II
DAVID
repoussa toute solidarité dans cet odieux attentat; il mena le deuil d'Abner, el épancha sa douleur dans un chant élégiaque, dont le commencement seul nous est parvenu. Il n'osa pas punir Joab, qui était très puissant; mais il prononça contre lui une terrible imprécation. Sa douleur sincère fit taire les soupçons qui s'étaient répandus sur sa complicité dans l'assassinat d'Abner. II Reg., m, 12-39. Voir t. I col. 62-66. Deux chefs de voleurs tuèrent Isboseth et apportèrent sa tète à David, qui les punit de mort. II Re"., IV, 1-12. Alors toutes les tribus d'Israël reconnurent David pour leur roi, et les anciens lui conférèrent une troisième onction royale. Son règne à Hébron, sur la seule tribu de Juda, avait duré sept ans et demi. II Reg.,
'2° Débuts du rogne de David sur tout Israël. — David inaugura son règne sur tout Israël par un brillant exploit. Il marcha sur Jérusalem et s'empara de la forteresse de Sion, qui était encore au pouvoir des Jébuséens. Il s'y établit et la fit entourer de murs. Il existe encore à Jérusalem une tour rectangulaire, nommée tour de David. Bien que la construction actuelle soit généralement attribuée à Hérode , ses fondations et le massif principal peuvent être considérés comme l'ouvrage de David et même des Jébuséens. F. de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1852, t. Il, p. 369-371 ; V. Guérin, Jérusalem , Paris , issu. p. 194-199; M'Jr Meignan, David, Paris, 1889, p. 94-95. Jérusalem devint la cité de David et la capitale de son royaume. Par cet acte important, David fut le véritable fondateur du royaume d'Israël. « lui lui donnant une tète et un centre, il cessa d'être un simple chef du peuple, comme l'avait été Saiil, comme l'étaient les scheikhs des tribus voisines, maîtres sur leur territoire, mais ignorants de toute administration et sans relations suivies au dehors. 11 commença à être un vrai monarque, comme les rois d'Egypte et d'Assyrie, avec une organisation politique et une administration régulière qui se maintinrent et durèrent, au moins pour le fond, jusqu'à la ruine d'Israël. » F. Vigouroux, Manuel biblique, 9» édit., 1896, t. n, p. 111-112. Il déploya dès lors un certain luxe, fit construire un palais, eut une cour, augmenta son harem de nouvelles concubines, dont il eut des enfants. I Par., III, 5-9; xiv, 1-7. Les Philistins lui déclarèrent la guerre et furent défaits à Baal-Pharasim et à Gabaon. II Reg., v, 6-25; I Par., xi, 4-7; xiv, 8-17. C'est dans cette campagne qu'on place l'épisode de l'eau, que de braves guerriers allèrent puiser, au péril de leur vie, à la citerne de Bethléhem, pour étancher la soif île David. Mais le roi aurait cru boire le sang des siens; il refusa de se désaltérer, offrit l'eau au Seigneur et la répandit sur terre en son honneur. II Reg., xxiii, 13-17; I Par., xi, 13-19. A cinq cents mètres au nord -ouest de Bethléhem, il existe trois citernes, que les Arabes appellent Biar Daoûd, « puits de David, » et dont l'une serait celle où les trois guerriers puisèrent. Mais quelques voyageurs infirment la tradition actuelle, en remarquant que le récit biblique place la citerne à la porte de Bethléhem. F. de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1852, t. i, p. 135-136; V. Guérin, Judée, t. i, p. 190-192; voir aussi t. i, col. 1694.
Après a\oir restauré H i solide' l'unité politique de la
nation par l'établissement d'une capitale, David prit soin de taire de Jérusalem le centre du culte divin. Dans ce dessein, il y lit transporter l'arche, qui était restée à Cariathiarim , chez Abinadab. La translation fut douloureusement interrompue par la mort d'Oza. Frappé de crainte par ce tragique événement, David lit déposer l'arche dans la maison d'Obédédoni. Ayant appris, au bout de trois mois, que la bénédiction divine était venue avec l'arche dans cette maison, il reprit son projet primitif, et introduisit solennellement el au milieu des réjouissances publiques l'arche à Sion. Lui-même, vêtu d'un éphod de lin, comme un lévite, dansait el menait le chœur devant le Seigneur. Cet acte de piété et d'humilité lui attira le
mépris et les reproches de Michol. David répondit qu'en s'humiliant devant Dieu, qui l'avait préféré à Saiil, il paraissait plus glorieux aux yeux de son peuple. II Reg., VI, 1-23; I Par., xm, 1-14; xv, 1-29; xvi, 1-43. Clair, Les livres des Bois, Pans, 1884, t. n, p. 38-39. Voir Danse, t. n, col. 1288. David conçut alors le dessein de bâtir un temple au Seigneur; mais Jéhovah lui fit dire par le prophète Nathan que cet honneur était réservé à son fils et successeur, et, pour récompenser sa piété, ii lui promit que son règne serait éternel. David en remercia Dieu et le pria avec ferveur de réaliser ses promesses. II Reg., vu, 1-29; I Par., xvn, 1-27. Voir t. i, col. 920-921.
