ÉTHIOPIENNE (LANGUE) — ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE
le suffixe joue le rôle de pronom possessif, ou mieux de pronom personnel mis au génitif. Liber meus, tuus, suus , se rend plutôt chez les Sémites par liber mei , lui, ipsius; mais ce mei, lui, ipsius, ne doit faire qu'un avec le mot précédent; il s'y adjoint après avoir fait subir tout d'abord au nom, dans la plupart des cas, des modifications plus ou moins profondes. La même chose se passe quand un pronom personnel est régi par un verbe, comme quand je dis : dilexit me; ce me régime doit s'unir à dilexit, être son pronom suffixe à l'accusatif. Les modifications à introduire soit dans le nom , soit dans le verbe, pour recevoir ou s'adjoindre le suffixe, sont parfois assez complexes, notamment dans les langues hébraïque, chaldcenne et syriaque. En éthiopien, les lois à suivre sont, comme en arabe encore, beaucoup plus simples. Le nom et le verbe ne peuvent, en effet, subir d'altération que dans leur voyelle finale. Il est inutile d'entrer ici dans le détail des lois à suivre; on peut assez juger par ce qu'on vient de dire du caractère de l'éthiopien comme langue sémitique ou comme langue particulière dans la famille sémitique.
III. Littérature. — La littérature éthiopienne est encore à l'heure actuelle presque totalement inédite. M. L. Goldsmicht, qui a dressé le catalogue des textes parus jusqu'en 1892, a compté, en dehors des textes bibliques, à peu près une quarantaine d'ouvrages ou opuscules imprimés en langue ghe'ez. (Bibliotheca Aethiopica vollstàndiges Werzeichnis und ausfùhrliche Beschreibung sâmmtlicher Aethiopischer Druckuierke,in-81', Leipzig, 1893.) Tout le reste est donc enfoui dans les manuscrits de nos grandes bibliothèques. 11 est très probable que nos bibliothèques d'Europe possèdent des exemplaires de la plus grande partie des ouvrages ghe'ez existant aujourd'hui. M. Antoine d'Abbadie, qui avait si admirablement fouillé les trésors littéraires de l'Abyssinie, écrivait, en effet, au début de 1859: « Mon Catalogue contient des notices sur environ six cents ouvrages différents, ou probablement plus des trois quarts de ceux qui existent encore en Ethiopie. » (Catalogue raisonné de
icrits éthiopiens appartenant à Antoine d'Abbadie, in-4°, Pans, 1859, Préface, p. xv.)
Les principaux dépôts européens de manuscrits éthiopiens sont les suivants : le British Muséum, qui possède environ 450 manuscrits; la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford en comptait 35 en 18iC; la Bibliothèque Nationale de Paris, 170 en 1S77 ; la collection de M. d'Abbadie, à Abbadia, 234 en 1859; la Vàticane, 71 en 1832; la Bibliothèque impériale devienne, 24 en 1862; la Bibliothèque municipale de Francfort, 22; la Bibliothèque de l'université de Tubingue, 31 ; la Bibliothèque Impériale de Pétersbourg, 7, et l'Institut asiatique du ministère des affaires trangères de la même ville, 5. Ces chiffres nous sont fournis par M. Zotenberg, dans son Catalogue des manuscrits éthiopiens (gheez et amharique) de la Bibliothèque Nationale, Avertissement, in-i», Paris, 1877, p. IV- v.
Presque tous les ouvrages contenus dans ces manuscrits appartiennent à la littérature ecclésiastique. En première ligne, il faut placer les textes de la version ghe'ez de la Bible. Voir Éthiopienne (version) de la Bible. Puis viennent les livres apocryphes, quelques commentaires de la Bible, les recueils liturgiques et rituels, un certain nombre de traités de théulogie et des collections de canons, les Vies des saints, qui sont en nombre considérable, el enfin les annales qui nous racontent l'histoire de l'Ethiopie. Bien que la plus grande partie île celle littérature se compose de traductions d'ouvrages écrits originairement en grec ou en arabe . i e serai! faii e œuvre utile que de publier une sorte de Bibliothèque éthiopienne en texte ghe'ez, accompagné d'une traduction et d'annotation .
IV. BIBLIOGRAPHIE. — Les principaux ouvrages à consulter, outre ceux qui ont été nommés au cours de cet
article, sont les suivants : Ph. Berger, Histoire de l'écriture dans l'antiquité, 2e édit., in-8<>, Paris, 1892; J. Ilalévy, Études sabéennes. Examen critique et philologique des inscriptions sabéennes connues jusqu'à ce jour, m-8'. Paris, 1875; Joseph et Hartwig Derenbourg, Les monuments sabëens et himarites du Louvre décrits et expliqués, in-4», Paris, 1886; Eb. Schrader, De UngusB œthiopicx eum cognatis linguis comparatœ indole universa, in-4°, Gœttingue, 1S60; A. Dillrnann, Grammatik der âthiophischen Sprache, in-8», Leipzig, 1857, 28 édit., 1899; F. Praetorius, Grammalica xthiopica, in-12, Leipzig, 1886; Aug. Dillmann, Le.ricon lingux xthiopicse, in-4», Leipzig, 1865. L. Méciu.neau.
ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE. De
tous les monuments de la littérature éthiopienne, la version de la Bible est le plus précieux pour sa valeur doctrinale et pour les services qu'il peut rendre à la critique biblique, et aussi au point de vue littéraire.
I. Le canon des Écritures chez les Éthiopiens. — Les manuscrits éthiopiens contenant tous les livres de la Bible en un seul volume sont très rares; il n'en existe pas en Europe, croyons -nous. M. Antoine d'Abbadie, qui étudia si longtemps sur place les choses d'Ethiopie, nous dit dans son Catalogue, p. 108, n'avoir jamais entendu parler en Abyssinie que de deux Bibles complètes en un seul volume, et il témoignait à l'auteur de cet article en avoir vu un exemplaire, mais un seul. On ne s'étonnera pas de cette extrême rareté des Bibles complètes, si l'on considère les dimensions que les scribes abyssins ont coutume de donner a tous les caractères de leur alphabet. Pour connaître le nombre exact des livres reçus au canon éthiopien , force nous est donc de grouper ensemble plusieurs exemplaires manuscrits des Ecritures, ou bien d'interroger directement les écrivains ou les documents qui ont parlé des livres tenus pour sacrés.
D'après M. Antoine d'Abbadie, ibid., on serait d'accord, en Ethiopie, fixer ce nombre à quatre-vingt-un ; on appellerait même la Bible « Les quatre-vingt-un livres » ibid., p. Tu), bien qu'il y ait ensuite des divergences sur la manière de parfaire ce chiffre. Au début du XVI» siècle, le roi David disait aussi au P. Alvarez qu'il possédait quatre-vingt-un livres des Écritures. Ludolf, liistoria sethiopica, 1. m, c. iv, Francfort, 1681. Et tel est bien, en effet, le nombre indiqué dans plusieurs documents éthiopiens, par exemple, dans les Canons des Apôtres [Catal. d'Abbadie, n° 65, 4), dans le J/alatà Qedeset, « Saint examen » (ibid., n° 96, 6), dans le document intitulé par M. Zotenberg : No)nbre des livres de la Bible, g d'après les Pérès de Nicée et Georges, fils d'Amid. i [Cntn!., ii« 50, fol. 19, v», p. 51.) Il n'est pas rare cependant, il faut l'avouer, de trouver une numération différente. Voir Dillmann, Ueber den Utnfang des Bibel kanons der abyssinischen Kirche, dans Ewald's Jahrbûcher derbibl. lli-s., t. v, p. 144-151; Aethiopische liibelùbersetzung, dais Herzog's Real-Encyklopâdie, 2e édit., t. i, p. 205; Goldschmidt, Bibliotheca sethiopica, Leipzig; 1893, p. 8-10; cf A. d'Abbadie, Catalogue, n» 65, 3. Cette différence dans la manière de compter vient de ce que quelques auteurs groupent ensemble plusieurs livres que les autres séparent, ou bien encore de ce qu'ils ne comptent pas au nombre des Livres Saints tels ou tels apocryphes compris dans les quatre-vingt-un. Quoi qu'il en soit, si l'on vient au détail, sur les quatre-vingt-un livres composant la Bible, on en trouve quarante-six pour l'Ancien Testament et trente-cinq pour le Nouveau I. ■■quarante-six livres de l'Ancien Testament comprennent nos trente-huit livres protocanoniques; cinq desdeutérocanoniques, à savoir: Tobie, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, Baruch; enfin les trois livres apocryphes des Jubilés. Tel est le dénombrement que nous trouvons, par ex* dans un des Canons des Apôtres publiés par Fell, si nous
ép n eus Baruch de Jéréinie, pour le mettre en place do
ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE
l'Ecclésiastique, qui s'y trouve mentionné deux fois et donc une fois de trop. (Canones Apostolorum xthiopice, Leipzig, 1871, p. 24. M. Goldschmidt a reproduit le texte éthiopien de ce canon dans sa Bïbliolheea xthiopica, <j. 8-9.) D'autres documents, au contraire, remplacent les trois livres des Jubilés par trois autres apocryphes dits •ies Machabées. (Bibl. Nat., n° 50, fol. 19, v»; Zotenberg, Calât , p. 51: Ant. d'Abbadie, n» 05, 9. Cf. Ludolf, Eistoria xthiopica, 1. m, c. îv; cet auteur ne compte que deux Machabées apocryphes.) Les trente-cinq livres du Nouveau Testament éthiopien comprennent les vingt -sept de notre Vulgate, plus les huit livres des Constitutions apostoliques, nommés encore livres de Clément. Telle est la numération du Codex 50 de la Bibliothèque Nationale (Zotenberg, Catal., p. 51.) D'autres, au lieu des huit livres de Clément, ne comptent que ses deux épitres, ou même excluent tout apocryphe et s'en tiennent à nos vingt-sept livres canoniques. Voir Fell et Goldschmidt, loc. cit.; Dillmann, dans Ewald's Jahrbùcher, t. v. p. HT et suiv.
