‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 466 sur 486 · IV. Versions du xiv et du w siècle. — /. bibles · texte numérisé non relu

IV. Versions du xiv et du w siècle. — /. bibles

COMPLETES. — Iu La Bible anglo- normande nous a été conservée par trois manuscrits, dont un seul est à peu près complet. Celui-ci est le n° 1 du fonds français de la Bibliothèque Nationale, à Paris; il a été écrit pour une famille anglaise, avant 1361, et il s'arrête au milieu du chapitre xm de l'Épltre aux Hébreux. Le manuscrit 1 ('. ni du British Muséum, qui est du nvB siècle, va de la Genèse à Tobie; le texte est plus correct et d'un meilleur langage que celui du manuscrit précédent. Le livre des ictes se IU avec quelques différences dans une Histoire de la llil'le. manuscrit fr. 9562, de la seconde moitié du BV siècle. Le Psautier de la Bible anglo-normande parait descendre du texte de Montcbourg par l'intermédiaire de recensions telles que elles des manuscrits fr. 2131 et 22892. Les cantiques qui le suivent semblent ('-gaiement se rattacher de loin à la traduction usuelle. Mais le texte des autres livres n'est certainement pas, sinon pour la division des chapitres, el encore avec quelques légères divergences, le texte de la Bible du xme siècle; peutêtre se rapprocherait-il en quelques endroits de la Bible de Raoul de Presles, dont il va être question. Le manuscrit de Paris, liiul incorrect qu'il soit, n'est guère éloigné de l'original; les autres copistes ont pu corriger certaines fautes qui provenaient du traducteur lui-même. Cette traduction, faite en Angleterre, au xiv» siècle (le Psautier excepté), est déplorable tant pour la fidélité que pour la pureté du langage; elle rend le sens inexacte-

! dans un style qui, tOUl grossier qu'il soit, n'est

pas dénué de force. Son influence ne s'est guère étendue en France, sinon peut-être mu la Bible suivante, — 2° La Bible lu mi Jean, ainsi désignée parce qu'elle a été exécutée par l'ordre e1 SOUS les yeux de Jean le Bon, se

trouve fragmentairement dans le manuscrit fr. 15397 de la Ribliothèque Nationale, grand volume, dont les premiers feuillets sont décorés de très belles miniatures inachevées. Ce manuscrit contient le Pentaleuque, du chapitre vm de la Genèse à la fin du Deutéronome. Le texte est encadré d'une glose très développée. Ce fragment esl daté de 1355, et on peut le regarder à bon droit comme l'original dont l'ornementation a été interrompue par la captivité du roi Jean. Le traducteur est Jean de Sy, frère prêcheur, originaire du diocèse de Reims. Voir la Remania, t. xxi, 1802, p. 012-015. En 1373, son œuvre s'étendait jusqu'au chapitre xvm de Jérérnie. Elle fut continuée par une pléiade de traducteurs, d'écrivains et de peintres, au nombre desquels sont nommés les trois dominicains mentionnés col. 1468. Le Roux de Lincy, Les quatre livres des Rois, Introduction, p. xx-xxi. Rien qu'elle soit restée inachevée, elle est tout à fait remarquable; c'est nue œuvre de science et de goût, dont le texte es) indépendant de la célèbre version du \mi- siècle, mais pourrait bien être, au jugement de M. b. Berger, « une excellente revision de la Bible anglo -normande, d — 3' La Bible de Charles V fut traduite par Raoul de Presles, maître des requêtes. Elle est conservée dans les manuscrits suivants : Lansdowne 1 175 du Britis/i Muséum, qui s'arrête après le Psautier : ins. 70.1e Grenoble, de la lin du xive siècle, qui va jusqu'au Ps. cxvm; Bible de l'archevêque de Reims, B. X., fr. 153, du xv« siècle, qui s'arrête aussi après le Psautier; ms. fr. 158, du \\\* siei le. qui contient toul l'Ancien Testament ; ms. /'/'. 22885 et 22886, qui s'arrête à la fin de l'Ecclésiastique; rus. fr. 20005 et 20066, de la lin du \\" siècle, qui s'étend jusqu'à sainl Matthieu, xix, 27. La version est donc incomplète. Presque tous les livres, à partir de l'Exode, sont pu eiles de prologues qui doivent leur servir d'inlroduction. Sauf quelques mois relatifs aux ordres qu'il a reçus de Charles V, le traducteur n'a mis dans ces prologues qu'un résumé des notes de Nicolas de Lyre. Le Psautier, qui est reproduit séparément dans plusieurs manuscrits, a été compilé d'après plusieurs texles, dont l'un était fort rapproché du lexte de la version du xinc siècle, et l'autre n'était pas éloigné du Psautier lorrain. Le reste de la traduction n'esl pas absolumenl une oeuvre nouvelle; elle a pour base la version du xm au moins dans certaines p.iiiu-. C'est un ouvrage 'le

seconde main, qui rentre dans la catégorie des textes re\ isés, retouchés el compilés.

;/, traductions PARTIELLES. — I" Deux versions des Épitres et /les Evangiles 'les dimanches et îles fêtes. — La première a été exécutée par ordre de la reine de France, Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI de Valois. Elle a été' faite selon l'ordonnance du missel de Paris, par Jean du Vignay, hospitalier de Saint-Jacques et traducteur de beaucoup d'ouvrages. Elle se lit dans deux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, tous deux du xve siècle, fr. 22800 et 2293(1. l'n troisième exemplaire forme aujourd'hui le n° 195 du fonds Barrois, à la bibliothèque dAsbliui nham-PIace. La seconde suit l'ordre du missel .le Cambrai el -e trouve dans le beau manuscrit fr. 1765, du \1\" siècle. Ces deux versions se ressemblent entre elles, el elles ne diffèrent par endroits de la version du xm» siècle que par l'orthographe ou la construction des phrases. Dans d'autres passages, il y a une différence absolue. Il semble donc que Jean du Vignay n'a été par- Ibis qu'un modeste reviseur d un texte antérieur. — 2" Fragments picards. — I. Un tiers de la Bible seulement, .les Paralipomènes à la lin de Daniel, se trouve dans le manusci il 2035 de ta bibliothèque de l'Arsenal, qui est de la lin du xiv siècle ou des premières années

du w. Le litre, Partie de la llible en wallon, est fautif, car la langue est le dialecte picard. La versi Si