3° Conquêtes de David. — Dieu donna la victoire aux armées de David. Le roi battit de nouveau les Philistins et leur imposa le tribut; il défit les Moabites, et, selon l'inexorable loi de la guerre de ce temps, il fit périr les deux tiers des prisonniers. Il triompha aussi d'Adarézer, roi de Soba, et des Syriens, qui étaient venus à son secours. Voir t. I, col. 211-213. Le roi d'Émath lui envoya des présents, qui furent consacrés au Seigneur avec les dépouilles prises sur l'ennemi dans les guerres précédentes. David remporta encore une grande victoire dans la vallée des Salines et conquit l'Idumée. Il fut dès lors un roi très puissant, et sa cour comptait un grand nombre d'officiers. II Reg.. VIII, 1-18. 11 n'oublia pas dans sa prospérité la famille du malheureux Saiil; il fit venir à Jérusalem Miphiboseth, fils de Jonathas, l'admit à sa table et chargea Siba d'administrer ses biens. II Reg., ix, 1-13;
I Par., XVIII, 1-17. La guerre reprit bientôt. Le nouveau roi des Ammonites vit des espions dans les députés que David lui adressait, et il les renvoya avec déshonneur. Pour venger cet affront, David dirigea toutes ses troupes contre les Ammonites et leurs alliés. Une première victoire fut remportée par Joab. Les Syriens ayant repris l'offensive, David lui-même les tailla en pièces. Ils se soumirent aux conditions de paix qui leur furent imposées et renoncèrent à secourir désormais les Ammonites.
II Reg., x, 1-19; I Par., xix, 1-19. Voir t. i, col. 196.
4° Chute de David, son repentir et son expiation. — L'année suivante, le roi envoya Joab attaquer les Ammonites. Pendant que l'armée assiégeait Rabba, David, livré à l'inaction dans Jérusalem, tomba dans la faute la plus grave de sa vie et devint adultère et homicide. Bethsabée fut séduite; Urie, son époux, fut exposé au péril et lâchement abandonné. Le coupable se consola facilement de la défaite infligée à son armée, et, le temps du deuil écoulé, il épousa Bethsabée. II Reg., xi, 1-27. Voir t. i, col. 1712-1713. Par ordre du Seigneur justement irrité, Nathan, dans un ingénieux apologue, fit comprendre avec fermeté et prudence sa faute à David, et lui en annonça la punition : le glaive ne devait plus sortir de sa maison. Atteint par sa propre sentence, David n'excuse ni ne diminue son crime ; il le confesse humblement et s'écrie : « J'ai péché contre le Seigneur. » Son repentir est si sincère, que Dieu accorde aussitôt le pardon, tout en exigeant l'expiation de la faute. David accepte le châtiment qu'il a mérité, et par sa pénitence devient le modèle des pécheurs repentants. F. Vigouroux, Manuel biblique , 9» édit., t. Il, p. 118119; Les Livres Saints et la critique rationaliste, 1™ édit., t. iv, p. 82-84. L'enfant adultérin mourut; mais Bethsabée donna le jour à Salomon, que le S'i^iiciii aima. Cependant la guerre avec Ammon continuait. Pour la termine] , David assembla tout le peuple et marcha en personne contre Rabba, qu'il prit après quelques combats. Il traita cruellement les vaincus. II Reg., mi, 1-31; I Par., xx, 1-3. Ces cruautés, qui nous font horreur et qu'il ne faut point atténuer â l'exemple de Danz, De mitigata D.tvid in Amniniutas crudelitate, [éna, 1710, s'expliquent suffisamment, sans s'excuser, par les mœurs barbares de l'époque. D'ailleurs, David, qui peut-être cédait à la pression de ses farouches soldats, appliquait aux ammonites la peine du talion. I.' m roi, Naas, répondait aux habitants de Jabès-Galaad que
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pour toute composition il leur ferait arracher à tous l'œil droit. I Reg., xr, 1 et 2. Cf. Amos, i, 13. Renan lui-même, Histoire du peuple d'Israël, t. n, p. 42, reconnaît que « la cruauté a toujours t'ait partie de la guerre en Orient. La terreur est considérée comme une force. Les Assyriens, dans les bas-reliefs des palais, représentent les supplices des vaincus comme un acte glorieux ». Cf. J. D. Michaelis, Mosaisches Redit, 3e édit. , Francfort-sur-le- Main, 1793, t. i, p. 370-378; Ma' Meignan, David, 1889, p. 43-46.