Les Abyssins ont-ils fait une différence entre les livres protocanoniques et les livres deutérocanoniques? Il n'y parait aucunement , soit que l'on considère les listes qui énurnèrent les livres sacrés, soit que l'on regarde leur place dans les manuscrits. Le Canon des Apôtres de Fell, par exemple, donne la disposition suivante pour les livres du Nouveau Testament : les quatre Évangiles (Matthieu, Mare, Luc, Jean), les Actes des Apôtres, les deux Épitres de saint Pierre, les trois de saint Jean, Jacques, Jude, les quatorze Épitres de saint Paul, l'Apocalypse, les deux épitres de Clément. Il est évident que les sept deutérocanoniques (Hébr., Jac, II Petr., II et 111 Joa., Jude et Apoc. ) sont mis dans ce canon sur le même pied que les protocanoniques. De même, que l'on consulte nos manuscrits. Abbadie, n0i 9, 119, 164; Paris, n°s 41, 42, 43, il, 15. 16, 47, 48, et l'on verra partout nos deutérocanoniques unis et mêlés aux protocanoniques, sans que rien indique une différence entre eux au point de vue de l'autorité divine ou de l'inspiration.
S'agit -il des sept livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament ( Tobie , Judith , Sagesse , Ecclésiastique , Barueh, I et II Machabées)? Nous trouvons toujours les cinq premiers rangés et confondus sans distinction avec les protocanoniques. Le même Canon des Apôtres donne, par exemple, pour l'Ancien Testament l'ordre suivant : Genèse, Exode. Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, quatre livres des Rois, deux des Paralipoménes, deux d'Esdras, Job, Esther, Tobie, Ecclésiaste, Psaumes, Proverbes, Ecclésiastique (pour la première fois, sous le titre de Ecclesiœ cœtus), Cantique, douze petits Prophètes, Isaïe, Jérémie, Daniel, Ézéchiel. Et l'auteur ajoute aussitôt: « Enseignez ces [livres] à vos enfants. » Puis il continue : « Outre ces livres, il y a : la Sagesse, Judith, trois livres des Jubilés, Ecclésiastique» (pour la seconde fois, sous le titre de Jésus, fils de Sirach). La place occupée dans nos manuscrits par les mêmes livres prouve également que les Abyssins les tiennent pour canoniques au même degré que les autres. Voir, par exemple, pour Tobie, d'Abbadie, nos 35 et '205, et Paris, n° 50; pour Judith, d'Abb., n°35; pour la Sagesse, d'Abb., n»* 16, 30, 35. 55, 149. "202, et Paris, n« 8; "pour l'Ecclésiastique, d'Abb., nM 16, 35, et Paris, n»s 6 et 8; enfin pour Barueh, d'Abb., nos 35, 55, 195, et Paris, n° 6.
Il ne reste de difficulté que pour les deux livres des Machabées, que l'on ne trouve pas au canon éthiopien. Il existe bien clans quelques manuscrits, par exemple, d'Abbadie, n° 55 Catal., p. 67: cf. Dillmann, Lexicon, Proleg., col. XI), trois livres dits des Machabées; mais ce sont trois apocryphes, dont le sujet est complètement différent de celui des nôtres. Ils parlent du martyre de trois Juifs sous un certain roi 1i/t*2\$Mi\'h s [Sirûsâyeddn] (c'est-à-dire Tyr et Sidon), de l'immortalité de lame et de la résurrection des morts, etc. A cette époque, c'est-àdire en 1865, M. Dillmann en concluait que nos livres des
Machabées, ou bien n'avaient jamais été traduits en éthiopien, ou bien s'étaient perdus. En parlant ainsi, le savant professeur allait trop loin, comme il devait s'en convaincre plus tard; car on possède des manuscrits ghe'ez qui nous donnent réellement le texte de nos deux livres des Machabées, par exemple les n°s 15, 28, 31 de la collection de Magdala (Brit. Mus.) ou le n» 2 de la bibliothèque de Francfort, signalé dès longtemps par Riippell, dans Reise in Abyssinien, Francfort -sur- le -Mein, K38- 1840, t. n, p. 407. Seulement il paraît que ce sont là des traductions récentes, faites dans les deux ou trois derniers siècles, sur le latin de notre Vulgate. Dillmann, Veteris Test, xthiopici, t. v, Prœfat.; cf. Wright, Catalogue of ethiopic MSS, p. v. Par conséquent, ces livres n'ont rien à fane avec l'ancienne version éthiopienne dont nous parlons ici. Il n'en est pas moins intéressant de noter l'existence de ces versions nouvelles; car leur acceptation actuelle en Abyssinie , comme aussi bien l'existence d'apocryphes ayant nom Machabées, semblent prouver au moins que jamais, en Étldopie, on n'a rejeté positivement nos deux livres.
Chose curieuse et qu'il nous faut noter ici, les Juifs d'Abyssinie ou Falacha lisent aussi la Bible ghe'ez pour la partie de l'Ancien Testament. Or leur canon est complet, comme celui des Abyssins. C'est ce qui résulte d'une enquête faite par M. A. d'Abbadie à l'intention de M. Luzzato. Voir A. d'Abbadie, Les Falasha, dans Archives Israélites Je France, t. xn, 1851, p. 238; Luzzato, Mémoires sur les Juifs d'Abyssinie, dans Archives israél., t. xv, 1854, p. 347-349. Cf. Trurnpp, dans Gôttingische gelehrte Anzeigen, janvier 1878, p. 132.
Comment il se fait qu'avec nos livres canoniques les Abyssins aient mêlé et mêlent encore aujourd'hui, dans leurs listes ou dans leurs manuscrits, un certain nombre d'apocryphes ou livres non inspirés: Hénoch, Ascension d'Isaïe, Pasteur d'Hermas, livre d'Adam, livres des Jubilés, Canons ou Constitutions des Apôtres, etc., et cela sans qu'ils se rendent bien compte de la différence d'autorité de ces écrits, il n'y a pas lieu de trop s'en étonner; l'Église d'Abyssinie, restée toujours à l'écart, n'a pu profiter Je la lumière dont les autres s'éclairent mutuellement, ni des secours qu'elles échangent pour compléter leurs traditions particulières.
II. Textes imprimés de la Bible éthiopienne. — Le Nouveau Testament a été publié en entier; l'Ancien, en partie seulement. Voici la liste complète des textes parus jusqu'à ce jour; nous les donnons par ordre de publication; leur nombre n'est pas tel que le lecteur ne puisse facilement distinguer ce qui appartient à chaque partie des deux Testaments ou même à chaque livre de la Bible. — Alphabetum seupotius Syllabarium litterarunr m , Ps.iLTERiUii chaldseuin,Cantica Mosis, 11 etc., C.i.vzvcrjf Canticobum Salomonis, opéra Joannis Potken, in-4°, Rome, 1513, 216 pages. Remarquons, à propos de ce titre, que l'éthiopien a reçu autrefois la dénomination fautive de chaldéen. — PSALTEH/rji in quatuor linguis hebrxa, grxca, chaldxa (i. e. xthiopica, ut supra), latina, cura Joannis Potken, in-4°, Cologne, 1518, 288 pages. C'est une réimpression de l'édition de 1513. — Psalterium .Etliiopice, cura Joannis Potken, in-f», Cologne, 1518. — Testaiiextuh Novum cum Epistola Failli ad Hebrxos tantum , cum concordantiis Evangelistarum Eusebii et numer'atione omnium verborum eorumdem. ilissale cum benedictione incensi, cerx, etc. Alphabetum in limjua... Gheez, id est libéra qui a nulla alla originem duxit, et vulgo dicitur Chaldxa. Quœ omnia Fr. Petrus (Comos) Ethyops auxilio piorum sedente Paulo III. Pont. Max. et Claudio illius regni imperatore imprimi curavit, in-4\ Rome, 1548, 226 feuillets. — EriSTOL.E XIII d'u-i Pauli eadem lingua cum versione latina, in-4", Rome. 1549. C'est la seconde partie du Testament um Novum de Petrus Ethyops. Dans la première se trouve la quatorzième Épitre de saint
ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE
Paul, l'Épître aux Hébreux, comme l'indiquait le titre. Cf. Fumagalli, Bibliografia elhiopica, Milan, 1893, n° 1257.
