‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 6 sur 485 · DALILA — DALMANUTHA · texte numérisé non relu

DALILA — DALMANUTHA

Le livre des Juges ne nous apprend rien touchant la nationalité de Dalila et sa condition sociale. Sur le premier point il se contente de dire qu’elle « habitait la vallée de Sorec », Jud., xvi, 4; or nous ignorons si cette vallée faisait alors partie du territoire des Philistins ou de celui des Hébreux. Cependant le sentiment presque général est que Dalila était Philistine, et tout, dans le récit, semble l’insinuer: la démarche des serânîm, la facilité avec laquelle leur proposition est accueillie, l’espèce de mépris et de haine que cette femme montre au dernier moment pour Samson, Jud., xvi, 19; les antécédents de celui-ci, Jud., xtv, 1; xvi, 1, le silence de l'Ecriture, qui serait assez surprenant, s’il s’agissait d’une Israélite.

En ce qui touche la condition sociale de Dalila , quelques Pères, entre autres saint Chrysostome, Ilomil. xvii, ex variis in Matth., dans Cornélius a Lapide, In Jud., Paris, 1859, t. m, p. 210, et saint Éphrem, Adversus improbas mulieres, Anvers, 1619, in-f°, p. 103, ont pensé qu’elle était l'épouse de Samson. Leur sentiment a sans doute sa raison dans leur respect pour la mémoire d’un juge d'Israël. Mais une mission divine et les dons gratuits dont Dieu l’accompagne ne garantissent pas la vertu de l'homme qui reçoit cette mission et ne le rendent pas impeccable. Cf. I Cor., xm, 1-2. La plupart des interprètes regardent Dalila comme une courtisane. C’est du reste l’idée qu’éveille d’abord dans l’esprit la manière dont l’Écriture parle de ses rapports avec Samson, Jud., xvi, 4a; et c’est l’impression que laisse au lecteur l’ensemble du récit comme les divers détails de la conduite de la Philistine. — Il n’est pas vraisemblable, d’autre part, que les chefs philistins aient proposé avec tant de confiance à une femme mariée de trahir son mari et de le vendre à ses ennemis, ni que celle-ci ait accepté si facilement un pareil marché ; il ne serait guère moins invraisemblable que Dalila eût pu, à plusieurs reprises, faire entrer un certain nombre de Philistins dans une maison dont Samson aurait été le maître sans qu'il s’en aperçût ou qu’il en fût averti de quelque manière. Enfin comment expliquer que Samson n’eût pas emmené dans sa patrie une femme dont il aurait fait son épouse? Cf. Jud., xiv, 8, où le mot « prendre sa femme » doit s'entendre dans le sens de la prendre pour la ramener. Josèphe, Ant. jud., Y, vm, II, partage l’opinion commune.

E. Palis.

DALMANUTHA (AoD.gavouOâ) n’est mentionné qu’une seule fois dans les Écritures. Nous lisons dans saint Marc, vm, 10, qu’après la seconde multiplication des pains, Matth., xv, 32-38; Marc., vm, 1-9, Notre-Seigneur « entra dans la barque et vint dans la région de Dalrnanutha », où il eut une discussion avec des pharisiens, qui lui demandèrent un signe du ciel. Matth., xvi, 1-4; Marc., vm, 11 et suiv. Le texte parallèle de saint Matthieu remplace « la contrée de Dalmanu tha » par celle « de Magadan », — nom qui s’est glissé aussi dans quelques manuscrits grecs et deux versions de saint Marc (l’ancienne version latine et la version syro-sinaïtique). Malheureusement la leçon de suint Matthieu est plus ou moins douteuse. On lit Magdal, Magdala ou Magdalan dans bon nombre de manuscrits onciaux et dans les versions copte, arménienne, syro-sinaïtique, peschito et éthiopienne, auxquelles il faut ajouter des manuscrits minuscules et les versions copte et gothique de saint Marc. Quoique les critiques s’accordent à préférer la leçon Magadan, les exégètes sont plutôt d’accord avec le correcteur ancien qui l’a changée en Magdala, — en ce sens que tout en lisant Magadan ils voient dans ce nom une forme plus ou moins corrompue de Magdala, aujourd’hui El- Medjdel, au nord de Tibériade, à l’entrée méridionale de la plaine de Génésareth ou du Guweir actuel. Aussi a-t-on fait l’impossible pour retrouver dans ces environs quelques traces de Dalmanutha. Les diverses hypothèses énoncées à ce sujet nous semblent tout à fait dénuées de

