ÉVERGÈTE
377; saint Irénëe, Contr. liær., m, 3, t. vu, col. 848; dans Eusèbe, H. E., v, 6, t. xx, col. 445; Denys de Corinthe, dans Eusèbe, H. E., iv, 23, t. xx, col. 384; Eusèbe, Chron. arm., ann. 43, 62, t. xix , col. 539, 553; H. E., ii, 24, t. xx, col. 205, remontent en effet jusqu’aux Apôtres. Aussi « vers le milieu du ne siècle , nous trouvons l'épiscopat fonctionnant partout; il y a des évêques à Rome, à Lyon, à Athènes, à Corinthe, à Smyrne, à Sardes, à Iliérapolis, dans toute l’Asie, dans le Pont, en Crète, dans tous les pays sur lesquels il subsiste quelque renseignement. Nulle part cette institution ne présente la moindre apparence de nouveauté. Certaines Églises ont déjà dressé des listes qui rattachent l’évêque vivant au fondateur apostolique ou contemporain des Apôtres ». Duchesne, Les origines chrétiennes , p. 57-58. Saint Ignace, dans sa lettre aux Èphésiens, ni, t. 5, col. 648, parle des évêques établis dans l’univers : Oi etuV/ottoi o! xocrà ta trÉpata opnrOgvteç. Cf. P. Batiffol, dans la
6Î4. — Disque antique de plomb trouvé à Carthage portant le nom de l’évêque Fortunius. Musée Saint -Louis.
Revue biblique, 1895, p. 476. Voir J. B. Gams, Sériés Episcoporum Ecclesiæ catholicæ, in -4°, Munich, 1873. « L’épiscopat est donc historiquement, dans ses éléments permanents, la continuation de l'apostolat, dit le protestant A. AV. Haddan, Dictionary of Christian Anliquities, t. I, 1875, p. 212. Les raisons pour l’établissement de l’épiscopat sont, telles qu’elles sont données par saint Paul lui-même, de tenir la place des Apôtres, I Tim., i, 3; Tit., i, 5; de maintenir plus efficacement la foi, ibid., et d’ordonner comme il faut les ministres [de l’Église], etc. »
IV. Charge et fonctions des episcopi- presbyteri. — Les noms et les titres qui sont donnés dans le Nouveau Testament aux episcopi-presby teri nous indiquent quelles sont leur charge et leurs fonctions. — 1° En tant que prcsbyteri ou c< anciens », ils sont placés à la tête de la communauté chrétienne, comme l'étaient les « anciens » d'Israël. Ils doivent donc la présider et la gouverner : 7rpoE<7Tù>Tôç TcpscroiiiTEpoi, « les presbyteri [qui] président. » I Tim., v, 17. Cf. Tit., i, 7, 9- 11. (Pour le sens de irpoeq- TtoTc;, cf. I Thess., v, 12; Rom., xn, 8; I Tim., ni, 4; Hermas, Pastor, vis. n, 4, édit. Funk, 1878, l. i, p. 350.) Ce sont eux sans doute qui sont désignés pour cette raison, Ilebr., xm, 7, 17, 24, par le terme de •qyo’jp'svot. Cf. Clément romain. I Cor., 1, 37, 21, t. i, col. 208, 281, 256; llermas, Pastor, vis. m, 9, 7, édit. Funk, t. i, p. 372. — 2,) Le nom de èrda-AOTioi qui leur est aussi donné marque le droit et le devoir qu’ils ont de « surveiller » et de diriger ceux qui sont placés sous leurs ordres. Les mêmes obligations, ainsi que les mêmes pouvoirs, résultent également du titre de « pasteur » ou berger qui leur est plusieurs fois attribué. Eph., iv, 11; Act., xx, 28; I Petr., v, 2-3. Cf. Joa., xxi, 16. — 3° Les episcopi-presby teri, étant chargés de rompre le pain eucharistique aux fidèles et par conséquent d’offrir le saint sacrifice, I Cor., x, 16; xr, 23-25; Act., ii, 42, 46; xx, 7; cf. Ilebr., v, 4; Jac., v, 14-15; Doclr. xn Apostol., xiv, 1, édit. Harnack, p. 53; S. Clément de Rome, I Cor., xliv, t. i, col. 360, de gouverner et de paître le troupeau du Sauveur, sont chargés par là même de l’instruire et de l’enseigner, I Tim., iv, il ; car la pâture qu ils doivent lui donner, c’est la parole
| de Dieu, nourriture de l’âme des fidèles. I Tim., iv, 5-6.
