‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 58 sur 486 · II · texte numérisé non relu

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douze chants, qui raconte les exploits du héros Gilgamès. 11 est reproduit sur la onzième tablette et constitue le onzième chant, qui existe presque en entier. Gilgamès est allé trouver son ancêtre, Samas-napistim, dans le pays éloigné et de difficile accès où les dieux l'ont trans-

pour le faire jouir d'une éternelle félicité. Samasconte a son petit-fils l'histoire du déluge et de s., propre conservation. La ville de Surippak sur l'Euphrate était déjà ancienne, quand les dieux résolurent de un déluge. Ea révéla leur dessein à Samas-napistim et lui ordonna de construire un vaisseau, dont il lui indiqua les mesures, et il lui suggéra la réponse à donner aux questions des habitants de Surippak. Samas-napistim .lei.nl .lue qu'il voulait fuir devant la colère de Bel, qui inonderait bientôt la contrée. Le vaisseau achevé, Samasnapistim offrit un sacrifice, rassembla ses richesses et fit monter d.ms le navire ses serviteurs et ses servantes, les animaux des champs et des semences de vie. Dès que la pluie tomba, il entra lui-même dans le vaisseau, dont il ferma la porte, La tempête produite parles .lieux fut -i effroyable, qu'ils en furent eux-mêmes épouvantes. L'humanité .'tait redevenue de la boue. Le vent, le déluge et l'orage régnèrenl sept jours et sept nuits. Le septième jour, a l'aurore, la pluie cessa, la mer devint tranquille et le vent s'apaisa. La lumière ayant reparu, Samas-napistim vit la plaine liquide comme un désert. Son vaisseau fut arrêté par ta montagne de Nizir et ne put passer au delà, après sept jours d'arrêt, Samas-napistim lâcha une colombe, qui alla, tourna et revint, parce qu'elle n'avait pas trouvé une place de repos. Une hirondelle fit ■ le même. Un corbeau ne revint pas. Samas-napistim fit sortir les animaux et offrit aux dieux un sacrifice d'agréable odeur. Bel se montra très irrité de la préservation de Samas-napistim, La lui reprocha son emportement et lui conseilla de punir désormais les seuls coupables, au lieu ei -m terre un déluge universel. Bel apaisé fit monter Samas-napistim et sa femme dans le vaisseau, les bénit, leur conféra l'immortalité et les Ut habiter à la bouche des rivières . Voir G. Smith, Assyrian Discop, 184-193; Chaldsean Account of Genesis, lsTii, p 263-272, et édition Sayce, Londres, issu. p. 279-289;

ictions "f the Society of Biblical Archmology, 1874, p. 534-587. Le texte seul est publié dans les i forn\ Inscription» of Western Asia, t. iv, pi. l-li. Cf. 1 Y. Lenormant, Les origines de l'histoire, 2eédit., issu, t. i, p. 390-418, GÛ1-018; P. Baupt, Der Keilinschriftliche Sintflutberichi mit dem autographistem Keilschriftext des babylonischen Sintflutfragmenten , Leipzig, 1881, et dans !.. S, huiler, Die Keilinschriften und dos Aile Testament, - .dit., Giessen, iss-j, p. 55-79; A. Jeremias, lidubar -Nimrod , 1891; A. Loisy, Les mythes chaldéens île la création et du déluge, Amiens, 1892,

'.i.'.. .1. Sauveplane, Une épopée babylonienne,

ar-Gilgamès, Paris, 18'J't ; I . Vigoureux, La Bible

et les a ! modernes, 6" édit., Paris, 1896, t. i,

p 309-325; s,i\ce, La lumière nouvelle, trad. franc.,

Paris, lsss, p. X>-'iS; G. Maspero, Histoire ancienne des

île l'Orient, t. i, Paris, lb'J'.i, p. 147-151.

Cette i 'ii le présente avec le récit biblique du déluge

nts de contact. Lis resseiiibl.ui.es .pii

existent dans la marche générale de la narration, dans

l'ordre de la composition et parfois jusque dans les détails .lu style, rendent indiscutable la parenté des deux docuiii. ni'. On constate cependant .le notables divergi Suis pailer du caractère polythéiste et mythologique du

poème cbal.léen, celui-ci a été C posé I h-/ un peuple

maritime et porte l'empreinte des mieui uitumes

des habitants du golfe l'eisi.pie, tandis que la Genèse

décrit le déluge pour un peuple continental, si les anaprouvenl la communauté du fond, les divergences, qui sont caractéristiques, établissent l'individualité propi e des deux récits. Quant aux rapports originels des deux tradition-, les critiques ne sont pas d'accord. Les uns

