DODO (Septante : \o\iS\ et AuSus ; Vulg il
ejus), père d'Elchanan de Bethléhem, un i\'-~ Sâlttim, « officiers supérieurs » de l'armée de David. 11 xxm, 24; I Par., xi, 20. Voir t. i, col. 977.
3. DODO (Septante: Ao>5::x ; Codex Atexundrinus : Auxxfa), père d'Éléazar, un des quatre gibborim, qui avaient l'emploi de sâitsitn en chef. I Par., xi, 25. La Vulgate a pris le mot Dôdô pour un nom commun : patruus ejus, « son oncle. » Au passage parallèle, II Reg., xxm, 9, le texte hébreu porte : au ketib. Dodoy, et au keri, Doday. D'après I Par., si, 12. c'est Dodo qu'il faut lire. Les Septante ont traduit d'abord le nom comme un nom commun, pins on l'a ajoute comme un nom propre: •jii>; nscTpccSéXfou aJtoO, uiô; AouS:. Pans I Par., xxvn. i. il est dit que le chef de la garde royale pendant le second mois était Doday (Vulgate: Dudia) l'Ahohite; en rapprochant ce texte des deux précédents, on constate qu'il a du être altéré' . et qu'il devait porter originairement: Éléazar, fils de Podo l'Ahohite. E. Levesqi i:.
DOEG (hébreu: DÔ'êg; Septante : Ai,»-/.), serviteur
de Sanl, que la Vulgate qualifie d'iduméen, tandis que les Septante et Josèphe après eux, Anl. jud., VI, xi, 1, l'appellent Syrien, c'est-à-dire Araméen, par suite du changement du d i a r. Il était le chef des bergers de Saiil, I Reg., XXI, 7, et l'un de ses principaux serviteurs. I Reg., xxn, 9. Les Septante, par une fausse interprétation, lui donnent, I Reg., x.\i,7, le titre de» gardien des mules de Saùl ». — Doeg se trouvait dans le Tabernai le, à Nobé, le jour où David, fuyant définitivement la cour de Sanl pour sauver sa vie, vint demander au grand prêtre Achimélech quelques aliments pour lui-même et pour se- eonipagnons, el en reçut, avec les pains de proposition, l'épée de Goliath. La Vulgate «lit que Doeg dans l'intérieur du Tabernacle du Seigneur», I Reg.,xsi, 1-9. L'hébreu et les autres versions diffèrent de la Vulgate en Cet endroit; ils portent : « 11 y avait un homme ( hoei; i lié devant le Seigneur, t Les exégètes ont exprimé divers sentiments sur la raison pour laquelle Doeg était ainsi « lié » ou « retenu » dans le Tabernacle. Les uns ont pensé qu'il y accomplissait quelque purification lé gale, les autres qu'il était venu pour s'acquitter d'un vœu, cf. -VI., xxi, 26; d'autres, qu'il était soupçonné d'être
DOEG — DOMESTIQUE
lépreux, Lev., xm, 4-5, ou qu'il avait quelque maladie dont il demandait la guérison. Voir Cornélius a Lapide, Comment., t. m, Paris, 1895, p. 396. Les traducteurs alexandrins paraissent croire qu'il avait l'ait un vœu de Nazaréen : (tuvsx<S|1evoç N^ç-'japxv Èvcâtciov Kuplou. — Quoi qu'il en soit, Doeg observa tout ce qui se pissait et garda bon souvenir de ce qu'il avait vu et entendu pour en faire usage à l'occasion. Cf. I Reg., xxn, 22. Cette occasion ne tarda pas a se présenter. Saùl avait appris que David, ayant réuni autour de lui quatre cents hommes, s'approchait à la tète de cette troupe. 1 Reg., xxn, 2, 5-6. 11 se plaignit un jour amèrement à ses officiers qui l'entouraient de ce qu'aucun d'eux ne l'informait des menées du fds d'isaï. Alors, pour faire acte de bon courtisan ou pour perdre David, ou plutùt pour ces deux motifs à la fois, Doeg raconte au roi ce dont il avait été témoin à Nobé, en commençant par le récit d'un fait qui n'est pas rapporté I Reg., xxi, 1 : c'est que le grand prêtre Achimélech avait consulté le Seigneur au nom de David. I Reg., xxn, 6-10. L'Iduméen pensait avec raison que c'était là le grief le plus grave aux yeux de Saùl; Saùl ne pouvait redouter rien tant que de voir le Seigneur rendre quelque oracle en faveur de celui qu'il regardait comme un rival acharné à sa perte. I Reg., xxn, 13. On a prétendu que Doeg avait calomnié David et Achimélech en ce qui regarde la consultation divine; mais Achimélech, à qui il était si facile de se justifier sur ce point, le confirme indirectement. I Reg., XV, 15. Le résultat du rapport de Doeg fut que Saùl, ayant mandé à Gabaon Achimélech et les prêtres de sa famille, ordonna à des « coureurs » (voir ce mot, col. 1080) de les tuer tous. Cf. IV Reg., x, 25. Mais les coureurs se refusèrent à cette exécution barbare, et le roi commanda à Doeg de les immoler lui-même. L'Iduméen, qui les avait dévoués à la vengeance de Saùl , ne pouvait reculer ; il massacra donc ces prêtres au nombre de quatre-vingt-cinq, probablement avec l'aide de ses serviteurs. Cette horrible boucherie fut suivie d'une autre plus horrible encore; on fit périr à Nobé tout ce qui avait vie : hommes, femmes et enfants et jusqu'aux animaux. I Reg., xxn, 16-19. Abiathar, fils d'Achimcleeh, put cependant échapper au massacre, et il vint apporter à David cette nouvelle. David, qui connaissait Doeg, ne fut pas surpris de sa conduite; il avait prévu, en le voyant entrer dans le Tabernacle, à Nobé, qu'il le dénoncerait. I Reg.. xxn. 211-22. La douleur et l'indignation qu'il éprouva à cette nouvelle lui inspirèrent le Psaume LI, qui commence par celte vive apostrophe à Doeg: « Quid gloriaris in uialilia, qui potens es in iniquitale? » Les Pères ont vu dans Doeg une figure du traître Judas et des impies, persécuteurs des justes et des amis de Dieu. S. Augustin, In Ps. Li, 3, 13, t.xxxvi, col. 601 et 608. E. Palis.
