‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 347 sur 485 · En Orient. — Origène est très explicite sur le nombre · texte numérisé non relu

En Orient. — Origène est très explicite sur le nombre

des Évangiles que l’Église reçoit : « L’Église, dit -il, a quatre Évangiles; les hérésies en ont un grand nombre. » Après avoir cité les titres de plusieurs évangiles apocryphes, il ajoute: « Mais, parmi tous ces écrits, nous approuvons ceux que l'Église approuve, c’est-à-dire les quatre Évangiles qui doivent être reçus. » In Luc., hom. i, t. xiii, col. 4803. Ces quatre Évangiles, en effet, sont les seuls qui soient garantis par la tradition et acceptés sans conteste dans lÉglise de Dieu. In Matth., i, t. xiii, col. 829. Voir Canon, col. 171-172. Eusèbe, H. E., in, 25, t. xx, col. 268-272, a dressé la liste des écrits du Nouveau Testament. Il les distingue en différentes classes. Parmi ceux qui sont universellement admis, lv o(j.o>,o- Youjjtivoiç , il place en premier lieu « la sainte tétrade des Evangiles », r rjv àyiav twv EôaYY^fwv TETpaxTÔv. Au nombre des apocryphes, !v vote vôGotç, et des livres contestés, tgüv àviiLEYopivoiv , quelques-uns mettent l’Évangile selon les Hébreux. Les quatre Évangiles appartiennent à la catégorie des Écritures qui, selon la tradition ecclésiastique, sont vraies et authentiques et qui sont universellement reçues, ta; xxxà xrjv àxxl.viijiacmxriv 7tapâ6o<nv ccXiqOeïç xa't àitXaaTOuç xaî àvü)p.oXoY^p.Évxç Ypapâç. Les Évangiles apocryphes doivent être rejetés comme tout à fait impies et absurdes, go; avoua uixvty) xa'i 8u<r<7cêr|. Non seulement ils n’ont pas l’autorité de la tradition ; leur style lui-même est tout différent de la manière apostolique, et leur contenu est presque toujours en opposition avec la vraie foi. Voir Canon, col. 173.

Saint Athanase, Epist. fest. xxxix , t. xxvi, col. 1177, énumère les quatre Évangiles parmi les livres canoniques du Nouveau Testament. Saint Cyrille de Jérusalem, Catech., iv, 36, t. xxxiii, col. 500, fait de même, en excluant les Évangiles apocryphes. Saint Épiphane, Hæres., lxxvi, t. xlii , col. 560, a le même canon évangélique; il a défendu contre les Aloges l’origine apostolique du quatrième Évangile. Hæres., li, 3, t. xu, col. 892. Saint Grégoire de Nazianze, Carmen de gen. lib. insp. Script., t. xxxvii, col. 474; saint Amphiloque, Carmen ad Seleu cum, t. xxxvii, col. 1595; le 60e canon du concile de Laodicée, Mansi, Collectio Concil., t. n, col. 574; le Lxxxve Canon apostolique, t. cxxxvii, col. 211, ne reconnaissent que quatre Évangiles. La Synopsis Sacræ Scripturæ , attribuée à saint Chrysostome, t. lvi, col. 318, contient le résumé des quatre Évangiles canoniques. Les Constitutions apostoliques, H, 57, t. n, col. 729, font dire à saint Pierre, dans une ordonnance relative à la lecture publique du Nouveau Testament: « Un diacre ou un prêtre lira les Évangiles que moi, Matthieu et Jean, vous avons transmis, et que les collaborateurs de Paul, Luc et Marc, vous ont laissés. »

Dans l’Église syrienne, Aphraate cite l 'Évangile du Christ, sans mentionner le nom d’aucun évangéliste. D’après l'ordre et l’enchaînement des textes, on voit qu’il se servait du Atà veairapGov de Tatien. Voir t. i, col. 738. Saint Éphrem, qui a commenté le Ata xsixcràpcov, connaissait et citait les Évangiles séparés. Rabbulas prescrivit de lire dans les églises, non plus l’Harmonie de Tatien, mais les quatre Évangiles séparés. Théodoret, Hæres., I, 20, t. lxxxiii, col. 372, trouva encore dans son diocèse de Cyr plus de deux cents exemplaires du Atà te aa&puv/, qu'il lit remplacer par le texte des Évangiles distincts et séparés.