admettent la dépendance des deux documents, hébreu et chaldéen, ou au moins des deux traditions qu'ils représentent. Aux yeux de certains critiques rationalistes, qui rabaissent la date du Pentateuque, le récit de la Genèse serait un emprunt direct et assez tardif fait au poème cunéiforme; il n'en est qu'une édition épurée, une adaptation aux idées religieuses des Hébreux et une transformation monothéiste et très abrégée. L'emprunt, s'il a existé, n'a pas eu lieu à une époque récente, et il n'est pas l'œuvre d'un homme; c'est l'œuvre de plusieurs générations. La transformation des légendes chaldéennes s'était faite chez les Hébreux dans la tradition populaire avant que le récit ne fut reproduit dans les documents bibliques, c Rien ne s'oppose à ce que l'histoire du déluge ait été connue par les ancêtres d'Israël durant leur séjour en Mésopotamie , et qu'elle se soit conservée, en se modifiant et en s épurant, chez les descendants d'Abraham jusqu'au moment où nous la trouvons fixée dans les textes bibliques. « A. Loisy, Les mythes chaldéens de la création et du déluge, p. 93. Mais d'autres critiques reconnaissent avec plus de vraisemblance dans la légende chaldéenne et la narration mosaïque deux récils parallèles, nés d'une tradition commune et primitive plus ou moins fidèlement conservée. Elles représentent deux formes indépendantes, nationales et localisées de la tradition sémitique. Ce sont des traditions sœurs qui, sous l'empire de causes physiques et morales, ethniques il géographiques, se sont diversifiées. La tradition mère se serait mieux conservée dans le récit de Moïse que dans le document babylonien, où elle est défigurée par des altérations mythologiques. Fr. Lenormant, Les origines de l'histoire, 1880, t. i, p. 407-4U8; F. Vigoureux, La Bible et (es découvertes modernes, O édit., Paris, 1896, p 330.

'2° Les autres traditions diluviennes. — Des traditions relatives au déluge se retrouvent chez la plupart des peuples du inonde. On les a généralement rapprochées du récit de la Genèse, mais avec des divergences de vues qui ont donné lieu à trois interprétations différentes. — 1. Suivant l'une, la tradition diluvienne est universelle, et tous les peuples ont gardé le souvenir du déluge de Noé. Déjà on a constaté l'existence de ce souvenir i nez la plupart, et, si une nation semble ne lavoir plus qu'elle n'a pas encore livré toutes ses traditions, ou qu'elle a perdu celle du déluge par suite de migration, de mélange avec d'autres peuplades ou de quelque autre circonstance historique analogue. Or toutes ces traditions diluviennes sont des lambeaux plus ou moins mutiles de Punique et véritable tradition primitive. Les transformations qu'elles ont subies s'expliquent par l'adaptation locale du cala. Usine et se sont produites par restrii L'événement, de général et universel qu'il était, est devenu local, particulier et restreint. Cf. Lûken, Trad de l'humanité, trad. franc.. 1862, t. i, p. 249-350; Lambert, /.e déluge mosaïque, 2 édit., Paris, 1870, p. 13-165; F. Vigoureux, Manuel biblique, 9" édit., lsyô, t. i, p. 590-596. — 2. Une étude critique et scientifique de ces souvenirs du déluge a permis de distinguer les traditions réellement diluviennes, qui se rapportent de fait au déluge de Noé. des pseudo-diluviennes, qui se réfèrent à des inondations locales. Les traditions réellement diluviennes sont elles-mêmes ou originales et aborigènes, c'est-à-dire originaires des pays où elles sont conservées et propres aux peuples qui les détiennent, ou importées par des étrangers dois la région où on les retrouve et par conséquent empruntées. Or, si la tradition diluvienne n'est pas absolument universelle, elle . xiste dans toutes les grandes races de l'humanité, sauf une, la race nègre, chez laquelle on en a vainement cherché la trace. Les races aryenne ou indo-européenne, sémitique ou syro-arabi , chamite ou couschite, font gn propre et ne l'ont pas empruntée lune a l'autre; chez elles, elle esi primitive. La race jaune la possède, mais