En punition du péché de David, deux crimes énormes, l'inceste d'Amnon (voir t. i, col. 500-501) et le fratricide d'Absalom (voir 1. 1, col. 92-99), souillèrent et désolèrent le palais du roi. II Reg., xm, 1-39. L'exil d'Absalom dura trois ans. L'industrieuse intervention de la femme de Thécué auprès de David le fit cesser. Revenu à Jérusalem, Absalom passa encore deux ans sans être reçu par 1ère. II Reg., xiv, 1-33. Rentré enfin en grâce, il tlatta le peuple, et, sous prétexte d'aller ofl'rir un sacrifice à Hébron , il y rassembla la" foule et fut proclamé roi. Vieux et désolé, David s'enfuit avec ses serviteurs fidèles. Sa fuite fut marquée par des scènes émouvantes. Après avoir passé le torrent du Cédron et renvoyé l'arche à Jérusalem, il gravit la colline des Oliviers, nu-pieds, la tête enveloppée en signe de deuil et en pleurant. Au sommet, il conseilla à Chusaï (t. il, col. 746-748) de rentrer à Jérusalem, pour contrebalancer l'influence d'Achitophel (t. i, col. 146-147) dans les conseils d'Absalom. II Reg., xv, 1-37. Plus loin, Siba apporta au fugitif des présents, et reçut en récompense les biens de Miphiboseth, qu'il administrait. A Baliurim, Séméi, parent de Saûl, maudit David et lui jeta des pierres; le roi lui pardonna ses injures. II Reg., xvi. Ainsi trompé par les uns et injurié par les autres, David traversa avec résignation toutes les épreuves de la mauvaise fortune. Après avoir déshonore les dix concubines de son père, Absalom voulait poursuivre aussitôt le fugitif. Il renonça à ce projet sur l'avis de Chusaï. Celui-ci prévint David et lui conseilla de passer le Jourdain; ce qui fut fait à la pointe du jour. II Reg., xvn. Quand Absalom rejoignit son père, celui-ci, qui avait été bien reçu par les habitants de Manahaïm, avait organisé son armée, et il put l'opposer aux forces du rebelle. Dans l'espoir de la victoire, il exigea qu'on épargnât la vie d'Absalom, qui périt néanmoins. En apprenant la mort tragique de son fils qu'il aimait, David, saisi d'une douleur profonde, monta dans une chambre située au-dessus de la porte de la ville et pleura Absalom. II Reg., xvin, 1-33. Cependant il dut faire trêve à son chagrin pour passer en revue son armée victorieuse.
Revenu à de meilleurs sentiments, le peuple rappela son roi, qui se mit en route vers Jérusalem. Le retour fut une marche triomphale. Les partisans d'Absalom se soumirent. Séméi obtint sa grâce; Mipbiboseth se justifia ; Berzellaï refusa la récompense qui lui était offerte . et David repassa le Jourdain. II Reg., xix. La révolte de Séba fut vite réprimée. II Reg., xx, 1-22. Le règne de David fut encore attristé par une famine qui sévit durant trois années. Le Seigneur consulté répondit qu'elle était la punition des cruautés de Saûl a l'égard des Gabaonites. Ceux-ci, d'autre part, poussés par le désir de la vengeance, demandèrent la mort des sept descendants de Saûl. David, se conformant au précepte qui ordonnait de punir l'homicide par le sang, Num., xxxv, 33, les leur livra; mais il épargna Mipbiboseth, à cause du serment qu'il avait fait à Jonathas. Ayant appris la belle conduite de Respha, qui chassait les oiseaux de proie loin des cadavres de ses fils , David fit ensevelir les crucifiés avec Saûl et Jonathas.
