IV RÉVÉLATION IIKS SOIXANTE - DIX SEMAINES, IX
i. Texte. — Cette prophétie, très célèbre dans l'apologétique chrétienne, date de 539 ou 538, première année de Darius le Mède, 1, 2. Une prière humble et touchante en fut l'occasion. Daniel méditait sur les soixante-dix ans de captivité prédits par Jérémie, xxv, 11-12; cf. xxvi, 10. Il comprit qu'ils tiraient a leur lin. 11 voulut donc prier, « non pas qu'il doutât des choses promises; mais il craignait que la Certitude de la foi n'engendrât une négligence, et la négligence, une offense. » S. Jérôme, In Daniel., t. xxv, col. 510. Sa prière a deux parties : l'une, y. 4-14, est une confession douloureuse dans laquelle il reconnaît ses péchés et les péchés de son peuple, péchés qui ont fait « fondre sur eux la malédiction écrite dans la loi de Moïse contre les prévaricateurs », IX, 11 ; l'autre, y. 15-19, est un appel véhément à la miséricorde divine, appuyé des raisons les plus pressantes. « Écoutez, Seigneur! Ayez pitié, Seigneur! Voyez, voyez et faites. Ne tardez pas, à cause de vous-même, ô mon Élohiml » Rien n'est beau et pathétique comme cette prière. Il priait encore, sans autre désir, n'attendant aucune révélation, lorsqu'une forme humaine, l'ange Gabriel, vola rapidement vers lui, au moment où l'on offrait le sacrifice du soir. Il venait, lui dit-il, pour l'instruire, lui, le bien -aimé de Dieu. 11 l'exhorta à écouter attentivement et à comprendre le discours, dâbâr, qu'il lui apportait. Voici ce discours ou cette révélation traduite aussi littéralement que possible de l'hébreu rnassorétique :
24. « Soixante-dix semaines ont été décrétées au sujet de votre peuple et de votre cité sainte, afin de terminer la prévarication, de faire cesser le péché et d'expier l'iniquité; afin d'amener la justice (sainteté) éternelle, de fermer la vision et le prophète et d'oindre le Saint des saints. 25. Sachez donc et remarquez-le : Du décret porté pour rebâtir Jérusalem jusqu'au Prêtre -Roi (niâëialj nâgid , unctus princeps) il y aura sept semaines et soixante-deux semaines, et elle sera rebâtie, les places et l'enceinte, et cela dans l'angoisse des temps. 26. Et après soixante-deux semaines, le Prêtre (Christ) sera mis à mort, et il n'aura plus [le peuple qui est à lui]. Et la ville et le sanctuaire, le chef d'un peuple qui accourt sur eux les détruira, et leur fin [aura lieu] dans le débordement, et jusqu'à cette ruine finale, guerre et dévastation décidée. 27. Il confirmera l'alliance avec plusieurs dans une semaine. Le milieu de cette semaine fera cesser le sacrifice [sanglant] et l'oblation (sacrifice non sanglant), et l'abomination, cause de dévastation, sera dans
le Temple, et la dévastation se répandra jusqu'à la ruine absolue et décrétée. »
II. Interprétation verbale. — Le premier verset, 24, est un sommaire de la prophétie; les autres, 25, 26, 27, en sont un développement. — 1° Soixante -dix semaines sont fixées et arrêtées, pour le peuple et la ville chers au prophète, comme époque de la rénovation messianique. Les soixante-dix semaines dont il s'agit sont des semaines d'années, en tout 490 ans, et non pas des semaines de jours, un peu plus de seize mois; seize mois, en etl'et, ne suffiraient pas pour remplir tout ce qui est annoncé. Les semaines sont fixées et arrêtées. Le verbe néhtak, usité ici seulement et dans les Targums, signifie exactement : « découpées [dans le temps], » ce qui revient à dire : « définies et déterminées. » Théodotion traduit : cruveT|tr,- (h)iTav. Leur terme final est la rénovation messianique, S = ad. La rénovation messianique, dont il est tant parle dans les prophètes, comprend ici six choses distinctes ou deux séries de biens surnaturels. Les uns sont négatifs : 1. la cessation de l'apostasie ou de la rupture avec le Dieu de l'alliance: lekalë est mis pour lekalêh, selon toutes les anciennes versions. On doit rejeter l'opinion de plusieurs Pères, saint Hippolyte, Origène, Eusèbe, saint Jean Chrysostome, Tbéodoret, Euthymius ; cf. F. Fraidl, Die Exégèse cler siebzig Wochen Daniel, p. 154, qui entendent ce verset du déicide, qui fut le comble {ad consummandum) mis à leurs crimes par les Juifs coupables; 2. l'abolition ou la rémission du péché: leliàtém (ad finiendum) ne s'écarte pas sensiblement de lehafém {ad cohibendum [ne serpat]), qu'ont lu Théodotion et la vieille Vulgate latine; 3. l'expiation de l'iniquité originelle, 'àvôn, par la satisfaction due au Messie. Cf. D. Palmieri, De cerit. hist. I. Judith . De Yalicinio Danielis, Gulpen, 1886, p. 71. — Les autres biens positifs sont: I. l'avènement de la justice = la sainteté morale éternelle ; 2. l'accomplissement des visions et des prophéties : le verbe est lahetôm, qui peut signifier ou « accomplir » ou « faire cesser », plutôt « accomplir », croyons -nous, bien que l'autre sens ait sa valeur; 3. l'onction du Saint des saints. Le Saint des saints, selon nous, est l'Église, cf. Ephes., Il, 21, 22; I Tim., m, 15; Apoc, xxi, 2; mais l'Église dont la tète et le fondement est le Messie Jésus-Christ. Que ce soit le Messie, en tous cas, c'est certain; il y a même obligation de le croire, à cause des Pères et des écrivains ecclésiastiques, qui làdessus sont moralement unanimes. Que ce soit le Messie, et son corps mystique l'Église, c'est ce que nous soutenons pour de très graves raisons. J. Knabenbauer, In Daniel., p. 239-242; D. Palmieri, Vaticinium, p. 72-76. Cf. J. Corluy, Spicilegium dogmalico- biblicum . Gand, 1884, t. i, p. 496. Et tels sont les grands biens qui doivent se réaliser dans l'intervalle ou à la lin des soixante-dix semaines : c'est « l'ordre des grands siècles » ou les temps messianiques qui s'annoncent. — 2° La distinction des semaines et la fixation à ces semaines distinctes des événements qui s'y rapportent sont exprimées dans les versets qui suivent, et c'est ce qui explique que la Vulgate ait rendu l'hébreu vetéda' para scito ergo ». Les soixantedix semaines sont donc divisées en trois groupes inégaux : 7 (. 62 + 1- Les deux premiers sont ouverts et fermés par un grand fait. Le fait initial des soixante-neuf semaines est la publication d'un décret. Le fait qui les ferme est l'avènement du Messie-Roi. Le décret a pour objet de rebâtir Jérusalem. Le mot lehâsib , qui fait difficulté, se traduit avec quelques-uns par ad restiluendum , mais avec la Vulgate, ce qui est mieux, par ilerum. Pour l'autre terme, le « Messie -Roi », c'est un être déterminé, quoiqu'il manque de l'article. De plus, il faut prendre le second titre, nâgid (princeps), comme une apposition du premier, tnàsiah (unctus). Et, en fait, c'est d'un Prêtre- Roi qu'il s'agit, puisque c'est par un sacrifice, cf. y. 27, qu'il remplit son rôle. Notons que Vatnach qui affecte le mot sibe'âh n'est pas disjonctif. 11 s'écoulera
DANIEL (LE LIVRE DE
donc d'après cela, entre le décret et le Messie -Roi, soixante- neuf semaines ou 483 ans. — Le fait assigné a la fin des sept semaines, premier groupe, est la reconstruction de Jérusalem, de ses portes et de ses murs ou de ses fossés dans des temps difficiles. Plusieurs précisent davantage. Ils pensent que la ville a été restaurée en 49 ans, comme il est dit; mais, coupant le verset, ils avancent que les places et les murs l'ont été dans un temps plus court, très court. D. Palmieri, Vaticinium, p. 78. Il n'est pas nécessaire de faire cette coupure, car le féminin nibenetdli peut très bien avoir pour sujet le féminin rehùb , qui suit immédiatement. Mais remarquons, par contre, que la conjonction ve est tombée du texte devant tàsûb (iterum), car l'autorité et la critique s'accordent pour en réclamer la présence. ■ — Le fait qui se rattache aux soixante -deux semaines, second groupe, est la mort violente du Messie, avec les deux effets terribles qu'elle entraine. Il s'agit du déicide. Le verbe ïkkârét (occiitetar) est usité des grands coupables à qui l'on applique une mort violente. Voir Gen., xvm , 14; Nuiii., ix, 13; Exod., xil, 