fondement. Celle de Lightfoot, Decas chorogr. in Marcum, v, 2, dans Ugolini, Thésaurus antig. sacr., t. v, col. 1054, qui confond Dalmanutha avec un Salmôn talmudique, ne donne aucune lumière, le site de ce dernier étant parfaitement inconnu. Voir Neubauer, La géographie du Talmud, p. 275. — Le rabbin Schwarz, dans Las lieilige Land, Francfort, 1852, p. 150, prétend avoir trouvé un « document » juif, d’âge inconnu, où il était dit que Magdala lui-même portait le nom de Telimân. Cf. Sepp, Jérusalem und das heilige Land, Schaffhausen, 1853, t. u, p. 166. Mais l’existence simultanée de deux noms sémitiques pour le même endroit est invraisemblable, et la ressemblance entre les noms Telimân etDalmanutha est loin de prouver leur identité. — Sepp, Jérusalem, p. 165-167, ?. commencé par vouloir retrouver, sans aucune preuve, Dalmanutha dans le Qal'at Ibn Ma'an, « château du fils de Ma'un, » grandes cavernes dans les montagnes à l’ouest de Medjdel. Voir Arbèle, t. i, col. 884-886. Dans un opuscule récent. Kritische Beitràge zum Leben Jesu und zurneutestamentlichen Topographie Palastinas , p. 31-35, 142, le savant bavarois ne mentionne même plus son opinion antérieure, et transporte Dalmanutha au bord du lac, à l’endroit appelé aujourd’hui ' Aïn el-Fûlîyéh , à environ trois quarts d’heure au nord de Tibériade. Mais les quatre pages d’une érudition variée qu’il a consacrées à ce sujet n’offrent guère que des combinaisons fausses ou du moins arbitraires et invraisemblables, comme la correction arbitraire de AaJuavooOâ en Aci>u.ao0vTa , accusatif supposé, mais inadmissible dans le contexte, de Aa).p.ao'j;, et l'identification de celui-ci avec le Beth-Mâ'ôn de Josèphe, Vita, 12, et du Talmud, Jer. 'Erûbin, v, 22 b; cf. Neubauer, Géographie, p. 218, qui de fait n’était qu’à quatre stades (à l’ouest) de Tibériade, et qui porte encore le nom de Tell Ma'un. — Enfin le docteur Furrer, Die Ortschaften amSee Genezarelh , dans la Zeitschrift des deutschen Palastina-Vereins, t. n, p. 58-63, a cherché Dalmanutha dans la Khirbet Minyéh, située dans la partie septentrionale de la plaine de Génésareth, et identifiée par les uns avec Bethsaïde de Galilée (voir Bethsaïde, t. i, col. 1718-1721), par les autres avec Capharnaüm. Voir Capharnaüm, col. 201-210. Il pensait que le nom de Dalmanutha avait pu être abrégé en Manûtà ou Menôlô et arabisé ensuite en Minyéh. Cette opinion a été réfutée solidement par Gildemeister, dans un article intitulé Der Naine Chân Minje, dans la même revue, t. iv, p. 194-199. Minyéh ou plutôt, selon la prononciation ancienne, Munyèli , ne saurait s’expliquer d'après les lois phonétiques comme dérivé de l'araméen Manûtà ou Menôlô. C’est un mot arabe, signifiant une « maison de campagne », un « hameau », une « ferme », et très répandu dans tous les pays de langue arabe, quoique dérivant (par le copte) du grec povr,, « habitation. » La Minyéh qui nous occupe ici est appelée par Qazouini : Munyet Hisâm, « la maison de campagne de Hisâm, » probablement d’après le khalife Ommayade de ce nom (723-742 après J. - C.) , qui bâtit plusieurs maisons de campagne. — Toutes les opinions que nous venons d’énumérer se heurtent du reste au fait connu, que nos deux évangélistes, Matth., xiv, 34; Marc., vi, 53, désignent les environs de Magdala sous le nom de « pays de Génésareth ». Pour plus de détails, voir Notes de géographie biblique, dans la Revue biblique, janvier 1897, p. 93-99. — Le pays de Dalmanutha ou de Magadan doit être la partie septentrionale de la vallée du Jourdain, au delà de ce fleuve: le premier nom étant conservé dans Ed- Delhamiyéh ou peut-être Ed- Delhamiyéh (voir Survey of Western Palestine, Name lists , p. 160, 164), le second dans Mà'ad. Voir Schumacher, Pella, p. 73, 75. Ces deux localités, peu connues jusqu’ici, sont marquées sur le Old and New Testament Map d’Armstrong. Le premier y est à environ sept kilomètres de la pointe méridionale du lac, vis-à-vis du point où, sur la rive droite, le ruisseau | de l'Ouàdi Walhàn se jette dans le Jourdain. Aussi le

