‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 24 sur 486 · VI. Inspiration bi canonicité du livre de Daniel · texte numérisé non relu

VI. Inspiration bi canonicité du livre de Daniel

L'inspiration et la canonicité ne font aucun doute. Prenons seulement les cinq premiers siècles. 11 est aisé de montrer que dans cet intervalle le livre de l'aiiiel n'a cessé d'appartenir au canon. 11 est cité comme prophétique dans deux évangiles, et il y est l'ait allusion ailleurs, comme on l'a vu. Les deux premiers siècles en parlent

peu. No ons toutefois saint Paul, sainl Jean, puis saint

Clément Romain, I <ui Cor., édit. Gebhardt, p. 90; // ad Virg., édit. Beelen, p. 103. Mais peu aines il se répand partout connue livre canonique. Voici trois séries de témoiis qui le promeut : — 1» 11 fait partie de la version des Septante transmise à l'Église par les Apôtres. Il est lu publiquement — et l'on saii la signification dogmatique de la lecture liturgique — dans l'office divin. Il sert à établir le dogme, à combattre les Juifs elles hérétiques, ce qui est assez dire qu'il esi reçu universellement comme livre inspiré et canonique. La meilleure preuve d'une telle réception sent les manuscrits grecs que nous avons encore, YAlexandrinus, le Vaticanus, le Sinailù . le Claronwnlanus. Le Sinaiticus ne l'a pas aujourd'hui, mais c'est par accident. Ajoutez le- autres versions faites sur les Septante, ou Théodolion, qui dans les Septante succéda en son temps a la première version grecque. La syro-hexaplaire, la pesclùto actuelle, l'éthiopienne, etc., cou ienneni aussi Daniel et ses Additions. — 2° 11 esl cité très fréquemment par le- Pères. Lisant le Danii