15; Lev., vu, 20; xvn, 4, 9, etc. 11 est donc bien affirmé que le Messie sera frappé de mort. Au lieu du Messie, plusieurs, entre autres Théodolion, ont lu I'abstrail : s onction » (■/^inu.x). Mais c'est manifestement une faute, le texte, Aquila, Syminaque, la Vulgate , portant uniformément le Messie. Le premier effet de cette mort violente est l'abandon et le rejet du peuple, ce qui est exprimé par: ve'én lô (et non ei). Phrase obscure, une croix pour les interprètes. Littéralement traduite, elle donne ce sens : « il n'y a pas à lui, » ou mieux : « n'est pas à lui (le Messie). » Il y a évidemment ellipse. Le supplément de l'ellipse doit se trouver dans le contexte. Parmi les hypothèses possibles, deux paraissent probables. L'une : « Il sera frappé de mort, mais il n'y aura pas de mort pour lui ; » opinion qui s'autorise du contexte prochain (logique) et d'une analogie étroite avec, en particulier, la doctrine d'Isaïe, qui, dans le même contexte, présente le serviteur de Dieu comme étant tué et comme n'étant pas tué. Is., lui, 3-9; cf. Ps.xxi, 22, 23; xv, 10. Voir J. Knabenbauer, In Daniel., p. 230. L'autre : o II sera frappé de mort, et il n'aura pas ce qu'il doit avoir, ce qui lui appartient. » Or ce qui lui appartient comme Messie, c'est le peuple, qui en le répudiant cessera d'être un peuple à lui. La Vulgate, en ajoutant populus,qui l'uni nugalurus est, a paraphrasé justement le texte : c'est le sens qu'il faut suivre. D. Palmieri, Vaticinium, p. 99. Le second ellet prédit du déicide est, dans un intervalle imprécis, la destruction complète de la ville et du Temple et le renversement du culte et de la nation. Le peuple d'un prince marchera, liabbd' ( = « venir » dans un sens militaire hostile, 1 , 1 ; XI , 10), contre la ville et le sanctuaire, et les ruinera. Cette destruction finale aura la violence rapide et l'enveloppement absolu de l'inondation, du grand déluge sans doute. Le iimt du texte rendu par vastitas est basetéf (avec l'article), qui exprime l'image du cataclysme universel auquel est comparée l'armée vengeresse qui viendra. La lierre, en effet, durera jusqu'à l'extrême fin: c'est une dévastation irrévocablement décrétée. Hébreu: Et finis ejus (mu m nui, ni, iiimie, et usque ad finem (extremitalem) ejus, bellum; decretum vastationum. — Il '"■ reste plus qu'une semaine, la soixante-dixième. Il s'y passe deux faits précis qui la distinguent: 1. l'affermissement de l'alliance et 2. la cessation du culte ancien. L'alliance, qui renferme les biens messianiques mentionnés plus li, ml, est confirmée ou affermie, eu ce sens m1»' de promise seulement .'lie devient nu fait et une réalité; et c'esl le Messie qui en est l'auteur. C'est lui également qui fait tomber le culte ancien, au milieu,— non pas dans une moitié, — de cette dernière semaine. L'hostie et l'oblation, ce sonl 1rs deux grandes divisions des sacrifices mosaïques, désignent le culte tout entier, dont le sacrifice esl le centre. Au fond, c'est la prédic-
tion que la nouvelle alliance est substituée à l'ancienne; car, les sacrifices abrogés, il est nécessaire que l'économie dont ils font partie soit abrogée aussi : abrogation de droit d'ailleurs plutôt que de fait. — Ensuite, après cette semaine, à une date non fixée, il y aura dans le Temple des abominations qui causeront une irréparable et éternelle ruine. Les auteurs sont partagés sur le sens de ces phrases difficiles , que nous entendons ainsi : « Il y aura (hébreu : 'al henaf = « sur l'aile [du Temple], » pour : dans le Temple; Septante : ènï to hpo~/; Vulgate : in templo; Matth. , xxiv, 15) des choses abominables, savoir des idoles, des actes d'idolâtrie, des crimes horribles (siqûsim) , qui amèneront comme châtiment la dévastation complète. Voir t. i , col. 09. Et ce sera ainsi jusqu'à la ruine finale décrétée, qui couvrira au loin, comme un voile de deuil étendu, ces lieux désolés (hébreu : Et [erit] usque ad internecioneni eamque décrétant [quse] ejfundet se super vastalum). » Septante, Théo- Jotion, Syminaque. — La prophétie ainsi comprise peut se ramener à ce qui suit : 1° 11 y a soixante-dix semaines de fixées pour établir un nouvel ordre de choses, que distinguent la cessation du péché et l'avènement de la sainteté morale. 