EUSÈBE
Saint Jérôme dit, en effet, dans sa préface Ad Chroma- | tium aux Paralipomènes : Alexandria et Ægyptus in LXX suis Hesychium laudat auctorem, Constantinopolis usque Antioclium Luciani martyris exemplaria probat, mediæ inter lias provinciæ Palæstinos codices legunt, quos ab Origene elaboratos Eusebius et Pamphilus vulgaverunt. Sixte de Sienne, Bibliotheca sacra, édit, de Cologne, 1576, t. iv, p. 215, avait entendu par là qu’Eusèbe aurait fait une nouvelle recension des llexaples d'Origène. Il ne s’agit point de cela, car les rubriques d’un certain nombre de manuscrits des Hexaples d'Origène font penser qu'Eusébe exécuta seulement plusieurs copies soit complètes, soit abrégées de ce travail, en y ajoutant quelques notes et corrections. Voir Huet, Origeniana, III, xxiv, 8; Ehrhard, dans la Rômische Quartalschrift, t. vt, 1891, p. 226-238; Harnack, Geschichte der altchristl. Litteratur, t. i, p. 337, 543, 574.
— 4° On peut ranger parmi les travaux exégétiques d’Eusèbe de multiples essais sur la topographie des Lieux Saints. Quatre de ces œuvres sont connues ; mais les trois premières ne sont pas parvenues jusqu’à nous, seule la quatrième a survécu. Ces essais sont : 1° Une étude sur la terminologie ethnographique de la Bible hébraïque : Kal 7rp<ÜTa piv tùv àvà xrjv oiy.oufxévvjv èOvùtv Ètu tï)v 'EXXâôx «piovriv [x£TaêaXà>v xàç Èv tï; 0eïx ypacpvj xsipivaç 'Eopacoiç ivopaci irpoa-pv) cretç. — 2. Une chorographie de l’ancienne Judée, indiquant les frontières des pays occupés par les dix tribus : Trj; ixxXai ’louoa’a; àno hocot); piëXou xaTaypaçrjv 7t£7toi'op.évoç xa't tàç èv a'JTŸj tû>v 8co- 8îxa çuXwv Siatpwv xX^pouç; ce traité est peut-être celui qu’Ébed Jesu (Assemani, Bibl. or., t. ni, p. 18) appelle De figura mundi. — 3. Un plan de Jérusalem et du Temple : 'Q; sv ypaçiiç TÙîtM ttjç TtâXai otaëovjxou [Xï)Tpo- HÔ1.SU); aôxtov, Xéyu> 87) xyjv 'IepooiraX^p. , xoO te èv aÙT/j hpo-3 xy)v eîxova 8ta-/apâ|aç. Ce plan devait être accompagné de dissertations sur les diverses localités, p.exà ■7iapa0£i7ô(j); xùv eiç xoùç tôttov; ûuop.vpp.àxtav. C’est Eusèbe lui -même qui décrit, dans les termes que nous venons de citer, ces trois essais topographiques. D’après Lightfoot, A Dictionary of Christian Biography, t. n, p. 336, ces trois écrits n’étaient peut-être que les parties d’un même ouvrage, du quatrième travail topographique d’Eusèbe, intitulé ÜEpi xtüv xomy.üiv ôvop-âxojv x(5v Iv tv) 0eix ypap-p. Eusèbe dit qu’il a voulu donner la liste alphabétique des villes et des villages cités dans la Sainte Écriture en leur langue originale, Ttaxpcw yXcoxxï). Les noms de lieux ne sont donc pas présentés sous la forme qu’ils ont dans la version des Septante, mais suivant une transcription de l’hébreu plus ou moins heureuse. L’ordre alphabétique a été suivi; mais, sous chaque lettre, les divers mots arrivent d’après l’ordre des livres de la Bible. Ce traité fut de bonne heure traduit en un latin que saint Jérôme caractérise de la façon suivante : Quidam vix imbutus litteris... ausus est in latinam linguam non latine vertere. Patr. lat., t. xxm, col. 860. Aussi saint Jérôme fît-il une nouvelle version ou plutôt une nouvelle recension, car il retranche plusieurs notices et en modifie d’autres. Les Topica d’Eusèbe ont été publiés pour la première fois en 1631, par Bonfrère; les deux éditions les plus récentes et qui ne laissent rien à désirer au point de vue de la critique sont celles de Larsow et Parthey, Eusebii Pamphili episcopi Cæsariensis Onomasiicon, Berlin, 1862, et de Paul de Lagarde, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 207; 2® édit., 1887, p. 232.
— 5° Sous le titre de ’Ex xwv xoO Eùireêiou xoO lia p-'fi- Xoo xrspl xŸjc xoO piëXïo'J xwv 7,poç’/)xôjv ovop.a<7taç , Eusèbe a donné une courte notice sur les prophètes et le sujet de leurs prophéties, en commençant par les petits prophètes et en suivant l’ordre des Septante. Ce traité fut publié pour la première fois par T. Curterius, Procopii Sophistæ variarum in Isaiam prophetam commentalionum epitome, Paris, 1560; puis par Migne, t. xxn, col. 1261-1272. Sur le manuscrit n° 2125 du Vatican, qui
a servi à cette édition, voir Mai, Nova Patrum biblioth., t. iv, p. 66. M. Harnack, op. cit., p. 575, n’est pas convaincu que cet ouvrage soit d'Eusèbe.
IL Exégèse spéciale. — 1° Montfaucon a publié d’Eusèbe ’E^v)yr)xixà et ç xoùç tFaXgoùç (Collectio nova Patrum, t. i); mais le manuscrit d’Évreux, dont il s’est servi, s’arrête au Psaume cxvm et a une lacune des Psaumes xlviii à lxxx. On peut combler cette lacune par le Codex Coislin n° 12 de la Bibliothèque Nationale de Paris, qui renferme l'interprétation des Psaumes l-xcv, et le cardinal Mai, Nova Patrum blibliotheca , t. iv, 1, p. 65-107, a publié l’explication des Psaumes cxix-cl. Pitra, Analecta sacra, t. ni, 1887, p. 365 , 520, a édité une recension différente d’un commentaire sur cent dix- huit Psaumes. L’ensemble est reproduit par Migne, t. xxhi, col. 65-1396; t. xxiv, col. 9-76. La plupart des éditeurs de ce commentaire en ont admis l’entière authenticité; de même Lightfoot, A Dictionary of Christian Biography , t. n , p. 336. Seul M. Harnack, op. cit., p. 575, conserve quelques doutes, et certes, quand on compare la recension publiée par Pitra avec celle qu’a donnée Montfaucon , la question mérite un nouvel examen, plus approfondi que celui qu’on en a fait jusqu’à ce jour. Lightfoot s’efforce, par certaines données du commentaire, de fixer exactement l’époque de sa composition entre les années 330 et 335. Au témoignage du même auteur, l’ouvrage d’Eusèbe a une réelle valeur, surtout par les extraits des Hexaples et d’autres indications curieuses sur le texte et l’histoire du Psautier. Eusèbe avait, pour faire ce travail , l’avantage de connaître l’hébreu; sa philologie toutefois n’est point exempte d’erreurs parfois assez grossières. Ce commentaire sur les Psaumes a joui dans l’antiquité d’une grande réputation ; il fut traduit en latin par un homonyme, Eusèbe de Verceil ; cette version n’a pas été retrouvée. — 2° 'Yirop.vyjiJ.axa e’ç 'Ho-aiav. Montfaucon, Collectio nova Patrum, t. il, Migne, t. xxiv, col. 77-526. Ces commentaires se présentent en partie sous forme de dissertation continue et en partie sous forme d’extraits de Chaînes. D’après saint Jérôme, De vir. illustr., 81, t. xxm, col. 689, ce traité aurait compris dix livres; d’après un autre passage du même auteur, Comment, in Isaiam, t. xxiv, col. 21, il y en aurait eu quinze. M. Harnack, op. cit., p. 576, conserve des doutes sur l’authenticité de cette œuvre d’Eusèbe, du moins pour la forme sous laquelle nous la possédons aujourd’hui. — 3° Le cardinal Mai, Nova Patr. bibl., t. iv, I, p. 316; puis Migne, Pat. gr., t. xxiv, col. 75-78, ont publié des fragments sur les chapitres vu et vin du livre des Proverbes. M. Harnack, op. cit., p. 576, signale des suppléments à ce travail dans divers manuscrits d’Allemagne et d’Angleterre. — 4° Des fragments d’un commentaire sur Daniel ont été édités par Mai, Nova Patr. bibl., t. iv, 1, p. 314-316, ainsi que dans Commentarii variorum in Danielem ( Scriptorum veterum nova collectio, t. i, p. 39-56), et par Migne, t. xxiv, col. 525-528. — 5° On possède d’Eusèbe un commentaire sur l’Évangile de saint Luc. Il a été publié par Mai, Nova Patr. bibl., t. iv, 1, p. 160-207; Script, vet. nova collectio, t. i, 1, p. 143-260, et par Migne, t. xxiv, col. 527-606. Ce commentaire a été extrait de diverses Chaînes. — 6° Du commentaire sur la première Épître aux Corinthiens, signalé par saint Jérôme, Epist. xlix, 3, ad Pammachium, t. xxii, col. 511 , il ne reste que le fragment sur I Cor., iv, 5, publié par Crammer, Catenæ græcæ, Oxford, 1841, p. 75. — 7° Un fragment d’interprétation de Hebr., xn, 8, a été publié par Mai, Nova Patr. bibl., 1. 1, 1, p. 207 ; cf. Migne, t. xxiv, col. 605-606. On ignore toutefois si ce passage est vraiment tiré d’un commentaire complet d’Eusèbe sur l’Épître aux Hébreux, ou bien si c’est un simple extrait d’un autre de ses ouvrages. — 8° Dans le De Vir. illust., 81, saint Jérôme cite un ouvrage d’Eusèbe : nept Stacpomaç sùayy eMwv. Voir aussi Id., Comm. in Matth., i, 1, t. xxvii, col. 3. Dans le
EUSÈBE — EUTHYMIUS ZIGABÈNE
catalogue d’Ébed Jesu, Assemani, Biblioth. orient., t. m, p. 18, traduit ce titre : [Liber] solutionis contradictionum quæ sunt in Evangelio. Cet ouvrage était divisé en deux parties, et la seconde comprenait deux livres. La première partie (cf. Eusèbe, Demonst. evang., vu, 3, 18, t. xxii, col. 556), portait surtout sur les divergences que présentent les Évangiles dans le tableau de la généalogie du Christ; la seconde partie s'occupait de certaines contradictions que semble accuser le récit de la résurrection. Un scholiaste de saint Marc (voir R. Simon, Histoire critique du Nouveau Testament, t. ni, Rotterdam, 1693, p. 89) cite d’Eusèbe un ouvrage sous ce titre : LLept tü; 5oy.o\i(7 ïj ; èv toïç E-jayyEÀtQL; 7tepi vîjç àvacnrâtrEwç ôiaçwvta;. Au xvne siècle, on crut avoir retrouvé cette œuvre d'Eusèbe eu Sicile, d’après une lettre de Latino Latini à André Masius, Epistolæ, Wittemberg, 1667, t. n, p. 116. Ce manuscrit n’a pas encore été retrouvé. C’est le cardinal Mai qui a le premier, en 1825, publié un abrégé de l’ouvrage d’Eusèbe (Script, vet. nova collectio, t. 1, ï, p. 1-51); en 1847, il republia le même texte ( Nova Patrum bibl. , t. iv, p. 217-282), en y ajoutant, ibid., p. 268-271, 279-282, 283-303, des fragments de l'ouvrage complet tant en grec qu’en syriaque, extraits de Chaînes manuscrites et imprimées. Sur ce travail du cardinal Mai, on peut consulter Burgon, Last twelve Verses of St. Mark, p. 42. Migne, t. xxn, col. 878-1015, a reproduit ce traité d’Eusèbe. « On retrouve dans cet ouvrage, dit Lightfoot, op. cil., t. n, p. 338, l’hésitation habituelle à Eusèbe, et cela sous une forme plus aggravée que de coutume. Des solutions contradictoires sont fréquemment présentées, sans qu’il se décide pour l’une plutôt que pour l’autre. Toutefois c’est un ouvrage suggestif et plein d’intérêt. Les harmonistes des Évangiles l’ont souvent pillé sans le citer, et en particulier saint Jérôme (par exemple, Epist. lix, 120) y fait de nombreux emprunts. » Mai a relevé ces emprunts de saint Jérôme et ceux de saint Ambroise. Nova Patr. Biblioth., t. iv, p. 304-309. — 9° Eusèbe a écrit un ouvrage intitulé ’H xaSôXou <7toi'/ei<j[)6/iç slcraycoy-ij , ou « Introduction générale élémentaire ». Cet ouvrage comprenait dix livres, comme Eusèbe nous l’apprend lui -même. Patr. gr., t. xxii, col. 1271. De ces dix livres on n'a de complets que les livres vi-ix, connus sous le nom de ’ Ex), oyat upocp rr rixaf. Du commencement, Mai a publié quelques fragments, Script, vet. nova collectio, t. vu, p. 95, 100; Nova Patr. bibl., t. iv, 1, p. 316-317. Longtemps perdues, les ’Ex),oya'i itpoçriTi'/.at avaient été signalées par Lambeeius, Comment, de bibl. Vindobonensi , t. i, p.252; elles ont été publiées la première fois par Th. Gaisford, à Oxford, en 1842, et ensuite par Migne, Pat. gr., t. xxii, col. 1021-1262. On peut lire sur ce traité de bonnes notes critiques de Nolle, dans la Theologische Quartalschrift, t. xliii, 1861, p. 95-109, et de W. Selwyn, dans le Journal of Philology , t. iv, 1872, p. 275-280. Ce traité contient des extraits des prophéties de l’Ancien Testament relativement à la personne et à l’œuvre du Christ; ces extraits sont accompagnés de commentaires explicatifs. Des quatre livres dont se compose l’ouvrage , le premier donne les prophéties messianiques des livres historiques de l’Ancien Testament, le second celles des Psaumes, le troisième celles des livres poétiques et des prophètes, à l’exception d'Isaïe, dont les prophéties font l’objet du livre iv. Le but principal de l’auteur est, comme il s’en explique, de montrer que les prophètes ont affirmé Jésus-Christ comme le Verbe préexistant, qui est la seconde cause de l’univers, qui est Dieu et Seigneur et a prédit son double avènement. C’est donc la personnalité du Verbe qui fait l’idée dominante du commentaire des prophéties composé par Eusèbe. — Telles sont les œuvres exégétiques d’Eusèbe connues et publiées jusqu’à ce jour. Les manuscrits renferment encore, au témoignage de M. Harnack, op. cit., p. 577, des fragments sur i les prophètes en général et les petits prophètes en particu- I lier et un commentaire sur le Cantique des cantiques. Ce |
que Meursius a publié, Eusebii, Polyclironii, Pselli in Canticum canticorum , Leyde, 1617, n’a rien à voir avec Eusèbe. J. van den Gheyn.