2. En Occident. — L’évêque de Carthage , saint Cyprien , Epist. lxxiii, 10, t. m, col. 1116, compare les quatre Évangiles aux quatre lleuves du paradis. Saint Philastre, évêque de Brescia, Ilæres., lxxxviii, t. xii, col. 1199, rapporte que les Apôtres et leurs successeurs ont établi quels livres on devait lire dans l’Église catholique, et après la Loi et les Prophètes il cite les Évangiles. Dans son catalogue du Nouveau Testament, Rufin d’Aquilée, Expositio Symboli, xxxvii, t. xxi, col. 374, indique les quatre Évangiles. Saint Jérôme, Epist. Lin ad Paulin., n° 8, t. xxn, col. 548, fait de même. A partir du ive siècle, tous les canons des Livres Saints mentionnent les quatre

ÉVANGILES

Évangiles et eux seulement. Voir col. 176- 178. Il n’y eut plus dès lors dans l’Église la moindre hésitation relativement à l’origine apostolique et à l’autorité divine des Évangiles. Cf. Norton, On the Genuineness of the Gospels, 2 in-8°, Londres, 1817; H. de Valroger, Introduction historique et critique aux livres du Nouveau Testament, Paris, 1861, t. i; II. Wallon, L’autorité de l’Évangile, 3e édit., Paris, 1887, p. 19-64; M'Jr Meignan, Les Évangiles et la critique , 2e édit., Paris, 1870.

VI. Ordre des Évangiles. — Les Évangiles ont été rangés dans un ordre déterminé dès que les quatre récits canoniques de la vie de Jésus-Christ ont été réunis en un recueil; mais nous ne pouvons pas dire quel était l’ordre primitif; il n’en reste aucune trace certaine. Saint Irénée, Cont. hæres., III, i, 1, t. vu, col. 841-845, a placé les Évangiles dans l’ordre accoutumé: Matthieu, Marc, Luc, Jean; mais il n’indique pas leur disposition dans les manuscrits, il mentionne seulement l’ordre chronologique de leur publication. Ailleurs, Cont. hæres., III, ix-xi, col. 868-892, il dispose les Évangiles dans cette suite : Matthieu, Luc, Marc et Jean; il tient compte alors de leur contenu, et il les range d’après leur point de départ dans l'histoire de Jésus-Christ. L’ordre Jean, Luc, Matthieu, Marc, indiqué Cont. hæres., III, xi, 8, col. 887-888, répond à l’interprétation des animaux symboliques du char d’Ézéchiel. Le classement ordinaire correspond à l’ordre chronologique d’apparition adopté par la tradition ecclésiastique. Origène, dans Eusèbe, H. E., vi, 25, t. xx, col. 581-584; Eusèbe lui-même, II. E., ni, 24, col. 264-268; S. Épiphane, Hæres. li, t. xli, col. 893; S. Jérôme, In Matth. præf., t. xxix, col. 528; S. Augustin, De consensu Evang., i, 2, t. xxxiv, col. 1043. Clément d’Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., vi, 14, t. xx, col. 552, rapportait une autre tradition sur l’ordre chronologique des Évangiles, mep’t -rrjç ra!;Eü>ç t&>v Eûocyye) iwv ; les Évangiles qui contenaient la généalogie de Notre- Seigneur étaient les premiers, puis venaient les récits de Marc et de Jean. On ne sait pas dans quel ordre les Évangiles se suivaient dans les Hypotyposes de Clément. Tertullien ne suit pas un ordre rigoureux et constant. 11 distingue les Évangiles écrits par les Apôtres de ceux qui ont été composés parleurs disciples, Cont. Marcion., iv, 2, t. il, col. 363; il indique aussi cette disposition : Jean, Matthieu, Marc, Luc. Cont. Marcion., iv, 5, col. 366-367. On ne peut rien conclure des citations évangéliques qu’on lit dans les écrits des Pères. Pour les auteurs ecclésiastiques, l’Évangile forme un tout, un seul livre, où ils puisent au hasard des circonstances. Le Canon de Muratori lui -même, bien qu’il ait numéroté les Évangiles, ne semble pas indiquer pour eux l’ordre d’un manuscrit, comme on croit qu’il l’a fait pour les Épîtres. Dans les manuscrits, les Évangiles sont disposés dans sept ordres différents. — 1° Matthieu, Marc, Luc, Jean. C’est l’ordre actuel de nos Bibles; il a été le plus fréquemment suivi dans l’antiquité. On le trouve dans presque tous les manuscrits grecs, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents, dans la plupart des manuscrits de la Peschito, de la version Charkléenne et dans le Codex Lewisianus. Les écrivains ecclésiastiques l’ont adopté ; Eusèbe l’a employé dans sa lettre à Carpien et dans ses canons évangéliques; saint Athanase, saint Épiphane, saint Grégoire de Nazianze et saint Amphiloque, l’ont reproduit dans leurs listes des Livres Saints. Tous les canons scripturaires postérieurs au ive siècle l’ont conservé. Saint Jérôme, Epist. ad Damasum, t. xxix, col. 528, l’a introduit dans sa recension latine du Nouveau Testament. Il était déjà usité dans l’Église latine avant saint Jérôme. Cassiodore l’a trouvé dans l’ancienne version latine de la Bible. Rufin et saint Augustin l’admettaient. Il était très répandu au commencement du IVe siècle, et il a supplanté tous les autres grâce à la recension de saint Jérôme. — 2° Matthieu, Marc, Jean, Luc. Il se rencontre dans l’unique manuscrit connu de la version syriaque dite Cu-

