‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 331 sur 486 · GG · texte numérisé non relu

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quels Basilide exposait les rapports du péché et de la douleur et rendait compte des souffrances des enfants par la théorie de la préexistence des âmes. Si cetle explication se rattachait à un texte évangélique, aucun ne convenait mieux que la guérison de l'aveugle-né. Joa., ix, 1-3. Il paraît certain d'ailleurs que la secte de Basilide se servait du quatrième Évangile. Philosophoumena , vu, 20-27, t. xvi, 3a pars, col. 3301-3321. Enfin les disciples de cet hérétique plaçaient le baptême de Jésus la quinzième année de Tibère, et sa mort la seizième. Clément d'Alexandrie, Strom., i, 21, t. vin, col. 888. Ils avaient probablement emprunté ces dates à Luc, m, 1; iv, 9. Nous pouvons donc conclure que Basilide connaissait les Évangiles de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean. Cependant son ouvrage n'était peut-être pas un commentaire suivi des Évangiles canoniques, et comme Origène, Proxm. in Luc, t. xili, col. 1803, attribue à cet hérétique un évangile, il se pourrait que le texte commenté ait été un document composite, formé d'après les Évangiles canoniques, sans en reproduire aucun intégralement. Zahn, i, 2, p. 763-774. Si de l'Occident nous passons dans les Églises d'Asie, nous y trouvons des renseignements plus précis sur les Évangiles. Dans ses sept lettres authentiques, qui datent au plus tard de 110 à 117, saint Ignace d'Antioche a fait des emprunts au premier et au quatrième Évangile : Ad Ephes., xiv, ?, Funk, Opéra Patrum apostolicorum , t. i, p. 18i, Matth., xn, 33; Ad Smyrn., i, 1, p. 234, Matth., m, 15; vi, i, p. 238, Matth., xix, 12; Ad Polycarp., i, 3, p. 246, Matth., vin, 17; //, î", p. 216-248, Matth., X, 16. La description hyperbolique de l'étoile des mages, Ad Ephes., xix, i', p. 188, n'est qu'une amplification oratoire de Matth., Il, 9 et 10. Le quatrième Évangile est cité, Ad Magnes., rm, "?, p. 196, Joa., VIII, 29; Ad Rom., vu, 3, p. 220, Joa., vi, 27; Ad Philad., vu, i, p. 228, Joa., m, 8. Ignace cite ces deux Évangiles d'une telle manière, qu'il les suppose connus dans les diverses Églises auxquelles il écrit. Zahn, i, 2, p. 903-905. Toutefois il reproduit, Ad Smyrn., in, S, p. 237, une parole du Seigneur qui n'est pas dans nos Évangiles. C'est la seule qu'Ignace mentionne comme telle, en rapportant les circonstances dans lesquelles elle a été prononcée. Cette particularité laisse soupçonner qu'Ignace n'accordait pas à la source où il l'a puisée la même autorité qu'aux Évangiles. Saint Jérôme, De viris illust., xvi, t. xxm, col. 633, croit y reconnaître une citation de l'Évangile des Hébreux. Origène, De princip., proœm., 8, t. xi, col. 119, la reproduit comme venant de la Prédication de Pierre. Cf. Zahn, i, 2, p. 920-922. En plusieurs passages de ses lettres, Ad Philad., v, i et S, p. 22S; vin et ix, p. 230-232; Ad Smyrn., v, i, p. 238; vu, 2, p. 240, saint Ignace compare l'Évangile à la Loi et aux Prophètes. On en a voulu conclure qu'à ses yeux l'Évangile formait un recueil sacré, ayant la même autorité que la Loi et les Prophètes. ,1. Delitzsch, De inspirations Scriptural Sacras, p. 63-65. Mais s'il est certain que saint Ignace parle de l'Évangile comme d'un document écrit, il n'en parle que pour le subordonner en quelque sorte à la foi de l'Église, à la tradition vivante, qui dérive de la prédication des Apôtres. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 27-29 ; Zahn, i, 2, p. 843-8i7. — Saint Polycarpe, qui écrivait peu après saint Ignace, a fait, Ad Philip., VII, 2, édit. Funk, p. 274, quelques emprunts à saint Matthieu, VI, 13; xxvi, 41. Ailleurs, //, 3, p. 268, il combine Matth., VII, 1 et 2; v, 3 et 10, avec Luc, vi, 36-38 et 20. Comme il cite vu, i, p. 274, la première Épitre de saint Jean, iv, 2 et 3, on peut penser qu'il connaissait aussi le quatrième Évangile, avec lequel elle a d'étroits rapports. — Saint Papias d'Hiérapolis , ami de Polycarpe et comme lui disciple de saint Jean, a composé vers l'an 125 ses Aoyiiov xvpiaxûv i-mcx;. Eusèbe, //. E., m, 39, t. xx, col. 296. Cet ouvrage contenait l'explication des discours du Seigneur, puisés dans des documents écrits et dans la tradition orale. Les documents écrits qui fournirent à Papias la