DOIGT. Hébreu : 'ésba ; Septante : SâxvoXo;; Vulgate : digitus.
1. DOIGT, l'une des cinq parties articulées qui terminent la main. — 1° Dans le sens propre. L'Écriture mentionne un guerrier philistin de Gelh, qui avait six doigts à chaque main et à chaque pied. II Reg., xxi, 2U; I Par., xx, 0. — Dans les cérémonies du Temple, les prêtres trempaient leur doigt dans le sang des victimes pour en toucher ensuite les cornes de l'autel ou faire des aspersions. Exod., xxix, 12; Lev., iv, 6-34; ix, 9; xiv, 16, 27; xvi, 11, 19; Num., xix, 4. — Il est encore question des'doigts de l'épouse, qui sont pleins de myrrhe, Cant., v, 5; des doigts des idoles, qui ne servent de rien, comme s'ils n'existaient pas, Sap., xv, 15; des doigts mystérieux qui écrivent sur la muraille du palais de Baltassar, Dan., v, 5; du doigt avec lequel Notre -Seigneur guérit le sourd, Marc, vu, 33, et écrit par terre, Joa., vm, 6; du doigt de Lazare, dont le damné attend en vain un léger rafraîchissement, Luc, xvi, 24; des doigts
que saint Thomas est invité à mettre dans les plaies du Sauveur. Joa., xx. 25. — Certains mouvements des doigts marquent la duplicité, Prov., vi, 13, ou la moquerie. Is., i.vm, 9. — 2" Vans le sens figuré, le doigt se prend en hébreu pour la main, qui représente elle-même la puissance de Dieu ou l'activité de l'homme. Ainsi c'est le doigt de Dieu qui fait les cieux, Ps. VIII, 4; qui se ma ni leste par îles prodiges, Exod., VIII, 15; qui écrit les tables de la loi. Exod . XXXI, |N; Deut., IX, 10; qui chasse les démons. Lue., xi. 20. Le doigt de l'homme fabrique des idoles, [s., u. IS; xvn. 8. Roboam dit aux Israélites que son petit doigt, qotén, île qàlan . « petit, » sera plus gros que les reins (le dos) de son père, pour indiquer Mue sa main sera beaucoup plus lourde, ses exigences beaucoup plus onéreuses que celles de Salomon. III Rfig., xn, 10; II Par., x, 10. Former les doi^is a la guerre, c'est donner à quelqu'un le courage et l'habileté militaires. Ps. cxi. iv (cxliii), 1. On lie la loi à ses doigts pour que l'esprit ne l'oublie pas et que la main l'exécute toujours. Prov., vu, 3. Ne pas toucher un fardeau du bout des doigts, c'est se refuser à tout acte de vertu pénible. Matth., xxm, 4; Luc, xr, 46. Les versions se servent même du mot « doigt » dans quelques passages où l'hébreu parle de « main ». Jud., xvin, 19; Job. xxi. 5; xxix, 9; Prov., xxxi , 19; Is., i.ix, 3. Elles disent aussi que le Seigneur « prend la terre avec trois doigts », là uii l'hébreu porte : « 11 mesure la terre avec un salis. ■< Is., xi., 12. Le salis est le tiers de l'éphi. Voir Éphi.
H. Lesètre.
2. DOIGT, mesure de longueur. — Dans le texte hébreu, le 'ésba' ne désigne une mesure proprement dite que dans un seul passage. Jer., lu, 21. Ce prophète nous apprend que les colonnes du Temple de Jérusalem, Jachin et Booz, qui étaient creuses à l'intérieur, avaient quatre doigts d'épaisseur de métal. La mesure ainsi nommée était égale au quart du Irfah en palme, et équivalait à l'épaisseur du doigt (environ 0m0218). Voir Coudée, col. 1000. Maimonide, Mischnê Thora, II, m, 9, 9, dit que 1' 'ésba' est égal à la longueur de sept grains d'orge moyens. — Deux fois la Vulgate traduit le mot téfah par « quatre doigts ». Exod., xxv, 25; xxxvn, 12.
H. Lesètre.
OOLFiNI Jean -Antoine, dit de Casalmaggiore, bien qu'il soit né à Pomponesce, en Lombardie, après avoir fait ses humanités à Crémone, étudia à l'université de Bologne, et là revêtit l'habit des Mineurs Conventuels. Son assiduité à l'étude lui imposait des veilles prolongées, en raison desquelles on le surnommait « Mezza notte ». Il fut appelé en qualité de théologien au concile de Trente, par Paul III. Ses confrères l'élurent provincial de Bologne, en 1546. L'université de la même ville le réclama pour professeur de physique, en 1563 11 lut élu général de son ordre en 1559, et il conduisait ses sujets « avec un lil de soie, tant était suave et tuile sa douceur », lorsque la mort vint le leur enlever, à Bologne, le 5 septembre 1560. 11 a laissé: Commenlaria in Epistolam ad Hebrseos, in-8», Rome, 1587; Comment, tria in Evangelium S. Joannis, opéra et cum additionibus cardinalis Sarnani, in-8°, 1587. — Sbaraglia fait observer que Possevin, Wadding et Jean de Saint-Antoine ont fait de cet auteur deux personnes différentes, sous les noms d'Antoine et de Jean-Antoine, celui-ci étant le véritable. On l'appelle aussi Delphini et Dauphin.
P. Apollinaire.
DOMESTIQUE (ô vv.iio;), celui qui fait partie de la maison. Ce mot, dans l'Écriture, ne désigne pas un serviteur, comme en français, mais quiconque fait partie de la maison (bêt. f/./.c: ), suit enfant, li Is et fille, soit esclave. II Sam. (II Reg.), xvi, 2; Prov.. xxxi , 15. 21; Eccli., iv, :;..: vi, 11; xxx, 2; xxxu, 26: Is., in. 6; Mich., vi, 6; Matth., X, 25, 36 (oixiaxdç, « celui qui est soumis à l'autorité du père de famille »); Act., x, 7 (oîxéri);, mot qui signifie quelquefois spécialement un esclave. Luc,
xvi, 13; Rom., xiv, 4: I Pet., H. 18) ; Rom., xvi, 5 (xav' otxov); 1 Cor., xvi, I!) izar' oî/.o. ; Gai., vi, 10; Ephes., il, 19; I Tim., v, 8. Les chefs de famille doivent prendre un soin particulier de tous ceux qui appartiennent à leur maison, spécialement de leur salut. Gai., vi, 10; 1 Tim., v, 8.