retonienne. Le Canon de Mommsen nous apprend qu’il était usité dans l’Afrique latine, vers 360. Voir Canon, col. 151 et 176. Le commentaire latin des Évangiles, attribué à saint Théophile d’Antioche, l’a suivi. 11 est peu probable que l’Évangile de saint Luc aurait été placé le dernier pour le rapprocher du livre des Actes, qui est l’œuvre du même écrivain ; car la version syriaque et le commentaire latin ne contiennent que les Évangiles, et dans le Canon de Mommsen les Épîtres séparent saint Luc des Actes. — 3° Matthieu, Luc, Marc, Jean. Cet ordre n’est suivi que par le commentateur désigné sous le nom d ’Ambrosiaster, Quæstiones ex Veteri et Novo Testamento, t. xxxv, col. 2260, et dans une recension du canon des soixante livres canoniques, contenue dans un manuscrit du Musée britannique, Addit., 17,469. Cf. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons , t. ii, p. 289, note 1. — 4° Matthieu, Jean, Marc, Luc. Cet ordre est celui du canon du Codex Claromontanus , voir col. 176; du Græcus Venetus , cf. Gregory, Prolegomena , p. 591; d’un vieux manuscrit grec, qui passait, au IXe siècle, pour une relique du IVe. Cf. Druthinar, Expositio in Matthæum Evangehstam, i, t. cvi, col. 1266. Ici encore il n’y a pas de raison de penser que saint Luc est placé en dernier lieu afin de le rapprocher des Actes des Apôtres. — 5° Matthieu, Jean, Luc, Marc. Cette disposition est usitée dans le Codex Bezæ, voir t. i, col. 1770, dans un manuscrit oncial grec du xe siècle, le Monacensis , dans les minuscules 309 et 256, cf. Gregory, Prolegomena , p. 442 , 524 et 516, dans la version gothique, quelques anciens manuscrits de la Peschito, un certain nombre de manuscrits latins de la version antérieure à saint Jérôme, a, h, f, e, ff2, n, o, q, et par saint Ambroise. On l’a appelée l 'ordre occidental des Évangiles. Elle est peut-être d’origine africaine ou espagnole. Ses témoins d’Italie sont du IVe siècle. — 6° Jean, Luc, Marc, Matthieu. Cet ordre était peut-être dans le manuscrit k de l’ancienne version latine. Les fragments de Marc et de Matthieu que le Bobbiensis contient étaient, à en juger par le chiffre des cahiers,. les derniers Évangiles. Voir t. i, col. 1822. On ne connaît point d’exemple de son emploi chez les Grecs. — 7° Jean, Matthieu, Marc, Luc. Les versions sahidique et memphitique, qui suivent cet ordre, prouvent qu’il était autrefois fréquemment employé en Égypte. On le retrouve dans le minuscule grec 255. Il a dù être suivi par beaucoup d’écrivains et peut-être par Origène. C’est le plus ancien dont on trouve des traces, puisque les versions coptes qui le reproduisent datent du IIIe siècle. — 8° Jean, Matthieu, Luc, Marc. Cet ordre est celui de la Synopsis Sacræ Scripturæ , attribuée à saint Chrysostome, t. lvi. col. 318, et d’un manuscrit latin du xve siècle, le n° 45 de la cathédrale d’Halberstadt. Les lectionnuires coptes suivent cette disposition; mais on peut penser que c’est pour se conformer à l’ordre des lectures liturgiques de l’Évangile. — 9° Jean, Luc, Matthieu, Marc. Les Évangiles sont ainsi ordonnés dans les manuscrits cursifs 90 et 399. — Cf. Credner, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, Berlin, 1860, p. 393-394; Gregory, Prolegomena, Leipzig, 1884, p. 137-138; Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. n, Erlangen et Leipzig, 1890, p. 364-375.