EUTHALIUS (Ej ÔoG.io;) , diacre d’Alexandrie, puis évêque de Sulca (ville dont le site est inconnu, mais qui se trouvait probablement en Égypte), vivait au vc siècle (M. Robinson, Euthaliana, p. 30, 101, le fait vivre vers 350). Il s’occupa spécialement de l’étude du Nouveau Testament, et il est connu par les divisions qu’il y introduisit et qui ont tiré de lui leur nom de sections « euthaliennes ». Les auteurs des livres que renferme le Nouveau Testament n’avaient mis eux- mêmes dans leurs écrits aucune division par chapitres ou par versets. Aminonius (t. i, col. 493 et 499) fut le premier qui, au IIIe siècle, divisa les quatre Évangiles en sections. Éuthalius étendit cette division à tous les autres livres du Nouveau Testament, l’Apocalypse exceptée, c’est-à-dire aux Épitres de saint Paul en 458, aux Actes des Apôtres et aux Épitres catholiques en 490. Cette division était si utile, qu’elle fut promptement et généralement acceptée. Euthalius en avait emprunté l’idée à un auteur plus ancien, qu'il ne nomme pas. Il partage chaque livre en lectures ou leçons (àvayvtfvTEiç), correspondant sans doute aux sections qu’on lisait dans les Églises, conformément à l'usage des synagogues pour la lecture de l’Ancien Testament; en chapitres ( xEcpâXata ) et en versets ou plutôt lignes (orr/oi)- Il énumère de plus les citations qui sont tirées d’autres livres de l’Écriture. Ainsi « dans les Actes des Apôtres, il y a seize leçons, quarante chapitres, trente témoignages (des autres livres sacrés), deux mille cinq cent soixantesix versets ». Edit. Act. Apost., t. lxxxv, col. 636. Sur tous ces points, il entre dans les détails les plus précis. Les divisions d’Euthalius ne sont plus conservées telles quelles dans l’usage actuel, mais elles ont rendu de grands services. Elles sont accompagnées d’arguments (xnzô^trnç) qui ne sont pas de cet écrivain : ils sont tirés de la Synopsis Scripturæ sacræ du Pseudo - Athanase. Les œuvres d’Euthalius ont été publiées pour la première fois à Rome, en 1698, par L. A. Zacagni, préfet de la Bibliothèque Vaticane, dans le tome Ier (seul paru) de ses Collectanea Monumentorum Veterum Ecclesiæ Græcæ et Latinæ. Migne les a réimprimés dans sa Patrologie grecque, t. lxxxv, Editio libri Actuum, col. 627-664; Edilio septem Epistolarum catholicarum, col. 665-692; Editio Epistolarum Pauli, col. 693-790. Il n’existe pas encore d’édition critique d’Euthalius. Il s’est glissé dans ses écrits bien des choses qui ne sont pas de sa main. — Voir W. Milligan, dans Dictionary of Christian Biography, t. il, 1880, p. 395; Scrivener, A plain Introduction to the Criticism of the New Testament , 4e édit, par Ed. Millier, 2 in-8°, Londres, 1894, p. 53, 63-64, etc. J. -A. Robinson, Euthaliana , dans les Texts and Studies, t. m, n° 3, in -8°, Cambridge, 1895; E. von Dobschütz, EuthaliussHidien, dans la Zeitschrift für Kirchengeschichte, l. xix, 1898, p. 107-154. F. Vigouroux.
EUTHYMIUS ZIGABÈNE, moine basilien schismatique du monastère de la Mère-de- Dieu , à Constantinople, vivait au commencement du xn° siècle (vers 1120). Son mérite porta l’empereur Alexis Comnène à lui demander une histoire de toutes les hérésies avec leur réfutation (voir l’A/ej"ias d'Anne Comnène, lib. xv). Oulre cet ouvrage, intitulé llavoixXia SoygaTixri , Euthymius a laissé des Commentaires sur les psaumes et les dix cantiques de l’Écriture sainte, tirés des ouvrages des Pères; ils ont été imprimés à Paris en 1543 et en 1547, et à Venise en 1568; sur les quatre Évangiles , in-8°, Louvain, 1544. Ce dernier ouvrage, le plus important de tous, est une compilation estimée de saint Jean Chrysostome et des autres Pères. Il a été réimprimé à Paris en 1547, 1560 et 1602. C. E. Matthæi en a donné une édition gréco- latine en quatre in -8», Leipzig, 1792. Les
EUTHYMIUS ZIGABÈNE - ÉVANGILES
Commentaires sur les Épîtres sont restés manuscrits. Les œuvres d’Euthymius Zigabène, publiées jusqu’à ce jour, ont été réimprimées aux t. cxxvm, cxxix, cxxx et cxxxi de la Patrologie grecque de Migne. Les Commentaires sont littéraux, moraux et allégoriques. — Voir Fabricius, Bibliotheca græca (1715), t. vu, p. 400; D. Ceillier, Hist. des auteurs ecclésiastiques , t. xiv (1863), p. 150. B. IlEURTEBIZE.
EUTYQUE ( Eutu-/o; , « fortuné , heureux ; » Eutychus) , nom d’homme commun chez les Grecs et les Latins. On le voit, par exemple, sur une monnaie de Dyrrachium, en lllyrie. T. E. Mionnet, Description des médailles, Supplément, t. iii, 1824, p. 335, n° 163. Saint Paul ressuscita à Troade un jeune homme ainsi appelé. S’étant assis sur une fenêtre, un dimanche, pendant la prédication de l’Apôtre, Eutyque s’endormit, tomba d’un troisième étage et se tua dans sa chute. Saint Paul, s’étant couché sur lui, comme autrefois Élisée pour le fils de la Sunamite, IV Rog., îv, 34, lui rendit la vie. Act., xx, 9-12. Le sommeil d’Eutyque avait été causé par la longueur du discours de l’Apôtre, qui, devant partir le lendemain, parla jusqu’au milieu de la nuit, et aussi sans doute par la chaleur que produisaient les nombreuses lampes allumées dans l’appartement. Act., xx, 7-8. Saint Luc raconte ce miracle comme témoin oculaire. Cf. Act., xx, 6, 13.
ÉVANGÉLIAIRE. Voir Lectionnaire.