matière de son commentaire étaient les Évangiles de l'Eglise. Les Évangiles connus de Papias étaient certainement, au moins, ceux de Matthieu et de Marc, sur la composition desquels il nous a transmis de si curieuses notices, provenant en partie de saint Jean. Ces notices nous permettent même de remonter plus haut que l'époque de Papias. Elles nous renseignent sur ce que savait saint Jean, vers l'an 90. Or le disciple bien -aimé et ses auditeurs avaient entre les mains un Évangile, qu'ils croyaient être de Marc, disciple de saint Pierre. Jean loue cet ouvrage, en expliquant d'une manière satisfaisante l'ordre moins rigoureux des faits qu'il y remarquait déjà. Eusèbe, loc. cit., col. 300. Les critiques modernes ont prétendu, il est vrai, que la description donnée par Papias convenait, non pas à l'Évangile actuel de Marc, mais à un Proto- Marc, dont nous aurions une édition remaniée dans notre second Évangile. Mais Papias ne dit rien qui ne se rapporte avec le caractère de notre Marc, dans lequel on trouve des faits et quelques discours simplement groupés, en dehors de toute prétention à un enchaînement minutieux dans l'ordre chronologique. D'ailleurs il est certain que les Pères, qui suivent Papias, ont connu l'Evangile actuel de Marc. Faudra-t-il placer dans le court intervalle qui les sépare l'édition remaniée qu'on suppose? Qui l'a rédigée ou l'a fait accepter ? Quand et où la substitution a-t-elle été opérée? Il n'y avait donc pas de Proto-Marc pour Papias ni pour saint Jean. Les mêmes critiques ont pensé aussi que la notice sur saint Matthieu convient, non au texte grec actuel, mais à l'Evangile hébreu, dont il est un remaniement. D'après Papias, saint Matthieu, par contraste avec saint Marc, comprenait surtout des discours du Seigneur. Or le premier Évangile actuel a au moins autant d'histoire que le second. Ce n'est donc pas lui que Papias connaissait. Observons d'abord que l'opposition faite par Papias entre saint Matthieu et saint Marc n'est pas certaine. Elle semble résulter de la juxtaposition des deux citations de Papias dans Eusèbe; mais il n'est pas démontré que les deux notices se suivaient dans l'ouvrage de l'évèque d'Hiérapolis, et Eusèbe a pu les extraire d'endroits différents. Du reste ce contraste n'est pas aussi tranché qu'on le prétend. Papias désigne les deux premiers Évangiles par la partie de leur contenu qui était pour lui la plus importante, le premier par les discours, le second par des discours et des faits. Il ne définit pas strictement tout le contenu, et ).6y;ot ne signifie pas nécessairement des discours à l'exclusion des faits. Papias enfin connaît les interprétations grecques, écrites et non simplement orales, de l'Evangile hébreu de saint Matthieu. Il est vraisemblable qu'il employait l'une d'elles plutôt que l'original, probablement celle qui avait été dans les mains de saint Ignace et de saint Polycarpe, la même que nous trouverons bientôt en la possession de saint Irénée, celb qi est le texte de notre premier Évangile. Papias connaissait donc nos Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc Cf. A. Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Lilteratur bis Eusebius, t. i, p. 663-664. Connaissait-il les deux autres? On a prétendu que non, parce qu'Eusèbe n'en parle pas. Mais le silence d'Eusèbe ne saurait être à cet égard un argument décisif. Eusèbe a rapporté les deux notices relatives aux Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc en raison des détails historiques qu'elles contenaient. Il ne se proposait pas de nous apprendre quels Évangiles étaient cités par les anciens écrivains ecclésiastiques; il pouvait donc constater que Papias avait cité saint Luc et saint Jean, sans se croire obligé de le mentionner dans son histoire. Sans parler des documents qui relatent les rapports de Papias avec saint Jean (Harnack, Chronologie, p. 664-667), il est très vraisemblable que l'évèque d'Hiérapolis a connu le quatrième Évangile. Il n'a guère pu, en effet, ignorer les écrits de saint Jean, publiés peu d'années auparavant dans le milieu où il vivait. S'il ne s'en est guère servi

dans son ouvrage, c'est que les discours de Jésus que cet

É vile contient convenaient moins à son but. Enfin il

est probable qu'il a connu, comme saint Ignace et saint Polycarpe, l'Évangile de saint Luc. Cf. Zahn, i, 2, p. 849-903; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 3-2-39. — De tout ce qui précède nous pouvons conclure que, vers la fin du i" siècle et le commencement du IIe, les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc étaient répandus dans toutes les communautés chrétiennes sur lesquelles nous avons des renseignements. Celui <le saint Marc, qui est plus court et a moins de récits propres, est moins documenté; mais le défaut de témoivenant de Rome et d'Alexandrie est amplement compensé par le suffrage favorable de saint Jean et de ses disciples. A la fin du Ier siècle il est en Asie Mineure, où il n'a pas été composé; c'est une preuve qu'il s'est répandu assez rapidement dans l'Église. Le quatrième île a été connu par saint Ignace, saint Polycarpe et les « vieillards » qui furent les maîtres de saint Irénée. Adv. hxr., v, 30, t. vu. col. 1203. Il était employé à Alexandrie dans le premier quart du IIe siècle. A partir de l'an 130, on le trouve partout. Il eut donc toujours une grande vogue et il fut accepté sans contestation, à cause du prestige de son auteur. Les Évangiles apocryphes alors existants sont peu répandus. Nous ne constaterons pas dans les temps postérieurs la moindre hésitation sur le nombre des Évangiles autorisés. Ce fait ne s'expliquerait pas s'il y avait eu à l'origine une période de confusion, durant laquelle on eût joint des Évangiles apocryphes aux canoniques. Les circonstances de la publication de ceux-ci furent sans doute des garanties suffisantes de leur origine apostolique et de leur autorité divine. Le recueil des quatre Évangiles fut donc ainsi constitué en fait avant l'an 130, sans que l'autorité ecclésiastique ait intervenu officiellement pour le présenter aux fidèles. A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament . p. 1 1 - i:!.

