‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 465 sur 486 · IIelrtebize · texte numérisé non relu

IIelrtebize

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE. — I. Premiers essais ; versions partielles. — Quoique les versions françaises de la Bible ne soient pas les plus anciens monuments de notre langue, la Bible est cependant un des premiers livres qu'on ait essayé de traduire en français. Ces essais datent du commencement du XIIe siècle, et ils appartiennent ainsi à l'âge d'or de l'ancienne littérature française. Il n'y en a pas eu à une époque antérieure, et il est démontré que Charlemagne et Louis le Débonnaire n'ont pas ordonné de composer pour leurs sujets une version de la Bible en langue romane. Les glossaires ou vocabulaires bibliques en deux langues, latine et française, qui sont du VIIIe et du ix« siècle, A. Brachet, Grammaire historique de la langue française, 12«édit., Introduction, p.33-3't, ne démontrent pas, comme on l'a prétendu, l'existence antécédente d'une version. Ils prouvent plutôt le contraire, puisqu'ils 'levaient servir à des lecteurs de la Vulgate latine, qui avaient besoin de ce secours pour comprendre certains mots

difficiles. Or un voi ib e de celte sorte leur eut été

inutile, s'ils avaient eu a leur disposition une version de la Bible. E. Reuss, Fragments littéraires cl critiques relatifs à l'histoire de la Bible française, dans la Revue de théologie el de philosophie chrétienne, Strasbourg, t. il, 1851, p. 5-21. — Nous ne parlerons que sais

de traduction biblique du xii° siècle qui ont été I prose, et encore en langue d'oïl seulement. Pour les versions limées, voir J. Bonnard , Les traductions de la Bible m vers français au moyen âge, in-S», Paris, 1884, et pour les traductions en langue d'oc, voir Provençales (Versions) de la Bible.

1° Le Psautier normand. — Il existe une double traduction des Psaumes faite dans le dialecte normand aux environs de l'an 1100. Ces deux versions ne dérivent pas directement du texte hébreu ou du grec des Septante; elles ont été- laites sur deux textes latins du Psautier. La plus ancienne correspond au Psalterium hebraicum de saint Jérôme. Elle ne se trouve cpie dans deux manuscrits. Le premier, le seul complet, est à la bibliothèque de Trinity Collège, à Cambridge, et a été transcrit a l'abbaye de Christ Church, à Cantorbéry, vers 1120, par le moine Eadwin. Le second est à la Bibliothèque Nationale, a Paris, fonds latin, n° 8846. A en juger d'après l'écriture, il date du commencement du xme siècle; il ne contient que les Psaumes i-xcviii, 6 (Vulgate). Ces deux

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

manuscrits n'ont pas été copiés l'un sur l'autre. Leur original commun était un Psautier triple, dont on avait glosé en français le Psatterium hebraicum. Des comparaisons critiques ont permis à M. Samuel Berger, La Bible française au moyen âge, in-8°, Paris, 1884, p. 5-7, de déterminer la Camille de ce texte latin. Il ressemble à celui qu'a édité Marlianay, Opéra S. Hieronymi, I'rolegomena, Patr. la t., t. XXVIII, col. 90-102, et il contient des scolies provenant d'un chrétien instruit dans la langue hébraïque et contemporain de Baban Maur, ibid., col. 1127-1128, et introduites dans trois manuscrits de la recension de Théodulfe. On peut penser que cet original latin est le produit d'une correction du Psautier faite en Normandie, peut-être dans l'école de Lanfranc. Le texte français a été édité par F. Michel, Le livre des Psaumes, ancienne traduction française publiée d'après les manuscrits de Cambridge et de Paris, dans les Documents inédits sur l'histoire de France, in-4", Paris, 1870. Voici comme spécimen le verset Ier du Psaume ier: « Beoneuret li heorn ki ne alat el cunseil de feluns, e en la veie des pécheurs ne stout e en la chaere des escharniseurs ne

sist. »

La seconde version française des Psaumes a été faite vers le même temps sur le Psatterium gaUicanum de saint Jérôme. Les manuscrits qui la contiennent (Psautier de Corbie, B. N. fonds latin, n° 708, du commencement du xme siècle; Psautier de Munich, bibliothèque royale, n" 10, du XIVe siècle; mss. de la bibliothèque Cottonienne. Nero , C. IV, de la fin du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle, qui provient peut-être de l'abbaye de Shaftesbury; fragment de la même bibliothèque, Vitellius. E. IX, de la même époque que le précèdent; Psautier Arundel 230, au British Muséum, du xue siècle; mss. Harléien I77(). du xive siècle, et Harléien 5102; Bible, B. N. fonds français, n° 5; Psautier du duc de Berry, B. N., fr. 13091; petit mss. fr. 2131; Psautier de Ludlow, Sari. 273; Psautier glosé de la Mazarine, et celui qu'accompagne la glose de Pierre Lombard, fr. 2281)2; ms. latin 1070 des nouvelles acquisitions de la Bibliothèque Nationale ) se groupent autour du Psautier de Montebourg, conservé à Oxford, dans la bibliothèque Bodléienne, fonds Douce, n° 320. et écrit au plus tard aux environs de l'an 1200. Il a été publié avec les variantes de quelques autres par 1'. Michel, Libri Psalmorum versio antiqua gallica e cud. ms. in bibl. Bodleiana asservato, etc., in-S . Oxford, 1800. Citons encore comme exemple le verset Ier du l's. i« : « Beneurez li hiietn chi ne alat el conseil des feluns, et en la veie des peccheurs ne stout, et en la chaere de pestilence ne sist. Cf.J. II. Meister, Jtw Flexion un Oxforder Psalter, in-80, Halle, 1877; L. Delisle, Notice sur un Psautier latinfrançais du ZIP siècle, dans les Xolices et extraits des manuscrits, t. xxxiv, 1"' partie, isni, p. 259-272.