complet, c'est lui qu'ils reproduisent. Indiquons les principales citations. Saint Irénée, t. vu. col. 9JÎ4, 1054 : « Et ils entendront les paroles qui ont été dites par Daniel le prophète : Race de Chanaan, etc. » Dan., xm. Cf. Dissert., ni, a. 1, 217 suiv. Clément d'Alexandrie, t. vm, col. 327, 1330. Origène nommément défend tout Daniel comme canonique. Il s'en explique clairement dans sa réponse à Jules Africain , qui avait attaqué l'histoire de Susanne, parce qu'elle n'est pas dans l'hébreu et qu'elle renferme des erreurs et des jeux de mots tirés du grec. Il réfute « ex professo » cette série d'objections, affirmant entre autres qu'en matière de textes inspirés, ce ne sont pas les Juifs, c'est l'Église qu'il faut croire, t. XII, col. 405; I. xiv, col. 687; t. xi, 42-47. 47-80. Cf. L. Coletta, Del !,/„■„ di Estlier, Naples. 1869, p. 220-230. Tertullien, t. n. eol. 963 (Bon., xm). Saint Hippolyte, t. x, col. 690, et suiv. 806: il a composé un commentaire sur Daniel, édité par O. Bardenhewer, Des h. Hippolytus Commentât zu»H Bûche Daniels, Fribourg en Brisgau, 1877, p. 71 (Susanne), p. 80 (Bel et le dragon). Lucifer de Cagliari, t. xm, col. 894-899. Kusèbe dè"Verceil, t. xii, cof 952, 964. Zenon de Vérone est remarquable. Il a écrit neuf petits traités sur Daniel: De Daniete, qui sont très beaux. Il y rappelle, entre autres, l'hymne Benedicite (incensi byinnum canunt), et la seconde fosse aux lions (cœlesti prandio satur). II loue éloquemment Susanne : De Susann ' , t. xi, 413, 4ii, 299, 300 (magnifique), 533, 525. 526, 527. Saint Amhroise, t xv, col. 150, 151, cf. 154. 594, 789. Saint Athanase, t. XXV, col. â5, 39. 387, 542, 547, 618, 671, 1192. 1193, 1255, 1378. Didyme, t. xxxix, col. 374. 131, 548. 054 (quia apml Danielem in judicin de Susanna habito legitur : Suscitavit, etc.); xm, 45 (Hic quoque Deum esse Spiritum sanctum ostendil Scriptural. 1084. Cf. Mingarelli, De sacra Script., 99t. 995. Saint Cyrille de Jérusalem, t. xxxui, 103. 039, 857, 962. Méthode, t. xvm, col. 390. Eusèbe de Césarée, t. xxi, 483. Saint Grégoire de Nazianze, t. xxv, col. 471, 699, 898, 1182; xxxvi, 270. Saint Grégoire de Nysse, t. xi.v, col. 1235, 1284. Théodoret, t. lxxxi, col'. 1159, 1251. 1314 (1316 tojio; y, commentaire du chapitre ni l'Addition deutérocanonique). Saint Jean Chrysostome, edit. liaunie. i. p. 710: m, p. 676, 805, 191 1 192; vi. p. 253, 294, 368 seqq. Cf. p. 363 (Synopse), x, p. 153. Les trois jeunes Hébreux, épisode familier au grand docleur, t. iv, p. 582, 851, 882. 899; t. v. p. 121, 183, 337, 352, 385, 589; t. ix. p. 119. 727: x, p. 182. 184; xi. p. 196, 501 : xn. p. 346. Saint Isidore de Péluse, t. i.xwui, 970, 1055, 1095, 1235,730, 1130 (Susanne). Ammonius, Fragmenta in Daniel. , t. Lxxxv. col. 1303-1309. Kulin, t. xxi. 011. Saint Jérôme, t. xxn, col. 329, 332, 353, 1027; t. xxiii, 215, 568 (Daniel et omnes prophètes, Don., m. 27): xxv, 509, cf. 511. 50s. 569, 570, 580 seqq., 581, 582, 1271. 1512; t. XXVI, 350; t. XXVIII. Il admet les Additions. Voir Prol., de can. hebr. verit., t. v, col. 87. Il affirme, t. \ , col. 1291, cf. noie li. col. 1292, que le- additions ne sont pas dans l'hébreu, mais que cependant elles sont universellement reçues dans l'Eglise. Ses textes contraires expriment moins son opinion que celle d'autrui. Saint Augustin, édit. Gaume, t. vu, col. 148 (Sancla Scriplura), 2075. 1970 seqq.; I. x. p. 1118. De toul cela il résulte que la foi ecclésiastique à l'inspiration du livre esl, du moins à cette époque, des constante et lies distincte. On peut donc ne pas rapporter les listes nu canons, officiels ou privés, qui la Confirment, depuis la liste du concile de Nicée passée en Afrique, approuvée a Rome et reproduite ailleurs, jusqu'aux listes des grands docteurs el des écrivains moins autorisés. Toutes renferment Daniel et ses Additions. — 3» 11 est encore un hoi-ieme ■j.vmc de preuves qu'il faut exposer 1res rapidement. Il est lin'' de l'archéologie chrétienne primitive et il regarde moins le livre que les Additions. 11 consiste dans des verres dorés, des fresques , des sarcophages de ce temps-là, représentant des sujets empruntés au Daniel