3° De 130 à 170. — Les documents de cette période sont plus nombreux et plus explicites que ceux de la période précédente. Ils nous feront constater que lu recueil des quatre Évangiles canoniques est publiquement reconnu dans l'Église. Cette conclusion résultera des témoignages des écrivains catholiques et hérétiques.

1. Témoignages des écrivains catholiques. — Le Pasteur d'Hermas, qui a été composé à Rome, vers l'an -140, présente d'assez nombreuses affinités d'expressions avec, les quatre Évangiles. Funk, Opéra Patrum apostolicorurn , t. i, // um S. Scripturs, p. 570. L'homélie qui

est ordinairement désignée sous le nom de seconde Épitre de saint Clément, et qui est du même temps, reproduit un assez grand nombre de paroles du Seigneur, qui se retrouvent' pour [a plupart dans saint Matthieu: // Cor., il, 4, édit. Funk., p. 110, cite comme Écriture Matth., ix, 13; II Cor., m, ".', y. Ils, Matth., x, 32; // Cor., IV, :', p. lis, Matth., vu, 21; 77 Cor., vi , -1 , p. 150, Matth., xvi, 26; // Cor., IX, 11, y. 150, Matth., xil, 50, etc. D'autres citation dérivent de saint Luc: Il Cor., vi, 1, p, 15H, Luc, xvi, 13; II Cor., xm, 4, p. 100, Luc, VI, 32. Celle qui est introduite par la formule : AIyei fàp h Kûpio; h tm eùaYyeXfw, // '.'"/■., vin. 5, p. 151, est rapportée eaucoup de 1 1 itiques à un évangile apocrj phe : m. us elle peut fort bien être tirée de Luc, xvi, 10-12, avec qui elle concorde partiellement. Si on trouve seulement, // Cor., xx, 1. p. Ois, une lointaine allusion àJoa., xiv, 1 ii 27, l'expression : « Le Christ, qui était d'abord esprit, s'est fait chair, « II Cor., ix, 5, p. 151, semble empruntée au quatrième Évangile, bien que le mot johannique i le Verbe » fasse défaut. Enfin d'autres paroles du Seigneur, II Cor., rv, 5, p. 148; r, •.'- 1, p. 150; xu, 2-5, p. 158, proviennent soit de la tradition orale, soit d'un