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par importation. Les populations américaines la connaissent , mais on ne peut dire avec certitude si leurs traditions sont originales ou si elles sont d'importation asiatique ou européenne. Au nombre des légendes pseudodiluviennes, on peut ranger les déluges d'Ogygès et de Deuealion, la grande inondation placée par les livres historiques de la Chine sous le règne de Yao, et la légende de Botchica, chez les Muyscas de l'Amérique méridionale. Fr. Lenormanl, Histoire ancienne de l'Orient jusi/u'aux guerres médiques, 9e ëdit. , Paris, 1881, t. i, p. 55-91 ; Les origines de l'histoire, 2« édit., Paris, 1S80, I. i, p. 382-491. — 3. D'autres critiques enfin tirent plus rigoureusement encore les conclusions de l'étude critique des traditions diluviennes, et aboutissent à ne plus reconnaître pour réellement diluvienne et aborigène que la tradition chaldéenne. Elle a été importée de la Mésopotamie, son pays d'origine, dans les contrées voisines; elle a fait souche et a porté les branches hébraïque, phénicienne, syrienne, arabe, phrygienne et arménienne. Les traditions antéro- asiatiques sont 'seules réellement diluviennes; toutes les autres sont pseudo-diluviennes. L. Diestel, Die Sintflut und die Flutsagen des Alterthums, Berlin, 1876, p. 17-20; A. Dillmann, Genesis, 6e édit., 4892, p. 132; Frz. Delitzsch, Neuer Commentaiûber die Genesis, 1887, p. 159; R. Andrée, Die Flulhsagen , in- 12 , Brunswick, 1891, p. 1; R. de Girard, Le déluge devant la critique historique, Fribourg, 1893, p. 53-281. Quoi qu'il en soit, si même on réduit au minimum les traditions réellement diluviennes, le t'ait du déluge reste historiquement certain. Sa certitude historique repose sur un groupe de traditions réelles, qui ont transmis jusqu'à nous le souvenir du grand cataclysme qui frappa l'humanité à l'origine de l'histoire. Cf. E. Mangenot, Le déluge devant la critique Iiistorique, dans la Revue des sciences ecclésiastiques , août 1895, p. 97-119. //. géologie. — Les premiers géologues avaient cru trouver dans les couches de la surface terrestre des preuves directes de la submersion du globe à une époque historique, et ils attribuaient au déluge mosaïque la formation de terrains alluvionnels, qu'ils nommèrent en conséquence diluvium. Leur opinion est aujourd'hui généralement abandonnée. Les géologues contemporains reconnaissent qu'une inondation du genre de celle de Noé, qui n'a duré qu'un an, n'a pu laisser sur le sol de traces assez durables pour être reconnues avec certitude après des siècles, ni assez caractéristiques pour être distinguées de celles d'autres inondations précédentes. Ils rapportent à des époques antérieures et ils expliquent par l'action d'autres causes les phénomènes que leurs prédécesseurs regardaient comme des preuves géologiques du déluge. On a constaté, en effet, qu'il y a plusieurs espèces de diluvium, et dans chacune d'elles plusieurs couches dues à des facteurs différents et se rapportant à des époques distantes. Elles ont été produites par une longue série de révolutions dans lesquelles l'eau joue un rôle important, mais non exclusif. Les graviers d'alluvion, qui constituent le diluvium gris, ont été entraînés des montagnes dans les vallées par des cours d'eau plus puissants que nos lleuves actuels et coulant dans d'autres conditions de pente et de niveau. Le lœss est dit au ruissellement de pluies très abondantes , qui dégradaient les pentes et emmenaient des boues fines et des fragments de pierre. Le diluvium rouge est le résultat d'alternatives de gelée et de dégel sur la surface d'un sol constamment gelé dans ses profondeurs. A. de Lapparent, Traité de géologie, Paris, 1883, p. 1079-1091. — Les blocs erratiques, ces immenses rochers transportés à des centaines de kilomètres des monts auxquels ils ont été arrachés, n'ont pas été roulés par les eaux, car leurs angles ne sont ni brisés ni arrondis, ils ont été charriés par les immenses glaciers qui aux temps quaternaires ont couvert une partie du globe. Les cavernes et les fissures de rochers remplies d'ossements d'hommes et d'animaux fortement ci-

mentés ensemble et mêlés de fragments des roches environnantes se sont formées à l'époque où le froid excessif obligea les habitants de l'Europe à chercher un abri dans les cavernes. Leurs ossements se sont entassés avec ceux des animaux dont ces grottes avaient été les repaires ou dont eux-mêmes se nourrissaient, et le tout s'est soudé par l'action de l'eau qui s'infiltrait. A. de Lapparent, Traité de géologie, p. 1092-1096. — Les cavernes à ossements et les brèches osseuses ne sont donc, pas plus que les terrains diluviens et les blocs erratiques, des preuves certaines du déluge noachique. Toutefois la géologie, qui ne confirme pas directement l'existence du déluge, ne le contredit pas. Elle en montre même la possibilité, lorsqu'elle constate les traces d'inondations considérables aux temps tertiaires et quaternaires. Le déluge biblique ne peut donc pas être déclaré antiscientifique ni impossible. F. Vigouroux, Manuel biblique, t. i. p. 596-599; Schopfer, Histoire de l'Ancien Testament, trad. franc., t. I, p. 75-78; Jaugey, Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Paris, p. 870-872.

III. Étendue du déluge. — Le texte biblique présente le déluge comme universel; mais cette universalité a été entendue dans trois sens différents, et l'inondation a été tenue pour universelle : 1° quant à la surface du globe; 2° quant à la terre habitée par les hommes ; 3° quant à la région occupée par une partie seulement de l'humanité. Il y a donc trois opinions relativement à l'étendue du cataclysme : la première admet l'universalité absolue et géographique du déluge, la deuxième son universalité anthropologique, ia troisième son universalité restreinte a une fraction de l'humanité.

•1° Universalité absolue et géographique. — La plupart des anciens écrivains ecclésiastiques, Pères, docteurs, théologiens et commentateurs, croyaient que, le déluge avait été complet dans le sens le plus large du mot, et qu'il avait recouvert toute la terre. Us donnaient au récit mosaïque le sens qu'il présente au premier aspect, et ils l'entendaient d'une inondation qui avait submergé le globe et détruit tous les animaux et tous les hommes. Les termes employés par Moïse ne leur paraissaient pouvoir souffrir d'autre exception que celle qu'ils indiquent et qui concerne Noé et sa famille. L'universalité absolue du déluge est décrite dans la Genèse en termes très forts et très nets, et le texte est si clair, que pendant des siècles il a été entendu dans ce sens. Rien n'indique que l'universalité du cataclysme doive être restreinte, et le contexte, par là même qu'il excepte Noé et qu'il n'excepte personne autre, exclut toute interprétation restrictive. Dieu, en effet, a résolu de produire le déluge pour détruire toute chair qui est sous le ciel. Des représentants de toutes les espèces des animaux terrestres tra-