DANIEL (LE LIVRE DE

controversé. Voici une première série de sujets, mêlés à d'autres qui proviennent des protocanoniques : — Dans un verre à. fond d'or du musée Kircher, les trois enfants dans la fournaise, les mains levées comme s'ils priaient, la tiare flottant au vent, comme pour rappeler ce verset : « Il envoya un vent, » etc. Dan., m, 20 (R. Garrucci, Vetri ornati di figure in oro. Tavole. Roma, 1864, tav. 1, f. 1). Dans deux Fragments de la patène de Cologne, un Daniel qui prie et un de ses lions, puis un des trois enfants avec sa mitre flottante (P. Allard, Rome souterraine, Paris, 177, p. 422). Voir aussi pi. xix, p. 437 et 439, et Canon, col. 158, 159. La série des sujets isolés est plus considérable. — 1. Les trois jeunes Hébreux. — Un de ces jeunes gens sur un sarcophage du cimetière de Callixte, — le groupe tout entier, et en outre, par derrière, comme un auge ailé sur un arcosolium du même cimetière, — le même avec un ange en dehors sur un sarcophage du Vatican, — le même sur un ivoire du ve siècle, — un ange au-dessus des trois enfants dont l'un, à droite, louche d'un instrument, Azarias sans doute, sur une très belle lampe d'Afrique (R. Garrucci, Vetri, tav. m, fig. 8, 9, 11). Voir toi. 1513. — 2. Susanne. — On la voit debout, voilée, entre deux vieillards lui parlant avec feu, sur trois sarcophages d'Italie, — la même sur des sarcophages du midi delà Gaule, avec cette différence que l'un d'eux représente deux arbres derrière lesquels les vieillards aux yeux ardents se dissimulent, et l'autre reproduit en plus un serpent enroulé autour d'un arbre qui cherche à atteindre, au sommet, un nid de colombes, — une brebis sur une colline entre un léopard et un loup, peinture symbolique très belle et très simple du cimetière de Callixte- Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, Paris, 1877, p. 447. — 3. Bel et le dragon. — Dans un bas-relief de sarcophage (IIIe siècle), un autel, un arbre avec un serpent lové derrière l'autel, et devant lui Daniel donnant au serpent le gâteau qu'il a pétri, — le même, sur un sarcophage de Vérone, — le même, avec, auprès de Daniel, une antre ligure (le Sauveur?), qui lui communique son pouvoir. Garrucci, Vetri, tav. in, fig. 13. Texte p. 38. — Sur une tombe de Brescia, le ciel figuré par sept étoiles, d'entre lesquelles sort une main tenant, par la tète, Habacuc avec sa corbeille de pains. U. Ubaldi, Introductio in S. Script., Rome, 1878, n, p. 391, 395 (avec les planches , etc. De tout cela il ressort que le livre de Daniel et ses Additions était très connu dans cette période, et qu'il était connu et reçu comme inspiré et canonique, car c'est une doctrine affirmée par les théologiens, que, dans les travaux de ce genre, les premiers artistes chrétiens ne devaient s'inspirer que des Livres Saints universellement admis, ce qui du reste est confirmé par le voisinage de sujets exclusivement bibliques, et tirés des protocanoniques, mêlés à ceux que nous venons de décrire. Voir P. Allard, Rome, p. 357, cf. p. 285, 286, 369. Nul doute que ces Additions et le livre entier, comme l'entendent les conciles de Florence et de Trente, ne soient inspirés et canoniques.

Vil. Texte du livre de Daniel. — 1° Texte original. — Le texte primitif, que nous possédons encore, est en mauvais état, surtout la partie chaldéenne : aucun livre peut-être de la Bible hébraïque n'est aussi corrompu. Le nombre considérable des variantes placées en marge ou au bas des éditions imprimées en est la preuve. J.-B. de Rossi en a relevé plus d'une centaine dans ses Variée Lectiones Veteris Testamenti , Parme, 1788, t. iv, p. 139 et suiv., et il en est une foule d'autres qu'il n'a pas notées. Cf. S. Baer, Libri Danielis, Esdrse et Nelwmise, Leipzig, 1882, p. 62-85, et à la marge inférieure du texte. Ce sont en général des mots ajoutés, omis, altérés, des lettres tombées, changées, transposées, surtout des différences d'écriture et d'accent. En voici quelques exemples : mizzéra' pour ûmizzéra', i, 3; min kol pour min, i, 15; upiserch (ejus) pour ûpiserâ' {et interpretalio), n, 4-5, v, 17; ûbe'ah pour ûbe'd', u 16; kol medinôt pour kol