2° Il y aura soixante-neuf semaines qui s'ouvriront au décret enjoignant de reconstruire Jérusalem et qui finiront à l'arrivée du Messie-Roi. Ces soixante-neuf semaines se divisent en deux séries: l'une de sept semaines, pendant lesquelles la ville sera rebâtie belle et forte; l'autre de soixante-deux semaines, après lesquelles le Messie- Roi sera violemment mis à mort. L'effet de cette mort violente sera 1. la répudiation du peuple qui l'a sacrifié et 2. la destruction totale de la cité sainte et du Temple. 3° Il y aura une dernière semaine durant laquelle la nouvelle alliance sera conclue. Ex." liment au milieu de cette semaine le culte ancien cessera en droit. Puis l'abomination, qui causera la ruine, {}),£- Euyu.i tffi èp(i|jiw!7£'.)ç, régnera dans le Temple, et il en sera ainsi jusqu'à la destruction complète décrétée. Voyons maintenant à qui s'applique cette prophétie.
m. Interprétation réelle. — Il existe présentement deux grandes conceptions de la prophétie, l'une rationaliste, l'autre catholique. Ajoutons-en une troisième, qui l'applique à la lin des temps. N'ayant pour elle ni le texte ni le nombre, il suffit de l'avoir nommée. Voir J. Knabenbauer, In Danielem, p. 2615-268. — Les rationalistes rapportent donc cette prophétie aux temps d'Antiochus IV Épiphane, et ils en fixent l'accomplissement final avant l'an 103 au plus tard. Pour eux, c'est non pas une prophétie, — ils n'en reconnaissent point, — mais un vaticinium post eventum, c'est-à-dire une histoire passée écrite eu style prophétique. Ils n'admettent pas qu'il y soit aucunement question du Messie. Ils l'interprètent à peu pies chacun à sa guise, et ils se divisent à l'envi les uns des autres en l'interprétant. Division sur le point de départ des soixante -dix semaines, sur leur point d'arrivée, sur la nature de ces semaines (les uns en faisant des semaines de jours, d'autres d< > semaines d'années, d'autres des semaines symboliques, imprécises), sur la lin des sept semaines, sur le commencement et la fin des soixanledeux semaines, sur la succession des différents groupes de semaines, et enfin sur la date initiale de la dernière semaine. Puis division sur les Messies nommés v. 25 et 20: les uns les identifient, les autres les distinguent, I > i \ i sion sur la personne de ces Messies; ils nomment, quand ils les séparent : pour le premier, Cyrus, Onias 111, Josué, Zorobabel, Nabucliodonosor, Sédécias ; pour le second, Oni.is, Seleueus Pliilopalor, Alexandre, le sacerdoce (unctio), le souverain pontificat suspendu par Autiochus OU interrompu après Oni.s. Naturellement l'exégèse du texte répond à celte divergence de conceptions, elle est d'une variété infinie : l'on s'y perd. Impossible donc d'exposer, même liés rapidement, ce chaos d'opinions. On s'en fera quelque idée en lisant A. Rohling, Vas Buch Daniel, p. 302, et en étudiant le tableau des vingt-cinq
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systèmes principaux qu'il a dressé, p. 290, et sur lesquels il porte avec raison le jugement suivant : « Ils sont unanimes, dit-il, à exclure de la prophétie le vrai Messie, le Rédempteur. En dehors de cela ils abandonnent tout le reste, libéralement, au gré et au caprice de chaque chercheur. Aussi le résultat est -il une vaine chimère où sont foulées aux pieds toutes les lois de la langue, de l'exégèse et de l'histoire, » p. 285. — La conception catholique, au contraire, regarde unanimement cette prophétie comme messianique, c'est-à-dire, pour parler nettement, comme se rapportant à Jésus-Christ Notre -Seigneur, à son temps et à son œuvre. Que s'il reste encore des points obscurs, ils ne nuisent pas à l'attribution générale, et l'on peut commodément les éclaircir.
