‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 332 sur 486 · En Orient. — Oiigène est très explicite sur le nombre · texte numérisé non relu

En Orient. — Oiigène est très explicite sur le nombre

des Évangiles que l'Église reçoit : « L'Église, dit-il, a quatre Évangiles; les hérésies en ont un grand nombre. » Après avoir cité les titres de plusieurs évangiles apocryphes, il ajoute : « Mais, parmi tous ces écrits, nous approuvons ceux que l'Église approuve, c'est-à-dire les quatre Évangiles qui doivent être reçus. » In Luc, hom. l, t. XIII, col. 1803. Ces quatre Évangiles, en effet, sont les seuls qui soient garantis par la tradition et acceptés sans conteste dans l'Église de Dieu. In Matth., i, t. xiii, col. 829. Voir Canon, col. 171-172. Eusèbe, H. E., m, 25, t. xx, col. 268-272, a dressé la liste des écrits du Nouveau Testament. Il les distingue en différentes classes. Parmi ceux qui sont universellement admis, Èv â|toXoyouuivoi;, il place en premier lieu « la sainte tétrade des Évangiles », ttjv àytav -ctov E-JaYy:).to)v T^Tpaxr-jv. Au nombre des apocryphes, lv toï; vôfloiç, et des livres contestés, tûiv àvriXe-fouivMV , quelques-uns mettent l'Évangile selon les Hébreux. Les quatre Évangiles appartiennent à la catégorie des Écritures qui, selon la tradition ecclésiastique, sont vraies et authentiques et qui sont universellement reçues, tccç xoctâ t^v £xxX-r)<Tia<JTixf|V mjpâôofftv àXTj6eïç xai àiù,i<JTO\ic. xai àvwpiAOYTjuivaî Ypaydi;. Les Évangiles apocryphes doivent être rejetés comme tout à fait impies et absurdes, wç a-roita xâvvt) xai ôucasëri. Non seulement ils n'ont pas l'autorité de la tradition ; leur style lui-même est tout différent de la minière apostolique, et leur contenu est presque toujours en opposition avec la vraie foi. Voir Canon, col. 173.

Saint Athanase, Epist. fest. xxxix, t. xxvi, col. 1177, énumère les quatre Évangiles parmi les livres canoniques du Nouveau Testament. Saint Cyrille de Jérusalem, Catccli., iv, 36, t. xxxiii, col. 500, fait de même, en excluant les Évangiles apocryphes. Saint Épiphane, Hœres., lxxvi, t. xlii, col. 560, a le même canon évangélique; il a défendu contre les Aloges l'origine apostolique du quatrième Évangile. Hœres., li, 3, t. xu, col. 892. Saint Grégoire de Nazianze, Carmen de yen. lib. insp. Script., t. xxxvn, col. 474; saint Amphiloque, Carmen ad Seleucum, t. xxxvn, col. 1595; le 60e canon du concile de Laodicée, Mansi, Collectio Concil., t. Il, col. 574; le lxxxv Canon apostolique, t. cxxxvn, col. 211, ne reconnaissent que quatre Évangiles. La Synopsis Sacrœ Scripturœ, attribuée à saint Chrysostome, t. lvi, col. 318, contient le résumé des quatre Evangiles canoniques. Les Constitutions apostoliques, II, 57, t. n, col. 729, font dire à saint Pierre, dans une ordonnance relative à la lecture publique du Nouveau Testament: « Un diacre ou un prêtre lira les Évangiles que moi, Matthieu et Jean, vous avons transmis, et que les collaborateurs de Paul, Luc et Marc, vous ont laissés. »

Dans l'Église syrienne, Aphraate cite Y Évangile du Christ, sans mentionner le nom d'aucun évangéliste. D'après l'ordre et l'enchaînement des textes, on voit qu'il se servait du Ati T£cr<7ipwv de Tatien. Voir t. I, col. 738. Saint Éphrein, qui a commenté le Aii TEo-sàpwv, connaissait et citait les Évangiles séparés. Rabbulas prescrivit de lire dans les églises, non plus l'Harmonie de Tatien, mais les quatre Évangiles séparés. Théodoret, Hœres., i, 20, t. Lxxxm, col. 372, trouva encore dans son diocèse de Cyr plus de deux cents exemplaires du Aià ■zs.aa&ptm, qu'il fit remplacer par le texte des Évangiles distincts et séparés.