Km comparant ces deux traductions françaises du Psautier. M. S. Berger, op. cit., p. 30-34, a conclu que la langue est la même, qu'il n'y a aucune différence de lulaire ni de grammaire, et (pie les exceptions à cette identité de langage sont insignifiantes et ne portent que sur la prononciation et l'orthographe. La langue commune aux deux versions est le dialecte normand, plus récent que celui du Saint-Alexis et à peu prés contemporain de la Chanson île Itnland. Celte ressemblance de langage fait présumer à M. Berger que ces deux versions sont l'œuvre du même traducteur. Il est probable aussi que l'unique traducteur travaillait sur un Psautier Ialin à triple colonne, qui contenait les trois Psautiers hé- < . gallican et romain de saint Jérôme. Enfin ce devait être un disciple de Lanfranc, qui vivait dans une

abbaye, non pas de Normandie, mais de la Grande -Bre-

tns doute non loin de C aiitorbéry. Une partie de sou œuvre, la traduction du Psautier gallican, a eu une influence considérable; elle est devenue le Psautier français de tout le moyen âge. Elle fut si populaire, que

jusqu'au xvi" siècle on ne lit pas de nouvelle version des Psaumes. Les manuscrits glosés, dont nous parlerons plus loin, et le Psautier lorrain lui-même, ne sont que des remaniements de l'ancienne version de l'an 1100.

Tous les Psautiers qui ont été précédemment énumérés contiennent aussi la traduction des cantiques qui font partie des offices de l'Église et qui sont pour la plupart tirés de l'Écriture, à savoir les cantiques d'Isaie, xn ; d'Ézéchias, Is., XXXVIII, 10-20 ; d'Anne, I Beg.,n; de Moïse, Exod., xv; d'Habacuc, m, 2-19; de Moïse, Deut., xxxu, 1-43; des trois jeunes gens, Dan., III, 57-90; de Zacharie, Luc, i, 08-79; de Marie, Luc, I, 46-55; de Siméon, Luc, II, 29-32, et l'oraison dominicale. Matth., vi, 9-13. La traduction des six premiers cantiques est identique dans les deux séries de manuscrits, sauf pour Isaïe, XII, dont les textes varient en français aussi bien qu'en latin ; elle est faite sur la traduction latine de saint Jérôme. Pour les autres cantiques, dont le texte n'existe pas en hébreu, la traduction est la même dans les manuscrits d'Eadwin et de Corbie; le Psautier Cottonien en diffère à tous égards et contient la version d'un mauvais texte latin. Quant au Notre Père, il est traduit selon la formule traditionnelle, qui ne correspond exactement ni au texte de saint Matthieu ni au texte de saint Luc. Cette version normande du XIIe siècle était reproduite en Angleterre au xme siècle et en France au XIV». Les variétés qu'on y remarque sont le fait de la transmission orale de l'oraison dominicale. Cf. G. Peignot, Quelques recherches sur d'anciennes traductions françaises de l'oraison dominicale, in-8", Dijon, 1839, p. 22-31.

2" L'Apocalypse. — Cinquante ans après le Psautier, dans la seconde moitié du XIIe siècle, l'Apocalypse fut traduite à son tour dans les États normands et dans le dialecte qu'on y parlait. On la trouve dans un groupe de manuscrits qui ont été ornés avec soin et qui forment famille pour la décoration aussi bien que pour le texte. L'original normand est reproduit dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale fr. 403, qui a été écrit au commencement du xme siècle et qui a appartenu à Charles V, roi de France. Cette version a joui au moyen âge d'une grande faveur; elle est reproduite dans quatre-vingts manuscrits et en différents dialectes, en fiançais et en anglo - normand. Malgré ses imperfections, elle a été imprimée bien des fois aux xv et xvie siècles, soit à la lin de la Bible historiale, dont il sera question plus loin, soit à part, in-4", Paris, chez Michel Lenoir, 1302. Deux versions de l'Apocalypse un peu divergentes, celle qui est contenue dans un manuscrit de 1313, fr. 13090, et celle du manuscrit fr. 1036, du XIIIe siècle, se ramènent facilement à la source normande. La première reproduit à peu près exactement le texte original, et la seconde n'est qu'une paraphrase du même texte faite dans le dialecte de l'Ile-de-France. Un autre texte de l'Apocalypse qui est transcrit dans deux manuscrits, l'un à Cambridge, Trinity Collège, en dialecte anglo-normand assez corrompu, et l'autre a la Bibliothèque Nationale, fr 1708, en dialecte wallon, présente, il est vrai, des divergences évidentes, mais une parenté plus évidente encore avec la version normande, de laquelle dérivent donc toutes les traductions françaises de l'Apocalypse.

'à" Les livres des Rois. — Au même temps que paraissait la version normande de l'Apocalypse, un homme de goût composait, dans l'Ile-de-France ou la Normandie, une traduction poétique des quatre livres des Bois, qui est un des plus beaux monuments de notre ancienne langue. On n'en a connu d'abord que deux manuscrits. Le plus important, dit des Cordeliers, est à la bibliothèque Mazarine, n° 70, el date du milieu du xne siècle. Le texte a été publié par Leroux de Lincy, Les quatre livres des Bois traduits en français du mi' siècle, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France, in-4 Paris, 1841, p. 1-438. L'autre manuscrit est à la bibliothèque de l'Arsenal, n° 5211, a Paris; il est du milieu