DALMANUTHA — DALMATIN

gué voisin s’appelle Mahhcîdet ed- Delhamîyéh. ùlà'ad est plus loin vers le midi, au delà de ÏOuâdî el-Eqseir, « vallée du petit château, » à environ sept kilomètres à' Ed- Delhamîyéh et à deux ou trois kilomètres du Jourdain. On y trouve un sanctuaire musulman, appelé Seihli Mâ'ad, et tout près, à la Khivbet es-Sâkhinéh, Schumacher a trouvé des restes de sépultures juives, des grottes avec kokim ou tombeaux en forme de four. Voir Schumacher, Pella , Londres, 1888, p. 73. Victor Guérin, dans son voyage de 1875, dit que Ed-Delhamîyéh « s’élève sur une colline, tout près de la rive gauche du Jourdain. Les maisons sont bâties en pisé et avec de menus matériaux, et la plupart sont surmontées de huttes en roseaux». Galilée, t. i, p. 284. Mâ'ad alors était abandonné depuis quelque temps. Il ne formait qu’« un petit groupe d'habitations », également situé sur une colline, près du oualy (sanctuaire) que nous venons d’indiquer. Galilée, t. i, p. 287. — Le tombeau de Seikh- Ma'ad était connu des auteurs du moyen âge. P. Lagrange, dans la Revue biblique, 1895, p. 508.

Le nom de Mâ'ad se rattache sans difficulté à la forme grecque MayaSdtv. D’abord le y correspond souvent à un ’aïn hébreu. La finale av peut représenter un ôn hébreu, qui a pu disparaître, comme il a disparu dans Beth- Hôrôn = Beit 'Ur. Peut-être nous avons à faire tout simplement au mot hébreu ma'âdan ou ma'âdân, « délices, endroit délicieux. » Si le 'aïn de cette racine avait chez les Hébreux la prononciation dure qu’il a retenue en arabe ( gadana avec gain), le y grec serait parfaitement clair. — Quant à la transition de Dalmanutha en Ed- Delhamîyéh , il n’y a rien de bien certain à dire, puisque la dérivation et même la forme primitive sémitique du mot ne sont pas claires. Toujours est-il que les deux noms présentent les trois consonnes fixes dans le même ordre, et suivis d’une terminaison dissyllabique, dont la première appartient à certains noms féminins araméens, la seconde à certains adjectifs féminins arabes. Le h arabe peut être original, puisque cette consonne disparaît fréquemment dans la transcription grecque. Si le mot primitif est composé, le h peut représenter l’article hébreu. Dal ham-menàt pourrait être : « la porte de la portion [de l’héritage], » D’un autre côté, le h arabe peut s’expliquer aussi comme l’effet d’une étymologie populaire, rattachant le nom ancien à l’arabe delham, « loup, » ou le conformant à l’autre Delhamîyéh , située près de T Ouâdî homonyme dans le Djaulan occidental, au sud-est A'El-Qouneitra. — Ajoutons qu’Eusèbe, au ive siècle ( Onomasticon , 2e édit. deLagarde, p. 141. 282), nous parle d’un district du nom de MaysSavp, Magedena, qu’il place près de Gérasa, évidemment beaucoup trop loin du lac de Tibériade pour qu’on y cherche le Magadan de saint Matthieu. Si au lieu de Eepao-civ on pouvait lire TaSapotv, nom de la ville célèbre qui dominait la partie de la vallée du Jourdain dont nous venons de parler, tout s’expliquerait. C’est ainsi, on le sait, que les ra8apv)voi de saint Matthieu, vm, 28, sont dans plusieurs sources critiques devenues des IVpaffTivoi. — En somme, sans résoudre tous les problèmes de détail, cette dernière opinion semble la plus probable.