2. En Occident. — L'évêque de Cartilage , saint Cyprien, Epist. lxxih, 10, t. m, col. 1116, compare les quatre Évangiles aux quatre fleuves du paradis. Saint Philastre, évêque de Brescia, Hœres., lxxxviii, t. xu, col. 1199, rapporte que les Apôtres et leurs successeurs ont établi quels livres on devait lire dans l'Église catholique, et après la Loi et les Prophètes il cite les Évangiles. Dans son catalogue du Nouveau Testament, Rufin d'Aquilée, Expositio Symboli, xxxvn, t. xxi, col. 374, indique les quatre Évangiles. Saint Jérôme, Epist. lui ad Paulin., n° 8, t. xxn, col. 548, fait de même. A partir du ive siècle, tous les canons des Livres Saints mentionnent les quatre

EVANGILES

Évangiles et eux seulement. Voir col. 176-178. 11 n'y eut plus dès lors dans l'Église la moindre hésitation relativement à l'origine apostolique et à l'autorité divine des Évangiles. Cf. Norton, On the Genuineness oftlie Gospels, 1 in-8°, Londres, 1847; H. de Valroger, Introduction historique et critique aux livres du Nouveau Testament, Paris, 1861, t. i; H. Wallon, L'autorité de l'Évan-

1' édit., Paris, 1887, p. 19-64; Mar Meignan, Les Évangiles et la critique, 2e édit., Paris, 1870.

VI. OnDiiE des Évangiles. — Les Évangiles ont été rangés dans un ordre déterminé dès que les quatre récits canoniques de la vie de Jésus-Christ ont été réunis en un recueil ; mais nous ne pouvons pas dire quel était l'ordre primitif: il n'en reste aucune trace certaine. Saint [renée, Cont. hseres., III, i, 1, t. vu, col. 84i-S45, a placé les Évangiles dans l'ordre accoutumé : Matthieu, Marc, Luc, Jean; mais il n'indique pas leur disposition dans les manuscrits, il mentionne seulement l'ordre chronologique de leur publication. Ailleurs, Cont. hseres., III, ix-xi, col. 868-892, il dispose les Évangiles dans cette suite : Matthieu, Luc, Marc et Jean; il tient compte alors de leur contenu, et il les range d'après leur point de départ dans l'histoire de Jésus- Christ. L'ordre Jean, Luc, Matthieu, Marc, indiqué Cont. /itères., III, xi, 8, col. 887-888, répond à l'interprétation des animaux symboliques du char d'Ëzéchiel. Le classement ordinaire correspond à l'ordre chronologique d'apparition adopté par la tradition ecclésiastique. Origène, dans Eusèbe, H. E.,\i, 2r>. t. xx, col. 581-584; Eusèbe lui-même, H. E., m, 24, col. 264-268; S. Épiphane; Hseres. li, t. xu, col. 893; S. Jérôme, In Matth. prœf., t. xxix, col. 528; S. Augustin, De consensu Evang., i, 2, t. xxxiv, col. 1043. Clément d'Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., VI, 14, t. xx , cul. 552, rapportait une autre tradition sur l'ordre chronologique des Évangiles, îisp'i vf,; tiUui tûv Eùx^ys) tuv ; les Évangiles qui contenaient la généalogie de Notre- Seigneur étaient les premiers, puis venaient les récits de Marc et de Jean. On ne sait pas dans quel ordre les Évangiles se suivaient dans les Hypotyposes de Clément. Tertullien ne suit pas un ordre rigoureux et constant. Il distingue les Évangiles écrits par les Apôtres de ceux qui ont été composés par leurs disciples, Cont. Marcion., iv, 2, t. ii, col. 303; il indique aussi cette disposition : Jean, Matthieu, Marc, Luc. Cont. Marcion., IV, 5, col. 306-367. On ne peut rien conclure des citations évangéliques qu'on lit dans les écrits des Pères. Pour les auteurs ecclésiastiques, l'Évangile forme un tout, un seul livre, où ils puisent au hasard des circonstances. Le Canon de Muraton lui-même, bien qu'il ait numéroté les Evangiles, ne semble pas indiquer pour eux l'ordre d'un manuscrit, comme on croit qu'il l'a fait pour les Épîtres. Dans les manuscrits, les Evangiles sont disposés dans sept ordres différents. — 1» Matthieu, Marc, Luc, Jean. C'est l'ordre actuel de nos Bibles; il a été le plus fréquemment suivi dans l'antiquité. On le trouve dans presque tous les manuscrits grecs, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents, dans la plupart îles manuscrits de la Peschito, de la version Charkléenne et dans le Codex Lewisianus. Les écrivains ecclésiastiques l'ont adopté; Eusèbe l'a employé dans sa lettre à Carpien et dans ses canons évangéliques; saint Athanase, saint Épiphane, saint Grégoire de Nazianze et saint Amphiloque, l'ont reproduit dans leurs listes des Livres Saints. Tous les canons scripturaires postérieurs au IVe siècle l'ont conservé. Saint Jérôme, Epist. ad Damasum, t. xxix, col. 528, l'a introduit dans sa recension latine du Nouveau Testament. Il étail déjà usité dans l'Église latine avanl saint Jérôme.

dore l'a trouvé dans l'ancienne version latine de la Bible. Rufln et saint Augustin lad liaient. 11 était très

du m commencement du iv siècle, et il a supplanté

tous les autre a la recension de saint Jérôme.

