‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 353 sur 486 · EVE — ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

EVE — ÉVÊQUE

Gen., m, 12. La femme, de son côté, au lieu d'accepter volontiers sa légitime subordination, comme avant la chute, et d'y voir l'ordre établi de Dieu, obéira à contrecœur et restera avec peine sous la dépendance de son mari. S. Thomas, 2a 2», q. 161, a. 2, ad lam. Ainsi cet abus de l'autorité chez l'homme, cette soumission contrainte de la femme, sont la conséquence du péché de l'un et de l'autre, et Dieu les montre à la femme comme un châtiment de sa révolte envers lui et de la faille dans laquelle elle a fait tomber l'homme. Voir S. Augustin, De Civit. Dei, XIX, xiv et xv, t. xli, col. 643-644; S. Thomas, •1, q. 92, a. 1, ad 2um.

La Genèse ne nous dit pas combien de fois Eve connut ces douleurs de la maternité ; nous savons seulement qu'après avoir été chassée du paradis avec Adam, elle lui donna « des fils et des filles », Gen., v, 4; et nous connaissons le nom de trois de ces fils : Gain, Abel et Seth. Nous savons aussi que la mort d'Abel , tué par Cain , et l'exil du fratricide, maudit de Dieu et s'enfuyant loin de ses parents, Gen., iv, 11, 16, firent comprendre à notre première mère toute l'étendue de cette prédiction : « Tu enfanteras tes fils dans la douleur. » Gen., m, 16. — Cependant le Seigneur avait prononcé devant elle, le jour même de sa faute, une parole bien capable de la consoler dans toutes ces peines. Il avait annoncé à Satan sa défaite complète par un rejeton de la femme. Gen., m, 15. On ne saurait dire à quel degré Eve eut l'intelligence de cette prophétie; mais elle en eut certainement une connaissance suffisante pour être assurée que sa faute serait un jour réparée. En dehors de la Genèse, on ne retrouve le nom d'Eve que dans Tob., vm, 8; II Cor., xi, 3; I Tim., il, 13. — Pour les traditions relatives à la première femme, voir Adam, t. i, col. 178-181, et Lùken, Les traditions de l'humanité, Paris, 1802, I. i , p. 58, 85-189. E. Palis.

ÉVÊQUE. — I. Noms et emploi dans le Nouveau Testament. — 1° Les termes exprimant les fonctions ecclésiastiques ne furent pas tout d'abord rigoureusement fixés. Comme ils devaient s'appliquer à des dignités nouvelles, il fallut les désigner par des noms nouveaux. L'expression UpEÛ;, sacerdos , traduction de l'hébreu kôhèn, « prélre, » fut exclue, parce que chez les Juifs on ne pouvait être iepeù; que si l'on descendait d'Aaron (Jésus- Christ seul est appelé lEpE'J;, àp/iepe-jç. Hebr., v, 6; vu, 11, 17; x, 21, etc. Les chrétiens en général reçoivent ce titre comme consacrés à Dieu, dans l'Apocalypse, 1,6; v, 10; xx, 6). Cependant, conformément aux lois ordinaires du langage, on ne créa pas de mots de toutes pièces ; on emprunta les dénominations chrétiennes aux dénominations analogues déjà usitées chez les Juifs, et l'on se servit pour désigner les ministres de l'Église des expressions tirées de la Loi ancienne qui semblaient les mieux appropriées. Et comme il y avait alors deux langues en usage parmi les Juifs, l'araméen en Palestine et le grec en Egypte et dans l'empire romain, les uns empruntèrent à la première, les autres, à la seconde; en plusieurs cas, on eut de la sorte deux désignations différentes pour exprimer une seule et même chose. C'est ainsi que ceux qui exerçaient les fonctions ecclésiastiques furent appelés tantôt npeirê'JTEpo;, presbyter, et tantôt èitJuxoTtor, episcopus. Le terme wpsirêÙTspo; , « ancien , » est d'origine sémitique , en ce sens qu'il est la traduction grecque de l'hébreu zâqên (et de l'araméen qaëîSo'), mot que l'on rencontre si fréquemment dans l'Ancien Testament sous la forme plurielle zeqênim pour désigner les anciens du peuple, ses conseillers et ses chefs. Lev., iv, 15; Num., xvi, 25, etc.; cf. Matth., xxi, 23, etc. 'E-kIuy.otio;, d'où nous avons fait« évèque », est d'origine hellénique. — A Athènes, on appelait de ce nom des inspecteurs ou commissaires qu on envoyait quelquefois dans les villes dépendantes afin d'y régler certaines affaires. Corpus inscriptionum atticarum, t. i, 9, 10, p. 7-8. Cf. W. Smith, A Dictionary

of Greek and Roman antiquities , 3e édit., 1890, t. i, p. 750 (Ot itctp' 'AO/ivaitov, dit Suidas, édit. Bernhardy, t. I, part. Il, col. 454, Et; t«ç Û7tr,xôou; TtôXeiç ètu<7X£- •I/arrÔaiTa uap' èxocttoiç TT£p.-n(i(i£voi STtctrxoiEOi... ExaXoûvro). Voir aussi Denys d'Halicarnasse, Anliq., Il, 76. Cf. Sap., 1,6; IMach., 1,51; Josèphe, Ant. jud., Xll, v, 4; 1 Pelr., Il, 25.