ÉVANGÉLISTE (EàayYs7.t<JTnç , evangelista , « celui qui annonce la bonne nouvelle, l’Évangile»), nom donné dans le Nouveau Testament à une classe de dignitaires chrétiens. Ce mot est formé du verbe classique evaYY£~ U' oi ou, selon la forme plus communément usitée, euotyyikîÇotj.'v. , « annoncer des choses agréables, une bonne nouvelle. » EvayyBhaTrjç est un terme exclusivement biblique et ecclésiastique. 11 ne se lit que trois fois dans l’Écriture, et la signification rigoureuse n’en est pas déterminée par le contexte. Dans les Actes, xxi, 8, cette qualification est donnée au diacre Philippe. Saint Paul recommande à Timothée de « faire l’œuvre d’évangéliste ». II Tim., iv, 5. Dans l’Épître aux Éphésiens, iv, 11, « les évangélistes » sont nommés après les « Apôtres » et les « prophètes », àrcôaroXot, npôçr jtat, avant les « pasteurs » et les « docteurs», uotij.eveç, 8iôâ<jy.x),oc. Ils ne figurent point dans l’énumération I Cor., xi, 10. — Les Pères ont vu avec raison dans ces évangélistes les missionnaires qui allaient prêcher (xïipuco-siv, Act., vnr, 5; non StSâtrxetv) en divers lieux la bonne nouvelle. Ce nom n’était pas un titre désignant un ordre spécial, mais une occupation particulière. Les Apôtres furent évangélistes en tant qu’ils annoncèrent l’Évangile. Act., vin , 25; xiv, 7; I Cor., I, 17. Cf. Gai., r, 6-11. Le diacre Philippe et Timothée le furent dans le même sens, Act., vin, 4-5, 40; xxi, 8; II Tim., iv, 5, quoique non revêtus de la dignité apostolique (Omnis apostolus , evangelista ; non omnis evangelista, apostolus), remarque le Pseudo-, Jérôme, In Eph., iv, t. xxx, col. 832. Le texte de l’Épitre aux Éphésiens, iv, 11, nous atteste que d'autres disciples des Apôtres allèrent prêcher la bonne nouvelle en qualilé de missionnaires ambulants, icepuôvTs; Ix^purrov, comme l’explique Théodoret, In Eph., iv, 11, t. lxxxii, col. 536. Cf. S. Jean Chrysostome, Ilom. Xi in Eph., 2, t. lxii, col. 82. Eusèbe, H. E., ni, 37, t. xx, col. 293, décrit ces évangélistes en disant : « Après avoir quitté leur patrie, ils faisaient œuvre d’évangéliste, prêchant (xïjp’jtteiv) le Christ à ceux qui n'avaient pas encore entendu la parole de la foi. » — Peu à peu l’usage s’introduisit d’appeler «évangélistes» les auteurs des quatre Évangiles. Eusèbe, H. E., iii, 39, t. xx, col. 297, qualifie saint Jean Fov eùay- YsXiffrqv. Dans le commentaire d’Œcuménius sur l’Épître aux Éphésiens, IV, 11, t. cxvm, col. 1220, le mot
EÙaYYeXcorqç de saint Paul est ainsi expliqué, sans que le commentateur se doute qu’il fait un contresens. — Dans les Constitutions apostoliques , 3, il est dit que le lecteur, àvaYvtoorriç , remplit l’office d’évangéliste (eOxy YeXkttoü tôtiov èpYcGeTat). Dans Ad. Harnack, Die Quellen der sogenannten apostolischen Kirchenordnung ( Texte und TJnters., il, 5), 1886, p. 18. Le diacre qui lit l’évangile prend aussi le titre d’évangéliste dans la liturgie de suint Jean Chrysostome. Patr. gr., t. lxiii, col. 910. — !. 'usage de désigner les missionnaires ambulants par le nom d’évangélistes paraît avoir cessé de bonne heure, du moins dans une partie de l'Église, puisqu’ils ne paraissent pas sous ce titre dans la Doclrina Apostolorum ; mais il survécut cependant quelque temps en certains pays : Eusèbe, H. E., v, 10, t. xx, col. 456, donne ce titre à Pantène, le chef du Didascalée d’Alexandrie, qui alla prêcher dans l’Inde, et à d’autres encore. — Voir O. Zôckler, Diakonen und Evangelisten , dans ses Biblische und kirclienhistorische Studien, Heft v, in-8°, Munich, 1893-
1 ÉVANGILES.- I. Nom. — Le mot e.'jayyé'i.io'j a eu plusieurs significations. — 1° Il provient de deux mots grecs, eu, « bien, » et àyyéXkoi, « j’annonce, » et signifia étymologiquement « bonne nouvelle ». Suidas, Lexicon, dit : EùayY^Xiov ta xâXXtara oiâyyskoo : « Évangile, ce qui annonce les choses les plus excellentes. » Cependant les écrivains grecs les plus anciens emploient ce mot pour désigner soit la récompense que l’on donne au porteur d’une bonne nouvelle, Odyss., xiv, 152 et 166; ef. Cicéron, Ad Attic., il, 12; soit le sacrifice offert aux dieux en action de grâces d’un heureux message. Xénophon , llell., I, 6, 37; Diodore de Sicile, xv, 74; S. Chrysostome, In Acta hom. xix , 5, t. lx, col. 157. Le premier sens se retrouve dans la version des Septante, II Reg., îv, 10, où eùaYYÉlux correspond à mercedem pro nuntio de la Vulgate et à l’hébreu beèôrâh. Plus tard, ce mot reprit sa signification étymologique et servit à désigner la bonne nouvelle elle-même. Appius, Civ., iv, 20; Lucien, Asin., 26; dans les Septante, II Reg., xvm, 20, 22, 25; IV Reg., vu, 9. Il faut entendre dans ce sens Fo e\ia.yyi~ ). i o'i t?); crcoTïipi*; ûjxwv. Eph., i, 13. Saint Chrysostome, In Acta hom. xxvi, 3, t. lx, col. 201, appelle euaYyD.ia l’annonce de la délivrance de saint Pierre. — 2° Sous la plume des écrivains du Nouveau Testament , le mot süayYDaov désigne le plus souvent « la bonne nouvelle » par excellence, celle du salut apporté au monde par le Messie. 11 a ce sens quand il est seul et sans qualificatif, Marc., i, 1 ; xm, 10; xvi, 15, et quand il est suivi d’un qualificatif, tô ehayyiUov tî)ç jJaaiXsta;, Matth., iv, 23; ix, 35; xxiv, 14; Fo eba.yyikio'/ tî)ç yapiro; toû ©eoü, Act., xx, 24; Fo eûxYY^tov 66Çr) ç toû p.axap;ou ©eoù. I Tim., i, 11. Cette idée était déjà exprimée par le prophète Isaïe, xl, 9; lii, 7 ; lx, 6; lxi, 1; cf. Luc., iv, 18, qui prédit la rédemption messianique comme l’annonce d’une heureuse nouvelle. C’est pourquoi e.\i<xyyê.kiov désigne encore dans le Nouveau Testament la doctrine de Jésus -Christ, prêrhée par les Apôtres, quand il est employé absolument, Matth., xxvi, 13; Rom., x, 16; I Cor., iv, 15; ix, 14, et lorsqu’il est accompagné d’un génitif de sujet : zùxyyÉ- ’/.sov 0£ou, Rom., i, 1; toû uîou, Rom., i, 9; tou Xpurroü, II Cor., ix, 13; toû yuptou vqzcüv TrjooO Xpioroû. II Thess., t, 8. Saint Paul appelle « son évangile » sa manière d’envisager et d’annoncer la doctrine chrétienne, Rom., n, 16; xvi, 25, parmi les gentils, Gai., il, 2 et 7, manière différente de tout autre enseignement. Gai., i, 6. L’Apôtre des gentils désigne encore par le nom d’EuaYYÉMov l’acte même de prêcher la bonne nouvelle, la doctrine de Jésus- Christ. Rom., i, 1 ; xv, 19; II Cor., vm, 18; I Thess., i, 5. Cette signification du mot « évangile » se trouve dans les plus anciens monuments de la littérature chrétienne. S. Clément, I Cor., xlvii, 2; Funk, Opéra Palrum apostolicorum , 2e édit., Tubingue, 1887, t. i, p. 120; S. Ignace, Ad Philad., v, 1, ibid., p. 228; S. Justin,
ÉVANGILES
Dialog. cum Tryph., x, t. vi, col. 496. Elle a passé dans toutes les versions du Nouveau Testament, et par leur intermédiaire dans toutes les langues. Elle a été mise en opposition avec la Loi et a servi à désigner la révélation chrétienne et la nouvelle alliance. — 3° Dans le style ecclésiastique, le mot eùayyéMov reçut une acception nouvelle , et par l’emploi d'une métaphore très ordinaire et très fréquente, il servit à désigner les écrits dans lesquels la bonne nouvelle du salut et la doctrine de Jésus- Christ avaient été consignées. Le sens du mot a été étendu de la chose signifiée aux livres qui la racontent et en contiennent la substance. Il a été usité d’abord au singulier pour désigner le contenu des livres. Pseudo-Clément, II Cor., viii, 4, édit. Funk, t. i, p. 154, AiSa-/o ™v SoiSîx.a ’AwoffrdXiov, xv, 3, édit. Funk, Tubingue, 1887, p. 45. On l’a. appliqué ensuite aux livres eux- mêmes et à chacun d'eux ; d’où on lui a donné la forme plurielle , evxyyéha. S. Justin, Apolog., i, 66, t. vi, col. 429; Epist. ad Diognet., c. xi, t. ii, col. 1184. L’emploi du mot évangile dans le sens d'histoire écrite de la rédemption est devenu universel et a passé du grec dans toutes les langues. — Par extension et dans un sens large, le nom d’évangile a été parfois appliqué aux autres écrits du Nouveau Testament. Origène, In Joa., torn. i, n°6, t. xiv, col. 32, fait remarquer que les lettres de saint Paul reproduisant sa prédication, et cette prédication étant appelée EÙayyD.tov, tout ce que l’Apôtre a écrit est Évangile, & eypaçs apa IvjayyÉlaov Ÿjv. On peut en dire autant des écrits de saint Pierre et de tous les livres qui concernent le double avènement du Christ. Mais cette manière de parler n’a pas prévalu, et le nom d’Évangile appliqué à des livres a été réservé par l’usage aux seuls récits de la vie et de la doctrine de Jésus, qu’ils soient canoniques ou apocryphes.
IL L’Évangile prêché avant que d’être écrit. — Les diverses significations du nom d’Évangile, appliqué à la vie et à la doctrine de Jésus -Christ, correspondent au développement du christianisme et suivent le cours des événements. L Évangile ainsi entendu a été prêché avant que d’être consigné par écrit. Jésus avait répandu sa doctrine de vive voix, et il allait à travers la Palestine, prêchant son Évangile. Matth., iv, 23; ix, 35; Marc., I, 14. Il avait annoncé que sa doctrine serait répandue dans le monde entier, Matth., xxiv, 14; xxvi, 13; Marc., XIII, 10; xiv, 9, et il avait confié à ses Apôtres la mission de la répandre. Marc., xvi, 15. Ceux-ci remplirent la charge qui leur avait été donnée et se mirent à prêcher dès le jour de la Pentecôte. Leur prédication avait un objet bien déterminé; elle portait sur la vie terrestre de Jésus, ses discours, ses miracles, ses souffrances, sa mort, sa résurrection et son ascension. Act. , v, 42; vin, 5; ix, 20; xi, 20; xvn, 18; xix, 13; I Cor., i, 23; xv, 12; II Cor., i, 19; iv, 5; xi, 4; PhiL, i, 15. Leurs récits sur les événements historiques de la vie de Jésus avaient une grande utorité, parce qu’ils provenaient de personnes qui avaient elles -mêmes connu Jésus, avaient vécu dans son entourage et avaient été les témoins oculaires des faits racontés. Luc., i, 2; Joa., i, 14; xix, 35; xxi, 24; Act., i, 3,9; II Petr., i, 16; I Joa., i, 1. Aussi lorsqu’on choisit un apôtre pour remplacer Judas, saint Pierre exige que l’élu ait suivi Jésus dès le début de son ministère et ait été témoin de sa résurrection. Act., i, 21 et 22. Quand les Juifs voulurent interdire la parole publique aux Apôtres, ils leur défendirent de parler de la personne de Jésus et de sa doctrine. Act., IV, 17 et 18; v, 40. La prédication apostolique avait donc pour objet l’histoire et l’enseignement de Jésus. Les prédicateurs insistaient sur les faits principaux de cette histoire, sur la résurrection de Jésus, Act., ii, 32; iv, 33; x, 40; xm, 30, 34, 37; xvn, 3, 18; Il Tim., ii, 8; I Petr., i, 3; ni, 21, qui avait une si grande mportance comme base de la foi et par rapport à notre propre résurrection, I Cor., xv, 12-28; sur ses souffrances et sa mort, Act., ni, 18; xvii, 3; Rom., v, 9; 1 Cor., i, 13, 23; il, 2; xv, 3; Hebr., xm, 2; I Petr.,
n, 21; ni, 18; iv, 1. Ils choisissaient sans doute parmi les autres faits dont ils avaient été les témoins, et ils répétaient les paroles qu’ils avaient entendues de la bouche du Maître. Cf. Kaulen, Einleitung in die heilige Schrift , 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 374-375.
Ce ne fut que plus tard qu’ils éprouvèrent le besoin de fixer par écrit l’enseignement de Jésus et l'histoire de sa vie. Le Maître, en effet, qui leur avait ordonné de prêcher, n’avait pas commandé d’écrire, et la foi en lui consistait à croire ce qu’on avait entendu rapporter de sa parole. Rom., x, 17. Quand, pour l’instruction des fidèles, on écrivit l’histoire de Jésus, on consigna la prédication apostolique et la tradition orale. Saint Luc, i , 1 et 2, nous apprend que « plusieurs avaient mis la main à ordonner le récit des choses qui se sont accomplies parmi nous, d’après la relation qu’en faisaient ceux qui dès le commencement les avaient vues de leurs propres yeux et avaient été les ministres de la parole ». Que ces Essais; soient les Évangiles antérieurs à celui de saint Luc, ou seulement leurs sources écrites, il reste certain que les Évangiles reproduisent la prédication primitive des Apôtres et les souvenirs des témoins oculaires des faits racontés. Ils ont dès lors la valeur historique de documents émanant d’auteurs exactement renseignés et publiés peu après la réalisation des faits qu’ils rapportent. Cf. P. Batiffol, Six leçons sur les Évangiles , 2e édit., Paris, 1897, p. 27.