— S. Jacobi Apostoli /Epistolœ Catholicse versio arabica et sethiopica, latinitate utraque donata. Opéra... Joh. Georg. Nisselii et Theodori Petraei, in-4», Leyde, 1654, 32 pages. — S. Jud.e Apostoli Epistolœ Catliolicœ versio arabice et œthiopice in latinitatem translata... a Joh. Georg. Nisselio et Theodoro Petraeo, in-4°, Leyde, 165i, 24 pages. — S. Johannis Apostoli et Evangelistœ Epistolœ Catholicze très, arabice et ethiopice, omnes ad verbum in latinum versœ... Cura... Joh. Georgii Nisellii et Theodori Petrsei, in- 4°, Leyde, 1654, 41 pages. — Canticum Canticorum Schelomonis œthiopice. E vetusto codice summa cum cura erutum, a quam multis mendis purgatum , ac nunc primum latine interpretatum. Oui, in grattant arabizantium , apposita est versio arabica cum interpretalione latina, ut et Symbolum S. Alhanasii vocalium notis insignitum , a Joh. Georg. Nisselio, in-4», Leyde, 1656, 7 et 40 pages. — S. S. Biblia Polyglotta complectentia textus originales, etc. Opus totum in sex tomos (fol.) tributum edidit Brianus Waltonus, Londres, 1657. Walton réédite dans cette Polyglotte les textes des Psaumes publiés par Potken, en 1513, et le Nouveau Testament de l'édition de Rome de 1548. — Psalterium œthiopice cum notis Edmundi Castelli variisque lectionibus, in-f°, Londres, 1657. — Canticum Canticorvm œthiopice et latine, cura Edmundi Castelli, in-f», Londres, 1657.— Novum Testambntum œthiopice, cum versione latina Dudlei Ludolfi ab Edmundo Castello, in-f°, Londres, 1657. Extrait de la Polyglotte de Walton. • — Liber Buth, sethiopice, e vetusto manuscripto ex Oriente altato erutus, et latinitate fideliter donatus,... editus a J. G. Nisselio, in-4», Leyde, 1660, 16 pages. — Prophelia Sophoniœ , summa diligentia ad fidem vetustissimi MS. codicis fideliter in latinum versa..., in litterarii orbis commodum publiai juris facta a J. G. Nisselio, in-4°, Leyde, 1660, 8 pages. — Prophelia Jon.e ex JEthiopico in Latinum ad verbum versa, et notis atque adagiis illustrata. Gui adjunguntur quatuor Geneseos capita, e vetustissimo Manuscripto JEthiopico, eruta nunc primum..., publicata a M. Theodoro Petra?o, in-4», Leyde, 1660, 36 pages. — Geneseos capita IV priora, cum versione latina duorum priorum , studio Theodori Petraei, in-4°, Leyde, 1660. — Prophetia JoEL, /Ethiopice, interpretatione Latina ad verbum donata, et perbrevi vocum Hebraicarum et Arabicarum harmonia illustrata, labore et studio M. Theodori Petraei, Cimbri, in-4", Leyde, 1661, 10 pages. — Vaticinium Malacju.e, prophetarum ultimi, /Ethiopice, Latino idiomate ad verbum donatnm... Nunc primum publiai juris factum a M. Theodoro Petraoo, Cimbro, in-4", Leyde, 1661, 10 pages. — Quatuor prima capita Geneseos JEthiopice et Latine, in usum sludiosorum JEthiopicx linguœ édita a G. Chr. Bùrklino, in-4", Francfort-sur-le-Main, 1696, 20 pages.
— Novum Testamentum, Londres, 1698. Le même que celui de 1657 (supra). — Spécimen Psalteeii /Ethiopici... Al in versione latina distincliones textus Hebraici ad geminum ejus intellectum necessariœ ad/iibitœ fuerunt, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1699. — Psalterium I), nuits ethiopice et latine, cum duobus impressis et tribus MSS'U Codicibus diligenter collatum cl emendatum, neenon variis Lectionibus et Notis philologicis illustralum. Accedunt JEthiopice tantum Hymni et Orationes aliquot Veteris et Novi Testamenti, item Cannri m Canticorum , cum variis Lectionibus et Notis, cura Jobi Ludolf, in-4°, Francfort-sur-le-Main, 1701, 4 et 428 pages. C'est le texte de Potken, 1513, revu sur trois manuscrits. — Palxstra linguarum orientalium, hoc est : quatuor primorum capitum GBNESEOS, textus originalis et chaldaicus , syriacus, samaritanus , arabicus, ssthiopicus, persicus, omnia cum latina versione, cura G. Olhonis, in-4", Francfort-sur-le-Main, 1702, de la page 107 à la page 120. — Juxas Vates, œthiopice et
latine, cum glossario œthiopico- harmonica in eumdem et IV Geneseos capita priora, editus a Benedicto Andréa Staudachero, in-4», Francfort-sur-le-Main, 1706, 32 pages.
— Quatuor prima capita Geneseos Mthiopice et Latine, studio Benedicti Andreae Staudacheri, in -4°, Francfortsur-le-Main, 1707. — Joxas propheta, idiomate ghez. Edidit G. Marcel, Paris, 1802. — Psalteriuu Davidis .Ethiopice , in-4°, Londres, 1815, 171 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Esu.E (primi) libri, qui apud Vidgatam appellatur quarlus, versio sethiopica, nunc primum in médium prolata, et latine angliceque reddita a Riccardo Laurence, in -8°, Oxford, 1820. — ErANQELiA sancta .Ethiopice. Ad codicum manuscriplorum fidem edidit Th. Pell Plat, in-4°, Londres, 1826.
— Le saint Évangile de N.-S. J.-C. (en ghe'ez), in-4", Londres, Société biblique, 1827, 127 feuillets, sans pagination. Signé A-SS. — Novt'M Testamentvm Domini noslri et servatoris Jesu Christi œthiopice. Ad codicum manuscriptorum fidem edidit Th. Pell Platt, in-i", Londres, 1830, 732 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Veteris Testamenti œthiopici tomus primus sive Octatei'CHus /Ethiopiens. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann, in-4°, Leipzig, 1853. [Pars prior quse continet textum, 486 pages.] Pars posterior quse continet apparatum criticum , 220 pages. — The book of Jonah in four oriental versions, namely Chaldee, Syriac, /Ethiopie, and Arabie, with glossaries. Edited by W. Wright. Londres et Leipzig, 1859. — Veteris Testamenti JEthiopici tomus secundus, sive libri Begum, Paralipomenon , Esdrx, Esther. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann. [Fasciculus primus, quo conlinentur libri Begum I et II], in-4», Leipzig, 1861, 90 et 59 pages. Fasciculus secundus, quo continentur libri Beuum III et IV, in-4», Leipzig, 1871, 98 et 78 pages. Esdras et Esther n'ont pas paru, faute de ressources. Cf. t. i' part, posterior., p. 220, Postscriptum, et t. v', Prsefat. — Psalteriuu Davidis sEthiopice et Amliarice, in-8», Bâle, 1872. Édition de la Société biblique anglaise. — Evangelia sacra Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi. /Ethiopice et Amharice, in-8», Bùle, 1874, 445 et 445 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Epistol.e Apostoloruu Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi. JEthiopice et Amharice, in-f», Bàle, 1878, 312 et 312 pages. Édition de la Société biblique anglaise. — Der àthiopische Text des Joël, herausgegeben von August Dillmann. Adjoint au travail de Merx, Die Prophétie des Joël, in-8», Halle, 1879, de la page 449 à 458. — Genesis capita i-iv , Psalmus i et c.v.v.vr/. Dans la Chrestomalhie qui accompagne la grammaire éthiopienne de Pratorius, in-12, Leipzig, 18S6. — Dodekapropheton JEthiopum oder die zwôlf kleinen Propheten der âthiopischen Bibelûbersetzung nach handschriflichen Quellen herausgegeben und mil textkritischen Anmerkungen versehen von Johannes Bachmann. Hcft i, Der Prophet Oradia, in-8», Halle, 1892, 52 pages: - Heft il, Der Prophet Maleachi, in-8», Halle, 1893j 51 pages. — Die Klagelieder Jeremi.e (Lamentations) in der iithiopischen llibelnbersetzung. A uf Grand limiilschritlicher Quellen mit textkritischen Anmerkungen herausgegeben von Johannes Bachmann, in-8», Halle, 1893, 54 pages. — Der Prophet Iesaia nach der âthiopischen Bibelûbersetzung. Auf Grund handscriftlicher Quellen herausgegeben von Johannes Bachmann. / Teil: Der àthiopische Tejct. Mit einen photographischen Spécimen des Cod. Ae'h. lierai. Pèlerin, il Nachtr. i'.\ in-4», Berlin, 1893, 108 pages. — Veteris Testamenti œthiopici tomus quintus, quo continentur libri apocryphi, Barucb, Epistola Jeremi.e, Tobite, J' min, l'.t cLi:siAsricus,S.iriENTiA,Esz)H.EAi'OCALYrsis,l SDR E lin. eues. Ad librorum manuscriptorum fidem edidit et apparatu critico instruxit Augustus Dillmann, in-i'.
ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE
Berlin, 1894, 2 et 221 pages. Quelques jours après l'achèvement de ce tome v, M. Dillmann mourait. Les tomes m et iv n'ont pas paru. Dans ce tome v, les livres qualifiés d'apocryphes par M. Dillmann appartiennent à nos deuîérocanoniques, sauf l'Apocalypse d'Esdras , qui est franchement apocryphe, et VEsdras Grœcus, qui correspond dans nos éditions de la Vulgate latine au troisième livre d'Esdras. On sait que le troisième livre d'Esdras, dont l'Église ne reçoit pas la rédaction, n'est dans la plus grande partie de sa teneur qu'une seconde version, un peu libre, du premier.
En récapitulant cette liste de publications, on voit qu'il reste encore une portion considérable de l'Ancien Testament qui n'a jamais été publiée, à savoir: I et II des Paralipomènes, I et II d'Esdras, Esther, Job, Proverbes, Ecclësiaste, Jérémie (les Lamentations ont paru, ainsi que Baruch, d'ordinaire joint à Jérémie), Ézéchiel, Daniel, Osée, Amos, Miohée, Naluim, Habacuc, Aggée, Zacharie, I et II des Machabées ;dont le texte paraît manquer à l'ancienne version, comme on l'a dit), -et enfin l'apocryphe adjoint à nos Bibles sous le titre de IVe livre d'Esdras. — On devra remarquer aussi que les manuscrits de la Bible éthiopienne étant demeurés très rares jusque vers le milieu de ce siècle, toutes les éditions antérieures à cette époque étaient nécessairement faites sur un tout petit nombre de copies, parfois même sur une seule. Le texte demanderait donc à être revu sur les copies meilleures peut-être, en tout cas plus nombreuses, qui ont enrichi depuis quarante ou cinquante ans nos grands dépôts d'Europe.
III. Manuscrits ghe'ez existant en Europe. — Les matériaux pour préparer des éditions critiques de la Bible ne nous manquent plus. Nous avons fait le relevé de toutes nos richesses en manuscrits bibliques éthiopiens; or voici quel est le résultat général de notre examen. La plus riche collection de manuscrits ghe'ez en tout genre, la collection du British Muséum, possède à elle seule des exemplaires de tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament , et pour chaque livre trois , quatre, cinq, dix, quinze, vingt et quelquefois jusqu'à trente exemplaires. En seconde ligne vient la bibliothèque de M.Antoine d'Abbadie, qui a légué en mourant à l'Académie des inscriptions et belles -lettres son château et sa propriété d'Abbadia , où il avait fait transporter sa belle collection de manuscrits. On y trouve un ou plusieurs exemplaires de tous les livres bibliques , sauf le second livre canonique d'Esdras et les deux Machabées authentiques. La Bodléienne d'Oxford possède aussi toute la Bible, moins Tobie, Judith, Baruch et les deux livres des Machabées. Il ne manque à notre Bibliothèque Nationale que les livres suivants de l'Ancien Testament : Judith, Esther, les deux livres canoniques d'Esdras, Isaïe, Ézéchiel, les petits Prophètes et les deux livres des Machabées. Enfin on trouve encore un certain nombre de manuscrits bibliques à Francfort, au Vatican, à Vienne et à Pétersbourg.
IV. Textes sur lesquels a été faite la version éthiopienne. — Un théologien d'Ethiopie, qui appartient aux vingt ou trente premières années du XVe siècle, abba Georges, auteur du Masehafa Mesetir, « Livre du Mystère, » a écrit sur ce sujet une page curieuse; elle résume sans doute l'opinion communément suivie au pays d'Ethiopie dans la question qui nous occupe. En voici la traduction : « Tous les livres de l'Ancien Testament avaient été traduits de l'hébreu en ghe'ez au temps de la reine du Midi, qui visita Salomon. (Inutile de faire remarquer au lecteur qu'à cette époque la plus grande partie de l'Ancien Testament n'existait pas encore.) Aussi la version éthiopienne des livres des Prophètes était pure; les Éthiopiens, en effet, suivirent la loi des Juifs avant la naissance du Christ. Mais dans la traduction qui fut faite ipivs la naissance du Christ, ceux qui l'avaient crucifié changèrent le texte véritable en un témoignage menson-
I ger. Quant à la manière dont les livres des Prophètes ont été traduits de l'hébreu en ghe'ez, on en trouve des exemples au livre des Bois, où de l'hébreu on a traduit en ghe'ez, par exemple: 'Êlôhê par 'Amelâk (Dieu), 'Adônâi par 'EghezV (Seigneur), Sabâ'ôt par Hayeldt (armée). Pour le Nouveau Testament que nous avons en Ethiopie, il a été traduit tout entier du grec en ghe'ez, avant que la doctrine de Nestorius eut apparu, avant que la confession de Léon fût formée, avant qu'on eût réuni le concile des chiens, à savoir des évoques de Chalcédoine. Aussi toute la version éthiopienne de l'Écriture, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, est pure comme l'or, éprouvée comme l'argent, immaculée comme un lait sans mélange. » Bibl. Nat., fonds ghe'ez, n° 113, fol. 63-64.
Ainsi, d'après abba Georges, le Nouveau Testament a été traduit du grec; sur ce point, nous verrons qu'il a complètement raison. L'Ancien Testament, toujours d'après notre auteur, aurait été traduit directement de l'hébreu. C'est là une prétention qui ne tient pas devant une comparaison même superficielle de la version éthiopienne avec le texte. Quelques livres, il est vrai, portent 1 empreinte d'une revision faite sur l'hébreu, par exemple Job et Daniel, n° 7 de la Bibliothèque Nationale (voir Zotenberg, Catalogue des mss. éthiop., n° 7; cf. Dillmann, Veteris Test, setli., t. n, fasc. n, apparatus criticus, p. 5); mais le fond de nos versions ghe'ez de l'Ancien Testament n'a certainement pas été pris directement sur le texte primitif, comme on le verra bientôt.
Quelques missionnaires jésuites des débuts du xvne siècle, comme Ludolf en témoigne {Comment, ad 1. m, c. iv, n. 26), ont pensé que la Bible éthiopienne avait été traduite de l'arabe. Ludolf lui-même suivit quelque temps cette opinion, comme on le voit par une note écrite de sa main dans le n° 1 de la Bibliothèque Nationale (fonds éthiopien); mais dans son Commentaire, paru en 1691, Ludolf ne pense plus que la version ait été faite de l'arabe : « Le Pentateuque manuscrit, dit-il, le Psautier et tous les livres imprimés de la Bible prouvent pleinement le contraire.» L'Ancien Testament n'a pas été, en effet, traduit d'une version arabe; il ne l'a pas été au temps de saint Frumentius, comme l'avait d'abord cru ; ussi Ludolf, car alors la version arabe de la Bible n'existait pas; il ne l'a pas été davantage dans la suite. De notre temps, un critique pourtant célèbre, Paul de Lagarde, a réédité cette ancienne opinion des premiers missionnaires ; il a cru pouvoir soutenir que la Bible ghe'ez avait été faite ou de l'arabe ou du copte, et cela au xiv» siècle. P. de Lagarde, Arikûndigung einer neuen Ausgabe der grieclnschen Uebersetzung des alten Testaments, 1882, p. 28; d'après Hackspill, Zeitschrift fur Assyriologie, t. xi, 1897, p. 123. Mais Paul de Lagarde est resté seul de son avis da monde savant contemporain; son erreur manifeste repose sur une simple confusion entre une version et une recension. Il y a eu, en effet, comme on le verra plus loin, une recension sur des textes coptes ou arabes ; mais de là à conclure qu'il n'existait pas avant ce travail une version éthiopienne, faite sur des textes qui n'étaient ni arabes ni coptes, il y a belle différence. — La vérité est, sur cette question, que la version ghe'ez fondamentale, antérieure à toute recension, repose tout entière sur un texte grec. L'Ancien Testament d'abord a été traduit du grec des Septante. C'est ce qu'a très bien démontré Ludolf, une fois revenu de son erreur, en établissant que la version éthiopienne porte les leçons, les omissions et jusqu'aux transcriptions du grec. Comment., loc. cit. Cf. Ludolfi Epist. ad Hotlingerum , dans la Bibliotheca sacra de Le Long, pars 1", cap. 2, sectio 6», où il donne les mêmes arguments, plus le suivant pour les Psaumes : « Dans les Psaumes (éthiopiens), les inscriptions (des Grecs) sont conservées. » Ibid.; cf. Ludolf, Hist. M th., 1. m, c. iv, n. 2-6. On ne peut donc que souscrire à la conclusion de Ludolf. Les études de Dillmann conduisent
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au même résultat. Personne ne l'a mieux prouvé que le savant éthiopisant, dans les Apparat us critici joints au texte de son édition de l'Ancien Testament ghe'ez.