2° L'emploi des deux expressions 7tpe<rëÛT£po; et ètutxotco; par les Juifs hellénistes est, du reste, antérieure au christianisme. Les Septante rendirent en grec par le mot Ério-xoTto; l'hébreu mufqad, prœpositus, II Par., xxxiv, 12; pdqld, prœpositus, Gen., xxxi, 31; II Esdr.. xi, 9; pu, fini, princeps exercitus, Num., xxxi, 14; peqûdâh, super quos erit, Num., iv, 16, et ils traduisirent l'hébreu zeqênim par Ttpeo-S-JiEpoi , Num., xi, 16; Jer., xix, I, et dans un grand nombre d'autres passages. Les Évangélistes, à leur tour, appelèrent aussi les anciens du peuple TipEaëÙTepoi. — Quand l'Église nouvelle fut établie, le mot itpeirêiJTepo;, concurremment avec le mot ÈTttirxoTîoç, ne tarda pas à prendre une acception particulière, quoique un peu indéterminée à l'origine. On désigna par ces deux expressions les chefs que les Apôtres placèrent à la tète des fidèles. Nous trouvons les premiers npeaSù-cspat dans l'Église chrétienne de Jérusalem, où ils reçoivent les offrandes de Barnabe et de Saul. Act., xi, 30. Cf. xv, 2, 4. Ils prennent part avec les Apôtres au concile de Jérusalem. Act., xv, 6, 22-23;xvi,4. Nous les voyons aussi, toujours dans la même ville, à côté de saint Jacques, lorsque saint Paul raconte à cet apôtre les conversions qu'il a faites parmi les Gentils. Act., xxi, 18. — L'auteur des Actes, xiv, 22, nous apprend que saint Paul instituait des TipiuoM-i^ai dans les Églises qu'il fondait. Cf. Act., xv, 2; xx, 17; xxi, 18. Dans son Épitre à Tite, i, 5, il nous apprend lui-même qu'il a chargé son disciple d'instituer pareillement des Tipecëu- TÉpot dans les villes de l'île de Crète. Cf. I Tim. , v, 17, 19. Saint Pierre mentionne ces presbyteri, I Petr., v, 1, 5; de même que saint Jacques. Jac, v, 14. Saint Jean prend ce titre, II Joa., I, 1; III Joa., i, 1, et saint Pierre se qualifie de truu.npe<îê'Ji£po5 (Vulgate : consenior), en s'adressant aux 7tp£<jë-JT£pot. 1 Petr., v, 1.

Le mot ÈTiïaxoTioç est moins fréquemment employé que celui de7tp£<j6ÙT£poç. Nous le rencontrons seulement Act., xx, 28; Phil.,1, 1; I Tim., m, 2; Tit., 1,7; I Petr., n, 25. La charge exprimée par ce mot est appelée lma-/.oTir\ (d'après la traduction des Septante de Ps. cvm, 8), Act., i, 20, et I Tim., m, 1.

IL Synonymie primitive b'epkcopus et de presbyter. — 1° Dans le Nouveau Testament et au Ier siècle, les deux termes êTtiaxoTto; et npEuëû-repo; sont employés indistinctement l'un pour l'autre. C'est ce qui résulte de l'étude comparée des textes. Ainsi, Act., xx, 17, 28, les mêmes chefs de l'Église d'Éphèse sont appelés dans le premier passage TipEtrëùrEpot et dans le second Èitiuxo7toi. (La Vulgate a traduit peu exactement ^pE^-j-ripo-j; par majores natu, Act., xx, 17; il ne s'agit pas là de « vieillards », mais des chefs de l'Église.) Également dans les Épitres pastorales la même personne est qualifiée tantôt de TtpEaêù-Epo;, tantôt d'ËTu'ffxtnto;. Les ministres qui sont appelés jtpEoë'JTEpoi par saint Paul, Tit., i, 5, sont appelés Ê7i':<7xoito; Tit., I, 7. Les presbyteri de I Petr., v, 1-2; I Tim., v, 17, sont aussi des episcopi. Saint Pierre dit, I Petr., v, 2, qu'ils sont È7tiorxo7toûvTêç. Enfin jamais les episcopi et les presbyteri nersont énumérés comme formant deux classes distinctes; tandis que les episcopipresbyteri sont distingués expressément des diaconi, Phil., 1,1; I Tim., III, 1-2, 8; cf. Doctrine, xn Apostol, XV, 1, édit. Harnack, p. 56, Iiuuxotco; et TrpEaêûiEpo; sont toujours synonymes. Cette synonymie entre episcopus et presbyter se retrouve dans Clément de Rome, / Cor., 44, 57, t. i, col. 297-299, 324; cf. 42, col. 292-293. On peut l'induire aussi de la Doctrine des douze Apôtres, xv, 1 (voir Funk, Doctr. xu Apost.,