généralement textuelle ; elle est pourtant fort abrégée par endroits, par exemple dans le livre de Job, qui est

simplement résumé, et quelquefois, au contraire, déve-

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loppée et allongée. La copie est pleine de fautes grossières. Le Psautier, qui représente un texte 1res corrompu et plusieurs fois retouché, se place parmi les dérivés de la Bible du xnie siècle. Le texte de la version est nouveau et indépendant de la tradition courante. Il est impossible d'en déterminer l'âge et la provenance. — 2° Un autre fragment de Bible picarde existe dans le manuscrit n° 29 de la bibliothèque communale d'Amiens, qui est du xvs siècle: il contient les Arles, les Épîtres et l'Apocalypse. Le Nouveau Testament tout entierse retrouve dans le petit manuscrit C 17,") de Zurich ; mais le texte est moins pur. Il n'est peut-être pas antérieur au XVe siècle. L'Apocalypse, dont toutes les notes sont empruntées à I Glose ordinaire et à la Glose interlinéaire, pourrait bien être en rapport avec l'ancienne version normande telle qu'elle se trouve dans le manuscrit de Trinity Collège. — 3° Le Psautier lorrain. — 11 est représenté par quatre manuscrits : le premier, qui est incomplet, porte le ri" 798 à la bibliothèque Mazarine; le deuxième, Harléien 1327, date de 1365 et présente quelques différences de langage; le troisième, fr. 9572, du xive siècle, contient un texte plus bref et sensiblement divergent; le quatrième, n° 189 de la bibliothèque d'Épinal, du xv8 siècle, n'a que les Psaumes de la pénitence, et son dialecte est beaucoup plus populaire et se rapproche davantage du patois lorrain. Même dans sa forme la plus simple, ce Psautier est une œuvre composite, qui se rattache tour à tour à un texte ou à un autre et souvent en juxtapose plusieurs sans choisir. En général, il ressemble fort au Psautier de Raoul de Presles, et, comme celui-ci, il se place à côté de la souche commune de la plus grande famille des Psautiers français. Aucun des manuscrits connus ne représente la forme primitive de cette compilation. Celle-ci, qui n'est pas déterminée, est à chercher en dehors de la Lorraine et semble n'avoir rien de commun avec le Psautier messin du xnc siècle. La ressemblance frappante avec le Psautier de Raoul de Presles permet de chercher en France la source du Psautier lorrain, dont l'auteur n'aurait fait que changer le dialecte. Ce Psautier, avec les cantiques et les prières qui le suivent, a été édité deux fois, par F. Apfelstedt, Lothringischer Psalter, dansW. Fœrster, Altfranzôsische Bibliothek, t. iv, in-12, Heilbronn, 1881, et par F. Bonnardot, Le Psautier de Metz, t. i, in- 12, Paris, 1885.— 4° Une version du Nouveau Testament, faite au xv siècle, nous a été conservée par un manuscrit de Louis de Bruges, fr. 907. C'est à peine un texte nouveau , car on constate à toutes les pages l'influence de la version du xin" siècle, qui s'entrevoit, pour ainsi dire, par transparence à travers le style du rédacteur. — 5° Une traduction des Epitres de saint Paul, de la même époque, nous est parvenue dans un petit manuscrit de la fin du xve siècle, provenant de Mons et gardé à la bibliothèque royale de Bruxelles, n°4619. Elle n'a rien de commun avec les anciens textes. — 0" Une dernière version picarde a peu d'intérêt; elle s'étend de la Genèse à la fin des livres des Rois et date de 1462. Elle existait en deux volumes à la bibliothèque du collège de Navarre, R. Simon, Critique de la Bibliothèque de Du Pin, t. i, 1730, p. 392-397, maintenant à la bibliothèque Mazarine, nos 030 et 631. Sur tout ce qui précède, voir S. Berger, La Bible française au moyen âge, in -8°, Paris, 1884.

V. Versions du xvi" siècle. — 1° Traduction de Le Fèvre d'Etaples. — En 1523, l'imprimeur parisien Simon de Colines publia, d'abord par parties, puis en un volume petit in-8", une traduction anonyme du Nouveau Testament. On ne peut douter que Jacques Le Fèvre d'Etaples n'en soit l'auteur. Il l'avait entreprise à l'instigation de deux princesses de France, Louise de Savoie et Marguerite d'Angoulème, et pour leur édification. Il ne s'était proposé que de revoir et de conférer avec le texte latin la Bible de Jean de Rély. De fait, il a traduit cependant quelques passages directement sur le texte grec. Néan-

moins il reste, en somme, fidèle à la Vulgale. La faculté de théologie de Paris avait censuré des le 26 aoùl 1523 la traduction des Évangiles, qui avait été imprimée le 8 juin précédent. Mais, grâce à la protection de François !■ r, la version des autres livres du Nouveau Testament put être publiée avant la fin de la même année. Elle fut réimprimée souvent, et de 1524 à 1543 il en parut douze rééditions, tant à Bàle et à Anvers qu'à Paris même. En 1525, Le Fèvre d'Etaples travaillai! a traduire les Psaumes, et malgré bien des traverses il terminait en 1528 sa version de tout l'Ancien Testament. Elle parul a Anvers en sept parties successives, de 1528 à 1530, et en un volume in-folio, en 1530. Le Fèvre d'Etaples a traduit directement sur la Vulgate les livres historiques de l'Ancien Testament, qui n'avaient encore été imprimés que d'après la Bible historiée; mais pour le Psautier et les autres livres, il dépend dans une certaine mesure de la Bible de Jean de Rély, qu'il n'a fait que revoir. Ainsi donc Le Fèvre a fait disparaître le premier les gloses qui étaient restées jusqu'alors dans le texte des versions françaises de la Bible ; il a cherché à éclaircir le sens de beaucoup de passages, et à la fidélité de l'interprétation il a joint une certaine élégance de style. Une troisième et une quatrième éditions parurent en 1534 et en 1541,