2° Matthieu, Marc, Jean, Luc. il se rencontre dans

io manuscrit connu dr la irai ion syriaque dite Cu-

retonienne. Le Canon de Mommsen nous apprend qu'il était usité dans l'Afrique latine, vers 360. Voir Canon, col. 151 et 176. Le commentaire latin des Évangiles, attribué à saint Théophile d'Antioche, l'a suivi. Il est peu probable que l'Évangile de saint Luc aurait été placé le dernier pour le rapprocher du livre des Actes, qui est l'œuvre du même écrivain ; car la version syriaque et le commentaire latin ne contiennent que les Évangiles , et dans le Canon de Mommsen les Épîtres séparent saint Luc des Actes. — 3» Matthieu, Luc, Marc, Jean. Cet ordre n'est suivi que par le commentateur désigné sous le nom d'Ambrosiaster, Quœstiones ex Veteri et Novo Testamento, t. xxxv, col. 2200, et dans une recension du canon des soixante livres canoniques, contenue dans un manuscrit du Musée britannique, Addit., 17,469. Cf. Zahn, Geschichte des neutestamentliclien Kanons, t. n, p. 289, note 1. — 4° Matthieu, Jean. Marc, Luc. Cet ordre esl celui du canon du Codex Claromontanus , voir col. 176; du Grsecus Venetus , cf. Gregory, Prolegomena, p. 591 ; d'un vieux manuscrit grec, qui passait, au ixe siècle, pour une relique du IVe. Cf. Druthmar, Expositio in Mattkaeum Evangelistam, i, t. evi, col. 1266. Ici encore il n'y a pas de raison de penser que saint Luc est placé en dernier lieu afin de le rapprocher des Actes des Apôtres. — 5° Matthieu, Jean, Luc, Marc. Cette disposition est usitée dans le Codex Bezœ , voir t. i, col. 1770, dans un manuscrit oncial grec du xe siècle, le Monacensis, dans les minuscules 309 et 256, cf. Gregory, Prolegomena, p. 452, 524 et 516, dans la version gothique, quelques anciens manuscrits de la Peschito, un certain nombre de manuscrits latins de la version antérieure à saint Jérôme, a, b, f, e, If-, h, o, q, et par saint Ambroise. On l'a appelée l'ordre occidental des Évangiles. Elle est peut-être d'origine africaine ou espagnole. Ses témoins d'Italie sont du iv* siècle. — 6° Jean, Luc, Marc, Matthieu, Cet ordre était peut-être dans le manuscrit k de l'ancienne version latine. Les fragments de Marc et de Matthieu que le Bobbiensis contient étaient, à en juger par le chiffre des cahiers, les derniers Évangiles. Voir t. i, col. 1822. On ne connaît point d'exemple de son emploi chez les Grecs. — 7° Jean. Matthieu, Marc, Luc. Les versions sahidique et memphi tique, qui suivent cet ordre, prouvent qu'il était autrefois fréquemment employé en Egypte. On le retrouve dans le minuscule grec 255. 11 a dû être suivi par beaucoup d'écrivains et peut-être par Origène. C'est le plus ancien dont on trouve des traces, puisque les versions coptes qui le reproduisent datent du me siècle. — 8° Jean, Matthieu, Luc, Marc. Cet ordre esl celui de la Synopsis Sacrœ Scripturee, attribuée à saint Chrvsostome, t. lvi; col. 318, et d'un manuscrit latin du XVe siècle, le n 45 de la cathédrale d'Halberstadt. Les lectionnaires coptes suivent cette disposition; mais on peut penser que c'est pour se conformer à l'ordre des lectures liturgiques de l'Évangile. — 9° Jean, Luc, Matthieu, Marc. Les Évangiles sont ainsi ordonnés dans les manuscrits cursifs 90 et 399. — Cf. Credner, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, Berlin, 1860, p. 393-394; Gregory, Prolegomena, Leipzig, 1884, p. 137-138; Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. H, Erlangen et Leipzig, 1890, p, 364-375.

VII. Divergences des récits évangéliques. — Nous avons constaté précédemment qu'il existe entre les quatre Évangiles canoniques des divergences nombreuses et assez notables sur le choix des faits racontés et des discours rapportés, sur leur ordonnance et la manière de narrer les uns et de reproduire les autres. Depuis longtemps les adversaires delà religion les exagèrent, les déclarent absolument inconciliables, et s'en font une arme contre la vérité des récits évangéliques et leur inspiration. Les Pères de l'Église les avaient remarquées les premiers ; ils s'étaient préoccupés de bonne heure d'en donner l'explication et d'établir une concordance parfaite entre les écrits en apparence discordants. Eusèbe de Césarée