Quant à la version du Nouveau Testament, elle a été faite également sur le grec, qui est ici le texte original. La critique aussi bien que l'histoire en tombent d'accord. Voir Michaelis, § x Prœfationis Evangelii secundum Matth. ex versione œthiopici interpretis a Bode editi, Halle, 1749. Tout récemment II. Hackspill l'a spécialement démontré pour les dix premiers chapitres de saint Matthieu, en prenant pour base de son travail le manuscrit ghe'ez 32 de la Bibliothèque Nationale. L. Hackspill, Die âthiopische Evangelienùbersetzung (Matth., i-ix). dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. xi, 1897, p. 127-131. Ce que le jeune savant nous dit de quelques chapitres de saint Matthieu, on peut l'étendre au Nouveau Testament tout entier. C'est du reste aujourd'hui la conclusion admise par tous les critiques, à l'exception de Paul de Lagarde. La controverse ne peut plus porter désormais que sur la question de savoir quel est au juste le texte grec que suivirent les traducteurs. Le problème devient alors plus ardu, plus délicat, et il demanderait pour être tranché des études qui ne nous paraissent pas encore faites.
V. La version éthiopienne est l'œuvre de plusieurs auteurs. — C'est l'opinion la plus généralement suivie et la plus probable. Ludolf, qui l'a soutenue, appuie son sentiment sur cette raison, que les mots rares et difficiles, comme sont les noms de pierres précieuses, sont rendus de différentes manières dans les divers livres, et il en fournit des exemples. La topaze, dans Ps. cxvm, 127, est rendue par le mot grec pazjon , le -h étant rejeté
comme article; dans Job, xxvm, 19, par ■f'îhG s ta"car; dans Apoc, xxi, 20, par (B(n(0*6i s waraurè. Ludolf, Hist. .Et/iiop., 1. m, c. iv, n. 6. Dillmann, le meilleur juge de notre temps dans ces questions, ne croit pas, il est vrai, malgré quantité de variantes de ce genre par lui observées, qu'il faille conclure à des traducteurs différents en ce qui concerne la Genèse, l'Exode, les Nombres, le Lévitique, Josué, les Juges et Ruth, dont il nous a donné le texte dans son premier volume de l'Ancien Testament ghe'ez. Il pense que l'inconstance d'un traducteur primaire et unique suffit à expliquer ces variations. Octateuchus œthiopicus. Pars posterior, p. 22, 5S, 1U1, 139, 1S9, 195, 216. Le docte critique cependant (loc. cit., p. 58-01) fait une exception pour les chap. xiv et suivants de l'Exode, qu'il attribue à un second traducteur; et. s'il s'agit de l'ensemble de la Bible, c'est l'avis de Ludulf qu'il nous recommande. (Loc. cit., p. 58.) Telle est, croyons-nous aussi, la seule opinion vraiment solide. On verra du reste plus loin, abstraction faite des raisons intrinsèques tirées de l'examen des textes, que, selon les données très vraisemblables des écrivains d'Ethiopie, plusieurs auteurs ont concouru à la traduction des Livres Saints.
VI. Existe-t-ii. en éthiopien plusieurs versions i us mêmes livres de l'Écriture? — Nous parlons
ici de versions proprement dites et non pas de simples recensions d'une même version. Plusieurs éthiopisants, en effet, et des plus considérables, tels que Ludolf et Dillmann, n'ont peut-être pas toujours sur ce point suffisamment précisé leur langage, et, — si nous les entendons bien, — ils se servent parfois, au grand détriment de la clarté, du mot « version » dans le sens de « recension ». Voir Ludolf, Comment., 1. m, c. iv, n. xxvm; Dillmann, Vet. Test, œthiopici, t. Il, pars poster., p. 3-5, et Le
iiio, col. v-vi. Cette remarque faite, nous répondons que la thèse de la pluralité des versions éthiopiennes pourrait trouver en sa faveur quelques arguments plausibles. Les variantes sont sans nombre dans les exemplaires manuscrits d'un même livre. Additions, omisexpressions diilérentcs, gloses, rien ne manque niantes accoutumées. Qu'il me suffise de ren
aux exemples innombrables que nous en donne Dillmann dans ses notes critiques aux livres de l'Ancien Testament. Toutefois ces variantes ne prouvent pas nécessairement la multiplicité des versions. Les mêmes divergences se rencontrent partout, dès qu'on possède un certain nombre de manuscrits d'un même ouvrage, et surtout d'un ouvrage fort répandu dans l'usage et le commerce des hommes. Du reste, quand on sait l'étonnante facilité avec laquelle les copistes éthiopiens ont cru pouvoir rendre par des mots plus clairs ce qui leur semblait obscur, glisser certaines gloses destinées à compléter le sens, ou supprimer ce qui leur paraissait redondant (voir Dillmann, Vet. Test., t. i, pars poster., p. 13-10, 64, 99, 119. 111-1*3. 172-173, 192-193,215-210; t. n, fasc. i, pars poster., p. 0-7, 30-39; fasc. n, pars poster., p. 3-4, 47-49), sans parler des revisions qui ont été faites au cours des temps, et dont nous parlerons tout à l'heure, on comprend sans peine qu'il ne suffit pas de variantes même nombreuses pour conclure à la pluralité des versions. I! faudrait, à notre avis, pour admettre cette conclusion, des divergences plus profondes que celles qu'on connaît jusqu'ici. S'agitil des livres du Nouveau Testament, nous n'oserions plus, avec Michaelis, formuler le même jugement. Michaelis, § il Prœfationis ad Euangelium secundum Matthseum e.c versione œthiopici interpretis , edituin a Bode, Halle, 1749. Car il se pourrait faire que le progrès des études ghe'ez imposât quelque jour une solution différente pour quelques-uns de ces livres, pour les Evangiles, par exemple. Cf. Ludolf, loc. cit.: Dillmann, Lexicon, loc. cit. ; Aethiopische Bibelùbersetzung , dans Herzog's Beat Encyklopàdie.
VII. Existence de plusieurs recensions de la version éthiopienne primitive. — 1° Ancien Testament. — Il dut être revisé sur l'une ou l'autre des trois recensions des Septante, qui furent faites dans l'Église grecque au IIIe siècle, à savoir: par Origène, à Césarée; par saint Lucien, à Antiocbe, et par Hésychius, en Egypte. Voir, dans les Études religieuses, La critique biblique au un siècle, 1891, octobre; 1892, mais et octobre. Dillmann, en effet (Vet. Test, œthiop., t. II, fasc. I, pars poster., p. 3-5), a nettement distingué de la version ancienne ou primitive un texte ghe'ez remanié à une date et par des auteurs inconnus, d'après un texte grec qui avait été lui-même revisé. Quelle était cette recension grecque, qui servit ainsi de base à la recension éthiopienne? Probablement celle d'Egypte, la recension d'Hésychius. L'Église d'Ethiopie, dès ses origines, a été en continuelle dépendance de l'Eglise d'Alexandrie. 11 est donc très vraisemblable qu'elle aura pris encore en Egypte les textes qui servirent de base à sa revision ; malheureusement le texte hésychien est jusqu'à présent peu connu. Mais, en attendant qu'on l'ait sûrement retrouvé, on sera fondé à croire que la recension éthiopienne en dépend. Espérons que M. Bachmann résoudra ce problème, qu'il nous a promis d'aborder. Dodekaproplieton .Etliiiipum , Heft I, Der Prophet Obadia, Halle, 1892, p. 9. Cf. Études, mars 1892, p. 451-453. Quoi qu'il en soit, nous voici déjà en présence de deux textes de l'Ancien Testament : celui que Dillmann, dans ses notes critiques sur les livres des Rois i ibid.) et dans Aethiopische Bibelùbersetzung (Herzog's Real Encyklopàdie), a nommé « la version ancienne ou primitive », et qui ne porte pas trace de revision ( = Francofurtensis 601 paginas continens et 57 Abbadianus); puis le second, qui fut revisé et qu'il nomme « la version Vuigate ou seconde » (= Oxon.3; Ahba.l. 137 et 197; Brit. Mus., Dillmann, Calai., p. I; Erancof. 382 paginas gomplectens). Ce dernier texte est Je beaucoup le plus répandu en Ethiopie. Pour quelques lu res au moins de la Bible, nous devons également reconnaître une seconde recension, faite cette fois sur le texte hébreu. M. Zotenberg, dans son Catalogue des mss. éthiopiens de la Bibl. Nationale, n" 7, a reconnu un texte de ce genre pour les livres de Job et de Daniel,
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qui furent collationnés avec le texte hébreu et une version arabe par un savant indigène nommé Mercurius. Dillmann, de son côté, admet pour les livres des Rois (=Abbad. 35) et peut-être pour tout l'Octateuque un texte revu sur l'hébreu et qu'il appelle « version troisième ». Pet. Test, xthiop., t. n, fase. I, pars post., p. 5, avec la note 1. Le texte éthiopien qui aurait servi de base à cette recension serait, d'après le savant critique, non pas la Vulgate, mais la version ancienne ou primitive. Enfin M. Bachmann, op. cit., p. 8-9, semble vouloir étendre les mêmes conclusions aux livres des Prophètes.