VIL Divergences des récits évangéliques. — Nous avons constaté précédemment qu’il existe entre les quatre Évangiles canoniques des divergences nombreuses et assez notables sur le choix des faits racontés et des discours rapportés , sur leur ordonnance et la manière de narrer les uns et de reproduire les autres. Depuis longtemps les adversaires de la religion les exagèrent, les déclarent absolument inconciliables, et s’en font une arme contre la vérité des récits évangéliques et leur inspiration. Les Pères de l’Église les avaient remarquées les premiers ; ils s’étaient préoccupés de bonne heure d’en donner l’explication et d’établir une concordance parfaite entre les écrits en apparence discordants. Eusèbe de Césarée

ÉVANGILES

avait composé un ouvrage en trois livres sur les contradictions des Evangiles, Ilepi Siacpum'a; eùay ye/.c'ojv , que saint Jérôme, De viris illustribus, 81, t. xxm, col. 690, a connu et dont il nous est parvenu quelques fragments, publiés par Mai, Patr. gr., t. xxiv, col. 529-606. Saint Augustin, De consensu evangëlistarum , t. xxxiv, col. 1041 - 1230 , a discuté les difficultés particulières et a montré de quelle manière les quatre récits s’agençaient et coïncidaient. Avec eux tous les commentateurs catholiques ont enseigné que les quatre Évangiles, étant l’œuvre de l’Esprit de vérité qui ne peut se tromper ni se contredire, étaient vrais dans leurs détails et ne pouvaient se trouver en désaccord réel. Il y a entre eux de simples antilogies, des contradictions apparentes, qu’il est possible, sinon toujours facile, de résoudre. Cf. Wouters, Diluciclatæ quæstiones in historiam et concordiam evangelicam, dans le Scripturæ sacræ Cursus complétas de Migne, t. xxm, Paris, 1810, col. 769-1098; Le Blanc d’Ambonne, Concordances et apparentes discordances des Saints Évangiles, Paris, 1881.