ÉVANGILES

avait compost1 un ouvrage en trois livres sur les contradictions îles Évangiles, Ilepi Siaçwvfa; e-Ja-p,'e).t(ov , que saint Jérôme, De viris Ulustribus , 81, t. XXI II, col. 690, a connu et dont il nous est parvenu quelques fragments, publiés par Mai, Pair, gr., t. xxiv, col. 529-006. Saint Augustin, De consensu evangelistarum , t. xxxiv, col. 10H -1230, a discuté les difficultés particulières et a montré de quelle manière les quatre récits s'agençaient et coïncidaient. Avec eux tous les commentateurs catholiques ont enseigné que les quatre Évangiles, étant l'œuvre de l'Esprit de vérité qui ne peut se tromper ni se contredire, étaient vrais dans leurs détails et ne pouvaient se trouver en désaccord réel. Il y a entre eux de simples antilogies, des contradictions apparentes, qu'il est possible, sinon toujours facile, de résoudre. Cf. Wouters, Dilucidatse qusestiones in liistoriam et concordiam evangelicam , dans le Scriptura; sacras Cursus completus de Migne, t. xxiii, Paris, 1840, col. 769-1098; Le Blanc d'Ambonne, Concordances et apparentes discordances des Saints Évangiles, Paris, 1881.

Loin de diminuer l'autorité des Évangiles , ces divergences de rédaction prouvent la sincérité des évangélistes et sont une des meilleures marques d'authenticité de leurs récits. Elles indiquent clairement que les évangélistes ne se sont pas entendus pour raconter de la même manière la vie de Jésus, qu'ils ont rapporté indépendamment l'un de l'autre ce qu'ils savaient, sans se mettre en peine de s'accorder et sans soupçonner qu'on put douter de leur témoignage. Chacun d'eux a écrit dans un dessein particulier, et, pour atteindre son but, il a mis librement en œuvre ses souvenirs et ses renseignements. Leurs relations devaient nécessairement différer, et la diversité de leur exposition répond parfaitement à leur caractère, a leur position et à la fin qu'ils se proposaient. S. Chrysostome, lu Mattli. hom. i, 3, t. lvh, col. 16. En écrivant ainsi séparément et sans s'être concertés, les évangélistes ont raconté la même histoire et esquissé la ûgure divine du Sauveur. « Le Jésus de saint Matthieu ne diffère en rien de celui de saint Luc, celui de saint Marc est le même que celui de saint Jean; c'est le même portrait , reproduit quatre fois avec des nuances qui ne proviennent pas de l'original, on le voit bien, mais des peintres. Chacun de ceux-ci est arrivé à donner à son œuvre une ressemblance merveilleuse; mais il a disposé les accessoires suivant son point de vue, son but, son goût, sa manière particulière. Deux portraits doivent-ils cesser de se ressembler, parce que dans l'un le vêtement fait un pli en retombant, et que dans l'autre il en fait deux'? Les antilogies des Évangiles sont de cette importance. » Troehon et Lesètre, Introduction à l'étude de l'Écriture sainte, t. ni, Paris, 1890, p. 137-138.

Il en résulte que le cadre général de la vie de Jésus est foncièrement le même dans les quatre Évangiles. Saint Matthieu et saint Luc racontent seuls l'enfance et la vie cachée; les faits qu'ils rapportent sont différents, sans être contradictoires. Saint Luc remonte plus haut que saint Matthieu et fait précéder le récit de la naissance de Jésus du récit de celle de son précurseur. Pour la suite des événements il semblerait que l'un s'arrête à dessein aux endroits où l'autre a parlé. L'ordre chronologique n'est pas certain, et les exégètes disposent de plusieurs manières la visite des Mages, le massacre des Innocents, la fuite en Egypte, la présentation au temple et le retour à Nazareth. On connaît assez les divers essais de conciliation des deux généalogies du Sauveur. Dès le début de la vie publique, les quatre relations marchent de front jusqu'à la résurrection. L'histoire évangélique comprend donc nécessairement trois périodes principales: 1° l'enfance et la vie cachée; 2" la vie publique; 3° la passion et la résurrection. Fillion, Introduction générale aux Évangiles, Paris, 1889, p. 17-23. Quant à l'agencement particulier des événements du ministère public et des der-

niers jours de Jésus, il est parfois assez difficile, et les commentateurs ne sont pas parvenus à le déterminer dans tous les détails avec une entière certitude. On n'a pas toujours suivi les mêmes principes de concordance; on ne pouvait pas par conséquent aboutir aux mêmes conclusions. D'ailleurs, pour résoudre la prétendue contradiction qu'on trouve entre des récits simplement divergents , il n'est pas nécessaire de prouver que les faits se sont certainement passés dans tel ordre; il suffit qu'on indique une manière plausible ou seulement possible de faire disparaître la difficulté. Voici quelques règles générales, propres à faciliter la conciliation des passages discordants des Évangiles.