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

du xme siècle; le texte est en mauvais état et reproduit dans un langage inférieur à celui de l'original. « Ou en connaît maintenant trois autres copies, à savoir: Arsenal, 5211; Bibl. Nat., fr. 6417, et Nouv. acq., fr. 1404. Mais le manuscrit de la Mazarine l'emporte sur les trois autres en ancienneté et en correction, et les trois nouvelles copies ne fournissent qu'un nombre infiniment restreint de variantes acceptables. » P. Meyer, Notice du ms. Bibl. Nat. fr. GWi, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. xxxv, 2e partie, Paris, 1896, p. 457. Cf. Bomaiiia, t. xvn, p. 126-128. La version est peu littérale, et elle est mélangée de gloses assez nombreuses et assez étendues. On a même cru y distinguer des morceaux de prose riinée. Barbazan, Fabliaux et contes des poètes français, 1756, in-18, t. i, p. vu; 3e édit., Méon, 1808, t. m, p. iv. Les rimes ne se rencontrent que dans le récit, jamais dans la traduction des commentaires qui l'accompagnent. Le style est en général des plus élégants et aussi remarquable par la finesse du sentiment qu'il exprime que par la pureté du langage. Leroux de Lincy, op. cit., p. un, pensait que cette traduction a été composée dans le dialecte de l'Ile-de-France, tel qu'il se parlait dans la première moitié du xite siècle; mais Suchier, dans la Zeitschrift fur romanische Philologie, t. iv, 1880, p. 568, a affirmé que le langage du traducteur, ou du moins du copiste, était le dialecte anglo- normand. On n'en peut conclure toutefois que ce texte ait été écrit pour la première fois en Angleterre, car les dialectes français et normand avaient alors si peu de différences, qu'il est difficile de les distinguer. Le texte latin traduit semble n'être pas très éloigné, sauf pour la division des chapitres, de la revision d'Alcuin.

4° Livres Saints traduits en roman par les Vaudois. — La légende de la Bible complète des Vaudois n'est plus à détruire. Dans la persuasion que Pierre Valdus, le chef de cette secte, avait composé ou fait composer une version française de l'Écriture, « la perle de grand prix, » que les colporteurs vaudois portaient en tous lieux, cachée sous leurs vêtements grossiers, beaucoup de critiques l'ont cherchée longtemps soit dans la grande version anonyme du moyen âge, à laquelle le souvenir des g pauvres de Lyon s avait fait donner le nom de Bible des Pauvres , soit dans les traductions provençales. E. Pieuss, Fragments littéraires et critiques relatifs à l'histoire de la Bible française , dans la Bévue de théologie et de philosophie chrétienne , t. II, 1851, p. 1-23, a démontré que les preuves d'une version vaudoise, antérieure à l'an 1170, étaient purement imaginaires, et que les premières traces certaines d'une traduction partielle de la Bible faite par les Vaudois remontent au dernier quart du xii« siècle. Quelques textes peu clairs et en partie incompréhensibles en attestent l'existence. Etienne de Bourbon ou de Belleville rapporte, peu après l'an 1250, dans son livre De seplem donis Spiritus sancli, dans d'Argentré, Collectio judiciorum, Paris, 1728, t. i, p. 87 (cf. Lecoy de la Marche, Anecdotes d'Etienne de Bourbon, 1877, p. 291-293), que Pierre Valdus avait demandé au prêtre Etienne d'Anse de lui traduire en langue vulgaire les Évangiles, plusieurs livres de la Bible et de nombreuses citations des Saints réunies par titres et qu'ils appelaient Sentences. D'autre part, le frère Walter Map', De nugis Curialium, dist. I, c. xxxi, édit. Th. Wright, 1850, p. 64, raconte avoir vu au concile de Latran, en 1179, des Vaudois présenter à Alexandre 111 un livre écrit en langue française, dans lequel étaient contenus le texte et la glose du Psautier et d'un grand nombre de livres des deux Testaments. Quelle que soit l'obscurité de ces renseignements, il est clair qu'il n'y est pas question d'une traduction complète de la Bible, ni même du Nouveau Testament, mais seulement de celle de livres isolés, le plus souvent accompagnée d'un commentaire ou d'une glose et faite vraisemblablement dans le dialecte de Lyon. On n'en a pas encore retrouvé de manuscrits.

Deux bulles d'Innocent III, adressées le 12 juillet 1199 à l'évèque et au chapitre de Metz, Epist., 1. u, ep. exu et cxlii, Patr.lat., t. ccxiv, col. 695-699, nous apprennen que dans cette ville « une multitude nombreuse de laïques et de femmes, entraînée par une sorte de passion pour l'Ecriture Sainte, s'est fait traduire en langue française les Évangiles, les Épitres de saint Paul, le Psautier, les Moralités sur Job et plusieurs autres livres ». Le 9 décembre suivant, le même pape chargeait les abbés de Citeaux, de Morimond et de la Crète, Epist., 1. II, ep. ccxxxv, t. ccxiv, col. 793-795, de s'enquérir de ces traductions bibliques en langue vulgaire, qui étaient en usage à Metz. Dans sa Chronique, Monumenta Germanise, Scriptores, t. xxni, p. 878, Albéric des Trois -Fontaines relate que ces trois abbés cisterciens livrèrent aux flammes les exemplaires de ces versions qu'ils trouvèrent entre les mains des Vaudois messins. Néanmoins une partie est parvenue jusqu'à nous. Les « Moralités sur Job », extraites du célèbre commentaire de saint Grégoire le Grand, avaient été publiées par Le Roux de Lincy, Les quatre livres des Bois, in-4°, Paris, 1841, p. 439-518, d'après le manuscrit fr. 21764, qui provient de Notre-Dame de Paris et qui est des dernières années du XIIe siècle. L'éditeur, op. cit., introduction, p. cxxui-cxxviu, avait cru y reconnaître les caractères du dialecte de la Bourgogne; mais P. Meyer, dans la Bévue des sociétés savantes, 5e série, t. vi, 1874, p. 236, a rapproché la langue du dialecte liégeois. Les Évangiles et les Épitres de saint Paul n'étaient vraisemblablement pas une traduction des quatre Évangiles et des quatorze Épitres de l'Apôtre, mais seulement la version des Évangiles et des Epitres des dimanches et fêtes, accompagnée d'un commentaire étendu. Or un manuscrit de la bibliothèque du cardinal de Rohan, maintenant à l'Arsenal, n° 2083, du commencement du xine siècle et ayant appartenu à la famille messine d'Esch, contient les Évangiles de la quinzaine d'avant Pâques, avec quelques Epitres du même temps et la paraphrase attribuée à Hairnon, moine de Savigny en Normandie. Cet évangéliaire en langue lorraine présente tous les traits de l'orthographe messine dans ses plus anciens monuments; son langage est plus archaïque que celui des chartes ducales. Quant au Psautier, il est certain qu'il est différent du Psautier messin du xive siècle; il n'a pas encore été retrouvé au milieu des nombreux Psautiers, glosés et non glosés, de la fin du xit» siècle.