. avec d'importantes corrections. Le texte y était revisé en plusieurs passages sur les originaux ; quelques phrases propres à la Vulgate étaient supprimées ou mises entre crochets. Comme certaines notes favorisaient le protestantisme, ces deux éditions furent mises à l'Index en 1516, et recherchées par ordre du duc d'Albe pour être détruites avec tant de soin, qu'il en reste à peine quelques exemplaires. Le Nouveau Testament fut plusieurs fois imprimé à part. R. Simon, Lettres choisies, 2e édit., in-12, Amsterdam, 1730, t. IV, p. 95-101; Id., Histoire critique du Vieux Testament, Rotterdam, 1685, p. 332-333, et Histoire critique des versions du Nouveau Testament, Rotterdam, 1090, p. 325-329; Id., Critique de la Bibliothèque de Du Pin, Paris, 1730, t. i, p. 579-570, 720-729; E. Pétavel, La Bible en Fronce, Paris, 1864, p. 00-83, 119-123; S. Berger, La Bible ou XVIe siècle, Paris, 1879, p. 35-37; A. Laune, La traduction de l'Ancien Testament de Le Fèvre d'Etaples, Paris, 1895; P. Quiévreux, I.o traduction du Nouveau Testament de Le Fèvre d'Etaples, Paris, 1894; 11. Graf, Jacobus Faber Stapulensis. Eut Beitrag fin- Geschichle der Reformation in Frànkreich , dans Niedner's Zeilschrifi fur /lis/. Théologie, t. xxu, 1852.

Deux théologiens de Louvain, Nicolas de Leuze et François van Larben, corrigèrent la version de Le Fèvre, la mirent d'accord avec la Vulgate et l'éditèrent in-folio, à Louvain, en 1550. Cependant quelques-unes de leurs corrections étaient empruntées à la Bible protestante

. d'Olivetan. La deuxième édition, faite en 1572, reproduit la première, sauf quelques améliorations de .-lyle et de nouveaux emprunts à Olivetan. Une troisième édition parut en 1578, avec une épitre dédicatoire de Jacques de Bay, dans laquelle il déclare avoir mis le plus grand soin à donner une version fidèle de la Vulgate. La Bible de Louvain fut réimprimée très souvent, à Anvers, à Louvain même, à Paris, à Rouen et à Lyon, et elle a eu de la vogue pendant plus d'un siècle dans tous les pays langue française. Comme la Bible protestante de Genève, dont nous allons parler, dépend de la version de Le Fèvre d'Etaples, on a cru longtemps que les docteurs de Louvain n'avaient fait que la reviser. On ne connaissait pas alors les relations qui existent entre la Bible de Louvain et la version de Le Fèvre. La Bible éditée à Paris, en 1008, par Pierre de Besse (voir t. i, col. 1642), et dédiée à Henri IV; celle de Jean-Claude Deville, publiée en 1613, et celle de 1620, faile par Pierre Frizon, chanoine de Reims, aussi bien que le Nouveau 'Testament, édité par François Véron, Paris, 1647, ne sont que des revisions de la Bible de Louvain. R. Simon, Histoire critique des

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versions du N. T., p. 339-312 et 349-359; E. Pétavel, La Bible en France, p. 123-128 et 131-135.

2» Traduction d'Olivetan. — C'est la première version protestante en langue française. On l'appelle la Bible d'Olivelan du nom de son auteur, Pierre -Robert Olivetan, parent et compatriote de Calvin, ou Bible de Serrières, du nom de la localité où elle a été imprimée, en 1535, par Pierre de Wingle, dit Pirot Picard, aux frais des Vaudois du Piémont. Elle est intitulée : La Bible, qui est toute la Saincte escripture , en laquelle sont contenus le Vieil Testament et le Nouveau, translate: en Francoys; le Vieil, de Lébrieu, et le Nouveau, du Grec. Elle est accompagnée de nombreuses notes marginales, qui ont permis de se rendre un compte exact du travail du traducteur. Pour les livres protocanoniques de l'Ancien Testament, Olivetan a fait une œuvre nouvelle et indépendante. 11 avait sans doute sous les yeux la version de Le Fèvre d'Étaples, dont on retrouve quelques traces; mais il n'y a pas trois versets consécutifs où il n'ait changé, contrôlé et corrigé quelque chose. 11 se servait de la version latine de Santé Pagnino, imprimée à Lyon, en 1527; toutefois il ne la suit pas toujours et traduit lui-même directement l'hébreu avec une fidélité plus scrupuleuse encore que celle de son modèle. Les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament n'ont pas été traduits à nouveau. Olivetan s'est borné à reproduire, en la corrigeant très légèrement et très superficiellement, la version de Le Fèvre, d'après l'édition de 1530. Les différences sont peu nombreuses et peu importantes; elles portent pour la plupart sur le choix de l'expression française et sur l'emploi des conjonctions; un petit nombre de corrections critiques ont été faites d'après la Yulgate. De même, pour le Nouveau Testament, Olivetan n'a fait à la traduction de Le Fèvre que de rares corrections, non pas d'après le grec, mais seulement suivant la version latine d'Erasme. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Bévue de théologie, 3e série, t. m, Strasbourg, 1865, p. 217-252; t. iv, 1866, p. 1-48 et 281-322; II. Graf, A qui l'Église réformée doit -clic sa première traduction française de la Bible ? dans Le Lien, n° du 15 juillet 1843.

On a prétendu longtemps que Calvin avait collaboré à la version d'Olivetan. Il parait démontré maintenant qu'il est seulement l'auteur des deux préfaces qui portent son nom, et que ce ne fut qu'après l'impression de la Bible qu'Olivelan pria Calvin, plus savant que lui en grec, de retoucher le Nouveau Testament. Calvin n'a donné suite à ce projet que plus tard. En attendant, Olivetan revit lui-même le Nouveau Testament, qui parut in -8», en 1530; les Psaumes, publiés à Genève, in -8°, 1537, sous le pseudonyme hébraïque de Belisem de Belimakom, c'est-à-dire « anonyme d'utopie », et les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique, imprimés en 1538, par Jean Gérard. Une édition du Nouveau Testament parut encore à Genève, en 1538. Celle de l'année suivante, qu'on croit publiée à Zurich, et qui a pour marque l'épée flamboyante, est attribuée a des Gallanls. Le Nouveau Testament et la Bible entière, dite de l'Épée, qui ont paru à Lyon, en 1540, ont été revus et corrigés par les prédicants de Genève. L'édition faite à Genève, en 1545, est la première à laquelle Calvin ait mis la main. On ne sait pas au juste la pari qu'il a prise personnellement à cette œuvre de revision, qui en tout cas a été très rapide et peu approfondie. Voir col. 88. L'édition île 1553 contient une retouche plus foncière. Louis Budé avait révisé Joli, les Psaumes et les livres de Salomon; Théodore de Bèze, les deutérocanoniques de l'Ancien Testament, et Calvin, les autres livres de la Bible. Th. de Bèze el Calvin travaillèrent aussi au Nouveau Testament de 1500, dont on fil deux éditions ou tirages presque simultanés. Les Bibles de 1501 et de 1503 sont enrichies de notes plus ou moins abondantes, extraites des rnmiiiriilaires de Calvin par Nicolas des Gallanls et Augustin Marlorat. La Bible française

de Calvin a eu une édition critique dans les Opéra Calvini, t. i.vi et lvii (Corpus reformatons», in-4°, Brunswick, 1897, t. lxxxiv et lxxxv), et à part.