J « 11 faut donc que l’évêque soit... StSax-ri v.6v, doctorem.n J I Tim., ni, 2 Les plus méritants des presbyteri, ce sont | ceux qui se distinguent par la parole et . par la doctrine, ' I Tim., v, 17. Voir aussi Tit., i, 9; n, 1, 10; I Thess., v, 12 ; I Tim., vi, 2. Le droit qu’ils ont d'enseigner apparaît j d’une manière éclatante dans la part qu’ils prennent aux décisions du concile de Jérusalem, où ils sont nommés I après les Apôtres. Act., xv, 2, 6, 22, 23. — 4° Les évêques proprement dits ont également le pouvoir de commander,
I de réprimander, de juger et de corriger, I Tim., v, 7; Il Tim., ii, 25; iv, 2, non seulement les fidèles, mais aussi les presbyteri qui sont placés sous leurs ordres.
j I Tim., v, 19-20. — 5° Un des pouvoirs les plus impor- | tants des chefs des presbyteri est celui de conférer l’ordination comme les Apôtres. C’est ce que nous voyons ! par l’exemple de Timothée, cf. 1 Tim., iii, 1-7 ; v, 22, et de Tite, i, 5. Voir S. Jérôme, Epist. cxlvi, ad Evang., 2, t. xxn, col. 1195.
V. Élection des évêques. — Les premiers évêques ’ furent choisis par les Apôtres et par leurs disciples. Tit.,
| i, 5; S. Clément de Rome, I Cor., xlii, xliv, 1. 1, col. 292,
297; Eusèbe, H. E., ni, 11, t. xx, col. 245. A l’époque de saint Clément de Rome, on commence à remarquer la coopération de la communauté au choix de l’évêque. I Cor., xliv, t. i, col. 297. Au ne et au me siècle, il est J nommé par les évêques voisins, mais avec l’approbation J du peuple et du clergé, comme il résulte du témoignage j d’Origène, Rom. viinLev., 3, t. xn, col. 469; Eusèbe, H. E., VI, 10, 11, t. xx, col. 541. S. Jérôme, Epist. cxlvi, ad Evang. t. xxii, col. 1194, dit qu’à Alexandrie, depuis saint Marc l’Evangéliste jusqu’à Héraclas et Denys, les presbyteri choisissaient l’un d’entre eux pour le mettre à leur tête comme évêque. Le décret de Gratien reproduit ce passage, Dist. cxiii, c. 24, t. i, p. 328.
VI. Bibliographie. — * F. Chr. Baur, Der Ursprung des Episkopats, in-8°, Tubingue, 1838; * R. Rothe, Anfânge des christlichen Kirche, "Wittenberg, 1837; A. Ritschl, Entstehung der ait katholisc lien Kirche, Bonn, 1857; I. Dôllinger, Christenthum und Kirche in der Zeit des Grundlegung , Ratisbonne, 1860 ; * Lightfoot, St. Paul’s Epistle to tlie Philippians, 9e édit., in-8°, Londres, 1888, p. 179-267; *Ed. Match, The Organization of the early Christian Churches ( Bampton
| Lectures), in-8°, Londres, 1881; de Smedt, S. J., L’or- | ganisation des Églises chrétiennes jusqu’au milieu du ine siècle (dans le Congrès scientifique international des catholiques de 4888), t. ii, Paris, 1888, p. 297-338;
* Ch. Gore, The Church and the Minis try : a Review of the Rev. E. Hatch’s Bampton Lectures, 2e édit., in-8°, Londres, 1882; Id. , The Minis try of the Christian Church, in-8°, Londres, 1889; * E. Loehning, Die Gerneindeverfassung des Ürchristenthums , eine kirchenrechtliche Untersuchung , in-8°, Halle, 1889; * R. Sohm, Kirchemecht , Die geschichtliche Grundlagen, in-8°, Leipzig, 1892; * C. Weizsàcker, Das apostolische Zeitaller, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1892, p. 613-621;
* W. M. Ramsay, The Church in the Roman Empire,
in-8°, Londres, 1893, p. 361-374, 428-432; * J. Réville, Les origines de l’épiscopat , étude sur la formation du gouvernement ecclésiastique au sein de l’Eglise chrétienne dans l’empire romain, in -8°, Paris, 1894. F. Vigouroux.