medinat, II, 48, et souvent 'ad di pour 'al di, m, 19; beëa'àh pour kesà'âh, iv, 16; saviiv pour Savii, v, 21; velistar pour velistar, vu, 5; lehagid lekà pour lehagîd, ix, 23; lekalah (ad consuinenduin) pour lekalè (ad cohibendum) , ix, 24; ûlehatam [et ad finieuda) pour îilehâtêm (et ad sigillanda), ix, 24; hattat pour hattà'ôt, ix, 24; môlsà' (exilum) pour min tnôt&à' (ub exilu), ix, 25; mesiah nàgid (unctus ducis) pour mdSiah nàgid (unctus du.c), ix, 25; Seba'îm Sânàh pour Sabu'ûn sibe'd)i,ix, 25; 'dm [populus] pour 'am nàgid (populus ducis), îx, 25; isliêt pour iâshit (destruel), ix, 26; "an (cum) pour 'am (populus), ix, 26; ve' ad (etusque) pour ve' al (et super), ix, 27; 'at (tempus) pour gêts l/iui'in), ix, 26; ubehcikol ieheiêh siqûls (el in teniplo erit abominalio) pour ve'al kenaf Siqûtsim (et super alatn abominationum). Cf. J.-B. de Rossi, Variée lectiones, p. 147, etc. Aucune de ces variantes n'affecte, on le voit, la substance du livre. Toutes portent sur les accidents et la forme. — On a très peu fait pour améliorer à cet égard le texte primitif. J. Norzi est le premier, je crois, qui ait essayé une correction critique dans son commentaire intitulé: Minhat sai , Manfoue, 1742. Récemment, ce travail de révision a été repris par S. Baer, qui s'est aidé de manuscrits que ne connut pas J. Norzi. Voir S. Baer, Libri Danielis, p. i-vi. Son édition, plus parfaite certainement, ne saurait être définitive. Du reste, elle ne vise qu'à donner le texte massorétique. On pourrait élargir la base de reconstitution du premier texte. Il y aurait avantage à y faire figurer les anciennes versions immédiates trop négligées. On aurait par là, non pas toujours sans doute la leçon massorétique, mais souvent le texte vraiment original. Exemples : au lieu de Uselcvelàke (tranquittitati tuœ) on aura lesàlevàlàke (peccatis luis), IV, 24, que donnent quatre manuscrits de Théodotion, la peschito, la Vulgate (delictis tuis); au lieu de Savi, on aura sovi, Théod. (£i<S6i))', la peschito, Vulgate (positum est), etc. Kaulen, op. cit., p. 402. Disons enfin que Hermann L. Strack vient de publier le texte araméen de Daniel, en prenant pour base celui de S. Baer. U l'a modifié et corrigé, mais légèrement; il a utilisé des manuscrits, dont il fait la description. Abriss des Biblischen Aramaïsch, Leipzig, 1896. Texte : Liber Danielis, n-vn, p. 9' -29*. Voir aussi A. Kamphausen , The Rook of Daniel, A crilical édition of the Hebrew and Àramaic lext printed in colors exhibiting the bilingual character of the Rook, Leipzig, 1896. — Le texte grec des Additions a suivi le sort du texte des Septante.

2° Versions. — Les versions immédiates du livre sont : les Septante, la version de Théodotion, la peschito et la Vulgate hiéronymienne, moins les Additions traduites de Théodotion. Les versions dérivées sont : l'italique (Muenter, Fragmenta vers, antiq. lai. antehier. Prophétie Danielis, Copenhague, 1819), la syro-hexaplaire de Paul de Tela, qui date de 617, du reste très fidèle, presque servile, la philoxénienne revue en 616 par Thomas de I.Iarkel, les égyptiennes, sahidique et memphitique, Muenter, Spécimen versionum Danielis copticarum, Rome, 1786; P. Ciasca, Sacr. Ribl. fragmenta copto-sahidica Mus. Borg., II Rome, 1889 (Daniel, p. 306-324); Tattam, Prophetx majores, Londres, 1852 (Daniel, t. u, p. 270 suiv.), l'éthiopienne, l'arménienne et la géorgique, la slavonne et l'arabe. Toutes, excepté la seconde et la troisième, sont faites sur Théodotion, disent les uns. Selon d'autres, elles descendraient des Septante. A. Bludau , De Alexandrinse Interp. libri Danielis indole critica, Munster, 1891, p. 31, 32. Quoi qu'il en soit de leur origine, elles sont d'une médiocre utilité. Ajoutez que plusieurs n'ont pas encore été imprimées. Il en est autrement des versions immédiates. Ne parlons pas de la peschito et de la Vulgate. La version de Théodotion, faite plus probablement vers l'an 120 ou 130, suit les Septante d'assez près, mais en les corrigeant sur l'original : elle donne le sens plus qu'elle ne rend les mots (S. Jérôme,