Les pasteurs et les professeurs de Genève publièrent, en 1588, une revision delà Bible d'Olivetan, qu'ils avaient préparée en corps et à laquelle ils donnèrent une approbation officielle. Le principal reviseur était Bertram, voir t. i, col. 1630; ses collaborateurs se nommaient Th. de Bèze, Antoine de la Faye, Jacquemot, Rotan et Simon Goulart. Us corrigèrent le texte d'Olivetan en beaucoup d'endroits, mais ils accordèrent trop de crédit aux interprétations rabhiniques. Us introduisirent le nom de » l'Éternel a partout où ils lisaient Jéhovah dans l'original. Ils firent quelques emprunts à la Bible de Castalion. L'œuvre de la « Vénérable Compagnie » de Genève eut une grande vogue parmi les prolestants français, et elle fut souvent réimprimée à Lyon, à Caen, à Paris, à la Rochelle, à Saumur, à Sedan, à Charenton et à Niort. D'autres éditions, en plus grand nombre encore, parurent en Hollande et dans la Suisse française, notamment à Bàle. A noter celle d'Amsterdam, in-f° 1069, par les Des Marets, père et fils, à cause de sa beauté typographique et de ses notes nombreuses. Après la révocation de l'édit de Nantes, les réfugiés français publièrent la Bible de Genève dans plusieurs villes de l'Allemagne du Nord. R. Simon, Hist. critique du Vieux Test., p. 342-349; Id., Hist. critiq. des versions du N. T., p. 329-338 et 345-349; P. Coton, Genève plagiaire, ou vérification des dépravations de la parole de Dieu qui se trouvent es Bibles de Genève, in-f", Paris, 1018; B. Turretin, Défense de la fidélité des traductions de la Bible faite à Genève, in-4°, Genève, 1619. La « Vénérable Compagnie n lit de nouvelles revisions de la Bible de Genève en 1693 et en 1712; mais les reviseurs se bornaient à remplacer quelques mots anciens par les mots nouveaux correspondants, et à remanier quelques phrases. Cédant aux instances du synode des Églises wallonnes, David Martin, pasteur à Utrecbt, avait publié, en 1696, la traduction revisée du Nouveau Testament, et la Bible entière avec des notes et des préfaces, 2 in-f°, Amsterdam, 1707. Ses corrections portaient surtout sur le style. Cette revision fut adoptée par Charles Chaix dans son commentaire littéral, 1742-1777. Voir col. 503. Retouchée en 1736 par Pierre Roques, pasteur français à Bàle, elle est distribuée de nos jours encore sous le nom de Martin par les Sociétés bibliques, mais sans notes ni préfaces. En 1750, D. Durand, pasteur à Londres, revoyait encore le Nouveau Testament de Martin. Malgré ces retouches continuelles, la Bible d'Olivetan restait foncièrement la même et les divergences des éditions étaient purement extérieures. Son style demeurait toujours obscur, incorrect, terne et sans grâce. En 1721 , la « Vénérable Compagnie » chargeait une nouvelle fois une commission de revoir la Bible de Genève. La refonte du Nouveau Testament parut en 1726; les changements apportés au style sont assez notables pour que cette édition puisse passer pour une nouvelle version, Pendant tout le xvin» siècle, le texte genevois fut le plus usuel et garda la prépondérance parmi les protestants français.

La Bible d'Olivelan subit une revision plus complète que tentes les précédentes de la main d'Ostervald, pasteur à Neufchàtcl. En 1724, Ostervald avait publié à Amsterdam La sainte Bible, accompagnée d'Arguments et de Réflexions, avec quelques modifications apportées au texte de Genève, 2 in-f". Mais vingt ans plus tard, en 1741, il lit paraître une correction plus profonde du même texte. D'un bout à l'autre le style est remanié, mais il a perdu de >a force première, sans gagner en élégance. Les retouches portèrent aussi sur le sens et elles Irahissent assez fréquemment une étude préalable soit de l'original suit surtout des commentateurs. Ostervald a retranché de la Bible de .Martin ce qu'elle avait de dur, d'obscur el d'erroné. En 1771, la révision d'Ostervald était

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revisée à son tour, mais subrepticement. Pour concilier les suffrages du plus grand nombre, on imprima le texte d'Ostervald, qui était plus clair que celui de Martin, avec les sommaires de ce dernier qu'on tenait comme plus conformes à la stricte orthodoxie protestante.