J. van Kasteren.

DALMATIE (Aoc) ,p.aTta), province de l’empire romain, située au nord-est de la mer Adriatique. Saint Paul, II Tim., iv, 10, dit qu’il a envoyé Tite en Dalmatie. C’est probablement pendant la seconde captivité de saint Paul que fut écrite la seconde Épitre à Timothée, et par conséquent pendant cette captivité ou un peu auparavant que Tite fut envoyé en Dalmatie. La Dalmatie faisait partie du groupe des provinces comprises dans Ylllyricum. Tacite, Hist., I, n, 76, etc. Saint Paul, Rom., xv, 19, dit qu’il a prêché l’Évangile jusqu’à l’Illyrie. S’est- il arrêté à la frontière ou a-t-il pénétré dans le pays? Nous l'ignorons.

La Dalmatie est très accidentée ; elle est divisée en

deux parties par la chaîne de TAdrius, qui court parallèlement à la mer. La côte est coupée par des rades nombreuses et sûres. Le sol, qui eût pu être fertile, était peu cultivé par les habitants, qui se livraient à la piraterie. Ils ne se servaient pas de monnaie, et faisaient un nouveau partage des terres tous les huit ans. Ce pays fut un de ceux que les Romains eurent le plus de peine à conquérir. Strabon, VII, v, 5 et 10. Ils y apparurent pour la première fois en 229 avant J.-C. Polybe, il, 12; Appien, Illyric., vu. Mais on ne trouve des traces certaines de l’existence d’une province d’Illyrie que vers les derniers temps de la république. César en fut gouverneur en l’an 59 avant J.-C. Dion Cassius, xxxvm, 8; Suétone, Cæsar , xxn; César, De bell. g ail. , ii , 35 ; v , 1 et 2. Octave se fit donner cette province en 40. Dion Cassius, xlviii, 28. En 27, elle fut attribuée au sénat et gouvernée par un proconsul. Dion Cassius, liii, 12; liv, 20. Corpus inscript, latin., t. ni, n° 2973. Aussitôt après Auguste, la province d’Illyrie reçut le nom de Dalmatie. Dion Cassius, xlix, 36; Tacite, Annal., iv, 5; Josèphe, Bell, jud., II, xvi. La Dalmatie eut pour gouverneur un légat propréteur de rang consulaire. Suétone, Claude, xm ; Tacite, Annal., xii, 52; Hist., n, 36; Corpus inscript, latin., t. m, n,s 2908, 4023; J. Marquardt, Organisation de l’empire romain, trad. franç., t. n, p. 178, n. I. Le légat résidait à Salonæ, aujourd’hui Spalato. Corpus inscript, latin., t. ni, nos 1985, 2075. II y avait peu de villes en Dalmatie. Auguste brûla celles qui existaient. Ses successeurs y fondèrent cinq colonies romaines : Épidaure, Narone, Salonæ, Æquum et Jader. Pline, H. N., ni, 141-143; Corpus inscript, latin., t. m, nos 1933, 2026, 2909, 2932. Saint Jérôme était originaire de Stridon, ville située sur la frontière de Dalmatie. — Voir A. Poinsignond , Quid præcipue apud Romanos adusque Diocletiani tempora Illyricum fuerit, in-8u, Paris, 1846 ; IL Cons, La province romaine de Dalmatie, in -8°, Paris, 1882; Th. Mommsen, Corpus inscript, latin., t. ni, p. 278; J. Marquardt, L’organisation de l’empire romain, trad. franç. (Th. Mommsen et J. Marquardt, Manuel des antiquités romaines, t. ix), in-8°, Paris, 1892, t. n, p. 171-180.

E. Beurlier.

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