III. Titres des Évangiles. — L’Église n'a admis au canon des livres inspirés que les quatre récits de la vie et de la prédication de Jésus qui avaient pour auteurs des Apôtres , ou qui au moins avaient été garantis par l'autorité des Apôtres. La tradition ecclésiastique attribue la composition de ces quatre écrits aux auteurs dont ils portent le nom dans leurs titres, à saint Matthieu, à saint Marc, à saint Luc et à saint Jean. Dans les articles consacrés à chacun de ces Évangiles, on trouvera la démonstration de cette attribution. Disons seulement que les titres qui sont placés en tête des Évangiles dans les Bibles grecques et latines : EùayyéMov xarà MarGatov, xaxà Mâpxov, xarà Aouxàv, xavà TcoâvviQv : Evangelium secundum Matthæum , secundum Marcuni, secundum Lucam, secundum Joannem, ne sont pas originaux; car les anciens, et en particulier les Orientaux, n’avaient pas coutume de mettre leurs noms dans le titre de leurs ouvrages. S. Chrysostome, In Rom. homil. i, t. lx, col. 395. Toutefois ces titres remontent à la première moitié du IIe siècle. Cf. A. Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Litteratur bis Eusebius, Leipzig, 1897, t. I, p. 682. Ils ont été de bonne heure d’un usage très répandu, et ils sont d’un emploi courant dans les œuvres de saint Irénée, Cont. hæres., I, xxvi, 2, t. vu, col. 687; I, xxvn, 2, col. 688; III, xi, 7, col. 844; III, xiv, 4, col. 916. Le Canon de Muratori reproduit celui du troisième Évangile : Tertio Evangelii librum secundum Lucam. Clément d’Alexandrie s’en sert quelquefois, Pædag., I, 8 et 9, t. vm, col. 336 et 340; Strom., i, t. vm, col. 885 et 889; Quis clives, 5, t. ix, col. 609. Tertullien les connaissait, bien qu’il ne les cite jamais, car il rejette l’évangile de Marcion, parce qu’il n’a pas de titre ; l’hérésiarque n'a pas osé l’attribuer à un auteur. Cont. Marcion., iv, 2, t. il, col. 363. Ils avaient passé avec leur forme grecque dans les écrits latins. Saint Cyprien citait les textes évangéliques en les faisant précéder de l’indication cata Matthæum, Testimon., I, xvm, t. iv, col. 688; cata Joannem, Testim., I, xii, col. 685. Cf. De rebaptismate, ix, t. m, col. 1194; De montibus Sina et Sion, 1, t. iv, col. 909 ; Firmicus Maternus, De errore prof, relig., xix et xx, t. xii, col. 1024 et 1026; Lucifer de Cagliari, De non parcendo , t. xm, col. 988; Priscillien , Liber de fide et de apocryphis , édit. Schepss, dans le Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinoruni , t. xvm, Vienne, 1889, p. 47 et 48; S. Augustin, Cont. epist. Manichæi , c. x, t. xlii, col. 180. Ces titres se rencontrent dans les suscriptions et I les souscriptions de tous les manuscrits grecs et latins des
ÉVANGILES
Évangiles. Leur antiquité leur donne une grande autorité.
Toutefois on discute encore aujourd'hui sur leur signification primitive. De soi et absolument parlant, ces titres ne signifient pas nécessairement que les noms propres qu’ils contiennent désignent les auteurs des Évangiles. Ils seraient exacts, en effet, si les livres dont ils sont les titres avaient été écrits par d’autres personnages, mais d’après les renseignements et la prédication de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. Ainsi les Pères eux -mêmes ont traité le second Évangile comme s’il était l’Évangile x«rà Ilé-pov, « selon Pierre, » parce que saint Marc avait été le disciple de saint Pierre, et le troisième comme s’il était l’Évangile y.avà Ilâ-jXov, parce que saint Luc était le disciple et le compagnon de saint Paul. Il est nécessaire d’expliquer dans ce sens général les titres d’autres Évangiles, tels que ceux-ci : EùayYÉMov xav’ Aîyujc ti'ou;, y.aO’ ‘Eêpafooç, xav’ ’AtioutoXo'jç , qui désignent des récits évangéliques selon la recension adoptée par les Égyptiens et les Hébreux , ou composés d’après la prédication des Apôtres. Quoi qu’il en soit, ces titres indiquent en fait le nom des auteurs réels des Évangiles. Le génitif est employé dans les Canons apostoliques , c. lxxxv, t. CXXXVII , col. 211 : E-jayYÉXia téacrapa Max0aîou, Mâpxov, Ao'jxà, ’Tüjàvvou. Seul, dans l’antiquité, le manichéen Fauste concluait des titres ordinaires que les quatre Évangiles n’avaient pas été rédigés par ceux dont ils portaient les noms, mais par des écrivains inconnus, d’après la prédication ou les notes de Matthieu, Marc, Luc et Jean. S. Augustin, Cont. Faust., xvn, 4, t. xlii, col. 342. Cf. Beelen, Grammatica græcitalis Novi Testament! , Louvain, 1857, p. 431. Si l’antiquité chrétienne s’e.-t servi de préférence de la formule dans laquelle entra t xarà, c’est en raison de l’idée qu’elle se faisait de l’Évangile. Aux yeux des Pères, l’Évangile, quoique composé par des mains différentes, ne formait qu’un livre, qui était l'Évangile du Seigneur. Ce qui leur importait avant tout, c’était l’Évangile, la bonne nouvelle apportée aux hommes par Jésus-Christ et exprimée dans ses paroles et dans ses actes. Les noms des évangélistes indiquaient seulement pour eux la manière particulière dont cette bonne nouvelle était rapportée. Des formules qu’ils employaient ordinairement en parlant des Évangiles canoniques, on ne peut conclure qu’à leur jugement les récits évangéliques n’avaient pas été écrits par les auteurs dont ils portaient les noms. Ils marquaient seulement ainsi le caractère secondaire de la composition des Évangiles, dont la valeur principale provenait des actes et des paroles du Seigneur Jésus. Cf. Zahn, Geschichte des neulestamentlichen Kanons, t. i, Erlangen, 1888, p. 164-167.
IV. Date des Évangiles. — On ne peut préciser la durée exacte du temps écoulé entre le début de la prédication apostolique et l’apparition du premier Évangile écrit. Sans parler des essais d'Évangiles auxquels saint Luc, 1, 1, fait allusion et qui sont perdus, ni des sources primitives que les critiques modernes pensent découvrir à la base des Évangiles canoniques, ceux-ci n’ont pas paru ensemble ni au même temps ni au même lieu. La date de leur apparition ne peut être fixée d’une manière certaine, et il est impossible de dire l’année précise de leur composition. Les exégètes catholiques la déterminent d’une façon approximative à l’aide de quelques données fournies par les anciens écrivains ecclésiastiques et des indices que présentent les Évangiles eux- mêmes. Les critiques rationalistes s’attachent de préférence aux critères internes, et afin de diminuer la valeur du témoignage apostolique sur Jésus, témoignage consigné par écrit dans les Évangiles, ils rabaissent le plus qu’ils peuvent la date de la publication de ces derniers. C’est l'école de Tubingue qui est allée le plus loin dans cette voie. Elle regardait les Évangiles comme les manifestes des partis opposés qui divisaient les chrétiens primitifs, et elle plaçait leur apparition au ii* siècle seulement. Mais les critiques libéraux eux-mêmes ont abandonné les prin-
cipes insoutenables des docteurs de Tubingue, et ils ont reconnu que les trois premiers Évangiles au moins appartenaient à la seconde moitié du Ier siècle. La réaction contre les hardiesses de la critique s’accentue de plus en plus, et Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Litteratur bis Eusebius, Leipzig. 1897, p. 651-655, aboutit à des conclusions de plus en plus conformes à la tradition ecclésiastique. Cf. P. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 30-32. Le tableau suivant reproduit les dates que les principaux critiques rationalistes ont attribuées aux Évangiles. Si on les compare avec celles qu’admettent généralement les exégètes catholiques, on constatera d’un seul coup d’œil la tendance progressive à se rencontrer.
Matthieu.
Marc.
Luc.
Jean.
Baur, 1847. . . .
vers 150
Volkmar, 1870. .
Hilgenfeld, 1863
vers 100
et 1875
vers 70
vers 100
Keim, 1867. . . .
vers 66
vers 90
vers 68
vers 120
vers 90
vers 130
Renan, 1877. . .
vers 84
vers 125
Holtzmann, 1885.
vers 67
vers 68
Weiss
vers 95
Jiilieher, 1894. .
après 100
Réville, 1897. . .
à peu d’intervalle, de 98 à 1 17.
Harnack, 1897. .
Batiffol , 1897. . .
av. Matthieu
Cornely, 1886. . .
vers 60
V. Diffusion et acceptation officielle des Évangiles canoniques. — 1° Durant l’âge apostolique. — N’ayant pas paru ensemble ni au même temps ni au même lieu, les Évangiles ont été connus dans les différentes Églises plus ou moins vite, et dès leur apparition ils se sont répandus séparément. Leur connaissance a été successive et leur propagation graduelle. Ils n’ont pas formé tout de suite un tout et une collection unique. Le recueil complet n’a pu exister qu’après la composition du dernier Évangile et par la communication mutuelle que les Églises se faisaient des écrits apostoliques. Mais nous n’avons pas de preuve directe que cette communication se soit faite aussitôt après la réception de chaque Évangile, par les soins ou les ordres des Apôtres. 11 plane nécessairement, faute de documents, quelque obscurité sur les premiers temps de la transmission des récits évangéliques. Cependant ces écrits se rendent un témoignage réciproque. Saint Luc, I, 1, a connu de nombreux récits de la vie mortelle de Jésus. L’autorité des deux premiers Évangiles serait confirmée par là, s’il était certain que saint Luc ait eu en vue les œuvres de saint Matthieu et de saint Marc; mais il n’est pas sùr qu’il les ait visées et qu’il se soit prononcé sur leur valeur. En dehors de ce témoignage, il semble résulter, de la comparaison des textes, que saint Luc a employé le second Évangile, et il existe entre les trois premiers un lien étroit, dont nous aurons plus loin à déterminer la nature. Le quatrième Évangile, par la manière dont la narration présente certains personnages, par exemple, Jean-Baptiste, i, 29 et 35, non encore mentionnés, suppose de la part de son auteur et de ses destinataires la connaissance d’autres récits évangéliques. Du témoignage de Papias, que nous rapporterons plus loin, il ressort que l’apôt'rë Jean connaissait les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Cet évangéliste ne cite pas, il est vrai, ses prédécesseurs; mais il complète leurs récits sans les critiquer jamais; il les approuve ainsi, au moins d’une façon indirecte. Nous pouvons donc en conclure que les copies de ces deux premiers Évangiles et probablement aussi celles du troisième circulaient déjà, avant la mort de saint Jean, dans les communautés chrétiennes parmi lesquelles s’était exercée l’influence de cet apôtre. Il est permis de penser que l’autorité des fon-
ÉVANGILES
dateurs d’Églises et de leurs principaux collaborateurs avait contribué à établir le crédit des trois premiers Évangiles canoniques et avait favorisé leur diffusion, qui s’est faite rapidement, étant donné les conditions relativement assez faciles dans lesquelles elle s’elfectuait. Cf. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , Paris, 1891, p. 10-11, 13-14.