duits dans l'arche pour la conservation des espèces sur la terre. Les eaux inondent tout et couvrent les plus hautes montagnes qui sont sous tous les cieux. Toute chair périt , et il ne reste que les seuls êtres vivants qui étaient renfermés dans l'arche. Dieu promet à Noé qu'il n'y aura plus de déluge pour détruire toute chair. Or il y a eu depuis lors des déluges partiels, celui de Deuealion chez les Grecs et la grande inondation des Chinois. Si le déluge de Noé n'avait pas été universel, Dieu aurait donc violé sa promesse. Le gage qu'il en a donné, l'arc -en -ciel, se voit dans toutes les contrées, il est universel. Il faut donc que le déluge, dont il est le signe, ait été universel. En présence d'un texte si formel, les objections tirées des sciences physiques contre l'universalité absolue du déluge ont peu de valeur, et lors même que la raison ne pourrait les résoudre suffisamment, la foi du chrétien ne serait pas ébranlée; car Dieu, qui avait tout réglé en vue d'une catastrophe universelle, a eu assez de puissance pour réaliser des effets que la science est incapable d'expliquer. D'ailleurs les difficultés que soulève un déluge absolument universel ne sont pas aussi fortes qu'on se l'imagine parfois, et il n'est pas

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certain que la quantité d eau existante n'ait pas suffi à la submersion générale du globe, surtout si l'on admet que l'irruption des mers sur les continents ne s'est pas faite partout eu même temps, mais a couvert successivement

toutes le^ contrées du i ide. L'universalité absolue du

déluge est confirmée par un passage de la seconde Èpltre

de saint Pierre, III, 6 et 7. L'apôtre compare au déluge

la conflagration universelle qui aura lieu à la fin des

Le inonde périra alors par le l'eu comme il a péri

une première fois par l'eau. La comparaison entre les deux catastrophes n'existe que sous le rapporl de l'étendue; elle sciait inexacte si toutes deux n'avaient pas la m ,,: universalité. —Ces arguments exégétiques, joints à l'interprétation unanime des anciens et à l'universalité des traditions diluviennes, ont déterminé quelques exégètes modernes à admettre encore que le déluge a couvert la terre entière et a détruit tous les hommes et tous les animaux. D'Avino, Enciclopedia delV Ecclesia 3« édit., 1878, t. i, p. 850-852; Moigno, /.es- splend > delà foi, 1877, t. m. p. L118-1133; Ubaldi, Tntroductio ,,, Sacram Scripturam, 2 édit., Rome, 1882, t. i, p. 7:!.V753; T. J. Lainv, Comment, m librum Geneseos, Malines, 1883, t. i. p. 302-312.

2° Universalité relative et anthropologique. — Beaucoup de commentateurs et de théologiens de nus jours estiment que le déluge de Noé doit être restreint à la portion de la terre qui était colonisée lorsqu'il se produisit. Suivant eux, tous les hommes, hormis la famille de Noé. ont été engloutis dans les Mois; mais l'inondation n'a pas recouvert tout le globe ni détruit tous les animaux, L'universalité du déluge n'es) ni géographique ni zoologique; elle est seulement anthropologique.

Cette interprétation leur parait nécessaire pour coup ir court aux graves objections que la zoologie et la physique soulèvent contre l'universalité absolue du déluge. Le pla

l e ni dans l'arche, qui était proportionnellement însuf-

fisante, de toutes les espèces animales aujourd'hui connues et des provisions nécessaires à leur alimentation si vanee durant une année; les soins qu'exigeait leur entretien de la part de huit personnes seulement; la nécessité pour les animaux venus de zones différentes de s'accommoder à un climat uniforme; le repeuplement du globe entier, alors que les migrations des animaux spéciaux à l'Amérique et à l'Océanie, par exemple, n'ont pas laissé de traces, alors cpie les fumes ont toujours été localisées el que certaines espèces animales n'ont jamais existé en dehors de buis zones respectives; la conservation des poissons d'eau douce et d'eau salée dans le mélange des eaux de la pluie et des fleuves avec les Ilots de la mer : tout cela crée des difficultés insurmontables. D'autre

part, dans le domaine de la physique, on ne peut guère expliquer la provenance de l'immense masse d'eau né» ces,, oie pour inonder le globe entier. La quantité d'eau connue est insuffisante. Même sans tenir compte des crevasses et des enfoncements de la surface terrestre, il faudrait, au-dessus du niveau de la mer, un volume cl eau d'une profondeur égale à la hauteur d.i pic le plus élevé de l'Himalaya, a nue bailleur de SSo'.l mètres. L'eau lutelle suffisante, la submersion simultanée des deux hémisphères serait physiquement impossible. Cette submerton imènerait dans l'atmosphère un changement qui modifierait les cueillions de la vie sur terre. Recourir

à la toute- puissance divine pour expliquer ces impossibilités, c'est multiplier les miracles que le récit sai ré ne mentionne pas et que les principes d'une sage exéj permettent pas d'introduire inutilement.