6° Derniers jours du règne de David. — La paix fut de nouveau rompue avec les Philistins, et le récit biblique réunit quatre expéditions successives. Dans la première, David fatigué faillit être tué par Jesbibenob. Ses hommes s'engagèrent par serment à ne plus le laisser aller au
combat, de peur d'éteindre la « lampe d'Israël ». Dans les trois autres campagnes, le succès fut constamment du côté des Juifs. II Reg., xxi , 15-22. David composa un cantique d'action de grâces pour toutes ses victoires. II Reg., xxii, 1-51. Le roi était vieux. Dans un poème, qui fut son testament, il exprima la confiance absolue que lui inspirait la promesse de l'éternelle durée de sa race. II Reg., xxm, 1-7. Des pensées d'orgueil et d'ambition, suggérées par Satan, le portèrent à opérer le dénombrement de son peuple, que Joab jugeait inutile. Au point de vue théocratique, c'était une faute, puisque la force d'Israël n'était pas dans le nombre des hommes, mais dans la protection du Seigneur. David comprit bientôt sa folie, et le Seigneur, voulant en tirer vengeance, lui proposa par la bouche du prophète Gad le choix entre trois fléaux, la famine, la guerre ou la peste. David, préférant tomber entre les mains du Dieu des miséricordes, préféra la peste, qui fit soixante-dix mille victimes. Le roi demanda que l'ange exterminateur le frappât, lui et sa famille, plutôt que son peuple. Un sacrifice, offert sur l'aire d'Areuna, apaisa la colère divine, et la peste cessa. II Reg., xx!v, 1-25; I Par., xxi, 1-30.
David prit à son service Abisag, la Sunamite (voir 1. 1, col. 58-59), et eut à contenir l'ambition de son fils Adonias (voir t. i, col. 221-226), qui se posait en héritier du trône. Nathan et Bethsabée décidèrent le roi à désigner Salomon pour lui succéder. Afin d'assurer ses droits à la succession, il le fit sacrer le jour même. III Reg., i, 1-40. Sentant sa lin approcher, il adressa à Salomon ses recommandations suprêmes, qui constituent son testament religieux et politique. Elles peuvent se résumer en trois points : être fidèle à Dieu, récompenser les bons serviteurs et punir sévèrement les mauvais. On a reproché à David sa conduite envers Joab et Séméi. Pour des causes diverses, il n'a pu se venger d'eux pendant sa vie, et il charge son fils de les punir. Leurs crimes étaient certains; leur conduite passée faisait présager leur conduite future. David s'en remet à la sagesse de Salomon . qui trouvera une occasion d'accomplir la juste vengeance que son père n'a pas pu exercer. David mourut après quarante années de règne, sept à Hébron et trente-trois à Jérusalem; il fut enseveli à Sion. III Reg., n, 1-11 ; I Par., xxix, 26-30. L'historien Josèphe, Ant. jud., VII, xv, 3, et XVI, vin , 1, ajoute au récit biblique que Salomon fit déposer dans le tombeau de son père des richesses considérables, qui furent soustraites plus tard en partie par Hircan et par Hérode, sans que les restes du roi fussent violés. Théodoret, Quœst. in III Reg., quaest. vi, t. lxxx, col. 672, cite comme de Josèphe un passage, qui ne se trouve plus dans ses œuvres, et d'après lequel le tombeau de David était proche de la fontaine de Siloé. Ce renseignement est conforme d'ailleurs à ce qui est raconté dans le livre de Néhémie. Il Esdr., m, 15 et 16. Le jour de la Pentecôte, saint Pierre dit aux Juifs en parlant de David : « Son sépulcre est encore parmi nous. » Act., n, 29. Les musulmans montrent aujourd'hui, au Cénacle, un faux tombeau de David. Le véritable et authentique tombeau était sur la colline de Sion et n'a pas été retrouvé.