2“ De 00 à 130 — Cette période de la transmission des Évangiles dans l’Église est la plus importante et la plus obscure. On ne trouve pas dans les écrits de ce temps des citations formelles et textuelles des Évangiles. L’habitude de mentionner le nom de l'ouvrage et de l’auteur n’était pas universelle, et les paroles du Seigneur, rapportées par les écrivains ecclésiastiques, ne correspondent exactement au texte d’aucun de nos Évangiles actuels, biles semblent être la fusion de différents passages de saint Matthieu et de saint Luc. 11 faut donc recueillir les moindres indices et de simples allusions. Toutefois de 1 ensemble des détails il résulte une conclusion nette et ferme, c’est qu’aussi loin que nous puissions remonter dans la littérature chrétienne, nous trouvons des traces des Évangiles. Les plus anciens documents patristiques rendent témoignage aux écrits évangéliques et attestent, nous allons le constater, leur existence et leur caractère d’ouvrages inspirés. — L'épitre que l'Église romaine adressa à l’Église de Corinthe, et qui est connue sous le nom de première épitre de saint Clément aux Corinthiens (93-95), ne contient aucune citation expresse des Évangiles. Elle rapporte des paroles du Seigneur qu’on retrouve en propres termes ou avec des variantes plus ou moins considérables dans les trois premiers Évangiles. I Cor., xiii, 2, Funk, Opéra Patrum apostolicorum , 2e édit., Tubingue, 1887, p. 78, reproduit dans l’ensemble Matth., v, 7 ; vi, 14; vu, 1-2, 12, avec des détails qui se rapprochent de Luc., vi, 31 , 37-38, et de Marc., iv, 24-25. 1 Cor., xlvi, 8, p 120, combine Matth., xxvi, 24 avec Luc., xvii, 2 1 Cor., xv, 2, p. 78, cite Is., xxix, 13, en s’écartant du texte des Septante et en se conformant à la leçon de Matth., xv, 8, et de Marc., vu, G. I Cor., xvi, 17, p. 82, fait allusion au joug du Seigneur, Matth., xi, 29-30. Pour d’autres allusions du même genre, voir l'Index locorum S. Scripturæ de Funk, p. 568. L’écrivain a donc, semble-t-il, combiné différents passages des trois premiers Évangiles, qu'il citait de mémoire et en les modifiant. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons,t. I, 2, Erlangen et Leipzig, 1889, p. 916-920, en conclut que saint Clément a reproduit textuellement un Évangile qui ne nous est pas parvenu, et qui combinait les paroles du Seigneur citées en divers endroits des trois premiers Évangiles canoniques. La conclusion n’est pas fondée, car saint Irénée et Théophile d’Antioche ne sont guère plus précis que Clément de Rome et les Pères apostoliques dans leurs citations évangéliques. Or Zahn reconnaît sans difficulté que les premiers connaissaient nos Évangiles actuels. Il n’y a pas de raison de prétendre que les autres ne les connaissaient pas, du moment que les textes qu’ils allèguent comme paroles du Seigneur se retrouvent, avec quelques différences d’expression, dans les Évangiles canoniques. On peut donc penser qu’ils en ont extrait ces textes, mais en les citant de mémoire et avec une grande liberté d’allure. Les rapprochements constatés entre l’épitre de saint Clément et le quatrième Évangile (voir Funk, Index, p. 568-569) ne permettent pas de conclure à un emprunt direct. Zahn, 1,2, p. 907-908. Il n’y a en cela rien d’étonnant. L’Evangile de saint Jean, composé en Asie, vers 96 ou 97, pouvait bien n’étre pas encore connu à Rome à la même époque. Toutefois les rapprochements d’idées et d’expressions entre les deux écrits suffisent à établir que le fond doctrinal du quatrième Évangile appartenait à renseignement commun des Apôtres. — La Ai8a-/p twv StuSsy.a ’AtcoutoXmv, découverte en 1883, et rapportée, sinon à la lin du irr siècle (80-100), du moins au commencement du ii" siècle (vers l’an 110), cite, xv, 3, Funk, Doclrina
duodecim Apostolorum, Tubingue, 1887, p. 44, l’Évangile, co; £-/ets sv tù> EÙayyskfw, comme un livre ou une collection déterminée. Or la plupart des citations ou des emprunts évangéliques se rapportent à saint Matthieu. Funk, ibid., Prolegomena , p. xlii-xliii, et Index locorum S. Scripturæ, p. 106. On y rencontre aussi des allusions au texte de saint Luc, p. 107; en deux passages mêmes, I, 3, et xvi, 1, p. 6 et 46, les leçons de saint Luc sont mêlées à celles de saint Matthieu. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. i, 2, p. 925-932, et Harnack, Lelire der zicôlf Apostel, dans Texte und Untersuchungen, t. n, 1, Leipzig, 1884, p. 69-79, en ont conclu que l’auteur employait un Évangile de Matthieu complété pur Luc, une sorte d'harmonie évangélique de ces deux récits. Cf. G. Wohlenberg, Die Lehre der 12 Apostel in ihrem Verhâltnis zum neutestamentliches Schriftlum, 1888, p. 2-56. Cette conclusion n’est pas nécessaire, car les combinaisons de textes et les variantes des citations s’expliquent suffisamment par le rôle de la mémoire, qui confond et mélange des leçons diverses. Certaines parties des prières eucharistiques, ix-x, Funk, p. 25-31, sont apparentées à saint Jean, xv-xvii. Il n’y a pas emprunt direct au quatrième Évangile, mais seulement rapport des deux côtés avec la tradition orale et eucharistique. Cf. Harnack, p. 79-81; Wohlenberg, p. 56-86; Zahn, i, 2, p. 909-912. L’absence de citations formelles du quatrième Évangile ne prouve pas qu’il n’était pas connu alors dans le milieu (Alexandrie, Palestine ou Syrie) où se produisit la AiSa/rp car le contenu de cet Évangile a peu de rapports avec les conseils pratiques qui font l’objet principal de l’ouvrage. « Quant à saint Marc, la médiocre étendue des parties qui lui sont propres fait qu’il est rarement cité, ou plutôt qu’on est rarement sûr qu'il ait été employé. » A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 23. — L’Épitre attribuée à saint Barnabé est de peu postérieure à la AiSco/p; on la rapporte aux années 96-98 ou au plustard à 130. Elle a été connue seulement dans le milieu alexandrin. Son auteur a fait des emprunts ou des allusions au texte de saint Matthieu : v, 9, Funk, Opéra Patrum apostolicorum, t. i, p. 14, Matth., ix, 13; vu, 9, p. 24, Matth., xxvii, 28-30; xn, 10, p. 40, Matth., xxn, 44. Un passage de cet Évangile, xxii, 14, est cité, iv, 14, p. 12, comme Écriture. On a prétendu, il est vrai, que la citation était prise de IV Esdr., vin, 3. Mais la différence des textes contredit cette prétention , car le livre apocryphe n’a pas le mot important xViyroi. Credner a supposé ensuite que la formule Sicut scriptum est était une addition du traducteur latin. Mais le texte grec, retrouvé par Tischendorf dans le Sinaiticus , contient : yÉyp-jTna:. Pour atténuer la valeur de cette formule, on a observé que l’épitre de Barnabé, xvi, 5, p. 48, s'en servait pour introduire une citation du livre d’Hénoch, lxxxix , 56, 66 et 67. De ce fait il ne résulte pas que l’Évangile soit cité comme un écrit purement humain, mais seulement que l’auteur de l’épitre tenait le livre d’Hénoch pour inspiré. Les rapprochements entre Barnabé, xn , 5, p. 38, et Joa., m, 14; Barnabé, xxi, 2, p. 56, et Joa., xii, 8, ne sont pas suffisants pour conclure que l’auteur de l’épitre connaissait le quatrième Évangile. Cf. J. Delitzsch, De inspiratione Scripturæ Sacræ quid statuerint Patres apostolici et apologetæ secundi sæculi, Leipzig, 1872, p. 60-62; Zahn, i, 2, p. 906-907 et 924-925. — L’hérétique Basilide, qui enseignait à Alexandrie vers l’an 120, a écrit en vingt-quatre livres une sorte de commentaire sur l’Évangile, elç to eùayyéXtov. Eusèbe, H. E., iv, 7, t. xx, col. 317. D’après les Acta Archelai, 55, t. x, col. 1524, le treizième livre de ce commentaire débutait par l’explication de la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche, qui est un récit propre à Luc, xvi, 19-31. Dans un passage rapporté par Clément d’Alexandrie, Strom., ni, 1, t. vin, col. 1097-1100, Basilide expliquait Matth., xix, 10-12. Clément, Strom., iv, 12, t. viii, col. 1289-1291, reproduit encore trois passages dans les-
ÉVANGILES
quels Basilide exposait les rapports du péché et de la douleur et rendait compte des souffrances des enfants par la théorie de la préexistence des âmes. Si cetle explication se rattachait à un texte évangélique, aucun ne convenait mieux que la guérison de l’aveugle-né. Joa., ix, 1-3. 11 paraît certain d’ailleurs que la secte de Basilide se servait du quatrième Évangile. Philosophoumena , vu, 20-27, t. xvi, 3a pars, col. 3301-3321. Enfin les disciples de cet hérétique plaçaient le baptême de Jésus la quinzième année de Tibère, et sa mort la seizième. Clément d'Alexandrie, Strom., i, 21, t. vin, col. 888. Ils avaient probablement emprunté ces dates à Luc., iii, 1; iv, 9. Nous pouvons donc conclure que Basilide connaissait les Évangiles de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean. Cependant son ouvrage n’était peut-être pas un commentaire suivi des Évangiles canoniques, et comme Origène, Proæm. in Luc., t. xm, col. 1803, attribue à cet hérétique un évangile, il se pourrait que le texte commenté ait été un document composite, formé d’après les Évangiles canoniques, sans en reproduire aucun intégralement. Zahn, I, 2, p. 763-774.
Si de l’Occident nous passons dans les Églises d'Asie, nous y trouvons des renseignements plus précis sur les Évangiles. Dans ses sept lettres authentiques, qui datent au plus tard de 110 à 117, saint Ignace d’Antioche a fait des emprunts au premier et au quatrième Évangile : Ad Ephes., xiv, 2, Funk, Opéra Patrum apostolicorum , t. i, p. 181, Matth., xii, 33; Ad Smyrn., i, 1, p. 231, Matth., iii, 15; vi, i, p. 238, Matth., xix, 12; Ad Polycarp., i, 3, p. 216, Matth., vin, 17; u, 2, p. 246-218, Matth., x, 16. La description hyperbolique de l’étoile des mages, Ad Eplies., xix, 2, p. 188, n’est qu'une amplification oratoire de Matth., n, 9 et 10. Le quatrième Évangile est cité, Ad Magnes., vin, 2, p. 196, Joa., vm, 29; Ad Rom., vu, 3, p. 220, Joa., vi, 27; Ad Philad., vu, i, p. 228, Joa., iii, 8. Ignace cite ces deux Évangiles d’une telle manière, qu’il les suppose connus dans les diverses Églises auxquelles il écrit. Zahn, I, 2, p. 903-905. Toutefois il reproduit, Ad Smyrn., iii, 2, p. 237, une parole du Seigneur qui n’est pas dans nos Évangiles. C’est la seule qu’Ignace mentionne comme telle, en rapportant les circonstances dans lesquelles elle a été prononcée. Cette particularité laisse soupçonner qu’Ignace n’accordait pas à la source où il Ta puisée la même autorité qu’aux Évangiles. Saint Jérôme, De viris illust., xvi, t. xxiii, col. 633, croit y reconnaître une citation de l’Évangile des Hébreux. Origène, De princip., proæm., 8, t. xi, col. 119, la reproduit comme venant de la Prédication de Pierre. Cf. Zahn, i, 2, p. 920-922. En plusieurs passages de ses lettres, Ad Philad., v, 1 et 2, p. 228; vm et ix , p. 230-232; Ad Smyrn., v, 1, p. 238; vu, 2, p. 240, saint Ignace compare l’Évangile à la Loi et aux Prophètes. On en a voulu conclure qu’à ses yeux l'Évangile formait un recueil sacré, ayant la môme autorité que la Loi et les Prophètes.