Du reste, le texte de la Genèse peut s'interpréter légitimement, en restreignant les limites de l'inondation. Les expressions générales et absolues : « tonte chair qui a vie sous le ciel, tout ce qui existe sur la terre; toutes les hautes montagnes <pii sont sous le ciel, » Gen., vi, 17; vu, 19, douent être entendues d'après le génie propre des langues orientales. Or les Orientaux emploient sou-

vent l'hyperbole, non seulement dans leurs écrits poétiques, mais jusque dans leurs livres historiques, et rien n'est plus fréquent dans la Bible que de désigner des contrées déterminées par les mots « toute la terre ». La famine qui régna du temps de Jacob dans les pays voisins de la Palestine et de l'Egypte a prévalu sur toute la terre. Gen., xt.i, 54, 56, 57. L'entrée des Israélites en Palestine répand l'effroi chez tous les peuples qui habitent sous le ciel, Deut., Il, 25, c'est-à-dire chez les peuples limitrophes. De même, Deut., xi, '25, el II P.n\, xx, 29. Toute la terre qui désirait voir Salomon, ll[ Reg., x, 24, était seulement la terre qui avait entendu parler de lui. A la première Pentecôte chrétienne, il y avait à Jérusalem des hommes de toute nation qui est sous le ciel, c'est-à-dire des Juifs de tous les pays de la dispersion. Les anciens exégètes avaient remarqué chez les écrivains bibliques l'emploi de termes absolus et généraux pour exprimer des faits restreints. S. Jérôme, In Isaiam, xiii, 5, t. xxiv. cul. 160. Il est donc permis d'appliquer au récit du déluge dans la Genèse ce procédé de restriction, qui est nécessaire dans d'autres passagi - bibliques. Ce récit présente d'ailleurs des indices positifs de restriction. La colombe ne trouva pas où poser le pied, parce qu'il y avait de l'eau sur la surface de toute la terre. Gen.. \ ni. 9. L'oiseau voyageur h'avail évidemment pas parcouru le globe entier, et ce toute la terre » désigne simplement ici l'espace que la colombe avait exploré. Enfin, dans l'interprétation du récit biblique, il faut tenir compte du point de vue subjectif du narrateur et des lecteurs. Or Noé el ses premiers descendants. Moïse et ses contemporains, ne connaissaient pas le globe entier; leur science graphique était bornée. Le récit du déluge, longtemps transmis par la tradition orale et enfin consigné para ni. est conforme à leurs connaissances. Il ne se rapportait qu'à la terre alors connue d'eux, aux montagnes qu'ils avaient vues, aux animaux qui les entouraient et dont ils avaient entendu parler. Il est donc légitime de restreindre le texte sacré à la terre habitée, el, malgré des apparences contraires, cette restriction n'est pas en contradiction avecla narration de Moïse. Quant à la parole de saint Pierre, elle signifierait, si on la prenait à la rigueur, que la terre fut détruite par l'eau au temps du déluge comme elle le sera par le feu à la fin des temps. Toutefois le bu! de l'apolre n'est pas de comparer les deux catastrophes au point de vue de l'étendue, mais seulement au point de vue de la certitude du fait et des elïels produits.

La restriction de l'universalité du déluge à la terre habitée n'est pas opposée non plus à la tradition ecclésiastique, cpii n'a pas reconnu sans exception l'universalité absolue de l'inondation. L'auteur anonyme des QlMSstiones et responsiones ad orthodoxes, q, xxxiv. Pair. gi\, t. VI, col. 1282, réfute quelques écrivains anciens qui disaient que le déluge n'a pas envahi toute la terre, mais seulement les contrées que les hommes habitaient alors. Théodore de Mopsueste soutenait ce sentiment, ainsi que nous l'apprend au VIIe siècle Jean Pbilopon, De mundi

creatione, 1. i, c. xm, dans Galland, Bibliotlieca ve-

terum Patrum, Venise, t. xn, 1778, p. 486. I.e cardinal Cajetan, In Genesim, vm, 18 (dans ses Opéra omnia in

S. S., :> in-l", Lyon, 1639, 1. 1. p. 46), excluait les sommets des plus hautes montagnes. Dans la seconde moitié du

xvii» siècle, trois écrivains protestants enseignèrent l'universalité restreinte du déluge. Isaac Vossius, De vera tetate mundi, La Haye, 1659, son lil le champion et répondil aux objections de George Uorn, Castigalione* ad objecta Georgii Iloniii.ci Auctuartumeastigationumad scriptwm de œtate mu.uli, La Haye, le,.")1.!. Abraham van

der Mil) avait émis la îuéiue opinion dans un écrit publié plus lard, De origine animalium et migratione popnlorum . Genève. lbt'w, et Halle. I7IC. Sou gendre, André Colvius, communiqua le manuscrit de son beau-i Vossius, qui lui adressa une lettre, Ail Andreafn t'.nlvium epistola qua refelhintur argumenta quai diverti