DOMINICAINS (TRAVAUX DES) SUR LES SAINTES ÉCRITURES.— L'ordre a été fondé en 1210, par saint Dominique, sous le nom de Frères Prêcheurs, pour la défense de la foi catholique, avec, pour mission principale, la prédication et renseignement des sciences sacrées. Il a exercé au moyen âge une prépondérance marquée dans le domaine intellectuel, étant le premier institut établi dans l'Église avec une mission spécifiquement doctrinale. On peut répartir son action dans l'histoire de la Bible en deux périodes : 1° le moyen âge; 2° la Renaissance et les temps modernes.
1. Moyen âge. — /. place de la bible dass l ordre. — Le couvent dominicain étant conçu comme un groupe essentiellement scolaire en vue de la diffusion de la science sacrée, chaque couvent possède un docteur ou lecteur, chargé de lire et commenter le texte des Ecritures aux religieux et aux étudiants du dehors. La Bible au moyen âge est le texte ofliciel de la théologie, et il en est pareillement dans les écoles dominicaines. Dans quelques grands couvents, spécialement à Paris, où les écoles furent incorporées à l'Université dès 1229 (Revue thomiste, t. iv, '1896, p. 153), les écoles portent le titre de studia generalia, ou hautes études. Les maîtres qui y enseignent sont les plus célèbres, et leurs leçons forment les meilleures productions scripturaires du temps. Les Postilles de Hugues de Saint -Cher représentent le type des leçons sur la Bible à l'Université de Paris pendant la première moitié du xme siècle, les commentaires de saint Thomas et d'Albert le Grand montrent ce que cet enseignement est devenu dans la seconde moitié du siècle; il s'est d'ailleurs maintenu sous la même forme pendant les siècles suivants. Le caractère relevé des leçons scripturaires des maîtres dans les studia generalia nécessita l'adjonction d'un auxiliaire destiné à donner aux commençants une connaissance d'ensemble mais élémentaire du texte de la llible; ce furent les te biblici.
Denitle, Rcv. Thom., t. n, 1891, p. 149. Cette institution fut introduite vers la fin du XIIIe siècle dans les couvents importants qui n'étaient pas des studia generalia, mais auxquels on donnait le nom de studia 80lemnia. Ces sortes de maîtres en second y furent appelés leclores biblici. Douais, Essai sur l'organisation des étioles dans l'ordre des Frères Prêcheurs, in-8', i'aii<. 1881, i». 116.
1 "ne culture biblique aussi intensive (car tous les religieux d'un couvent, même le prieur, étaient tenus d'assister aux leçons ) conduisit comme conséquence naturelle les Dominicains à introduire avec surabondance les citations de l'Écriture dans toutes leurs productions littéraires, spécialement dans leurs ouvrages théologiques et leurs sermons. La tendance est d'ailleurs générale au moyen ài;e. Mais il semblait alors qu'il ne pouvait pas y avoir à excès dans l'usage de la parole de Dieu.
L'usage incessant que les Dominicains durent faire de la Bible dans leurs écoles et la prédication les conduisit île très lionne heure à entreprendre de grands travaux dans le domaine scripturaire, et leur action se trouve marquer le point initial des principales directions dans lesquelles ont été engagées les sciences bibliques. Aussi le savant barnabite L. I ngarelli a-t-il pu écrire: « L'on peut dire que les bibles lalines. manuscrites ou imprimées, i du Mil' siècle jusqu'au concile de Trenle. lurent infiniment redevables aux travaux assidus et éclairés des Frères Prêcheurs. > Anal, juris pontif., 1852, col. 1321. Et son disciple, le P. Vercellone : C'esl à l'ordre dominicain que revient la gloire d'avoir, le pre-
mier, renouvelé dans l'Église les exemples illustres d'Origène et de saint Jérôme par le culte ardent de la critique sacrée. » Dissert, acad., in-8°, Rome, 1801, p. 48.
II. TRAVAUX POUR LA RECONSTITUTION DU TEXTE LATIN: les CORRBCTORIA. — Le texte latin de la Vulgate, au dire des écrivains du xn« et du xme siècle, était, grâce au régime longtemps continué des manuscrits, fortement corrompu. La reconstitution d'un texte latin correct était donc une œuvre préalable et urgente. Les premiers travaux de correction ont été l'œuvre exclusive des Dominicains jusque vers 1267. Les prétendus correctoires de l'Université et de la Sorbonne sont fictifs. Denitle, Archiv fur Litteratw und Kirchengeschichte, t. iv, p. 281. La première correction dominicaine de la Bible a été faile à Paris, sous la direction de Hugues de Saint- Cher, un des premiers professeurs de l'ordre à l'Université. Voir Correctoires de la Bible, col. 1023-1024. La partie de cette œuvre qui porta sur la collation du texte hébreu fut exécutée par Theobaldus de Sexania, un juif converti devenu dominicain et sous-prieur du couvent de Saint- Jacques. On possède aussi de lui un extrait des erreurs contenues dans le Talmud. Renifle- Châtelain, Chart. Vniv. Paris., t. i, p. 211; S. Berger, Quant notifiant lingux Itebraicx habuerunt christiani médit œri temporibus, Paris, 1893, p. 30-31.