6° Caractère de David et de son règne. — Depuis près de deux siècles, les ennemis du christianisme se sont attachés à dénigrer David. Assurément David n'a été ni parfait ni innocent. La Bible raconte sincèrement ses fautes et ses faiblesses, sans les excuser ni les pallier; mais elle raconte aussi son repentir et sa pénitence, et elle nous le présente comme un des plus beaux exemples de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs contrits et repentants. Elle rapporte les actes de vertu qu'il a accomplis, sa générosité envers Saûl, sa foi et sa religion. Les reproches qu'on lui fait s'expliquent en partie par les circonstances difficiles où il s'est trouvé, en partie par les mœurs du temps. Quant à sa piété, « elle éclate dans une foule de traits de son histoire , et en particulier
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dans le projet qu'il forma d'élever un temple au Seigneur; mais c'est surtout dans les Psaumes qu'elle brille sous le plus beau jour. Depuis qu'il a fait entendre pour la première fois ses chants inspirés, juifs et chrétiens n'ont pas cessé de les répéter; ils sont devenus la prière universelle, l'aliment de la piété de toutes les âmes dévouées à Dieu. » F. Vigoureux, Manuel biblique, 9e édit., t. il, p. 118. Un psalmiste, Ps. cxxxi , 1, a loué, selon l'hébreu, ses fatigues, les travaux qu'il s'était imposés pour la gloire de Dieu et l'honneur de son culte (sa douceur pleine de mansuétude, selon la Vulgate). L'auteur de l'Ecclésiastique, XLVii, 2-13, a fait son éloge et a célébré ses hauts faits et son esprit de religion. L'Église honore David comme un saint, et sa fête est inscrite au martyrologe romain à la date du 2'J décembre. Cf. saint Ambroise, Apologia prophétie David; Apologia altéra prophétie David, t. xiv, col. 851-916; du Clôt, La Sainte Bible vengée des attaques de l'incrédulité, Lyon et Paris, 1816, t. iv, p. 60-91); F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, i" édit., t. iv, p. 530-537; Mar Meignan, David, p. 82-84.
Dieu choisit David de derrière son troupeau , II Reg., Vil, 8, pour remplacer Saûl sur le trône, parce qu'il savait qu'il serait « un homme selon son cœur, qui accomplirait toutes ses volontés ». I Reg., xm, 14; cf. Act., xm, 22. David ne fut donc pas un usurpateur; il avait reçu de Dieu une mission qu'il a fidèlement remplie. Il fut le véritable type du roi théocratique; il ne gouverna pas son peuple selon ses caprices, comme les despotes orientaux; mais il se montra l'instrument docile des volontés divines. Il fut le vrai fondateur de la monarchie juive et le chef d'une dynastie. C'est à ce titre que saint Pierre, Act., n, 29, l'appelle « patriarche ». Guerrier et conquérant, David donna à son royaume l'étendue promise par Dieu à la race d'Abraham. Gen., xv, 18; Exod., xxiii, 31; Deut., xi, 24. Son autorité fut respectée des bords de l'Euphrate, II Reg., vm, 3; I Par., xvm, 3, au torrent de l'Egypte et aux rives de la mer Rouge. Les peuples de ces régions étaient ses tributaires. « L'empire de David était un véritable empire oriental, bâti sur le même modèle que ceux d'Egypte et de Chaldée, mais moins iarge et moins durable. » G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 5e édit., Paris, 1893,
Son régne n'eut pas une moindre importance politique i l'intérieur qu'à l'extérieur, et lui-même nous apparaît comme un véritable chef d'Etat et un administrateur habile. Comme nous l'avons déjà dit, il centralisa le pouvoir, en donnant à son peuple une capitale. 11 organisa l'armée, sa cour et le culte religieux. — 1. David, qui était un guerrier, développa l'organisation de la force armée, que Saûl avait commencée. La forte bande qu'il avait constituée à Odollam et à Siceleg devint le noyau d'une excellente année permanente. De leur nombre sortirent les gibborïm, c'est-à-dire « les forts, les vaillants », dont trente -sept sont nommés II Reg., XXIII, 8-34 et 53; I Par., xi, 10-47. Ils ne formaient pas une cohorte distincte, mais se tenaient auprès du roi comme ses aides de camp, et recevaient selon les occasions des commandements ou des missions de confiance. Plusieurs étaient célèbres par leurs exploits. Une sorte de légion étrangère, composée de Céréthéens et de Philistins (voir t. Il, cul. ill li.i ci-vail de 14.11'de du corps. Elle avait à sa tète un Hébreu, Banaïas. Quand David fut reconnu roi par tout Israël, on comptail 339000 hommes en état de porter les armes et I 224 chefs; leur nombre est énumeié tribu par tribu, I l'a.-., xn, 23-38. En faisant le dénombrement du royaume, un trouva 1300000 hommes capables de tirer le glaive, d'après II Reg., xxiv, 9, et 1570000, d'après I Par., xxi, 5. A une époque indéterminée, David institua une armée permanente. Elle comprit douze corps de 210(10 hommes, qui se succédaient mois par mois pour tenir garnison a Jérusalem. Les