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scripto de œtale mundi opposuere , La Haye, 1659. Une dissertation anonyme, De diluvii universalilate dissertatio prolusoria, 1007, attribuée à George-Gaspard Kirchmaier, restreint le déluge à l'Asie entière, ou même au centre de l'Asie, la seule parlie du monde que les hommes occupaient alors. En 1685, les ouvrages de Vossius et de Horn sur la chronologie biblique et le déluge furent examinés par la congrégation de l'Index. Mabillon, qui vint alors à Rome, fut consulté à ce sujet, et, à la séance du 29 janvier 1686, il lut son Votum de quibusdam Isaaci l'ossii opitsculis, publié dans ses Œuvres posthumes, 1721, t. h, p. 59-74. Des trois points incriminés, il n'étudia que le dernier, le seul contestable, celui qui concerne l'étendue du déluge. Il exposa les raisons favorables et défavorables, et conclut qu'à son avis il n'y avait aucun péril à tolérer le sentiment de Vossius, et qu'il valait mieux ne pas le censurer. Si cependant la congrégation jugeait plus sage de le condamner, il fallait en même temps frapper les ouvrages de Horn. La congrégation tint compte des conclusions de Mabillon, et par décret du 2 juillet 1686 condamna à la fois dix opuscules de Vossius et deux de Horn. Les motifs de la censure sont inconnus. On peut présumer que l'opinion du déluge restreint à la terre habitée n'a pas été directement atteinle, et que le décret prohibe seulement la lecture d'ouvrages d'écrivains protestants. Eùt-elle été visée, cette opinion fut reprise par des catholiques, et, après avoir été expurgée des erreurs accessoires et appuyée sur de meilleures preuves, elle est soulenable et ne parait pas contraire à l'orthodoxie. Cf. E. Mangenol , L'universalité restreinte du déluge à la fin du at//" siècle, dans la Science catholique , février et mars 1890, p. 148-158, 227-239. Elle compte de nombreux partisans: Samuel d'Engel, De la prétendue universalité du déluge et des divers systèmes qui ont servi à l'établir, Amsterdam, 1767; Alphonse Nicolai, Disserla-ioni e lezioni di Sacra Scrittura, Genesi, Florence, 1766, t. iv, p. 149 et 152; Marcel de Serres, De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques, Paris, 1838, p. 205; Maupied, Dieu, l'homme et le monde, 1851, t. m, p. 803-805; de Bonald, Moïse et les géologues modernes, Avignon, 1835, p. 99; A. Sorignet, La cosmogonie devant les sciences perfectionnées , Paris, 1854, p. 59; Godefroy, Cosmogonie de la révélation, Paris, 1847, p. 293; Pianciani. Cosmologia naturale comparala col Genesi, appendice sopra il ililuvio , dans lu Civiltà caltolica , 19 septembre 1862, p. 28 et 290; H. Reusch, La Bible et la nature, trad. franc., Paris, 1867, p. 368-382; F. Hettinger, Apologie du christianisme, trad. franc., 1875, t. m, p. 337; Lambert, Le déluge mosaïque, Paris, 1870, p. 359-394; G. Gultler, Naturforschung und Bibel in ihrer Stellung zur Sckôpfung, Fribourg-en-Brisgau, 1877, p. 266-278; F. Vigouroux, Manuel biblique , 9e édit., t. i, p. 600-604; Crelier, La Genèse, Paris, 1889, p. 97-99; Biucker, L'universalité du déluge, Bruxelles, 1886, et Questions actuelles d'Écriture Sainte, Paris, 1895, p. 254-325; Thomas, Les temps primitifs et les origines religieuses d'après la Bible et la science, Paris, t. n, p. 214-267; J. Gonzalez-Arintero, El diluvio universal, Vergara, 1891.

3° Universalité restreinte à une partie de l'humanité. — D'autres savants, parmi lesquels on compte des écrivains catholiques, restreignent davantage encore le déluge et admettent que tous les hommes n'ont pas péri sous les Ilots, et que des races entières, éloignées depuis longtemps du théâtre de l'inondation, ont été préservées. Ces races seraient, d'après plusieurs, celles qui étaient issues de Caïn, et seule la lignée de Seth aurait été frappée. Quelques-uns même pensent que les populations qui se trouvaient en dehors de la vallée de l'Euphrate n'ont pas été atteintes. — Cette opinion repose sur les mêmes raisons que la seconde, dont elle n'est qu'une application plus rigoureuse. Elle part des difficultés scientifiques que la paléontologie, l'ethnologie et la linguistique opposent

à l'existence d'un déluge qui aurait englouti tous les hommes. Une multitude de faits de plus en plus nombreux permettent d'affirmer que dès les temps quaternaires l'homme [occupait les quatre parties du monde, qu'il avait atteint les extrémités de l'ancien continent et qu'il touchait à celles du nouveau. A. de Quatrefages, Histoire générale des races /aimantes, Introduction à l'étude des races humaines, Paris, 1887, p. 64. Or les paléontologistes ne remarquent pas, par les ossements fossiles des humains, dans l'histoire des races les lacunes que le déluge aurait du y introduire. Aussi loin que remontent les documents historiques, on constate l'existence des races blanche, jaune et noire. Le nègre apparaît avec ses caractères distinctifs sur les plus anciens monuments de l'Egypte. Comme les variations se sont produites lentement sous l'influence des milieux, « les plus anciennes races humaines se sont formées, selon toute apparence, à la suite des changements qu'a subis notre globe et des premières migrations ». A. de Quatrefages, Histoire générale des races, p. 169. La linguistique confirme les conclusions de l'ethnologie. Les langues, si on admet leur formation naturelle, n'auraient pas eu le temps de se diversifier depuis le déluge jusqu'à l'époque où on les voit toutes formées. L'allongement de la chronologie biblique du déluge à Abraham, voir Chronologie de la Bible, col. 723-727, ne suffit pas à expliquer entièrement les faits constatés. Ces faits justifient donc la restriction du déluge à une fraction de l'humanité.

