‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 255 sur 486 · Monnaie d'Éphèse · texte numérisé non relu

Monnaie d'Éphèse

NEPLÎN KAISAP. Buste de Néron, dladémé, il droite. — ft. AIXMOKAII AOï'lOï'AA AESlTlATÛ. Au bas : NE'iKOPQN. Dans le champ : E<I>. Temple de Diane, vu de c-ûté.

entre l'Orient et l'Occident. Particulièrement célèbre et florissante parmi les villes de la confédération Ionique, elle a joué un rôle important dans l'histoire de nos origines chrétiennes.

I. HISTOIRE, — Les Cariens paraissent avoir habité les premiers la vallée du Caystre. Les Phéniciens, y ayant abordé pour y créer un de ces innombrables marchés qu'ils semèrent de bonne heure sur les côtes méditerranéennes, y établirent un sanctuaire en l'honneur d'une divinité féminine adorée sous le symbole de la lune. Pausanias, VII, n, 7, nous dit qu'autour de ce sanctuaire se groupèrent les gens du pays, Cariens, Lélèges, Lydiens, le droit d'asile y attirant sans cesse de nouveaux venus. Des prêtresses courageuses et guerrières, les Amazones, achevèrent de constituer la cité naissante. C'est alors que survient avec Androclès, fils de Codais, l'invasion ionienne. Éphèse sera la principale des douze villes organisées en confédération par les Ioniens. Après avoir successivement subi le joug des Lydiens sous Crésus, des Perses avant et après les guerres médiques, elle renaît pleinement à la vie hellénique sous Alexandre et Lysimaque , celui des successeurs du grand conquérant à qui elle échut ni partage. Les Altales de I'ergame, en la recevant comme don de la république romaine (190 avant J.-C), se réservent de la rendre aux donateurs après l'avilir agrandie el embellie, cl, en 129, elle devient, en effet, la métropole de la province d'Asie, définitivement organisée. Tout gouverneur arrivant de Rome

pour administrer celte riche contrée devait débarquer à Éphèse et y faire son entrée solennelle.

C'est non pas seulement à l'importance de son commerce ou à son goût pour les lettres et les arts qu'Éphèse, altenim lumen Asise, dit Pline, II. N., v, 31, dut de survivre aux nombreuses catastrophes dont elle fut témoin ; c'est surtout à son temple, si hautement vénéré dans le monde entier qu'on se disputait, comme un suprême honneur, d'en être lebalayeur ou le gardien, veioxoptSç. La ville était essentiellement une ville religieuse, où l'on n'adorait pas seulement la Grande Artémis, mais où se vendaient force amulettes, statues sacrées et combinaisons de lettres magiques, 'EçÉaia Ypdcp.ii.aTa. Nous en avons retrouvé encore quelques types dans les bazars de Smyrne. Voir Amulette, t. i, fig. 129, col. 528.

Bien que soumise, comme les autres cités de la province, à l'autorité souveraine du proconsul envoyé par Rome, Éphèse s'administrait elle-même selon des traditions toutes grecques, où se révélait sa vieille origine ionienne. Sa constitution civile rappelait, en effet, celle d'Athènes, avec assemblées de notables, po\A->|, et du peuple, S^urjç, et un président ou prytane, Ttpùvavic, pour en exécuter les décisions, comme on peut le voir dans un décret cité par Josèphe, Ant. jud., XIX, n , 25. Mais tous ces représentants de l'autorité civile , auxquels il faut joindre le greffier ou l'archiviste, ypap.p.axE'J;, étaient soumis au proconsul, comme celui-ci l'était à l'empereur. Voir l'inscription reproduite par Bœckh, Corpus inscript, grœc, 2966, où l'organisation civile d'Éphèse est encore plus complètement indiquée. En somme, on parait avoir, de tout temps, joui à Éphèse d'une large indépendance, et si les scélérats venaient s'y abriter dans le péribole du temple, qui avait droit d'asile, d'illustres exilés tels qu'Annibal (Appien, De reb. Syr., iv, 2, 87), et des hommes d'action tels que Cimon, Alcibiade, Lysandre, Agésilas, Alexandre le Grand, les deux Scipion, Lucullus, Sylla, Marc-Antoine, aimèrent à y séjourner.