///. UTILISATION MAMELLE Dr TEXTE DE LA BIBLE:
les concordances. — La nécessité où étaienl les prédicateurs et les professeurs de recourir incessamment au texte sacré pour y chercher leurs autorites amena Hugues de Saint- Cher à l'idée de la confection d'un dictionnaire contenant par ordre alphabétique les mots de la Bible. Ce travail fut accompli au couvent de Saint-Jacques de Paris, d'où le nom de Concordant isa S. Jacobi. voir Archiv, t. n, p. 235. Voir Concordances de la Bible, col. 895-890. Le système adopté par Hugues de Saint -Cher pour ses concordances avait l'avantage de donner un manuscrit peu volumineux, mais il avait l'inconvénient d'obliger de recourir à la Bible, sans qu'on put comparer d'un seul coup d'œil les pass - onlenant le même mot. On obvia à cet inconvénient en citant sous chacun des mots formant le dictionnaire des concordances les phrases entières de la Bible qui contenaient ce mot. Ce système donna des concordances très développées, chaque phrase de la Bible paraissant plusieurs fois en divers endroits: de là leur nom de Concordantise magnai. Elles furent l'œuvre des religieux que l'ordre envoyait étudier en Angleterre , c'est-à-dire à Oxford, où était le studium générale. Voir Archir, t. n, p. 234. L'initiative semble en à Jean de Deiiington. Richard de Stavenesby et Hugues de Croyndon paraissent ai - principaux
collaborateurs. Elles sont connues sous le nom de
rdantise anglicans. Elles ne sont pas antérieures à 1210. Voir plus haut, col. 896. — Au commencement du XIV siècle, un dominicain allemand, Conrad de Halberstadt, simplifia les concordances anglaises en ne laissant dans les citations que les mots les plus importants pour déterminer le sens. C'est sous la forme que leur a donnée Conrad que les premières concordances ont surtout été imprimées. Les éditions sans date de Strasbourg ont élé publiées vers 1 170 et 1 175. Voir col. 890. Echard, I. i. p. 010. Les concordances achevèrent leur évolution au temps du concile de Râle, sous l'action de Jean Stoj-
i. plus connu sous le nom de Jean de Raguse. Voir col. 89ii-897. La création et le développement essentiel
iicoidances bibliques avaient donc été l'œuvre exclusive des Dominicains. An XVI" et au xvir siècle, les concordances fuient encore polies ou remises au point. La revision de Luc de Bruges a joui plus que les autres de beaucoup de faveur. Mais elle a continué à porter le nom de Hugues de Saint -Cher comme auteur principal.
IV. ÉTUDE ETSt IBNCE m TEXTE BIBLIQl E: Ll S COMMEN- TAIRES. — La place fondamentale occupée par la Bible dans l'enseignement des maîtres dominicains en conduisit
un grand nombre à écrire leurs leçons ou à composer des travaux sur la totalité ou une partie de l'Écriture. Il serait à la fois impossible et même superflu de tenter ici la seule énuinération de ces auteurs. L'activité littéraire de l'ordre s'étant exercée pendant deux siècles et demi sous le régime des manuscrits, un grand nombre de ces travaux sont restés inédits. On peut voir le développement pris par cette étude en parcourant le catalogue de Bernard Gui (Archiv, t. Il, 1880, p. 2"2(3, etc.) ou les Scriptores OrdiniS Prœdicatorum de Quétif et Écbard, quoique ces collections soient fort incomplètes. Tous les catalogues des manuscrits des grands dépôls des bibliothèques de l'Europe en contiennent des specimina fréquents. Il nous suffit de donner ici une vue générale de ceux qui ont joui d'une grande réputation ou qui ont été édités au moins en partie.
1° C'est encore Hugues de Saint- Cher qui ouvre la série des grands commentateurs dominicains de la Bible. Ses commentaires sont sous forme de postilles ou annotations : Poslillse in universel Bibliajusta quadruplicem sensum literaleni, allegoricum, nioraleni, anagogicum (premières éditions, Venise et Bàle, 1487; la dernière, 8 in'-f°, Venise, 1754). Hugues met à profit dans ses commentaires son travail sur les concordances, car il cite constamment les textes parallèles de l'Écriture; c'est même là sa méthode d'interprétation littérale. Pour l'exposition des différents sens, il incorpore volontiers les autorités qui constituent l'ancienne glose. Le développement principal est donné aux trois sens secondaires. La position de Hugues comme commentateur est bien indiquée par un chroniqueur du commencement du XIV8 siècle : Prinius postillator exstitit, et totam Bibliam egregie postillavit et excellenler in tanlum, quocl kuûusque secundum non liabuit. Henri de Hervordia, Chronicon , édit. Potthast, Gœltingue, 1859, p. 190-191.
2° Les commentaires de saint Thomas d'Aquin sur un certain nombre de livres de l'Écriture {Job, Psalm., Cantie., Isa., Jerem., Thran., Matth., Joa., Ep. Pauli) marquent un nouveau moment dans l'histoire de l'exégèse. Il transporte dans la dissection et l'interprétation du texte scripturaire la méthode qu'il a créée pour commenter les livres d'Aristote. Au lieu de la méthode d'annotations ou de postilles usitée avant lui, il dissèque les parties du livre et des chapitres pour montrer leur ordre et leur dépendance, et arrive par un procédé d'analyse de plus en plus circonscrit à l'examen des phrases et des mots. Il crée ainsi le véritable procédé exégétique. L'interprétation littérale occupe presque exclusivement ses commentaires, si l'on comprend sous cette dénomination l'élément théologique qui découle immédiatement du texte. 3° La carrière exégétique d'Albert le Grand comporte, comme sa carrière philosophique, une double manière, la seconde ayant été déterminée par l'influence de son propre disciple, Thomas d'Aquin. Albert avait d'abord commenté toute la Bible par postilles, à la façon de Hugues de Saint-Ch'er. Catalog. cod. hagiogr. biblioth. reg. Bruxellen. , t. n, p. 101. Ce travail est demeuré inédit. Albert commenta plus tard un certain nombre de livres de la Bible par un procédé analogue à celui de ses commentaires sur Aristote et dans lequel il se rapproche de saint Thomas. Mais ici comme ailleurs les écrits d'Albert n'ont ni la précision ni la sobriété de ceux de son disciple. Les éditions des œuvres complètes d'Albert ne contiennent pas entièrement cette seconde catégorie de commentaires. Ceux sur les Psaumes, Jérémie, Baruch, Daniel, les petits Prophètes, les quatre Évangiles et l'Apocalypse sont seuls publiés. Script. Ord. Prœd., 1. 1, p. 1745; Archiv, t. n, p. 230.