D'ailleurs cette restriction se concilie parfaitement avec le récit de la Genèse. Si, de l'aveu des partisans de l'universalité anthropologique, les expressions si absolues en apparence : « toute la terre, tous les animaux, » s'interprètent légitimement dans un sens restrictif, l'expression semblable : « Tous les hommes, » dans le même contexte, pourra s'entendre aussi d'une parlie des hommes, des individus qui habitaient le théâtre de la catastrophe. Refuser d'admettre la restriction du mot tout quand il s'agit îles humains, alors qu'on l'admet pour la terre et les animaux, serait une inconséquence que rien ne justifie. Il y a autant de motifs de restreindre l'universalité pour l'humanité que pour la terre et les animaux. La corruption morale, qui fut la cause du déluge, n'était pas absolument universelle, sinon dans la contrée où vivait Noé. La narration de la Genèse raconte les faits suivant la manière ordinaire de parler, selon laquelle « toute la terre » désigne la contrée submergée par les eaux; « lous les hommes, » les habitants île celte contrée. En outre, la Genèse n'est pas l'histoire de l'humanité, mais seulement celle des ancêtres du peuple de Dieu. Or, au moment où elle raconte le déluge, elle a éliminé de son cadre des races entières, issues des fils et des fillei I \dain et des autres patriarches. Son récit du déluge, qui a d'ailleurs une couleur locale bien marquée, ne parle plus de ces races et n'a en vue que les habitants de la contrée où s'étaient passés les faits. Enfin, de l'aveu de tous, la table ethnographique du chapitre x de la Genèse n'est pas complète et ne mentionne pas les races jaune, rouge et noire. Ces races proviennent sans doute d'individus qui n'étaient pas de la lignée de Noé. L'abbé Motais, Le déluge biblique, in-8", Paiis, 1885, p. 301-333, avait cru trouver dans le Pentateuque des traces des survivants du déluge, et il nommait les Caïnites, les Amalécites, les Sodomites et les populations géantes de la Palestine, les Émim, les Zomzommim, les Avorim et les Horim. Mais ces traces sont peu probables. Voir Amalec, t. i, col. 426- 427; Cinéens, t. n, col. 768-770, et Rambouillet, Gain redivivus, in-8°, Amiens, 1887.

A cette interprétation, les partisans de l'universalité du déluge quant aux hommes objectent, non sans fondement, que le récit biblique renferme divers traits qui sont directement et positivement opposés à toute restriction au cataclysme à une fraction de l'humanité. L'homme que Dieu veut détruire par le déluge, c'est l'homme qu'il a créé, qu'il

DELUGE

se repent d'avoir fait, Gen., VI, 5-8; c'est donc le genre humain et non une partie seulement de l'humanité. D'ailleurs Noé, après sa sortie de l'arche, est présenté comme le père et le chef de tous les hommes qui vivront après le déluge. Gen., îx, 1 et 19. Enfin le plan de la Genèse n'élimine pis nécessairement avant le chapitre vi les enfants de Caïn et les autres descendants des patriarches en dehors de la lignée principale, qui devait être celle du peuple de Dieu. Cette lignée n'est complètement isolée qu'au début de l'histoire d'Abraham. A la troisième opinion, on oppose aussi des textes bihliques qui sont pris en dehors de la Genèse et qui affirment que tous les hommes ont péri dans le cataclysme. — Mais « l'espérance de l'univers, réfugiée sur un navire », qui conserva « le germe d'une postérité », Sap., xiv, 6, peut s'entendre de Noé, père des hommes postdiluviens, même dans l'hypothèse d'autres races survivantes. En tout état de choses, Noé, juste et parfait, fut la rançon de l'humanité; il fut au moins une semence de justes ou le chef d'une nouvelle race. Eccli., xt.iv, 17 et 1*. Si Jésus compare la lin du monde avec le déluge, qui emporta sinon tous les hommes, du moins tous les voluptueux du temps, Matlh., xxiv, 37-39, sa comparaison porte non sur l'universalité des victimes, mais bien sur le caractère inopiné du déluge et du jugement dernier, et il dit seulement : « Malgré les avertissements et les signes certains, les contemporains de Noé furent surpris par le déluge, qui les extermina tous. » Cf. Fillion, Évangile selon saint Matthieu, Paris. 1878, p. 470. Quand saint Pierre parle des huit âmes qui furent sauvées dans l'arche, l Petr., m, 19 et 20, son but n'est pas (le (1. '•montrer la nécessité ou l'universalité du baptême, mais son efficacité. 11 compare l'eau du baptême à celle du déluge en tant qu'elle sauve, non en tant qu'elle perd, et il affirme que tous les baptisés seront sauvés aussi certainement que le furent le petit nombre d'âmes qui élaient renfermées dans l'arche au temps du déluge. Drach, Épitres de saint Paul, Paris, 1871, p. 100. Si le même apôtre dit que Dieu n'a pas épargné le monde primitif et n'a sauvé que Noé le huitième, c'est-à-dire sepl autres personnes avec lui, en amenant le déluge sur le monde des impics, 11 Petr., H, 5-7, on peut expliquer sa parole du monde au milieu duquel vivait Noé, le prédicateur de la justice. Donc ces textes ne prouvent ni pour ni contre l'universalité ethnographique du déluge. Oppose-t-on à la troisième opinion l'accord unanime avec lequel les pères reconnaissent l'universalité anthropologique du déluge, ses partisans répliquent qu'il est Im âble de écat ter du sentiment commun des Pères sur ce point aussi légitimement qu'au sujet de l'universalité géographique et zoologique. Il est vrai, on a dit que le témoignage des Pères relativement à l'inondation du globe et à la destruction des animaux ne constitue pas un enseignement ecclésiastique, tandis qu'il affirme la destruction du genre humain comme un point do foi, comme une vérité connexe avec la foi, puisqu'il la donne pour base à un type certain, à la signification figurative de L'arche, représentant l'Église, hors de laquelle il n'y a pas de salut. L'existence du type est indiscutable. Mais il n'est pas de la nature du type qu'il y ait équation entre lui et l'.mtitype qu'il représente, l'n l'ait relativement universel peut servir de type à un fait absolument univi i el. La maison de Rahab est considérée par les Pères comme la Ligure de l'Église, en dehors de laquelle il n'y a pas de salui. i.eshuii personnes qui étaient dans l'arche représentaient tous les sauvés. Les contemporains de Noé, les seuls habitants de la contrée submergée, peuvent représenter tOU - ceux qui seront damnés bois de l'Église, s. ois que la signification typique du déluge perde de sa valeur. L'universalité relative du déluge quant .mx hommes suffit donc a maintenir la vérité du type. Les Pères, il est vrai, s'appuient sur l'universalité absolue de la destruction des hommes. Ils n'en ont pas l'ait toutefois une condition nécessaire du type prophétique; ils n'ont pas