Cependant les pasteurs et professeurs de Genève variaient d'opinion au sujet de la nature des traductions de la Bible. Continuant d'appliquer les principes suivis dans la revision du Nouveau Testament de 17*26, ils voulurent avoir une Bible digne des esprits cultivés, et ils s'efforcèrent de changer « le patois de Chanaan », comme ils disaient, en un langage plus conforme au dictionnaire de l'Académie. La pureté du style et l'élégance de la forme devinrent pour eux l'essentiel, et ils corrigèrent sous ce rapport la Bible de Genève. Le Nouveau Testament parut en IS02 et l'Ancien en 1805. Mais la clarté du texte et l'élégance furent obtenues au détriment de l'exactitude et de la fidélité. Ces défauts nuisirent à la diffusion de cette nouvelle édition, et les protestants orthodoxes lui préférèrent constamment la Bible d'Ostervald. Le succès de celle-ci alla croissant au début du" XIXe siècle. Tandis qu'à Montauban on revisait Martin et Roques sans le dire, en 1S19. les Sociétés bibliques de Lausanne et de Neufchàtel publiaient, en 1822, une édition d'Ostervald « revue avec soin ». Elles la répandirent dès lors aussi bien que la réédition faite en 1836. Bonnet et Baup revisaient encore, en 1846, le Nouveau Testament d'Ostervald. En 1834, il se forma à Paris, sous le patronage de l'évêque anglican Luscombe, un comité dirigé par Matter et chargé de faire une bonne traduction française de la Bible. Les membres, qui étaient Rodolphe Cuvier, Sardinoux, Munk, Kreiss, Bartholmess, Pichard, Geroek, etc., se proposèrent de combiner Martin avec Ostervald , gardant l'exactitude de l'un et la clarté de l'autre. Après avoir corrigé et recorrigé leur texte, ils firent paraître, en 1842, un Nouveau Testament gigantesque, en même temps qu'une édition plus portative. Les frais de la publication étaient supportés par la Society for promoting Christian Knowledge de Londres. L'Ancien Testament parut en 1849. Bien qu'elle présentât de notables améliorations sur les revisions précédentes, la Bible de Matter n'a pas eu de succès. Une nouvelle édition in-16 a cependant été imprimée à Londres en 1864. Les Sociétés bibliques de France gardaient la Bible d'Ostervald, revue par l'une d'elles en 1824, et tenaient pour suspect tout essai de correction. Quand, en 1863, la majorité des membres résolut de répandre d'autres Bibles, la minorité opposante forma une nouvelle société qui conserverait exclusivement l'édition de 1824, réunissant le texte d'Ostervald aux sommaires de Martin. Or celle-ci a changé d'avis et a publié, en 1881, une revision d'Ostervald, faite sous ses auspices. Le Nouveau Testament a été revu à part. On a fait pour l'Ancien de nombreux emprunts a la version de Segond. Les corrections sont fort inégales et varient d'un livre à l'autre. Bien des fautes de français, reprochées à Ostervald, ont été conservées. Une autre Société biblique française publiait en 1861 une édition revue par M. Mackensie. Charles Frossard publiait en 1869 d'abord une revision du Nouveau Testement, réimprimée avec quelques nouvelles corrections, in-i", Paris, 1880. Enfin, un synode réformé, sous la direction de Bersier, a commencé une revision scientifique du texte traditionnel. Les Psaumes ont paru en 1893, et le Nouveau Testament en 1894. E. Pétavel, La Bible en France, 1864, passim ; O. Douen, Coup d'oeil sur l'histoire du texte de la Bible d'Olivetain, 1535-1560, dans la Berne de théologie et de philosophie de Lausanne, 1889.

3" Traduction de Castalion. — Sébastien Castalion ou Chateillon, étant à Genève, travaillait dès 1544 à un Nouveau Testament français. En 1550, lorsqu'il eut terminé sa traduction latine de la Bible, il reprit sa version française intitulée : La Bible nouvellement translatée avec la suite de l'histoire depuis le teins d'Esdras jusqu'aux

}faccabées , et depuis les Maccabées jusqu'à Christ: item avec des Annotations sur les passages difficiles, in-f°, Bàle, 1555. Pour combler la lacune historique qui existe entre l'Ancien et le Nouveau Testament, Castalion a inséré dans sa version des extraits de Josèphe. La version française des livres bibliques n'est pas, comme il est dit, col. 341, une simple traduction de la version latine, publiée par Castalion en 1551; elle a été faite directement sur l'hébreu et sur le grec. Les deux versions diffèrent l'une de l'autre dans un certain nombre de passages. Castalion avait aussi sous les yeux la traduction d'Olivetan et sa revision de 1553; mais il en est à peu près complètement indépendant. Ayant principalement en vue les « idiots », c'est-à-dire les ignorants, il a usé « d'un langage commun et simple, et le plus cnlendible » qui lui a été possible. 11 s'est donc attaché plus au sens qu'aux mots de l'original, et pour l'exprimer, il a choisi le terme populaire, usuel, employé alors par les gens du commun. Toutes les fois qu'il n'a pas trouvé de mot propre, il a recouru à des équivalents qu'il forgeait de toute pièce. Ainsi il a remplacé holocauste, qu'un « idiot» n'entend ni ne peut entendre, par brûlage, cène par soupper, etc. Ces néologismes sont groupés à la fin de sa Bible dans une Déclaration de certains mots, rangés alphabétiquement. Le souci de rendre exactement la pensée biblique dans un français intelligible donne à la phrase une tournure dégagée, claire et vive. Castalion construit des périodes entières, en liant les membres de phrase qui sont isolés dans le texte. Le style est bref, précis, nerveux et vibrant. Malheureusement l'auteur est tombé souvent dans un réalisme grotesque; il habille les vieux patriarches des costumes de son temps et altère ainsi la physionomie de l'original, et la langue ne vaut pas le style. Castalion a employé le patois de la Bresse et a mêlé le trivial au populaire, les mots hors d'usage à ceux du dialecte courant. Henri Estienne lui a reproché de parler le « jargon des gueux », et les éditeurs du Nouveau Testament de Genève de 1560 l'ont condamné comme un « instrument choisi de Satan pour amuser tous les esprits volages et indiscrets » et l'ont accusé d'ignorance et de témérité effrontée qui expose l'Écriture sainte en risée. La Bible de Castalion n'a pas exercé une grande influence, et les nombreux reviseurs de la Bible de Genève se sont contentés de lui faire quelques emprunts. Les protestants modernes l'apprécient davantage. Malgré ses lacunes, ses inégalités et ses hardiesses malheureuses, ils la proclament la première traduction vraiment française et vraiment moderne de l'Écriture Sainte. F. Buisson, Sébastien Castellion, Paris, 1892, t. i, p. 323-334 et 415-436.

4° Version de Bené Benoist. — Un docteur de Sorbonne, René Benoist, qui ne savait ni l'hébreu ni le grec, s'avisa de publier une version française de la Bible. Il se borna à changer quelques mots à la Bible de Genève ; mais ses imprimeurs ne tinrent pas compte de toutes ses corrections et laissèrent des termes protestants, entre autres celui de Cène, qui trahirent l'origine de l'ouvrage. Imprimée en 1566, 3 in-f", cette Bible fut censurée parla Sorbonne l'année suivante. Elle fut cependant réimprimée à Paris en 1568, et à Anvers en 1571 , avec une Apologie, à laquelle Benoist déclara plus tard avoir été étranger. Il fut exclu de la Sorbonne, le 1" octobre 1572, et la censure de sa Bible fut approuvée par un bref apostolique de Grégoire XIII, le 3 octobre 1575. Benoist dut se soumettre en 1598 et signer sa rétractation, avant de commencer les fonctions de doyen, pour lesquelles il venait d'être désigné. Voir Benoist 3, t. i, col. 1602. Cf. C. Duplessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, Paris, 1728. t. h, l»pars, p. 392-398, 404-411, 125-442 et 533-535.