des canoniques. —

int Ii ■'■ hœres., v, 36, t. vu,

col. 122 'il le témoignage, l 'est-à-dire les évéques

qui gouvernaient les Églises de l'Asie Mineure, de 130 à 150, avaient certainement entre les mains les mêmes Évangiles que leur disciple, car ils employaient dans leur enseignement des paroles du Seigneur puisées dans nos Évangiles. Cf. Zahn, i, 2, p. 781-783. La lettre des Sinyrniotes sur le martyre de saint Polycarpe, en 155, indique de quelle manière le martyre est conforme à l'Évangil . i, 1, édit. Funk, p. 282-284; iv, p. 286; xix, 1, p. '304. Elle renferme des allusions à la passion de Jésus-Christ, et vu, 1, p. 288, à un passage de Matth., xxvi, 55. Cf. Zahn, t. i, 2, p. 779-781. — Le martyr saint Justin, à la fin de sa première Apologie, lxvi, t. vi, col. 429, qui date de 150 environ, dit que l'Eucharistie a été instituée par Jésus- Christ lui-même, selon que les Apôtres l'ont rapporté Iv toi; Y£vo[A^vot» bit «yvwv xTZQu.vrl\LVjfJ\i.xG'.v, a xocXeitocc E'J»YY-)'la- Dans le chapitre lxvii, col. 429, il ajoute que les « Mémoires des Apôtres » sont lus dans les assemblées chrétiennes avec les écrits des prophètes ; on reconnaît donc aux uns et aux autres la même autorité divine. Ce nom de « Mémoires des Apôtres », que saint Justin est seul à donner aux Évangiles, leur convient parfaitement et rend exactement compte de leur origine et de leur contenu. S'il l'emploie, ce n'est pas que le nom d'eùcrfr!- Aia ne soit couramment usité parmi les chrétiens. S'adressant à un empereur païen, l'apologiste se sert d'un terme qui expliquera clairement la nature des Évangiles qu'il citait. 11 y avait une allusion aux 'Anop.vi]|iovEÛ|i,aTa, da IS lesquels Xénophon reproduit les enseignements de Socrate. Il' Apolog., x-xi, t. vi, col. 460-401. Les Évangiles que saint Justin désigne sous ce titre forment donc un corps d'ouvrages aussi nettement déterminé que la collection des livres prophétiques de l'Ancien Testament. Comme, d'ailleurs, l'apologiste parle au nom de l'Église, qu'il veut défendre, les Évangiles qu'il mentionne sont ceux que l'Église employait alors, les quatre qu'elle a toujours reconnus depuis. La vérité de cette conclusion résulte directement des autres écrits de saint Justin. Dans son Dialogue avec le juif Tryplion, cm, t. VI, col. 717, qui est de peu postérieur aux Apologies, Justin affirme que ces Mémoires, dont il a parlé si souvent, ont été écrits par les Apôtres ou les disciples des Apôtres. Rien qu'il ne les désigne pas par leur nom, il est clair qu'il vise les deux Evangiles de saint Matthieu et de saint Jean, qui sont l'œuvre de véritables Apôtres, et les deux autres de saint Marc et de saint Luc, qui ont été composés par des disciples des Apôtres. Si on examine en détail les citations évangéliques qui se lisent dans les écrits de saint Justin, on constate qu'il s'est servi des quatre Evangiles canoniques. 11 n'y a pas de doute possible pour l'emploi du premier Évangile, dont les citations sont nombreuses, soit dans la première Apologie, xv-xvi, t. VI, col. 349-353 soil dans le Dialogue avec Tryplion, xvn, t. VI, col. 513, xxxv, col. 540-552: xlix, col. 584; LI, col. 589; i.xxvi, col. 653; Lxxvm, col. 657; xcm, col. 697: xcix, col. 708; c, col. 710; cv, col. 721; cvn, col. 724: exu, col. 730; cxx, col. 750; cxxn, col. 760; cxi„ col. 797. Ces citations sont faites lies librement, aussi bien que celles de la version des Septante pour l'Ancien Testament. Le texte y a subi les modifications nécessaires pour devenir intelligible à des lecteurs païens. Les traces du second Évangile sont en moins grand nombre; on les remarque cependant : / Apolog., xvi, t. vi, col. 353; Dial. cum Tryph., i.xxvi etc, col. 05:! ei 7it'.t; De résurrections, ix, col. 1588. La finale contestée ! de saint Marc, XVI, 20, est citée I Apol., xlv, col. 397. On peut légitimement penser que le second Évangile esl mentionné sous le nom de Mémoires de Pierre. Dialog. e. Tj ijph., CVI, t. vi, col. 724. Ce nom, en effet, convient mieux à la narration' de Marc, disciple de saint Pierre, qu'à l'Evangile apocryphe de Pierre, que saint Justin n'a peut-être pas vu. On ne peut guère contester non plus que saint Justin n'ait connu le troisième Évi agile. Le passage où il distingue les Mémoin composés par les Apôtres ou par leurs disciples sert à introduire le

EVANGILES

récit de la sueur de sang, qui est particulier à saint Luc, xxii, 44. D'autres particularités de l'histoire évangélique, qui ne se rencontrent que dans le troisième Évangile, sont rapportées par saint Justin : Luc, I, 7, Dialog., lxxxiv, col. 676; Luc, i, 26, 1 Apol., xxxm, et Dialog., c, col. 3S1 et 712; Luc, H, 2, I Apol., xxxiv, et Dialog., lxxviii, col. 384 et 657; Luc, m, 1 et 23, I Apol., xm, xi.vi, et Dialog., lxxxviii, col. 34S, 397 et 685. Des paroles du Seigneur, qui correspondent au texte de saint Luc, sont citées: / Apol., XV, t. vi, col. 352; XVII, col. 356; xix, col. 357; lxvi, col. 429; Dialog., cm, col. 717. Saint Justin sait par les Mémoires des Apôtres que Jésus est le Fils unique du Père, son Verbe, qu'il s'est fait homme et chair en naissant d'une Vierge. Dialog., cv, col. 720- 721; I Apol., xxxn, col. 380; Dialog., lxiii, col. 620. 11 n'a pu l'apprendre que dans le quatrième Évangile. Une parole du Christ, empruntée au discours avec Nicodème, joa., m, 3-5, est rapportée I Apol., i.xi, col. 420. Des expressions caractéristiques et des comparaisons propres à saint Jean se retrouvent sous la plume de saint Justin,

I Apol., lx, col. 417; vi, col. 337; Dialog., ex, col. 729.