DANIEL (LE LIVRE DE

t. xxiii, 1024; xxix, 120; xxvm, 35); au fond, elle s'accorde avec l'hébreu et la Vulgate. Le Daniel des Septante, qui parut en Egypte en 140 à peu près, passa « aux églises où il fuùu » (S. Jérôme, t. xxv, 493) jusqu'au milieu du IIe siècle, comme on le prouve par les citations des Pères. A. Bludau, op. cit., p. 12-20. Cette version « fut alors répudiée par un jugement des maîtres de l'Église » (S. Jérôme, t. xxv, col. 514) et remplacée par celïe de Théodotion, qui est éditée parfois dans les Septante même. — On peut croire qu'elle fut abandonnée parce qn elle s'éloignait beaucoup trop de la vérité hébraïque » et qu'elle était particulièrement infidèle dans ix, 25-27. Cf. A. Bludau, op. cit., p. 33 et suiv. Le fait est que, si on la compare au texte, elle en diffère beaucoup, surtout pour les récits. On y constate, en elïet, fréquemment des additions, des omissions, parfois même un autre sens. Additions; i, 20; II, 8; m, 18, 24, 46; iv (très bouleversé). Omissions et abréviations: vi, 8 (omis ; vi, 3, G. 7. 10, 15: vu. (i (abrégés). Autre sens : vu, 13, 18, 22, 23, 27, 28; vm, 11, 12, 25. Voir J. Knabenbauer, In Daniel., p. i-7-50. A. Bludau, op. cit., p. 44 et suiv. E. B. Pusey. Daniel, p. 624-637, note E. Wiesler (Die 70 Wochen und die 63 Jahrwochen des Proph. Daniels, Gœttingue, 1839, p. 197 et suiv), et F. Fraidl (Die Exégèse der .Sic/»:/;/ Wochen Daniels, Gratz, 1883, p. 4-1 1) nommément, ont noté avec soin les divergences des Septante et de l'hébreu dans IX, 24-27. Cf. A. Bevan. The Book of Daniel. Cambridge. 1*02. p. 43-54. Les Septante de Daniel ainsi répudiés, on n'en lut plus les manuscrits. On les croyait disparus, lorsqu'on découvrit le Codex Cliisianus (Bibliothèque Chigi '), lequel fut publié à Borne en 1772, par Simcone de Magistris : Dariiel secundum LXX ex Tetraplis Origenis nunc primum edilus e singulari chisiano codice annorum supra DCCC. 11 fut ensuite réédité par J. I). Micbaelis, 111-8°, Gœttingue, 1773, et in-4°, 1774; par C. Segaar, in-8», Utrecht, 1775, et par Pearsons, 1818 et 1848. Autres éditions : Aa-nr,), -/a-ra to-j; E@5o|u)xovTa, e codice chisiano post C. Segaarum edidii secund. syro hex. recognovit A. Habn, Leipzig, 1845; J. Cozza Sacr. Bibl. vetustis. Fragmenta, P. m, Rome, 1877, Le Codex cliisianus, qui est du xie siècle, cf. A. Bludau, op. cit., p. 38, est cependant moins précieux qu'un manuscrit de la Bibliothèque ambrosienne, attribué au vme siècle et publié sous ce titre : Daniel secundum editionem LXX Interprelum ex Tetraplis desumptusex codice syro estrangelo Bibliothecse Ambrosianas syriace edidit latine vertit el notis illustravit CaiusBugati, in-4n, Milan, I7*s. M, .1. Ceriani le réédita depuis avec ce titre: Codex tyro-hexaplaris Ambras, photolithographice edilus, Milan. 1874 1 1. vm, Monumenta sacra et prof.). Il

rite la vers le Paul de Tela faite sur une copie

des hexaples possédée pai Eusèbe et Pamphile. Il offre éral un texte plus pur et plus complet. Il pourrait servir à reconstituer fidèlement le Daniel des Septante. Cf. S. Davidson, Introduction , etc., t. m, p. 226, 227.

3° Langue. — Le livre est écrit en hébreu et en araméen. Il contient en outre, mais en petit nombre, des mots d'origine aryenne, mots grecs et mots persans. Hébr. I, 1-11, irtvu, 1 ; xii, 13. Aram. il, 4b; vu, 2S. Mots grecs : nous les avons cités plus haut. Mots persans : ce sont des noms d'office ou d'emploi, de vêtements, d'instruments de musique, de nourriture, et ils se trouvent rue exclusivement dans la pai tie chaldéenne. E. B. Pusey, d'après Max Muller, op. cit., 378 el 569. Notes A etc. Cf. J. N, l'ull.i . op. cit., p. 246 el suiv. Ajoutons-y les mois syriens 'âtaf, a, 10,27; re&tm, vi. 10, 11, 13, 14: v. 21: aphadnô,xi, il ; palmônî, vin, 13. Reprenons. L'hébreu do Daniel est l'hébreu de l'exil, que distinguent les aramaïsmes. Gesenius, Geschichle der hebi aïs. hen Sprache Si hrift, p. 25, 26. Il se rapproche en eflel beaucoup des écrits de l'exil. Ézéchiel nommément a avec Dauiel, gard , l'affinité la plus étroite ;— i, 10 hiiêb i reum fecit) Ezech., xvm, 7; viii, 9; u, 16, il tsebi terra