chefs de corps étaient pris parmi les gibborïm. I Par., xxvn, 1-15. Cette armée n'avait que de l'infanterie, et ne possédait ni cavalerie ni chars de guerre. David, ayant pris à Adarézer dix-sept cents cavaliers, coupa les jarrets aux chevaux et ne garda que cent chars. II Reg., vm, 4. Les armes ordinaires étaient la lance et le bouclier. Une tradition arabe attribue à David l'invention de la cotte de mailles. David avait consacré au Seigneur des lances et des boucliers pris sur l'ennemi, qui furent déposés plus tard dans le Temple et utilisés par le grand prêtre Joïada. II Par., xxiii, 9. Un général en chef commandait à toute l'armée et dirigeai! en temps de guerre toutes les opérations, en l'absence du roi. Voir Armée chez les Hébreux, t. 1, col, 971-982. — 2. David mit de l'ordre dans l'administration de sa maison et de son royaume. II laissa aux chefs des tribus leurs attributions, et ceux qui fonctionnaient sous son règne sont mentionnés I Par., xxvn, 16-23. Le service de son palais et la garde de ses biens exigèrent de nombreux intendants. Outre le trésor proprement dit, qui se trouvait à Jérusalem, David possédait divers dépôts de sommes importantes dans les villes, les tours et les forteresses du pays. Des officiers étaient préposés au soin de la culture des champs, des vignes, et veillaient sur les celliers royaux et les magasins d'huile. D'autres surveillaient les troupeaux de bœufs, de chameaux, d'ànes et de brebis. 1 Par., xxvn, 25-31. Le roi avait un conseil privé, et deux des conseillers avaient la charge de précepteurs de ses enfants. I Par., xxvn. 32-34. Suivant la coutume des rois orientaux, David exi lui-même la justice. II Reg., vm, 15; I Par., xvm, 14. Les procès étaient portés à son tribunal, et il les jugeait en souverain absolu. II Reg., xiv, 4-22; xv, 2-6. Absalom en profita pour exciter le peuple à la rébellion. Afin d'obvier sans doute aux abus qui pouvaient résulter de cette juridiction unique, David confia l'exercice de la justice à six mille lévites. I Par., xxiii, 4. Il y avait aussi un mazkîr, c'est-à-dire un grand chancelier, archiviste et historiographe; un sôf'èr ou secrétaire d'État, II Reg., vm, 16 et 17, et un percepteur d'impôts. II Reg., xx, 24. — 3. Quand David fit transporter l'arche d'alliance à Jérusalem, il organisa le service religieux. Le dénombrement des lévites accusa le chiffre de 38000. Sur ce nombre, 24000 furent chargés du soin de la maison du Seigneur; 6001) rendirent la justice; 4000 remplirent l'office de portiers, el 4000 celui de chantres. Les fonctions des lévites autour de l'arche d'alliance furent délimitées. I Par., xxiii. Quant aux prêtres, fils d'Aaron, ils furent divisés en vingt-quatre familles, seize descendant d'Éléazar et huit d'ithamar. I Par., XXIV, 1-19. Les chantres et musiciens furent également répartis en vingt-quatre chœurs, sous la conduite d'Asaph, d'IIéman el d'Idithun. I Par., xxv. Voir Chant sacré, Chantres du Temple, col. 553-558, et Chef des Chantres, col. 645. Ces institutions liturgiques persévérèrent. Toutes les fois que postérieurement à David il est question dans la Bible des chants du sanctuaire, de la musique du Temple; toutes les fois qu'après une interruption plus ou moins longue ils sont rétablis, on les mentionne comme dérivant du roi -prophète. Après le meurtre d'Athalie, il est ordonné aux chefs des prêtres et des lévites de faire offrir des holocaustes avec joie et avec des cantiques, conformément aux prescriptions île David. II Par., xxm, 18. A la restauration du culte sous Ézéchias, à la première Pàque qui suivit, on joua des instruments et on chaula des psaumes de David et d'Asaph. II Par., XXIX, 25-30, et xxx, 21. Quand Josias fit célébrer la fête de Pàque, depuis longtemps abandonnée, les chantres sacrés remplirent leur office selon les ordonnances de David. II Par., xxxv, 15. Après le retour de la captivité de Babylone, l'organisation introduite par David dans le service liturgique fut rétablie, el il en reste encore une trace dans l'histoire de Zacharie, père de saint Jean- Baptiste. Luc, I, 5-9. — David ne se borna pas à régler les grands ser-
DAVID
vices du culte. S'il dut laisser à son fils l'honneur de bâtir la maison du Seigneur, il en prépara du moins la réalisation. 11 amassa des ressources et des matériaux, remit à Salomon un projet de construction et un devis du Temple et de ses parvis, des dessins de tous les ustensiles sacrés, avec l'or et l'argent nécessaires à leur fabrication. Voir Temple. Il encouragea son fils à parfaire cette noble entreprise, et il fit connaître à l'assemblée des chefs les sommes qu'il avait recueillies pour cet objet. I Par., XX vin, 1-21, et xxix, 1-9. David pouvait donc dire au Seigneur en toute vérité : « Le zèle de votre maison m'a dévoré. » Ps. lxviii, 10. Cf. Vigoureux, Manuel biblique, 9e édit., t. il, p. 115-117; Mo1' Meignan, David, p. 91-141.