Il faut, avant tout, déterminer l'ordre chronologique des événements. Or, on admet communément aujourd'hui qu'aucun des trois premiers évangélistes n'a suivi constamment dans son récit la succession des faits. Saint Matthieu et saint Marc ont groupé des miracles et des discours du Sauveur, et ont brisé souvent la trame de l'histoire. Tout en appliquant une méthode plus rigoureuse, saint Luc, d'après l'opinion générale, a maintes fois employé un procédé de récapitulation et d'anticipation, qui lui a fait intervertir l'ordre des temps. Saint Jean a eu plus de souci de la chronologie; habituellement il a daté les faits qu'il rapporte, quelquefois par les jours et assez souvent par les fêtes juives. En indiquant les trois ou quatre Pâques de la vie publique de Jésus, il a fourni aux historiens du Sauveur des points de repère certains, et bien que sa relation soit essentiellement fragmentaire, elle peut servir de cadre historique à celles des Synoptiques. Il passe à peu près sous silence le ministère de Jésus en Galilée, que ses prédécesseurs avaient presque exclusivement raconté, et il décrit longuement l'action du Sauveur en Judée. Mais, pour établir l'accord général des faits, il suffit d'intercaler entre les premières Pâques de l'Évangile de saint Jean les événements et les discours qu'on lit dans les Synoptiques. Le quatrième Évangile est plus complet et plus détaillé sur les actes de la dernière année de la vie de Jésus. Pour la Passion, les quatre récits redeviennent parallèles, et, bien que la marche du drame divin suive le même cours, il est spécialement difficile et délicat de coordonner les circonstances si diverses, propres à chaque narrateur. Dans la disposition et l'agencement des faits particuliers, il faut tenir compte à la fois des données chronologiques et de la succession des récits. Quand deux évangélistes sont d'accord contre un troisième pour rattacher des événements qui se suivent, il faut adopter leur ordre, à moins que le récit isolé ne contienne des renseignements particuliers qui datent autrement les faits. Si tous placent le même fait à des endroits différents, on préfère le placement de celui qui aura noté les circonstances de temps, le jour ou l'heure, ou celles de lieu. Cependant il conviendra de distinguer à ce sujet les formules précises dis indications vagues et générales, comme: en ce temps-là, Matth., xi, 25; xii, 1, etc.; en ces jours-là , Luc, n, 1; ix, 36, etc., et autres analogues. Celles-ci ne marquent pas nécessairement la continuité des actes, et elles réunissent parfois des faits assez distants. 11 est nécessaire de tenir compte aussi des voyages de Jésus et de ses séjours plus ou moins longs dans une localité.

Dans la distinction des faits particuliers, il faut éviter deux excès opposés. Le premier consisterait à reconnaître un seul et même acte dans des récits diversement circonstanciés, parce que quelques circonstances se ressemblent. Un personnage réitère plusieurs fois dans sa vie la même action. Jésus-Christ s'est trouvé fréquemment dans des situations analogues, qui l'ont amené à répéter certains actes et certaines paroles. Ainsi, il a apaisé deux fois la tempête ; à quelques semaines d'intervalle, il a multiplié les pains; il a discuté plusieurs fois avec les pharisiens qui l'attaquaient; il a guéri plusieurs aveugles et délivré divers démoniaques. On dis-

tingue les faits semblables par la diversité des circonstances de personnes, de temps et de lieux, et par la manière un peu différente dont ils ont été accomplis. Le second excès serait de distinguer des faits identiques, dont les circonstances principales sont les mêmes, sous [te que les différents récits contiennent un nombre plus ou moins grand de détails. On ne multipliera pas les miracles et les discours de Jésus, dès que les relations ne présenteront que de légères divergences. Un fait unique et identique peut, sans cesser d'être vrai dans tous ses détails, être diversement raconté par plusieurs écrivains. Or les évangélistes ne se sont pas généralement attachés à énumérer minutieusement toutes les circonstances des événements. Celui-ci s'est borné à noter le trait important, Mattb., xxvi, 69-75; Luc, xxn, 55-62; Joa., xvm, 25-27; celui-là a précisé davantage les détails, Marc, xiv, 66-72; tel a relaté une circonstance, tel une autre, chacun d'eux écrivant d'après son but et selon ses souvenirs ou ses documents. Il est dès lors toujours possible de former de leurs diverses narrations un récit continu, réunissant en un tout homogène les détails en apparence discordants. Voir Kvangiles (concorde des). VIII. Rapports des trois premiers Évangiles ou