Dès les premiers siècles avant Jésus-Christ les Juifs s'y étaient établis, et Josèphe, Ant. jud., XIV, x, 11-13, nous a conservé les décrets qu'Hyrcan obtint de Dolabella, pour les dispenser de servir dans les armées romaines et leur laisser toute liberté de suivre leur religion. Il est tout naturel que ce centre populeux, ce milieu très riche à exploiter, ait attiré de très bonne heure l'attention des fils d'Israël, toujours empressés à s'établir partout où ils pouvaient entreprendre quelque commerce lucratif. Généralement les dominateurs des peuples leur faisaient un accueil bienveillant, parce qu'ils trouvaient en eux des sujets très soumis aux pouvoirs publics, et peut-être aussi parce qu'ils s'en servaient pour organiser une police secrète, dont nos gouvernements modernes n'ont pas été les inventeurs. Quoi qu'il en soit, par ces Juifs cosmopolites, Éphèse se trouvait en relations suivies avec Jérusalem. On sait que les fils de la Loi, à certaines dates sacrées, étaient tenus de retourner dans la mère pairie, où ils avaient leurs synagogues spéciales, des parents et souvent de riches propriétés. Voir Act., H, 9, et vi, 9.

IL Éphèse ET L'ÉVANGILE. — De là à devenir un des champs les plus directement ouverts, en dehors de la Palestine, aux semeurs de la bonne nouvelle, il n'y avait pour Ephèse qu'un pas. Déjà quelques disciples de Jeanllapliste, Act., XIX, 3, avaient trouve le moyen d'y recruter des prosélytes du Précurseur. Combien devait-il être plus facile d'y trouver des croyants au Messie lui-même! 11 n'est pas impossible que des Juifs de la province d'Asie, ayant entendu, au jour de la Pentecôte, à Jérusalem, les Apôtres parler les langues miraculeuses, et ayant peutêtre reçu le baptême, soient passés à Ephèse ou même s'y soient établis, préparant les origines de la petite I lise que Paul devait plus lard si heureusement fonder. En tout cas, c'est à propos du second voyage du grand Apôtre qu'Éphèse se trouve pour la première fois nommée dans

EPHESE

le livre des Actes. Paul, parti de Cenchrées avec Priscille et Aquila, aborde dans la métropole de la province d'Asie, va dans la synagogue conférer en passant avec les Juifs établis en cette ville, mais refuse de s'y arrêter longuement cette fois, promettant de revenir sous peu, après être allé à Jérusalem et à Antioche, qu'il était pressé de revoir. Act., xviii, 19-21.

L'historien sacré nous dit que, pendant ce temps, un Juif nommé Apollo (voir t. i, col. 774), et originaire d'Alexandrie, homme parlant fort bien et très versé dans les Écritures, avait commencé à prêcher avec zèle, dans la synagogue d'Éphèse, ce qui regardait Jésus, tout en n'ayant connaissance que du baptême de Jean. Priscille et Aquila, comprenant l'importance qu'il y avait à faire de cet homme éloquent un prédicateur plus correct de l'Évangile, le reçurent chez eux et l'instruisirent soigneusement de la voie du Seigneur. Ils lui racontèrent sans doute ce que Paul avait fait a Corinthe, et Apollo, témoignant le désir d'aller y continuer cet apostolat si fécond, partit d'Éphèse muni de lettres de recommandation. Act., XVIII, '27.