4° La plupart des travaux sur le texte même de l'Écriture au moyeu âge ont été exécutés sous forme de postilles, à la façon de celles de Hugues de Saint- Cher, ou de commentaires comme ceux de saint Thomas d'Aquin. Au xme siècle, le système des postilles, plus simple et
plus facile, semble avoir prédominé. Parmi les religieux qui ont écrit sur la Bible, soit sur une partie ou la totalité du texte, nous pouvons nommer : Jourdain de Saxe, second maître général de l'ordre ; Pierre de Tarentaise , archevêque de Lyon et pape sous le nom d'Innocent V; Nicolas de Gorran, confesseur de Philippe IV, qui a écrit sur toute la Bible; Bernard de Trilla, provincial de Provence; Jean de Erdenbourg, maître de l'Université de Paris; Thomas de Lentino, patriarche de Jérusalem. Au XIVe siècle : Thomas Jorg, professeur à Oxford et cardinal ; Nicolas de Trevet, maître d'Oxford; Ptolémée de Lucques, évèque de Torcello ; maître Ekehart de Hochheim, le chef des mystiques allemands; Ludolphe de Saxe, dominicain pendant une trentaine d'années, puis chartreux, connu par sa célèbre Vie de Notre -Seigneur Jésus-Christ; Michel du Four, professeur à l'Université de Paris; Pierre de la Palud, patriarche de Jérusalem, etc. etc. (On peut consulter pour ces noms et un grand nombre d'autres le catalogue de Bernard Gui, Archiv, t. n, p. 220, et Écbard, Script. Ord. Prœd.) Au XVe siècle, l'ordre, travaillé par des réformes qui portèrent leur idéal vers l'ascétisme et négligèrent l'étude, vit diminuer notablement la vie scientifique. Ce qu'il gagna en bienheureux, il le perdit en docteurs. On pourrait cependant nommer, à coté du célèbre cardinal et théologien Jean de Torquemada (Écbard, t. i, p. 839), un certain nombre de commentateurs.
5° A côté des travaux sur le texte de la Bible sous forme de postilles et de commentaires, l'ordre en produisit dès la lin du xme siècle, mais surtout au xive, une catégorie spéciale, connue sous le nom de Lecturœ. La lectura est un produit scolaire de l'enseignement de la Bible et représente la leçon telle qu'elle se donnait dans une école de théologie d'alors, en dehors des studio generalia. Ces sortes de commentaires sur les différents livres de la Bible sont distribués en levons ou lectures, d'où leur nom. La leçon comprend l'explication d'une portion du texte scripturaire, quelques versets ou une partie du chapitre. L'interprétation en est donnée comme dans les commentaires proprement dits. Le maître pose ensuite une ou plusieurs questions de théologie proprement dite qui se rattachent plus ou moins directement au texte commenté. Une leçon comprend ainsi une partie purement scripturaire et une autre purement théologique. Ces écrits, assez communs au xive siècle, ne sont que l'aboutissant du mode d'enseignement de la théologie pratiqué dès le xne siècle; le maître commentait l'Ecriture comme texte scolaire et y greffait à son gré des questions dogmatiques ou morales.
Parmi les auteurs dominicains qui ont traité par ce procédé l'Écriture, on peut nommer: Olivier, provincial .le Dacie; Tullius, de la même province; Jean 'I'- Erdenburg, Albert de Lombardie. Archiv, t. il, p. 2Ji-235; Écbard, Script. Ord. Prœd. Le célèbre commentaire sur la Sagesse, de Robert de Holcot, professeur a l'université de Cambridge, si souvent imprimé ( lre édit., Spire, 1483), est composé d'après cette méthode. Pareillement les lectures de Dominique Grenier sur la Genèse et les livres historiques de l'Ancien Testament (Toulouse, Bibl. municip., mss. 28, 29, 31), dédiées à Jean XII et écrites sur le conseil du général de l'ordre, Béranger de Landore (Écbard, t. I, p. 013; Douais, Essai sur l'organisation, p. 117-119). Les leçons d'Arnaud Bernard sur l'Apocalypse données dans les écoles épiscopales de l'archevêque de Toulouse, Jean de Cardailhac, en 1379, appartiennent au même type (Toulouse, Bibl. mun., ms. 57; Douais, p. 119; Ecbard, t. I, p. 589).
6° On peut encore rapprocher des groupes de travaux précédents, relatifs a l'intelligence du texte sacré, les écrits connus aujourd'hui sous le nom de Chaînes. Voir col. 482. Ces extraits des Pères de l'Église et des auteurs ecclésiastiques avaient déjà trouvé une première réalisation dans la glose ordinaire de Walalrid Strabon (IXe siècle). Samt
Thomas d'Aquin, par ordre d'Urbain IV ( 1161-1164) , entreprit sur une base plus large et avec des ressources nouvelles une exposition des quatre Évangiles, par la juxtaposition de textes patristiques formant une interprétation continue. 11 avait donné lui-même à son ouvrage le nom d'Expositio continua, auquel on a substitué plus tard celui plus prétentieux et moins clair de Catena aurea. Saint Thomas avait fait traduire directement du grec un certain nombre de textes que l'on ne possédait pas encore en latin, ainsi qu'il le déclare dans les préfaces. Son confrère Guillaume de Morbeeke, archevêque de Corinthe, qui se trouvait avec lui à la cour pontificale, et traduisait du grec, sur sa demande, les œuvres d'Aristole et d'autres philosophes, est selon toute vraisemblance l'auteur de ces traductions patristiques. L'utilité d'avoir ainsi, juxtaposées au texte de la Bible, l'autorité et l'interprétation des Pores était manifeste, en un temps où il était presque impossible de se procurer les travaux originaux. Aussi llumbert de Romans, cinquième maître général de l'ordre, dans son mémoire sur les questions à traiter au second concile de Lyon (1274), demande-t-il l'exécution d'un travail de cette nature pour les livres de la Bible qui ne l'ont pas encore : Pro theologïa oideretw expédions, rjuod biblia glossaretur continue de diclis sanctorum in libris non glossalis. Martène, Ampl. coll., t. vu, p. 198. C'est vraisemblablement pour combler cette lacune que le dominicain anglais Nicolas de Trevetb exécuta, au commencement du xive siècle, une exposition palristique de cette nature pour toute la Bible. Ëchard, t. i, p. 562.