VI. Versions du xviic siècle. — /. catholiques. — 1» Jacques Corbin, avocat au Parlement de Paris, publia une version française qu'il avait entreprise sur !a Vulgate par ordre de Louis XIII , S in-16, Paris, 1643 et 1661.

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

Les docteurs de la Faculté de Poitiers avaient concédé une approbation, refusée par ceux de Sorbonne. Ils déclarent la traduction « très élégante , très littérale et très conforme » à la Vulgate. R.Simon, llist. critiq. desver-

sionsdit -Y. T.. p. 3Û3, dit au contraire qu'elle est « rude et barbare dans les expressions ». — 2» Michel de Marolles, abbé de Villeloin, fit imprimer : Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Paris, 1649. Il avail fait sa traduction sur le grec, ou pour mieux dire sur la version latine d'Érasme. 11 ne suit pas toujours son guide et se rapproche le plus qu'il peut de la Vulgate. Sa traduction a été rééditée en 1053 et eu 10ÔÔ avec quelques corrections, et encore en 1660. L'abbé de Villeloin avait entrepris aussi une version de l'Ancien Testament et il était parvenu dans le travail de l'impression au chapitre xxuidu Lévitique, en 1671, lorsque le chancelier Seguier retira le privilège donné par Matthieu Mole, son prédécesseur. On reprochait surtout à Michel de Marolles d'avoir joint à sa traduction des notes d'Isaac de la Peyrère, son secrétaire. — 3" Le père Denis Auielote, de l'Oratoire, traduisit le Nouveau Testament sur la Vulgate, et sa version parut pour la première t'ois, 3 in-8", Paris, 1666-1670. L'auteur, qui était bien prépare à ce travail par ses études critiques antérieures, recourut au texte grec afin de mieux rendre la Vulgate. Sa traduction est fidèle el assez élégante; les mots ajoutés pour éclaireir le sens sont imprimés entre crochets. Les éditeurs d'Arnauld prétendent « que sa traduction, du moins celle des quatre Evangiles, n'était autre que celle de Port- Royal, déguisée seulement par quelques légers changements, qui avaient peu coûté' à leur auteur ». Œuvres, in-i", Paris et Lausanne, 1770, t. vi, préface historique et critique, p. 5. Elle a été plusieurs fuis réimprimée voir t. i, col. 474), et Félix Nef! la trouvait, vers 1820, entre les mains des protestants des Hautes-Alpes. — 4" Antoine l'.udeau, évèque de Vence, joignit au texte latin de ta Vulgate une Version expliquée du Nouveau Testament, 2 in-80, Paris, 1668. Elle tient le milieu entre une traduction littérale et une paraphrase. Godeau a traduit purement et simplement les passages faciles à comprendre; mais il a ajouté quelques mots d'éclaircissement aux endroits obscurs, et il a ménagé les liaisons. Il suit d'ordinaire et d'assez près la Vulgate. quoique parfois il donne la préférence au texte grec. 11 a adopté le tutoiement en usage chez les protestants. Le texte français revu a paru dans une seconde édition, in-12, Paris, 1071. P.. Simon. Hist. critiq. des versions du N. T., ],. 389-393. — 5° Le jésuite Dominique Bouhours, avec l'aide des PP. Besnier et le Tellier, a donné une traduction fidèle et élégante du Nouveau Testament, 2 in-12, Paris, 1697-1703. Voir t. i, col. 1891. D'autres éditions virent le jour à Paris en 1704, 170S et 1709. Le P. Lalleînanl l'adopta dans ses Hé/lexions spirituelles sur le Nouveau Testament , 8 in-12, Paris, 1709-1712. Elle a été

réimprimée avec les corrections del'abbé Herbet, Paris, lsi.s , 1860 ei 1866. L'abbé Rambouillet a revu et annoté' li traduction des Saints Évangiles, in-12, Paris, 1888. 0" Le Nouveau Testament de Mous et la Bible de Sacy. Les solitaires de Port-Royal voulurent donner au public une version de l'Écriture, plus exacte, plus claire

et d'un meilleur style que celles qui existaient alors. Avanl 1657, Antoine Le Maistre avail déjà traduit sur la Vulgate les Évangiles el l'Apocalypse. Son frère, Louis-lsaac Le Maistre, plus connu sous le nom de Sacy, et Antoine Arnauld avaient corrigé le manuscrit, Pour complète] ce travail, Arnauld traduisit sur le grec les autres livres du Nouveau Testament. Isaac revit le texte original la traduction faite auparavant pai son frère. Les autres solitaires, sous la direction d'Arnauld, confrontaient et révisaient le texte français ur l'original, les versions anciennes el les commentaires des Pères. Interrompue en 1660, celle version fut reprise en 1665. Quand elle fut achevée, on demanda la permis-

sion d'imprimer qui fut refusée par le chancelier Seguier. Avec l'autorisation de l'archevêque de Cambrai, la nouvelle version fut imprimée à Amsterdam, par les Elzêvier pour le compte de Gaspard Migeot , libraire de Mons : Le Nouveau Testament de Nostce-Seicjneur Jésus-Christ traduit en (conçois selon l'édition Vulgate, avec les différences du grec, 2 in-8», 1667. Elle obtint un grand succès. A Paris, on en vendit cinq mille exemplaires en quelques mois. Il y en eut cinq éditions dans le cours de cette même année, et quatre l'année suivante. Elle fut violemment attaquée par plusieurs personnes, et Arnauld en prit plusieurs fois la défense. Voir t. i, col. 1018-1019. Elle fut condamnée, le 18 novembre 1667, par Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, et pic les papes Clément IX en 1668, et Innocent XI en 1679. Ces condamnations étaient justifiées par la témérité de certaines interprétations et par les divergence- d'avec la Vulgate. Néanmoins on continuait à l'imprimer et à la répandre. Le P. Quesnel y joignit ses lié/le.iious morales, qui furent condamnées par Clément XI, le 13 juillet 1708 el le 8 septembre 1713. Cf. Duplessis d'Argentré, Collectio jiidicioruin, Paris. 1736, t. m, 2" pars, p. 461-476. Les Œuvres d'Arnauld, Paris et Lausanne. 1770, I. \i, ont reproduit la vingt-cinquième édition, revue et corrigée par Arnauld et imprimée à Mons, en 1684. Cf. 11. Simon, llist. critiq. des versions du N. T., p. 396-483. Une édition, corrigée par C. Huré, a paru avec notes, 4 in-12, ou sans notes, in-12, Paris, 1703. Isaac Le Maistre, enfermé à la Bastille, le 13 mai 1666, eut l'idée d'entreprendre la traduction de l'Ancien Testament. Quand il fut rendu à la liberté, le P1 novembre 1608, son œuvre était achevée. Le privilège nécessaire à l'impression ne lui fut accordé qu'à la condition qu'il joindrait des notes a la traduction. Commencée en 1072 par le livre des Proverbes, l'impression ne fut achevée qu'en 1093, après la mort de Sacy. La première édition compte trente vo-