QUESTION SYNOPTIQUE. — /. ÉTAT DE LA QUESTrOX. — Un

fait saillant, qui frappe le regard des lecteurs les plus superficiels et qui du reste n'est contesté par personne, c'est la différence marquée qui existe entre les trois premiers Évangiles, d'une part, et le quatrième, d'autre part, et la ressemblance étonnante que présentent ceux du premier groupe. Bien qu'en réalité les quatre narrations évangéliques soient des biographies d'un seul et même personnage i'l qu'elles aient Me> matériaux communs, elles se ramènent cependant à deux récits : l'un en grande partie commun aux Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc; l'autre propre à saint Jean. En effet, en dehors de la passion, dans la relation de laquelle les quatre Evangiles sont parallèles, les trois premiers n'ont presque rien de correspondant au quatrième. Celuici raconte le ministère de Jésus en Judée et à Jérusalem ; ceux-là, sa prédication et ses actes dans la Galilée et la h rée. Ce ne sont pas seulement les faits narrés qui diffèrent; la physionomie elle-même de Jésus parait tout autre. Dans les trois premiers récits, ses actes et ses paroles ont un caractère plus simple, plus populaire, plus approprié au milieu où s'exerçait son activité. Le quatrième Evangile a une forme plus relevée, plus spirituelle, plus en rapport avec les docteurs et les chefs du peuple que Jésus rencontrait en Judée, qu'il instruisait et avec qui il discutait. Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc sont surtout des historiens; saint Jean est en même temps un théologien. Les anciens écrivains ecclésiastiques avaient remarqué cette différence, et tandis qu'ils appelaient les trois premiers Évangiles des Évangiles corporels, vuiucnxii, ils qualifiaient le quatrième de spirituel, nveu|j.aTiy.o-/. Clément d'Alexandrie, dans Eusèbe, //. E., vi, 14, t. xx, col. 553. Néanmoins les quatre récits s'accordent, et le quatrième n'a pas de Jésus une idée qui soit en contradiction avec celle des trois autres. — Les ressemblances frappantes que présentent entre eux les trois premiers Évangiles onl fourni l'occasion d'imprimer les trois récils de la vie de .lésus en regard les uns des autres, sur des colonnes parallèles, afin qu'on pot voir

d'un seul coup d'oeil les passages semblables, Griesbach, Synopsis l-Jvungeliorum Mattltiri, Marri et Lucie una cum iis Joannis pericopis quiv historiam passionis et

■ectionis .Irsii Clirisli complect iintnr , 2e édit.,

Halle, 17117; de Wette et Lucke, Synopsis Evangeliorum

Matthsei, Muni et Lucas cum parallelis Joannis peri-

Berlin, 1818; Rœdiger, Synopsis Evangeliorum

Matthsei, Marri ri l.iic:e cum Joannis pericopis paral-

Halle, 1829; Rushbrooke, Synopticon, Londres, 1880-1881, Comme cette disposition typographique des Récits parallèles a été nommée Synopse, E0v<ej/i{, « ce

que l'on contemple d'un seul coup d'oeil, » on a appelé Synoptiques, ou parallèles, les trois Évangiles qui fournissent les matériaux de la Synopse. La comparaison des textes parallèles, favorisée par les Synopses, a pu être faite jusque dans les moindres détails, et a révélé de plus en plus l'étonnante parenté littéraire des trois premiers Evangiles. Elle a donné lieu à un problème compliqué, dont la solution définitive n'est pas encore trouvée, et qui porte le nom de question des Évangiles ou question Synoptique. — S'il n'existait que des ressemblances entre les trois premiers Évangiles, le problème serait simple et la solution en serait facile. Les nombreux et continuels points de contact des narrations parallèles s'expliqueraient par l'hypothèse d'une dépendance mutuelle ou d'une source commune. Mais à côté d'une harmonie surprenante, dont on ne connaît pas d'autre exemple dans l'histoire littéraire, les Synoptiques présentent des divergences d'ensemble et de détail non moins étonnantes. Le problème se complique d'autant plus que ces différences réelles, claires et saillantes, se rencontrent dans les passages les plus ressemblants, qu'elles se mêlent, s'enchevêtrent, non pas partiellement, mais constamment, avec des ressemblances profondes et évidentes. Pour se faire une idée juste et complète de ce mélange de ressemblances et de divergences, il faut parcourir soi-même les Synoptiques et les comparer par le menu dans une Synopse. L'analyse pourtant si minutieuse que les critiques modernes ont faite des Synoptiques, et que nous allons reproduire, ne peut remplacer entièrement ce travail personnel. Comme les divergences et les ressemblances portent sur les mêmes points et coïncident partout, nous les constaterons simultanément soit dans le contenu, soit dans le plan général, soit dans la disposition des détails et jusque dans la forme littéraire des récits parallèles.

1° Ressemblances et divergences dans le contenu. — Il est dès l'abord singulier qu'au milieu de l'abondance et de la variété des faits, Joa., xxi, 25, les Synoptiques racontent tous trois la même partie de la vie de Jésus. Ils ne parlent pas du ministère en Judée, que saint Jean rapporte seul, et à les lire on se persuaderait facilement que la prédication de Notre-Seigneur, en dehors de la période de la passion, qui a été courte, n'a eu d'autre champ d'action que la Galilée. Dans l'ensemble, les trois historiens, Matthieu, Marc et Luc, racontent les mêmes faits et rapportent les mêmes paroles. Les discours et les paraboles sont pour la plupart les mêmes dans saint Matthieu et dans saint Luc ; les miracles sont à peu près identiques dans les trois Synoptiques; ce sont les mêmes guérisons. — Toutefois, malgré- eette communauté de fond, chaque évangéliste a ses récits propres; chacun introduit dans sa narration des fragments plus ou moins considérables, parfois des épisodes complets, qu'on ne trouve pas chez les deux autres. Ils sont très peu nombreux en saint Marc, plus considérables en saint Matthieu et davantage encore en saint Luc. Ces fragments sans parallèle sonl : en saint Matthieu, l'adoration des mages, la fuite en Egypte, le massacre des enfants de Befhlchem, II, 1-17; les paraboles de l'ivraie, XUI, 21-30; du trésor caché, de la perle et du filet, xin, 44-51; celles des deux débiteurs, xvm. 23-35; des deux fils, des vignerons homicides, xxi, 28-46, el des dix vierges, xxv, 1-13; le statère trouvé dans la bouche du poisson, xvh, 23-27; l'intervention de la femme de Dilate, xxvn, 12; l'ablution des mains du procurateur, xxvii, 21 et 25; la résurrection des morts, XXVII, 51-53; la garde du tombeau île Jésus, xxvii, 62-65; en saint Marc, ies deux guérisons miraculeuses du sourd-muet de la Pentapole, vu. 31-37, et de l'aveugle de Bethsaide, vin, 22-26; les deux paraboles de la semence qui croit sans qu'on s'en aperçoive, IV, 26-29, et du maille qui laisse sa maison à la garde de ses serviteurs, xin, 31-37; la fuite d'un jeune homme qui suivait Jésus.