D'après Cilles d'Orval, Chronic. episc. Leodens, 1. ni, § 43, dans les Monumenta Germanise, Scriptores, t. xxv, p. 112, et Albéric' des l'rois-Fontaines, Chronic, ibid., t. xxiii, p. 855, Lambert le Bègue, fondateur de la secte des Béghards, a traduit du latin en roman beaucoup de livres et particulièrement les Vies des Saints et les Actes des Apôtres. Ce renseignement dérive de la Vie, aujourd'hui inconnue, de sainte Odile, qui vivait à Liège dans les premières années du xni» siècle. Des versions des Actes des Apôtres que nous possédons, aucune ne parait avoir été écrite primitivement en dialecte wallon. La traduction de Lambert de Liège serait donc perdue. Sur les versions vaudoises de la Bible composées plus tard dans le dialecte des vallées des Alpes, voir Provençales (Versions).

5° Psautiers glosés. — Le Psautier, nous l'avons dit plus haut, est le premier livre de la Bible qui ait été traduit en français. Bientôt une simple traduction des Psaumes ne suffit plus au peuple chrétien, et on joignit des commentaires au Psautier. M. S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 64-79 et 384, a collationné et classé ces Psautiers glosés. Us appartiennent tous de près ou de loin a la même famille, et ils reproduisent plus ou moins fidèlement le vieux texte gallican du Psautier normand. On ne peut donc les distinguer que par la glose qui accompagne la version française. — 1. Un commentaire français des Psaumes, conservé dans trois manuscrits anglais du commencement du xme siècle ( biblio-

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA RIRLE

thèquedu chapitre de Durham. A. II, 11, British Muséum, [ duisent le Psautier français, encadré dans la glose de I1.) C v, et bibliothèque de M. Lecaron de Troussures) et Pierre Lombard, évêque de Paris. Le dialecte est celui à peu près exactement traduit, ou du moins imité de saint [ de l'Ile-de-France; c'est pourquoi le texte est un peu

Cp commère le nouueau traînent Ct p«mteremêt

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boam Roboam engentfeaa bià âtoiae engêûia afa ara engêtoa iofapijat ^ofapfàt engenbiaiozam ^oiasengÊ Dsa oftam Cofiaa engeu&a ioattjam ioatljaeengeotHa artjaô adjae eugenbia eçe cljie (2#rl)ie engétoa maoat fee fnanatîeeengêbîa amô 2m on engpenbza iofie If oie engenbia ierfyonte et Ces fre reô e a la trauf migration & babilone €eft abite eu icriut tempe que uabugotomofoi mena les eaffana cifrael en raptiuite en babilone ce fut au temps que iertjouie q fut appelle ioactjî fut rop eu ity rufalé (5t appela tranCmi gracion te babilone ier tjoaie engentoafalatljiel â>alatl)i el engetoa |02ûoabel $ûioba beleogêbiaabîutfj 2biutlj engêbiaeliacljim éliafljim eugcbîaa^oi 3?oî cogéra fadprb ^âtor b eagêtoaartjï 3rtji m ragétoa eliub Cfltub engeutoaelea?ar Cflea^ar en SeabiamatiamOlatiâen

G04, - Fac-similé de ta première édition de la version française du sm- Blècle du Nouveau Testament, imprimée à Lyon en 1177, feuillet i, recto (Matti., r, 1-15). Petit in-f". Bibllothè Nationale. A 639. Réserve.

Augustin, emprunte la traduction normande. — -. Trois autres manuscrits de la même époque, B. N., fr. 22892,

/''■ '-Ni.! il i ■ 1 1 . 1 1 . .1 1 1. ■( i tu ■ di M. Lecaron de Troussures, dont le premier est une œuvre française et parisienne, repro-

différenl du Psautier de Montebourg. — 3. Le manuscril 258 île la bibliothèque Mazarine, qui est du commencement du xiv« siècle, contient un texte français qui ressemble beaucoup à celui qu'accompagne le commentaire

FRANÇAISES (VERSIONS) DE LA BIRLE

de Pierre Lombard. — i. Le manuscrit fr. 17GI, qui est de la même époque que le précédent, est le Psautier de Pierre de Paris. Ce traducteur, qui ne peut être l'évêque de Paris, Pierre île Nemours ( 1208-1219), a fait une paraphrase plutôt qu'une traduction du Psautier. Sa version, qui ressemble par intermittence au texte du manuscrit '258, est mêlée à des extraits peu intéressants de la glose ordinaire et interlinéaire. — 5. Les derniers manuscrits, qui appartiennent plus ou moins au même groupe, sont le Psautier du duc de Berry [fr. 13091) et le manuscrit 2431 du t'omis français, qui n'est pas glosé. Leur texte n'est pas meilleur que celui du Psautier de Pierre de Paris.