II serait absurde de prétendre que l'auteur du quatrième Évangile a puisé dans saint Justin, ou que tous deux ont mis à contribution un Évangile perdu, car à l'époque du premier apologiste l'Évangile de saint Jean était depuis longtemps déjà dans l'usage ecclésiastique. Les Mémoires des Apôtres que saint Justin a connus et cités sont donc les quatre Évangiles canoniques. Toutes les théories inventées depuis un siècle pour prétendre le contraire sont insoutenables. Cf. J. Delitzsch, De inspiratione Scripturœ Sacrse, p. 77-93. Assurément saint Justin a mis à contribution des documents apocryphes ou des traditions extracanoniques; mais il n'en cite aucune comme ayant fait partie des Mémoires des Apôtres. Ces Mémoires formaient donc un recueil fixe, a côté duquel cependant saint Justin acceptait certaines traditions écrites ou orales sur Jésus-Christ. Zahn, i, 2, p. 463-538; A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 48-56. — Tatien, disciple de saint Justin, a publié à Rome son Discours aux Grecs, vers l'an 160. Cet ouvrage ne contient aucune citation formelle des Évangiles; mais il est évident que l'auteur les connaît, qu'il s'en est nourri et qu'il a puisé sa doctrine spécialement dans l'Évangile de saint Jean. Ainsi il cite, Orat., xm, t. vi, col. 833, comme parole divine une partie de Joa., i, 5; il fait, v, col. 813 et S17, des considérations sur le Verbe et la création qui sont comme le commentaire du prologue de saint Jean; il fut allusion à Joa., i, 3, Orat., xix, col. 849, et à Luc, VI, 25, Orat., xxxn, col. 872. Cf. Zahn, i, 2, p. 778-779. Mais Tatien a publié à Édesse un Atà TE<j<râpwv, ou Harmonie des quatre Évangiles. C'était une concordance évangélique, formée par la combinaison des récits canoniques. Cette harmonie des quatre Évangiles, à l'exclusion de tout apocryphe, montre clairement qu'à l'époque de Tatien l'Église reconnaissait ces livres, et ceux-là seulement, comme l'histoire authentique de la vie et de la prédication du Seigneur. Zahn, i, 1, p. 338-423, et H, 2, p. 530-536. — L'épître à Diognète, qu'on croit contemporaine de saint Justin et qui n'est pas postérieure à l'an 170, mentionne, à côté de la Loi et des Prophètes, les Évangiles comme un corps d'ouvrages en nombre déterminé, ch. xi. Funk, Opéra Patrum apostolicorum, t. I, p. 330. — Hégésippe, durant un voyagequ'il fit vers l'an 150, visita les principales chrétientés, notamment celles du Corinthe et de Rome. Or il trouva partout un enseignement conforme « à la Loi, aux Prophètes et au Seigneur». Par ce dernier nom il désigne évidemment l'Évangile, répandu partout et reconnu comme divin aussi bien que les livres de l'Ancien Testament. Eusèbe, H. E., IV, 22, t. xx, col. 377-384, après avoir rapporté ce témoignage, ajoute qu'Hégésippe citait l'Évangile des Hébreux, l'Évangile syriaque et les traditions orales des Juifs, et il explique ce fait singulier par l'origine judaïque de cet écrivain.

2. Témoignages des hérétiques. — Marcion, qui vivait à Rome vers le temps d'Hadrien, 117-138, enseignait que l'Évangile était en opposition absolue avec la Loi. Il rejetait donc tout l'Ancien Testament. Il n'admettait même qu'une partie des écrits du Nouveau Testament, ceux qui lui semblaient correspondre à son enseignement. Selon lui, la doctrine du Christ a été altérée par les Apôtres judaïsants; saint Paul seul a compris le Maître. Il admet par conséquent les Épitres de saint Paul et l'Évangile composé par Luc, disciple de saint Paul. Marcion connaît les Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Jean; mais il les condamne et les exclut de son recueil. Il ne contestait pas leur origine apostolique ; il les repoussait parce qu'il ne les trouvait pas conformes à sa propre doctrine. L'Évangile qu'il adoptait, c'était celui de saint Luc, mais mutilé, altéré et modifié selon sa conception de la prédication chrétienne. S. Irénée, Cont. hœres., I, xxvn, 2, t. vu, col. 688; Tertullien, Adv. Marcion., IV, 2, t. h, col. 364. Ainsi Marcion fit ce que n'avait pas encore fait l'Église , il décida quels livres contiennent la vérité divine et en publia le texte revu et corrigé. Il ne choisit pas un Évangile apocryphe, mais il prit parmi ceux qui étaient reçus dans l'Église celui qui cadrait le mieux avec ses idées. Zahn, i, 2, p. 619-622, 664-716; H, 2, p. 409-494; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 69-75; F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste , t. i, p. 119-130. — Valentin, qui était originaire d'Egypte et qui enseignait à Ilonie du temps d'Anton in le Pieux, 138-161, acceptait tous les Évangiles. Il avait toutefois une prédilection marquée pour le quatrième, et son ogdoade suprême d'Éons avait été dressée d'après le texte de saint Jean. Héracléon, son disciple, avait écrit sur cet Évangile un commentaire dont Origène, In Joa., tom. xm, 59, t. xiv, col. 513, nous a conservé des fragments. Saint Irénée, Cont. liserés., I, vm, 5, t. vu, col. 533-537, a rapporté l'interprétation que Ptolémée, un autre disciple de Valentin, avait donnée du prologue de saint Jean et de la manière dont on y trouvait les Éons. Un troisième valentinien, Marc, se servait aussi du quatrième Évangile. S. Irénée, Cont. hœres., I, xiv-xv, t. vu, col. 593-616. L'école de Valentin ne négligeait cependant pas les Synoptiques. Marc , Héracléon et Ptolémée interprétaient à leur façon plusieurs passages de saint Luc. S. Irénée, Cont. hœres., III, xiv, 3, t. vu, col. 916, et I, xv, 3, col. 620. Valentin et ses disciples employaient également les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Clément d'Alexandrie, Strom., îv, 9, t. vm, col. 1281 ; Excerpta ex scriptis Theodoti, 85, t. ix, col. 697; S. Irénée, Cont. lucres., I, m, 5, t. vu, col. 476. Zahn, i, 2, p. 725-744; Loisy, op. cit., p. 64-66. — Les autres sectes hérétiques du temps employaient plus ou moins les Évangiles canoniques. Les Ébionites se servaient uniquement de l'Évangile de saint Matthieu. S. Irénée, /. hœres., I, xxvi, 2, t. vu, col. 686-687. Les Barbelosiens semblent, comme lesValentiniens, avoir mis l'Évangile de saint Jean à contribution pour trouver des noms à la hiérarchie de leurs Éons. S. Irénée, Cont. hœres., I, xxix, t. vu, col. 691-694. Les Ophites connaissaient le troisième Évangile, et ils expliquaient à leur façon les récits de la naissance de saint Jean -Baptiste et de Jésus et ceux de la mort et de la résurrection du Sauveur. S. Irénée, Cont. hœres., I, xxx, 14, t. vu, col. 703. D'après les Philosophournena, v, 6-11, t. xvi, 3a pars, col. 3123-3159, les Ophites se servaient des Évangiles de Matthieu, de Luc et de Jean. D'après le même livre, v, 12-18, t. xvi, col. 3159-3178, les Pérates faisaient des emprunts à l'Évangile de saint Jean, et les Séthiens, ibid., 19 et 22, col. 3179-3191, à saint Matthieu et à saint Jean. Le gnostique Justin s'est servi de saint Luc et de saint Jean, Philosophoumena , 23-28, col. 3191-3205, et les Docètes s'inspiraient des quatre Évangiles. Ibid., vm, 1-11, t. xvi, col. 3347-3357, Cf. Index, t. xvi, col. 3458-3460. Carpocrate cite une parole du Seigneur d'après Matth., v, 25, ou Luc, xn, 5S.