Loin de diminuer l’autorité des Évangiles , ces divergences de rédaction prouvent la sincérité des évangélistes et sont une des meilleures marques d’authenticité de leurs récits. Elles indiquent clairement que les évangélistes ne se sont pas entendus pour raconter de la même manière la vie de Jésus, qu’ils ont rapporté indépendamment l'un de l’autre ce qu’ils savaient, sans se mettre en peine de s’accorder et sans soupçonner qu’on pût douter de leur témoignage. Chacun d'eux a écrit dans un dessein particulier, et, pour atteindre son but, il a mis librement en œuvre ses souvenirs et ses renseignements. Leurs relations devaient nécessairement différer, et la diversité de leur exposition répond parfaitement à leur caractère, à leur position et à la fin qu’ils se proposaient. S. Chrysostome, ln Matth. hom. i, 2, t. lvii, col. 16. En écrivant ainsi séparément et sans s’être concertés, les évangélistes ont raconté la même histoire et esquissé la même figure divine du Sauveur. « Le Jésus de saint Matthieu ne diffère en rien de celui de saint Luc, celui de saint Marc est le même que celui de saint Jean ; c’est le même portrait , reproduit quatre fois avec des nuances qui ne proviennent pas de l’original, on le voit bien, mais des peintres. Chacun de ceux-ci est arrivé à donner à son œuvre une ressemblance merveilleuse; mais il a disposé les accessoires suivant son point de vue, son but, son goût, sa manière particulière. Deux portraits doivent-ils cesser de se ressembler, parce que dans l'un le vêtement fait un pli en retombant, et que dans l’autre il en fait deux? Les antilogies des Évangiles sont de cette importance. » Trochon et Lesêtre, Introduction à l’étude de l’Écriture sainte , t.m, Paris, 1890, p. 137-138.

11 en résulte que le cadre général de la vie de Jésus est foncièrement le même dans les quatre Évangiles. Saint Matthieu et saint Luc racontent seuls l’enfance et la vie cachée; les faits qu’ils rapportent sont différents, sans être contradictoires. Saint Luc remonte plus haut que saint Matthieu et fait précéder le récit de la naissance de Jésus du récit de celle de son précurseur. Pour la suite des événements il semblerait que l’un s’arrête à dessein aux endroits où l’autre a parlé. L'ordre chronologique n’est pas certain, et les exégètes disposent de plusieurs manières la visite des Mages, le massacre des Innocents, la fuite en Égypte, la présentation au temple et le retour à Nazareth. On connaît assez les divers essais de conciliation des deux généalogies du Sauveur. Dès le début de la vie publique, les quatre relations marchent de front jusqu’à la résurrection. L’histoire évangélique comprend donc nécessairement trois péïiodes principales : 1° l’enfance et la vie cachée; 2° la vie publique; 3° la passion et la résurrection. Fillion , Introduction générale aux Évangiles, Paris, 1889, p. 17-25. Quant à l’agencement particulier des événements du ministère public et des der-

niers jours de Jésus, il est parfois assez difficile, et les commentateurs ne sont pas parvenus à le déterminer dans tous les détails avec une entière certitude. On n’a pas toujours suivi les mêmes principes de concordance; on ne pouvait pas par conséquent aboutir aux mêmes conclusions. D’ailleurs, pour résoudre la prétendue contradiction qu’on trouve entre des récits simplement divergents , il n’est pas nécessaire de prouver que les faits se sont certainement passés dans tel ordre; il suffit qu’on indique une manière plausible ou seulement possible de faire disparaître la difficulté. Voici quelques règles générales, propres à faciliter la conciliation des passages discordants des Évangiles.