6° Recueils de fragments distincts. — Nous connaissons trois manuscrits de cette -mie: le manuscrit 5211 de l'Arsenal, qui ne parait pas postérieur au milieu du xine siècle, S. Berger, La Bible française au moyen âge, l<. 100-108; le manuscrit Nouv. acq. fr. 1404 de la Bibliothèque Nationale, qui date de la seconde moitié du xine siècle. IL Prutz, Entwicklung und Untergangd.es Tenipelherrenordens, Berlin, isxs.' p. 116-125 et 317-323, et P. Meyer, dans la Romania, t. xvh, p. 126-129 et 132-135; le manuscrit fr. 6447 de la même bibliothèque, copié entre le xiue et le xive siècle. P. Meyer, Notice du ms, RM. Xnt. fr. 0 i47, dans les Notices cl extraits des manuscrits, t. xxxv, 2e partie, 1896, p. fâô-467. Les lexies copiés dans ces trois manuscrits sont inégalement anciens cl diffèrent d'origine. La Genèse n'est pas une traduction complète du premier livre du Pentateuque; elle n'en comprend que des extraits tantôt abrégés, tantôt allonges cl développés, avec une histoire de Moïse qui est le résumé des quatre autres livres du Pentateuque. On remarque dans la prose des phrases rythmées et souvent des rimes. Grâce à ces indices, M. P. Meyer y a découvert l'emploi successif de deux poèmes aussi différents par l'esprit que par la métrique. Le commencement dérive d'un poème en vers de huit syllabes, dont l'auteur appartient à la race de ces jongleurs qui cherchaient a provoquer le rire et qui, sans crainte de scandaliser leurs auditeurs, développaient en termes a la fois naïfs et grossiers les récits les moins réservés de la Bible. A partir de la naissance de Joseph, on trouve des emprunts faits au poème, en vers alexandi ins, dllerman de Valenciennes, dont le ton est grave et tend a l'édification. Cf. J. Bonnard, Les traductions en vers français au moyenâge, Paris, issi, p. 11-41. Cette traduction de ta Genèse présente donc une Choquante disparate. La version du livre des Juges a été faite par un chevalier d'un ordre militaire, templier ou hospitalier, sur la demande d'un dignitaire de son ordre, « maistre Richart, » el de « frère Otlion •!. Elle n'est pas littérale, et en plusieurs endroits elle est plutôt une adaptation qu'une traduction du texte; mais elle est claire et d'un tour bien français, Celle des quatre livres des Rois est le texte publié par Leroux de Lincy, mai- déjà un peu déformé et altéré. Les histoires de Judith et d'Eslher ne sont pas traduites littéralement, tandis que la traduction de Job est textuelle. Le livre de Tobie est suivi d'extraits des œuvres de Salomon. La version des Machabées, qui se trouve à la suite dis livres des Rois dans le manuscrit des Cordeliers, est fort libre; elle semble être, dans une partie du moins, la mise en prose d'une chanson de geste en vers alexandrins. Les exemples de vertu proposés par Mathathias sont longuement paraphrasés d'après les autres parties de l'histoire sainte. Certains passages sont la traduction assez exacte du texte latin de la Vulgale ou l'imitation d'un poème dont l'auteur a l'ait des emprunts à l'Histoire des Juifs deJoséphe. Le langage de celte traduction des Machabées ne parait pas différer beaucoup de celui de l'Ile-de- France. IL Breymann, Introduction aux deux livres des Machabées, traduction française du .XIIIe siècle, in-8°, Gœltingue, 1868, pensait y reconnaître le dialecte de Bourgogne et estimait que la version a été composée enlre

1-230 et 1250. E. Gœrlich, Die beiden Bûcher der ifakkabàer. Ein altfranzôsische Vebersetzunçi aus <le>}} J.i. Jahrhundert, dans la Romanische Bibliothek de

W. Fœrsler, in-8», Halle, 1888, en a édité le texte. L'éditeur pense qu'elle a été faite au xn6 siècle, dans le sudest du pays où l'on parlait le français, et qu'elle a été copiée au xm« par un Anglo-Normand; mais le directeur de la publication, \V. Fœrster, qui a changé' plusieurs fois d'avis, la tient pour une traduction d'origine vandoise, qu'un Français du sud-ouest aurait accommodée à son dialecte. Le manuscrit 5211 se termine par la traduction du livre de Ruth. Celte compilation d'éléments très divers n'a pas eu d'influence sur les versions françaises postérieures; mais elle a été en partie traduite en provençal au xv» siècle, s. Berger, Nouvelles recherches sur les Bibles provençales et catalanes, dans la Romania . i -.i ... 1890, p. 548-557.

IL La Bible complète du xiii0 siècle. — Jusqu'alors on n'avait vu paraître en France que des traductions isolées et fragmentaires des livres bibliques, et il ne s'était p.is produit d'oeuvre d'ensemble. Sous le règne de saint Louis, il y eut enfin une Bible française complète, grâce à la centralisation que la royauté avait apportée dans l'administration et l'Université de Paris dans les études. Deux manuscrits seulement contiennent cette version dans son entier. L'un, fragmentaire et mutilé, est le meilleur pour le texte el pour le langage; il a appartenu au présidenl de Thon, et il porte a la Bibliothèque Nationale le n° 899 du fonds i lançais. Comme il ressemble a la grande Bible des Jacobins, B. N., latin 16719-16722, on peut dire qu'il a été copié aux environs de 1250, dans l'Université de Paris. L'autre, complet, mais de basse époque, esl h- manuscrit français 6 et 7 de la Bibliothèque Nationale, de la lin du x,ve siècle. Trois ou quatre volumes nous ont conservé la première partie de celle version : le manuscrit 5056 de la bibliothèque de l'Arsenal, de la seconde moitié du x;ne siècle; le manuscrit Harléien li!6, au Brilish Muséum, qui est le frère jumeau du précédent; la Bible île Norwich, écrite au xive siècle, en Angleterre, et gardée à l'Uniiiersity Library de Cambridge; enfin le manuscrit de Strasbourg, qui a été détruit par 1 incendie de ISTo, mais qui avait été heureusement décrit et étudié par E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Berne de théologie et de philosophie chrétienne, I. iv, IS.V2, p. 5-26. (Le Psaume cm de la Vulgate avait été reproduit par Fritz, Commentatio in Psalmum civ, iu-S", Strasbourg, 1821, p. 79-83, et le lxyh" par Beuss. Der Lxvm Psalm, ein Denkmal exegetischer Noth und Kunst, dans ses Beilràgi -i; clen theologischen Wissenchaften, léna, 1851, p. 'J.I. Reuss avait pris aussi une copie manuscrite de tout le Psautier.) Les manuscrits qui contiennent le second volume de celte traduction sont très nombreux. Les plus anciens sont le manuscrit 684 de la bibliothèque Ma/arine, du xiue siècle; h manuscrit fr. 398 de la Bibliothèque Nationale, de la même époque; le n° 26 de la Bibliothèque de la reine Christine, au Vatican, du règne de Philippe le Bel; le manuscrit 10516 de Bruxelles, de la fin du xme siècle; le manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, A 211, de la seconde moitié du xm" siècle; enfin le manuscrit des Evangiles fr. 12581, daté de 1284.