J. Delitzsch, De inspiralione Scripluræ Sacræ, p. 63-65. Mais s’il est certain que saint Ignace parle de l’Évangile comme d’un document écrit, il n’en parle que pour le subordonner en quelque sorte à la foi de l’Église, à la tradition vivante, qui dérive de la prédication des Apôtres. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 27-29; Zahn, i, 2, p. 843 - 847. — Saint Polycarpe, qui écrivait peu après saint Ignace, a fait, Ad Philip., vu, 2, édit Funk, p. 274, quelques emprunts à saint Matthieu, vi, 13; xxvi, 41. Ailleurs, n, 3, p. 268, il combine Matth., vu,
1 et 2; v, 3 et 10, avec Luc., vi, 36-38 et 20. Comme il cite vit, i, p. 274, la première Épitre de saint Jean, iv, 2 et 3, on peut penser qu’il connaissait aussi le quatrième Évangile, avec lequel elle a d'étroits rapports. — Saint Papias d Hiérapolis, ami de Polycarpe et comme lui disciple de saint Jean , a composé vers Tan 125 ses A oyiut'i y.upiàxôw è! Tf)fïi<rEs;. Eusèbe, H. E., iii, 39, l. xx, col. 296. Cet ouvrage contenait l’explication des discours du Seigneur, puisés dans des documents écrits et dans la tradition i orale. Les documents écrits qui fournirent à Papias la i
matière de son commentaire étaient les Évangiles de l'Église. Les Évangiles connus de Papias étaient certainement, au moins, ceux de Matthieu et de Marc, sur la composition desquels il nous a transmis de si curieuses notices, provenant en partie de saint Jean. Ces notices nous permettent même de remonter plus haut que l’époque de Papias. Elles nous renseignent sur ce que savait saint Jean, vers Tan 90. Or le disciple bien -aimé et ses auditeurs avaient entre les mains un Évangile, qu'ils croyaient être de Marc, disciple de saint Pierre. Jean loue cet ouvrage, en expliquant d’une manière satisfaisante Tordre moins rigoureux des faits qu’il y remarquait déjà. Eusèbe, loc. cit., col. 300. Les critiques modernes ont prétendu, il est vrai, que la description donnée par Papias convenait, non pas à l’Évangile actuel de Marc, mais à un Prôto- Marc, dont nous aurions une édition remaniée dans notre second Évangile. Mais Papias ne dit rien qui ne se rapporte avec le caractère de notre Marc, dans lequel on trouve des faits et quelques discours simplement groupés, en dehors de toute prétention à un enchaînement minutieux dans Tordre chronologique. D’ailleurs il est certain que les Pères, qui suivent Papias, ont connu l’Évangile actuel de Marc. Faudra-t-il placer dans le court intervalle qui les sépare l’édition remaniée qu’on suppose? Qui Ta rédigée ou Ta fait accepter ? Quand et où la substitution a-t-elle été opérée? Il n’y avait donc pas de Proto-Marc pour Papias ni pour saint Jean. Les mêmes critiques ont pensé aussi que la notice sur saint Matthieu convient, non au texte grec actuel, mais à l’Évangile hébreu, dont il est un remaniement. D’après Papias, saint Matthieu, par contraste avec saint Marc, comprenait surtout des discours du Seigneur. Or le premier Évangile actuel a au moins autant d’histoire que le second. Ce n’est donc pas lui que Papias connaissait. Observons d’abord que l’opposition faite par Papias entre saint Matthieu et saint Marc n’est pas certaine. Elle semble résulter de la juxtaposition des deux citations de Papias dans Eusèbe; mais il n’est pas démontré que les deux notices se suivaient dans l’ouvrage de l’évêque d’Hiérapolis, et Eusèbe a pu les extraire d’endroits différents. Du reste ce contraste n’est pas aussi tranché qu’on le prétend. Papias désigne les deux premiers Évangiles par la partie de leur contenu qui était pour lui la plus importante, le premier par les discours, le second par des discours et des faits. 11 ne définit pas strictement tout le contenu, et Xôyta ne signifie pas nécessairement des discours à l’exclusion des faits. Papias enfin connaît les interprétations grecques, écrites et non simplement orales, de l’Évangile hébreu de saint Matthieu. Il est vraisemblable qu’il employait Tune d’elles plutôt que l’original, probablement celle qui avait été dans les mains de saint Ignace et de saint Polycarpe, la même que nous trouverons bientôt en la possession de saint Irénée, celle qui est le texte de notre premier Évangile. Papias connaissait donc nos Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Cf. A. Harnack, Die Chronologie der allchristlichen Lilteratur bis Eusebius , t. i, p. 663-664. Connaissait-il les deux autres? On a prétendu que non, parce qu’Eusèbe n’en parle pas. Mais le silence d’Eusèbe ne saurait être à cet égard un argument décisif. Eusèbe a rapporté les deux notices relatives aux Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc en raison des détails historiques qu’elles contenaient. U ne se proposait pas de nous apprendre quels Évangiles étaient cités par les anciens écrivains ecclésiastiques; il pouvait donc constater que Papias avait cité saint Luc et saint Jean, sans se croire obligé de le mentionner dans son histoire. Sans parler des documents qui relatent les rapports de Papias avec saint Jean (Harnack, Chronologie, p. 664-667), il est très vraisemblable que l’évêque d'Hiérapolis a connu le quatrième Évangile. Il n’a guère pu, en effet, ignorer les écrits de saint Jean, publiés peu d’années auparavant dans le milieu où il vivait. S’il ne s’en est guère servi
ÉVANGILES
dans son ouvrage, c’est que les discours de Jésus que cet Évangile contient convenaient moins à son but. Enfin il est probable qu’il a connu, comme saint Ignace et saint Polycarpe , l'Évangile de saint Luc. Cf. Zahn, i, 2, p. 819-903; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 32-39. — De tout ce qui précède nous pouvons conclure que, vers la fin du 1er siècle et le commencement du IIe, les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc étaient répandus dans toutes les communautés chrétiennes sur lesquelles nous avons des renseignements. Celui de saint Marc, qui est plus court et a moins de récits propres, est moins documenté; mais le défaut de témoignages venant de Rome et d’Alexandrie est amplement compensé par le suffrage favorable de saint Jean et de ses disciples. A la fin du Ier siècle il est en Asie Mineure, où il n’a pas été composé; c’est une preuve qu'il s'est répandu assez rapidement dans l’Église. Le quatrième Évangile a été connu par saint Ignace , saint Polycarpe et les « vieillards'» qui furent les maîtres de saint Irénée. Adv. hær., v, 30, t. vu, col. 1203. Il était employé à Alexandrie dans le premier quart du ne siècle. A partir de l’an 130, on le trouve partout. Il eut donc toujours une grande vogue et il fut accepté sans contestation , à cause du prestige de son auteur. Les Évangiles apocryphes alors existants sont peu répandus. Nous ne constaterons pas dans les temps postérieurs la moindre hésitation sur le nombre des Évangiles autorisés. Ce fait ne s’expliquerait pas s’il y avait eu à l’origine une période de confusion, durant laquelle on eût joint des Évangiles apocryphes aux canoniques. Les circonstances de la publication de ceux-ci furent sans doute des garanties suffisantes de leur origine apostolique et de leur autorité divine. Le recueil des quatre Évangiles fut donc ainsi constitué en fait avant l’an 130, sans que l’autorité ecclésiastique ait intervenu officiellement pour le présenter aux fidèles. A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 41-43.
3° De 130 à 170. — Les documents de cette période sont plus nombreux et plus explicites que ceux de la période précédente. Ils nous feront constater que le recueil des quatre Évangiles canoniques est publiquement reconnu dans l’Église. Cette conclusion résultera des témoignages des écrivains catholiques et hérétiques.
1. Témoignages des écrivains catholiques. — Le Pasteur d’IIermas, qui a été composé à Rome, vers l’an 140, présente d’assez nombreuses affinités d’expressions avec les quatre Évangiles. Funk, Opéra Patrum apostolicorum , t. i, Index locorum S. Scripturæ , p. 576. L’homélie qui est ordinairement désignée sous le nom de seconde Épître de saint Clément, et qui est du même temps , reproduit un assez grand nombre de paroles du Seigneur, qui se retrouvent pour la plupart dans saint Matthieu : II Cor., tt, 4, édit. Funk, p. 146, cite comme Écriture Matth., ix, 13; II Cor., ni, 2, p. 148, Matth., x, 32; II Cor., iv, 2, p. 148, Matth., vu, 21; II Cor., vi , 2, p. 150, Matth., xvi, 26; Il Cor., ix , 11, p. 156, Matth., xii, 50, etc. D’autres citations dérivent de saint Luc : Il Cor., vi, 1, p. 150, Luc., xvi, 13; Il Cor., xm, 4, p. 160, Luc., vi, 32. Celle qui est introduite par la formule : Asyei yàp 6 Kôpio; i'i tô> svayyelhi) , II Cor., vin, 5, p. 154, est rapportée par beaucoup de critiques à un évangile apocryphe; mais elle peut fort bien être tirée de Luc., xvi, 10-12, avec qui elle concorde partiellement. Si on trouve seulement, II Cor., xx, 1, p. 168, une lointaine allusion à Joa., xiv, 1 et 27, l’expression : « Le Christ, qui était d’abord esprit, s’est fait chair, » II Cor., ix, 5, p. 154, semble empruntée au quatrième Évangile , bien que le mot johannique « le Verbe » fasse défaut. Enfin d’autres paroles du Seigneur, Il Cor., tv, 5, p. 148; v, 2-4, p. 150; xir, 2-5, p. 158, proviennent soit de la tradition orale, soit d’un document écrit, différent des Évangiles canoniques. — Les anciens dont saint Irénée, Conl. hæres., v, 36, t. vu, col. 1223, invoquait le témoignage, c’est-à-dire les évêques
qui gouvernaient les Églises de l’Asie Mineure, de 130 à 150, avaient certainement entre les mains les mêmes Évangiles que leur disciple, car ils employaient dans leur enseignement des paroles du Seigneur puisées dans nos Évangiles. Cf. Zahn, i, 2, p. 781-783. La lettre des Smyrniotes sur le martyre de saint Polycarpe, en 155, indique de quelle manière le martyre est conforme à l’Évangile, i, 1, édit. Funk, p. 282-284; iv, p. 286; xix, 1, p. 304. Elle renferme des allusions à la passion de Jésus -Christ, et vii, 1, p. 288, à un passage de Matth., xxvi, 55. Cf. Zahn, t. i, 2, p. 779-781. — Le martyr saint Justin, à la fin de sa première Apologie, lxvi, t. vi, col. 429, qui date de 150 environ, dit que l’Eucharistie a été instituée par Jésus- Christ lui -même, selon que les Apôtres l’ont rapporté êv toïç ysvopivoi; vu’ ocvtcov àuop.vï)!J.ov£u[j.a<jiv, a xa)eÎTai evayyO.ca. Dans le chapitre lxvii, col. 429, il ajoute que les « Mémoires des Apôtres » sont lus dans les assemblées chrétiennes avec les écrits des prophètes; on reconnaît donc aux uns et aux autres la même autorité divine. Ce nom de « Mémoires des Apôtres », que saint Justin est seul à donner aux Évangiles, leur convient parfaitement et rend exactement compte de leur origine et de leur contenu. S'il l'emploie, ce n’est pas que le nom d’svayyl- Xia ne soit couramment usité parmi les chrétiens. S’adressant à un empereur païen, l’apologiste se sert d’un terme qui expliquera clairement la nature des Évangiles qu'il citait. 11 y avait une allusion aux ’Auop.vï)p.ov£Ûp.aTa, dans lesquels Xénophon reproduit les enseignements (le Socrate. IP Apolog., x-xi, t. vi, col. 460-461. Les Évangiles que saint Justin désigne sous ce titre forment donc un corps d’ouvrages aussi nettement déterminé que la collection des livres prophétiques de l’Ancien Testament. Comme, d’ailleurs, l’apologiste parle au nom de l'Église, qu'il veut défendre, les Évangiles qu’il mentionne sont ceux que l'Église employait alors, les quatre qu'elle a toujours reconnus depuis. La vérité de cette conclusion résulte directement des autres écrits de saint Justin. Dans son Dialogue avec le juif Tryphon, cm, t. VI, col. 717, qui est de peu postérieur aux Apologies, Justin affirme que ces Mémoires, dont il a parlé si souvent, ont été écrits par les Apôtres ou les disciples des Apôtres. Bien qu’il ne les désigne pas par leur nom, il est clair qu'il vise les deux Évangiles de saint Matthieu et de saint Jean, qui sont l'œuvre de véritables Apôtres, et les deux autres de saint Marc et de saint Luc, qui ont été composés par des disciples des Apôtres. Si on examine en détail les citations évangéliques qui se lisent dans les écrits de saint Justin, on constate qu'il s'est servi des quatre Évangiles canoniques. Il n’y a pas de doute possible pour l’emploi du premier Évangile, dont les citations sont nombreuses, soit dans la première Apologie, xv-xvi, t. vi, col. 349-353 soit dans le Dialogue avec Tryphon, xvii, t. vi, col. 513, xxxv, col. 549-552; xux, col. 584; li, col. 589; lxxvi, col. 653; lxxviii, col. 657; xciii, col. 697; xcix, col. 708; c, col. 710; cv, col. 721; cvii, col. 724; cxn, col. 736; cxx, col. 756; cxxu, col. 760; cxl, col. 797. Ces citations sont faites très librement, aussi bien que celles de la version des Septante pour l’Ancien Testament. Le texte y a subi les modifications nécessaires pour devenir intelligible à des lecteurs païens. Les traces du second Évangile sont en moins grand nombre; on les remarque cependant : I Apolog., xvi, t. vi, col. 353; Dial, cum Tryph., lxxvi etc, col. 653 et 709; De resurrectione, ix, col. 1588. La finale contestée de saint Marc, xvi , 20, est citée I Apol. , xlv, col. 397. On peut légitimement penser que le second Évangile est mentionné sous le nom de Mémoires de Pierre. Dialog. c. Tryph., cvi, t. vi, col. 724. Ce nom, en effet, convient mieux à la narration de Marc, disciple de saint Pierre, qu’à l’Évangile apocryphe de Pierre, que saint Justin n’a peut-être pas vu. On ne peut guère contester non plus que saint Justin n’ait connu le troisième Évangile. Le passage où il distingue les Mémoires composés par les Apôtres ou par leurs disciples sert à introduire le
ÉVANGILES
récit de la sueur de sang, qui est particulier à saint Luc, xxii, 44. D’autres particularités de l’histoire évangélique, qui ne se rencontrent que dans le troisième Evangile, sont rapportées par saint Justin : Luc., i, 7, Dialog., lxxxiv, col. 676; Luc., i, 26, 7 Apol., xxxm, et Dialog., c, col. 381 et 712; Luc., n, 2, I Apol., xxxiv, et Dialog., lxxviii, col. 384 et 657; Luc., ni, 1 et 23, I Apol., xiii, xi.vi, et Dialog., lxxxviii, col. 348, 397 et 685. Des paroles du Seigneur, qui correspondent au texte de saint Luc, sont citées: I Apol., xv, t. vi, col. 352; xvii, col. 356; xix, col. 357; lxvi, col. 429; Dialog., cm, col. 717. Saint Justin sait par les Mémoires des Apôtres que Jésus est le Fils unique du Père, son Verbe, qu’il s’est fait homme et chair en naissant d’une Vierge. Dialog., cv, col. 720- 721; I Apol., xxxii, col. 380; Dialog., lxiii, col. 620. Il n’a pu l’apprendre que dans le quatrième Évangile. Une parole du Christ, empruntée au discours avec Nicodème, Joa., m, 3-5, est rapportée I Apol., i.xi, col. 420. Des expressions caractéristiques et des comparaisons propres à saint Jean se retrouvent sous la plume de saint Justin,
I Apol., lx, col. 417; vi, col. 337; Dialog., ex, col. 729.