2° Nouveau Testament. — Les textes éthiopiens offrent des traces de plusieurs recensions. En 1865, dans la préface de son Lexique, col. v et VI, Dillmann reconnaissait deux recensions, sinon deux versions proprement dites, dans ce qu'il appelait « version ancienne » et « version plus récente ». L'ancienne serait représentée par l'édition du Nouveau Testament de Rome, 1548; la moderne, par l'édition de Pell Platt, Londres, 1830. De qui seraient ces différentes recensions, à quelle époque ces textes auraientils été établis dans la teneur que nous leur voyons ? Il serait difficile de le déterminer. Notons toutefois au passage la thèse de M. Guidi, qui place au xive siècle une quasi -recension ou correction des Évangiles. D'après le savant orientaliste, on doit reconnaître à côté d'une version primitive (= Parisiensis 32) un texte de cette même version (= Parisiensis 33), qui aurait été revu ou corrigé peu à peu à différentes époques, à partir du XIVe siècle, sur une version arabe du xme, que XI. Guidi nomme « recension alexandrine Vulgate ». Guidi, Le traduzioni degli Evangelii in arabo e in etiopico, Rome, 1888, p. 35-37.
XI. Conti Rossini a cru pouvoir préciser davantage et nous indiquer l'auteur même de la recension. Voici la thèse qu'il expose dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. x, 1895, p. 236-241. Nous trouvons parmi les métropolitains que l'Egypte a toujours fournis à l'Ethiopie depuis saint Frumentius (iv siècle) un abba Salàmâ, distinct du premierabba Salàmà ou Frumentius. Voir Catalogue Zotenberg, n. 160, p. 263, col. a. Ce moderne Salàmà est appelé « traducteur de l'Écriture Sainte » (ibid.); c'est le même dont on célèbre la fête, non pas le 26 de hainelè, comme saint Frumentius, mais le 20 de nahasè. Dans sa légende, on lit encore qu'il est « celui qui a traduit de l'arabe en ghe'ez l'Écriture Sainte ». Catalogue Zotenberg, n. 128, p. 194, col. a. Or précisément ce Salàmà vivait à la fin du XIIIe et au commencement du xive siècle, et il est connu comme un lettré de valeur. Il est donc tout naturel de penser que, voyant les divergences du texte ghe'ez d'avec la version arabe d'Egypte, il en entreprit et exécuta la revision, et c'est sans doute ce travail de recension des Évangiles ghe'ez sur un texte arabe qui lui valut le nom de traducteur de l'Écriture Sainte.
Jusqu'ici la thèse de XI. Conti Rossini parait bien appuyée. Volontiers même nous croirions que c'est ce travail de recension sur l'arabe par le moderne abba Salàmà dont on avait gardé le souvenir en Ethiopie , qui trompa les premiers missionnaires portugais et Ludolf lui-même pendant quelque temps, en leur faisant croire que la version ghe'ez avait été faite de l'arabe par abba Salàmâ, saint Frumentius. Xlais conclure de là, avec XI. Conti Rossini, que saint Frumentius n'a en aucune façon concouru à traduire la Bible, c'est peut-être aller trop loin, comme nous le dirons tout à l'heure. Cf. Hackspill, Die âthiopUche Ecangelienûbersetzung , dans la Zeitschrist fur Assyriologie, 1897, t. xi, p. 194-195.
Avant de terminer cette question, je veux signaler aux critiques une dernière recension, qui parait encore peu connue. Elle est due aux missionnaires jésuites portugais du v. .'" siècle. Voir Histoire de ce gui s'est passé au royaume d'Ethiopie es années i624, 16'25 et 1620. Tiré des lettres écrites et adressées au R. P. Mutio Viteleschi par le P. Gaspar Paez, S. J. Traduit de l'italien en françois
par P.-.I.-B. de Xlachault. S. J., Paris. 1629, p. 225 et suiv. Il semble bien résulter de cette lettre du P. Paez que les missionnaires des débuts du xvne siècle ont non seulement traduit un certain nombre de nos Livres Saints en amharique ou corrigé le texte amharique antérieur de ces livres, mais encore qu'ils ont revu les Évangiles gbe'ez et les ont conformés à notre Vulgate. Nos bi bliothèques peut-être ou celles d'Ethiopie recèlent des exemplaires de celle recension. Ne serait-ce pas aux mêmes travailleurs qu'il faudrait attribuer cette traduction des deux livres des Machabées, faite du latin en ghe'ez, il y a deux ou trois siècles, on ne sait par qui?
VIII. Date de la version éthiopienne primitive. — Selon Cayet (Pierre- Victor Palma, 1525-1610), nous devrions faire remonter notre version jusqu'aux temps apostoliques. (Paradigmata de quatuor linguis orientalibus prœcipuis, arabica, armena, syra, œthiopica, Paris, 1596, p. 160.) liais il n'en donne aucune preuve solide. Voir Le Long, Bibliotheca sacra, pars 1», cap. 2, sectio 6*. Brian Walton, dans les Prolegomena de sa Polyglotte, cap. xv, De lingua œthiopica et Scripturss versions xthiopica, a soutenu également que la version ghe'ez remontait à l'époque des Apôtres. Son opinion repose tout entière sur les deux points d'histoire suivants, que l'on suppose démontrés : la reine Candace du chap. vm des Actes est une reine des Abyssins , et l'eunuque baptisé par le diacre Philippe convertit les Abyssins à la foi chrétienne. Malheureusement ni l'un ni l'autre de ces faits ne peut se soutenir. Voir Candace.
Si quelques écrivains ont trop vieilli la Bible ghe'ez, d'autres, par contre, l'ont trop rajeunie. Personne dans cette voie nouvelle n'est allé si loin que Paul de Lagarde. D'après lui, — nous avons déjà eu l'occasion de le dire, — la version éthiopienne aurait été traduite de l'arabe ou du copte après le XIVe siècle. Lagarde, Ankûndigung einer neuen Ausgabe der griechischen Uebersetzung des alten Testaments, 1S82, p. 28. C'est là une grossière aberration, bien étonnante dans un savant de cette valeur. Au XIVe siècle, nous avons rencontré un travail de recension ; mais cette recension ne peut être confondue avec la version primitive. Gildemeister, dans une lettre à XI. Gregory, datée du 20 avril 1882 {Prolegomena ad Novum Testamenlum grœce, editio 8a, Tischendorf, t. m, p. 895), exprimait l'avis que notre version serait due à des Syriens monophysites du vie ou du VIIe siècle. Sur quoi se fonde cette opinion? Principalement sur les deux arguments suivants. Et d'abord les chrétiens ne commencèrent guère à être nombreux en Abyssinie avant le vie ou le vu8 siècle; et donc le besoin d'une Bible ghe'ez ne dut pas se faire sentir avant cette époque. En second lieu, certains mots de la version éthiopienne paraissent avoir une origine syriaque ou aramaïque, ce qui fait supposer que les traducteurs étaient des Syriens, et sans doute des : is monophysites. Dans cette argumentation, on regrettera que la conséquence ne sorte aucunement des prémisses. On ne voit pas bien, en effet, pourquoi la Bible n'aurait dû être traduite qu'après une conversion en masse du peuple d'Abyssinie; et quant aux mots d'origine syriaque, même en admettant qu'ils soient bien d'origine syriaque plutôt que d'origine ghe'ez, qui nous prouve qu'ils sont entrés dans la langue ghe'ez précisément par les traducteurs de la Bible, et surtout quelle nécessité y a-t-il de supposer que ces traducteurs prétendus araméens étaient des monophysites du vie et du vne siècle?