ÉVANGILES

S. [renée, Cont. lucres., I, xxv, 4, t. vu, col. 683. — « Tous ces hérétiques ont trouvé l'Église en possession de ses quatre Évangiles canoniques... Pour établir des systèmes que ces livres contredisaient, ils ont été néanmoins obligés de s'en servir. Leur témoignage est particulièrement significatif en ce qui regarde l'antiquité et l'autorité du quatrième Évangile, Alors que la littérature ecclésiastique nous fournit une seule citation directe et textuelle de saint Jean, nous le voyons constamment allégué par les docteurs de la gnose alexandrine, et son plus ancien commentateur connu est le valentinien Iléracléon. » A. Loisy, Histoire du canon, du Nouveau Testament, p. 79. En face de l'hérésie, l'Église ne déclarait pas encore officiellement quels étaient les Évangiles qu'elle recevait; mais elle gardait ceux qu'elle avait reçus, elle en garantissait l'origine apostolique et l'autorité divine. Elle les lisait dans ses assemblées avec les ,Yi ils de- pmplièles et leur reconnaissait ainsi la dignité d'Écriture inspirée, au même titre et au même degré qu'aux livres de l'Ancien Testament. 4° De 170 à 220. — C'est durant cette période que le recueil évangélique est officiellement formé. Pour les écrivains catholiques, il n'y a que quatre Evangiles canoniques et il n'a pu y en avoir d'autres, ou, pour mieux dire, il n'y a jamais eu qu'un seul Évangile authentique dans quatre récits d'autorité apostolique. Cette conception se trouve implicitement formulée dans le Canon de Muratori, qui est un catalogue des livres du Nouveau Testament. Voir Canon, col. 170. Celte pièce parait être d'origine romaine et avoir été composée à la fin du IIe siècle, 175- 190. Quoique mutilée et ne contenant plus la mention que de deux Évangiles, la liste primitive en comprenait quatre, puisque l'Évangile de saint Luc est expressément désigné comme étant le troisième et celui de saint Jean le quatrième. Les deux premiers ne pouvaient être, de l'aveu de tous les critiques, que ceux de saint Matthieu et de saint Marc. Dans la notice consacrée au quatrième Évangile, l'auteur du Canon fait remarquer que, bien que chaque évangéliste ait pris pour son récit un point de départ différent, il n'y a pas pour la foi des fidèles de différences essentielles; un récit complète l'autre, car l'ensemble de la vie de Jésus-Christ a été exposé dans les quatre Évangiles par un seul et même Esprit, qui inspirait les évangélistes. 11 n'y a donc en quatre livres qu'un seul Évangile, œuvre du Saint-Esprit. Cf. Zahn, (ieschichte des neutestamentlichen Kanons, t. n, 1, Erlangen et Leipzig, 18D0, p. 5; Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 93-95. — Saint Irénée énonce explicitement l'idée de l'Évangile, un en quatre. Le saint docteur réfute les cireurs des hérétiques; il vient de démontrer par les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, qu'un seul et même Dieu, créateur du ciel et de la terre, a été prêché par les prophètes de l'ancienne loi et les évangélistes de la nouvelle. Cont. liserés., 111, ix-xi, t. vu, col. 868-884. Il conclut sa démonstration en disant, ibid-, XI, 7, col. 884-885, (pie les hérétiques eux-mêmes rendent témoignage à l'autorité des Evangiles, en s'efforçant d'appuyer, sur eux leurs propres erreurs. Les Ebionites se servent de saint Matthieu seule nt; Man ion, de l'Évangile altéré de saint Luc; les