exclu expressément l'universalité relative, et leur manière de s'exprimer ne l'exclut pas équivalemment. Ils n'ont donc pas tranché d'autorité une question qui ne se posait pas pour eux.

Si la troisième opinion ne peut pas invoquer en sa faveur l'autorité des anciens, elle compte déjà beaucoup de partisans. Elle n'est pas tout à fait nouvelle. Le dominicain Jérôme Oléaster, Comment, in Pentateuchum , Lyon, 1586, p. 518, admettait que les Cinéens, Num.. xxiv, 21, descendaient de Caïn. Isaac de la Peyrère restreignait le déluge à la Palestine, Systema theologicum ex Prœadamitarum hypothesi, 1055, p. 202-219; Aug. Malbert, Mémoire sur l'origine des nègres et des Américains, dans le Journal de Trévoux, 1733, p. 1940- 1972; Frdr. Klee, Le déluge, considérations géologiques et historiques , 1853, p. 311-319; Ch. Schœbel, De l'universalité du déluge, L856, et Annales de philosophie chrétienne, 1878, p. 422; d'Omalius d'Halloy, Discours à la classe des sciences de l'Académie de Belgique, 1806; Scholz, Die Keilschrift- Urkunden und die Geitesis, 1*77, p. 71; Motais, Le déluge biblique devant la foi, l'Écriture et la science, Paris, 1885; Ch. Robert, La non-universalité du déluge, Paris et Bruxelles, 1887; Encore la non- universalité du déluge, extraits de la Revue des questions scientifiques. Un plus grand nombre d'écrivains, sans l'adopter positivement, la tiennent pour libre, soutenahle et probable. Jaugey, Dictionnaire apologétique de la foi catholique, p. 748-773; cardinal Meignan, De l'Êden à Moïse, Paris, 1895, p. 235-238; J. A. Zahm, Bible, science et foi, trad. franc., Paris [1896], p. 105-163; Schdpfer. Histoire de l'Ancien Testament, trad. i Paris, 1897, p. 82-87; Bibel und Wissenchaft, 1896, p. 201-245; F. de Hummelauer, Comment, in Genesim, Paris, 1895, p. 235-230, qui donne une bibliographie très complète. Si les sciences établissaient par une démonstration rigoureuse ou par un ensemble d'indications précises et convergentes la non-universalité anthropologique du déluge, on devrait admettre que le récit biblique ne s'y oppose pas. Mais les sciences n'ont pas encore jusqu'à présent établi ce fait, et on peut satisfaire à leurs légitimes exigences actuelles en reculant la date du déluge. Il n'est donc pas nécessaire d'adopter le sentiment qui restreint le déluge à une partie de l'humanité. On n'y serait contraint que si la non-universalité devenait une vérité incontestable, et on pourrait le faire, puisque la foi n'y apporte pas obstacle. En attendant, il est sage et prudent de s'en tenir à la seconde opinion.

IV. Nature uu déluge. — Aussi longtemps qu'on a admis l'universalité absolue du déluge, on a cru à son caractère miraculeux. Une intervention directe de Dieu était, en effet, nécessaire pour expliquer la submersion du globe entier, et l'universalité absolue de l'inondation entraine connue conséquence logique une origine miraculeuse. Les anciens exégètes ont pu hésiter et ne pas s'accorder dans la détermination du point précis où l'action immédiate de Dieu s'était fait sentir, voir Motais, Le dclmjr biblique, p. 210-214; d'un accord unanime, ils ont reconnu dans le déluge biblique un fait produit en delun des lois oi dinaires «le la nalui e, un fail miraculeux. Mais dès qu'on a commencé à restreindre l'inondation à des limites déterminées, soit à la région qu'occupaient alors les hommes, soit aux pays connus des Hébreux, soit à une contrée particulière, elle est apparue comme un événement provoqué sans doute par une intention spéciale de Dieu, mais réalisé par le jeu des forces naturelles; comme un fait providentiel dans son but, miraculeux dans son annonce prophétique, mais naturel dans son mode de production. Il y a donc lieu de se demander si le déluge a été produit par une intervention directe de Dieu, ou s'il a été l'effet de causes physiques dirigées seulement par la Providence.

L'annonce prophétique de la catastrophe ne prouve pas que le cataclysme lui-même a été miraculeux. D'autres

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