7» Le moyen âge n'a pas composé de travaux analogues à ceux que nous appelons, depuis le XVIe siècle. Introductions à l'Ecriture, et qui renferment les questions d'ordre général relatives à cette étude. On en retrouve cependant les éléments dispersés soit dans les préfaces des commentaires, soit surtout dans les traites de théologie ou d'apologétique, soit même dans quelques opuscules relatifs à des questions scripturaires spéciales comme le traité de Gilles de Lessines, De concordia temporwm, sur la chronologie biblique. Échard, t. i, p. 370.
V. VULGARISATION Dr TEXTE DE LA BIBLE : LES TRA- DUCTIONS. — Dès la tin du XII" siècle, mais surtout au siècle suivant, il se produisit dans les couches populaires une fermentation religieuse intense. Elle se traduit, entre autres manières, par un vif désir chez les laïques de lire l'Écriture en langue vulgaire. Le mouvement vaudois avait inauguré et développé celte tendance. Le goût de la discussion religieuse et la facilité d'errer chez des esprits sans culture avaient rendu l'autorité ecclésiastique déliante à l'égard de la traduction de l'Écriture dans les idiomes nationaux naissants. L'Église romaine ne pas avoir porté de défense positive contre la lecture de la Bible en langue vulgaire. Mais les évêques, qui se nion-
trèrent plus antipathiques que les papes à I égard des mouvements religieux laïques, furent aussi plus sévères a l'égard d'une pratique qui semblait les susciter el les entretenir. Au synode de 1210, l'évêque de Pans ordonne qu'on lui remette les livres théologiques écrits en roman, sauf la \ ie de saints, sons peine de se voir déclarer hérétique. Chart. Hun-. Paris., t. î, p. 70. Le concile provincial de Toulouse, en 1229, défend aux laïques de posséder les livres de l'Ancien el du Nouveau Testament; on leur concède, pour leur édification, le Psautier, le Bréviaire ou l'Office de la bienheureuse Vierge, mais non en langue vulgaire. Mansi, Concil,, l. xxm, p. 710. Le concile de Béziers, en l-in, dans son règlement pour les inquisiteurs de la Provence, refuse aux laïques tout livre théologique, ei me aux clercs les livres théologiques en
langue romane. Mansi. t. xxxiil, p. 715.
Les Frères Prêcheurs, roués à la prédication el à la direction des âmes, exercèrent de très bonne heure une action étendue sur un grand nombre de personnes laïques et de fraternités. Us furent inévitablement conduits à
fournir un aliment à leur piété en mettant à leur portée des traductions en langue vulgaire. Ces sortes de productions littéraires avaient pris, en 1242, un développement assez considérable pour que le chapitre général tenu cette année à Bologne cherchât à l'arrêter : Nec aliquis f rater de cetera eermones, vel collaliones, vel alias Sacras Scripturas de lalino transférant (sic) invulgare. Martène, Thésaurus anecdolorum, t. IV, col. 1684. Pris entre le besoin très réel de venir en aide aux fidèles et la défiance du monde ecclésiastique, les Domimcains hésitèrent un peu, niais sacrifièrent çà et là à la première considération, surtout à partir du XIVe siècle, où le progrès des idiomes finit par nécessiter la constitution de toute une littérature religieuse en langue vulgaire. Cette espèce d'incertitude doit expliquer, croyons-nous, en grande partie pourquoi si peu de noms de traducteurs sont demeurés attachés à leur œuvre, spécialement dans le domaine de la vulgarisation des Écritures, les auteurs pouvant avoir des ennuis à cause de leur paternité littéraire. Néanmoins aucun ordre religieux n'a à son actif, au moyen âge, une somme aussi forte de traductions bibliques.
1° La traduction française de la Bible au XIIIe siècle est d'une importance particulière à raison de l'influence qu'elle a exercée sur toute la suite des traductions françaises, catholiques et protestantes. M. S. Berger n'esl pas éloigné de conclure que « l'influence de la version du xme siècle ne s'est pas bornée aux Bibles protestantes ». mais encore que « bien peu de versions y ont échappé ». La Bible française au moyen âge, Paris, 1884, p. 31 i. Nous ne connaissons pas positivement les auteurs de cette traduction; mais M. S. Berger arrive à cette conclusion : i La version qui nous occupe a été faite par plusieurs traducteurs travaillant sous une même direction, d'après plusieurs manuscrits latins, dont le principal 'lait un exemplaire de la Bible corrigée par l'Université. Notre version a été faite à Paris, dans l'Université, entre l'an 1226 cl l'an 1250 environ. » fliid.. p. 156. Or avant 12Ô0 il n'y a eu à Paris, dans l'Université, qu'une seule correction de la Bible, celle entreprise par les Dominicains sous la direction de Hugues île Saint -Cher. On ne connaît d'ailleurs aucun exemple d'un travail en collaboration à l'Université autre que ceux des Dominicains. L'état e
sporadique des professeurs qui n'appartenaient pas à des collectivités religieuses le rend absolument invraisemblable chez les sept mailles séculiers de la faculté de
théologie. Il n'existe trace chez les franciscains de Paris d'aucune entreprise scripturaire analogue. Les Prêcheurs, au contraire, oui. aux mêmes années, revisé le lextelalin, créé les concordances et écrit le premier grand commentaire sur toute l.i Bible; el quand le chapitre général de 1242 défend de traduire à l'avenir les s. unie- .ntures en langue vulgaire, il vise évidemment un ou plusieurs faits analogues a celui qui s'esl pie. luit à Paris et a e . signalé pai M. Berger. Si donc quelqu'un est autorisé à présenter des litres a la traduction française de I.. Bible parisienne, nous croyons que les Dominicains peuvent se mettre sur les rangs et inclue se présenter parmi les premiers, en attendant, s'il y a lieu, le dernier mot de la critique. Nous trouvons au xrv* siècle plusieurs noms de Dominicains qui ont collaboré à la traduction de la célèbre Bible du roi Jean, cell ■uvie
exécutée sens ses yeux et par son ordre, ci si remarquable que le moyen âge n'en aurait pas produit qui lui lût comparable, si elle eût été achevée ». Berger, La Bible française on moyen âge, p. 238. Le travail de traduction dura une trentairîe d'années et fui l'œuvre île
toute une pléiade de travailleurs. En avril 1398, nous
trouvons nommés < maistre Jehan Nicolas, frère Guillaume Vivien, frère Jehan de Chambly (tous trois dominicains), demourant à Poissy ». Lu I i lu. Jehan de Chambly y travaillait encore. Ibid., p. 212. Nous ne mentionnons cpie pour mémoire Jean de lilois (Echard, t. i, p. 908;
Berger, La Bible française, p. 257) et Antoine- du Four (Échard, t. II, p. 22), dont les noms ont été aussi prononcés à l'occasion des traductions françaises de la Bible.