décora = Israël) Ezech., xx, 6-15; x, 6 nehosét gala (ses Iseve) Ezech., i, 7. x, 21 kelab (scriptum) pour séfêr (liber) Ezech., xm, 9; xii, 3 zohar (splendor ; Ezech., vm, 2. xii, 6; lebùS habbadim (indutus lineis) Ezech.. ix, 3. D'autre part, l'aramëen de Daniel est l'araméen d'Esdras, c'est-à-dire qu'il reproduit, à quelques différences près, — différences justifiées du reste par le court espace qui sépare les deux écrivains, — l'araméen même d'Esdras, lexique et grammaire, et de plus qu'il s'écarte beaucoup de l'araméen des Targums postérieurs, ce qui est une preuve, répétons-le, que le livre est de l'exil. L'araméen ou chaldêen biblique a été l'objet de travaux récents. Nommons en particulier les grammaires de Fr. Delitzsch, dans S. Baer, Daniel, p. xnr et suiv., de E. Kautzsch, Grammatik des Biblisch Aramaischen, 1884, et de Hermann L. Strack, Abriss, etc. L'araméen de Daniel notamment a été scrupuleusement étudié par E. B. Pusey, Daniel, p. 45 et suiv.. note D, p. 602 et suiv. sur la base d'un article de J. Mac-Gill (The Chaldee of Daniel and Ezra dans Journal for sacred Littérature , janvier 1861, p. 373-391). Malgré ces imperfections de langue, le livre est loin d'être, littérairement parlant, « un livre de complète décadence littéraire,... dont la langue soit détestable, plate, prolixe, incorrecte. » Il ne rappelle sans doute ni Isaïe, ni même Habacuc; mais il a des chapitres (il, vr) qui par le grandiose des images et le relief extraordinaire de la pensée prophétique ne le cèdent en rien aux plus beaux. Le style en est très varié. « On y distingue, dit Pusey, Daniel, p. 37, quatre styles : 1. celui du simple récit, chap. i; 2. celui de la prière ardente, chap. rx, joignez-y les oisets d'actions de grâces en chaldêen, chap. n, 20-24; 3. celui de la prophétie pure, dans la vision des soixante-dix semaines, chap. ix, et 4. celui delà description prophétique, chap. XI, où chaque phrase, presque chaque mot exprime tout un événement ou même une série d'événements. La simplicité du récit, l'ardeur émue de la prière , la noblesse et la grandeur de la prophétie , la vie intense de la vision historique, tout cela témoigne clairement de la maîtrise incontestable de l'écrivain. ■ Ses mérites littéraires peuvent être inégaux dans ce livre, mais nul ne lui refusera une rare vigueur d'imagination et un grand talent d'exposition. — Pour achever de faire connaître le livre, disons comment il diffère des autres Livres Saints par le fond et par la forme. Il en diffère par le fond de trois manières : — I. Le prophète reçoit ses révélations, ou en songe, ou d'un ange qui lui en explique le songe ou la vision, ou encore simplement d'un ange qui lui raconte l'avenir : ce qui n'existe pas pour ies autres prophètes. — 2. Il annonce le sort et la succession des quatre grands empires antimessianiques, ne parlant d'Israël qu'indirectement en général, si l'on peut dire. Vivant a Babylone, attaché au palais des rois, leur conseiller très influent et leur ami, il est moins le prophète des Juifs que le prophèl des gentils. Tels ne sont pas les autres : dans ceux-ci l'horizon est circonscrit à la Judée, à Sion, au temple, aux prêtres, au peuple. Ont-ils des échappées sur le monde des nations, c'est qu'ainsi le veulent les rapports qu'ils ont avec Israël. — 3. Il recule l'arrivée du Messie bien au delà de ce que l'on se figurait suivant les autres prophéties, d'où l'on concluait, à tort, que la fin île l'exil amènerait nécessairement la fin des maux et coïnciderait avec l'avènement de la paix messianique. Désormais, par Daniel, on sait que de longs jours et de longues calamités sépareront le retour de l'exil, la venue du Messie et l'établissement de son royaume. Et c'est ainsi que ce livre se distingue des autres par son objet: il universalise, complète, précise ce qu'ils renferment.— Il s'en distingue aussi par sa forme. La forme est la forme dite apocalyptique. Deux éléments la constituent : 1. des révélations générales, i-oy.-i'/.v •!•.: . ayain pour objet principal la fin de toutes choses, ri ï<r/axa, et 2. de grandioses images , des symboles extraordinaires