Il faut, avant tout, déterminer l’ordre chronologique des événements. Or, on admet communément aujourd’hui qu’aucun des trois premiers évangélistes n’a suivi constamment dans son récit la succession des faits. Saint Matthieu et saint Marc ont groupé des miracles et des discours du Sauveur, et ont brisé souvent la trame de l’histoire. Tout en appliquant une méthode plus rigoureuse, saint Luc, d’après l’opinion générale, a maintes fois employé un procédé de récapitulation et d’anticipation, qui lui a fait intervertir l’ordre des temps. Saint Jean a eu plus de souci de la chronologie; habituellement il a daté les faits qu’il rapporte, quelquefois par les jours et assez souvent par les fêtes juives. En indiquant les trois ou quatre Pâques de la vie publique de Jésus, il a fourni aux historiens du Sauveur des points de repère certains, et bien que sa relation soit essentiellement fragmentaire, elle peut servir de cadre historique à celles des Synoptiques. Il passe à peu près sous silence le ministère de Jésus en Galilée, que ses prédécesseurs avaient presque exclusivement raconté, et il décrit longuement l’action du Sauveur en Judée. Mais, pour établir l’accord général des faits, il suffit d’intercaler entre les premières Pâques de l’Évangile de saint Jean les événements et les discours qu’on lit dans les Synoptiques. Le quatrième Évangile est plus complet et plus détaillé sur les actes de la dernière année de la vie de Jésus. Pour la Passion, les quatre récits redeviennent parallèles, et, bien que la marche du drame divin suive le même cours, il est spécialement difficile et délicat de coordonner les circonstances si diverses, propres à chaque narrateur. Dans la disposition et l’agencement des faits particuliers, il faut tenir compte à la fois des données chronologiques et de la succession des récits. Quand deux évangélistes sont d’accord contre un troisième pour rattacher des événements qui se suivent, il faut adopter leur ordre, à moins que le récit isolé ne contienne des renseignements particuliers qui datent autrement les faits. Si tous placent le même fait à des endroits différents, on préfère le placement de celui qui aura noté les circonstances de temps, le jour ou l’heure, ou celles de lieu. Cependant il conviendra de distinguer à ce sujet les formules précises des indications vagues et générales, comme : en ce temps-là, Matth., xi, 25; xii, 1, etc.; en ces jours-là, Luc, n, 1; ix, 36, etc., et autres analogues. Celles-ci ne marquent pas nécessairement la continuité des actes, et elles réunissent parfois des faits assez distants. 11 est nécessaire de tenir compte aussi des voyages de Jésus et de ses séjours plus ou moins longs dans une localité.

Dans la distinction des faits particuliers, il faut éviter deux excès opposés. Le premier consisterait à reconnaître un seul et même acte dans des récits diversement circonstanciés, parce que quelques circonstances se ressemblent. Un personnage réitère plusieurs fois dans sa vie la même action. Jésus- Christ s’est trouvé fréquemment dans des situations analogues, qui l'ont amené à répéter certains actes et certaines paroles. Ainsi , il a apaisé deux fois la tempête; à quelques semaines d’intervalle, il a multiplié les pains; il a discuté plusieurs fois avec les pharisiens qui l’attaquaient; il a guéri plusieurs aveugles et délivré divers démoniaques. On dis-

ÉVANGILES

tingue les faits semblables par la diversité des circons- tances de personnes, de temps et de lieux, et par la manière un peu différente dont ils ont été accomplis. Le second excès serait de distinguer des faits identiques, dont les circonstances principales sont les mêmes, sous prétexte que les différents récits contiennent un nombre plus ou moins grand de détails. On ne multipliera pas les miracles et les discours de Jésus, dès que les relations i ne présenteront que de légères divergences. Un fait unique et identique peut, sans cesser d’être vrai dans tous ses détails, être diversement raconté par plusieurs écrivains. Or les évangélistes ne se sont pas généralement attachés à énumérer minutieusement toutes les circonstances des événements. Celui-ci s’est borné à noter le trait important, Matth., xxvi, 69-75; Luc, xxii, 55-62; Joa., xvm, 25-27; celui-là a précisé davantage les détails, Marc., xiv, 66-72; tel a relaté une circonstance, tel une autre, chacun d’eux écrivant d’après son but et selon ses souvenirs ou ses documents. Il est dès lors toujours possible de former de leurs diverses narrations un récit continu, réunissant en un tout homogène les détails en apparence discordants. Voir Évangiles (concorde des).

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