2° C'est le nom d'un dominicain qui est le premier attaché à la traduction catalane de l'Ecriture, celui de Romeu de Sabruguera (Barthélémy de la Bruyère), maître à l'Université de Paris, en 130(3, correspondant de Jacques II d'Aragon, supérieur de celte province en 1312, mort en 1313. On n'est pas autorisé à affirmer positivement que Romeu ait traduit des parties de la Bible autres que le Psautier. En revanche, cette traduction est certaine. M. S. Berger détermine ainsi le procédé de travail de l'auteur: ce Le traducteur travaillait sur un texte latin, mais il avait le Psautier français, soit sous les yeux, soit dans la mémoire. » Berger, dans la Romania, t. xix (1890), p. 524-535. Voir plus haut, col. 346.
3° La première édition de la Bible en dialecte valencien a été publiée à Valence, en 1478, par les soins du dominicain Jaime Borrell. Cette traduction avait été faite à la fin du xxvE ou au commencement du xve siècle, à la chartreuse de Portacœli, aux portes de Valence, par Boniface Ferrier, avec le concours d'autres personnes doctes. Boniface, frère du célèbre dominicain saint Vincent Ferrier, devint supérieur général des Chartreux dans l'obédience de Benoit XIII, pendant le grand schisme. J. Borrell a revu, corrigé et publié l'œuvre primitive. « Il semble avoir changé beaucoup de mots à son modèle, surtout dans l'intention de le rapprocher du latin. » Berger, p. 530. La bibliothèque Mazarine possède, sous le n° 1228, un exemplaire de ce raie incunable. Calai, des incun. de la bibl. Mazar., Paris, 1893, p. 084; S. Berger, Romania, t. xix, p. 528-530.
4» Jean Lopez, dans la seconde moitié du xve siècle, a traduit en castillan les évangiles de l'année liturgique; la première moitié a été éditée : Los evangelios desde Aviento hasta la domenica in Passione, in-f°, Zamora, 1490. Échard, t. i, p. 820. Les Dominicains ont aussi participé aux traductions italiennes de la Bible. Sixte de Sienne attribue la première traduction à Jacques de Voragine, archevêque de Gènes (Bibl. Sanct., lib. iv, ad verb. Jacob, arch. Gen., edit. Neapol., t. i, p. 397). C'est vraisemblablement sur cette autorité que s'est basé Richard Simon, quand il écrit : « Je croy que la plus ancienne traduction de la Bible en italien est celle de Jacques de Voragine, archevêque de Cènes : Possevin en parle comme d'une version peu exacte; d'autres, au contraire, l'ont estimée. » Hist. crit. du Vieux Test., Paris, 1080, p. 598. Il n'est pas invraisemblable que le grand vulgarisateur de la légende des saints ait aussi songé à une vulgarisation de l'Écriture. Sixte de Sienne, qui était un spécialiste et a longtemps vécu à Gènes, comme l'observe Échard (t. i, p. 459), a dû avoir de bonnes informations. Cette donnée concorderait avec le jugement de M. S. Berger déclarant « que l'original qu'a glosé Cavalca était très rapproché des textes usités dans le midi de la France ». Romania, t. XXIII, 1894, p. 395.
Dominique Cavalca de Pise, un des vulgarisateurs les plus féconds du commencement du xive siècle, a traduit ou paraphrasé les Actes des Apôtres en italien. Il est un des trois dominicains toscans qui ont écrit en langue vulgaire a la même époque et que Gino Capponi, dans sa Storia délia republ. di Firenze, 1875, t. i, p. 320, appelle i soinmi autori délia età prima. Il est fort curieux que les Vaudois se soient approprié l'œuvre de Cavalca; cela nous place assez loin de la théorie des Vaudois initiateurs des vulgarisations de la Bible. M. S. Berger observe à ce propos : « Le tableau que nous voyons est tout différent de l'image que nous nous faisions d'ordinaire de l'œuvre littéraire et religieuse des Vaudois. Un « barbet » s'appropriant sans scrupule la version d'un dominicain, n'est-ce pas une chose étrange et inattendue? Il me semble, au contraire, que rien n'est plus vaudois que cela. Les Vaudois prenaient leur bien où ils le trouvaient; personne
n'a jamais eu une plus grande puissance d'accommodation. » Romania, t. XXIII, p. 393. « A la considérer de près, sa version (de Cavalca) est moins une paraphrase qu'une glose continue. Le traducteur juxtapose sans cesse la traduction délayée au mot propre; en effaçant simplement les mois ajoutés au texte, on obtiendrait assez facilement une version à peu près littérale. » lbid., p. 394.
Au xv° siècle, les Dominicains italiens se livrent encore à des travaux de vulgarisation scripturaire. Marino de Venise réédite la Bible italienne en 1477, d'après la traduction du camaldule Nicolas Malerini. Il y ajoute des rubriques qui sont des résumés des chapitres selon l'exposition de Nicolas de Lyre et d'autres docteurs : Biblia vulgare... rubricata per me Fratre Marino da Venetia dell' ordine de' Predicatori de la sacra pagina hurnile professore, senuendo la expositione di Nicolao de Lyra e de li altri dolori, 2 in-f", Venise, 4477. Vers le même temps, Barthélémy de Modène, inquisiteur à Ferrare, traduit eu italien les Psaumes et y ajoute un commentaire dans la même langue. Échard, t. i, p. 807; t. n, p. 823; Le Long, 1. 1, p. 354. En 1494, Frédéric de Venise traduit l'Apocalypse en langue vulgaire e! y joint des commentaires : La exposition dell' Apocalipsis per volgar con le g/iiose di Maistro Federigo da Vente. ria del ordine de' Fratri Predicatori in MCCCCLXXXXUU. L'ouvrage a été édité en 1515 et 1519, sans nom de lieu, et l'on en possède des manuscrits. Échard, t. i, p. 700; Propugnatore, 1880, t. i, p. 119; 1884, t. n, p. 260; Romania, t. xxin, p. 417.