ÉVANGILES

xiv, 51 et 52: en saint Luc, la naissance de saint Jean- Baptiste, l'Annonciation, la Visitation et les cantiques de Marie et de Zaeharie, i, 5-80; le cantique de Siméon, H, 25-3-2; Jésus au milieu des doeteurs, II, 40-50; l'histoire de Marie et de Marthe, x, 3S-42; celle de Zachée, XIX, 1-10; celle du bon larron, XXIII, 40-43; la vocation des soixante-douze disciples, x, 1-24; les guérisons des dix lépreux, xvn, 11-19; d'un homme hydropique, xiv, 1-6; et d'une femme que l'esprit mauvais rendait inlirme, xm, 10-17; la résurrection du jeune homme de Naïm, vu, 11-17; l'apparition de Jésus aux disciples d'Emmaûs, xxiv, 13-35; les sept paraboles du bon Samaritain, x, 30-37; du riche surpris par la mort, XII, 10-21; de l'enfant prodigue, xv, 11-32; de l'économe infidèle, xvi, 1-12; du mauvais riche, xvi, 19-31; du juge inique, xviii, 1-8, et du pharisien et du publicain, xvm, 9-14. La comparaison des matériaux communs et des particularités des Synoptiques a été établie d'une façon très minutieuse au moyen des calculs faits sur différentes bases d'opération. Reuss, Die Geschichte der heiligen Schrift Neiien Testaments, 0" édit., Brunswick, 1887, p. 170, a dressé trois évaluations d'après trois points de départ différents. En prenant les 121 sections plus ou moins longues qui comprennent tous les récits combinés des Synoptiques, il y en a 47 qui sont communes aux trois, 12 à saint Matthieu et à saint Marc, 2 à saint Matthieu et à saint Luc, 6 à saint Marc et à saint Luc; 17 sont spéciales à saint Matthieu, 2 à saint Marc et 38 à saint Luc. Ce dernier a donc 93 sections, saint Matthieu 78 et saint Marc 67. Si on compte les sections d'après les Canons d'Eusèbe, il y en a 554 d'étendue très inégale pour les trois Synoptiques : 182 leur sont communes, 73 se retrouvent en saint Matthieu et en saint Marc, 103 en saint Matthieu et en saint Luc, 14 en saint Marc et en saint Luc; 69 sont propres à saint Matthieu, 20 à saint Marc et 93 à saint Luc. Au total, saint Matthieu a 427 sections, saint Marc 289 et saint Luc 392. En suivant la division actuelle en versets, saint Matthieu en a 330 qui lui sont propres, saint Marc 68 et saint Luc 541. Les deux premiers Évangiles ont de 170 à 180 versets qui manquent au troisième; Matthieu et Luc, de 230 à 210 qui manquent à Marc; Marc et Luc, 50 environ qui ne sont pas dans Matthieu. La somme des versets communs aux trois récits n'est que de 330 à 370. Matthieu a 1070 versets; Marc, 677; Luc, 1 158; au total, 2905. Stroud, A neiv greek Harmong of the four Gospels, Londres, 1853, p. cxvn , a abouti à des résultats plus évidents et plus significatifs. En représentant par 100 l'ensemble des matériaux des Synoptiques, on constate que saint Matthieu a 58 points de contact et 42 particularités, saint Marc 93 points de contact et 7 particularités, saint Luc 41 points de contact et 59 particularités. Les passages communs aux trois évangélistes sont au nombre de 53; ceux qui appartiennent à saint Matthieu et à saint Marc, de 20; à saint Matthieu et à saint Luc, de 21 ; à saint Marc et à saint Luc, de 6 seulement. « En résumé, nous pouvons dire que les deux tiers à peu près des détails sont communs aux Synoptiques, tandis que l'autre tiers ne se rencontre que dans l'une ou l'autre des narrations. Saint Matthieu possède absolument en propre la sixième partie de son Évangile; saint Luc environ le quart du sien, s Fillion, Introduction générale aux Évangiles, Paris, 1889, p. 38-39.