La valeur de cette traduction est inégale dans les différents livres de la Bible; dans plusieurs, le texte français est accompagné de gloses plus ou moins nombreuses. Ainsi la version de la Genèse, qui est claire, brève, exacte et énergique, est suivie d'un commentaire emprunté' à la Glose ordinaire et à la Glose interlinéaire. Les autres livres du Pentateuque ne sont pas glosés ; mais le livre de Josué l'est, notamment d'après la Glose ordinaire. Le procédé de traduction est le même que dans la Genèse, et bien que les auteurs des gloses ne soient plus nommés, on peut y reconnaître la même main. La version des Juges a des gloses très longues et très nom-

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breuses, mais toujours sans les noms des auteurs. Les Rois, les Paralipomènes, Esdras et Néhémie, le second (troisième) livre (apocryphe) d'Esdras, Tobie, Judith et Estherne sont pas glosés; Job l'est brièvement. Le Psautier est la version gallicane normande du manuscrit de Montebourg; les gloses qui l'accompagnent sont l'œuvre, fort médiocre, du nouveau traducteur. Les livres de Salomon sont suivis de ceux des Machabées. La version des Prophètes, qui n'est pas glosée, est bien faite, et l'histoire de Susanne est particulièrement bien traduite. La traduction des Évangiles, qui est accompagnée de très courtes gloses, est excellente de précision et de brièveté. Celle des Épitres de saint Paul, qui est brièvement glosée, est généralement d'autant meilleure qu'elle est plus libre. Elle est de valeur très inégale, et le traducteur n'a pas toujours compris l'original. Dans l'Épitre aux Romains, elle est excellente. Les Actes et les Épitres catholiques sont rendus avec lourdeur. Le traducteur ne cherche pas à comprendre, et il emploie l'équivalent plus ou moins exact du mot latin, sans se demander s'il est à sa place et sans le choisir. L'Apocalyse est textuellement empruntée à l'ancienne version normande, que les copistes ont tellement défigurée, qu'elle est absolument inintelligible. La Bible du xme siècle est donc une œuvre mêlée et inégale. Certaines parties, d'un fort bon style, proviennent d'un homme de talent; d'autres ont été travaillées par un scribe sans mérite, par un vulgaire latinier, selon l'expression de la version elle -même. D'autre part, on remarque entre certains groupes de livres une sorte de parenté; les mots y sont traduits de la même façon. Ainsi on trouve un égal mérite dans la traduction des Prophètes et des Évangiles ; les Actes et les Epitres catholiques sont au-dessous du médiocre. Ces remarques sont des indices de la diversité des traducteurs. Plusieurs manuscrits contiennent deux versions de l'Epitre à Tite, qui sont copiées bout à bout. On peut en conclure que l'entrepreneur de la traduction, mécontent de son latinier, a l'ait recommencer la besogne par un meilleur traducteur. 11 est probable, en effet, que les traducteurs travaillaient sous une même direction et peut-être dans l'atelier d'un libraire, sur plusieurs manuscrits latins, dont lu principal était un exemplaire de la Vulgate éditée au début du mii« siècle par les libraires de l'Université de Paris. Voir col. 1022. Cette Université n'a pas pris a cette traduction une part officielle; ses étudiants se sont contentes de recevoir, avant le milieu du mu» siècle, la version française exécutée, non parles Frères-Prêcheurs, voir col. 1468, mais par des libraires attitrés. Si on veut préciser la date de son exécution, on peut dire qu'elle a été faite après 1226, époque de la revision de la Bible latine sur laquelle elle a été. opérée, et peut-être avant 1239, puisqu'il n'y est pas question de la sainte Couronne d'épines, transférée à Palis par saint Louis en cette année. La langue employée y est appelée « le françois »; c'est en réalité un très beau français, tel sans doute qu'on le parlait à Paris et dans l'Ile-de-France. — Le Nouveau Testament de cette version est le premier texte français de la Bible qui ait été imprimé. 11 le fut à Lyon, par Bartholomieu Buyer, sous la direction de deux religieux augustins, Julien Macho et Pierre Farget. Les raies

exemplaires connus, qui n'ont pas de titre, sont d'éditions différentes, dont la première est rapportée par les bibliographes a l'année 1477 (lig. 694). Elle est informe, san.N gravures ti sans ponctuation. Elle est la reproduction servile d'un manuscrit contemporain, dont la famille n'i-si pas déterminée. L'Apocalypse n'a pas de gloses. Cf. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Uevue de théologie, t. xiv, Strasbourg, 1857, p. ll2'J-lil. III. La Bible iustomai.k. — Elle se présente à nous en deux états différents, telle qu'elle sortit des mains de son auteur et telle qu'elle fut complétée par l'insertion de versions textuelles. — 1» La Bible historiaulx est la traduction libre de VBistoHa seolaslica de Pierre Coines-

