian comme dans le pays de Chanaan, et quand Dieu eut permit à David de lui élever un temple par les mains de son fils Salomon, Salomon lui-même, dans sa prière, a constaté qu’il ne pouvait renfermer Dieu. C’est incontestablement l’idée principale du discours. Mais Étienne y a greffé une autre pensée. En chemin il rencontre Moïse, qu’il était accusé de blasphémer. Il renchérit sur l’éloge qu’en faisaient les Saints Livres, il montre que ce sont les Juifs qui l’ont négligé, méconnu, comme tous les hommes de Dieu, et tandis que Moïse avait annoncé le Prophète, ils ont trahi et mis à mort le Juste promis par les prophètes. Est- il étonnant que celte pensée douloureuse ait donné alors une énergie véhémente à son apostrophe? Act., vu, 51-53. — Mais s’il y a comme un double sujet traité dans le discours, l’unité de la contexture est si parfaite, qu’il est impossible d’y trouver deux discours parallèles. — On a depuis longtemps dressé la liste des divergences qui se rencontrent entre le discours d’Étienne et l’Ancien Testament représenté par la Vulgate. On a même renoncé à les expliquer par des subtilités, depuis que Melchior Cano a fait remarquer qu’en somme saint Étienne a pu se tromper, puisqu’il n’a pas écrit son discours sous la motion de l’inspiration scripturaire, et que saint Luc ne se trompait pas en le rapportant tel quel. En réalité, il n’y a qu’une erreur caractérisée qu’on puisse rapporter à un défaut de mémoire, c’est l’achat par Abraham du tombeau de Sichem, Act., vii, 16; il fallait dire Jacob. Le mode des autres divergences caractérise bien la méthode d’Étienne. Tantôt il suit les Septante, lorsqu’il conduit en Égypte soixante-quinze personnes, et lorsqu’il considère l’idolâtrie reprochée par Amos, v, 25, comme pratiquée dans le désert, avec la mention de Remphan; tantôt il suit une tradition juive dont nous pouvons constater l’existence par Philon, Josèphe ou les midrascliim, lorsqu'il place la vocation d’Abraham en Mésopotamie, Act., vii, 2; son départ pour Chanaan après la mort de son père, f. 4; le tombeau des patriarches à Sichem, f. 16; lorsqu’il énumère deux périodes de quarante ans dans la vie de Moïse, ff. 23, 30. D’autres fois enfin, il cite librement le texte sacré, s’attachant à l’esprit beaucoup plus qu’à la lettre, lorsque (ff. 6 et 7), citant Gen., xv, 13, il ajoute quelque chose qui allait à son thème d'après Exod., ni, 12; lorsqu'il mentionne que j Moïse était un enfant agréable « à Dieu », f. 20, que | son éducation dans la sagesse des Égyptiens avait rendu