Nous pouvons encore signaler à titre de renseignement quelques manuscrits italiens de la Bible dont l'existence confirme encore le fait que l'ordre s'est servi pour ses religieuses de la Bible vulgaire et a travaillé à en répandre la connaissance. Tel est le manuscrit de la Marciana, à Venise, cl. i, it. 2. C'est un Nouveau Testament d'écriture bolonaise du XIVe siècle. Il est incomplet et suivi d'un calendrier en italien, dont la présence indique la destination usuelle de l'ouvrage. « Notre manuscrit, dit M. S. Berger, a été écrit dans un couvent de Dominicains ou de Dominicaines de la province de Ravenne. Il a été donné, au XVIe siècle, à la chartreuse de Venise; mais on voit, par les notes qui sont sur ses marges, que de 1363 à 1414 il appartenait au couvent de Saint-André de Ferrare. Dans ce manuscrit, qui représente la version ordinaire, les leçons sont marquées en marge, de même que les jours où elles doivent être lues, d'une écriture du xive siècle. Peut-être servait-il à la lecture publique, au réfectoire de Saint-André de Ferrare. » Romania, t. xxm, p. 415. Pareillement la Bibliothèque Nationale possède deux volumes de la Bible italienne écrite par le dominicain napolitain Nicolas de Nardo (ital. 3 et 4). Il achevait d'écrire le livre d'Ézéchiel à la fin d'octobre l fc66, I l'Apocalypse, par conséquent, comme il le dit, toute la Bible, le 15 mars 1472. Échard, t. i, p. 837; G. Mazzatinti, Invent. dei mss. ital. délie bibliot. di Francia, t. I, Rome, 1836, p. i; Romania, t. xxin, p. 128. 11 est donc manifeste que, au xve siècle surtout, la lecture de la Bible en langue vulgaire s'était remarquablement développée en Italie, et que l'ordre des Frères Prêcheurs s'y était activement employé.
5» Un phénomène semblable s'observe en pays de langue allemande. Lorsqu'on connaît l'essor donné à la langue nationale par les mystiques du xiv-' siècle, dont le plus grand nombre et les plus célèbres appartiennent aux Frères Prêcheurs , on ne peut pas s'étonner de voir ces derniers tenir une place exceptionnelle dans la question de la vulgarisation de la Bible en Allemagne. Cette question de la traduction de la Bible en allemand a fait un grand pas à la suite des récents travaux du Dr F. Justes, dont nous transcrivons les résultats. Nous constatons d'abord dans les couvents des Dominicaines allemandes le même fait signalé plus haut pour les Dominicaines d'Italie : la lecture de l'Écriture en langue vulgaire. L'im-
portant catalogue des manuscrits possédés, au XVe siècle, par les Dominicaines de Sainte- Catherine de Nuremberg nous en fournit la preuve irrécusable. Cette collection d'environ 370 numéros, chiffre fort important pour l'époque, contenait les volumes suivants, en ce qui concerne l'Écriture : une Cible complète, un autre exemplaire complet de la Bible moins les Prophètes, cinq Harmonies évangéliques, un Cantique des cantiques, huit Psautiers, deux Actes des Apôtres, deux Apocalypses, onze exemplaires des péricopes (Prophètes, Epîtres, Évangiles, Passion). F. Jostes, Meister Eckhart 0,1*1 seine Jûnger, dans les Collectanea Friburgensia, fasc. iv, 1895, p. xxiv. Mais le fait le plus important est celui de la découverte du premier traducteur de la Bible allemande préluthérienne. Jean Rellach, un dominicain du diocèse de Constance, s'étant rendu à Rome à l'occasion du jubilé de l'an 1450, et ayant pris connaissance du récit de la prise de Constanlinople parles Turcs, écrit par Léonard de Chio, dominicain et archevêque de Mitylène (celte lettre du 16 août 1553, adressée à Nicolas V, non indiquée par Jostes, se trouve dans Migne, Patr. gr., t. eux, col. 923-934), résolut, avec quelques-uns de ses confrères, de traduire en langue allemande l'Ecriture. Revenu dans son pays, il fut nommé prédicateur de la croisade contre les Turcs, et alla dans ce dessein en divers pays et jusqu'en Finlande. Le manuscrit de Nuremberg . qui contient plusieurs livres de sa traduction de la Bible et une préface où nous sont fournis ces renseignements biographiques, a permis au Dr Jostes d'établir que Jean Rellach a effectivement traduit toute la Bible, que son œuvre est, à part le Psautier, la première traduction allemande de l'Ecriture avant celle de Luther, que c'est elle qui a eu les honneurs de l'impression après la découverte de l'imprimerie. F. Jostes, Die « Waldenserbibeln » und Meister Johannes Rellach, dans VHistorisches Jarbuch, t. xv ( 1894 ), p. 881 ; t. xvm i 1897), p. 133.
6° Enfin nous devons signaler une traduction arménienne de la Bible latine faite en Orient, vers 1330, pâlies soins et sous la direction de Barthélémy Petit (Parvus). Ce religieux, originaire dr Bologne et missionnaire en Arménie, évèque de Maraga (vers 1330) et de Nachivan (1333), fut assez heureux pour ramener à l'unité romaine un bon nombre de moines arméniens schismatiques. Ils constituèrent, sous la règle de saint Augustin et les constitutions des Frères Prêcheurs, la congrégati in des Frères-Unis, transformée plus tard en une province de l'ordre. Barthélémy traduisit en arménien, avec le concours de quelques-uns des missionnaires dominicains et des nouveaux Frères-Unis, tous les livres de liturgie et les constitutions de l'ordre. Il entreprit un travail semblable pour la Bible latine. Galani, qui, au XVIIe siècle, voyagea en Orient et habita l'Arménie, trouva encore ces livres aux mains de ces religieux. De conciliations Ecclesise Armenm cum Humana, Rome, 1050, t. i, cap. xxx: Échard, t. i, p. 581. Au commencement du siècle passé, Échard signale dans son couvent de Saint - Honoré un exemplaire du Psautier arménien appartenant à cette traduction, donné à celte maison par Mathias Maracca, prieur du couvent de Charna, qui y avait reçu l'hospitalité lors de son séjour à Paris, en 1610.