DANIEL (LE LIVRE DE

perçus dans des visions divines. Ézéchiel (i) et Zacharie (i-vi) ont eu de ces visions, mais ni aussi nombreuses ni aussi pleines et larges que Daniel. L'étrangeté des figures et des emblèmes dont il s'est servi pour s'exprimer est providentiellement causée par le milieu babylonien et chaldéen dans lequel il a vécu. Cf. R. Cornely, Introd., il, 2, p. 483. Auberlen, Le prophète Daniel, trad. franc., Lausanne, 18S0, p. 92 et suiv.

VIII. Prophéties de Daniel. — Elles comprennent deux visions, n et vu, vin, et deux révélations, ix-xii.

/. vision des quatre EMPIRES, n et vu. — Les visions du chap. Il et du chap. vu ont le même objet en général. On peut donc les expliquer l'une par l'autre. La vision du chap. vu eut lieu dans un songe , la nuit , l'année même (542) où Baltassar fut associé au trône. On y distingue trois parties. — 1° La vision des quatre grands animaux, vu, 1-8. «Les quatre vents du ciel soufflaient avec rage sur la grande mer, l'un contre l'autre. » Voir celte image dans G. Smith, Transactions of the Society of the Biblical Archéologie, t. n, p. 221; t. m, p. 530. Puis « il monta de la mer successivement, cf. f. 6, 7, quatre grands animaux différents », symboles d'empires selon la conception biblique connue, et surtout les idées babyloniennes et assyriennes. J. Fuller, Daniel, p. 324. « Le premier était un lion (Vulgate : quasi lesena) avec des ailes d'aigle. . . Ses ailes lui furent arrachées , et lui-même enlevé de terre et mis sur ses pieds comme un homme ( ke'ènôs) , et il reçut un cœur d'homme. » Après « une autre bête parut, pareille à un ours ». « Il avait un côté plus élevé que l'autre. » Voir dans J. Knabenbauer, In Daniel., p. 190, les sens donnés à cette expression. « Il avait entre les dents trois côtes ou trois proies, et on lui disait : Lève-toi et mange des chairs. » « Pins une autre bête semblable à un léopard, avec quatre ailes d'oiseau sur le dos et quatre tètes, et il eut I empire. » « Voici maintenant après les autres la quatrième bête, » anonyme, un loup peut-être, J. Fuller, Daniel, p. 332, « différente des autres, avec des dents et des grilles de fer (d'airain) : elle dévorait et broyait tout, n, 40, et le reste elle le foulait aux pieds, et elle avait dix cornes. » Voir les dix doigts des pieds de la statue. Cf. n, 41, 42. J. Fuller, Daniel, p. 320. « Je considérais attentivement ces cornes, quand une autre corne, plus petite, surgit du milieu d'elles et en arracha trois, et elle avait des yeux comme des yeux d'homme et une bouche disant de grandes choses, des blasphèmes, » 25; ix, 36. Apoc, xm, 5. — 2° Le jugement , 9-16. Un changement se produit alors. « Des trônes de juges sont dressés entre ciel et terre, et l'Ancien des jours ('atiq iômin) s'assied » avec ses assesseurs les anges. La gloire, la sainteté, la majesté divine, sont indiquées par son âge, son vêtement et sa blanche chevelure. « Son trône est de flammes, soutenu sur des roues de feu. Un fleuve de feu sort rapide devant lui, » ce qui donne l'impression d'un rayonnement infini de la gloire divine et d'une justice purifiant tout, au loin, irrésistiblement, très rapidement. Cf. Deut., iv, 24; Ps. cm, 2; lxxxviii, 46; xcvi, 3. « La justice (dinà' =judicium =judices) prend place.» « Les livres » où sont relatées les actions humaines, base de la sentence, « sont ouverts. » Le jugement est rendu. Puis, quand le prophète a encore devant lui la petite corne qui blasphème, soudain, sans transition, il voit la sentence exécutée : la quatrième bête tuée et livrée" au feu, et les autres bêles, dont la durée de pouvoir était fixée, y. 12b, détruites. Vient ensuite le Messie et son royaume. 11 vient « sur les nuées comme un fils d'homme (kebar 'énôs) », et il s'arrête devant l'Ancien des jours, auquel il est conduit par des anges. Il reçoit de lui une puissance indéfectible et un royaume éternel. Nul doute qu'il ne s'agisse ici du Messie : c'est la tradition juive et chrétienne, et c'est le sens absolument exigé par le texte. Or Jésus- Christ s'est attribué ce mode d'apparition, ce titre de Fils de l'homme et ce genre d'empire et de pouvoir. Matth.,