ÉVERGÈTE (EviîpyÉ- v,ç , « bienfaisant, » cf. Sap., xix, 13; Evergetes), surnom de deux rois grecs d’Égypte, Ptolémée III Évergète Ior (247-222) et PioléméeVII Évergète II Physcon (170-117). Le Prologue de l’Ecclésiastique désigne un roi d’Égypte par ce simple titre : eVi to0 EÙEpyÉTOu ; d’après les uns, c’est Ptolémée III; d’après les autres, Ptolémée VII. Voir Ecclésiastique, col. 1545.
II est question de ces deux rois dans d’autres passages de l'Écriture. Voir Ptolémée III et Ptolémée VII Piivscon.
ÉVERGËTE
ÉVOCATION DES MORTS
— Dans le Nouveau Testament, Notre-Seigneur dit : « Les rois des nations les dominent, et ceux qui ont pouvoir sont appelés Évergètes (e-isp-pérai, benefic.i). » Luc., xxn, 25. Ces paroles font allusion soit aux rois d’Égypte dont nous venons de parler ou à d’autres rois qui avaient le même surnom (Alexandre Ier Balas, t. I, fig. 92, col. 349, etc.), soit, d’une manière plus générale, à l'usage qui existait dans certains pays grecs de conférer ce titre d’honneur aux citoyens qui avaient bien mérité de la patrie ou de la cité. Hérodote, vm, 85, édit. Didot, p. 406; Platon, Gorgias, 61 ; De virtute, t. i, p. 371 ; t. n, p. 568; Diodore de Sicile, XI, xxvi, 6, t. il, p. 372; Xénophon, Hellen., VI, i, 4; Anab., VII, vi, 38, p. 316, 439; cf. Thucydide, I, cxxix, 3, p.48; Démosthène, Aclv. Leptin., 60, p. 247; cf. Il Mach., iv, 2 (d’Onias); Josèphe, Bell, jud., IV, ix, 8 (de Vespasien). F. Vigouroux.
ÉVI (hébreu : ’Ëvî; Septante : E-jf; Vulgate : Evi, Num., xxxi, 8, et Hevæus, Jos., xm, 21), le premier des cinq rois madianites défaits et tués par les Israélites envoyés par Moïse, mille de chaque tribu. Num., xxxi, 8. Leur pays devint la possession de la tribu de Ruben. Jos., xn, 21.