Preuves. — 1° Aux dates et aux faits du texte répondent exactement les dates et les faits de la vie de Jésus, et seuls ils y répondent. Les soixante -dix semaines (490 ans) finissent à l'apparition des biens messianiques, dont nous avons parlé. La crucifixion de Jésus a amené la rémission des péchés, la réalisation des anciennes prophéties et l'onction par l'Esprit de l'Église naissante. La date du décret de reconstruction de Jérusalem, date qui ouvre la période totale des 490 ans et la période initiale des 49 ans, est, suivant un plus grand nombre, — car plusieurs ont préféré la septième année, ce qui en somme ne fait pas un grand écart, — la vingtième année d'Artaxerxès Longue- Main, c'est-à-dire, d'après un comput probable, l'an 2911 de Rome fondée. Ajoutez les soixante -dix semaines ou 490 ans, et vous arrivez à l'an 780, date effective de la rénovation prédite. La ville est rebâtie dans les sept premières semaines (49 ans); dans quelles angoisses! on le sait par Esdras. Soixante-deux semaines après (434 ans), le Christ est mis à mort. Puis le peuple qui l'a renié est rejeté. Puis, à une date qui suit, la ville et le Temple sont détruits par l'armée de Titus, et la ruine et la dévastation persévèrent. Dans la soixante-dixième semaine, Jésus inaugure l'alliance avec ses Apôtres d'abord, les sacrifices anciens sont abrogés, et peu après des horreurs se commettent dans le Temple par les idolâtres et par les zélotes eux-mêmes, et une guerre de dévastation amène une désolation irrémédiable. L'accord entre la prophétie et l'histoire de Jésus et de son temps est donc parfait. Tel est par conséquent le sens dans lequel il faut l'entendre. On objecte que les chiffres ne coïncident pas. Avouons-le. Mais il n'y a rien de « fort surprenant, dit Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 11" partie, ch. ix, s'il se trouve quelque incertitude dans les dates... Le peu d'années dont on pourrait disputer sur un compte de 490 ans ne fera jamais une importante question ». L'écart du reste est presque insignifiant , sept ou huit ans au plus, et il tient à l'ignorance où nous sommes de la date précise de la naissance de Jésus. « Mais pourquoi discourir davantage? Dieu a tranché lui-même la difficulté..., dit encore Bossuet, ibid. Un événement manifeste nous met au-dessus de tous les raffinements des chronologistes, et la ruine totale des Juifs, qui a suivi de si près la mort de Notre -Seigneur, fait entendre aux moins clairvoyants l'accomplissement de la prophétie.» — 2° Une autre preuve de la vérité de la conception catholique est l'unanime tradition des anciens et nommément des Pères et des écrivains ecclésiastiques. Il est fait allusion par Notre- Seigneur à 26cj et à 27e-" dans Matth., xxiv, 15; Marc, xni , 14 : nul doute qu'il ne s'agisse de la catastrophe de l'an 70. L'historien Josèphe, Ant. jud., X, XI, 7, y rapporte aussi cette partie de la prophétie, et il voit ailleurs, Bell, jud., IV, vi, 3; v, 2; n, 1, dans les profanations et les crimes des zélotes la cause de cette ruine. Cf. Fr. Fraidl, Die Exégèse, p. 19-23. Les premiers Juifs l'entendent aussi comme lui, notamment ceux du temps de saint Jérôme, In Dan., t. xxv, col. 552. Ils se divisent plus tard , mais les plus illustres maintiennent à cet oracle le caractère messianique et reconnaissent la ruine de leur nation dans les derniers versets. Nommons Saadias DICT. DE LA. BIBLE.
ha-Gaon, R. Salomon Jarchi, Aben-Esra, Abarbanel.