la grande majorité des auteurs, depuis Ludolf jusqu'à nos jours, s'accordent à dire que la version éthiopienne ne peut pas descendre plus bas que la fin du Ve siècle, et, ainsi formulée, cette thèse parait bien assurée. Ce n'est pas certes que les témoignages historiques abondent pour la démontrer. Car nul auteur, soit grec, soit latin, ne peut nous renseigner sur ce sujet. On a bien cité quelquefois le passage où saint Jean Chrysostome nous diî que « les Syriens, les Égyptiens, les Indiens, les Perses, les
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Éthiopiens et cent autres peuples ont traduit dans leur langue propre les dogmes » contenus dans i'Évangile de saint Jean. In Joa. homil. xxn, t. lix, col. 32. Mais qui prouvera jamais que par ce mot d'« Éthiopiens », toujours si vague chez les anciens, Chrysostome entendait parler de nos Abyssins? Le premier argument sérieux qu'apportent les auteurs est le suivant. Il est certain qu'à la fin du Ve siècle l'Église d'Abyssinie était fondée et que déjà elle était grande et prospère. Or une Église ne peut rester longtemps sans une traduction des Écritures. 11 la faut à l'apôtre qui doit narrer au peuple l'histoire de la révélation et particulièrement l'histoire de Jésus -Christ et de ses premiers disciples. Il la faut encore pour le service de la prière et surtout pour les offices liturgiques, qui ne tardaient jamais alors à se faire dans la langue familière au peuple que l'on évangélisait. Nul doute par conséquent qu'il ait existé, à la fin du Ve siècle, une version ghe'ez en Abyssinie. — Un second argument est tiré du témoignage des écrivains d'Ethiopie. Nous avons entendu plus haut abba Georges nous dire que l'Ancien Testament avait été traduit de l'hébreu en ghe'ez dès le temps de la reine de Saba. Évidemment ni la Bible ghe'ez n'a pour source immédiate l'hébreu, ni surtout elle n'a pu se faire à l'époque de Salomon. Mais quand il dit que le Nouveau Testament a été traduit par les neuf saints de Rome, si célèbres en Ethiopie, nous avons tout lieu de croire qu'il y a là une tradition fort respectable et que réellement les neuf saints ont concouru au travail de traduction des Écritures, et sans doute aussi bien de l'Ancien que du Nouveau Testament. Ces moines illustres étaient certainement qualifiés pour traduire du grec tous nos Livres Saints. Or à quelle époque vivaient les neuf saints de Rome? Précisément à la fin du ve siècle, c'est-à-dire juste à cette époque où l'on convient que la version ghe'ez était indispensable au bon fonctionnement de l'Église éthiopienne.
Ainsi raisonnent la grande majorité des critiques et des exégètes : Ludolf, Hist. seth., Francfort, 1681, 1. ni, c. iv; Comment, ad hist , Francfort, 1091, ad lib. m, cap. iv, n. xxvi ; Jean Mill, Novum Test, grsecum, Rotterdam, 17 10, Prolegomena , p. 121; Michaelis, § ix Prœfalionis oui Evangelium secundum Matth. e.r versione œthiopici interpretis, editum a Bode, Halle, 174-9; Bode, Prœfatio ad Novi Testamenti versionis œthiopici interpretis latinam translationem, Helmstadt, 1755; Dillmann, Aethiopische Bibelùbersetzung (dans Herzog's Real- Encyklopâdie) ; Westcott et Hort, The New Testament in the original Greek , Cambridge et Londres, 1881, Introduction, p. 86; Gregory, Nov. Test, grxce, recensuit Tischendorf, editio 8a major, t. m, Prolegomena, p. 894; Edouard Kônig, Einleitung in dits allé Testament, Bonn, 1893, p. 113; Goldschmidt, Bibliotheea sethiopica, Leipzig, 1893, p. 7; Cornill, Einleitung in das alte Test., Fribourg, 1896, p. 338; Scrivener, .1 plain Inlrod. to tlte criticism of the New Test., Cambridge, 1883, p. 409; Jùlicher, Einleitung in das Neue Test., Fribourg, 1894, p. 388; chez les catholiques de notre temps : Vigoureux, Manuel biblique, t. i, n. 150; Kaulen, Bibelùbersetzung [âthiopische] , dans Wetzer et Welte's Kirchenlexicon , t. n, ls,s:i; Cornely, Cursus Scriplurx Sacrée, Introd., t. i, 1885, n. 14-2; Guidi, Le traduzioni degli Evangelii in arabo e in eliopico, Rome, 1888, p. 33 et suiv.; Hackspill, Die âthiopische Evangclieniiberselzung , dans la Zeilschrift [m- Assyriologie , t. xi, 1897, p. 150 et suiv. Bien plus , avec ces mêmes auteurs , sauf pourtant MM. Guidi i'l Hackspill, dont nous nous séparons ici, nous pensons que la version ghe'ez fut commencée avant l'arrivée des neuf saints et qu'il faut la faire remonter en partie à la seconde moitié du ive siècle, parce que la traduction des principaux passages des Écritures et notamment des Évangiles s'impose dans la fondation d'une nouvelle Église.
Faut-il conclure de là que saint Frumence lui-même,
le premier apôtre qui évangélisa l'Ethiopie, peu après 326, employa son zèle à traduire ou à faire traduire partie des Écritures? Ludolf et d'autres après lui l'ont pensé. Et cela n'est pas déraisonnable. Sans doute rien dans les traditions de l'Abyssinie ne confirme sûrement cette opinion; le Salàmâ que l'on appelle, en Ethiopie, traducteur des Écritures est bien plutôt le patriarche du même nom, qui revisa les Livres Saints au début du xiv siècle, que le Salâmà du iv«, autrement dit Frumentius. Mais les arguments tirés de la nécessité d'une version ghe'ez pour l'évangélisation de l'Abyssinie gardant toute leur force, à notre avis, aussi bien pour la fin du IVe siècle que pour la fin du Ve, pourquoi ne penserait-on pas que l'apôtre Frumentius commença lui-même ce beau travail ou en prit du moins la haute direction?
Il est enfin un dernier point sur lequel nous nous séparons de plusieurs de ceux qui, comme nous, pensent que la version ghe'ez a été faite, en partie du moins, par les neuf saints de Rome. On a affirmé, et c'est, pensonsnous, M. Dillmann qui l'a dit le premier, que les traducteurs de la Bible éthiopienne, c'est -à-dire les neuf saints de Rome, étaient des monophysites; d'autres ont précisé davantage et ont dit, comme M. Gildemeister, que les traducteurs étaient des monophysites syriens (dans Gregory, Prolegomena, loc. cit.); enfin M. Guidi, Traduzioni, p. 34, et M. Hackspill, jElhiop. Evang., p. 153, ajoutent qu'ils ont du venir d'Arabie. En réalité, les neuf saints venaient d'Egypte et non d'Arabie, et de plus ils n'étaient pas monophysites. La Chronique des rois d'Abyssinie nous le fait entendre, en les appelant Saints de Rome et d'Egypte (R. Basset, Études sur l'histoire d'Ethiopie, Paris, 1882, p. 97). Ce titre de Saints de Rome donné à des moines égyptiens n'a rien qui nous doive surprendre. En Abyssinie, comme dans tout l'Orient, les Romains et les Grecs de l'empire byzantin sont appelés Roumis ; le grec même y est parfois nommé langue romaine, et l'empereur de Constantinople roi de Rome. ( Voir Bibl. Nat., fonds ghez, n. 113, fol. 63-64, et d'Abbadie, Catalogue, n. 34.) Le fait que le nom de moines romains ait été donné et si religieusement conservé à ces saints personnages, par une Église qui s'est séparée des Grecs ou Roumis Melchites pour suivre les Jacobites d'Alexandrie, nous persuade non seulement qu'à cette époque l'Église d'Abyssinie était toujours fidèle à la vraie foi, mais que de plus ces moines eux-mêmes n'étaient pas des monophysites, comme l'a pensé M. Dillmann [Zur Geschichte des axumit. Reichs , Berlin , 1880, p. 26). Le passage des Chroniques, où il est dit que les saints de Rome « réformèrent la foi » , selon la traduction de M Dillmann , n'est pas de nature à infirmer notre opinion, car il faut tout lire. Le texte du n. 141 de la Bibliothèque nationale dit en effet : {Ohù-tCtO* ' yfc°7T 1" s torCh* s y^h^flÇ s ua'asetarate'u hâyemànôta uasere'dta inenekucsenà , ce qui peut se traduire par : « Ils réglèrent ce qui concerne la foi et l'observance monastique. » Ce sens, à supposer qu'il faille tant tenir compte d'une appréciation venue après coup à l'esprit d'un rédacteur înonophysite, est d'autant plus admissible que, par rapport à l'observance monastique, les saints de Rome n'eurent pas à réformer, mais à établir. Jusque-là, le monachisme n'avait pas pénétré en Abyssinie, et c'est avec les neuf Saints que nous voyons apparaître les ordres religieux. Aussi tous les monastères d'Abyssinie se réclament-ils d'abba Aragàui, l'un des neuf Saints, comme de leur premier fondateur. Nous avons d'ailleurs une autre preuve qui nous parait décisive dans la question. L'un des neuf Saints, abba Panetalèuôn , fut regardé comme un homme de Dieu et consulté dans les cas les plus graves par le roi Kaleb, autrement dit Élesban. Or, l'orthodoxie d'Élesban , honoré comme saint chez les Latins aussi bien que chez les Grecs, ne saurait être mi-e en suspicion. Il n'est donc pas probable qu'abba Panetalèuôn, l'ami et le conseiller du saint roi, ail été un mo-
ÉTHIOPIENNE (VERSION) DE LA BIBLE — ETIENNE
nophysite, ni par conséquent aucun de ses frères en religion.