C'est pendant son absence que Paul , venant de Galatie par la Phrygie et la vallée du Méandre, Act., xvm, 23, arriva lui-même à Éphèse, Act., xix, 1, où il devait passer trois ans, Act., XX, 31, ce qui nous révèle l'importance donnée par lui à la fondation de ce nouveau centre de la bonne Nouvelle. N'y ayant trouvé que des disciples très incomplètement formés et qui s'en tenaient encore au baptême de Jean, il les instruisit et les baptisa au nom de Jésus. Act., xix, 1-5. Comme il leur imposait les mains, l'Esprit -Saint descendit sur eux, et ils se mirent soit à parler diverses langues, soit à prophétiser. Durant trois mois, il prêcha dans la synagogue devant ses frères les Juifs; mais, comme il trouvait parmi eux des incrédules obstinés qui rejetaient et même décriaient l'Évangile, il rompit avec eux, et, entraînant ceux qui voulurent le suivre, il s'établit, pour enseigner plus librement, dans l'école d'un certain rhéteur ou philosophe nommé Tyrannus. Là, il consacra deux ans à donner des conférences qui ne furent pas sans fruit pour tout le monde. Gentils et Juifs, habitant non seulement Éphèse, mais la province d'Asie. Dans les maisons des particuliers, Act., xx, 20, son zèle cherchait également des auditoires et en trouvait de sympathiques. Aussi écrivait-il aux Corinthiens : « Une grande porte m'est ici ouverte, avec espoir de succès, bien que les adversaires soient nombreux. » I Cor., xvi, 9. A Éphèse, Dieu permit que Paul exerçât avec éclat sa puissance de thaumaturge. De simples linges qui avaient touché son corps guérissaient les malades et chassaient les mauvais esprits. Les fils d'un Juif, Scéva, prince des prêtres, transformés en exorcistes ambulants, ayant essayé d'expulser le démon au nom de Jésus que prêchait Paul, furent gravement maltraités par le possédé luimême, et l'Apôtre eut la consolation de voiries Éphésiens se convertir en masse après cet événement significatif. Plusieurs d'entre les convertis se déterminèrent même à brûler publiquement les livres de magie dont ils étaient propriétaires. Act., xix, 10-20. Toutefois ces progrès consolants de l'Évangile n'excluaient pas de rudes et peut-être sanglantes luttes. Dans sa première Épitre aux Corinthiens, xv, 32, écrite vers la fin de la seconde année de séjour à Éphèse, Paul dit : « Si je n'ai fait qu'une action humaine en combattant contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? » On sait comment une autre sédition, celle qui fut soulevée par l'orfèvre Démétrius (voir col. 1364), Act., xix, 2i, et provisoirement calmée au théâtre par le grammateus ou greffier de la cité, motiva le départ de Paul pour la Macédoine.

11 n'est pas dit, dans le livre des Actes, que cet Apôtre ait reparu dans la métropole de la province d'Asie. Quand il revint d'Europe pour aller à Jérusalem, il fit escale à Milet, ne voulant pas être retenu par l'Église d'Éphèse, alors qu'il avait décidé de se trouver pour la Pentecôte

à Jérusalem. Toutefois il manda les Anciens de la florissante communauté créée et organisée par lui, et leur adressa cet émouvant discours d'adieu, Act., xx, 17-35, qui, mieux encore que son Épitre, nous met au courant des conditions de son apostolat parmi les Éphésiens. La première Épitre à Timothée, i, 3, nous apprend que Paul avait confié à ce cher disciple, originaire du pays, la direction de l'Église d'Éphèse. Cf. II Tim., i, 18; iv. 12.

De la venue de l'apôtre Jean et de son action dans la métropole de la province d'Asie, les Livres Saints ne disent rien. Toutefois le fait que l'Apocalypse est datée de Pathmos, Apoc, i, 9, île voisine d'Éphèse, autoriserait à lui seul la supposition que Jean vit de près les sept Églises auxquelles il adresse les divines remontrances. On sait que parmi elles Éphèse est la première à mériter des félicitations pour son altitude vis-à-vis des faux apôtres, et des reproches pour sa charité qui s'est amoindrie. Apoc. , i. 11; n, 1-7. L'étrange lacune est comblée par des témoignages explicites de la tradition primitive. Voir Eusèbe, H. E., iv, 14; v, 24, t. xx, col. 337, 496; S. Irénée, Hœres., III, I, 1, t. vu, col. 845; Clément d'Alexandrie, Quis clives salveturf c. xlii, t. ix, col. 648. Pour tous, il est hors de doute que l'apôtre Jean mourut à Éphèse , où , pendant de longs siècles , on a vénéré son tombeau. Au reste, le nom même du misérable village, Ayassoulouk, qui a remplacé la grande ville d'Éphèse, n'est autre que celui du saint Théologien, ïfioç OïoWyo;. Cherchons à reconstituer, d'après les ruines que nous y avons visitées, en 1888 et en 1894, la ville qui fut un des centres chrétiens les plus importants de la primitive Église.