III. D.wm PSALMISTE. — Les Juifs et les chrétiens reconnaissent d'un commun accord que David a composé en l'honneur de Dieu des psaumes, prières ou cantiques eu vers, que les lévites chantaient devant l'arche, en s'accompagnant des instruments de musique. Plusieurs critiques rationalistes refusent à David l'honneur d'avoir été « l'aimable psalmiste d'Israël >, II Reg., xxm, 1, et ils rabaissent l'âge des psaumes d'origine davidique. Cf. E. Reuss, Le Psautier, Paris, 1875, p. 47-61; Die Geschichte der hèiligen Schrift Allen Testaments, 6e édit., 1887, § 146; Th. Ndldeke, Histoire littéraire de l'Ancien Testament, trad. franc., Paris, 1873, p. 183-187; E. Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. n, p. 16. — « Essayer d'enlever à David la gloire d'avoir composé une partie de nos chants sacrés, c'est une des entreprises les plus folles de l'incrédulité moderne. Si David n'a pas composé de psaumes, il n'y a plus un seul fait certain dans l'histoire du passé; Pindare n'a écrit aucune ode, et Virgile n'est pas l'auteur de l'Enéide. » F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique, 4e édit., t. iv, p. 534; cf. t. v, p. 31-34. Que David soit l'auteur de psaumes ou pièces liturgiques, c'est un fait attesté, indépendamment du psautier, par plusieurs livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le Psaume xvii est reproduit, II Reg., xxn, comme l'œuvre de David. Les Psaumes civ et xcv sont intégralement cités au même titre. I Par., xvi, 7-36. Les chants du pieux roi sont rappelés II Par., vu, 6; xxix, 30, et il est parlé de leur exécution musicale. La réputation de David comme poète, chantre et harpiste, est clairement signalée par Amos, vi , 5. Dans son éloge du roi- prophète, l'auteur de l'Ecclésiastique, xlvh, 11 et 12, rappelle ses institutions liturgiques, et lui fait un mérite d'avoir composé de douces mélodies, Y^vixaivEV uiXr), que les chantres psalmodiaient devant l'autel. Nous savons par l'auteur du second livre des Machabées, h, 13, que Néhémie avait dans sa bibliothèque -i toO AaustS, « une collection des psaumes de David. » Le Nouveau Testament continue la tradition juive et commence la tradition chrétienne. Jésus-Christ cite le Psaume CIX comme de David, et il fonde sur son origine davidique un argument auquel les pharisiens ne peuvent répondre, et qui reposerait sur une fausse supposition , si ce psaume n'était pas de David. Matth., xxn, 43 et 45: Marc., xn, 36 et 37; Luc, xx, 42 et 44. Saint Pierre, Act., i, 16 et 20; n, 25-34, dit que David est l'auteur des Psaumes cvin, xv et CIX, et, dans le second cas, il tire de ce fait un argument qui serait sans valeur si les Psaumes xv et cix étaient faussement attribués à David. Saint Paul, à la synagogue d'Antioche de Pisidie, donne la même démonstration de la résurrection de Jésus-Christ, Act., xm, 35-37, en s'appuyant, lui aussi, sur la composition du Psaume xv par David. Les chrétiens de Jérusalem dans leur prière, Act., iv, 25 et 26, placent le début du Psaume n sur les lèvres du saint roi. Saint Paul, Rom., iv, 6-8, donne les premiers versets du Psaume xxxi comme parole de David. Le même Apôtre cite enfin sous le nom de David le Psaume lxviii. Rom., xi, 9, et le xcive, Hebr., iv, 7. Des témoignages aussi explicites ne peuvent être infirmés par l'hypothèse d'une erreur d'attribution, et aucun historien
de bonne foi ne saurait nier que David ne soit l'auteur au moins de quelques psaumes.