II serait absurde de prétendre que l’auteur du quatrième Évangile a puisé dans saint Justin, ou que tous deux ont mis à contribution un Évangile perdu , car à l’époque du premier apologiste l’Évangile de saint Jean était depuis longtemps déjà dans l’usage ecclésiastique. Les Mémoires des Apôtres que saint Justin a connus et cités sont donc les quatre Évangiles canoniques. Toutes les théories inventées depuis un siècle pour prétendre le contraire sont insoutenables. Cf. J. Delitzsch, De inspiratione Scripturæ Sacræ, p. 77-93. Assurément saint Justin a mis à contribution des documents apocryphes ou des traditions extracanoniques; mais il n’en cite aucune comme ayant fait partie des Mémoires des Apôtres. Ces Mémoires formaient donc un recueil fixe, à côté duquel cependant saint Justin acceptait certaines traditions écrites ou orales sur Jésus-Christ. Zahn, i, 2, p. 463-538; A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 48-56. — Tatien, disciple de saint Justin, a publié à Rome son Discours aux Grecs, vers l’an 160. Cet ouvrage ne contient aucune citation formelle des Évangiles; mais il est évident que l'auteur les connaît, qu'il s’en est nourri et qu’il a puisé sa doctrine spécialement dans l’Évangile de saint Jean. Ainsi il cite, Orat., xiii, t. vi, col. 833, comme parole divine une partie de Joa., i, 5; il fait, v, col. 813 et 817, des considérations sur le Verbe et la création qui sont comme le commentaire du prologue de saint Jean; il fait allusion à Joa., i, 3, Orat., xix, col. 849, et à Luc., vi, 25, Orat., xxxii, col. 872. Cf. Zahn, i, 2, p. 778-779. Mais Tatien a publié à Édesse un Atà Teuo-xpwv, ou Harmonie des quatre Évangiles. C’était une concordance évangélique, formée par la combinaison des récits canoniques. Cette harmonie des quatre Évangiles, à l’exclusion de tout apocryphe, montre clairement qu’à l’époque de Tatien l'Église reconnaissait ces livres, et ceux-là seulement, comme l’histoire authentique de la vie et de la prédication du Seigneur. Zahn, 1, 1, p. 388-423, et n, 2, p. 530-536. — L’épitre à Diognète, qu’on croit contemporaine de saint Justin et qui n’est pas postérieure à l'an 170, mentionne, à côté de la Loi et des Prophètes, les Évangiles comme un corps d’ouvrages en nombre déterminé, ch. xi. Funk, Opéra Patrum apostolicorum, t. i, p.330. — Hégésippe, durant un voyagequ’il lit versl’an 150, visita les principales chrétientés, notamment celles de Corinthe et de Rome. Or il trouva partout un enseignement conforme « à la Loi, aux Prophètes et au Seigneur». Par ce dernier nom il désigne évidemment l'Évangile, répandu partout et reconnu comme divin aussi bien que les livres de l’Ancien Testament. Eusèbe , 77. E., iv, 22, t. xx, col. 377-384, après avoir rapporté ce témoignage, ajoute qu’Hégésippe citait l’Évangile des Hébreux, l’Évangile syriaque et les traditions orales des Juifs, et il explique ce fait singulier par l'origine judaïque de cet écrivain.
2. Témoignages des hérétiques. — Marcion, qui vivait à Rome vers le temps d’Hadrien, 117-138, enseignait que l’Évangile était en opposition absolue avec la Loi. Il rejetait donc tout l’Ancien Testament. Il n’admettait même qu’une partie des écrits du Nouveau Testament, ceux qui lui semblaient correspondre à son enseignement. Selon lui , la doctrine du Christ a été altérée par les Apôtres judaïsants; saint Paul seul a compris le Maître. Il admet par conséquent les Épitres de saint Paul et l'Évangile composé par Luc, disciple de saint Paul. Marcion connaît les Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Jean; mais il les condamne et les exclut de son recueil. Il ne contestait pas leur origine apostolique ; il les repoussait parce qu’il ne les trouvait pas conformes à sa propre doctrine. L’Évangile qu’il adoptait, c’était celui de saint Luc, mais mutilé, altéré et modifié selon sa conception de la prédication chrétienne. S. Irénée, Cont. liæres., I, xxvii, 2, t. vu, col. 688; Tertullien, Adv. Marcion., îv, 2, t. n, col. 364. Ainsi Marcion fit ce que n’avait pas encore fait l’Église , il décida quels livres contiennent la vérité divine et en publia le texte revu et corrigé. Il ne choisit pas un Évangile apocryphe, mais il prit parmi ceux qui étaient reçus dans l’Église celui qui cadrait le mieux avec ses idées. Zahn, i, 2, p. 619-622, 664-716; n, 2, p. 409-494; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 69-75; F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste , t. I, p. 119-130. — Valentin, qui était originaire d'Égypte et qui enseignait à Rome du temps d’Antonin le Pieux, 138-161, acceptait tous les Évangiles. Il avait toutefois une prédilection marquée pour le quatrième, et son ogdoade suprême d’Éons avait été dressée d’après le texte de saint Jean. Héracléon, son disciple/avait écrit sur cet Évangile un commentaire dont Origène, In Joa., tom. xiii, 59, t. xiv, col. 513, nous a conservé des fragments. Saint Irénée, Cont. liæres ., I , vm , 5, t. vu, col. 533-537, a rapporté l’interprétation que Ptolémée, un autre disciple de Valentin, avait donnée du prologue de saint Jean et de la manière dont on y trouvait les Éons. Un troisième Valentinien, Marc, se servait aussi du quatrième Évangile. S. Irénée, Cont. hæres., I, xiv-xv, t. vu, col. 593-616. L’école de Valentin ne négligeait cependant pas les Synoptiques. Marc , Héracléon et Ptolémée interprétaient à leur façon plusieurs passages de saint Luc. S. Irénée, Cont. hæres., III, xiv, 3, t. vu, col. 916, et I, xv, 3, col. 620. Valentin et ses disciples employaient également les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Clément d’Alexandrie, Strom., iv, 9, t.vm, col. 1281 ; Excerpta ex scriptis Tlieodoti, 85, t. ix, col. 697; S. Irénée, Cont. hæres., I, m, 5, t. vu, col. 476. Zahn, i, 2, p. 725-744; Loisy, op. cit., p. 64-66. — Les autres sectes hérétiques du temps employaient plus ou moins les Évangiles canoniques. Les Ébionites se servaient uniquement de l’Évangile de saint Matthieu. S. Irénée, Cont. hæres., I, xxvi, 2, t. vu, col. 686-687. Les Barbelosiens semblent, comme lesValentiniens, avoir mis l'Évangile de saint Jean à contribution pour trouver des noms à la hiérarchie de leurs Éons. S. Irénée, Cont. hæres., I, xxix, t. vu, col. 691-694. Les Ophites connaissaient le troisième Évangile, et ils expliquaient à leur façon les récits de la naissance de saint Jean -Baptiste et de Jésus et ceux de la mort et de la résurrection du Sauveur. S. Irénée, Cont. hæres., I, xxx, 14, t. vu, col. 703. D’après les Philosophoumena, v, 6-11, t. xvi, 3a pars, col. 3123-3159, les Ophites se servaient des Évangiles de Matthieu, de Luc et de Jean. D’après le même livre, v, 12-18, t. xvi, col. 3159-3178, les Pérates faisaient des emprunts à l’Évangile de saint Jean, et les Séthiens, ibid., 19 et 22, col. 3179-3191, à saint Matthieu et à saint Jean. Le gnostique Justin s’est servi de saint Luc et de saint Jean, Philosophoumena , 23-28, col. 3191-3205, et les Docèles s’inspiraient des quatre Évangiles. Ibid.., vm, 1-11, t. xvi, col. 3347-3357, Cf. Index, t. xvi, col. 3458 - 3460. Carpocrate cite une parole du Seigneur d’après Matth., v, 25, ou Luc., xil, 58.
ÉVANGILES
S. Irénée, Cont. hæres., I, xxv, 4, t. vu, col. 683. — a Tous ces hérétiques ont trouvé l’Église en possession de ses quatre Évangiles canoniques... Pour établir des systèmes que ces livres contredisaient, ils ont été néanmoins obligés de s’en servir. Leur témoignage est particulièrement significatif en ce qui regarde l’antiquité et l’autorité du quatrième Évangile. Alors que la littérature ecclésiastique nous fournit une seule citation directe et textuelle de saint Jean, nous le voyons constamment allégué par les docteurs de la gnose alexandrine, et son plus ancien commentateur connu est le Valentinien Héracléon. » A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 79. En face de 1 hérésie, l'Église ne déclarait pas encore officiellement quels étaient les Évangiles qu’elle recevait; mais elle gardait ceux qu’elle avait reçus, elle en garantissait l’origine apostolique et l’autorité divine. Elle les lisait dans ses assemblées avec les écrits des prophètes et leur reconnaissait ainsi la dignité d'Écriture inspirée, au même titre et au même degré qu’aux livres de l’Ancien Testament.