Pour conclure cette étude, nous dirons avec M. Dillmann, Vet. Testament, œtliiop., t. v, Prxfatio, que la Bible éthiopienne, considérée au point de vue critique, n'est pas sans valeur, quoiqu'elle ne soit pas exempte de défauts. Quelles que soient les variantes de ses nombreux exemplaires et la jeunesse relative de ses manuscrits, — les plus anciens sont du XIIIe siècle, — elle nous offre le même intérêt, elle a pour nous à peu près le même prix que les copies grecques colportées en Egypte au v« et au vi= siècle. Cf. Baehmann, Dodehapropheton seth., Heft i, p. 7. Et si l'on néglige les mille et une minuties de la critique verbale pour ne considérer que l'exactitude, la fidélité du sens, — ce qui est au fond la seule chose importante, — la valeur de la Bible ghe'ez est encore bien autrement grande. Nul doute qu'elle ne soit dans sa substance conforme aux textes grecs dont elle dérive. L. Méchineau.
ETHNAN (hébreu: 'Étnân, « récompense » ; Septante: 'Sîvviiv; Codex Alexandrinus: 'E8vaê{)i descendant de Juda, un des fils qu'Assur, père de Thécua, eut de Halaa, une de ses femmes. I Par., iv, 5-7.
ETHNARQUE, titre grec de dignité, êôvâpxid qu'on donnait à celui qui était à la tète d'un peuple, mais qui n'avait pas les insignes et l'autorité d'un roi. C'est le nom qui est donné dans le texte grec à Simon Machabée, I Mach., xiv, 47; xv, 1, 2; cf. Josèphe, Ant.jud., XIII, ▼i, 6, et à celui qui gouvernait Damas, du temps de saint Paul, pour le roi Arétas. II Cor., xi, 32. Dans I Mach., XIV, 47, et xv, 1 , la Vulgate rend èÔvâp-/ri? par princeps gentis; I Mach., xv, 2, elle ne l'a pas traduit; II Cor., xi, 3-2, elle l'explique par preeposilus gentis. — Archélaiïs, fils d'Hérode le Grand, qui hérita d'une partie de ses Etats, en particulier de la Judée, Matth., n, 22, ne reçut de l'empereur Auguste que le titre d'ethnarque, Josèphe, Bell, jiui., II, vi, 3, et c'est celui qu'il porte sur ses monnaies. Voir Arciiélaus, t. i, fig. 247, col. 927.
1. ETIENNE (Stéçavoç, « couronne; » Vulgate : Stephanus; probablement l'équivalent d'un nom hébreu ou araméen, d'après la tradition Keliel), premier diacre et premier martyr.
I. Son ministère comme diacre. — On croit communément que c'était un Juif helléniste. Il apparaît pour la première fois dans l'histoire de l'institution des diacres. Act, vi, 6. Les Juifs hellénistes fixés à Jérusalem formaient souvent des communautés distinctes de celles des Juifs parlant araméen. Ceux d'entre eux qui s'étaient convertis se plaignirent que leurs veuves étaient négligées dans les aumônes des fidèles. 11 ne s'agit pas d'aumônes particulières, autrement le mal n'aurait pas été si facilement constaté. Sans accuser les Apôtres de négligence, on constate qu'il y avait; non un vice d'organisation, mais un service à créer, dans une administration nouvelle. Les Apôtres y pourvoient en nommant des diacres. L'imposition des mains qui leur est conférée à la suite d'une prière montre qu'ils reçoivent en même temps un pouvoir et une grâce. I Tim., iv, 14. L'antiquité chrétienne a considéré comme les premiers diacres les sept qui furent alors choisis, et cet office s'est perpétué dans chaque Église. Etienne était à leur tête, soit qu'il ait eu une véritable prééminence, soit qu'il paraisse le premier à cause du rôle qu'il allait jouer. Il était « plein de foi et de l'Esprit-Saint », Act., vi, 5, et se montra bientôt le coopérateur des Apôtres même dans la prédication. Son ministère s'exerça surtout au milieu des Juifs hellénistes, parmi lesquels les Apôtres avaient probablement moins d'accès; ils semblent avoir appartenu à deux synagogues, dont l'une comprenait, outre les affranchis, les gens de Cyrène et d'Alexandrie; l'autre,
ceux de Cilicie et d'Asie. Ces Juifs furent impuissants à lutter contre un homme également versé dans l'Écriture et la tradition judaïque, animé d'une conviction ardente, orné du don des miracles. Ils le dénoncèrent. Etienne fut conduit devant le sanhédrin, qui siégeait probablement alors dans la salle Gazith, située, d'après la Mischna, dans les grands édifices qui entouraient le Temple proprement dit, actuellement au sud -ouest de la mosquée d'Omar.
II. Son discours. — On a proposé les opinions les plus contradictoires au sujet du discours d'Etienne, chacun s'efforçant d'y trouver un sens unique, un thème qui en expliquât toutes les variations. Mais il est naturel de penser qu'Etienne a dû s'occuper des deux chefs d'accusation dirigés contre lui, savoir qu'il avait proféré des blasphèmes contre la Loi et contre le Temple. Act., VI, H, 13-14, d'autant que c'étaient, d'après les témoins, les deux motifs ordinaires de sa prédication; et on devait attendre de son tempérament, ardent à la lutte, qu'il ne se tiendrait pas sur la défensive, mais profiterait de cette circonstance solennelle pour faire une profession de foi en Jésus. Les Juifs croyaient le Temple indispensable au culte de Dieu, parce qu'on ne pouvait l'adorer que là, de telle sorte que l'action de Dieu y était, pour ainsi dire, liée. Etienne reprend toute l'histoire sainte depuis Abraham pour montrer comment Dieu a exercé ses miséricordes les plus choisies en tous lieux, en Chaldée, en Egypte, dans le pays de Madian comme dans le pays de Chanaan, et quand Dieu eut permit à David de lui élever un temple par les mains de son fils Salomon, Salomon lui-même, dans sa prière, a constaté qu'il ne pouvait renfermer Dieu. C'est incontestablement l'idée principale du discours. Mais Etienne y a greffé une autre pensée. En chemin il rencontre Moïse, qu'il était accusé de blasphémer. Il renchérit sur l'éloge qu'en faisaient les Saints Livres, il montre que ce sont les Juifs qui l'ont négligé, méconnu, comme tous les hommes de Dieu, et tandis que Moïse avait annoncé le Prophète, ils ont trahi et mis à mort le Juste promis par les prophètes. Est- il étonnant que cette pensée douloureuse ait donné alors une énergie véhémente à son apostrophe? Act., vu, 51-53. — Mais s'il y a comme un double sujet traité dans le discours, l'unité de la contexture est si parfaite, qu'il est impossible d'y trouver deux discours parallèles. — On a depuis longtemps dressé la liste des divergences qui se rencontrent entre le discours d'Etienne et l'Ancien Testament représenté par la Vulgate. On a même renoncé à les expliquer par des subtilités, depuis que Melchior Cano a fait remarquer qu'en somme saint Etienne a pu se tromper, puisqu'il n'a pas écrit son discours sous la motion de l'inspiration scripturaire, et que saint Luc ne se trompait pas en le rapportant tel quel. En réalité, il n'y a qu'une erreur caractérisée qu'on puisse rapporter à un défaut de mémoire, c'est l'achat par Abraham du tombeau de Sichem, Act., vu, 16; il fallait dire Jacob. Le mode des autres divergences caractérise bien la méthode d'Etienne. Tantôt il suit les Septante, lorsqu'il conduit en Egypte soixante-quinze personnes, et lorsqu'il considère l'idolâtrie reprochée par Amos, v, 25, comme pratiquée dans le désert, avec la mention de Remphan; tantôt il suit une tradition juiv^ dont nous pouvons constater l'existence par Philon, Josèphe ou les midraschim, lorsqu'il place la vocation d'Abraham en Mésopotamie, Act., vu, 2; son départ pour Chanaan après la mort de son père, $. 4; le tombeau des patriarches à Sichem, f. 16; lorsqu'il énumère deux périodes de quarante ans dans la vie de Moïse, jtf. 23, 30. D'autres fois enfin, il cite librement le texte sacré, s'attacliant à l'esprit beaucoup plus qu'à la lettre, lorsque (}$. 6 et 7), citant Gen., xv, 13, il ajoute quelque chose qui allait à son thème d'après Exod., m, 12; lorsqu'il mentionne que Moïse était un enfant agréable « à Dieu », <£. 20, que son éducation dans la sagesse des Égyptiens avait rendu