h s in-8". Les explications ne sont pas toutes de la

main du traducteur, elles furent continuels par Du Fossé ei achevées par lluré et Thouret de Sainte -Catherine. Elles exposent le sens littéral et spirituel et sont tu cèdes saints Pères; mais elles sont sèches et froides comme tous les écrits îles jansénistes. La traduction elle-même, qui est laite sur la Vulgate, n'esl pas toujours assez liltérale; elle vise plus à la clarté el a l'élégance qu'à la fidélité. De toutes les versions françaises, elle est la plus pure au point de vue du langage, el la mieux écrite. Poulie Nouveau Testament, ce n'esl que la version de Mons, retouchée et corrigée dans la plupart des passages qui avaient été critiqués. La Bible de Sacy a élé très souvent réimprimée avec ou sans notes, seule ou accompagnée du texte latin de la Vulgate. DomCalmel l'a adoptée dans son Commentaire littéral (voir col. 73-74), et le P. de Carrières y a joint sa paraphrase reproduite dans la Bible d'Avignon et la Bible de Vence (voir col. 323-324) et dans les Bibles publiées au xixe siècle par les abbés Sionnet et Drioux. L'abbé de Beaubrun donna une bonne édition de la version de Sacy, 3 in - 1". Paris, 1717. Elle a été revue et retouchée par. Nicolas Legros dans la Bible

dite de Cologne, dont la première édition date de 1739 et n'a point de notes. Cette revision a été complétée plus tard de telle sorte que tous les livre- ..ni été traduits sur les originaux avec les différences de la Vulgate, 5 in-18, Cologne, 1753. La première édition a élé reproduite, in-S", Paris, 1819. Au xiv' siècle on a imprimé de belles éditions illustrées de la totalité ou d'une partie de la Bible de Sac;. Elle a été revue par l'abbé Jager, ui-S", Paris,

1840, par l'abbé Delaunay. 5 in- 1", Paris, 1860, par l'abbé Jacquet, 2 in-12, Paris, 1875, et pour les Evangiles par l'abbé !.. Vend, in-12. Pans. Depuis 1816, les So. iétés bibliques elles-mêmes l'ont répandue dans des éditions de divers formats et de diverse étendue. Enfin M. Fillion l'a adoptée, en la retouchant, dans La Sainte Bible commentée . 0 in-S1 pour l'Ancien Testament,

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA CIBLE

Paris, 18SS-1898, et dans 1rs Saints Evangiles, in-12, Paris, 1890. Voir Pozzy, La Bible et la aersi m de Le Maistre de Sacy ; E. Pètavel, La Bible en France, p. 139-161. Cf. Analecta juris ponti/icii , Rome, 1857, col. 38-70.

//. pjiotestastes. — 1. Jean Diodati traduisit la Sainte Bible en italien et en français. La version française, in-f", Genève, 1641, fut goûtée de quelques personnes, parce qu'elle était plus claire que la Bible de Genève; mais on lui reprocha de paraphraser le texte et d'être parfois incorrecte. Elle ne prévalut donc pas et ne fut qu'une tentative individuelle pour mieux interpréter l'Écriture. Voir col. 1438. — 2. Jean Daillé et Valentin Coin-art publièrent, en 1669, une traduction française du Nouveau Testament, dans laquelle ils avaient mis à prolit les versions de Mons et d'Arnelote. Mais leur édition fut immédiatement censurée par le synode provincial tenu à Charenton au mois de mars 1669.

VII. Versions du xvm* siècle. — /. catholiques. — 1° Richard Simon, qui, en 1676, avait communiqué à Claude, ministre de Charenton, un plan ou projet d'une nouvelle version de la Bible (Histoire critique il a Vieux Testament, Rotterdam, 168Ô, p. 352-371) et avait accepté de revoir sa traduction (Lettres choisies, 2" édit., Amsterdam, 1730, t. m, p. 267-291), publia à Trévoux, sous le voile de l'anonyme, en 1702, une traduction du Nouveau Testament. Le célèbre critique ne fut pas fidèle aux principes qu'il avait exposés et il ne rend pas toujours le texte avec exactitude. Sa version fut condamnée parle cardinal de Noailles, archevêque de Paris. Bossuet écrivit deux Instructions pastorales, dans lesquelles il accusait, non toutefois sans quelque exagération, Richard Simon de favoriser le socinianisme par ses interprétations et ses commentaires. Œuvres complètes, Besauçon, 1836, t. vu, p. 911-187. Cf. R. Simon, Lettres choisies, t. m, p. 291-320; j. Denis, Critique et controverse, ou Richard Simon et Bossuet, Caen , 1870, p. 49-51. I.e Nouveau Testament de Trévoux a été traduit en anglais par \V. Webster, en 173U. — 2,J Bossuet a été plus heureux que R. Simon dans ses essais de traductions bibliques, et il a mieux réussi à rendre exactement le texte sacré, L'Apocalypse avec une explication, in-8", Paris, 1089, voir t. i. cul. 1865, Le Cantique des cantiques de Salomon , 1695. H. Wallon a mis en ordre Les Saints Evangiles, traduction de Bossuet, in-81, Paris, 185.5, 2 in-8", Taris, 1863; édit. illustrée, 2 in-f", Paris, 1873. Sur Bossuet, traducteur de la Bible, voir R. de la Broise, Bossuet et la Bible, in-8", Paris, 1891, p. 1-37, et t. i, col. 1865. — 3° Dom Jean Martianay, de la Congrégation de Saint-Maur, publia Le Nouveau Testament de Notre» Seigneur Jésus-Christ, traduit en français sur la Vulgate, avec des explications littérales, 2 in- 12, Paris, 1712. — 4" Matthieu de Barneville publia sous le voile de l'anonyme : Le Nouveau Testament traduit en français sur la Vulgate, in- 12, Paris, 1719. Ii y en eut plusieurs éditions que l'auteur distribuait à bas prix ou gratuitement, au moyen d'avances faites par des personnes aisées. Voir t. i, cul. 1467. — 5» De Mésenguy nous avons Ii; iVoiireau Testament de Notre- Seigneur Jésus-Christ, traduit en français, avec îles notes littérales pour en faciliter T intelligence, in- 12, Paris, 1752. et 1754. Cette version est peut-être la plus remarquable de toutes celles qui ont été faites sur la Vulgate; elle est plus simple, plus littérale et en même temps plus élégante que celle de Sacy. Les notes sont généralement plus instructives. Silvestre de Saci l'a fait entrer, mais sans les notes, dans sa Bibliothèque spirituelle. — 6 Signalons enfin la traduction du Nouveau Testament par l'abbé Valait, imprimée en 1760 et réimprimée en 1860.