4° De 110 à 220. — C’est durant cette période que le recueil évangélique est officiellement formé. Pour les écrivains catholiques, il n’y a que quatre Évangiles canoniques et il n’a pu y en avoir d’autres, ou, pour mieux dire, il n’y a jamais eu qu'un seul Évangile authentique dans quatre récits d’autorité apostolique. Cette conception se trouve implicitement formulée dans le Canon de Muratori, qui est un catalogue des livres du Nouveau Testament. Voir Canon, col. 170. Cette pièce paraît être d’origine romaine et avoir été composée à la fin du IIe siècle, 175- 190. Quoique mutilée et ne contenant plus la mention que de deux Évangiles, la liste primitive en comprenait quatre, puisque l'Évangile de saint Luc est expressément désigné comme étant le troisième et celui de saint Jean le quatrième. Les deux premiers ne pouvaient être, de l’aveu de tous les critiques, que ceux de saint Matthieu et de saint Marc. Dans la notice consacrée au quatrième Évangile, l’auteur du Canon fait remarquer que, bien que chaque évangéliste ait pris pour son récit un point de départ différent, il n’y a pas pour la foi des fidèles de différences essentielles; un récit complète l’autre, car l’ensemble de la vie de Jésus-Christ a été exposé dans les quatre Évangiles par un seul et même Esprit, qui inspirait les évangélistes. 11 n’y a donc en quatre livres qu’un seul Évangile, œuvre du Saint-Esprit. Cf. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons , t. n, 1, Erlangen et Leipzig, 1890, p. 5; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 93-95. — Saint Irénée énonce explicitement l'idée de l’Évangile, un en quatre. Le saint docteur réfute les erreurs des hérétiques; il vient de démontrer par les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, qu’un seul et même Dieu, créateur du ciel et de la terre, a été prêché par les prophètes de l’ancienne loi et les évangélistes de la nouvelle. Cont. hæres., j III, ix-xi, t. vu, col. 868-884. Il conclut sa démonstration en disant, ibid., xi, 7, col. 884-885, que les hérétiques eux- mêmes rendent témoignage à l’autorité des Évangiles, en s'efforçant d’appuyer sur eux leurs propres erreurs. Les Ébionites se servent de saint Matthieu seulement; Marcion, de l’Évangile altéré de saint Luc; les Cérinlhiens préfèrent saint Marc, et les Valentiniens, saint Jean. Puis il ajoute : « Or il n’y a ni plus ni moins que ces quatre Évangiles. Comme il y a quatre parties dans le monde où nous sommes et quatre vents principaux, et comme l’Église est répandue sur toute la terre, ayant pour colonne et appui l’Évangile et l’Esprit de vie ; de même elle a quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et vivifient les hommes. D’où il est manifeste que le Verbe... nous a donné l’Évangile quadriforme, qui est dominé par un seul Esprit, eSwxev ripîv Tïrpàp.optpov to EùayyéXtov, évl Sà mz'jp.axi enj veyôpevov. » Saint Irénée compare ensuite ces quatre Évangiles, qui n’en font qu’un, aux chérubins quadriformes d’Ézéchiel, et il en conclut que les hérétiques, lorsqu’ils admettent plus
ou moins que ces quatre formes d’Évangiles, EvayysXi'Mv r.pbauina , n’ont plus l'idée de l’Évangile, rr,v ISéav to0 EùayyÉXiou, col. 885-891. Le saint docteur ne fait qu’énoncer la possession de l’Église. Depuis l’origine, elle a quatre Évangiles, que les Apôtres lui ont donnés. Cont. hæres., III, i, 1, t. vu, col. 844-845. Saint Irénée s’appuie exclusivement sur la tradition ecclésiastique; il ne démontre pas le fait de la réception des quatre Évangiles canoniques dans l’Église, il l’affirme et l’explique par des raisons symboliques, qu’il serait ridicule de prendre comme des preuves de la foi de l’Église. Si donc il reçoit quatre Évangiles seulement, c'est que l’Église les avait eus dès les premiers temps et n'avait jamais reçu que ceuxlà. A. Loisy, op. cit., p. 103-105; Zahn, t. i, 1, p. 150-162. — Tertullien, représentant l’Église d’Afrique, expose, en réfutant Marcion , les mêmes principes que saint Irénée. Comme l’évêque de Lyon, il assure que les quatre Évangiles canoniques, et eux seulement, sont en possession de l’usage ecclésiastique depuis le temps des Apôtres. Ceuxci ont eux-mèmes formé « l’instrument évangélique », soit en publiant les livres qu’ils avaient composés, soit en approuvant et en couvrant de leur autorité ceux de leurs disciples. Adv. Marcion., iv, 2, t il, col. 363. Cf. De præscript., xxxvm, t. ii, col. 51-52. — Clément d’Alexandrie, quoique favorable aux Évangiles apocryphes, les distingue fort nettement de ceux que la tradition a reçus. Expliquant un passage de l’Évangile des Hébreux, il observe tout d’abord que ce texte ne se trouve pas « dans les quatre Évangiles qui nous ont été transmis », év toï; TTtxpaSiSopivocç Tjjjitv rétrapo-tv eùayyéXiocç. Strom., ni, 13, t. vin, col. 1193. Les nombreux emprunts qu’il fait aux écrits apocryphes n’engagent pas la foi de l’Église d’Alexandrie. Bien que Clément ne suive pas toujours fidèlement la tradition ecclésiastique, il montre suffisamment que les Évangiles traditionnels jouissaient seuls, même à ses yeux, d’une autorité indiscutable. Zahn, t. i, 1, p. 170-176. — Saint Théophile d’Antioche déclarait, de son côté, que la doctrine des prophètes est d'accord avec celle des évangélistes, « parce que tous les hommes inspirés ont parlé sous Tintluence du même Esprit, » Stà tô xoùç noivTaç nvîuparoçôpoo; svi irvEÛpan 0eoO XeXaXTjxévat. Ad Autolyc., ni, 12, t. vi, col. 1137. Il mentionne expressément le prologue du quatrième Évangile comme une Écriture sacrée, œuvre d’un homme inspiré. Ad Autolyc., n, 22, t. vi, col. 1088. Il fait des emprunts à saint Matthieu, v, 28-44, et vi, 3, Ad Autolyc., m, 13, 14, col. 1140, et à saint Luc, xvm, 27. Ibid., n, 13, col. 1072. Saint Jérôme, De viris illustribus, 25, t. xxm, col. 644, et Epist. cxxi ad Algasiam, q. 6, t. xxii, col. 1020, attribue à saint Théophile un commentaire des Évangiles, qui était une sorte d’harmonie des quatre récits, un Aià xza (râpwv. Zahn, t. i, 1, p. 176-179. — La controverse pascale, qui surgit dans le dernier tiers du IIe siècle, roulait en partie sur l'accord ou le désaccord des trois premiers Évangiles avec le quatrième au sujet de la date de la Pâque. Apollinaire d’Hiérapolis, Clément d'Alexandrie et saint Hippolyte, dont les témoignages sont rapportés dans la Chronique pascale, t. xcn, col. 80-81, réfutent les quartodécimans, qui s’appuyaient sur saint Matthieu pour soutenir que Jésus avait mangé la dernière Pâque le 14 nisan et était mort le lendemain, cc Ce système, disait Apollinaire, introduit la contradiction dans les Évangiles. » Polycrafe, évêque d’Éphèse, invoquait en faveur de l’observance des Églises d’Asie l’autorité de l’Évangile, non pas celle d'un Évangile en particulier, ni celle du quatrième en opposition avec les trois premiers, mais celle de la collection canonique des quatre Évangiles. Eusèbe, H. E., v, 24, t. xx, col. 496; Zahn, t. i, 1, p. 180-192. — Ainsi donc les quatre Évangiles canoniques, et ceux-là seulement, étaient dans le dernier quart du IIe siècle reçus dans toute l’Église comme des œuvres apostoliques et des écrits inspirés. Celte acceptation universelle suppose que dans les temps antérieurs le recueil évangélique était déjà
ÉVANGILES
constitué, et que les Évangiles qui en faisaient partie jouissaient dès lors d’une considération et d'une autorité auxquelles nul apocryphe ne pouvait prétendre. Les critiques modernes qui pensent que saint Justin n’a pas eu l’idée d'un canon évangélique, en sorte que cette idée serait née entre le temps de saint Justin et celui de saint Irénée, oublient que ces auteurs ont été contemporains. Le changement que l’on suppose se serait produit du vivant de saint Irénée, sans qu'il s’en aperçût. L’auteur du Canon de Muratori n’aurait pas eu connaissance d’une transformation aussi importante, et il aurait pu croire très ancien un état de choses qui se serait établi sous ses yeux. Tous les personnages notables de l'époque se seraient donc entendus pour définir le canon évangélique et présenter aux Églises comme apostolique le recueil des quatre Évangiles qu’ils venaient de concerter. Pareille hypothèse est insoutenable, et il faut bien reconnaître que la réception des quatre Évangiles comme œuvres apostoliques et écrits inspirés remonte plus haut. A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 125-126. Cf. Zahn, t. I, 1, p. 437-440. A. Harnack, Die Chronologie, t. i, p. 681-700, a cherché à déterminer comment, quand et où s’est formé l’eôayYéXiov TETpàgopçov. En remontant de la fin du IIe siècle, où il le trouve partout, il arrive, d'étape en étape, à constater son existence, au moins en Asie Mineure , dès la composition du quatrième Évangile, 80-110. La formation du recueil canonique des quatre Évangiles a suivi de près la publication de l’Évangile de saint Jean.
Durant la période que nous étudions, il se produisit un essai de mutilation de l’Évangile quadriforme. Par réaction contre le montanisme, qui voulait introduire un troisième Testament, celui du Paraclet, quelques catholiques n’acceptaient pas l’Évangile de saint Jean, afin de réfuter le don et la mission du Saint-Esprit dans l’Église. Saint Irénée, Cont. hæres., III, xi, 9, t. vu, col. 890-891, déclare leur faute impardonnable. On les a appelés les Aloges. Saint Hippolyte a écrit contre eux son traité perdu : Tnèp tou xatà ’Iu)àvvï)v ebayyiKlo'j xxi àrcoxa Xv<j'E(oç. Saint Philastre, Hæres., lx, t. xii, col. 1174-1175, nous apprend que les Aloges attribuaient le quatrième Évangile à Cérinthe. Saint Épiphane, Hæres., li, t. xu, col. 892, les déclare inexcusables de soutenir une pareille attribution. « On doit noter que les Aloges ne songèrent pas à faire passer le quatrième Évangile pour une œuvre récente. Voulant se débarrasser du livre et ne pouvant s’attaquer à un apôtre, ils supposent une fraude littéraire, comme il y en avait eu au cours du IIe siècle, et ils la placent au temps même de saint Jean : ils avouent ainsi d'une manière implicite ce que déclarent hautement saint Irénée et les autres témoins de la tradition chrétienne, à savoir, que le quatrième Évangile était aux mains de l’Église dès la fin de l’âge apostolique et les premières années du ne siècle. » A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 136-137. Leurs objections contre l’Évangile de saint Jean n’eurent aucun succès, tandis que leur opinion sur l’Apocalypse fut prise en considération; leurs affirmations, qui ne s’appuyaient pas sur la tradition, n’ébranlèrent pas la conviction universelle, qui était fondée sur des témoignages historiques. C’est une preuve nouvelle que le crédit de la collection canonique des Évangiles remonte à l’âge apostolique.
5° De 220 à 450. — Au début de cette période, le recueil des quatre Évangiles existait depuis plus d’un siècle. Dans le cours de sa durée s’élèveront des discussions sur le canon du Nouveau Testament. On remarquera les divergences que présente la tradition ecclésiastique au sujet de quelques livres canoniques de la nouvelle alliance. Mais pour le recueil des Évangiles il n’y aura pas lieu à controverse, et on constatera, en Orient aussi bien qu’en Occident, que l’Église a toujours reçu Jes quatre Évangiles canoniques et n’a jamais reçu qu’eux.