ÉVILMÉRODACH (hébreu : Évîl-Merôdak ; Septante: EoiocX|j,apwô£^ , Où),at|j.aSâyap , EuDaSgepcoodc/ ; Bérose: EveDixapdcSouyoc ; Canon de Ptolémée : ’I)Aoapcnj8a|j.CK;; textes cunéiformes babyloniens :
Am[v]il- Marduk, c’est-à-dire « homme du dieu Mardouk ou Mérodach »), fils et successeur de Nabuchodonosor, monta sur le trône vers la fin de l’année 562 et mourut en 559; Bérose, dans Josèphe, Contr. Ap., i, 20, édit. Didot, t. ir, p. 351, et le Canon de Plolémée ne lui attribuent que deux années de règne , parce que , suivant l’usage babylonien, ils ne comptent pas les premiers mois, qui forment une année incomplète. Les textes cunéiformes datant de son règne, contrats d’intérêt privé, dits « tablettes Egibi », confirment exactement ces dates extrêmes. Quant aux chiffres donnés par Alexandre Polyhistor, douze ans, édit. Didot, Historicorum græcorum fragmenta , t. il, p. 505, si l’on veut leur reconnaître quelque valeur, il faut supposer qu’ils comprennent les années où Nabuchodonosor dut abandonner le gouvernement de son royaume, durant sa folie dont parle Daniel, iv, 30-33. L’Écriture nous apprend, IV Reg., xxv, 27-30; Jer. , lu, 31-34, qu’Évilmérodach tira de la prison où il était enfermé depuis trente-cinq ans Joachin, l’avant-dernier roi des Juifs, qu’il lui donna un siège au-dessus, c’est-à-dire lui donna le premier rang parmi les rois captifs retenus à Babylone : Josèphe ajoute même qu’il le mit au rang de ses plus chers amis. Une ancienne tradition juive, relatée par saint Jérôme, In Isaiam, xiv, 19, t. xxiv, col. 162, prétend qu’Évilmérodach fut jeté en prison par Nabuchodonosor, remonté sur le trône après sa folie, et que c’est là qu’il se lia d’amitié avec Joachin. Mais les textes cunéiformes renferment bien des exemples analogues d’adoucissements inespérés apportés à la situation des rois captifs. J. Ménant, Annales des rois d’Assyrie, p. 255-256; Eh. Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. n, p. 164-166; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., t. iv, p. 94. Du reste du règne d’Évilrnérodach, dont on n’a retrouvé aucune inscription historique, nous ne savons rien, sinon qu’on lui reprocha de se conduire avec trop d’arbitraire et de licence, et que sur ce prétexte Nergal-sar-ussur, son beau-frère, marié à une fille de Nabuchodonosor, organisa contre lui une conspiration, le mit à mort et lui succéda. Bérose, édit. Didot, Historicorum græcorum fragmenta , t. n, p. 505-507. Ce reproche n’est peut-être pas plus fondé que celui d’impiété fait à Nabonide par les scribes de Cyrus, au moment de la conquête de Babylone. — 11 est possible qu’il faille lire encore le nom d’Évilmérodach dans la lettre des Juifs rapportée par Baruch, i, 11, 12,
à la place de celui de Balthasar, pour qui l’on fait offrir des sacrifices à Jérusalem. Voir Balthasar 3, col. 1422. Comme Nabuchodonosor régna fort longtemps, et qu’il fut parfois retenu hors de Babylone par des expéditions lointaines, son fils dut souvent prendre part au gouvernement de l’empire, et cela obligea les Juifs de faire prier pour lui en même temps que pour son père au Temple de Jérusalem. — Voir G. Rawlinson , The five great monarchies, 1879, t. iii, p. 61-63; t. ir, p. 427 ; J. Ménant, Babylone et la Chaldée, p. 248; The Cuneiform Inscrip- ! lions and the Old Testament, t. n, 1888, p. 51-52, 198; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes , 6e édit., t. iv, p. 339-340; Boscawen, Babylonian daled tablets, dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology , 1878, t. vi, i, p. 26-52, et pl. n, 6; Pinches, dans les Records of the Past, lre série, t. xi, p. 87-89, The Egibi Tablets, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archæology, mai 1884, t. vi, p. 193-198, The babylonian Rings of the second Period; Eb. Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek , t. iv, p. 200-203.
E. Pannier.
ÉVOCATION DES MORTS, art prétendu de faire comparaître et parler les mânes des morts, pour apprendre d’elles les choses cachées ou futures. Cet art porte le nom de nécromancie, ou divination par les morts. Voir Divination, col. 1446, 7°.