III. Topographie. — Lorsqu'on quitte la voie ferrée pour se diriger, à l'ouest, vers le site occupé jadis par Éphèse (fig. 584), on longe un moment les restes d'un aqueduc construit à l'époque byzantine, avec des débris de monuments grecs et romains, et destiné à conduire les eaux du Pactyas au château jadis fortifié d'Ayassoulouk. Ce château s'élève à droite, vers le nord -est, et doit servir de point de repère à qui veut comprendre la topographie de l'ancienne ville. Devant soi on a, se dressant en deux sommets pittoresques, derrière lesquels la mer dessine dans le lointain sa croupe de Ilots bleus, violets ou dorés selon l'heure du jour, le mont central . autour duquel s'étendit, en se déplaçant, la ville primitive. A gauche, et par conséquent au sud-ouest, se dresse une montagne plus élevée, au haut de laquelle courent, avec leurs capricieuses dentelures, les ruines des vieux murs de Lysimaque. Ils rappellent ce genre de fortifications helléniques que nous avions admirées à Antioche, et dont on trouve aussi des fragments à Smyrne sur le Pagus. Là fut l'acropole de la ville à l'époque macédonienne et même romaine. C'est à tort qu'on a donné à ces hauteurs le nom de Coressus. Nous les appellerons tout simplement les monts de l'Acropole , et nous serons surs de ne pas nous tromper. A notre premier voyage à Éphèse, nous avions accepté, sans les discuter, les théories topographiques de M. Weber, savant archéologue de Smyrne. Des réflexions subséquentes et l'étude des textes de Strabon et de Pausanias nous portèrent à croire qu'après Curtius, Wood et les autres, M. Weber se trompait. Le fait définitivement acquis, que le temple d'Arlémis était réellement là où M. Wood en avait exhumé la plate -forme avec quelques colonnes, nous persuada qu'il fallait chercher le site d'Éphèse primitive, non pas vers la Prison de saint Paul et au pied de l'Acropole, où le plaçait M. Weber, mais à côté même du fameux temple, et sur la hauteur que venait baigner la mer à l'époque où ce temple avait été bâti. Or cette hauteur n'est ni celle de l'Acropole ni celle du Prion, mais bien celle où se trouvent aujourd'hui le village et le château d'Ayassoulouk. En dehors même des indications topographiques que pouvaient fournir les auteurs anciens, la simple ins-

ÉPHÈSE

pection des lieux me confirma, en 1894, dans la pensée que mon hypothèse était absolument fondée. Voir Les sept Églises de l'Apocalypse, Paris, 1890. Les fouilles commencées par M. Hiimann et continuées par M. Benndorf en ont établi la justesse : la ville primitive était sur les pentes d'Ayassoulouk.

Le témoignage de Pausanias,VII, H, 7, semble d'ailleurs explicite. D'après lui, un autochtone, Coressus, et un fils du fleuve, c'est-à-dire quelque Phénicien arrivant par la rner et le Caystre, Ephesus, érigèrent d'abord un temple a Artémis, et la ville qui se forma autour du temple s'appela Éphèse. Elle fut d'abord peuplée, dans sa partie haute, de Lélèges Cariens et de Lydiens; dans sa partie basse, autour du temple, d'Amazones, groupées en ce lieu pour y honorer Artémis, la grande déesse. Quand les Ioniens

de la mer fuyant sans cesse devant l'ensablement progressif du Caystre) le nom de sa femme Arsinoé, l'ancien nom d'Éphèse lui fut maintenu. »

Complétant ailleurs ses indications, le même géographe, XIV, I, 4, nous dit qu'un quartier d'Éphèse s'appelait Smyrne (du nom d'une des Amazones qui avaient vécu auprès du temple d'Artémis), que ce quartier était derrière la ville du temps du poète satirique Hipponax, 510 avant J.-C, entre les hauteurs de Trachée et de Leprée. « La hauteur appelée alors Leprée, ajoute-t-il, était le Prion, qui domine la ville actuelle (la gréco-romaine), et sur lequel court une partie des remparts (ceux-ci, descendant et remontant, en zig-zag et à crémaillère, sur la montagne centrale, lui avaient fait donner sans doute ce nom de Prion ou de « Scie », comme à une partie ana-

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