xxvi, 61; Marc, xm, 26; Apoc, i, 7. Le prophète est très effrayé de cette vision, et il prie un des anges présents de la lui expliquer. — 3° L'interprétation sommaire, 17-27. L'ange le fait, en insistant sur le sort du dernier empire annoncé : « Les quatre grands animaux sont quatre empires (malekîn : rois pour royaumes, cf. y. 23), qui surgiront successivement de la terre. Ils seront remplacés par le peuple du Messie, qui régnera éternellement. Le premier, symbolisé par le lion ailé, est l'empire assyro-babylonien. Ce symbole, familier à ce peuple (voir col. 672, fig. 247), signifie combien grande fut sa puissance, et rapides ses conquêtes. Sa splendeur et son éclat sont indiqués par l'or, n, 38; cf. f. 37. Il lui est donné un cœur d'homme, c'est-à-dire qu'il perdit enfin ses royales qualités et fut réduit à l'infirme condition humaine, qui est de périr. Nulle allusion à la folie de Nabuchodonosor. S. Jérôme, In Daniel., ad h. 1., t. xxv, col. 528). — Le deuxième, figuré par l'ours, est l'empire médo-perse, dans lequel les Perses prévalent sur les Mèdes, et où l'ambition des conquêtes et la cruauté des supplices rappellent la nature gloutonne et féroce de l'ours. Il dévora, en effet, trois proies choisies, la Babylonie, la Lydie et l'Egypte, sans parler d'autres. Les Mèdes et les Perses qui le composent sont les deux bras de la statue , u , 32. — Le troisième, représenté par le léopard aux quatre ailes et aux quatre tètes, est l'empire gréco-macédonien. Il se forme très rapidement, en douze ans. Son auteur, Alexandre, ce héros aux dons extraordinaires, variés comme la robe d'une panthère, vole de victoire en victoire. Il meurt, et son empire, très peu après (312), est partagé en quatre grands royaumes, — les quatre têtes, vu, 6, et les quatre cornes, vin, 22, — savoir: l'Egypte, la Syrie, la Tbrace et la Macédoine. — Le quatrième enfin, signifié par la bête terrible, est l'empire romain; il est impossible, en effet, d'y reconnaître aucun des empires précédents. Aucun, du reste, ne l'a égalé en étendue et en intensité de puissance et en gloire. Il dut se diviser ensuite, par manque de cohésion, pour former deux empires, et finit par périr, II, 33, 40-43. Il n'est pas nécessaire de rattacher chronologiquement à l'empire romain, quoique beaucoup l'aient fait, les dix rois ou royaumes et le roi impie symbolisés par les dix cornes et par la petite corne de la quatrième bête. 11 y a là un contexte optique, explicable par la nature de la vision prophétique, qui voit souvent comme un tout indivisé un objet complexe, dont les parties sont séparées par des années et même de longs siècles de distance. Les dix rois qui doivent apparaître simultanément appartiennent, selon nous, au dernier avenir. Le roi impie qui sort du milieu d'eux est l'Antéchrist. Il est certain par le texte lui-même, vu, 8; cf. vin, 9, 23, que ce n'est pas Antiochus IV Épiphane, comme plusieurs le prétendent. 11 s'agit donc enfin des luttes et des combats suprêmes qui marqueront la lin, et après lesquels le peuple de Dieu, le jub ment ayant eu lieu , régnera éternellement dans les deux. A. Hebbelynck, De aucloritate, p. 223-238. « Là s'arrête l'explication. » Et Daniel, qui en est visiblement impressionné , la conserve religieusement.

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