Cf. Fr. Fraidl, Die Exégèse, p. 124-134. — Les Pères et les auteurs chrétiens sont unanimes. 11 en est quelquesuns, saint Justin, saint Cyprien, Lactance et saint Grégoire de Nysse, qui, ayant occasion de citer cette prophétie, ne la citent pas. 11 faut attribuer ce silence à l'incertitude des dates et à des difficultés singulières d'interprétation, mais non à leur méconnaissance de sa messianité. Il n'y a, que l'on sache, que trois écrivains qui en doutent ou la nient. Deux modernes, le P. Hardouin et D. Cahnet, tranchent sur le commun en ce sens qu'ils ne l'appliquent au .Messie qu'au sens spirituel. A part cela, tous, les rationalistes exceptés, l'interprètent de Jésus de Nazareth et de son temps. Fr. Fraidl, qui a étudié consciencieusement les quinze premiers siècles à cet égard, en est arrivé comme résultat aux conclusions suivantes : Les auteurs qui l'ont commentée avec soin, à l'exception de Julius Hilarianius et des deux esehatologues Apollinaire et Hésychius, l'ont considérée tous comme étant messianique. La justice éternelle est le Christ lui-même ou les biens surnaturels apportés par lui. En somme : « A côté de l'unanimité dans l'explication générale de la prophétie, il règne une grande division sur le sens des phrases particulières et sur la computation des semaines. On doit admettre une interprétation traditionnelle de la prophétie, mais il faut dire qu'il n'eu existe pas sur la manière de compter les semaines. » A cet égard, ou distingue trois sortes d'opinions, les unes fixant la venue du Messie au milieu de la soixante-dixième semaine, les autres exactement à la fin de la soixante -neuvième ou encore de la soixante -dixième, et les troisièmes après la soixante -neuvième, mais en la combinant avec l'oracle de Jacob sur le sceptre qui doit sortir de Juda. Voir Fr. Fraidl, Die Exégèse, p. 153-159 : on y voit un tableau de trente- deux computations diverses des soixante -dix semaines. Et ainsi l'histoire s'accorde avec la tradition exégetique pour rapporter à Jésus-Christ les grands traits de cette prophétie. Que si après tant d'éclaircissements elle offre encore quelque obscurité, disons que cette obscurité a été voulue de Dieu. « Il veut que sa révélation soit assez claire pour qu'un esprit attentif et droit puisse la saisir, mais il ne veut pas que l'évidence tue la liberté. Le langage île hanicl aurait pu être plus clair, si Dieu l'avait voulu: mais il est suffisamment intelligible pour l'homme sincère. » M" Lamy, La prophétie de Daniel, p. 214, dans La Controverse , février 188(3. Cf. E. B. Pusey, Daniel, p. 166. Telle est cette magnifique révélation, qui complète en les précisant les révélations précédentes, en particulier celle de Jacob, sur les temps messianiques. — A voir : Scholl, Comment, exeget. de Sepluaginta hebdomad. Danielis, 1829; * Wieseler, Die 'lit Wocheh und die 03 Jarhwochen des Prophète» Daniels, Gœttingue, 1839; * K. Hoffmann, Die 70 Ja des Jerem. und die 63 Jahreswochen des Daniels, Gœttingue, 1839; Stawars, Die Weissagung Daniels in Beziehung ouf dus Taufjahr Christi, dans la Tùbing, Quarlalschrift, 1808, p. 4U'.; Neteler, Die Zeit der 70 Jahreswochen Daniels, dans la Tùbing. Quartalschrift , 1875, p. 133; Reusch, Patristisclie Bereclmung der 10 Jahreswochen, dans la Tùbing. Quartalschrift, 1868, p. 536; Franz Fraidl, Die Exégèse der Siebzig W'ochen Daniels, Gràtz, 1883; Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, 1. 1, p. 474-515; D. Palmieri, De veritate historica libri Judith, Appendix, Vaticiaium Danielis, Gulpen, 1886, p. 61-112; * J. W. van Lennep, De zeventig Jaarweeken van Daniel, Utrecht, 1888; L. Reinke, Die Messianisclten Weissagungen , Giessen , 1862, t. iv, p. 167-440; J. Bade, Christologie des Allen Testament, ni, 2, Munster, 1852, p. 75-134; G. K. Mayer, Die messiawischen Propliezien des Daniel, Vienne, 1866, p. 158.
IX. Bibliographie. — 1° Prolégomènes. — ' Ilengstenberg, Die Authentiedes Daniel, Berlin, 1831; J. Fabre d'Envieu, Le livre du, prophète Daniel, Introduction