Cérinthiens préfèrent ^aint Marc, et les Valentiniens, saint lean. Puis il ajoute: « Or il n'y a ni plus ni moins que ces quatre Évangiles. Comme il y a quatre parties dans le monde où nous sommes et quatre vents principaux, el

C me l'Eglise est répandue sur toute la terre, ayant

pour colonne et appui l'Evangile et l'Esprit de vie; de même elle a quatre colonnes qui souillent de toutes paris

l'incorruptibilité et vivifient les hommes. D'où il esl -

e que le Verbe... nous a donné l'Évangile quadri-

. qui est dominé par un seul Esprit, é'Swxem T|uâv

TSTpafiopfON to EùayyéXtov, év't 6è 7rv£*ju.aTt t-jv£-/ôu.£vov. »

Saint Irénée compare ensuite ces quatre Évangiles, qui

n'en font qu'un, aux chéi ubins quadriformes d'Ézéchiel, et

jiiclut que les hérétiques, lorsqu'ils admettent plus

ou moins que ces quatre formes d'Évangiles, E-lay- sKmv Tipôucorca , n'ont plus l'idée de l'Évangile, tt,v iôfav toO EJayyéÀio-j, col. 885-891. Le saint docteur ne fait qu'énoncer la possession de l'Église. Depuis l'origine, elle a quatre Évangiles, que les Apôtres lui ont donnés. Cont, liserés., III, i, 1, t. vu, col. 8i4-845. Saint Irénée s'appuie exclusivement sur la tradition ecclésiastique; il ne démontre pas le fait de la réception des quatre Évangiles canoniques dans l'Église, il l'affirme et l'explique par des raisons symboliques, qu'il serait ridicule de prendre comme des preuves de la foi de l'Église. Si donc il reçoit quatre Évangiles seulement, c'est que l'Église les avait eus dès les premiers temps et n'avait jamais reçu que ceuxlà. A. Loisy, op. cit., p. 103-105; Zahn, t. i, t, p. 150-162. — Tertullien, représentant l'Église d'Afrique, expose, en réfutant Marcion, les mêmes principes que saint Irénée. Comme l'évèque de Lyon, il assure que les quatre Évangiles canoniques, et eux seulement, sont en possession de l'usage ecclésiastique depuis le temps des Apolres. Ceuxci ont eux-mêmes formé « l'instrument évangélique», soit en publiant les livres qu'ils avaient composés, soit en approuvant et en couvrant de leur autorité ceux de leurs disciples. Adv. Marcion., iv, 2, t. il, col. 363. Cf. De prsescript., xxxvm, t. il, col. 51-52. — Clément d'Alexandrie, quoique favorable aux Évangiles apocryphes, les distingue fort nettement de ceux que la tradition a reçus Expliquant un passage de l'Évangile des Hébreux, il observe tout d'abord que ce texte ne se trouve pas« dans les quatre Évangiles qui nous ont été transmis », êv toïç Tiatpaôiôouivotc 7)|uv liTTapatv E'jaYyéXtoc:. Stroni., m, 13, t. vin, col. 1193. Les nombreux emprunts qu'il fait aux écrits apocryphes n'engagent pas la foi de l'Église d'Alexandrie. Bien que Clément ne suive pas toujours fidèlement la tradition ecclésiastique, il montre suffisamment que les Évangiles traditionnels jouissaient seuls, même à ses yeux, d'une autorité indiscutable. Zahn, t. I, 1, p. 170-176. — Saint Théophile d'Antioche déclarait, de son côté, que la doctrine des prophètes est d'accord avec celle des évangélistes, « parce que tous les hommes inspirés ont parlé sous l'influence du même Esprit, » Sci to voù; Tiivraç TtvïUfjiaToçpôpo'j; âVt 7ive'ju.iti 0eoO XsXa),r,-/.=vat. Ad Autolyc, ni, 12, t. VI, col. 1137. Il mentionne expressément le prologue du quatrième Evangile comme une Écriture sacrée, œuvre d'un homme inspiré. AdAutolyc, h, 22, t. VI, col. 1088. Il fait des emprunts a sain! Matthieu, v, 28-4i, et vi, 3, Ad Autohjc. m. Kl, 14, col. 1140, et à saint Luc, XVIII, 27. Ibid., il, 13, col. 1072. Saint Jérôme, De viris illustribus , 25, t. XXIII, col. 644, et Epist. CXXl ad Algasiam, q. 6, t. XXII, col. 1020, attribue à saint Théophile un commentaire des Évangiles, qui était une sorte d'harmonie des quatre récils, un Aià TEuo-ipuv. Zahn, t. i, 1, p. 176-179. — La controverse pascale, qui surgit dans le dernier tiers du II" siècle, roulait en partie sur l'accord ou le désaccord des Irois premiers Évangiles avec le quatrième au sujet de la date de la Pàque. Apollinaire d'Hiérapolis, Clément d'Alexandrie et saint Hippol\le, dont les témoignages sont rapportés dans la Chroniipie pascale, t. xcn, col. 80-81, réfutent les quartodécimans, qui s'appuyaient sur saint Matthieu pour soutenir que Jésus avait mangé la dernière Pàque le 14 nisan et était mort le lendemain. « Ce système, disait Apollinaire, introduit la contradiction dans les Evangiles, i. l'olyci aie, évêque d'Éphèse, invoquait en faveur de l'observance des Églises d'Asie l'autorité de l'Évangile, non pas celle d'un Evangile en particulier, ni celle du quatrième en opposition avec les trois premiers, mais celle de la collection canonique des quatre Evangiles. Eusèbe, H. E., v, 24, t. xx, col. 496; Zabi., t. i, I, p. 180-492. — Ainsi donc les quatre Évangiles canoniques, et ceux-là seulement, étaient dans le dernier quart du II" siècle reçus dans toute l'Église comme des œuvres apostoliques et des 'ci ils inspirés. Celte acceptation universelle suppose que dans les temps antérieurs le recueil évangélique était déjà