2" Ressemblances et divergences dans le plan général et la disposition des parties communes ou propres. — Ellrs sont plus frappantes et plus enchevêtrées encore que dans l'ensemble du contenu. La ressemblance principale consiste dans la même distribution chronologique du ministère public de Jésus : 1. baptême au Jourdain ; 2. prédication en Galilée; 3. voyage et séjour à Jérusalem; 4. passion et mort; 5. résurrection. Le cadre est identique dans les trois récits, et les matériaux communs sont arrangés d'après un plan unique. Il laisse place toutefois aux détails propres à chaque évangéliste, qui sont DICT. DE LA BIBLE.

insérés dans la trame générale de l'histoire évangélique. Cette ressemblance se remarque aussi dans l'arrangement particulier des faits et des discours, parfois dans le groupement de certains événements, même en dehors de l'ordre chronologique de leur accomplissement. Mais elle n'est pas universelle ni constante. Le groupement des discours de Jésus n'a pas lieu de la même façon. Ainsi, tandis que saint Matthieu, v, I -vu, 29, relate tout d'un trait le discours sur la montagne, et, xm, 1-53, les paraboles du royaume des cieux, saint Luc les partage en plusieurs fragments, qu'il éparpille et qu'il rattache à des circonstances distinctes. De la sorte, les trois récits évangéliques, après avoir suivi longtemps un cours parallèle, dévient soudain ou se brisent. Un narrateur omet, ajoute, anticipe, transpose librement ses narrations par rapport aux deux autres ou à l'un d'eux. Les évangélistes s'accordent parfois deux à deux à rencontre du troisième, et ce ne sont pas toujours les deux mêmes qui se trouvent dans le même rapport d'harmonie. M. Wetzel, Die synoptischen Evangelien, 1883, p. 109- 117, a l'ait ressortir d'une manière saisissante les divergences des Synoptiques dans l'ordre général des événements. Il a choisi comme exemples les passages Matth., iv, 18-xxi, 27; Marc, i, 16-xvi, 7; Luc, iv, 16-xxiv, 9, qu'il a résumés sur trois colonnes parallèles. Le récit de saint Marc, qui occupe la deuxième colonne, sert de terme de comparaison, et son texte est divisé en petits quadrilatères, qui sont numérotés de 1 à 83, et dont chacun renferme le titre d'un événement. Les récits de saint Matthieu et de saint Luc sont divisés en quadrilatères semblables, qui sont numérotés par les chiffres des quadrilatères correspondants de saint Marc. Par ce moyen, on constate aisément les relations de groupement des récits particuliers. Ainsi les numéros 1 de saint Matthieu et de saint Marc font face au numéro 24 de saint Luc; le 16e quadrilatère du premier Évangile a pour voisins les carrés 4 de saint Marc et de saint Luc; le 59e est sur la même ligne que le 7e de saint Marc et le 6e de saint Luc. Voici d'autres chiffres correspondants: io, 10, 9; 27, 47, 50; 34, 53, 57; 40, 59, 66; 48, 68, 76; 57, 77, 83, etc. L'ordre des récits est donc loin d'être identique.

Pour se faire une juste idée de l'agencement général des faits, il est nécessaire d'analyser les Synoptiques et de constater la disposition, dans chaque Evangile, des éléments propres et des éléments communs. Seuls saint Matthieu et saint Luc racontent la naissance, l'enfance et la jeunesse de Jésus; mais ils ne suivent pas le même ordre. De plus, pour cette première période de la vie de Notre -Seigneur, presque tout y est différent, nul fait, sauf le retour à Nazareth, n'est commun. Saint Luc parle du précurseur, que saint Matthieu ne mentionne pas. Les deux généalogies de Jésus ne concordent pas. Dans le récit des faits, les deux narrateurs se comp mutuellement; l'un rapporte ce que l'autre a omis, et on pourrait croire que saint Luc remplit les lacunes de saint Matthieu. Ainsi il raconte tout ce qui a précédé les angoisses de saint Joseph, par lesquelles saint Matthieu débute. Il continue son récit jusqu'à la naissance de Jésus à Bethléhem, où saint Matthieu amène les mages, sans en avoir dit la raison. A son tour, saint Luc omet l'adoration des mages, la fuite en Egypte et le retour, et il transporte les lecteurs de la purification au séjour à Nazareth et à la première visite de Jésus au Temple de Jérusalem. — A partir de la trentième année de Jésus et de l'inauguration de son ministère public, les Synoptiques marchent de pair. Or, si on met de coté les récits relatifs à l'ascension et à la vie glorieuse du Sauveur, qui ont un caractère distinct dans chaque Évangile, on peut diviser la vie active et la passion de Jésus en deux grandes périodes, l'une précédant et l'autre suivant la première multiplication des pains. Dans la première, il existe pour l'ordre des faits racontés une conformité singulière entre saint Marc et saint Luc, tandis que saint Matthieu s'écarte

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