tor, faite par Guyart Desmoulins, chanoine d'Aire en Artois. VHystoire eseolâtre du « Mangeur » était un résumé de toute l'histoire biblique avec quelques synchronismes de l'histoire profane. La phrase originale de la Bible y était librement traduite, et elle était souvent surchargée de notes ou d'explications exégétiques qui faisaient de YHistoria scolastica une compilation en ellemême assez indigeste, mais parfaitement appropriée au goût du temps. C'est cette œuvre, introduite dans les écoles, que Guyart entreprit de traduire en français, comme étant plus populaire que la Bible du xme siècle. Il commença son travail au mois de juin 1291, et il l'acheva en février P294 (ancien style). Le traducteur ne s'était pas proposé de reproduire intégralement les « histoires escolàtres », et s'il a parfois abrégé son modèle, il l'a d'autres fois complété en insérant dans l'histoire la traduction du texte biblique. Il choisit donc, il change et il ajoute. Ainsi entre le quatrième livre des Rois et l'histoire de Tobie, il a placé « les Paraboles Salemon molt abregieset le commenchement et le fin de Job, qui molt est beaus ». L'histoire de Tobie est suivie d'un résumé de Jérémie ; celle d'Esther l'est de diverses histoires dont la première est celle du roi Ochus. Le premier livre des Machabées est une traduction libre de la Vulgate, dans laquelle sont insérées des gloses tirées du Maitre en histoires. Le deuxième est suixi d'extraits de récits en partie empruntés à Josèphe et inexactement intitulés « Histoire évangélique ». L'Harmonie évangélique n'est pas la simple traduction de l'œuvre de Comestor; Guyart a mêlé aux récits de son modèle la reproduction littérale de certains passages des Évangiles. La traduction des Actes est la version du xiu0 siècle mise en dialecte picard. Elle est suivie de morceaux de l'Ancien et du Nouveau Testament pris dans la même version du XIII" siècle, et dont le langage est mélangé de français et de picard. Guyart écrivait dans le dialecte de sa province, et sa traduction n'est pas sans une certaine saveur originale et personnelle.

Cette traduction se trouve dans les manuscrits avec ou sans préfaces, parce qu'elle a eu deux éditions. La première, qui n'a pas les préfaces, date de 1295. On pense la reconnaître dans le manuscrit 532 de la bibliothèque Mazariue. Bien que l'écriture paraisse de la seconde moitié seulement du xi\« siècle, c'est le seul bon manuscrit picard de la Bible historiale. Le manuscrit fr. 152 et la Bible dléna, qui contiennent des morceaux français et picards, ne sont peut-être que des débris altérés de cette première édition sans préfaces. La seconde édition avec préfaces est de 1297. Elle est représentée par trois manuscrits. Le manuscrit fr. lôô, tout entier en langue française, contient cette seconde édition, refaite en français, mais conservée dans sa forme primitive. La Bible 19 D ni du British Muséum est, au point de vue du texte, la perle des manuscrits de Guyart ; elle est datée de 1111, et il n'y manque que quelques appendices insignifiants. La Bible d'Edouard IV !:. lu et 18 D ix et x au British Muséum) a été faite à Bruges, en 1470; mais, quoique récente, elle contient un texte ancien, l'œuvre de Guyart sans aucune addition. La valeur de ces trois manuscrits est considérable, parce qu'ils sont le type d'une famille innombrable, qui comprend toutes les Bibles historiales complétées.

2° La Bible historiale complétée est l'édition de l'œuvre de Guyart, augmentée de la traduction textuelle d'une partie de la Bible. Guyart avait déjà introduit à propos, dans l'Bistoire escoldlre, le texte de quelques livres bibliques. Ce mélange ne fut pas jugé suffisant, et il fut diversement relouché et complété dès l'origine. Chaque lecteur voulait, semble-t-il, une part plus grande de version littérale, et nous ne possédons pas un seul manuscrit qui ne contienne quelque addition à l'ouvrage primitif. Sans parler ici des essais partiels de développement de la Bible historiale, le premier complément

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important, qui l'augmenta du second volume tout entier de la Bible du xme siècle, eut lieu du vivant même du chanoine d'Aire, puisque le plus ancien manuscrit à date certaine de la Bible historiale complétée est de 1312. Ce manuscrit, conservé aujourd'hui au British Muséum, I A xx, a été écrit dans une prison de Paris. Mais cette Bible du prisonnier n'est qu'un deuxième volume, qui reproduit le même texte que la seconde Bible historiale, datée de 1317 et copiée à Paris, rue des Écrivains ( maintenant à la bibliothèque de l'Arsenal, n° 5059). Selon toute probabilité, le travail de fusion de la Bible historiale avec la Bible du xiu" siècle a été exécuté à Paris; car tous les manuscrits de cette famille, à l'exception de trois du xve siècle, sont écrits dans la langue de l'Ile-de-France. D« plus, l'étude des variantes montre qu'ils représentent un même texte. Enfin ils contiennent une litanie en vers évidemment parisienne. Ces manuscrits, qu'on peut appeler Petites Bibles historicités, n'ont pas la traduction textuelle des Paralipomènes, des livres d'Esdras et de Néhémie et du liwe de Job.