I. L’évocation chez les anciens. — 1° Les Chaldéens avaient la prétention de savoir évoquer les morts. Aux adjurations des nécromants, le sol se crevassait, l’àine du mort en jaillissait « en coup de vent » et répondait aux questions posées. Cf. Fr. Lenormant, La divination et la science des présages chez les Chaldéens , Paris, 1875, p. 151-167; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1895, t. i, p. 588-589, 696. L’évocation se pratiquait en Égypte, Is., xix, 3, et les Chananéens y étaient fort adonnés. Deut., xvm, 11. Chez les Grecs et les Romains , la nécromancie s’exerçait de préférence dans des lieux que leur configuration particulière semblait mettre en communication directe avec les enfers, l’Achéron et le marais d'Aorne, en Épire, Héraclée, sur la Propontide, la région volcanique du lac Averne, en Campanie, la caverne du Ténare en Laconie, etc. Hérodote, v, 92; Diodore de Sicile, iv, 22; Strabon, v, 244; xvi, 762; Cicéron, Tuscul., I, 16, etc.; Dôllinger, Paganisme et judaïsme, trad. J. de P., Bruxelles, 1858, t. iii, p. 293-296. — 2° Moïse proscrivit la nécromancie comme abominable aux yeux du Seigneur et porta la peine de mort contre ceux qui l’exerçaient. Lev., xix, 31; xx, 6, 27. Néanmoins il existait des nécromants au milieu des Hébreux à l’époque de Saiil, I Reg., xxix, 7, 9; d’Isaïe, vm, 19; de Manassé, IV Reg., xxi, 6; Il Par., xxxm, 6. — 3° L’évocation se faisait au moyen d’adjurations magiques, et les mânes étaient censées répondre d’une voix faible et presque inarticulée. Isaïe, vm, 19, dit que les morts évoqués « poussent des sifflements et des soupirs », et il ajoute, xxix, 4, que la voix du spectre sort de terre et que le son s’en fait entendre comme à travers la poussière. Dans les auteurs classiques, les mânes ne peuvent que murmurer doucement, TpùÇîiv ou -rpiÇeiv, Iliad., xxm, 101; Odys., xxiv, 4; ünorpùîmv, Héliodore, VI, 15; stridere, Stace, Thebaid., vu , 770; Claudien, In Rufin., i, 126; cf. Virgile, Æneid., iii, 39; vi, 492. — 4° Aucune volonté humaine n’a le pouvoir d’évoquer et de faire parler les morts. Ce pouvoir n’appartient qu’à Dieu. Matth., xvii, 3; Luc., xvi, 27. Rien ne prouve que Dieu l’ait jamais exercé pour répondre aux adjurations des nécromants du paganisme. Les réponses obtenues par ces derniers doivent donc être attribuées partie à la supercherie, partie à l’intervention du démon. Les Septante ont pensé que les ’ôbôt ou nécromants n’exerçaient leur art que par supercherie, car ils traduisent toujours leur nom par èyYacrTp[p.o0ot , <c ventriloques. » I Reg.,
I xxvm, 3, 7, 9, IV Reg., xxi, 6; II Par., xxxm, 6; Is.,
ÉVOCATION DES MORTS
■vin, 19. Dans la Vulgate, les nécromants sont appelés •niagi ou pythones , noms qui permettent de supposer une réalité objective dans les effets de leur art. Il est constant que le démon n’a cessé d’intervenir dans les pratiques magiques des anciens, et son action y est aussi indéniable que dans certains effets merveilleux obtenus par nos modernes spirites. Seulement cette action a toujours été assez dissimulée pour tromper les hommes, et assez artificieuse pour ne pas se démasquer elle- même et ruiner son propre crédit.