Il n'est pas possible toutefois de soutenir avec plusieurs Pères de l'Église, saint Philastre, Liber de hseresibus, li. cxxx, t. xn, col. 1259; saint Ambroise, Enarrat. in Ps. i et xuir, t. xiv, col. 923, 1087; saint Augustin, De rivitate Dei , xvn , 14, t. xli, col. 547-548, etc., que les cent cinquante psaumes sont tous de David. Dès l'antiquité, d'autres écrivains ecclésiastiques, saint Hippolyte. In Psalmos, t. x, col. 712; Origène, Selecta in Psalmos, t. xn, col. 1066: Eusèbe de Césarée, Comment, in Psalmos, proœm., in Ps. xli, l.x.xii et l.xxvii, t. xxm, col. T.'i, 368, 821 . '.NU ; sain) Athanase, Arg. in Psalm., t. xxvn, col. 57; la Synopsis Scripturx Sacrse , attribuée à ce Père, t. xxvm, col. 322; saint Hilaire de Poitiers, Tract, super Psalmos, prol., t. ix, col. 233; saint Jérôme, Epist. cxl, n° 4, t. xxn, col. 1169, etc., ont reconnu que David n'est pas l'unique auteur du psautier. Sur l'opinion des Juifs, voir L. Wogue, Histoire de la Bible, Paris, 1881, p. 38-42. La multiplicité des psalmistes est aujourd'hui universellement admise. R. Cornely, Introductio specialis in didacticos et propheticos V. T. libros, Paris, 1887, p. 99. Et si l'usage a prévalu de désigner le psautier tout entier sous le nom de David, c'est que le roipoète est l'auteur du plus grand nombre des psaumes, le plus célèbre des psalmistes et le modèle de tous ceux qui l'ont suivi. Le concile de Trente, dans son décret De canonicis Scripluris , en qualifiant le psautier de « davidique», a employé la dénomination usitée, et n'a pas jugé la question des auteurs des psaumes. Pallavicini, Histoire du concile de Trente, 1. vi, ch. xiv, trad. franc., édit. Migne, t. il, col. 89; A. Theiner, Acta genuina concdii Tridentini, Agram, 1874, t. i, p. 66, 68, 69, 71-73, 76 et 77.
Les titres, dans le texte hébreu, attribuent à David soixante- treize psaumes: m-ix, xi-xxxu, xxxiv-xli, li-lxv, lxviii-lxx, lxxxvi , ci, cm, cvni-cx, cxxn, cxxiv, cxxxi, cxxxin, cxxxviii-cxlv, selon la computation de la Rible hébraïque. D'autres titres, qui se lisent dans la version grecque des Septante et dans la Vulgate latine, lui décernent quinze autres Psaumes : x, selon l'hébreu; xxxn, xlii, lxvi, lxx, xc, xcii-xcviii, cm et cxxxvi, selon la computation de la Vulgate. Bien que ces titres ne soient pas généralement regardés comme canoniques ni comme inspirés, ils sont cependant dignes de foi, en raison de leur antiquité. Ce ne sont pas de simples conjectures , émises par les lecteurs ou les collecteurs du psautier, ce sont, pour la plupart, des documents traditionnels, dont quelques-uns sont confirmés par les témoignages historiques rapportés précédemment, et dont la plupart sont justifiés par l'examen du contenu , de la langue et du style des psaumes. Doux paumes seulement, le xi.ne et le cxxxvie, peuvent être -'fuses avec certitude à David, malgré les titres. Parmi les psaumes anonymes, c'est-à-dire ceux dont le titre n'indique pas le nom de l'auteur, quelques-uns peuvent être légitimement attribués à David. Les chrétiens de Jérusalem, Act., IV, 25, lui reconnaissent la paternité du Psaume II. Or, comme selon un bon nombre de manuscrits grecs des Actes, xm, 33, saint Paul aurait cité le verset 7 du Psaume il comme étant i" -w 7tpwTw ^jO-e-ài, le Psaume I" n'aurait fait qu'un avec lui et serait aussi de David. Il en résulterait que tout le premier livre du psautier hébraïque, i-xl, contiendrait des psaumes davidiques, et aurait peut-être été formé en recueil distinct par le saint roi lui-même. D'autres encore lui sont attribués avec vraisemblance. Patrizi, Cent psaumes, trad. franc., Paris, 1898, p. 17-J'i. Cependant divers commentateurs sont allés trop loin dans cette attribution, et ont accordé à David des chants sacrés auxquels il ne peut avoir aucun droit. Le Psaume cli, sur la victoire de Goliath, que quelques écrivains, saint Athanase, Epist. ad Marcelliniini. 15, t. xxvn, col. 28-29; la Synopsis Scriptural Sacrse, attribuée au même docteur, t. XXVIII, col. 332;