//. pbotbstaktbs. — 1" Jean Le Clerc fit paraître un Nouveau Testament en français, in-l". Amsterdam. 1703. Cette traduction, qui favorisait les erreurs arminiennes dont son auteur était infecté, ne fut pas employée en France; elle se répandit uniquement parmi les Réfugiés français en Hollande et en Allemagne. — 2° Charles Le

Cène, [publia un Projet d'une nouvelle version française de le Bible, in-8", Rotterdam, 1696. Il y indiquait deux mille changements à faire à la Bible de Genève. La Suinte Bible, nouvelle version française, à laquelle il travailla toute sa vie, fut imprimée par son lils, libraire à Amsterdam, in-f», 1741. Bizarre, inexacte et paraphrasée, cette traduction, qui n'avait pas même le mérite du style, favorisait les erreurs sociniennes et pélagiennes. L'auteur falsifiait les textes dans l'esprit de sa secte. Aussi sa Dible fut-elle condamnée dans un sjnode français de Hollande. O. Douen, dans l'Encyclopédie des is religii uses de Lichtemberger, t. vin, Paris, 1880, ],. 50-55. — :!" Isaac Beausobre et Jacques Lenfant collaborèrent au Nouveau Testament de Notre -Seigneur - Christ, traduit en français sur l'original grec, arec des unies littérales pour éclaircir le texte, 2 in-4», Amsterdam, 1718. Le premier volume, qui comprend les Évangiles et les Actes, est l'œuvre de Lenfant; le second, qui contient les autres livres, est l'œuvre de Beausobre, au moins pour les épitres de saint Paul. La traduction est faite avec indépendance et une connaissance parfaite de la langue grecque; on lui a reproche de manquer de fraîcheur. Le texte sacré est divisé en paragraphes qui donnent un sens complet; les notes en expliquent toutes les difficultés. Cette version a été adoptée par les protestants français réfugiés à l'étranger; aussi a-t-elle été réimprimée en Allemagne et en Suisse, 1736, 1741, avec la traduction allemande de Luther, Bàle, 1746. Voir t. i, col. 1532.

VIII. Versions du xix* siècle. — /. catholiques. — 1° Versions complètes. — E. de Genoude, Sainte Bible traduite d'après les textes sacrés, avec la Vulgate, 20in-8°, Paris, 1821-1822: 2" édit., 1828; 3" édit., 3 in-8", 1841, revue par l'abbé Juste; 4e édit., 5 in- 4 ■ , 1858; édition diamant, in- 12, Paris, sans date (n'a pas de notes). Cette traduction, qui est coulante et élégante, fourmille d'inexactitudes et de contresens. — J.-B. Glaire, après avoir traduit sur le texte hébreu la Genèse et l'Exode, Thorath Moschè, lePentateuque,'ïm-'è0,'Pi,ni, 1836-1837, a fait une version complète de la Bible sur la Vulgate. Le Nouveau Testament, qui a paru d'abord, a été approuvé le 22 janvier 1S61 par la Congrégation de l'Index. La Bible entière a été imprimée pour la première fois, 4 in- 18, Paris, 1871-1873. Les dernières éditions ont été enrichies de notes nouvelles par M. Vigoureux, qui reproduit aussi la version de Glaire dans La Sainte Bible polyglotte, commencée en 1898. On a publié à part Le Nouveau Testament et Le livre des Psaumes. Cette version est très exacte, mais trop littérale et par suite un peu lourde et obscure. — J.-J. Bourassé et P. Janvier, La Sainte Bible, traduction nouvelle selon la Vulgate, 2 in-f", Tours, 18^5; 5e édit., 1893. Les Sam'- Évangiles ont été imprimés à part, in-8°, Tours , 180* , et Le Nouveau Testament, 1885. Cette traduction se distingue par la clarté et la limpidité du stvle. Voir t. I, col. 1894- 1895. — L'abbé Bayle avait entrepris une traduction nouvelle qui est restée inachevée. Lu Sainte Bible avec commentaires, éditée par Lelhielleux, reproduit la version de l'Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome, des autres livres historiques de l'Ancien Testament, de Josué aux Paralipornénes, d'Isaïe et de Jéréinie et du Nouveau Testament tout entier. Voir t. i, col. 1526. — L'abbé Arnaud, curé d'OUioules, La Sainte Bible, traduction française seule, avec commentaire, 4 in-8", Paris, 1881. Des livres ont été édités à part avec ou sans le texte latin. Cette version est simple et élégante. — F. P. Vivier, La Bible, Ancien et Nouveau Testament , texte de la Vulgate, avec traduction et commentaires, 6 in-8", Paris, 1892-1893 (jusqu'à Ézéchiel inclusivement). — L'abbé Crampon j qui avait publié une traduction nouvelle des Évangiles, en 1864, des Actes, eu 1872, de tout le Nouveau Testament, eu 1885, et des Psaumes, en 1889, d'après la Vulgate, avait achevé, avant de mourir, une

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