II. L’évocation de Samuel à Endor. — 1° Voici le fait raconté I Reg., xxvm, 7-25. Saiil, voyant en face de lui le camp des Philistins, consulte Jéhovah, qui ne lui répond point. Il se rend alors de nuit, sous un déguisement, à Endor, chez une femme qui évoque les morts, et il lui demande d'évoquer Samuel. La femme hésite ; elle sait que le roi a pris des mesures sévères contre ceux qui exercent cet art et craint qu’on lui tende un piège. Saül la rassure; elle fait son évocation et Samuel apparaît. A cette vue, la femme pousse un cri et reconnaît Saül dans son visiteur. Elle lui dit qu’elle voit monter de la terre un ’ëlôhim, c’est-à-dire un être surnaturel, enveloppé d'un manteau. Saül comprend que c’est Samuel et se prosterne. Puis il lui demande ce à quoi il doit s’attendre en face des Philistins. Samuel lui répond en lui renouvelant l'assurance de sa réprobation déiinitive. « Demain, ajoute-t-il, toi et tes lils vous serez avec moi. » Saül, confondu et épouvanté, tombe de défaillance. La femme et les deux serviteurs qui l’accompagnent lui persuadent à grand’peine de manger pour refaire ses forces. 11 repart ensuite la nuit même pour son camp et périt bientôt sous les coups des Philistins. — 2° Ce récit a été interprété de trois manières principales : — 1. L’apparition et la réponse de Sifmuel ne reposent que sur une supercherie de la pythonisse. C’est l’opinion que saint Jérôme formule à plusieurs reprises, sans d’ailleurs la développer. La pythonisse « parait évoquer Samuel », ln ls., vu, 11, t. xxiv, col. 106; ln Ezech., xiii, 17, t. xxv, col. 114; « elle parle à Saül dans le fantôme de Samuel. » In Matth,, vi, 31, t. xxvi , 46. Cette opinion a été défendue entre autres par Ægid. Strauchius, Samuel personatus , et J. C. Harenberg, De pythonissa endorea et cultu tripodum in Patæstina, dans le Thésaurus de Hasée et Iken, Leyde, 1732, t. i, p. 632-651. — 2. L’apparition est le fait du démon. Eustathe d’Antioche, De engastrimytho , t. xviii, col. 614- 674, soutient que la pythonisse obéit à l'influence des démons et répond comme si en réalité elle voyait Samuel. Saint Basile, In ls., vin, 218, t. xxx, col. 498, dit aussi que c’est le démon qui intervient et revêt la personne de Samuel , mais que la pythonisse ment quand elle prétend voir les morts. Saint Grégoire de Nysse, De pythonissa, ad Theodos. episc. epist., t. xlv, col. 107-114, ne voit en toute cette apparition qu’une tromperie du démon. Tertullien, De anima , 57, t. n, col. 749, est absolument du même avis. L’auteur des Quæst. ad orthodox., 52, dans les Spuria de saint Justin, t. vi, col. 1295, croit aussi à une opération du démon, obligé cependant par Dieu de dire la vérité. — 3. L’apparition de Samuel a été réelle et permise par Dieu. Au texte de I Par., x, 13, les Septante ajoutent ces mots, qu'on ne lit ni dans l'hébreu ni dans la Vulgate : il interrogea la pythonisse « pour savoir, et le prophète Samuel lui répondit ». Ces paroles des Septante supposent une réponse effective de Samuel. , Le fils de Sirach est plus expressif encore. Il termine I ainsi l’éloge de Samuel : « Après s’être endormi , il prophétisa et révéla au roi sa lin , il fit sortir sa voix de terre dans une prophétie pour effacer l’impiété de son peuple. » Eccli., xlvi, 23. Pour cet auteur sacré, ce fut donc bien Samuel qui fit entendre sa voix. Josèphe, Ant. jud., VI, xiv, 2, ne doute pas non plus de la réalité de l’apparition. Origène , In I Reg., xxvm, De engastrimytho , t. xn, col. 1U11-1028, prend à la lettre
le texte sacré, d’après lequel la femme voit Samuel.