On en a distingué deux autres familles dont les manuscrits reproduisent une litanie en prose d'origine normande. Leur contenu est différent. .Les Bibles moyennes ajoutent le Grand Job, ou traduction littérale du livre de Job, au texte des premiers manuscrits. Les Grandes Bibles liistoriales contiennent en plus les Paralipomènes et les livres d'Esdras et de Néhémie d'après la version du xm" siècle. De ce qu'elles ont une litanie des Saints normands, on ne peut conclure que les additions ont été faites en Normandie ; il en résulte simplement que le reviseur avait entre les mains un Psautier du diocèse de Rouen. Les Bibles de ces trois familles ont toutes, en effet, avec quelques diversités cependant, la version normande du Psautier gallican. Voir le chapitre : L'unité du Psautier, dans S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 200-200. Une centaine de Psautiers gallicans, isolés ou insérés dans les Bibles, ont au fond le même texte. Un anonyme (Madden) a publié: Les Psaumes de David et les Cantiques d'après un manuscrit du .VIe siècle, in-8°, Paris, 1872. Ce texte est identique à celui de la grande famille des Psautiers qui contiennent les Prologues de Jean de Blois. La dernière addition qui ait été faite à la Bible historiale est celle des Prologues de saint Jérôme ; elle se rencontre dans des Grandes Bibles historiées. Les manuscrits de la Bible historiale complétée sous ses différentes formes sont innombrables, et il est très difficile de les classer rigoureusement, à cause des modifications de détails qu'ils présentent. On peut déjà cependant établir de petits groupes dans les trois grandes familles précédemment mentionnées. Cf. Trochon, Essai sur l'histoire de la Bible dans la France chrétienne au moyen âge , in-8°, Paris, 1878, passim ; E. Reuss, Fragments littéraires et critiques . dans la Bévue de théologie, t. xiv, Strasbourg, 1857, p. 1-18 et 73-104; S. Berger, La Bible française au moyen âge, p. 157-199 et 210-220.

La Bible historiale complétée jouissait au xive siècle d'une popularité si grande, que son autorité s'imposait même dans les pays où le français n'était pas parlé. La version catalane de la Bible, faite au xiv8 siècle, dépend, sinon uniquement, du moins d'une façon incontestable, de la traduction française, dont elle reproduit les gloses les plus caractéristiques. Une histoire sainte, conservée dans un manuscrit du xv-' siècle, est traduite mot à mot du français. La traduction catalane du XVe siècle dépend de celle du siècle précédent et ainsi indirectement de la Bible française. Des trois versions catalanes du Psautier, qui sont différentes, l'une, qui est probablement la plus ancienne, a été traduite sur le français, et l'autre, attribuée à Sabruguera , semble avoir subi l'influence du Psautier français, que l'auteur avait sous les yeux ou dans la mémoire. S. Berger, Nouvelles recherches sur les Bibles provençales et catalanes, dans la Rumania,

t. xix, 1890, p. 505-523. Voir Catalanes (Versions), col. 345-346.

La Bible historiale complétée est la première version

C5©e fa 6efteotef ton taccfl fefonfa0t6fe.

XJsaaitmtitîit (zfeeyenfjtauro gferent/ft nepouotf pfue$eotr.

3§oncappeffatfefaH fonamfneftf} et fupotfî.^onfif}. <Btîf refponStf . fy fuie icj> mon pere.#e père fui bi{i.<2$ot) fif$ tutoyé que ie fuie enueiiïfi^i ne fcaj> mye fe tour be ma mort p2ée Sorte quee tee armée et foi) arc fi ter) $a eflaf fer. £t quant tu autae aucune (§ofe pnne fai} moy $ncj mencjer / arnaque tu fcaye que te fe $uetf auotr . £ t pute* fe me apportée a mé^er » jèi te Bentrap Seuartt <j te meute . C&ttanf teSecqae otrptcf etefaufenfufaffe auitefiamye pour accompf tr fa $ouf et e Se fo n père .

695. — Fac-similé du Premier volume de la Bible historiée, imprimée à Paris vers 1487, feuillet, xxxm, verso, bas de la première colonne de gauche. In-f. Bibliothèque Nationale. A 270. Réserve.

française de la Bible entière qui ait été imprimée. Elle le fut par les soins de Jean de Kély, chanoine de Notre- Dame de Paris et confesseur du roi Charles VIII, en 2 volumes in-folio , chez Antoine Vérard. Elle n'est pas datée ; mais elle parut vers l'an 1487 (fig. 695). Comme le titre

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des deux volumes l'indique, c'est une Bible historiée avec ses gloses, à laquelle on a joint le Psautier et le second volume de la Bible du xui° siècle. Le texte est tort rapproché de celui des manuscrits du duc de Berry, et en particulier du manuscrit fr. 159. On peut admettre que ce manuscrit ou un autre semblable, appartenant à la bibliothèque du roi Charles VIII, a fourni pour la plus grande partie le modèle de cette édition. L'Apocalypse n'est glosée qu'à partir du chapitre XI. Jean de Rély semble avoir rédigé le Psautier d'après d'autres sources, qui le rapprochent du Psautier fr. 13091 et de la traduction de Raoul de Presles. Ce Psautier est contenu dans le Psautier dédié à Charles VIII, Le Psaullier avecques l'exposition sur de Lira en françoys, 2 in-i", Paris, s. d. Cette édition imprimée est appelée la Grant Bible, pour la distinguer de la Bible pour les simples gens, qui n'était qu'une sorte d'histoire sommaire de l'Ancien Testament. E. Reuss, Fragments littéraires et critiques, dans la Revue île théologie, t. xiv, Strasbourg, '1857, p. 141- ICO, en a signalé seize éditions faites à Paris un a Lyon, de 1496 à 1545. Elles reproduisent le même texte, à part quelques différences accessoires; aucune n'a été l'objet d'une revision critique et complète du

texl iginal. La bibliothèque du grand séminaire de

Nancy possède un exemplaire in -folio d'une édition qui n'a pas encore été mentionnée. Elle n'est pas datée; mais elle pinte la marque du libraire Guillaume Le Bret. Elle reproduit les prologues et compte '203 feuillets dans le premier volume et 237 dans le second, indépendamment îles tables dont les feuillets ne sont pas numérotés. Le texte est imprimé en deux colonnes ayant 55 lignes, en caractères gothiques, avec quelques gravures. La même bibliothèque possède encore un exemplaire petit in-folio, non paginé, contenant « les epistres de saint Paul apostre » avec la glose, translatées de latin en français « nouvellement à Paris », par un docteur en théologie de l'ordre de Saint- Augustin, el achevées d'imprimer pour Anthoine Vérard, le 17 janvier 1507. Comme la version est celle de Jean de Rély, le religieux augustin n'a dû traduire « nouvellement » que la glose qui l'ace pagne.

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