ÉYÈQUE

Tubingue, 1887, p. 4"2); de saint Polycarpe, Pliil, i, t. v. col. 1005

'2 Les Pères avaient très exactement remarqué la synonymie des mots episcopus et presbyter dans le Nouveau Testament. « In utraque Epistola (I Tim. et Tit. ), sive episcopi sive presbyteri (guanquam apud veteres iidem episcopi et presbyteri fuerint, quia illud nomen dignitatis est, hoc xtatis) jubentur monogami in clerum eligi, o di( saint Jérôme, Epist. lxix, ad Océan., 3, t. xxn, col. 056. « Idem est ergo presbyter qui et episcopus, » dit le même Père, In Tit., i, 5, t. xxvi, col. 562. Et ailleurs encore : « A'ara cum Apostolus perspicue doceat eosdem esse presbyteros et episcopos... » Epist. cxlvi , ad Evang., 1. t. xxu, col. 1193. (Ces paroles sont reproduites à peu près littéralement dans le Corpus juris canonici , Décret. Grat., dist. xcm, c. 24, édit. Friedberg, 1879, t. i, col. 327. Voir aussi dist. xcv, c. 5, col. 332.) Voir encore Ambrosiaster, In Eph., iv, 11, t. xvn, col. 38S : « Primi presbyteri episcopi appellabantur. » Pseudo- Augustin, Quœst. V. et N. T., q. 101, t. xxxv, col. 2302 : « Presbylerum autem intelligi episcopum probat Paulus apostolus. » Saint Jean Chrysostome, Hom. i in Phil., 1, t. lxii, col. 183 : Suveicuncdftotç-.. touç 7ïpEaéuvépou; O'jtox;

£Xa).c<TE... Oi 7rp£<7o'JTEp0l TO TïaXaiOV ÈXaXoOvTO £7U(7XQ-

itoi... xai o't intoxo-KOt 7tpE<To-JT£poi... Tore yàp xéwç exocvtivouvroî; ovou,atn, etc.Théodoret, In Phil.,1, l,t. lxxxii, col. 560 : 'E7«<7x67rouç Se xoù; npe<76uTépou; xaXeî • àu.çô- •zepoi yàp Ei^ov xar' èxeîvov tov xatpbv Ta ôvou.aT2, et il cite les textes. Et In I Tim., m , 1 , t. lxxxii, col. 804 : 'JZnioT&aizov Se èvtaOOa tov TrpEfjëvTEpov Xéyei- On était donc d'accord dans l'Église latine et dans l'Église grecque sur ce point.

3° Dès le IIe siècle, le langage devient plus précis. On appelle encore quelquefois, il est vrai, les évèques itp£uë'JTEprjt ; mais on ne donne plus aux ministres d'un rang inférieur, aux simples prêtres, le titre d'èirf<rxo7coi. Ch. J. Ellicott, The Pastoral Epistles, 4= édit., 1869, p. 40. L'évêque est déjà le chef de la xapotxia, de la 5ioiy.r:nt; en tant que successeur des Apôtres; les prêtres lui sont soumis comme les fidèles. Kraus, Real-Encyklopâdie der christlichen Alterthitmer, t. i. 1882, p. 162. Dans les Épitres de saint Ignace, martyrisé en 107, la distinction entre l'évêque, les prêtres et les diacres est nettement marquée, et désormais la distinction est parfaitement établie. « Il n'y a qu'un autel, écrit-il aux Philadelphiens, iv, t. v, col. 700, comme il n'y a qu'un seul évèque avec le presbytérium (les prêtres) et les diacres.» "Ev 6'j<naarr(piov d>; e'cç ÈTrîaxoTto; ap.a tù irpso'fïu-Ept'to xa: S'.axivotç. Voir aussi Ephes., n, m, iv, xx ; Magn.', m, Vl-vn, xiit ; Trall., n, vu; Philadelph., vu; Smi/n,., vu, xiii ; Polycarp., vin, t. v, col. 645, 647, 662, 661-605, 667, 672-673, 676, 681, 701, 713, 717, 724. Sa doctrine peut se résumer en ces termes : « Les fidèles... sont gouvernés par une hiérarchie à trois termes, les diacres, les presbytres, l'évêque. L'évêque est le chef unique [de l'Église particulière], aussi bien des fidèles que des diacres ou du presbytérium. » P. Batiffol, L'Église naissante, dans la Revue biblique, t. iv, 1805, p. 476. Cf. S. Augustin, De li.rr., 53, t. xi.ii, col. 60.

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