I Reg., xxvm, 12. C’est bien le prophète qui apparaît par la permission de Dieu, et qui annonce à Saül ce que le démon n’aurait pas pu connaître lui -même. Cette inter prétation littérale d'Origène est vivement attaquée par Eustathe d’Antioche, qui attribue à tort à son adversaire cette opinion, t. xviii, col. 650, que le démon peut évoquer à son gré des enfers même les âmes des prophètes. Le docteur d’Alexandrie ne dit rien de pareil. Théodoret, Quæst. lxiu in I Reg., t. lxxx, col. 590-594, enseigne que la pythonisse n’a aucun pouvoir pour faire paraître les morts, mais que Dieu même a ordonné à Samuel de parler pour annoncer l'avenir, et que la femme a pu voir soit un ange, soit le spectre du prophète. Saint Ambroise, In Luc., i, 33, t. xv, col. 1547, dit que « Samuel après sa mort, selon le témoignage de l'Écriture, ne cacha pas l’avenir ». Saint Augustin crut d'abord que le démon avait fait apparaître l'àme de Samuel , à moins qu’il n’y eût dans cette apparition qu’une simple fantasmagorie. De divers, quæst. ad Simplic., 3, t. XL, col. 142-144. Mais ensuite le texte de l’Ecclésiastique l’inclina à admettre la réalité de l’apparition. De octo Dulcit. quæst., b; De cura pro mortuis, 14, t. XL, col. 162-165, 606. Saint Thomas, après avoir dit que « Samuel apparut par révélation divine, ou bien que cette apparition lut procurée par les démons », Summ. theol., 1, q. 89, a. 8, ad 2lim, ajoute ensuite plus explicitement : « Samuel n’était pas encore parvenu à l’état de béatitude. C’est pourquoi si , par révélation divine et par la volonté de Dieu, l’âme même de Samuel prédit à Saül l’issue de la guerre, le fait est d’ordre prophétique... Il n’importe que l’apparition soit attribuée à l’art des démons; car, si les démons ne peuvent évoquer l’âme d’un saint ni la forcer à agir, la chose peut cependant se faire par la puissance divine de telle sorte que, lorsqu’on interroge le démon, c’est Dieu qui profère la vérité par son envoyé. » 2a 2æ, q. 174, a. 5 ad 4.
II est certain que saint Thomas eut été plus affirmatif sur la réalité de l’apparition de Samuel, si de son temps la canonicité du livre de l’Ecelésiaslique eût été mise hors de toute contestation, comme elle le fut plus tard par le concile de Trente — 4. Les détails fournis par le texte sacré supposent plus naturellement une apparition réelle qu’une simple supercherie. Saül, déjà rejeté par le Seigneur, I Reg., xv, 28, se rend de nouveau coupable en consultant la pythonisse ; mais il n’est pas extraordinaire que le Seigneur intervienne alors et fasse paraître Samuel pour annoncer l’exécution imminente de l’arrêt que le prophète a signitié longtemps déjà auparavant. La suite des desseins divins est ainsi mise en lumière. — La pythonisse ne peut reconnaître le roi sous son déguisement; elle serait donc incapable de lui faire par elle -même une prédiction sensée. — Le cri qu’elle pousse en apercevant Samuel prouve qu’il vient de se produire une chose extraordinaire, même à ses yeux. — Elle ne reconnaît Saül que quand l’évocation de Samuel est suivie d’effet; elle juge qu’un pareil prophète ne saurait paraître sur l’injonction d’un homme ordinaire ; il faut pour le moins à Samuel l’appel d’un roi. — La pythonisse voit Samuel sous l’apparence d’un ’ëlôhim, d’un être supérieur et surnaturel; mais Saül ne le voit pas : il faut que la femme le lui décrive, et alors seulement il comprend qu’il a devant lui le prophète dont il entend et reconnaît la voix. — Les paroles de Samuel sont précises et ne présentent rien de ce vague et de cette ambiguité qui caractérisent les oracles sataniques ou les inventions des devins. La prophétie se réalise de point en point, et « le lendemain », c’est-à-dire très peu de temps après, peut-êlre même dans la journée qui suivit celle qui avait commencé avec la nuit de l’évocation, Saül fut avec Samuel dans le scheol, dans le séjour des morts, communauté de séjour qui d'ailleurs n'implique nullement parité de traitement. — Ce qui indique
ÉVOCATION DES MORTS