constitué, et que les Évangiles qui en faisaient partie jouissaient dès lors d'une considération et d'une autorité auxquelles nul apocryphe ne pouvait prétendre. Les critiques modernes qui pensent que saint Justin n'a pas eu l'idée d'un canon évangélique, en sorte que cette idée serait née entre le temps de saint Justin et celui de saint liénée, oublient que ces auteurs ont été contemporains. Le changement que l'on suppose se serait produit du vivant de saint Irénée, sans qu'il s'en aperçût. L'auteur du Canon de Muratori n'aurait pas eu connaissance d'une transformation aussi importante, et il aurait pu croire très ancien un état de choses qui se serait établi sous ses yeux. Tous les personnages notables de l'époque se seraient donc entendus pour définir le canon évangélique et présenter aux Églises comme apostolique le recueil des quatre Évangiles qu'ils venaient de concerter. Pareille hypothèse est insoutenable, et il faut bien reconnaître que la réception des quatre Évangiles comme œuvres apostoliques et écrits inspirés remonte plus haut. A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 125-126. Cf. Zahn, t. i, 1, p. 437-440. A. Harnack, Die Chronologie, t. I, p. 681-700, a cherché à déterminer comment, quand et où s'est formé lVJï-fyéXiov TeTpifiop^oy. En remontant de la fin du IIe siècle, où il le trouve partout, il arrive, d'étape en étape, à constater son existence, au moins en Asie Mineure, dès la composition du quatrième Évangile, 80-110. La formation du recueil canonique des quatre Évangiles a suivi de près la publication de l'Évangile de saint Jean.

Durant la période que nous étudions, il se produisit un essai de mutilation de l'Évangile quadriforme. Par réaction contre le montanisme, qui voulait introduire un troisième Testament, celui du Paraclet, quelques catholiques n'acceptaient pas l'Évangile de saint Jean, afin de réfuter le don et la mission du Saint-Esprit dans l'Église. Saint Irénée, Cont. hœres., III, xi, 9, t. vu, col. 890-891, déclare leur faute impardonnable. On les a appelés les Aloges. Saint Hippolj te a écrit contre eux son traité perdu : ' Viïèp tou xa~à 'lwàvvriv eùaYY£X:ou xai àiroxa).'j<l/£uî;. Saint Philastre, Hœres., lx, t. xn, col. 1174-1175, nous apprend que les Aloges attribuaient le quatrième Évangile à Cérinthe. Saint Épiphane, Hœres., u, t. xu, col. 892, les déclare inexcusables de soutenir une pareille attribution. « On doit noter que les Aloges ne songèrent pas à faire passer le quatrième Évangile pour une œuvre récente. Voulant se débarrasser du livre et ne pouvant s'attaquer à un apôtre, ils supposent une fraude littéraire, comme il y en avait eu au cours du IIe siècle, et ils la placent au temps même de saint Jean : ils avouent ainsi d'une manière implicite ce que déclarent hautement saint Irénée et les autres témoins de la tradition chrétienne, à savoir, que le quatrième Évangile était aux mains de l'Église dès la fin de l'âge apostolique et les premières années du IIe siècle. » A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament , p. 136-137. Leurs objections contre l'Évangile de saint Jean n'eurent aucun succès, tandis que leur opinion sur l'Apocalypse fut prise en considération ; leurs affirmations , qui ne s'appuyaient pas sur la tradition, n'ébranlèrent pas la conviction universelle, qui était fondée sur des témoignages historiques. C'est une preuve nouvelle que le crédit de la collection canonique des Évangiles remonte à l'âge apostolique.

5° De 220 à AôO. — Au début de cette période, le recueil des quatre Évangiles existait depuis plus d'un siècle. Dans le cours de sa durée s'élèveront des discussions sur le canon du Nouveau Testament. On remarquera les divergences que présente la tradition ecclésiastique au sujet de quelques livres canoniques de la nouvelle alliance, liais pour le recueil des Évangiles il n'y aura pas lieu a controverse, et on constatera, en Orient aussi bien qu'en Occident, que l'Église a toujours reçu i a quatre Évangiles canoniques et n'a jamais reçu qu'eux.

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